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6ième Dimanche de Pâques (Jn 15, 9-17) – Homélie du Père Louis DATTIN

Aimer

Jn 15, 9-17

« Dieu est amour » : cette petite phrase, combien de fois, l’avez-vous entendue, rabâchée, répétée en toutes circonstances, si bien qu’elle est devenue pour nous une rengaine et à chaque fois que nous l’entendons, nous avons cette réaction : « Tiens, en voilà encore un qui n’a plus rien à dire, alors il répète comme tous les autres “Dieu est amour » !

Faut-il, mes frères, que nous soyons vaccinés au message de l’Evangile, habitués aux mots, blindés contre toutes les idées-chocs pour réagir de cette façon-là ! Ces 3 mots-là : « Dieu est amour » sont le sommet de la Révélation biblique et ils sont capables, pour celui qui les prend au sérieux, de transformer une vie, de changer une existence, de découvrir un horizon tout-à-fait neuf, inespéré, incroyable.

Mais, avant d’en arriver là, il faut déjouer les pièges du langage : »amour », voilà un mot bien galvaudé, utilisé dans n’importe quelle situation et qui, à force de tout dire, ne dit plus rien de précis. De même le mot « Dieu » : son nom, à lui aussi, est bien galvaudé et son visage bien déformé !

Un ami incroyant me disait un jour : « Oui, je sais : Aimer est le verbe essentiel de l’Evangile et pourtant les chrétiens en parlent si bien ! Et le font si mal ! » Au-delà de cette boutade, il y a toute l’usure de notre monde blasé, un monde « à qui on ne la fait pas », parce qu’il en a vu d’autres et qui, dit-il, ne veut pas se laisser avoir par le premier venu.

« Le premier venu », celui qui est venu le premier c’est-à-dire celui qui nous a vraiment appris ce que c’est que l’amour, un amour qui va jusqu’au bout : c’est Jésus-Christ, envoyé par son Père, par amour :

 

1 – voulant sauver les hommes par amour

2 – donnant sa vie par amour

3 – et nous tirant de notre péché par amour.

L’amour : ce n’est pas nous qui l’avons inventé, tout au plus l’avons-nous réduit et défiguré. C’est Dieu qui nous l’a transmis et qui voudrait que nous en soyons à notre tour les diffuseurs.

Un amour, ça ne se garde pas sous peine de dépérir. Ça se transmet pour s’épanouir. Si bien qu’en regardant l’amour de Dieu, son initiative, sa démarche d’amour, c’est une idée de l’amour qui est presque exactement le contraire de celle que nous nous faisons : une bonne nouvelle, un émerveillement, un étonnement.

« Dieu révèle sa puissance à toutes les nations ».

Quelle puissance ? Celle du cœur, bien sûr ! Amour offert, amour gratuit, amour universel. Dieu aime le premier. Il est Amour. Notre maitre, notre instructeur en amour, c’est lui.

Dès lors, il fait de l’Homme son ami, il se donne à lui, sans réserve, sans frontière. Quand on dit « il nous a aimé le premier », on a tendance à croire que ce fut une seule fois, à la manière historique, alors que sans cesse, bien des fois, au long des jours et de notre vie, « c’est toi, Seigneur, qui nous as aimés le premier et qui a pris l’initiative ».

Trop souvent, on présente l’amour au chrétien comme une morale  » Tu aimeras… », comme si on pouvait imposer à quelqu’un d’en aimer un autre ! Un amour, ça ne se commande pas ! Un amour est suscité par un autre amour… si bien qu’il n’y a pas de véritable amour sans foi. « Foi et amour » ne font qu’un.

Pour le chrétien : c’est Dieu qui, par l’amour qu’il nous porte, force le nôtre. Bien plus, c’est lui qui, en nous, va aimer les autres pour que, par notre amour, les autres puissent reconnaitre l’amour originel qu’ils puissent remonter jusqu’à la source, plonger jusqu’à la racine, découvrir le point de départ.

 Ayant eu, pendant 25 ans d’aumônerie de jeunes, l’occasion d’en approcher des milliers, je fus frappé parfois par quelques-uns d’entre eux : généreux, enthousiastes, limpides, animés par un idéal magnifique et je me disais, sans connaître leurs parents « combien faut-il qu’ils aient été aimés et éduqués dans l’amour, pour avoir un cœur aussi ouvert, une âme aussi belle, un esprit aussi dynamique » et c’était vrai ! Et si, à notre tour, les gens autour de nous, pouvaient dire : « Faut-il qu’ils soient tellement aimés de Dieu pour être à leur tour si généreux, si oublieux d’eux-mêmes, si peu égoïstes et si joyeux, si épanouis ». Dans ce cas-là, ils ont deviné notre secret. Ils ont été jusqu’au noyau de notre vie :

« C’est parce qu’il « demeure » en nous et nous en lui »

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, pour que vous soyez comblés de joie »

« Maintenant je vous appelle mes amis car tout ce que j’ai appris de mon Père (l’amour), je vous l’ai fait connaître »

« Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et je vous ai mis à cette place afin que vous partiez et que vous donniez du fruit et que votre fruit demeure ».

Dieu nous a aimés le premier : découverte nécessaire pour comprendre ce qu’est l’amour chrétien : non pas une obligation extérieure, mais une nécessité interne, non pas un devoir imposé que l’on exécute tant bien que mal comme un potache, mais un jaillissement de tout l’être qui ne peut pas faire autrement, sous peine de se renier.

 Ainsi Dieu pour nous, il ne peut pas faire autrement que nous aimer et notre cœur, à son tour, doit rayonner cet amour comme la pluie qui « doit » tomber, comme le gaz qui « doit » se répandre. C’est dans sa nature. Ainsi l’Homme touché par l’amour gratuit de Dieu ne peut plus vivre autrement qu’en aimant. C’est pourquoi St-Jean écrit: « Aimons-nous les uns les autres PUISQUE l’amour vient de Dieu ».

Je finis par ce propos d’une jeune fille, entendu dans une réunion : « Si je pouvais, j’écrirais pour le monde entier, sur d’immenses bandes, en toutes langues, que les pauvres et les riches pourraient lire « Aimez-vous une seule journée, aimez-vous vraiment pour une journée« . Si les gens s’aimaient une journée, ils trouveraient cela tellement merveilleux qu’ils continueraient à s’aimer pendant une vie entière, sans guerre, sans souffrances, dans la confiance, dans l’amitié et l’égalité totale. C’est un rêve mais j’espère de toutes mes forces qu’il se réalisera un jour. J’en ai l’espérance et la foi ».

Tous les psychologues, psychanalystes, psychiatres vous le diront: « La vie de l’homme, c’est une histoire d’amour. S’il a été assez aimé, il va pouvoir aimer, il sera heureux et sera un donneur de joie. Par contre, s’il n’a pas eu sa ration d’amour, sa part d’affection, il sera lui-même un égoïste et rendra les autres malheureux ».

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous

et que vous soyez comblés de joie ». AMEN




6ième Dimanche de Pâques (Jn 15, 9-17) par le Diacre Jacques FOURNIER

 « Demeurez en mon amour » 

(Jn 15, 9-17)

 

           En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour. 
Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour. 
Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite. »
      Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. 
Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. 
           Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. 
Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. 
Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure. Alors, tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, il vous le donnera. 
      Voici ce que je vous commande : c’est de vous aimer les uns les autres. »

            

« Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés », nous dit ici Jésus… Comment le Père aime-t-il donc le Fils ? « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), écrit St Jean. Or, il emploie ici pour le verbe « donner » un ‘parfait grec’ qui renvoie à une action passée dont les conséquences se font toujours sentir dans le présent du texte… La raison de cette action passée devrait donc elle aussi être exprimée par un verbe au passé : « Le Père a aimé le Fils et il a tout donné dans sa main », le Fils étant toujours comblé par ce don au moment où St Jean s’exprime… Mais non… St Jean emploie un verbe au présent, « le Père aime le Fils », car il évoque une réalité éternelle : il en est ainsi depuis toujours et pour toujours… Et que signifie pour le Père « aimer le Fils » ? C’est « tout donner en sa main », tout ce qu’il a, tout ce qu’il est… « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15), dit Jésus…

            Nous sommes ici au cœur de notre Crédo… « Avant tous les siècles », le Père aime le Fils et se donne donc tout entier à lui… Le Père est Dieu ? Il lui donne tout ce qui se cache derrière cette expression si simple : « être Dieu ». Le Père est Lumière ? Il lui donne tout ce qui fait qu’il est Lumière… Et c’est par ce Don de Lui-même que le Père« engendre » le Fils, et que le Fils est l’éternel engendré du Père… « Né du Père avant tous les siècles, il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré non pas créé, de même nature que le Père », car c’est justement cette « nature » divine, ce qui fait que Dieu est Dieu, que le Père ne cesse de donner au Fils, que le Fils ne cesse de recevoir du Père…

            Ce mystère d’engendrement éternel peut aussi être exprimé en terme de « vie » : « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jn 5,26). « Je vis par le Père » (Jn 6,57). Cette notion de « vie » peut elle même être exprimée par l’image du « souffle », « le souffle de vie ». L’homme vit tant que du souffle passe dans ses narines… Donner la vie, c’est donner le souffle, et c’est bien ainsi que Dieu crée l’homme, en « insufflant en lui une haleine de vie » (Gn 2,7). « N’a-t-il pas fait un seul être, qui a chair et souffle de vie ? », demande le prophète Malachie (Ml 2,15) ? Oui, l’homme est la seule créature que Dieu créé ainsi… « Tu m’as gratifié de la vie, et tu veillais avec sollicitude sur mon souffle » (Job 10,12).

            Or, cette notion de « souffle » sert aussi à évoquer « l’Esprit de Dieu ». C’est pourquoi, lorsque le Christ ressuscité se manifesta à ses disciples, « il souffla sur eux et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » » (Jn 20,22). Avec le « souffle » image de « vie », cela revient à dire : « Recevez la vie ». Si les disciples l’acceptent, par le « oui » de leur foi, la mission du Christ est accomplie : « Je suis venu pour qu’on ait la vie, et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10). « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 6,47). Dès lors, on perçoit le lien profond entre les notions d’ « Esprit » et de « vie » : « l’Esprit », « le souffle de Dieu », est « vie »… « Souffler » sur les disciples, c’est, pour Jésus, leur donner « l’Esprit », leur donner « la vie éternelle », la vie même de Dieu ! Or « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), dit-il à la Samaritaine. En tout son Être, « Dieu est Esprit », et c’est bien parce qu’il est tout entier « Esprit », « Souffle de vie », qu’il est le Vivant par excellence, « le Dieu vivant » (Ac 14,15). Son « Esprit » est « vie ». C’est pourquoi « le Seigneur dit à Ezéchiel : « Adresse une prophétie à l’Esprit, prophétise, fils d’homme. Dis à l’Esprit : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Viens des quatre vents, Esprit ! Souffle sur ces morts, et qu’ils vivent ! » Je prophétisai, comme il m’en avait donné l’ordre, et l’Esprit entra en eux ; ils revinrent à la vie » (Ez 37,9-10).

            Dieu donne la vie en donnant l’Esprit, car « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6). C’est ainsi qu’il nous a créés : il nous a suscités à la vie en nous donnant l’Esprit, son Esprit. Et en agissant ainsi, il nous a aussi donnés d’être « esprit », c’est-à-dire des créatures spirituelles dont le mystère de la vie est à chercher dans la présence au plus profond de nous mêmes d’une réalité qui est Esprit. « Dieu Esprit » (Jn 4,24) nous a suscités dans l’existence en nous donnant à notre tour d’être « esprit » (cf. 1Th 5,23-25). Nous avons donc tous été créés par amour, puisque pour Dieu, « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux ; Jn 3,35). Et c’est bien ainsi, nous l’avons vu, que le Père engendre le Fils de toute éternité, en se donnant tout entier à lui, en tout ce qu’il est, en tout ce qu’il a… C’est ce qui est dit, en actes, au moment du baptême de Jésus (Mc 1,9-11) : la Plénitude de l’Esprit jaillit des cieux déchirés, et donc du Père, pour aller reposer sur le Fils. Et au même moment, la voix du Père se fait entendre : « Celui est mon Fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour », et donc tout ce que Je Suis, car « Dieu est Esprit », et « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16). « Le Père aime le Fils, et il a tout donné en sa main ». Nous constatons à quel point l’acte créateur par lequel Dieu nous a tous fait surgir à l’existence est à « l’image et ressemblance » (Gn 1,26-28) de Celui par lequel le Père engendre le Fils depuis toujours et pour toujours… Et notre vocation à tous est justement de « reproduire l’image du Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères » (Rm 8,29). Et cela se fera, si nous acceptons, par notre foi au Fils, de recevoir avec le Fils et par Lui, tout ce que le Fils reçoit du Père de toute éternité, c’est-à-dire tout ce qui l’engendre en Fils, « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu »… Beauté incroyable de la vocation de tout homme ici-bas : devenir « participants de la nature divine » (2P 1,4), et ainsi, des fils « à l’image du Fils », des « enfants de Dieu » vivant de la Plénitude de Vie de leur Dieu et Père, et cela le plus pleinement possible, selon notre condition de créatures…

            C’est ce Don qui ne cesse de jaillir du Père vers le Fils pour l’engendrer en Fils, et qui ne cesse de jaillir du Fils pour que nous devenions à notre tour des fils remplis comme le Fils de toute la Plénitude divine (cf. Jn 7,37-39)… « Père, l’heure est venue. Glorifie ton Fils afin que le Fils te glorifie, et que selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute  chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (Jn 17,1-2). Et tout ceci n’est que le fruit de l’Amour, Amour éternel du Père qui se donne tout entier au Fils pour lui donner d’Être ce qu’il Est, et il Est Amour… Le Fils, Amour lui aussi, sera donc également tout entier Don de lui-même, Don de ce qu’il est en lui-même, un Don qu’il nous invite à recevoir gratuitement, par amour, et cela de tout cœur, en essayant, avec son aide et son soutien, de nous tourner tout entier vers Lui… Cela suppose bien sûr au même moment qu’il nous soit donné de nous détourner également tout entier du mal : tel est le combat quotidien de notre conversion, avec le soutien et la grâce de Dieu…

            C’est pour cela que Jésus nous invite ici, comme fondement de notre vie chrétienne, à demeurer en son amour, amour totalement pur et gratuit qui ne cesse de se donner tout entier à nous pour réaliser en nous le meilleur dont nous avons besoin… « Demeurez en mon amour »… Veillez à vous laisser aimer, tels que vous êtes et cela de tout cœur… Ce qui revient à se laisser combler instant après instant par le Don de l’Amour, le Don de l’Esprit qui vivifie, de la Lumière qui règne dans les ténèbres sans que ces ténèbres ne puissent la saisir (Jn 1,5)… Il s’agira bien sûr ensuite de ne pas éteindre cet Esprit en posant des actions qui lui seraient contraire… « Priez sans cesse », en essayant d’accueillir sans cesse le Don que Dieu, dans son Amour, nous fait sans cesse… « Rendez grâce en toute circonstance », par un merci de tout cœur pour ce Don qui ne cesse de nous être proposé gratuitement, par amour, en toutes circonstances : « c’est la volonté de Dieu à votre égard dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de toute espèce de mal » (1Th 5,17-22).

            Jésus l’évoque ici en termes de « garder mes commandements », c’est-à-dire la ligne directrice de vie qu’il nous a indiquée, et elle est de l’ordre de l’amour, du don de soi, du service, de l’ouverture aux autres, etc… « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande » (Jn 15,12-14). « Garder ses commandements », revient donc à garder cette vie d’amour, de don de soi, une vie qu’il ne cesse de nous offrir par le don de son « Esprit qui vivifie », un Esprit qui est Lumière… Et nous retrouvons le « n’éteignez pas l’Esprit » de St Paul… C’est ce que fait Jésus lui-même dans le cadre de sa relation avec son Père : « Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour » (Jn 15,10). Et « je sais que son commandement est vie éternelle » (Jn 12,50). « Garder les commandements », c’est donc « garder la vie », éviter avec la force et le soutien de l’Esprit tout ce qui peut blesser cette vie, et donc nous blesser en tant que vivants appelés à partager cette Plénitude de vie. « Le salaire du péché, en effet, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu », le Don de l’Amour, « c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23).

            Garder la vie, ne pas éteindre l’Esprit, ce sera au même moment garder la joie, cette joie donnée par cette Plénitude de vie et qui est synonyme de bonheur paisible et profond. En effet, si « le Don de Dieu », c’est « l’eau vive » de « l’Esprit » (Jn 4,10‑14 ; 7,37-39 ; 19,34), « l’Esprit qui vivifie », « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22)… Le seul but que Jésus poursuit est donc notre joie : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous, et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11).

            Oui, vraiment, « je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». Et le Fils ne cesse d’entendre du Père ce « je t’aime », en acte, qui est Don plénier du Père par lequel le Fils est engendré en vrai Dieu né du vrai Dieu. Ce « je t’aime », le Fils nous le fait connaître en nous le disant à son tour, et en ne cessant de joindre lui aussi à cette Parole ce Don de l’Esprit qu’il reçoit du Père de toute éternité : « Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux Recevez l’Esprit Saint » (Jn 17,26 ; 20,22)…

                                                                                                                                              DJF




5ième Dimanche de Pâques (Jn 15, 1-8) – par Francis COUSIN

« Demeurez en moi … comme je demeure en vous. »

 

Très souvent, on a l’impression que Dieu est un Dieu lointain, là-haut, … dans le ciel, … dans un univers inaccessible …

Et Jésus aussi, lui qui s’est fait homme, non pas loin dans l’espace … mais dans le temps : deux mille ans, ça fait beaucoup …

Mais ce n’est rien par rapport à l’origine de la vie !

Et Jésus nous dit qu’il demeure en chacun de ses apôtres … en chacun de ses disciples !

Bien sûr, si c’est Jésus qui le dit, en tant que catholique, on va le croire … mais quand même, on a quelque fois quelques doutes … souvent, (ou plutôt tout le temps), inspirés par le Malin, le Démon !

Mais cela, on ne s’en rend compte …

C’est aussi ce que pensait Saint Augustin dans sa recherche de Dieu : « Tard je t’ai aimée, Beauté si ancienne et si nouvelle, tard je t’ai aimée ! mais quoi ! Tu étais au-dedans de moi et j’étais, moi, en dehors de moi-même ! Et c’est au dehors que je te cherchais ; je me ruais dans ma laideur sur la grâce de tes créatures. Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi … » (Les confessions, 10,27).

Et la dernière phrase de saint Augustin est une phrase que nous pouvons sans doute reprendre à notre compte, … tout au moins pour certains jours de notre vie …

Et pourtant nous savons que Jésus est toujours avec nous … il nous l’a dit : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20).

Mais, dans le texte de l’évangile de ce jour, Jésus ne dit pas « Je suis avec vous », mais « Je demeure en vous. », ce qui est encore plus fort.

Jésus est vraiment présent en nous, tout le temps, depuis avant notre naissance : « C’est toi qui m’as tiré du ventre du ma mère … dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu » (Ps 21,10-11), jusqu’à notre rencontre avec lui à la fin des temps …

Jésus est fidèle, il est toujours en nous, avec tout ce qu’il est, avec son amour … avec son Père (puisque les deux sont Un), … avec le Saint Esprit …

 Et surtout il demeure en nous par sa Parole qui nous a été transmise par les évangélistes et les auteurs du nouveau testament …

Tout cela, nous l’avons appris par nos parents, les catéchistes, par les prêtres que nous avons rencontrés, par l’exemple de telle ou telle personnes, par nos lectures …

Pour nous qui sommes catholiques, cela semble normal …

Mais Jésus demeure aussi en ceux qui ne sont pas de notre religion … ou qui n’en ont pas … et même en ceux refusent toute religion ou qui les combattent …

Jésus est présent en eux !

On a vu tout à l’heure l’exemple de saint Augustin … on a aussi l’exemple de saint Paul, en arrivant à Damas : « Mais le Seigneur dit à Ananie : « Va ! car cet homme est l’instrument que j’ai choisi pour faire parvenir mon nom auprès des nations, des rois et des fils d’Israël. » (Ac 9,15).

Jésus demeure en tout le monde, et il peut changer le cœur des gens même les plus hostiles à son enseignement.

Jésus demeure en tous … mais attention : il y a la première partie de la phrase : « Demeurez-en moi. ».

Et cette partie-là concerne chacun de nous : c’est nous qui devons demeurer en Jésus … et c’est important pour nous car : « De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. », et plus loin il ajoute : « car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. », du moins, rien de productif pour le Royaume des cieux : il se dessèche, et on le brûle.

Il y a un autre passage dans l’évangile de Jean qui utilise les mêmes mots : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » (Jn 6, 56).

Et cela pose une autre question, non pas scolaire, mais existentielle : Quand je communie à la messe, est-ce que je suis conscient que cela veut dire que ’’je demeure en Jésus, et lui demeure en moi’’ ? Qu’il m’apporte son amour … pas seulement pour un instant … mais pour toujours ?

Est-ce que je suis vraiment digne de le recevoir ?

Seigneur,

être chez toi comme chez moi.

Trouver en toi ma véritable demeure,

être enfin là où je me sentirai le mieux.

Tu as pour nom « Hospitalité », Ô Seigneur !

Tu m’offres d’habiter en toi

comme l’enfant se tient dans le ventre

ou dans les bras de sa mère.

Tu me dis qu’il n’y a pas d’autre domicile sûr pour moi

en dehors de ton Amour.

Habiter l’Amour !

Telle est ta proposition,

                                                               Telle est ton offre.                                           

                                                                                              Christian Delorme

 

                                                                                  Francis Cousin

 

 

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5ième Dimanche de Pâques – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 15, 1-8)

 « Je Suis la vigne, et vous les sarments » 

(Jn 15, 1-8)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron.
Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite.
Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire.
Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous.
Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »

         « Nous avons contemplé sa gloire », dit St Jean de Jésus, « gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). Or, « si la Loi fut donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus Christ » (Jn 1,18). Toute la mission de Jésus consiste donc à nous inviter à recevoir ce dont il est rempli, ce qu’il tient de son Père de toute éternité en tant que « Fils unique », « engendré non pas créé »… « Père, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée pour qu’ils soient un comme nous sommes un » (Jn 17,22)…

            Au moment de son baptême par Jean-Baptiste, « le ciel se déchira et l’Esprit descendit sur lui comme une colombe. Et une voix partit du ciel : « Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré » » (Lc 3,21-22). Avec Jésus, cet « aujourd’hui » a valeur d’éternité. Il est en effet ce « Fils unique » que le Père engendre à sa vie « avant tous les siècles » en se donnant totalement à Lui par amour, en lui donnant tout ce qu’il a (Jn 16,15 ; 17,10), tout ce qu’il est, et il « Est Esprit » (Jn 4,24). Jésus est ainsi « rempli d’Esprit Saint » (Lc 4,1) par le Père, et cela depuis toujours et pour toujours, un Don par lequel il est engendré en Fils. Et toute la mission de Jésus consiste à nous proposer de recevoir ce dont il est rempli : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22).

            « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même » (Jn 5,26). Engendré par le Père qui lui donne la vie, sa vie, et cela de toute éternité, Jésus « vit par le Père » (Jn 6,57). Et toute sa mission consiste à nous aider à recevoir ce dont il est rempli : « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance » (Jn 10,10). Mais nous, nous sommes pécheurs, blessés, notre cœur est compliqué et malade (cf Jr 17,9 ; Mc 7,21), il n’est pas toujours tourné vers le Père, comme l’est celui du Fils (cf. Jn 1,18). Mais « ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent » (Lc 5,31-32). Et cet appel, il ne cesse de le lancer à tout homme, partant à sa recherche comme s’il était le seul à s’être perdu, et cela « jusqu’à ce qu’il le retrouve » (Lc 15,1-7), jusqu’à ce qu’enfin, il se laisse retrouver en acceptant d’être aimé (cf. Ap 3,20). Et comme « revenir » à Dieu est encore au-delà de ses forces, c’est à nouveau Lui qui va se proposer de le ramener à la Maison du Père en le mettant sur ses épaules. Et c’est une joie pour Lui (cf. So 3,16-18) !

            « Dieu, fais-nous revenir, fais luire ta face et nous serons sauvés » (Ps 80,4). Oui, « aux païens aussi », à tout homme, « Dieu a donné la repentance », de pouvoir se repentir, une « repentance qui conduit à la vie » (Ac 11,18). Oui, « c’était Dieu qui dans le Christ se réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc en ambassade pour le Christ ; c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5,19-20).

            Alors, grâce à Lui, le sarment peut de nouveau être rattaché à la vigne, et recevoir d’elle la sève de la paix et de la vie qui lui permettra de porter beaucoup de fruit… Et cela en s’abandonnant tout simplement à l’Amour, envers et contre tout, et en le laissant accomplir inlassablement, dans nos cœurs et dans nos vies, son œuvre de réconciliation et de Vie !

                                                                                                                                              DJF




5ième Dimanche de Pâques (Jn 15, 1-8)- Homélie du Père Louis DATTIN

 

La vigne et les sarments

Jn 15, 1-8

La vigne, c’était en Israël, une image traditionnelle, le symbole du « peuple de Dieu« . Quand Dieu parle de sa vigne : tout Juif comprenait et traduisait « mon peuple« . Les prophètes Osée, Isaïe, Jérémie, Ezéchiel adoptent tous l’image de la vigne « Domaine et lieu de travail de Dieu parmi les hommes ».

Sur le fronton du temple de Jérusalem reconstruit par Hérode, au temps de Jésus, l’entrée du sanctuaire était précisément surmontée d’une superbe vigne d’or, symbole du « Peuple de l’Alliance« . Aussi n’est-il pas étonnant que Jésus ait recours à ce thème biblique pour annoncer, aux foules le Royaume de Dieu :

  1. la parabole des ouvriers envoyés à la vigne à différentes heures du jour, jusqu’à la 11e heure ;

  2. la parabole des deux fils à qui il est demandé d’aller à la vigne : l’un dit « oui » et n’y va pas, l’autre dit « non » et il y va tout de même ;

  3. et surtout cette belle parabole des vignerons homicides où le Père, après avoir envoyé ses serviteurs, les prophètes mis à mort les uns après les autres, y dépêche son propre fils qui y subit le même sort. Après s’être présenté comme la « vraie lumière« , la « vraie nourriture« , dimanche dernier, le « vrai berger« , Jésus déclare aujourd’hui : « Je suis la vraie vigne », c’est-à-dire le fondateur du « nouveau peuple de Dieu« , le véritable Israël qui devient l’Eglise= « nouveau peuple de Dieu » en marche vers le Royaume par opposition à l’Ancien Israël qui n’a pas su répondre à l’attente divine.

Jésus, au passage, rappelle l’initiative du Père : « Mon Père est le vigneron ». C’est lui, le créateur de cette vigne. C’est lui qui l’a plantée. C’est le Fils qui en est le cep, le tronc. Nous, nous sommes les sarments c’est-à-dire cette tige nouvelle qui, chaque année, réapparaît à Pâques pour éclore ses feuilles et ses grappes. La description de l’activité du vigneron se fait en 2 étapes :

– il y a d’abord le travail d’hiver : à cette saison, on coupe tous les sarments qui ne peuvent pas porter de fruits afin qu’ils n’épuisent pas inutilement le cep ;

– puis, 2e opération, au printemps : quand la vigne a poussé, on ôte encore toutes les petites branches inutiles.

« Tout sarment qui donne du fruit, mon Père le nettoie pour qu’il en donne davantage ».

Nous sommes, nous, ces sarments, ces petites branches, unis au cep et cette greffe à la vie du Christ est le point central sur lequel le Christ insiste tout au long de cette parabole. Nous devons, comme il le dit, « demeurer en lui ». Ce mot revient neuf fois en ces quelques lignes. « Etre uni à lui », participer à sa vie, condition « sine qua non » de toute vie chrétienne, telle est la situation indispensable pour les disciples chrétiens sarments car « en dehors de moi, séparés de moi, vous ne pouvez rien faire ».

« Demeurer en lui » : c’est être uni à lui par des liens d’amour et de vie et, par lui, le Fils, être introduit dans l’intimité du Père.

« Demeurez en moi, comme moi en vous ».

Le sarment tout seul, séparé ou coupé, ne peut pas donner du fruit par lui-même. Il ne peut plus vivre s’il n’est pas branché sur la vigne : « Je suis la vigne. Vous êtes les sarments ».

Branchés sur le Christ, vous pouvez vivre ; débranchés, c’est la mort à court terme. « Tout sarment qui n’est pas branché sur moi, mon Père l’enlève car il se dessèche ; une fois sec, on le coupe, on le jette, on le ramasse puis jeté au feu, il brûle ». Ainsi arrive-t-il à celui qui veut vivre par lui-même, coupé de Dieu, coupé des autres. L’égoïste, l’orgueilleux qui ne veut dépendre de personne, celui-là, se dessèche vite, il n’en a pas pour longtemps à vivre autonome : la vie n’arrive plus et ce n’est pas avec sa petite vie à lui qu’il pourra survivre, à plus forte raison : faire éclore fleurs et fruits.

Il aurait fallu pour cela qu’il soit relié à la source de la vie. S’il se coupe, c’est l’arrêt de mort, en arrêtant la vie. Que diriez-vous à la rivière qui veut se couper de la source ? A la couleur qui renonce à la lumière ? A la lampe qui renonce au courant ? A la voiture qui renonce au carburant ? Tous, ils perdent leur raison d’être et ne sont plus bon à rien, sans vie, inutilisables et nous en avons vu, autour de nous, de ces personnes, à la fois coupées de Dieu, et coupées des autres, qui, par repli sur soi, suffisance, égoïsme et orgueil, croyant se suffire par elles-mêmes, sont des morts vivants, des morts en sursis.

Pour eux, la vie terrestre, au lieu d’être un printemps en attente de fleurs et de fruits, ne sont qu’un automne mortifié qui annonce un hiver d’où toute vie va se retirer.

« Appelés à la vie » ou « condamnés à mort » ? Tout dépend de notre adhésion, de notre branchement sur Jésus qui a dit : “Je suis la vie”. “Je suis le cep”. “Je suis la lumière”. “Je suis la voie”. Se couper de la vraie vigne, s’écarter de Jésus, c’est se vouer à la mort. « Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu et ils brûlent ».

Mais, par contre, si elle est réelle, si elle est authentique, cette adhésion au Christ se traduira par des comportements concrets : de foi, de prière, de charité, de dévouement, d’oubli de soi. Elle se vérifiera aux fruits produits : « Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruits ». Mais, même celui-là, doit subir l’épreuve de la taille : un test de solidité et la garantie de sa fécondité. « Tout sarment qui donne du fruit, mon Père le nettoie pour qu’il en donne davantage ».

 Un chrétien fidèle n’est pas à l’abri de l’épreuve, à l’abri du sécateur. Il doit faire plus, il peut faire plus, ses fruits doivent être plus beaux encore et c’est l’ambition de Dieu pour nous : que notre épanouissement soit maximum, notre réussite totale et c’est une loi de la vie, tout comme une exigence spirituelle, “que l’on a rien sans mal”, qu’il faut souffrir pour être belle, travailler pour réussir, se donner de la peine pour arriver à un résultat.

Il en est même de notre vie chrétienne. On ne peut pas vivre en chrétien dans la facilité, dans l’euphorie continuelle ou dans l’optimisme béat. Au temps de la Résurrection, dans cette joie, nous nous souvenons par où est passé le Christ pour en arriver là : le chemin du disciple n’est pas différent de celui du maître.

 « Celui qui veut venir à ma suite, qu’il prenne sa croix et se mette en marche » et si nous rencontrons des épreuves (et qui n’en a jamais eu ?), si notre vie chrétienne rencontre des résistances, cette résistance même incite la foi à plus de pureté, donc à plus de vigueur.

Chrétiens, notre foi n’est pas facile à vivre ! Nous sommes en crise, mais cette épreuve est l’occasion pour chacun, et pour nous tous, d’un printemps, d’une Eglise qui portera du fruit parce qu’elle a su rester fidèle à Jésus, la vraie vigne. AMEN




4ième Dimanche de Pâques (Jn 10, 11-18) – par Francis COUSIN

  « Le Bon Pasteur. »

 

Jésus ne dit pas : « Je suis un bon pasteur » mais, « Je suis le bon pasteur ».

Cela veut dire qu’il est le seul à pouvoir être qualifié ainsi : il est le pasteur par excellence.

La figure du pasteur est courante dans l’ancien testament, normal pour un peuple qui a été longtemps nomade, et qui se déplaçait avec ses troupeaux, et qui garde cette figure de celui qui mène sa famille, sa maison, son peuple … et ce ne s’est pas toujours bien passé.

C’est surtout Ézéchiel qui en parle : « Car ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici que moi-même, je m’occuperai de mes brebis, et je veillerai sur elles. (…) C’est moi qui ferai paître mon troupeau, et c’est moi qui le ferai reposer, – oracle du Seigneur Dieu. » (Ez 34,11.15). Dieu reprend la main sur le troupeau des fils d’Israël.

Mais un peu plus loin, il ajoute : « Je susciterai à leur tête un seul berger ; lui les fera paître : ce sera mon serviteur David. Lui les fera paître, il sera leur berger. » (Ez 34,23), et comme Jésus est fils de David, …

Mais c’est aussi une manière d’affirmer à tous ceux qui écoutent Jésus qu’il est celui qui représente Dieu, qu’il est Dieu lui-même, et son envoyé.

Trois points :

1°) La proximité avec les brebis, avec comme point principal le fait que les brebis sont à lui, contrairement aux ouvriers qui sont payés par les propriétaires pour garder leur troupeau.

De ce fait, il y a une accointance entre les brebis et lui : « Je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent… et il les appelle chacune par leur nom. ».

Dans le langage de la bible, ça veut dire qu’il les aime. L’amour de Dieu est toujours présent pour nous.

Quand j’avais dix ans et que l’allais à la ferme voisine, j’étais toujours surpris par le fermier qui appelait chacune de ses vaches par un prénom féminin. Un jour je lui demandais comment il faisait pour les reconnaître, moi je ne voyais que des taches noires sur leur robe blanche ; il me dit : les taches ne sont pas toutes les mêmes, à force on les connaît, et puis il y a leur caractère, celle-là est vicieuse, il faut s’en méfier, celle-là se laisse toujours faire, celle-là, il faut toujours l’aborder par devant, qu’elle nous voit, sinon on risque des ruades, celle-là, il faut lui parler, la caresser …

L’importance de se connaître. Mieux, de s’aimer. Et pour Dieu, ce n’est pas un problème : « Car je t’ai gravée sur les paumes de mes mains. » (Is 49,16)

2°) « Je donne ma vie pour mes brebis. »

À l’époque, sans doute personne n’a bien compris de que Jésus voulait dire …

Nous, nous comprenons, avec la Passion, la mort et la résurrection de Jésus …

Mais le verbe est au présent de l’indicatif, et non pas au futur …

Cela veut donc dire que Jésus ne cesse pas de donner sa vie pour ses brebis.

Et donc à chaque messe, chaque jour, partout dans le monde, Jésus renouvelle le don de sa vie pour nous, pour ceux qui assistent à la messe … mais aussi pour tous ceux qui ne se sentent pas concernés, pour diverses raisons, parce qu’ils ne le connaissent pas, par indifférence, ou par refus …

Et pour ces derniers aussi, Jésus se fait leur pasteur : « J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. ».

Et c’est là où Jésus a besoin de nous.

Parce qu’il n’est plus sur terre pour mener à bien cette mission, même s’il est toujours présent avec nous …

3°) Prier pour les vocations … pour qu’il y ait toujours des personnes qui puissent prendre le relais et devenir à leur tour pasteurs d’une partie du troupeau des chrétiens.

Bien sûr, on pense en premier aux prêtres … mais dans l’évangile, ce n’est pas tout à fait ce qui est écrit : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. »

Jésus parle d’envoyer des ouvriers pour la moisson … et ne parle pas de prêtres (un terme qui ne prendra son sens que plus tard …

Bien sûr il faut des prêtres, c’est nécessaire, pour pouvoir célébrer la messe et administrer les sacrements … mais les ouvriers de la moisson, c’est plus large que cela : cela concerne les moines, les religieuses, les frères, les diacres, les catéchistes, tous les ouvriers de la pastorale … et tous les parents dont c’est la mission d’éduquer leurs enfants dans la religion catholique …

Prions pour qu’il y ait de nouveaux ouvriers … mais n’oublions pas de prier pour ceux qui sont déjà engagés, pour qu’ils restent fidèles à leur engagement.

Ô Père,

fais se lever parmi les chrétiens

de nombreuses et saintes vocations

qui maintiennent la foi vivante

et gardent une mémoire pleine de gratitude

de ton Fils Jésus.

Renforcent ceux qui sont déjà engagés.

Permet que de nombreux jeunes

suivent le chemin de leurs ainé(es)

par la prédication de sa Parole

et pour certains par

 l’administration des Sacrements,

par lesquels tu renouvelles

continuellement tes fidèles.

 

                                                                                  Francis Cousin

 

 

 

Cliquer sur le lien ci-dessous pour accéder à l’image illustrée : Image Pâques 4° B

 




4ième Dimanche de Pâques – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jn 10, 11-18)

 « Jésus est le Bon Pasteur de l’Humanité tout entière « 

(Jn 10, 11-18)

En ce temps-là, Jésus déclara : « Moi, je suis le bon pasteur, le vrai berger, qui donne sa vie pour ses brebis.
Le berger mercenaire n’est pas le pasteur, les brebis ne sont pas à lui : s’il voit venir le loup, il abandonne les brebis et s’enfuit ; le loup s’en empare et les disperse.
Ce berger n’est qu’un mercenaire, et les brebis ne comptent pas vraiment pour lui.
Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.
J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos : celles-là aussi, il faut que je les conduise. Elles écouteront ma voix : il y aura un seul troupeau et un seul pasteur.
Voici pourquoi le Père m’aime : parce que je donne ma vie, pour la recevoir de nouveau.
Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père. »

« Tout fut par Lui, et sans Lui, rien ne fut » (Jn 1,3). « Tout a été créé par lui et pour lui. Il est avant toute chose, et tout subsiste en lui » (Col 1,16-17). Jésus, le Fils, est ainsi « la Lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9). Il est donc proche de tout homme, il vit en « alliance éternelle » avec « toute chair » (Gn 9), et cela, depuis que le monde existe. Et comme « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), et qu’Il n’est qu’Amour, il ne cesse de rechercher le bien de « tous les hommes qu’il aime » (Lc 2,14), et cela gratuitement, par Amour. « Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé » (Sg 11,24).

            Les hommes ne vivent pas une relation de cœur avec Lui, se privant du même coup de cette Plénitude de Vie qu’il voulait leur communiquer dans une relation d’amour librement consentie ? Le Père va envoyer son Fils dans le monde, avec une seule Parole à leur transmettre de sa part : « Revenez ! Car le Père lui-même vous aime » (Jr 3,22 ; Mc 1,15 ; Mt 4,17 ; Jn 16,27)… « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime » (Lc 2,14).

            Or aimer, c’est vouloir le bien profond de celui, de celle qu’on aime… Tel est le désir de Dieu pour chacun de ses enfants, pour tout homme ici-bas… « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Is 43,4). Et « aimer » pour Dieu, c’est « rassasier de biens », combler de biens, pour le seul bien de l’être aimé : « Il te couronne d’amour et de tendresse », dit le Psalmiste, « il rassasie de biens ton existence » (Ps 103(102),4). Or le mot « bien » employé ici peut aussi prendre le sens de « beau », de « bon », de « bonheur »… Ainsi Dieu, qui Est « le Bon », « le Bien » par excellence, et la source de tout « bien », ne cesse-t-il de proposer à l’homme ce qui est « bien » pour lui, ce qui est « bon », et si ces « biens » sont effectivement accueillis, ils ne pourront que lui apporter le vrai « Bonheur », car Dieu nous a tous créés pour cela : nous partager sa Plénitude !

            « Je suis le Bon Pasteur » nous dit ici Jésus. Il « se soucie de ses brebis », c’est-à-dire de tout homme, quel qu’il soit, et il continue à faire en son humanité ce que Dieu ne cesse de faire de toute éternité : se donner par amour, se donner lui-même, donner sa vie pour ses créatures, cette vie qu’il reçoit du Père de toute éternité, et cela pour leur seul bien, pour les combler, gratuitement, par amour. « Le Bon Pasteur donne sa vie pour ses brebis », et il le fera jusqu’au don ultime de la Croix, pour le salut et la vie de tous…        DJF




4ième Dimanche de Pâques (Jn 10, 11-18) – Homélie du Père Louis DATTIN

Le bon pasteur

Jn 10, 11-18

Des candidats pour devenir des « Bons pasteurs » ou des dirigeants dans la société, il y en a ! Il y en a même beaucoup, beaucoup trop !

Et le plus souvent, ces pasteurs-là nous ont menés à la catastrophe.

Des faux pasteurs, il y en a eu dans l’histoire ! Alexandre, César, Tamerlan, Hitler, Staline et plus près de nous : Ben Laden, Kadhafi, Pol-Pot, Mao-Tsé-Toung, Saddam Hussein.

– Ceux du monde politique : je n’ai pas besoin de vous les citer, nous les entendons tous les soirs pérorer sur le petit écran, qu’ils soient de droite ou de gauche.

 

– Ceux du monde philosophique ne manquent pas non plus depuis Marx, Voltaire, Spinoza, Sartre, Kant, Hegel, Freud et tutti quanti.

– Ceux du monde religieux, ils foisonnent aussi : Mohamet, Bouddha, Luther et plus près de nous : l’Ayatollah Khomeiny, le Révérend Moon, Juliano Verbard et ce foisonnement de sectes qui essaient de détourner le troupeau des hommes vers leur doctrine pour les mener « Dieu sait où ? »

Parmi tous ces hommes, dont beaucoup étaient sincères, combien, en présentant leur programme d’action, pour guider l’humanité dans sa marche, ont bâti leur programme sur l’amour ? Pas seulement un amour en général, mais sur l’amour qu’il avait pour chacun, amour qui va aller jusqu’à donner sa vie pour lui. Ne cherchez pas, n’allez pas consulter une encyclopédie : il n’y en a qu’un. Il s’agit de celui qui a osé dire : « Je suis le Bon pasteur ».

Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît et que je connais le père et je donne ma vie pour mes brebis », et il l’a fait ! Il a effectivement donné sa vie pour la nôtre et plus encore, en donnant sa vie, il sauve la nôtre et nous communique la sienne.

Oui, vous pouvez passer en revue tous les grands hommes de la terre, tous les héros de l’humanité :

 

  • aucun n’a donné sa vie pour vous,

  • aucun ne vous a aimé personnellement,

  • aucun n’a pu vous transmettre sa vie,

  • aucun ne vous a sauvé,

  • aucun n’est capable de conduire à la fois vos parents et vos enfants, sur la route qui mène vers le Père qui est aussi son Père.

Jésus est passé, il y a vingt siècles, dans une grande démarche de lumière et il nous a montré définitivement le chemin vers l’unité humaine et le bercail du Père et il est toujours là, au cœur du monde, l’énergie de l’avenir ! Jésus invitait les siens à ne pas s’enfermer et il se présente toujours, après tous les rois d’Israël et tous les meneurs d’hommes comme le vrai Berger :

  • le seul Berger,

  • le seul qui nous a vraiment sauvés en donnant sa vie pour nous,

  • le seul qui nous connaît et nous aime personnellement,

  • le seul qui ne divise pas l’humanité entre les méchants et les bons, mais qui désire qu’elle soit rassemblée en un seul troupeau dans une même bergerie…

Je me demande si les chrétiens d’aujourd’hui ne sont pas trop souvent aveugles ou peureux :

aveugles parce qu’ils sont tellement habitués, accoutumés à ce message incroyable de l’Evangile qu’ils ne savent plus voir les merveilles de Dieu.

peureux parce qu’ils ne savent plus s’en réjouir et les publier. On a voulu, à juste titre, éviter une foi utilitaire… et, à mon neveu qui me demandait, comme beaucoup de jeunes en recherche : « La foi, à quoi ça sert ? ». Je fus tenté de dire : « Elle ne sert à rien, mais elle change tout ». Avec elle, on ne voit plus comme avant, tout est transformé. Et en fin de compte, je lui ai répondu : « La foi, c’est comme l’amour, elle sert, oui, elle sert à rendre heureux et ce n’est pas rien ! »

« Heureux » : grâce à Jésus Vivant, avec nous, en nous, qui nous aime, qui nous protège, qui nous conduit, lui, notre Vrai Berger, qui nous connaît mieux que nous ne nous connaissons, nous-mêmes, qui nous aime, mieux que nous ne pouvons-nous aimer nous-mêmes et ce n’est pas peu dire !

Jésus, qui, par sa Résurrection, sera toujours plus fort que notre péché, qui nous propose une nouvelle route d’humanité : celle qui va vers Dieu car elle vient de Dieu, la route généreuse, d’aimer et qui nous montre au loin l’humanité enfin réussie, enfin réunie !

Le terminus du voyage semble bien loin ! Mais, Jésus, le Vrai Berger, marche devant et il nous montre la direction.

La caractéristique qui fait la différence entre un vrai pasteur et un faux prophète, c’est : la gratuité de l’amour, un amour tel qu’il est capable de livrer une vie au profit d’une autre. Un faux prophète, un faux berger fait cela pour de l’argent ou pour le pouvoir ou par orgueil : conduire le troupeau pour la joie de l’autorité ou du commandement, désir de profit ou d’être en tête… tandis que le vrai pasteur, lui, est un serviteur, capable de tout par amour et sans autre motif que celui-là.

Il avait bien compris cela, le 1er pape qui signait au bas de ses lettres :

« Le serviteur des serviteurs », un amour qui n’engage pas seulement son honneur, son zèle au service des autres, sa responsabilité dans la tâche entreprise, mais qui va bien plus loin : donner sa vie pour défendre son troupeau, le protéger, le garder de tout danger :

. vie donnée d’un père Kolbe, mort à la place d’un autre au camp de concentration d’Auschwitz

. vie donnée par Mgr Oscar Romero, assassiné le 24 mars 1980 alors qu’il achevait sa messe

. vie donnée par la sœur Alice et sa compagne : deux religieuses françaises portées « disparues » en Argentine

. vie donnée par le père André Jarlon atteint par une balle, dans sa chambre alors qu’il méditait le psaume « De profundis » (ps 129)

. vie donnée par le père Popieluszko, vicaire à la paroisse St-Stanislas de Varsovie, enlevé le 27 octobre 1984, découvert le 30 dans la Vistule, défiguré, torturé. Assassinés aussi les neufs moines trappistes de Tibhirine égorgés en Algérie.

Oui, l’Evangile est une force qui dérange. Jésus a dérangé : on l’a tué ; les apôtres ont dérangé : ils sont tous morts martyrs, sauf un et je viens de vous le rappeler : ça continue aujourd’hui comme hier et pourtant, nous rappelle St-Pierre, dans la 1ère lecture : « En dehors de lui, il n’y a pas de salut ». Le nom de Jésus annoncé aux hommes est le seul qui puisse nous sauver.

Voilà pourquoi, à notre tour, quel que soient les risques encourus, nous devons devenir « bons pasteurs » pour les autres. Les chrétiens deviennent les « Bergers de l’Humanité » : ils doivent devenir les guides de toutes ces brebis dont le Seigneur avait pitié car elles erraient sans pasteur.

Mais n’oublions pas que cela entraîne de donner sa vie, de connaître les autres, de vous faire connaître d’eux et de rassembler au nom du Christ : le Vrai Berger. AMEN




3ième Dimanche de Pâques (Lc 24, 25-48) – par Francis COUSIN

« Reconnaître Jésus. »

 

Nous sommes toujours le « premier jour de la semaine », notre dimanche, le jour de la résurrection de Jésus, mais cette fois-ci, dans l’évangile selon saint Luc, le seul qui relate l’apparition de Jésus à ceux que l’on appelle les ’’pèlerins d’Emmaüs’’. Ceux-ci étaient en train de raconter aux autres disciples comment ils avaient reconnu Jésus à la fraction du pain lorsque Jésus se fait présent au milieu d’eux.

Après leur intervention, on aurait pu penser que les disciples auraient été sensibilisés à la possibilité de la résurrection de Jésus !

Et bien non ! C’est comme s’ils n’avaient rien dit !

Quand fût là, comme à son habitude, il les salue : « La paix soit avec vous. ».

Mais personne ne le reconnut ! 

Pas même les deux disciples d’Emmaüs qui pourtant venait de le reconnaître deux heures avant, et qui venaient justement annoncer la nouvelle aux autres disciples …

Non seulement ils ne le reconnaissent pas … mais ils croient voir un fantôme … et se mettent à paniquer …

Jésus est obligé de les calmer. « Pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? »

Il leur montre ses mains et ses pieds, avec la marque des clous, leur demande de le toucher, pour qu’ils puissent vérifier qu’il n’est pas un esprit, qu’il a bien un corps …

« Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. »

Alors Jésus leur propose de manger quelque chose devant eux : s’il est un esprit, la nourriture ne pourra pas disparaître, et tombera au sol.

Il prit donc une part de poisson grillé qu’il mangea devant eux.

Alors il leur redit ce qu’il avait dit de lui avant qu’il ne soit crucifié … les annonces de la Passion …

Et il refit pour tous ceux qui étaient là le même enseignement qu’il avait fait aux deux disciples d’Emmaüs à leur retour chez eux.

Et il termine son enseignement par un envoi en mission : afin « que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. À vous d’en être les témoins. »

Comment se fait-il que personne n’ait reconnu Jésus ?

Cela ne faisait pourtant que trois jours qu’ils le ne l’avaient pas vu !

Y avait-il une espèce de voile qui entourait Jésus, et qui le rendait méconnaissable ?

Un voile qui empêcherait de reconnaître Jésus … ou qui le ferait reconnaître à tort ?

Il semble qu’on soit plus dans le domaine de la subjectivité … La peur de le reconnaître … à tort ou à raison …

Il fallait quelque chose d’autre qui leur permette de le reconnaître à coup sûr … et cela ne peut être que l’amour.

Non pas l’amour des uns et des autres vis-à-vis de Jésus, ce dont nous ne pouvons pas douter pour ceux qui sont présent ce soir-là …Mais l’amour dont ces personnes se sentent aimés par Jésus …

Et c’est aussi valable pour nous : Si on est sûr et certain que Dieu nous aime, … si on est en confiance totale avec lui, alors on le reconnaîtra, là où il est, même et surtout là où on ne l’attend pas …

Cela ne veut pas dire que cela marchera du premier coup, comme saint Jean : « Il vit, et il crût. » (Jn 20,8) …

Cela peut prendre du temps, voire à postériori, comme les disciples d’Emmaüs : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? » (Lc 24,32).

Seigneur Jésus,

Parfois on se demande pourquoi

 les disciples ne t’ont pas reconnu

après ta résurrection …

Mais nous …

nous ne sommes pas meilleurs

quand nous ne te reconnaissons pas

dans le pauvre qui a faim,

dans celui qui est seul, abandonné …

prends pitié de nous, Seigneur.

Jésus, j’ai confiance en toi !

 

                                                                                  Francis Cousin

 

 

 

 

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3ième Dimanche de Pâques – par le Diacre Jacques FOURNIER (Luc 24, 36-48)

 « Les Apôtres, témoins du Ressuscité

pour le salut de tous »

(Lc 24,36-48)

En ce temps-là, les disciples qui rentraient d’Emmaüs racontaient aux onze Apôtres et à leurs compagnons ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.
Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit.
Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ?
Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai. »
Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds.
Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement. Jésus leur dit : « Avez-vous ici quelque chose à manger ? »
Ils lui présentèrent une part de poisson grillé
qu’il prit et mangea devant eux.
Puis il leur déclara : « Voici les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous : Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. »
Alors il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.
Il leur dit : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait, qu’il ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,
et que la conversion serait proclamée en son nom, pour le pardon des péchés, à toutes les nations, en commençant par Jérusalem.
À vous d’en être les témoins. »

 

           Le Christ Ressuscité apparaît ici à ses disciples et leur dit, une fois de plus : « La paix soit avec vous ! » Dans le langage de la Bible, le mot « paix » est synonyme de « plénitude » et il renvoie ici à la Plénitude même de Dieu. « En Lui », le Christ, « habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez, en lui, associés à sa Plénitude » (Col 2,9). En effet, si « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « il vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude » (Ep 5,18) ! Et elle sera avant tout « paix » au plus profond du cœur : « Que la paix du Christ règne donc dans vos cœurs : tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés en un même Corps » (Col 3,15). Cette Paix, synonyme de silence intérieur et de repos, est le premier critère de l’action du Ressuscité en nos vies : tout ce que fait « le Dieu de la Paix » par son Fils « doux et humble de cœur » (Rm 15,13 ; Mt 11,29) se réalise très concrètement dans la douceur et dans la paix : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, douceur » (Ga 5,22-23)…

            Mais les disciples, ici, sont « frappés de stupeur et de crainte », une réaction qui ne va pas durer et que le Christ va apaiser ! En le voyant, « ils croyaient voir un esprit », « l’esprit » d’un mort, et ils ont peur, bien sûr, de ce monde des morts, source inépuisable de tant de superstitions… Mais non, Jésus n’est pas un mort venu les chercher pour les entraîner dans la mort… Il est le Vivant venu leur offrir la Plénitude de sa Vie, de sa Paix et de sa Joie par le Don de l’Esprit Saint (Jn 14,27 ; 15,11). Et les disciples commencent à l’accueillir : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire »…

            Alors, pour bien les convaincre qu’il est « le Premier-Né d’entre les morts », le même et pourtant « le tout autre » dans sa chair glorifiée, il va les inviter à le toucher : « Voyez mes mains et mes pieds », ils ont encore les marques de la Passion, signes de sa victoire sur la mort. « Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » Et il mangera devant eux « un morceau de poisson grillé »…

            Une fois apaisés, il pourra leur expliquer le sens de sa mort et de sa résurrection annoncées depuis bien longtemps par les prophètes. Par amour, il a voulu « porter lui‑même nos fautes dans son corps » (1P 2,21-25) : il a vécu ce que vivent les plus grands pécheurs, pour que nous tous, pécheurs, nous puissions vivre ce que Lui vit de toute éternité : cette Plénitude de Vie, de Lumière et de Paix et qu’il reçoit du Père avant tous les siècles. C’est pourquoi il enverra ses Apôtres en « témoins » de sa Miséricorde et du Pardon des péchés donné en surabondance à quiconque se repent de tout cœur !

D. Jacques Fournier