13ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 9, 51-62)

L’Amour des ennemis, illustré par Jésus

(Lc 9,51-62)

Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. » L’homme répondit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

        

 

          En 931 avant JC, à la mort du roi Salomon, le fils de David, Israël se coupa en deux, avec le Royaume du Nord et le Royaume du Sud. Puis, en 721 avant JC, le roi assyrien Sargon II annexa le Royaume du Nord. Beaucoup de païens vinrent alors s’installer au milieu des Juifs, apportant avec eux leurs pratiques idolâtriques qui, petit à petit, s’infiltreront jusques dans le culte rendu au Dieu d’Israël. Le Royaume du Sud, resté partiellement indépendant, se mettra donc à regarder avec beaucoup de méfiance ce Royaume du Nord, ces Samaritains, appelés ainsi du nom de leur capitale « Samarie ». Et à l’époque de Jésus, « les Juifs n’avaient pas de relation avec les Samaritains » (Jn 4,9). Les deux s’évitaient soigneusement… Et pourtant, à l’origine, ils ne formaient qu’un seul Peuple, le Peuple d’Israël, le Peuple de Dieu…

            Mais Jésus est venu réconcilier toute la famille humaine avec Dieu, et donc tous les hommes entre eux… Pour aller à Jérusalem, il n’évite donc pas la Samarie comme le faisaient ses compatriotes qui passaient par la mer ou par la Transjordanie. Il traverse leur territoire, s’approche d’un village et envoie des messagers devant lui. Délicatesse du Christ qui prévient de sa venue et ne s’impose pas. Mais en apprenant qu’il se « dirige vers Jérusalem », ils refusent de l’accueillir. Réaction immédiate et si humaine des disciples : colère, violence, que « le feu tombe du ciel et les détruise ». Mais Jésus les interpelle vivement : pas question… Eux aussi sont ses bien-aimés… Il reviendra plus tard, avec son Eglise « Corps du Christ » (1Co 12), pour leur proposer à nouveau avec elle et par elle son Amour, sa Paix, sa Lumière, sa Vie et sa Joie… Ressuscité, il dira en effet à ses disciples : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Et il est le premier à espérer que cette fois, ils accepteront de l’accueillir, pour leur seul bien. Car « à tous ceux qui l’ont accueilli, il leur a donné de pouvoir devenir » pleinement ce qu’ils sont déjà : « des enfants de Dieu » (Jn 1,12), « créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28) et appelés à vivre de la Plénitude de sa Vie…

            Jésus va ensuite inviter ses disciples à le suivre avec encore plus de proximité. Qu’ils se dépouillent de tout attachement aux biens matériels, car « le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »  Qu’ils veillent avant tout à « annoncer le Règne de Dieu », car « là » est le vrai Trésor. « Le Royaume des Cieux est en effet justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), « l’Esprit qui vivifie » et apporte avec lui le vrai bonheur… DJF




Solennité du Saint Sacrement (Luc 9, 11-17) :     « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » (Francis Cousin)

 « Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

C’est la réponse que fait Jésus aux apôtres qui lui demandent de laisser partir la foule qui était venue pour l’écouter et être guérie, de manière à ce que chacun puisse aller dans les villages pour acheter à manger car ils étaient « dans un endroit désert ».

Évidemment, stupeur des apôtres, car la foule est nombreuse : cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants ! (Entre parenthèses, cela veut dire qu’il y avait des enfants qui écoutaient Jésus, venus seuls ou avec leurs parents. C’est d’ailleurs un enfant qui donnera son repas pour que Jésus le multiplie, d’après saint Jean 6,8-9). Les apôtres se rebiffent : « On n’a que cinq pains et deux poissons, c’est même pas suffisant pour nous. Et acheter de la nourriture pour tout ce monde, on n’a pas assez d’argent ». Alors Jésus, ayant fait asseoir les gens, « prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule. ».

On retrouve ces mêmes verbes dans la bouche de Jésus lors du repas pascal, la veille de sa mort : « Ayant pris du pain et rendu grâce, il le rompit et le leur donna, en disant :Ceci est mon corps, donné pour vous’ » (Lc 22,19), de même pour le vin. Ces mêmes paroles sont redites par le prêtre à chaque messe lors de la consécration, comme l’avait dit Jésus : « Faites cela en mémoire de moi » (2° lecture).

Ce n’est que là que l’on peut comprendre la parole de Jésus : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. ». Car si c’était impossible pour les apôtres le jour de la multiplication des pains, dès la Pentecôte, les chrétiens se rassemblent pour « le partage du pain » présidé par les apôtres ou ceux qui ont reçu l’imposition des mains par les apôtres, et ainsi de suite jusqu’à maintenant. Et ainsi chacun peut communier à la vie de Jésus, ainsi qu’il l’a dit : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » (Jn 5,56). Ce que pouvait dire d’une manière un peu poétique Marthe Robin : « Divine Eucharistie ! … Jésus en moi ! Le cœur de mon Dieu bat dans le mien. ».

Mais la communion (union avec) n’est pas seulement entre chaque chrétien et Jésus, elle est aussi entre les chrétiens eux-mêmes, et même entre les chrétiens et les non-chrétiens, car la participation à l’Eucharistie ouvre notre cœur à l’ensemble du monde, et n’est pas réservée à une petite catégorie de personnes, mais à tous : juste avant la communion proprement dite, le prêtre dit : « Heureux les invités au repas du Seigneur ! », sans restriction aucune (Il est d’ailleurs regrettable que quelques prêtres utilisent parfois une formule du genre « Heureux sommes-nous aujourd’hui d’être invités au repas du Seigneur » qui donne à penser que l’approche de la communion est réservée aux seules personnes présentes à la messe), ce qui ne veut pas dire que tout le monde est apte à communier : il faut d’abord être baptisé, en état de grâce (CEC 1415), et se souvenir que «  Celui qui aura mangé le pain ou bu la coupe du Seigneur d’une manière indigne devra répondre du corps et du sang du Seigneur. On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe. Celui qui mange et qui boit mange et boit son propre jugement s’il ne discerne pas le corps du Seigneur. » (1 Co 11,27-29), et cela est une question de foi. Mais tous les humains sont invités au repas du Seigneur.

C’est pourquoi « l’Église recommande vivement aux fidèles de recevoir la sainte Eucharistie les dimanches et les jours de fête, ou plus souvent encore, même tous les jours. » (CEC 1389).

Dans la communion, c’est Jésus qui se donne, comme il s’est donné le vendredi saint en rémission de nos péchés, « pour la vie du monde », afin que, dit Jésus, « celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. » (Jn 6,51.54), par amour pour les hommes.

Pour cela, il a fallu à Jésus une grande humilité, lui, le Maître et Seigneur, pour accepter de se faire Serviteur des hommes et mourir sur la croix. De même, nous aussi, nous devons avoir de l’humilité pour nous reconnaître pécheurs et indignes de ce don de Jésus de venir, avec le pain et le vin consacrés, demeurer en nos cœurs. C’est pourquoi nous ne pouvons que reprendre la prière du centurion romain et dire : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir, mais dis seulement une parole et je serai guéri ».

Le curé d’Ars disait : « La communion, vous n’en êtes pas dignes, mais vous en avez besoin ». Et le pape François, dans « La joie de l’Évangile » nous dit aussi : « L’Eucharistie, même si elle constitue la plénitude de la vie sacramentelle, n’est pas un prix destiné aux parfaits, mais un généreux remède et un aliment pour les faibles» (EG 47) Et nous sommes tous faibles au regard de Dieu.

Et le pape ajoute : « Sortons, sortons pour offrir à tous la vie de Jésus-Christ. (…) Je ne veux pas une Église préoccupée d’être le centre et qui finit renfermée dans un enchevêtrement de fixations et de procédures. Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. Plus que la peur de se tromper j’espère que nous anime la peur de nous renfermer dans les structures qui nous donnent une fausse protection, dans les normes qui nous transforment en juges implacables, dans les habitudes où nous nous sentons tranquilles, alors que, dehors, il y a une multitude affamée, et Jésus qui nous répète sans arrêt :’’ Donnez-leur vous-mêmes à manger’’ » (EG 49)

Seigneur Jésus,

Tu nous demandes

de donner à manger à nos frères,

nourriture corporelle

pour ceux qui sont dans le besoin,

mais aussi nourriture spirituelle,

où là aussi les besoins sont immenses.

Et tous les chrétiens sont concernés.

Viens dans nos cœurs

 par ton Saint Sacrement

pour que nous vivions par toi.

Francis Cousin   

  

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Image dim Saint Sacrement C

 




Le Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 9, 11b-17)

Le Corps et le Sang de Jésus

donnés pour notre Vie (Lc 9,11b-17)

En ce temps-là, Jésus parlait aux foules du règne de Dieu et guérissait ceux qui en avaient besoin.
Le jour commençait à baisser. Alors les Douze s’approchèrent de lui et lui dirent : « Renvoie cette foule : qu’ils aillent dans les villages et les campagnes des environs afin d’y loger et de trouver des vivres ; ici nous sommes dans un endroit désert. »
Mais il leur dit : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. » Ils répondirent : « Nous n’avons pas plus de cinq pains et deux poissons. À moins peut-être d’aller nous-mêmes acheter de la nourriture pour tout ce peuple. »
Il y avait environ cinq mille hommes. Jésus dit à ses disciples : « Faites-les asseoir par groupes de cinquante environ. »
Ils exécutèrent cette demande et firent asseoir tout le monde.
Jésus prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction sur eux, les rompit et les donna à ses disciples pour qu’ils les distribuent à la foule.
Ils mangèrent et ils furent tous rassasiés ; puis on ramassa les morceaux qui leur restaient : cela faisait douze paniers.

        

        

 

            Jésus vient d’envoyer les Douze en mission « annoncer la Bonne Nouvelle » du Royaume de Dieu « et faire partout des guérisons » (Lc 9,6). Et c’est à leur retour, après avoir parlé une fois de plus du « Règne de Dieu » et « guéri ceux qui en avaient besoin », qu’il va vivre avec eux cette multiplication des pains qui annonce l’institution de l’Eucharistie : son corps et son sang donnés pour la vie du monde… Jésus sent que sa fin approche… Et de fait, juste après, lors de sa Transfiguration, Moïse et Elie, « apparus en gloire, parleront de son départ qu’il allait accomplir à Jérusalem » (Lc 9,31). Jésus annoncera alors par deux fois sa Passion (9,22.44), et il invitera ses disciples à « se charger de leur croix chaque jour, à sa suite » (9,23). Puis il prendra « résolument le chemin de Jérusalem » (9,51) pour se livrer aux pécheurs, et mourir, de leurs mains, pour leur salut…

            La Fête du Corps et du Sang du Christ est donc, une fois de plus, celle de l’Amour. Jour après jour, la célébration de l’Eucharistie actualise en effet le don de Jésus « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Jn 13,1). Il va « prendre sur lui nos infirmités, il va se charger de nos maladies » (Mt 8,17), il va « souffrir pour nous » en « portant lui-même nos fautes dans son corps » (1P 2,21-25). En silence, sans un mot, il va « enlever le péché du monde » (ce péché qui nous écrase, nous opprime, nous blesse et nous tue) en le prenant sur lui ! « Pour nous, c’est justice, nous payons nos actes », disait un des deux criminels crucifiés avec lui. « Mais lui n’a rien fait de mal… Jésus, souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton Royaume ». Et il lui dit : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,39-43). La prophétie d’Isaïe s’accomplissait : « Il a été compté parmi les criminels, alors qu’il portait le péché des multitudes et qu’il intercédait pour les criminels » (Is 53,12).

            Ouvrir aux criminels repentants les portes du Royaume ! Tel est le Mystère qui se renouvelle en chaque Eucharistie où nous commençons tous par nous reconnaître pécheurs. Puis nous écoutons la Parole de Vie, la Bonne Nouvelle du Salut, et nous recevons gratuitement de l’Amour, le corps et « le sang de Jésus versé pour la multitude en rémission des péchés », ce sang qui symbolise sa Vie… Alors, purifiés par l’Esprit « Eau Pure » (Ez 36,25-27 ; 1Co 6,11), nourris de sa Vie par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), nous repartons fortifiés dans la vie pour mieux mener avec Lui le combat de la Vie !                                                                          DJF




Saint Sacrement du Corps et du Sang du Christ, solennité – Homélie du Père Louis DATTIN

Transformation des cœurs

Lc 9, 11-17

 

Avez-vous remarqué, frères et sœurs, toute l’importance que notre époque, accorde, à tort ou à raison, au corps, corps humain que notre siècle précédent, le XXe, avait méprisé, le soupçonnant d’être à l’origine de toutes nos fautes. Et nous savons, et nous avons à nous en souvenir, combien notre corps peut tourmenter, souiller, avilir, quelles lourdes pensées, quels tristes désirs, quelle lamentable curiosité, quelles avidités sourdes, il peut engendrer.

 Aujourd’hui, il semble que le corps soit exorcisé et que non seulement il est accepté, mais plus encore, glorifié, soigné, exalté.

Allez dans un magasin de revues hebdomadaires et comptez tous les magazines qui, d’une façon ou d’une autre, s’intéressent au corps : elles sont en majorité. Nous n’en sommes plus au temps de Verlaine qui disait : « Seigneur, donnez-moi de pouvoir contempler mon corps et mon cœur, sans dégoût ».

Les mannequins, top-modèles de la mode, sont actuellement payés plus cher que les actrices de cinéma : indice et signe que notre génération tient le corps pour une valeur primordiale.

Plus une civilisation est matérialiste, plus ce sera le ‘’corporel’’ qui prendra de la valeur. Les valeurs de l’intelligence, de l’affectivité, de la spiritualité seront reléguées au dernier plan. En fait, nous le savons bien, notre corps ne mérite ni cet excès d’honneur ni ce dégoûtant mépris.

Mon corps est neutre : il peut me permettre de faire un bien énorme et aussi de faire le mal le plus répugnant. Tout dépendra de la façon dont l’homme en fera usage. Il ne doit y avoir ni mépris, ni exaltation de ce corps qui m’est donné par Dieu pour accomplir ma destinée terrestre.

C’est à cause de cette bivalence et de cette importance de notre corps  que Dieu, le plus aimant, le plus pur, le plus tendre des êtres a voulu, en s’incarnant, c’est-à-dire en prenant à son tour un corps humain, nous livrer, nous rassasier à jamais d’un corps, de son corps.

Il a voulu que son corps soit une fête, un festin, une pure joie.

Jusque-là, dans la vie spirituelle, tout était trop dur pour nous, trop compliqué, trop abstrait : Jésus ne voulait pas que notre religion soit trop cérébrale, ce Dieu devant lequel il fallait rassembler ses idées pour y penser, qu’il fallait raisonner pour le connaître.

 

Dieu a voulu que la religion soit simple. Il a fait une religion pour des gens simples. Il a mis la religion à notre portée : à portée de mains, à portée de lèvres ; c’est cela l’incarnation.

C’est pour cela que cette fête du Corps du Christ, que nous célébrons aujourd’hui ‘’Et Verbum caro factum est’’ : ‘’le Verbe, la Parole de Dieu s’est faite chair’’, la révélation de Dieu, sa manifestation consiste en ce que nous l’avons vu de nos yeux, nous l’avons entendu, nos mains l’ont touché, lui, le Verbe de Vie et cette incarnation continue dans les sacrements. Les sacrements, c’est le corps, c’est la chair, c’est la voix de Jésus, étendu, perpétué jusqu’à nous pour nous atteindre.

L’incarnation, les sacrements :

– c’est Dieu qui entre en nous par les sens,

– c’est Dieu qu’on avale et qu’on boit,

– c’est Dieu qui nous envahit par le chemin le plus ordinaire, le plus fréquenté, le plus apte à nos capacités et à nos goûts.

Ces gens, trop simples, trop pauvres, Dieu a voulu les enrichir avec une prodigalité joyeuse. Quelle joie de pouvoir refermer ses mains comme Siméon, sur ce qu’il y a de meilleur au monde !

Dieu est là, le plus actif, le plus agissant, le plus aimant de tous les êtres. Dieu est devenu quelqu’un qu’on peut toucher, à qui on peut s’accrocher, à qui le curé d’Ars disait, en étreignant l’hostie entre ses mains et ses pauvres doigts raidis :

« Ah ! Si je savais que je dusse être damné, séparé de vous pour l’éternité, je ne vous lâcherais plus ! »

Dieu est devenu quelqu’un qu’on peut aimer, contre qui on peut se blottir, sur qui on peut fermer ses mains et ses yeux : ce que la pauvre femme  païenne  a pu  faire, en une seconde, dans la bousculade  de la foule :

« Si je  touche seulement  un pan de son manteau, je serai guérie ».

Nous pouvons le faire, nous, sans cesse et encore et toujours : c’est là, notre chance à nous. Tant de messes où nous pourrons l’entendre dire : « Ceci est mon Corps » ! Tant de communions à venir, de confessions à répéter : « Il est là, mon pèlerinage est fini, je n’ai plus rien à faire d’autre que de l’aimer ». Il est là pour l’éternité ! Mieux penser à ce que l’on fait, à ce que l’on va faire, à celui qui est là.

« Venez voir, venez, vous tous, tourmentés, affamés de corps brutaux et violents, dans vos désirs où vous précipitent fureurs et dégoûts. Venez-vous rassasier d’un Corps : il vous est offert, livré pour vous. Osez étreindre ce Corps, et voilà que votre Corps s’apaise, se purifie, s’adoucit, devient léger, délicat, tendre et pur ».

Ce Corps que vous mangez est une chair surnaturelle, une chair mortifiée, purifiée, glorifiée, qui a fait le grand passage : elle est ‘’ressuscitée’’, pénétrée de lumière, soulevée de joie, remplie d’Esprit Saint. Quand vous mangez ce Corps, vous mangez la mort et la vie de Jésus.

Pendant que vous mangez ce Corps, meurt en vous tout ce qui doit mourir et ressuscite en vous, tout ce dont vous devriez vivre. La présence réelle sera l’occupation réelle de votre chair et même votre solitude sera peuplée, comblée, vivante.

Simplement quelqu’un sera là qui comble toute la capacité de votre être. Vous continuerez votre vie ; on lit, on travaille, on cause avec un ami, mais un moment de recueillement suffit. C’est comme une main furtivement pressée, un bref regard d’amour, un clin d’œil, un signe de connivence. Il est là et me place dans une miraculeuse sécurité.

Si vos communions deviennent sérieuses, conscients que vous êtes, de la merveilleuse présence de Jésus en vous, vous ne serez jamais plus le même : un autre s’est mis à vivre en vous, avec vous et il vous ouvre aux autres, qui, eux aussi, l’ont reçu à leur tour. Vous retrouvez en lui :

– tous ceux que vous croyiez avoir quittés,

– tous ceux que vous aimiez si mal auparavant,

– tous vos morts dont vous pensiez être séparés.

Voilà que dans la communion, nous nous retrouvons tous ouverts, transparents, accessibles comme un fleuve qui circule d’eux à vous et de vous à eux.

 

Comme le pain qui est sur l’autel est fait de froment dont les épis étaient auparavant épars sur les collines, comme le vin qui est sur l’autel est fait de grains de raisins clairsemés sur les coteaux et réunis maintenant en un seul vin, un seul pain, ainsi tous ceux qui communient sont rassemblés en un seul Corps devenant le Corps du Christ vivant, le grand Corps des enfants de Dieu.

Et quand vous serez devenus ce Corps, quand vous aurez pris votre place et votre vie dans ce Corps, voilà que vous comprendrez à votre tour que ce Corps mystique du Christ, il faut de nouveau l’offrir, le donner, le livrer aux autres qui ont besoin, eux aussi, de se purifier, de se consoler, de se convertir.

Vous aussi, par votre rayonnement, celui du Christ à travers vous, vous leur livrerez ce Corps du Christ et vous sentirez naître en vous les gestes d’amour et de générosité avec lesquels, lui, le premier, nous a rassasiés, enivrés, et accompagnés par son corps et son sang.   AMEN




La Sainte Trinité (Jean 16, 12-15) :  « L’Esprit de vérité vous conduira dans la Vérité toute entière. » (Francis Cousin)

 « L’Esprit de vérité vous conduira

dans la Vérité toute entière. »

Il ne faut pas se tromper sur le sens de cette phrase.

Il ne s’agit pas d’un constat, d’une chose automatique qui se fera quelles que soient les circonstances. Comme tout ce que nous promet Dieu, cela ne peut se réaliser que si nous le voulons bien. Parce que Dieu nous a doté d’une intelligence et nous a laissé le libre arbitre, l’Esprit ne pourra nous conduire quelque part que si nous acceptons de nous y laisser conduire par lui. C’est la première chose.

La deuxième est qu’il faut que nous soyons capables de reconnaître l’action de l’Esprit, ou de reconnaître les petits signes par lesquels il nous montre sa présence, nous incite à faire une action ou ne pas faire une autre, nous insuffle des conseils … Et pour cela, il faut être attentif à sa présence. Cela peut passer par la prière, mais aussi par des événements ou par des personnes.

Ce qui veut dire que nous pouvons, chacun de nous, être des ’’révélateurs’’ de la pensée de l’Esprit pour les autres.

L’Esprit Saint ne vient pas simplement pour nous, mais pour que nos actions soient bénéfiques aux autres aussi.

Trop souvent, quand on pense à l’Esprit Saint, on pense d’abord à soi : Esprit Saint, aide-moi à faire ceci … Esprit Saint, fais cela pour moi …

On pense qu’il vient pour m’aider, me consoler, me guider … et ce faisant, nous nous coupons du monde, nous devenons égoïstes.

L’Esprit Saint vient sur nous, nous guide, nous pas pour nous seulement, mais pour le Salut du monde, pour que nous puissions accomplir la mission qui est la nôtre non pas pour nous seuls, mais auprès des autres, pour être à notre tour une aide pour les gens, dans tous les domaines de la vie : familiale, professionnelle, économique, politique, associative, culturelle …

Quelle est notre mission en tant que chrétiens ? Suivre Jésus-Christ sur le chemin qui nous mène vers le Père.

Mais si, au bout du chemin, on arrive tout seul devant le Père, d’après vous, que nous dira-t-il ?

« Très bien ! Tu as gagné. Tu as distancé tous les autres. Bravo ! »

Ou bien : « Tu es là, mais où sont tous les autres avec lesquels tu as marché sur le chemin ? Pourquoi n’as-tu pas aidé ceux qui s’essoufflaient, …ceux qui avaient une charge trop lourde, … ceux qui étaient malades, désespérés, … ceux qui avaient faim, soif, qui étaient nus … ? » (cf Mt 25,31-46)

Et on pourrait ajouter toutes les autres œuvres de miséricorde, spirituelles et corporelles…

Je crois que tout le monde sait ce que dira le Père.

Parce qu’il l’a déjà dit par ses prophètes : « [Ce] qui me plaît, n’est-ce pas ceci : faire tomber les chaînes injustes, délier les attaches du joug, rendre la liberté aux opprimés, briser tous les jougs ? » (Is 58,8). Il l’a redit par son Fils Jésus : « “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” (…) “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.” Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. » (Mt 25,40.45-46).

Et le pape François ne dit pas autre chose : « … Nous oublions que le critère pour évaluer notre vie est, avant tout, ce que nous avons fait pour les autres. La prière a de la valeur si elle alimente un don de soi quotidien par amour. Notre culte plaît à Dieu quand nous y mettons la volonté de vivre avec générosité et quand nous laissons le don reçu de Dieu se traduire dans le don de nous-mêmes aux frères. » (GE 104)

On n’est pas chrétien tout seul, et on ne nait pas chrétien tout seul. Il y a la famille, les autres chrétiens, les exemples et les témoins, les saints … et surtout il y a l’Esprit Saint …

Jésus nous a dit : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples, [non pas parce que vous avez fait de grandes choses extraordinaires : construire une cathédrale, créer un nouvel ordre religieux … mais] si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35).

Et saint Paul nous donne une image simple à comprendre : « Vous êtes corps du Christ et, chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps. …  Le corps ne fait qu’un, il a pourtant plusieurs membres ; et tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps. … Il a voulu ainsi qu’il n’y ait pas de division dans le corps, mais que les différents membres aient tous le souci les uns des autres» (1 Cor 12,27.12.25).

Alors, qu’elle est notre mission, avec l’aide de l’Esprit Saint ?

« … Ta propre mission est inséparable de la construction de ce Royaume [que le Christ est venu apporter] … Ton identification avec le Christ et avec ses désirs implique l’engagement à construire, avec lui, ce Royaume d’amour, de justice et de paix pour tout le monde. Le Christ lui-même veut le vivre avec toi, dans tous les efforts ou les renoncements que cela implique, et également dans les joies et dans la fécondité qu’il peut t’offrir. Par conséquent, tu ne te sanctifieras pas sans te donner corps et âme pour offrir le meilleur de toi-même dans cet engagement. » (Pape François, GE 25).

« La vie n’a pas une mission, mais la vie est mission » (Xavier Zubiri, cité dans GE 27).

« La vie est mission », c’est le thème pastoral du diocèse cette année.

Esprit Saint,

Tu ne viens pas seulement pour nous,

mais pour que, ensemble,

 nous construisions une véritable Église,

faite d’amour, de justice et de paix,

fondée sur la Parole de Jésus.

Aide-nous à penser d’abord aux autres

avant de penser à nous.

Francis Cousin   

 

 

 

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Image dim Sainte Trinité C

 




La Sainte Trinité – Homélie du Père Louis DATTIN

Jésus est famille

Jn 16, 12-15

Une personne me disait, un jour : « Je suis passée du Dieu de la peur qu’on m’avait enseigné quand j’étais enfant, au Dieu de l’amour ». Cette fête de la Sainte Trinité, frères et sœurs, est justement, pour nous, l’occasion de méditer sur ce Dieu d’amour, car elle répond à l’une des attentes les plus profondes de tout homme.

Aujourd’hui, particulièrement, nous vivons dans un monde mécanisé, technicisé, aseptisé et l’on aspire, et c’est bien normal, à autre chose qu’à des voitures toujours plus performantes ou à ces gadgets qui, soi-disant, doivent nous rendre la vie plus belle et plus heureuse. Nous sentons bien que tout cela n’a rien à voir avec la vraie vie et le vrai bonheur.

Tous, en revanche, nous aspirons à la tendresse, à une vraie transparence dans nos échanges avec les autres. Nous désirons en un mot : l’amour, aimé et être aimé. Bien des jeunes, en particulier, voudraient y croire. Mais quand ils voient tout ce qui se passe, ils ne sont pas sûrs que ce soit possible ; et pourtant quand ils découvrent une famille où l’amour règne joyeusement entre parents et enfants, quand ils entendent parler de mère Theresa, de la sœur Emmanuelle, de Jean Vanier ou de l’abbé Pierre ou quand ils découvrent autour d’eux un groupe d’amis engagés au service des plus défavorisés, alors, ils se disent : « Oui, l’amour vrai, ça existe, c’est possible. L’amour vrai, ça existe !

Et ça existe d’abord en Dieu lui-même : c’est ce que nous révèle la Bible, non pas à la manière d’un catéchisme, mais en montrant comment Dieu s’est manifesté au cours de l’histoire. Dieu, dans l’Ancien Testament, c’est celui qui aime son peuple, qui fait alliance avec lui, qui l’épouse, en quelque sorte, pour en faire un peuple libre et qui l’accompagne tout au long de son parcours : « Tu seras mon peuple… et je serai ton Dieu ! », comme un jeune trouve sa joie dans son épouse, tu feras la joie de ton Dieu. Dieu, c’est le Père plein d’amour pour ses enfants et c’est l’époux qui sera toujours fidèle à ceux qu’il aime. Dieu. C’est aussi le créateur qui a multiplié les beautés de la nature devant lesquelles nous nous émerveillons : c’était tout le sens de la 1ère lecture.

Et voici qu’avec le Nouveau Testament, nous apprenons que ce Dieu qui nous aime a, avec lui, de toute éternité : un Fils, son Fils bien-aimé, le Verbe Jésus. C’est ce Fils éternel du Père qui s’est incarné dans notre histoire, il y a 2 000 ans et dont les évangiles nous rapportent les paroles : « Le Père et moi, nous sommes un. N’avez-vous pas compris que le Père est en moi et que je suis dans le Père ? »

Retenons bien cela : le Père et le Fils ne sont qu’un, tout en étant distincts. Ils sont liés l’un à l’autre par un même projet d’amour envers l’Humanité qu’ils veulent sauver et transfigurer à leur image. Et voilà qu’avant de passer de ce monde à son Père, Jésus promet à son tour aux apôtres de leur envoyer l’Esprit Saint, l’Esprit de Vérité, l’Esprit de force. Il sera comme  une nouvelle présence du Père et du Fils avec eux et tout au long du parcours de l’homme. Cet Esprit n’ajoutera rien à ce qu’a dit Jésus, mais il leur rappellera, il reprendra tout ce qui venait de Jésus et du Père « car, dit Jésus, tout ce qui appartient au Père est à  moi ».

L’Esprit, c’est donc un troisième si l’on veut, mais un troisième qui forme avec le Père et le Fils une communion parfaite d’amour et de volonté et qui poursuit dans l’Eglise la réalisation du projet de Dieu tout au long des siècles. Notre Dieu, qui se révèle dans la Bible, n’est donc pas une sorte de solitaire replié sur lui dans un ciel lointain et uniquement soucieux de sa gloire. Ce n’est pas “le grand architecte” de Diderot ou “l’horloger de Voltaire”. Le Dieu auquel nous croyons ne s’identifie pas au “Dieu des philosophes et des savants”. Que de définitions on a donné de Dieu ! Mais quand il s’agit de lui, nos mots nous trahissent, nos pensées aussi ! Pour moi, la vraie réponse, c’est celle d’une petite fille au catéchisme à la question :

«  La Trinité, qu’est-ce-que cela veut dire ? »

« C’est, parce que, quand on est tout seul, on ne peut pas partager ! » (En voilà une qui n’était pas loin de comprendre Dieu).

Le Dieu de la Bible, c’est un foyer d’amour, une communion de trois cœurs qui s’aiment, une harmonie de trois intelligences et de trois volontés unies dans une transparence totale au point de ne plus faire qu’un : la Sainte Trinité.

Tel est  le  Dieu  des  chrétiens : l’être  de  Dieu  est  indicible.

« Je suis qui je suis » pas plus, pas moins ; mais cependant, il s’est fait homme et de ce fait, j’ai une expérience de Dieu, une expérience de croyant. Je ne sais pas qui est Dieu, mais je sais, en plénitude, par Jésus, ce qu’il veut faire et ce qu’il veut nous dire.

 

Or que dit Jésus ?

Il dit que Dieu est Père, auteur de tout.

Il dit qu’il est Fils, en dépendance amoureuse et volontaire du Père.

Il dit qu’il est Esprit, donné pour aimer, témoigner, comprendre.

 

Ainsi, Jésus est Famille : trois et un, parce qu’il est amour et toute l’activité de Dieu, c’est de réunir l’Humanité à cette famille, et d’amener ainsi cette Humanité à son achèvement.

La vie de Dieu est un mystère que je ne puis saisir ; mais elle m’est  donnée. En  faut-il  plus  pour  être  émerveillé ? Mais  ce qui  nous  intéresse  le  plus, c’est  justement  que  Dieu  nous  a créés à son image.

Si donc, nous sommes à l’image de Dieu, foyer d’amour de trois cœurs qui s’aiment au point de ne plus faire qu’un, nous comprenons alors pourquoi nous ne cessons d’aspirer à l’amour, pourquoi nous avons toujours en nous ce désir d’harmonie dans nos relations avec tous ceux qui nous entourent. Puisque la nature de Dieu, c’est d’aimer, de donner, de se répandre pour tout illuminer. Alors, il en est aussi de même pour nous.

Aimer et être aimé, donner et recevoir, nous ouvrir aux autres dans un esprit d’accueil et de partage : voilà le secret de notre nature, voilà le sens de notre vie. Quand un juge a devant lui un inculpé qu’il doit acquitter ou condamner, que fait-il ? Il ne regarde pas seulement l’acte qu’il a commis : il essaie de le comprendre et pour cela, il va examiner d’où il vient, son hérédité, son enfance, ses conditions de vie, le milieu dans lequel il a vécu.

Si vous voulez vraiment comprendre l’homme dans sa réalité la plus profonde, il faut toujours vous souvenir qu’il a été créé à l’image de Dieu et que, par conséquent, il a besoin d’absolu, de lumière, de vérité et d’amour surtout. Et il est malheureux, insatisfait, il ne peut pas s’épanouir totalement s’il ne lui est pas donné de vivre à plein cet amour relationnel, à savoir conjuguer à tous les temps le verbe “aimer”, à l’actif et au passif.

Si la nature de Dieu, que nous possédons nous-mêmes, est d’aimer et de donner, de se répandre pour tout illuminer, il en est de même pour nous.

La  vraie  condition  du  bonheur  pour  l’homme, parce que lui aussi est fils de Dieu, créé par lui, ce sera de s’ouvrir aux autres dans un esprit d’accueil et de partage, solidarité avec les pauvres, ouverture à tous : tel est le chemin à suivre pour être pleinement homme à l’image de Dieu et pour vivre dès ici-bas quelque chose de la joie et de la vie de Dieu.  AMEN




La Sainte Trinité – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Jean 16, 12-15)

« Je crois en l’Esprit Saint

qui est Seigneur et qui donne la vie »

(Jn 16,12-15)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

 

         

          St Jean nous offre ici un des plus beaux textes, sinon le plus beau, sur l’Esprit Saint. Pour bien le saisir, il nous faut nous rappeler que cette expression « Esprit Saint » ou « Saint Esprit » peut être employée comme un nom propre pour désigner une Personne divine unique, la Troisième Personne de la Trinité. Mais ces deux mots, « Esprit » et « Saint » peuvent aussi servir à nous décrire ce que Dieu est en lui-même, sa « nature divine ». « Dieu est Esprit », nous dit Jésus (Jn 4,24). Autrement dit, le Père est Esprit, le Fils est Esprit, et l’Esprit Saint (nom propre) est Esprit lui aussi. De même, le Père est Saint, le Fils est Saint et l’Esprit Saint est Saint. Et si nous mettons tout ensemble, le Père (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine), le Fils (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine), et « l’Esprit Saint » (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine).

            De toute éternité, ces Trois Personnes divines sont en face à face, le Père étant le seul à être le Père, le Fils le seul à être le Fils, et l’Esprit Saint, le seul à être l’Esprit Saint. Mais tous les Trois sont pleinement Dieu, au sens où ils vivent et s’expriment avec une seule et même nature divine. Mais puisque « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), il existe en Dieu une primauté dans l’Amour. Et c’est le Père vers lequel tous les regards se tournent en premier, car c’est Lui qui engendre le Fils de toute éternité en se donnant totalement à Lui en tout ce qu’il est. Et le Père est Dieu, et le Père est Lumière. Le Fils, « né du Père avant tous les siècles », est donc « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière », il est « de même nature que le Père » en tant qu’il la reçoit du Père depuis toujours et pour toujours. Mais le propre de l’Amour en Dieu est de se donner totalement, en tout ce qu’Il est. Le Père est Amour ? Il se donne en tout ce qu’il est au Fils et l’engendre ainsi en « vrai Dieu né du vrai Dieu ». Se recevant du Père de toute éternité, le Fils est Lui aussi Amour ? Alors il se donne lui aussi tout entier, avec le Père et comme le Père, et du Père et du Fils « procède » l’Esprit Saint, en fruit éternel de leur amour…

            L’Esprit Saint est ainsi pleinement Dieu, pleinement Amour, et donc à son tour pleinement Don de ce qu’il est en lui-même. Alors, dit ici Jésus, « il recevra de mon bien », et c’est de fait une réalité éternelle, « et il vous le communiquera ». Il reçoit du Fils la vie que le Fils reçoit lui-même du Père, et il nous la donne à notre tour. Il est vraiment « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie », la vie même de Dieu !

          DJF




La Pentecôte ( Jean 14, 15-16.23-26) :  « La Pentecôte, une histoire d’amour. » (Francis Cousin)

 « La Pentecôte, une histoire d’amour. »

Les trois textes qui nous sont proposés aujourd’hui sont tous du nouveau testament. Normal, puisque la Pentecôte a eu lieu après la résurrection de Jésus.

La première lecture nous fait le récit de la réception de l’Esprit Saint par les apôtres et quelques disciples, dont Marie. La seconde lecture des conséquences de la présence de l’Esprit en nous dans notre manière de vivre. L’évangile nous relate l’annonce par Jésus de l’envoi de l’Esprit.

Généralement, c’est l’évangile qui est le texte le plus important. Mais ici, ce qui semble pour la plupart d’entre nous le plus important, c’est la première lecture, la manifestation de l’Esprit Saint et ses premières conséquences. Et c’est important, bien sûr, parce que cela a bouleversé la petite communauté réunie autour des apôtres.

Mais est-ce le plus important ?

Si on cherche la cause première de cette Pentecôte ’’nouvelle formule’’, elle est bien dans l’évangile : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. ». Si le Père et le Fils sont ensembles, alors obligatoirement l’Esprit, qui est la manifestation de l’amour du Père pour le Fils et du Fils pour le Père, est présent. Cela veut dire que si on aime Jésus en gardant sa Parole, Jésus, son Père et aussi l’Esprit feront chez nous une demeure. Ainsi, on comprend bien la parole de Jésus à la Samaritaine : « L’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père. (…) Mais l’heure vient – et c’est maintenant – où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité. » (Jn 4,21.23). C’est d’ailleurs ce que nous dit saint Paul : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Cor 3,16).

On peut donc bien dire que la Pentecôte est une histoire d’amour. D’amour entre Dieu, la Trinité toute entière, et chaque humain : le Père aime le Fils, et le Fils aime ses disciples qu’il appelle ses amis, et le Saint Esprit est la manifestation de cette amour en chacun de nous.

Et c’est par amour pour nous que Jésus demande à son Père de nous envoyer un autre défenseur, l’Esprit Saint. Et cet Esprit est présent en chaque être humain, qu’il en soit conscient ou pas, qu’il soit baptisé ou pas !

Quelles sont les conséquences sur les disciples de la réception de l’Esprit ?

Elles sont multiples, mais gardons-en trois qui se manifestent immédiatement :

Premièrement, cela a donné aux disciples le courage de sortir de la chambre haute, d’oser affirmer devant tous la résurrection puis l’enseignement de Jésus, avec notamment le discours de saint Pierre (cf Ac 2,14-36).

Deuxièmement, cela leur a donné une parole qui parle au cœur des auditeurs, qui a priori n’étaient pas trop enclins à les écouter (« Ils étaient tous dans la stupéfaction et la perplexité … D’autres se moquaient et disaient : « Ils sont pleins de vin doux ! » Ac 2,12-13). Le discours de Pierre énonce les choses telles qu’elles se sont passés, où transparaît l’amour de Dieu qui l’habite : ses paroles sont sans animosité, sans trace de désir de vengeance ; il ne cherche pas à blesser les gens, mais il parle avec son cœur, leur montrant la bonté de Dieu. Et les gens sont retournés en eux-mêmes, et ils se convertissent : trois mille rien que le premier jour !

Troisièmement, ils sont dans la paix et dans la joie. Même après avoir été arrêtés et mis en prison sur ordre du conseil suprême, une évasion rocambolesque, puis repris, « après les avoir fait fouetter, ils leur interdirent de parler au nom de Jésus, puis ils les relâchèrent. Quant à eux, quittant le Conseil suprême, ils repartaient tout joyeux d’avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus. » (Ac 5,40-41).

Alors, quand on voit tout ce que l’Esprit Saint a permis aux apôtres de faire, et qu’il a continué à faire avec leurs successeurs aux premiers temps de l’Église, et ensuite pendant longtemps, et qu’on voit la situation de l’Église à l’heure actuelle, on peut se poser la question : « Pourquoi ne retrouve-t-on pas cet esprit de Pentecôte dans chacune de nos paroisses ? », avec des gens qui n’ont pas peur de parler de leur foi, dont les paroles sont emplies de l’amour de Dieu, et qui sont toujours dans la paix et la joie ?

Peut-être parce que l’Esprit Saint nous pousse toujours à aller de l’avant, nous pousse à la nouveauté, à la remise en cause, à l’invention, … et dans un certain sens à une instabilité que nous supposons et que nous redoutons … ?

Mais si nous avions vraiment la foi, nous n’aurions pas peur de nous engager avec Dieu, parce que c’est justement lui qui va rendre stable ce qui est bancale.

Peut-être sommes-nous trop du monde, de ce monde dans lequel l’argent a pris trop de place, avec une course à la consommation parfois irraisonnée, de ce monde où il semble important de paraître … même si c’est au détriment des autres …

Certains en arrivent même à se demander si l’Esprit Saint souffle encore ?

Bien sûr que oui, sinon ce serait encore pire …

Mais est-ce que nous l’entendons quand l’Esprit vient nous bousculer ? …

Tout le monde chante « Viens, Esprit Saint … », mais est-ce qu’on est prêt à se laisser emporter au vent de l’Esprit ?

On a l’impression (que j’espère fausse) que, quand il vient vers nous, nous sommes pressés de fermer la porte de notre cœur par peur des courants d’air …

                                           par peur des courants d’Esprit …

parce que chacun sait que le vent, même le vent d’Esprit, on ne sait pas par où il veut nous faire passer … pour atteindre le but qui est le même pour tous : être en présence de Dieu le Père.

Demandons à Dieu d’accepter de nous laisser mener par l’Esprit !

Francis Cousin   

L’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse,

car nous ne savons pas prier comme il faut.

L’Esprit lui-même intercède pour nous

par des gémissements inexprimables.

Et Dieu, qui scrute les cœurs,

connaît les intentions de l’Esprit

puisque c’est selon Dieu

que l’Esprit intercède pour les fidèles.

Romains 8, 26-27

 

 

Pour télécharger la prière illustrée  , cliquer sur le titre suivant:

Image dim Pentecôte C

 




La Pentecôte – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Jean 14,15-16.23b-26))

La venue de l’Esprit Saint

(Jn 14,15-16.23b-26)

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous.
Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.
Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ;
mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »

 

                     « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de Vérité ».

            De tous les Évangiles, ce verset est un des plus clairs sur « l’Esprit Saint » Personne divine, appelé ici « l’Esprit de Vérité »… En effet, c’est le Fils, personne divine, qui s’adresse à ses disciples et leur déclare qu’il priera Celui qui, de toute éternité, a la primauté d’Amour dans son cœur : le Père, autre Personne divine. Il sait qu’il va bientôt mourir, ressusciter, vivre son Ascension et donc quitter cette proximité dans la chair qu’il vivait jusqu’à présent avec eux. Mais ils ne seront pas pour autant laissés à eux-mêmes… Bien au contraire, Jésus passe ici le relais à « un autre Défenseur », sous-entendu « que lui-même ». Et on ne peut comparer à une personne divine, le Fils, qu’une autre Personne divine, l’Esprit Saint, « l’Esprit de Vérité ». C’est Lui qui, désormais, les accompagnera, les gardera, veillera sur eux comme Jésus, le Fils, le faisait jusqu’à présent : « Père, je les ai gardés dans ton nom que tu m’as donné, j’ai veillé sur eux » (Jn 17,12).

            Puis Jésus poursuit : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » Or, il avait déclaré auparavant : « Celui que Dieu a envoyé », et il est « l’envoyé du Père », « prononce les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Autrement dit, le Don de l’Esprit se joint toujours à la Parole de Dieu. « Rester fidèle à la Parole », c’est rester fidèle à ce Don de l’Esprit qui est tout à la fois « Lumière » (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et « Vie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Cette expression de St Jean, « rester fidèle à la Parole » de Jésus, est donc équivalente à celle de St Paul : « N’éteignez pas l’Esprit » (1Th 5,19) ! Et donc, ne vous privez pas de la Plénitude de la Vie en vous laissant entrainer à faire le mal. En effet, « le salaire du péché c’est la mort », et cela Dieu ne le supporte pas, Lui qui veut le salut de tous les hommes, ses enfants (1Tm 2,3-6). Alors, il a envoyé son Fils parmi nous pour proposer à notre foi, à notre cœur, « ce don gratuit de Dieu qui est vie éternelle » (Rm 6,23). Or, ce « Don de Dieu » (Jn 4,10 ; Ac 8,20 ; 11,17), c’est « l’Esprit donné sans mesure », « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), « l’Esprit qui donne la vie » (Rm 8,2 ; 2Co 3,6) pour qu’enfin, « il soit notre vie » (Ga 5,25), c’est-à-dire Plénitude en nous de Vie, de Paix et de Joie.            DJF




La Pentecôte – Homélie du Père Louis DATTIN

L’Esprit Saint dans nos vies

 Jn 14, 15-26

Lorsque nous lisons, dans les “Actes des apôtres”, que les frères, c’est-à-dire les disciples de Jésus, étaient réunis, j’ai l’impression qu’ils ne devaient pas être bien fiers. Réunis pour se rassurer, par peur de se trouver seuls dans une aventure qui les dépasse. Quand on est ensemble, on peut se rassurer les uns les autres. Ils n’ont pas oublié ce fameux Vendredi, à l’avant-veille de Pâques : Jésus arrêté, jugé, bafoué, méprisé, mis à mort sur la croix. Bien sûr, ensuite, ils l’avaient vu ressuscité. Malgré tout cela, ils n’étaient pas encore bien rassurés. Jésus leur avait dit : « Je vous envoie une force venue d’en haut ».

 

Malgré cela, ils étaient un peu comme nous, certains jours où nous sommes en train de nous dire : « Si Dieu était présent avec moi, je n’aurais pas peur. Je saurais ce qu’il faut faire mais là, je n’ose pas car je ne sais pas, je n’ose pas, j’ai peur ».

Eux aussi avaient peur, « ils avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient par peur des Juifs ». Ces apôtres étaient souvent comme nous, ils n’étaient pas bien courageux.

En les regardant vivre avec Jésus, on a bien l’impression qu’ils ne comprenaient rien à ce que disait Jésus : il leur arrivait même de comprendre à l’envers et Pierre va jusqu’à se faire traiter par Jésus de “Satan” !

Nous aussi, souvent, nous avons du mal à comprendre qui est Dieu, ce qu’il souhaite. Nous avons du mal à comprendre le mystère du mal et de la résurrection. Pour nous aussi, bien des questions nous laissent sans réponses. Non seulement ils ne comprennent pas, mais ils se disputent ensemble pour savoir qui était le plus grand, pour savoir qui serait le chef après Jésus.

On voit même une mère venir pistonner ses deux fils : Jacques et Jean, lui demandant les meilleures places pour eux !

Tout comme nous-mêmes, il nous arrive de nous heurter entre nous, à propos de méthodes de catéchisme, de types de messes, de liturgie, au lieu de mettre en pratique le « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ». Ces disciples peureux, qui ne comprennent pas grand-chose et à qui nous ressemblons comme deux gouttes d’eau, finalement, ils vont être envahis par l’Esprit et, du coup, ils vont changer : les voilà, maintenant, à la Pentecôte, qui non seulement n’ont plus peur, mais qui comprennent le message de Jésus et qui vont même jusqu’à l’expliquer ! Pierre, celui-là même qui avait renié Jésus, prend la parole devant des foules de toutes races, et eux, comprennent ce qu’il dit. On le verra répondre au tribunal des juifs avec une assurance et une clarté stupéfiante !

La Pentecôte, c’est cela ! C’est la transformation, par l’arrivée de l’Esprit-Saint, qui, non seulement, nous rassure, mais nous fortifie, nous fait comprendre, qui fait de nous des témoins.

Les apôtres ne sont plus des disciples seulement, ils deviennent des “apôtres”, c’est-à-dire capables de se faire comprendre du monde entier.

La  Pentecôte : ce  n’est  pas  simplement  pour eux, c’est pour nous aussi, aujourd’hui. L’Esprit Saint, si nous ne lui faisons pas barrage, est capable de nous transformer, nous aussi, de faire de nous des apôtres, nous qui sommes peureux pour dire notre foi, nous qui avons du mal à comprendre le mystère qu’est Dieu, nous qui sommes souvent divisés pour des bêtises, nous aussi, nous avons reçu l’Esprit Saint au Baptême, nous avons été affermis, confirmés, rendus fermes.

Accepterons-nous  de nous laisser envahir par l’Esprit Saint pour qu’il nous transforme ?

Est-ce-que nous croyons vraiment que Dieu peut nous changer? Qu’il peut nous faire sortir de nous-mêmes pour devenir différents ? Que sa force est suffisante pour que nous soyons autrement ? Et n’est-ce-pas  cela d’abord  notre peur ?

Peur qu’il nous bouscule : peur du changement, peur de l’aventure qu’il nous propose.

Ah ! Si notre petite vie, bien rythmée par nos emplois du temps, nos habitudes, nos routines, si tout cela allait être bousculé et qu’il entrait un grand vent dans notre vie qui balaie tout comme dans la pièce où se trouvaient les apôtres ! Est-ce-que nous sommes prêts à risquer notre  vie  au grand vent  de  l’Esprit ?

Ou bien notre religion n’est-elle qu’une sécurité de plus dans une vie spirituelle qui serait calculée, calfeutrée et à l’abri de toute bourrasque ? Oui, et c’est cela qui est exaltant dans notre vie avec le Christ, c’est qu’il y a “la Pentecôte” : ce grand vide où il faut nous jeter à corps perdu pour être pris en main par l’Esprit qui fait de nous ce qu’il désire.

L’Esprit, disait déjà Jésus à Nicodème « souffle où il veut (et pas où nous voulons) et nul ne sait d’où il vient, ni jusqu’où il nous emmènera ».

Jésus avait dit à Pierre, sur le bord du lac : « Un autre te mènera là où tu ne voudras pas  et celui qui consent à perdre son âme, c’est-à-dire à l’exposer au souffle de l’Esprit, à la brûler au feu de l’Esprit, celui-là la sauvera ».

Est-ce-que c’est nous qui nous nous dirigeons intérieurement ou bien est-ce l’Esprit Saint ?

Sommes-nous encore les maîtres de notre vie ou est-ce l’Esprit qui s’en est rendu le maitre ?

Est-ce-que c’est sa volonté qui est faite ou bien est-ce la nôtre ?

On ne peut posséder l’Esprit, c’est lui qui nous possède et c’est lui qui vous change.

Essayez de prendre dans vos mains, dans vos bras, de l’eau, du feu, un souffle, les trois symboles de l’Esprit Saint : impossible. L’eau, le vent, le feu, ça n’a pas de contours précis, définis, ça ne se prend pas, ça ne résiste pas à une pression, ce n’est pas solide, et pourtant l’eau laissée à elle-même se répand, le feu brûle et s’amplifie, le souffle passe et emporte tout sur son passage !

Julien Green notait au moment de sa conversion dans son journal : « Introduire le surnaturel dans sa vie, rompre la digue qui nous protège contre Dieu, c’est se vouer à une tragédie sans nom. Dieu est assiégeant ; le plus souvent, on lui oppose une invincible médiocrité, mais si on cède sur un point, alors c’est le ciel entier qui se rue en nous ».

La Pentecôte, c’est cela. C’est cette irruption de Dieu en nous parce que nous l’avons laissé s’introduire dans notre existence.

Est-ce cela que nous allons essayer de faire aujourd’hui ?

L’Esprit sera-t-il assez fort ou plutôt notre égoïsme sera-t-il assez faible pour se laisser emporter par cette eau immergeante, par ce feu brûlant, par ce souffle purificateur ?

Sans l’Esprit, nous rappelle Ignace de Lattaquié :

  1. Dieu est loin,

  2. le Christ reste dans le passé,

  3. l’Evangile est une lettre morte,

  4. l’Eglise : une simple organisation,

  5. l’autorité : une domination,

  6. la mission : une propagande,

  7. le culte : une évocation et

  8. l’agir chrétien : une morale d’esclaves.

Mais, avec l’Esprit, en lui, tout change :

  1. Le cosmos est soulevé

et gémit dans l’enfantement du Royaume

  1. Le Christ ressuscité est là !

  2. L’Evangile devient puissance de vie

  3. L’Eglise signifie la communion trinitaire

  4. L’autorité est un service libérateur

  5. La mission est une Pentecôte

  6. La liturgie est mémorial et anticipation

  7. L’agir humain est déifié. AMEN

 

 

 

 

 

 

 

– 5 –