Dimanche des Rameaux et de la Passion – par le Diacre Jacques FOURNIER (Marc 14, 1-72 ; 15, 1-47)

 « La Croix, sommet de la Révélation de l’Amour » 

(Marc 14, 1-72 ; 15, 1-47)

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.
Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête.
Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ?
On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.
À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »
Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.
Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »
Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.
Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.
Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.
Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.
Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent.
Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter.
Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.
Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.
Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.
Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :
« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »
Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.
Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.
Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.
La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »
Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.
Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.
La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude.
Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.
Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.
Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »,
de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! »
Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,
ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,
et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
[…]

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,
qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat,
Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.
Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

     

 

        

           « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat, il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations » (Za 9,9-10)…

            La prophétie de Zacharie s’accomplit… Alors que Jésus entre à Jérusalem assis sur un petit âne, « les gens criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! » (Mc 11,9-10). Mais sa royauté va les dérouter…

            En effet, c’est au moment de la Passion que le titre de « roi », quasiment absent des Evangiles, va apparaître et se répéter. « Tu es le roi des Juifs », demandera Pilate ? « Tu le dis : je suis roi », répondra Jésus (Jn 18,37). « Voici votre roi… Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs » (Jn 19,14 ; Mc 15,9), demandera Pilate à la foule ? « Salut, roi des juifs » (Mc 15,18), lui diront les soldats en le frappant… Puis, sur la croix, Pilate fera placer cet écriteau : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (Jn 19,19)…

            Au moment de la Passion, le titre de roi peut en effet surgir sans aucune confusion possible. La royauté de Jésus, couronné d’épines, n’est manifestement pas de ce monde… Avec lui, ni « chars de guerre, ni chevaux de combat », mais seulement la Paix de l’Amour, « un Amour plus fort » (Ps 117(116)) que la haine la plus acharnée, un Amour que rien ni personne, pas même la pire cruauté, n’empêchera d’aimer… « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menaces », il n’aura que des paroles bienveillantes envers tous ceux qui lui font tant de mal (1P 2,21-25)… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)…

            « Vous l’avez livré, vous l’avez renié devant Pilate. Vous avez chargé le Saint et le Juste ; vous avez réclamé la grâce d’un assassin », Barabbas, « tandis que vous faisiez mourir le Prince de la Vie », leur dira plus tard St Pierre. Mais, folie de l’Amour, « c’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,11-26). Et il en sera ainsi pour tous les pécheurs de tous les temps à qui Dieu ne demande qu’une seule chose : se repentir, en vérité et de tout cœur, de tout le mal qui peut habiter notre vie, et consentir à son Amour…         « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (Ps 51(50))…

                                                                                                                                          DJF




Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur – Homélie du Père Louis DATTIN

Jésus méconnu des siens

Mc 14, 1-15,47

Quelle cérémonie étrange que celle que nous venons de vivre ! Dans une première partie, nous étions en train d’acclamer un roi victorieux qui avance au milieu de la foule qui crie : « Hosannah – Vive Dieu ! Vive Jésus que Dieu nous envoie au nom du Très-Haut ! »

Fête de joie, fête populaire où le Christ est reconnu enfin pour ce qu’il est vraiment : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».

C’est le triomphe ! C’est l’enthousiasme de la foule. Tous, hommes et femmes, ils prennent des palmes pour l’accompagner, pour l’escorter dans son entrée dans sa capitale. C’est la fête pour la foule qui accueille Jésus : il apporte le règne de David. « Hosannah ! » Le salut est proche et nous-mêmes, nous sommes entrés dans cette église avec la joie au cœur. Notre Seigneur est enfin reconnu pour ce qu’il est vraiment ! « Il vient au nom du Seigneur ».

Et puis, après, juste après, la 1ère lecture vient nous choquer. Que dit-elle ? « Je n’en peux plus, je suis une victime qui s’est laissé prendre » « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient. Je n’ai pas protégé mon visage contre ceux qui m’injuriaient et crachaient sur moi ». L’antienne suivante nous fait chanter à notre tour :

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

 

 

 

 

Alors : « oui ou non ?» Est-ce un triomphateur ou une victime ? Est-ce le roi envoyé par Dieu ? Ou bien un imposteur, un malfaiteur que l’on torture avant de le mettre à mort ?
Devons-nous nous réjouir avec lui dans son triomphe ou pleurer avec lui dans son agonie ?

« Dis-nous qui tu es, Seigneur ? Le héros d’un jour de fête ou la victime d’un jour de deuil ? »

Nous-mêmes, après ces deux récits : celui d’un roi triomphateur ou celui de l’esclave que l’on cloue à la Croix, que disons-nous ? Que pensons-nous ? Que disons-nous de Jésus ?

« Fils de Dieu », oui, c’est notre foi. Mais Fils de Dieu totalement homme, c’est aussi notre foi ! Jésus est allé jusqu’au bout de nos propres questions les plus angoissées ! Dans notre vie, n’y a-t-il pas aussi ces moments de joie, d’exultation, de réussite et puis, aussi, ces temps de malheur, de désolation, de marasme noir et nous nous disons : « Dieu nous abandonne- t-il ? Qu’est-ce-que cela veut dire ? Pourquoi moi et pas un autre ? Pourquoi une telle épreuve, une telle catastrophe ? Dieu nous abandonne-t-il ? ». « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi nous as-tu abandonné ? »

C’est le cri même du Christ en Croix ! Dieu semble abandonner le malade du sida, la vieille maman atteinte de la maladie d’Alzheimer, les victimes des séismes, les chrétiens de Syrie. Serait-ce Dieu qui se retire ? Est-ce-que lui aussi nous laisse tomber ? C’est la question de Jésus sur la Croix. Oui, il a été jusque-là ! Jusqu’à vouloir éprouver lui-même nos moments de désespérance, nos doutes qui nous décapent, notre isolement dans le chagrin extrême, le naufragé qui sent sa dernière minute s’engager.

Alors, Dieu, que tire-t-il de tout cela ? Lui qui se dit créateur et Père ! Ne nous a-t-il mis sur la terre que pour nous faire sentir, un moment, le triomphe des rameaux, pour nous enfoncer ensuite dans le gouffre de la douleur et de la mort ? Tous nos “pourquoi” sont dans le cri de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

C’est une question posée à son père. Il l’interroge et tant que, au fond de nos malheurs, nous continuerons à questionner Dieu, nous serons avec lui ! Qui nous dira un jour la Croix ? En attendant, elle est là, là pour Jésus, là pour nous aussi !

 Mais, nous chrétiens, nous savons déjà que ce mal n’est pas désespérance, que cette Croix n’est pas que la mort définitive :

 « J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir ».

La vie de Jésus ne  s’arrête pas là, elle  va rejaillir, rebondir dans l’éblouissement de Pâques, et Pâques, ce ne sera pas seulement le petit triomphe des Rameaux dans la ville de Jérusalem : la tueuse des prophètes. Ce sera le grand éclaboussement de la gloire définitive d’une vie plus forte que la mort, la naissance d’un monde nouveau comme le cri d’un premier né et non plus celui d’un agonisant !

La réponse au “pourquoi” de Jésus, la réponse à tous nos “pourquoi”, c’est la Résurrection ! Ni Pilate, le sceptique, ni les juifs insulteurs, ni le centurion admiratif, ne pouvaient savoir ce qu’allait devenir ce crucifié. Nous, nous savons que le Christ est ressuscité: cela ne doit pas nous empêcher de l’accompagner pendant toute cette Semaine Sainte dans ses souffrances, dans ses angoisses.

Cela doit nous rappeler que la route de la Résurrection passe par là et quand, autour de nous, nous avons du mal à regarder la souffrance du monde, la souffrance de ceux que nous aimons, une seule pensée peut nous aider : Jésus, lui, le Fils de Dieu, lui aussi, est passé par là.

Une seule parole peut nous faire avancer : « Celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive! »

Il vivra, lui aussi, totalement, définitivement ! AMEN




5ième Dimanche de Carême (Jn 12, 20-33) – Francis Cousin

« Rends-moi la joie d’être sauvé. »

Une toute petite phrase du psaume, cette prière à Dieu. Qui pourrait paraître insignifiante … Mais que veut-elle dire pour moi ?

Cela pourrait être : avant j’avais la joie d’être sauvé, mais maintenant, je n’ai plus cette joie. Je sais qu’on va être sauvé, c’est sûr ! Dieu nous l’a promis. Comme on chantait il y a quelques années : « On ira tous au Paradis, on ira ! … ». Mais cela ne me mets pas en joie, ça fait partie de la vie ! Blazé …

Ou bien : Seigneur, je veux faire partie de ceux qui seront sauvés, et cela me mettra en joie ! Mais comment faire ? Si on reprendre les verbes de ce psaume : efface mon péché … lave-moi … purifie-moi … crée en moi un cœur pur … renouvelle et raffermis mon esprit … ne me chasse pas … ne me reprend pas ton esprit saint …

En fait, on demande à Dieu de faire tout le boulot, et nous, on attend ? C’est ça ?

Pas sûr ! Et sans doute surement pas !

Si on reprend la première lecture : « Je mettrai ma Loi au plus profond d’eux-mêmes ; je l’inscrirai sur leur cœur. Je serai leur Dieu, et ils seront mon peuple. (…) tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands. ». Et la première chose qu’ils connaîtront, c’est que Dieu les aime, e,t que l’amour de Dieu est plus fort que tout, puis sa miséricorde.

Connaître Dieu, c’est important, mais pas une connaissance intellectuelle, mais une connaissance du cœur. Où chacun à sa part : je reçois de Dieu, et je rends à Dieu tout le bien qu’il m’a fait, et j’en fait profiter les autres.

Se mettre entre les mains de Dieu, et accepter de le laisser faire. « Comme l’argile est dans la main du potier, ainsi êtes-vous dans ma main. » (Jr 18,6). « Que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » (Lc 22,42).

Dans l’évangile de ce jour, on voit bien que Jésus sent que tous les chefs des prêtres et les Pharisiens veulent sa mort, et que celle-ci est proche : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. »

Mais on sent bien que Jésus n’a pas trop le moral ! Il redoute ce qui l’attend !

Et il a cette phrase étonnante dans la bouche de quelqu’un qui hésite : « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. ».

Il voit sa mort prochaine, mais il voit plus loin que cela : il voit ce que sa mort apportera à tous les hommes : « il porte beaucoup de fruit. ».

Dans sa détresse, il voit le positif.

Toujours voir le positif, et ne pas s’arrêter au négatif !

Et il élargit sa pensée à tous les hommes : « Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. » parce que « là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. ». Il veut que nous soyons toujours avec lui.

Mais son âme et bouleversée. Il hésite encore ! « Père, sauve-moi de cette heure. ».

Mais ce n’est qu’une pensée fugace, et aussitôt il se reprend : « – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! ». Vouloir accomplir sa mission jusqu’au bout, telle que son Père le lui a demandé. « Je ne cherche pas à faire ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé. » (Jn 5,30).

Aller jusqu’au bout, pour faire la volonté du Père !

Jésus l’a fait : mourir pour nous !

Et nous aussi, nous devons faire de même. Non pas de manière réelle (même si cela peut arriver pour certains, qui deviennent martyrs …), mais de manière spirituelle : mourir à nous–mêmes, c’est-à-dire ne pas de mettre en valeur en ne pensant qu’à soi, mais se mettre au service des autres : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » (Mc 9,35).

C’est ce que nous disons chaque jour dans le Notre Père : « Que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel… ».

Prenons-en de la graine …

En parlant de graine, j’aimerai vous proposer une parabole citée par le père Serge Lefevre :

« Un jeune homme entre en rêve dans un magasin. Derrière le comptoir se tient un ange. Le jeune homme lui demande : “Que vendez-vous ?”

L’ange répond : “Tout ce que vous désirez”.

Alors le jeune homme commence à énumérer : “Si vous vendez tout ce que je désire, alors j’aimerais bien : la fin des guerres dans le monde, la fin des bidonvilles en Amérique latine, l’intégration dans la société de tous les marginaux, du travail pour tous les chômeurs, plus d’amour et de vie communautaire dans l’Église …”

L’ange lui coupe la parole : “Excusez-moi, Monsieur, vous m’avez mal compris. Ici, nous ne vendons pas de fruits, nous ne vendons que les graines !” »

Seigneur Jésus,

tu nous demandes de mourir à nous-mêmes,

pour que ton amour puisse transparaître

dans notre vie vis-à-vis des autres.

Mais nous aimerions que ce soit toi

qui fasse le boulot :

on n’arrête pas de te le demander.

Mais toi, tu veux que ce soit nous

qui plantions la graine …

Francis Cousin    

  

 

 

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

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5ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jean 12, 20-33)

 « J’attirerai tous les hommes à moi » 

(Jean 12, 20-33)

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. »
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.
Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

    

 

            Des Grecs, et donc des païens, désirent voir Jésus… Or, « nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,44) disait-il, et « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17), le monde entier, tous les hommes, Juifs et païens…

            Jésus voit s’accomplir, dans cette démarche des Grecs, ce projet universel de salut pour lequel il a été envoyé… « L’Heure est venue pour le Fils de l’Homme d’être glorifié »… Très bientôt, « il souffrira beaucoup, il sera rejeté par les Anciens, les Grands Prêtres et les scribes, il sera tué et après trois jours, il ressuscitera » (Lc 8,31). A Gethsémani, cette perspective le plongera dans « la tristesse et l’angoisse ». « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux mais comme tu veux » (Mt 26,36-46). St Jean ne nous rapporte pas cet épisode, mais nous avons ici un écho de ce combat intérieur que le Christ a du affronter : « Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Et le Père répondra à cette supplication : « Alors, du ciel, vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ». Et sur la Croix, c’est Lui qui donnera à son Fils de pouvoir se donner jusqu’au bout, « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Jn 13,1), pour le salut du monde… Et il le glorifiera encore par sa résurrection en lui donnant « la gloire qu’il avait auprès de lui avant que fût le monde » (Jn 17,5)…

            Tombé en terre, le grain de blé mourra. Mais il ne demeurera pas seul. Il portera beaucoup de fruit : cette « foule immense, que nul ne peut dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue. Debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau »… Ils viennent de la grande épreuve » de cette vie sur la terre. « Ils ont lavé la robe de leur cœur et leur vie et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son Temple » (Ap 7,9-17).

            « Dieu veut » en effet « que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4-6). C’est pourquoi, ressuscité, le Christ continue-t-il aujourd’hui encore d’accomplir la promesse qu’il nous fait ici : « Une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes »… DJF




5ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Le grain tombé en terre

Jn 12, 20-33

« Voici venir des jours où je conclurai une alliance nouvelle avec mon peuple. Ce ne sera pas une alliance comme celle que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir d’Egypte : cette alliance-là, ils l’ont rompue. Voici quelle sera l’alliance que je vais conclure avec eux : je mettrai ma loi au plus profond de leur cœur. Je serai leur Dieu, ils seront mon peuple. Je leur pardonnerai leurs fautes. Je ne me rappellerai plus de leurs péchés”».

Ce que nous promet Jérémie dans cette nouvelle alliance, ce n’est pas un changement des clauses de l’alliance, changement du texte de l’alliance. C’est bien plus important : un changement du cœur de l’homme lui-même, un renouvellement de l’homme ; un cœur humain qui sera profondément accordé aux appels de Dieu sur lui.

« Je lui parlerai au cœur », c’est l’ambition de tout amoureux avec celui ou celle dont il veut partager la vie. C’est le cœur de l’autre qui doit être atteint. C’est jusque dans son cœur que ces paroles doivent pénétrer pour y résonner et atteindre la plénitude de leur portée.

 Tant que le cœur n’est pas atteint, il n’y a pas d’amour partagé : une alliance qui ne sera plus gravée sur des tables de pierre, mais qui sera gravée dans le cœur de chacun, non plus une alliance cosmique signifiée par l’arc-en-ciel, pas même une alliance suscitée par la main d’Abraham allant sacrifier son fils. Notre Père veut aller plus loin ; par son Fils, par Jésus-Christ, victime offerte, il désire nous faire entrer dans une connaissance intime de Dieu, faite d’une communion quotidienne à son amour et à sa volonté.

« Voici venir des jours ». Oui, ils arrivent ces jours, ils s’approchent ces heures où Jésus, par sa Passion et sa Croix, va opérer le renouvellement d’une alliance nouvelle et éternelle qui fera de notre relation avec Dieu non plus un contrat légaliste, pas même un pacte entre 2 partenaires, ni un accord entre deux amis, mais bien plus ! Un don de soi à l’autre, don irréversible : alliance définitive, don toujours offert, alliance toujours nouvelle.

Pâques 2021, sera-ce pour moi, une alliance ? Une alliance nouvelle, une alliance éternelle ? Est-ce-que je prépare, en ce moment, ce renouvellement de mon être dont a parlé le prophète Jérémie tout à l’heure, travail de Carême, effort préliminaire à toute résurrection personnelle ?

Est-ce-que, peu à peu, j’essaie d’accorder mon âme aux désirs de Dieu sur moi, tout comme on accorde, par essais successifs, un piano ou une guitare pour qu’ils puissent sonner juste à la mélodie de Dieu, m’accorder aux notes graves et déchirantes de la Passion et de la souffrance, m’accorder aux notes légères, allègres ou triomphantes de la Résurrection, m’accorder aux notes joyeuses de l’alléluia et de l’annonce de notre salut définitif ?

A cette approche des événements décisifs d’une alliance renouvelée entre Dieu et chacun d’entre nous, le Christ me tend la main, il désire me prendre par la main pour m’emmener avec lui : allons-nous nous laisser faire ? Allons-nous le suivre dans cette Passion, dans cette Résurrection qui sera la mienne aussi et qui sera le renouvellement de mon Baptême que je proclamerai dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques ? Allons-nous le laisser tout seul poursuivre sa route vers la maison de Caïphe, dans le palais de Pilate, sur la montée du Calvaire ?

Serons-nous, là, avec Marie, avec Jean, au pied de la Croix, le Vendredi Saint ?

Serons-nous avec les Saintes femmes, le matin du dimanche de Pâques, pour écouter l’ange nous dire : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? Il est ressuscité ! Il n’est pas ici ! », ou bien partirons-nous sur la pointe des pieds, après Gethsémani, comme ces apôtres qui dormaient pendant l’agonie de Jésus et que l’on n’a plus revus jusqu’à le Résurrection, ou bien dirons-nous comme Pierre : « Non, cet homme, je ne le connais pas » ?

Le coq ne chantera pas trois fois ! Mais nous l’aurions renié une fois de plus ! La Passion du Christ, elle est toujours actuelle, sa Résurrection aussi, heureusement !

Si nous sommes sincères, si nous sommes, non seulement de bonne foi, mais avec une foi qui soit bonne, c’est-à-dire assez solide pour  accompagner le Christ n’importe où, nous dirons avec le psaume d’aujourd’hui :

« Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau », car il en faut du cœur et du courage pour te suivre là où tu souffres pour nous,

« Donne-nous, Seigneur, un “Esprit nouveau” » car cet Esprit-là, celui de ton Fils, il faut que, moi aussi, je le remette entre les mains du Père. Sommes-nous capable d’entendre le Christ présenter avec un grand cri et des supplications, à son Père qui pouvait le sauver de la mort, sa prière de détresse ? « Père, que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite mais la tienne »

Nul, désormais, ne peut se dire solitaire ou abandonné dans sa peine. Jésus est toujours près de lui, compagnon de douleur qui lui apporte secours et miséricorde. Découvrir Jésus souffrant à côté de moi, c’est découvrir que mes propres souffrances, que mes épreuves personnelles ont, elles aussi, un sens et une valeur rédemptrice capable de sauver le monde.

Oh ! Si pendant ces jours saints, ceux qui sont dans l’épreuve pouvaient réaliser qu’ils sont en train de sauver le monde avec Jésus-Christ ! Qu’en offrant leurs douleurs et les unissant avec celles du Calvaire et de la Croix, ils jouent dans le monde un rôle bien plus important que n’importe quel chef d’état !

Ce n’est pas Pilate qui a changé le monde, ce n’est pas Hérode qui l’a sauvé, c’est Jésus, et Jésus en Croix ! « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, il est stérile et inutile, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits, il devient fécond ».

Ces jours qui vont venir, seront-ils témoins des semailles de Dieu en nos cœurs ? Verront-ils se lever une moisson spirituelle parce que nous avons accepté de faire mourir en nous toutes nos forces d’égoïsme pour faire épanouir au soleil de Dieu toutes nos forces d’oubli de nous-mêmes et de générosité ?

Si oui, Jérémie pourra redire encore de la part de Dieu :

« Voici venir des jours où je conclurai une alliance nouvelle ». AMEN




4ième Dimanche de Carême (Jn 3, 14, 21) – Francis Cousin

« C’est bien par grâce que vous êtes sauvés. »

Laetare : soyez dans la joie !

C’est ainsi qu’on appelait ce dimanche autrefois, du temps où la messe était en latin. C’était le premier mot de l’introït, ou prière d’entrée de la messe.

Soyez dans la joie, réjouissez-vous ! Pas seulement parce que c’était environ le milieu du carême, … mais plutôt parce que c’est un jour qui nous montre la bonté du Seigneur, qui nous montre que Dieu nous aime, nous les hommes, depuis le début de la création. Il a placé l’homme au-dessus de toutes les créatures, lui donnant la responsabilité d’organiser au mieux la création.

Mais les hommes n’ont pas toujours suivi Dieu, et même se sont révoltés contre ses envoyés, ses prophètes : « Tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. » (Première lecture) … et il y eu la déportation à Babylone … et il fallut qu’un non-juif, Cyrus, roi de Perse, reconquit Jérusalem et décida de reconstruire le Temple de Jérusalem et de permettre aux juifs de Babylone qui le voulait de revenir à Jérusalem. Joie pour tous les déportés qui regrettaient d’être éloignés de Jérusalem : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion … Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? … Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ! » (Psaume).

« Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. » (Deuxième lecture).

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »

Dieu ne regarde pas seulement notre vie sur la terre, comme le font beaucoup de gens qui ne voit que la réussite en ce monde comme priorité, avec toutes les compromissions nécessaires ( ??) pour cela. « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16,26). Il voit plus loin, ce que nous, humains, ne voyons généralement pas …

« Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

 C’est ce que disait Jésus à Nicodème. Il disait aussi : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »

L’essentiel est de croire en Jésus. C’est la foi en sa Parole qui nous ouvre à la vie éternelle.

Contrairement à ce que croient certains, « Cela ne vient pas des actes », mais c’est « par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. ». Même si les deux sont nécessaires : la foi plus les actes : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? (…) Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. » (Jc 2,14.17)

Dieu est toujours le premier à nous donner quelque chose : l’amour, la grâce, la foi … et nous avons à les accepter, … ou à les refuser …

Voulons-nous entrer dans la lumière de Dieu, de Jésus, … ou bien rester dans les ténèbres ? Voulons que notre vie soit dans la vérité ?

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Seigneur Jésus,

toi qui es la lumière du monde,

tu veux nous attirer dans cette lumière

qui nous révèle la vérité.

Celle de l’amour de Dieu pour les hommes,

de sa miséricorde, et de sa volonté

que nous soyons toujours près de lui.

Donne-nous le courage

de quitter nos ténèbres

pour aller dans ta lumière.

Francis Cousin    

 

 

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Image dim Carême B 4°




4ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Le salut par la Croix

Jn 3, 14-21

 

Promenez-vous, un peu partout, que ce soit dans l’île ou même dans le quartier, partout vous rencontrerez des calvaires à la sortie des églises, croix du jubilé à la croisée des chemins, à la sortie d’un champ. Elles nous sont tellement familières, ces croix, que nous en avons oublié leur signification : c’est pourtant l’insigne du chrétien !

Le 1er geste du Baptême est de tracer une croix sur le front de l’enfant, et le jeune chrétien, aussi bien que l’adulte, portera autour de son cou, une chaine dans laquelle est glissée une croix. Pour beaucoup, cela fait joli. C’est un ornement, un bijou, une décoration.

On la voit aussi, cette croix, dressée sur les tombes de nos défunts au cimetière et même là, nous ne faisons pas toujours la liaison entre notre vie, notre mort et ce que cette croix signifie : la croix au-dessus du lit dans la chambre, la croix dans la salle de séjour.

Ce crucifix que l’on offre à la première communion ou à la profession de foi, que nous dit-il, à nous, chrétiens ? N’oublions pas qu’au début, pour les premiers chrétiens, c’était une image terrible, une image scandaleuse : celle d’un pendu, un cadavre cloué à 2 morceaux de bois. C’était une image tellement repoussante, que ce n’est pas tout de suite (même dans l’histoire des chrétiens), que la croix a été reproduite.

On a d’abord dessiné, comme symbole du Christ, un jeune homme ramenant sur ses épaules une brebis (le bon pasteur), puis le poisson qui, en grec, s’appelait ICTUS : premières lettres de la formule « Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur ».

Mais il fallait se rendre à l’évidence, le signe le plus parlant, le plus évocateur pour nous faire voir jusqu’où l’amour de Dieu pouvait aller, c’était encore l’objet de son supplice : cette croix par laquelle Jésus nous avait sauvés.

Lorsqu’à notre tour nous faisons le signe de la croix sur nous-mêmes, c’est avec bien de légèreté que nous faisons ce geste routinier qui trace sur nous le signe de notre salut.  Et pourtant, la Croix, c’est à elle que nous devons tout. C’est grâce à elle que nous pouvons encore espérer. Elle n’est pas simplement un insigne, mais le signe de notre sauvetage. Dans la Croix est contenu tout le secret de Dieu, tout son amour, toute sa volonté d’arracher l’homme au péché, fut-ce au prix de son sang, au prix de sa vie. Beaucoup, parmi les Juifs ne pouvaient s’empêcher de rapprocher l’image de Jésus, “élevé” en Croix, à une autre image : celle du serpent de bronze, élevé lui aussi sur un bout de bois.

Vous vous rappelez l’histoire : pendant la traversée du désert, le peuple hébreu, à cause de ses fautes, fut attaqué par des serpents venimeux, des serpents à la morsure brûlante et il en mourut un grand nombre. Alors, sur l’ordre du Seigneur, Moïse fit un “caducée” (ce signe que les médecins affichent encore sur le pare-brise de leur voiture : un serpent de bronze élevé autour d’un bâton), « celui qui était mordu et qui tournait les yeux vers “le signe élevé“, était sauvé, non pas à cause de l’objet regardé, mais par toi, Seigneur ».

Jésus, lui aussi, sera élevé de terre, cloué sur le bois, cloué à la Croix : quelqu’un qui le regardera, en vrai croyant, qui jettera son regard vers lui avec foi, celui-là, aussi, sera sauvé, sauvé de son péché : morsure mortelle que Dieu seul a pouvoir de guérir ; encore faut-il regarder vers lui.

« Dieu, nous dit St-Jean, a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, non pas pour “juger” le monde, mais pour que, par lui, le monde, le monde entier, soit sauvé ». « Dieu nous a tant aimé » qu’il a donné le plus cher de lui-même, ce qu’il avait de plus unique, donner Jésus jusqu’à le laisser détruire, jusqu’à la mort ! Mieux qu’Abraham !

N’oublions pas que St-Jean, était le seul apôtre à être au pied de la croix et que cette scène-là, ce soir-là, Jean n’a jamais pu l’oublier.

Nous sommes, nous, trop habitués à la Croix, à ce signe, et nous oublions, à la fois, sa cruauté et toute la portée d’amour qu’il signifie : « Pour moi, dit Jésus, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».

Il nous faut donc, à notre tour, lever les yeux vers celui qui est élevé entre ciel et terre et prier… cette grande Croix de bois sur laquelle saigne un corps d’homme torturé, c’est un sommet de douleur et de mort, mais c’est aussi le sommet de l’amour du Fils pour son Père, sommet de l’amour du grand frère universel qui veut sauver tous ses frères pécheurs.

Il faut, physiquement, regarder cette image de tous nos yeux grands ouverts mais il faut aussi fermer les yeux pour “voir” ce qui n’est pas visible et dont la Croix est le signe : l’amour extrême qui brûle au cœur du Christ. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Mais cet amour du Christ, qui le dévore est le signe d’un autre amour extrême : celui du Père. « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique ».

On raconte qu’un jour, en Espagne, un grand pécheur était allé se mettre à genoux devant un prêtre pour le pardon de ses fautes. Effaré par l’énormité de ses péchés, le prêtre ne voulut pas lui donner l’absolution. Une deuxième fois, le pénitent revient : même refus. Une troisième fois, le pécheur se met à genoux ; le prêtre, indécis, regarde vers le crucifix et voilà que le Christ se met à lui dire : « On voit bien que ce n’est pas toi qui as souffert sur la Croix et avec quel amour j’ai donné ma vie pour cet homme. Immédiatement, sauve-le, pardonne-lui en mon nom ! »

Frères, ne nous habituons pas au péché, mais aussi ne nous habituons pas à la Croix. S’habituer au péché, c’est prendre parti de sa maladie et l’accepter jusqu’à la mort : c’est grave, mais s’habituer à la Croix, c’est ne plus voir, ne plus comprendre que, quel que soit notre état, Jésus mort sur la Croix et ressuscité, est capable de nous sortir de n’importe quelle situation périlleuse, de toute maladie mortelle. De nos jours, beaucoup sont tentés par une sorte de pessimisme : « Le monde est pourri, il n’y a rien à faire : violences, terrorisme, prises d’otages, bassesses de toutes sortes, exploitation de l’homme par l’homme, intoxication de l’opinion publique, mensonges publicitaires ou idéologiques ».

Dieu aussi voit tout cela ! Mais lui, il aime ce monde, quand même, il ne se résigne pas ! Il veut le sauver, ce monde parfois si moche, parfois si pourri, Dieu l’aime ! Pour lui, il n’est pas absurde parce qu’il y a la Croix qui le sauve, parce qu’il y a Jésus-Christ dessus qui donne sa vie pour lui, au lieu de continuer à gémir.

Tournons notre regard vers celui qui a été “élevé” de terre.

Regardons la croix. Ayons le même regard d’amour que Dieu lui-même. Avec lui, donnons notre vie, à notre tour, pour nos frères.  AMEN




4ième dimanche de Carême par le Diacre Jacques FOURNIER

Une Miséricorde infinie (Jn 3,14-21) !

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

           Au désert, le Peuple d’Israël avait murmuré contre Moïse et donc contre Dieu. Les conséquences de leur désobéissance avaient été évoquées avec l’image de la brûlure occasionnée par la morsure d’un serpent venimeux, une morsure qui, en l’absence de remède, conduit à la mort. Mais Dieu avait dit à Moïse : « Façonne-toi un Brûlant, et fixe-le sur une perche. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. Moïse façonna donc un serpent de bronze », un alliage de cuivre et d’étain qui, par son éclat et sa couleur dorée, évoque le feu de la brûlure occasionnée par la morsure (Nb 21,4-9)… Comme Adam et Eve autrefois, trompés par le serpent (Gn 3), les Israélites ont donc désobéi à Dieu et expérimenté en eux-mêmes cette « brûlure » du mal qui conduit à la mort… S’ils obéissent maintenant à l’invitation que Dieu leur lance, s’ils regardent ce Brûlant fixé sur le bois, ils seront guéris, ils vivront… Ce petit geste manifestera leur obéissance de cœur à Dieu, une obéissance qui leur permettra de triompher, grâce à Dieu, de toutes les conséquences mortelles de leurs désobéissances passées…

            Et Jésus se compare ici à ce Brûlant ! De fait, il sera fixé sur la Croix, et il prendra sur Lui toutes « nos souffrances et nos douleurs », « il s’accablera lui-même de nos fautes » (Is 52,13-53,12), il brûlera de nos brûlures et mourra de notre mort pour nous sauver et nous donner gratuitement, à nous, pécheurs, de pouvoir vivre de sa Vie ! En agissant ainsi, il manifestera à quel point Dieu est « Feu » lui aussi (cf. Gn 15 ; Ex 3 ; Dt 4,24), non pas un feu de brûlure qui conduit à la mort, mais un Feu d’Amour, de Douceur et de Force qui conduit à la Vie. « O Jésus ! Laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette Folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle des bornes ? » (Ste Thérèse de Lisieux).

            Ainsi, avec le Fils et par le Fils, Dieu tout entier s’est donné Lui-même pour notre salut… L’infini de sa Miséricorde se propose à notre misère, à nos péchés, qui, aussi grands puissent-ils être, ne surpasseront jamais cet infini de Pur Amour… Désormais la seule attitude qu’il désire de nous est ce « Oui ! » de confiance et d’abandon… Car « là où le péché a abondé », humainement, « la grâce a surabondé », divinement, infiniment (Rm 5,20)… Oserons-nous croire à l’infinie de cette Miséricorde, tout entière offerte pour que nous trouvions avec elle la Plénitude de la Vie, de la Paix et de la Joie ?          DJF




3ième Dimanche de Carême (Jn 2, 13-25) – Francis Cousin

« La colère de Jésus ? »

Il fallait certainement ce rappel des dix paroles de Dieu révélées à Moïse sur le mont Sinaï pour bien comprendre le sens du passage de l’évangile de ce jour. Cinq paroles vis-à-vis de Dieu, et cinq paroles vis-à-vis des autres humains.

Cela commence par : « Je suis le Seigneur ton Dieu, (…) Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. (…) Tu ne feras aucune idole … » (première lecture).

Il faut bien le reconnaître, même si nous croyons en Dieu, il arrive bien souvent que nous sommes attirés par certains objets ou façons de faire que ne n’appelons pas idoles, que nous ne mettons pas au même rang que Dieu, mais qui influencent notre manière de vivre : désir de paraître, de pouvoir, d’argent, de drogues diverses … voire pire : vouloir mettre l’homme à la place de Dieu, croire en l’homme augmenté, au transhumanisme … On sait bien que c’est ce que désire le Démon, depuis Ève et Adam … mais on ne s’en rend pas compte, car il nous fait croire que c’est pour notre bien … comme il le fait toujours !

Mettre l’homme au-dessus de Dieu … !

Et cela touche tous les niveaux. N’a-t-on pas entendu il y a un peu plus d’un mois le ministre de l’intérieur (et des cultes !), monsieur Darmanin, dire : « Nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu. » (Europe1, 2 février). Parole qui a été récusée par tous les responsables religieux, de quelque religion que ce soit, et qui a été largement commentée dans tous les journaux et revues : « Cette hiérarchie n’a pas de sens, elle est un truc de sondeurs, puis de polémistes, et revient à demander à une personne qui a la foi de se renier, car la religion, oui, est totale. » (le Point, 11 février). Jésus avait déjà dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20,25), et dans les actes des apôtres, ceux-ci disent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » (Ac 5,29).

Dans l’évangile, on voit Jésus constater que, dans le Temple de Jérusalem, certaines personnes ont détourné l’objet de Temple, qui est la prière, pour y faire du commerce ou du change d’argent … et il remet les choses dans l’ordre, en prenant les moyens qu’il faut : un fouet avec des cordes, pour éparpiller les animaux et les hommes.

Colère ? Sans doute intérieure ! Comme on dit : son sang devait bouillir ! Mais il ne pouvait laisser faire cela, car « L’amour de [s]a maison [faisait s]on tourment », et il dit : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. ».

C’était une colère mesurée et réfléchie …

Jésus ne fait que ce qu’il a toujours dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Mt 5,17).

Jésus redonne son sens véritable au Temple. Il rejette à l’extérieur tout ce qui est marchandage pour les sacrifice d’animaux pour laisser à l’intérieur du Temple la louange, la prière à Dieu.

Et en même temps, il annonce que les temps ont changés : les sacrifices d’animaux n’ont plus de valeur, c’est lui qui se sacrifiera pour que la multitude vive à jamais … il nous entraine déjà vers la nouvelle Pâques, celle dont nous ferons souvenance dans quelques semaines …

Bien sûr, cette manière de faire n’est pas bien perçue des juifs qui demandent raison. Jésus répond : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. ».

Il ne parle plus du Temple en général, mais du sanctuaire, du saint des saints, la partie du Temple qui conserve l’arche d’alliance, la présence de Dieu chez les hommes. Et il s’identifie à cette partie, en parlant des trois jours : pour passer du vendredi saint au dimanche de Pâques. Mais les juifs ne pouvaient pas le comprendre à ce moment de l’histoire. C’est lui qui, maintenant, est la présence de Dieu sur la terre !

C’est ce qu’il dira un peu après à la Samaritaine : « L’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père, (…) où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité, (…) Je suis [le messie], moi qui te parle. » (Jn 4,21.23.26).

Jésus demande au juifs de passer de la Loi à la Foi.

Et c’est encore ce qu’il nous demande …

Seigneur Jésus,

 tu n’acceptes pas que la maison de ton Père

soit détournée de son objet

qui est l’adoration et la louange de ton Père.

Aide-nous à ne pas détourner

nos églises de leur fonction,

et que notre présence y soit pour la prière,

et rien d’autre.

Francis Cousin    

 

 

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Image dim Carême B 3°




3ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER

” Jésus, au coeur de l’Alliance Nouvelle “

(Jean 2, 13-25)…

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘L’amour de ta maison fera mon tourment.’
Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

 

         

               Dans le cadre de l’ancienne Alliance, la Loi de Moïse exigeait de tout pécheur qu’il « amène au Seigneur à titre de sacrifice de réparation pour le péché commis » un bœuf, une tête de petit bétail ou deux colombes. Tout dépendait de la gravité de sa faute et de ses moyens financiers (Lv 5). Et à l’époque de Jésus, les Grands Prêtres avaient décidé de n’utiliser dans le Temple que la monnaie de la ville de Tyr, en signe de résistance à l’envahisseur romain. Avant d’acheter un animal pour l’offrir en sacrifice, il fallait donc commencer par changer sa monnaie romaine. Et toutes ces transactions étaient autant d’occasions pour s’enrichir ; les Grands Prêtres eux-mêmes percevaient un pourcentage auprès des changeurs et des vendeurs d’animaux…

            Or, « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Lc 16,13), car « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21). Pour que la maison de Dieu soit réellement une « maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7), Jésus, sans violence pour les hommes, chasse tous les animaux du Temple et renverse les tables des changeurs… « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce »…

            Il accomplit ici un acte prophétique fort et ses interlocuteurs le comprennent bien ainsi : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là », si tu es vraiment un envoyé de Dieu ? Mais cette question trahit leur aveuglement. Jésus est, en effet, est le plus beau signe que Dieu peut nous offrir, car avec le Fils « fait chair » (Jn 1,14), Dieu lui-même, en Personne, s’offre dans la chair au regard des hommes. Mais seul un cœur ouvert, vrai, sincère, renonçant à mettre l’idole de l’argent à la première place, saura le reconnaître…

            Et son geste va plus loin encore… « La Pâque des Juifs approchait » ? Bientôt, lors d’une fête de Pâque, il mourra sur une Croix au moment où des milliers d’agneaux étaient égorgés au Temple en vue du repas pascal. « Il est l’Agneau de Dieu » offert une fois pour toutes pour les péchés de tous les hommes, de tous les temps… Désormais, les sacrifices d’animaux sont inutiles… De plus « le Père est en Lui » (Jn 14,10-11), et il est « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5), le « Chemin » vers la Maison du Père et « la Porte » qui en ouvre l’accès (Jn 14,6 ; 10,9). Le Temple n’est donc plus le seul lieu de la rencontre avec Dieu. Avec le Fils et par le Fils, c’est en tout lieu que Dieu s’offre désormais à notre foi, « en Esprit et en Vérité » (Jn 4,19-24)…

                                                                                                                                  DJF