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23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Mc 7, 31-37)

« Effata ! »

 Jésus fait un long voyage … surtout quand on le fait à pied !

Il part de la région de Tyr, territoire païen (non-juif) à l’ouest de la Galilée, pour aller directement dans la Décapole, autre territoire païen, à l’est de la Galilée … sans que Marc ne parle de son passage en Galilée …

Peut-être pour montrer que le discours et les actes de Jésus ne concernent pas que les Juifs, mais tout le monde …

À Tyr, c’est une maman qui vient voir Jésus pour qu’il guérisse sa fille.

En Décapole, ce sont des gens qui lui amène un sourd-muet pour qu’il lui impose la main.

Ce sont d’autres personnes que les malades … qui avaient entendu parler de Jésus et qui avaient cru en son pouvoir … qui avaient foi en lui !

Cela les avait mis en route … pour rencontrer Jésus

Cela a l’air tout simple …

Mais nous, qui avons entendu parler de Jésus, à la maison, au catéchisme, à l’église, ou ailleurs … Est-ce que cela nous a mis en route pour rencontrer Jésus ?

Il ne suffit pas d’entendre ! Il faut aussi écouter, … manger la Parole de Jésus (cf Ez 3,1-3) … pour qu’elle nous fasse changer nos comportements …

Entendre Dieu … avec son cœur

Facile ?

Certainement non pour la plupart d’entre nous …

On dit souvent : « Il n’y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre ! » …

Et c’est bien souvent notre cas. On entend ce qu’on veut bien entendre … ce qui ne nous touche pas …ce qui ne nous dérange pas … ou ce qui nous arrange … mais on reste bien souvent sourd à la Parole de Jésus, parce qu’elle nous oblige à changer …

« Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! » (Mt 11,15) … avec son cœur …

Et on pourrait dire la même chose pour d’autres sens … C’est d’ailleurs de que dit Jésus aux pharisiens après la guérison de l’aveugle-né : « Si vous étiez aveugles, vous n’auriez pas de péché ; mais du moment que vous dites : “Nous voyons !”, votre péché demeure. » (Jn 9,41).

Ce passage de l’évangile nous est lu au moment où ont lieu les jeux paralympiques, après les jeux olympiques. Et chacun aura pu constater la différence de traitement entre ces deux « jeux » au niveau de l’information : une information en continu sur plusieurs chaînes de télévision du matin au soir et des pages nombreuses dans les journaux et les magazines pour les sportifs dits « normaux » … et quelques bribes d’informations pour les personnes handicapés …

Ce qui pose la question : « Quel est le regard de la société sur les personnes porteuses de handicap ? » … mais aussi la question : « Quel est mon regard sur les personnes porteuses de handicap ? ».

Ceux qu’on voit à la télévision … c’est-à-dire ceux qui gagnent des médailles … on est de tout cœur avec eux, on les admire …

Mais les autres … ceux qui restent chez eux … ceux qui boitent, qui n’ont qu’un bras, qui sont en fauteuil roulant, les muets … les trisomiques, les malades mentaux … Au mieux, on les plaint, ou on plaint leur parents … mais quand on les rencontre au supermarché (ou ailleurs), on a du mal à les regarder, on fait comme si on ne les voyait pas …

Cela nous renvoie à la deuxième lecture : « Cela, n’est-ce pas faire des différences entre vous, et juger selon de faux critères ? Écoutez donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? »

Au jour du jugement, où nous serons jugés sur l’amour … Qui passera devant ? …

Seigneur Jésus,

ouvre mes yeux !

Fais que j’entende …

d’abord ta Parole …

et puis les plaintes des autres,

leurs questionnements,

leurs désirs, leurs envies …

Effata !

Ouvre mon cœur, Seigneur,

aux merveilles de ton amour …

                                     Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le lien suivant :

Prière dim 23° TOB




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Mc 7, 31-37

Mes frères, en entendant le récit d’un miracle comme celui qui nous est raconté aujourd’hui : celui de cet homme qui est sourd et qui est muet et que Jésus guérit, si bien qu’il se met à entendre et à parler, nous risquons de mal comprendre, de faire un contre-sens, une erreur. Cette erreur serait de nous arrêter au miracle lui-même et d’être seulement admiratifs, comme cette foule qui entoure Jésus, « vivement frappés », nous dit l’Evangile. Ils disaient « Tout ce qu’il fait est admirable ! Il fait entendre les sourds, il fait parler les muets ». Nous risquons de nous arrêter au merveilleux, à l’insolite, à l’extraordinaire. On s’extasie, on dit : « C’est formidable » et on ne va pas plus loin. Or, quand Jésus fait un miracle, son geste a toujours une signification, un sens caché qu’il faut savoir comprendre, traduire, interpréter. St-Jean, dans son Evangile, ne nous parle même pas de « miracles » quand Jésus accomplit quelque chose d’extraordinaire, il dit : des signespar un miracle Jésus nous fait signe – et chaque miracle de Jésus a une signification, c’est-à-dire qu’il veut « dire » quelque chose, qu’il désire, par ce geste, non seulement nous faire comprendre quelque chose, mais qu’il nous donne un message.

Essayons aujourd’hui de réfléchir sur ce que Jésus veut nous dire quand il guérit ce sourd-muet.

Tout d’abord, l’Evangile nous signale que c’est en « Décapole » c’est-à-dire en pays étrangers aux juifs, chez les païens, que Jésus va faire ce miracle ; ce qui veut dire que Jésus n’est pas envoyé au petit peuple juif seulement, mais à tous, à tous ces étrangers pour qui les Judaïsants de l’époque n’avaient que mépris :

mission universelle du Christ, mission universelle du chrétien, envoyé à tous, vers tous.

La Parole de Dieu n’est pas réservée à une petite caste de privilégiés qui laisserait de côté la grande masse des non-initiés : tentation que nous avons, nous aussi, de nous rencontrer entre chrétiens, le petit groupe des « bien-pensants » ayant seulement un regard de pitié et de commisération pour tous ceux qui ne connaissent pas Dieu, qui sont loin de lui et qui ne sauront jamais. Jésus est missionnaire : c’est à un païen, à un étranger qu’il va rendre l’usage de ses oreilles et de sa langue.

– « Jésus l’emmène à l’écart de la foule » : une véritable conversion, un vrai changement spirituel ne peut se faire dans le brouhaha, le vacarme. Il faut le silence, le dialogue seul à seul, un minimum de recueillement, de réflexion, de prière.

– Remarquons ensuite que Jésus va guérir les oreilles avant la langue et ce n’est pas sans importance. Vous savez qu’un sourd-muet n’est muet que parce qu’il est sourd.

Un homme qui n’a jamais entendu de sons qui n’a jamais entendu de mots, de phrases, de paroles humaines ne peut à son tour en proférer. Il faut d’abord avoir « entendu » parler avant de pouvoir « parler » soi-même.

– « Jésus lui met ses doigts dans les oreilles » : avait-il besoin d’un tel geste ? Ce n’est pas une pratique de sorcellerie mais il porte, lui aussi, une « signification » : « C’est ma force, c’est ma grâce que je te passe ». Il y a communication sensible du doigt du Seigneur dans l’oreille de ce sourd.

 

– Comment un chrétien pourra-t-il dire quelque chose de l’Evangile, quelque chose du Seigneur aux autres ? Un chrétien doit d’abord écouter la Parole de Dieu, se mettre en état d’écoute et pouvoir entendre le message du Christ, avant de pouvoir le transmettre aux autres. Si parfois, mes frères, nous sommes muets, c’est-à-dire :

 – si nous ne disons rien de notre foi à ceux qui nous entourent,

 – si les autres ne savent même pas que nous sommes chrétiens,
– si, de notre bouche, ne sort jamais une parole de l’Evangile, c’est que nous n’avons pas assez entendu, écouté la Parole de Dieu. Pour le chrétien, il y a donc aussi une priorité de l’oreille sur la bouche. Ce n’est qu’après avoir entendu la Parole de Dieu, qu’après l’avoir écoutée, réfléchie, méditée que je peux, à mon tour, la dire aux autres, la proclamer, l’annoncer.

Pourquoi trouve-t-on si peu de catéchistes pour la rentrée prochaine ? Pourquoi les chrétiens parlent-ils si peu de leur foi, entre eux et autour d’eux ? La plupart du temps, c’est qu’ils ne savent plus grand-chose du contenu de leur foi, qu’ils ne l’ont pas alimenté en lisant et relisant leur évangile. Oh, bien sûr, à la messe, on en entend un petit morceau par-ci par-là, (quand on arrive assez à l’heure pour écouter les différentes lectures), mais ce n’est pas suffisant ! Il faudrait de temps en temps se remettre à l’écoute de la Parole de Dieu. Alors, alors seulement, on pourrait en parler. On écoute bien sa femme, ses enfants, ses voisins, au café ou au marché, pourquoi n’écouterait-on pas le Christ ? Il a souvent des choses bien plus importantes à nous dire.

« Puis Jésus prend de la salive, lui touche la langue, il lève les yeux au ciel, il soupire et lui dit « Effata », c’est-à-dire « Ouvre-toi ». Ses oreilles s’ouvrent, sa langue se délie et il parlait correctement. Remarquez tous ces gestes de Jésus :

la salive, les yeux levés au ciel, il soupire comme s’il faisait un effort pour chasser la mal et dit : « Effata », « Ouvre-toi », ses oreilles étant ouvertes, sa langue se délia.

Alors c’est ici, et maintenant, mes frères, que nous avons à comprendre le sens de ce miracle. C’est le Christ qui nous dit à chacun de nous, maintenant : « Effata », « ouvre-toi ».

Ouvre tes oreilles pour m’écouter et écouter les autres autour de toi. Ouvre ta bouche pour proclamer les merveilles de Dieu et annoncer le message qu’il t’a confié. « Ne reste pas sourd, ne reste pas muet. Ecoute et ce que tu as entendu, dis-le ».

Impossible, mes frères, impossible de se dire chrétien et de rester fermé sur soi, en soi, de se replier, de s’enfermer comme un sourd-muet, insensible à la parole de l’autre et incapable de communiquer l’essentiel. Rappelez-vous la lecture d’Isaïe, la 1ère lecture, il disait : « Dieu va venir lui-même vous sauver, alors s’ouvriront les yeux des aveugles et les oreilles des sourds ». En faisant ce miracle, Jésus nous fait comprendre : « Ça y est ! Le Christ, le Messie est là ! Il est parmi vous ! » Ce temps du Royaume, du salut est commencé et maintenant tout s’éclaire : les hommes vont pouvoir communiquer, entendre et écouter Dieu, parler et annoncer Dieu.

Cette guérison du sourd-muet est, ce qu’on appelle, un « miracle d’ouverture » qui nous incite, nous aussi, à : nous ouvrir davantage, nous ouvrir à Dieu par une meilleure écoute de sa parole, nous ouvrir aux autres par une meilleure annonce de son Royaume.

Sommes-nous assez communicatifs ? Communicants ? Que faisons-nous pour faire passer notre foi aux autres ? Pour dire la Bonne Nouvelle ? Sommes-nous des chrétiens contagieux qui donnent envie aux autres de le devenir ? Ou bien passons-nous dans la vie comme des sourds-muets, isolés des autres parce que je ne les écoute pas et que je n’ai rien à leur dire ?

N’oublions pas, mes frères, que nous sommes porteurs de l’espérance du monde. Nous sommes, nous rappelle le Christ, la lumière dans la nuit, le levain dans la pâte, le sel de la terre. Alors, ouvrons nos oreilles, délions notre langue et annonçons comme Isaïe : « le Royaume va venir, le Messie est venu : il est là pour vous sauver ! »  AMEN




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 7,31-37)

Jésus Sauveur, en actes…

(Mc 7,31-37)

 

    En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.
Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui.
Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.
Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! »
Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement.
Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient.
Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

     

          

         Jésus est ici en plein territoire païen, car le Père appelle tous les hommes, ses enfants, au salut. Et il va le prouver… « On lui amène un sourd-muet, et on le prie de poser la main sur lui »… Mais Jésus sait ce qu’il a à faire ! Et il ne veut pas être mal compris. Le salut va bien au-delà d’une simple guérison physique. Aussi va-t-il emmener cet homme à l’écart et toucher ses organes malades… Le sourd-muet pourra alors deviner ses intentions et le laisser faire… « Il lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue ». En effet, dans la médecine de l’époque, la salive avait des propriétés curatives. En agissant ainsi, Jésus se présente donc comme un médecin…

            Mais la suite montre bien que nous ne sommes pas dans un cabinet médical. Jésus prie, « les yeux levés au ciel ». Il se tourne vers le Père, il lui présente le sourd-muet, à priori sans rien dire, car le Père sait bien ce qu’il a à faire ! Et il « soupire »… Il le sait, le Père a agi, et « tout ce qu’Il fait est admirable ! » Alors, « Ouvre-toi ! », lui dit-il. Et « ses oreilles s’ouvrirent ; aussitôt sa langue se délia »…

Mais puisqu’à l’époque la maladie était comprise comme la conséquence du péché, le grand cadeau qui se révèle ici, en actes, est finalement le pardon des péchés : avec la disparition de la cause disparaissent aussi les effets… « Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir sur la terre de pardonner les péchés, je te l’ordonne, dit-il au paralysé, lève-toi, prends ta civière et retourne chez toi » (Lc 5,24).

La relation de cœur avec Dieu est donc rétablie par Dieu Lui-même : « Avec joie, vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints, dans la Lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien-aimé, en qui nous avons le pardon des péchés » (Col 1,11-14). Mais se laisser réconcilier avec l’Amour qui ne cesse d’œuvrer au bien de ses créatures, c’est, par rapport à la situation ancienne,  devenir une « créature nouvelle » (2Co 5,16-21), ouverte de cœur à Dieu et donc ouverte de cœur aux autres, vivant à nouveau sa relation avec Dieu et donc aussi sa relation avec les autres. C’est ce que dit ici la guérison de ce sourd bègue qui ne pouvait ni entendre ni dialoguer avec les autres. Et ouvert de cœur à Dieu, il ne peut qu’être comblé par tous les bienfaits que Dieu, dans son Amour, ne cesse de donner… « Si tu savais le Don de Dieu », commence par dire Jésus à la Samaritaine (Jn 4,10s), car accueillir ce « Don gratuit » (Rm 6,23) de tout cœur ne peut qu’être synonyme de bonheur profond. C’est ce que Jésus voulait pour la Samaritaine, c’est ce qu’Il veut pour nous tous…                                                      DJF




22ième Dimanche du Temps Ordinaire (29 août 2021 – Mc 7, 1-8.14-15.21-23 ; DJF)

Ecouter la Parole de Dieu

et la mettre en pratique pour entrer dans la Vie…

          Ce n’est pas si fréquent : les trois lectures de ce jour évoquent un seul et même thème, celui de la Parole de Dieu qu’il s’agit d’accueillir de tout cœur…

          Pour nous, aujourd’hui, cette Parole nous a été transmise par Jésus, le Fils. Lui même l’a accueillie, entendue auprès de son Père : « Ma doctrine », nous dit-il, « n’est pas de moi, mais de Celui qui m’a envoyé » (Jn 7,16). En effet, « le Père qui m’a envoyé m’a lui-même prescrit ce que j’avais à dire et à faire connaître. Ainsi donc, ce que je dis, tel que le Père me l’a dit, je le dis » (Jn 12,49-50).

          Et puisque, dit-il encore, « je dis la vérité que j’ai entendue de Dieu » (Jn 8,40), Jésus sait que « l’Esprit Saint, l’Esprit de vérité qui vient du Père lui rend témoignage » (Jn 15,26). Et comment fait-il ? Quand Jésus nous parle de la vie avec Dieu, de la vie éternelle, l’Esprit Saint communique à tous ceux et celles qui l’écoutent de tout cœur le Don même de cette vie en étant ainsi tout simplement, comme nous le disons dans notre Crédo, « Seigneur qui donne la vie ». C’est ainsi qu’en écoutant Jésus, St Pierre ne pouvait que lui dire : « Tu as les Paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68). Il vivait, en l’écoutant, « quelque chose » qu’il n’avait jamais vécu auparavant avec personne d’autre : une vie nouvelle, une Plénitude nouvelle, une douceur nouvelle…

          En effet, le Don de l’Esprit se joint toujours à la Parole du Christ, comme nous l’explique Jean Baptiste : « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), « l’Esprit qui est vie » (Ga 5,25). C’est ainsi que St Jacques déclare dans la seconde lecture : « Le Père des lumières a voulu nous engendrer par sa Parole de vérité » (Jc 1,18), c’est-à-dire par le Don de cet « Esprit qui est vie », un Don qui se joint toujours à la Parole de Dieu et qui nous engendre à cette vie nouvelle et éternelle qui est la vie même de Dieu. Et puisque « le fruit de l’Esprit est douceur » (Ga 5,22), il nous invite à « accueillir dans la douceur la Parole semée en vous » et donc au même moment ce Don de l’Esprit de Douceur qui se joint à elle et qui nous rejoint au plus profond de nous-mêmes…

          Mais cette Vie nouvelle semée en nous par la Parole de Dieu et le Don de l’Esprit Saint demande tout simplement à « vivre », c’est-à-dire à s’exprimer par des actes qui lui correspondent. « Mettez donc la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion » (Jc 1,22). C’est exactement l’invitation que lançait Moïse dans la première lecture : « Maintenant, Israël, écoute les décrets et les ordonnances que je vous enseigne pour que vous les mettiez en pratique… vous garderez les commandements du Seigneur votre Dieu tels que je vous les prescris. Vous les garderez, vous les mettrez en pratique » (Dt 4,1.6)…

          En effet, puisque « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), cette vie de Dieu semée en nous est de l’ordre de l’amour (Rm 5,5 ; Ga 5,22) : elle ne peut donc qu’être ouverture à l’autre, écoute de l’autre, attention à l’autre et action pour l’autre, pour son bien. C’est ce qu’écrit St Jacques avec un exemple particulier : il s’agit de « visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse » (Jc 1,27). Et il s’agit aussi de mourir à tout ce qui s’oppose à cette logique de l’amour, c’est-à-dire à tout ce qui nous ramène à nous-mêmes, nous replie sur nous-mêmes et nous empêche ainsi de nous ouvrir aux autres : « Gardez vous sans tache au milieu du monde » (Jc 1,27)…

          C’est l’invitation que lance Jésus aux Pharisiens. Ils s’attachaient en effet à toutes sortes de pratiques qu’ils présentaient comme étant « le comportement religieux pur et sans souillure » (Jc 1,27) : « Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ;  et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats » (Mc 7,3-4). Le grand danger d’une telle attitude est en fait une subtile recherche de soi. En effet, quand ils constataient qu’ils avaient effectivement pratiqué tout ce qui leur était demandé, ils pouvaient se dire en eux‑mêmes : maintenant, je suis « pur et sans souillure », contrairement à mon voisin qui, ne mettant pas en pratique tous ces préceptes, ne peut qu’être impur et souillé… St Luc nous présente ainsi un Pharisien qui « se tenait debout et priait ainsi en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne.” » (Lc 18,11-12). Hélas, une telle attitude, sur la base même d’une Loi qui peut être « sainte, juste et bonne » (Rm 7,12), n’est qu’orgueil, mise en avant de soi au détriment des autres, exaltation de soi et mépris des autres, rejet des autres, refus de vivre en relation avec les autres et donc fermeture aux autres… Or, notre cœur n’a qu’une seule porte : la fermer aux autres que nous voyons, c’est aussitôt la fermer au même moment à l’Autre que nous ne voyons pas, et donc à Dieu et au Don de sa Lumière et de sa Vie… Etre habité par un tel orgueil revient donc à se condamner soi‑même, à vivre non pas dans la Lumière mais dans les ténèbres, non pas dans la pureté de cœur mais dans la pire des souillures, alors même que l’on peut prétendre avec force être tout le contraire !

         L’important, nous dit ici Jésus, n’est pas de pratiquer ceci ou cela en pensant que cette pratique fera de nous des justes… Non, Dieu veut notre cœur, et Lui seul le voit et le connaît à fond… Il s’agit donc d’un appel à une conversion radicale et profonde : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur » (Mc 7,20-23). St Paul écrit exactement la même chose : « Ne savez-vous pas que ceux qui commettent l’injustice ne recevront pas le royaume de Dieu en héritage ? Ne vous y trompez pas : ni les débauchés, les idolâtres, les adultères, ni les dépravés et les sodomites, ni les voleurs et les profiteurs, ni les ivrognes, les diffamateurs et les escrocs, aucun de ceux-là ne recevra le royaume de Dieu en héritage » (1Co 6,9-10).

          En effet, tout ce mal qui nous replie sur nous-mêmes dans une inlassable recherche de nous-mêmes nous empêche de nous ouvrir à un Autre que nous-mêmes pour recevoir ce qui ne peut venir que de Lui : le Don de sa Lumière, le Don de sa Vie, le Don de son Esprit… Mettre sa Parole en pratique, vivre l’amour de l’Autre et des autres, c’est demeurer dans cette dynamique d’ouverture de cœur à Dieu qui, Lui, de son côté, n’est qu’Amour et donc « Don gratuit de tout ce qu’il est en Lui-même » : « Le premier pas que Dieu accomplit vers nous est celui d’un amour donné à l’avance et inconditionnel. Dieu nous aime parce qu’il est amour, et l’amour tend de nature à se répandre, à se donner » (Pape François). Alors, si « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), il est ainsi éternellement Don de l’Esprit, « Source d’Eau Vive » (Jr 2,17 ; 17,13), cette « Eau Vive » de l’Esprit (Jn 4,10-14 ; 7,37-39)  « qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), tous les hommes de bonne volonté qui l’accueillent (Lc 2,14)…

          Alors, « si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le. Mieux vaut pour toi entrer estropié dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux pieds » (Mc 9,43-45). Et dans le dernier exemple, avec « l’œil », Jésus parlera cette fois non pas de « la vie éternelle » mais du « Royaume de Dieu » : « Si ton œil est pour toi une occasion de chute, arrache-le. Mieux vaut pour toi entrer borgne dans le royaume de Dieu que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux yeux, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s’éteint pas » (Mc 9,47-48). « En effet, le royaume de Dieu ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson ; il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Il est mystère de communion dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), dans « la communion du Saint Esprit » (1Co 13,13), un Esprit qui est Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et vie…

 

          Tel est « le Don de l’Amour » qui englobe tous « ces dons parfaits, qui proviennent tous d’en haut, et descendent d’auprès du Père des lumières » (Jc 1,17). Et rien ni personne ne pourra empêcher Dieu d’être ce qu’Il Est (Ex 3,14), c’est à dire « Amour inconditionnel » (Pape François), Amour gratuit (1Jn 4,8.16), Amour Don de Lui-même (Jn 3,35 ; 4,10 ; Ac 8,20 ; Rm 6,23 ; 2Co 9,15 ; Ep 2,8 ; 1Th 4,8) : « Il n’est pas en effet, comme les astres, sujet au mouvement périodique ni aux éclipses » (Jc 1,17). Nous, pécheurs instables, malades, blessés, nous pouvons toujours compter sur Lui. Il ne nous manquera jamais : « Si nous sommes infidèles, Dieu, lui, reste fidèle car il ne peut se renier lui-même » (2Tm 2,13). « Il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45). Et c’est par le Don de la Lumière de son Esprit aux « méchants », le Don de cette « pluie » « d’Eau Vive » de son Esprit sur « les injustes » qu’il « frappe à la porte de leur cœur » fermé (Ap 3,20) pour les inviter à la conversion : qu’ils se détournent du mal et s’ouvrent à Lui ! Ils ne pourront qu’être comblés par la Plénitude de son Esprit, source du seul vrai Bonheur durable, paisible…

          Alors, « cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien » (Is 1,16), « mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter » (Jc 1,22). Avec elle et par elle, « recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6). Alors, « vous vivrez, et vous entrerez, pour en prendre possession, dans le pays que vous donne le Seigneur, le Dieu de vos pères » (Dt 4,1), ce Royaume de Dieu qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17) car, en vous donnant l’Esprit Saint, « votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Lc 12,32)… Nous avons tous été créés pour vivre de la Plénitude de cet Esprit… Alors, « cherchez dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18)…

                                                                                         DJF

 

 

 

 

 

 

 

 

 




22ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Commentaire du samedi 28/8/2021 et Dimanche 29/8/2021

22e dimanche ordinaire – Année B – Deutéronome 4,1–8 ; Jacques 1,17–27 ; Marc 7.1–23

 

Les textes du jour nous parlent de la pratique des commandements de Dieu. Le 1er texte nous apprend que les lois qui viennent du Dieu-Amour nous sont données pour que nous vivions. Ne pas les appliquer – surtout le commandement de l’amour – nous conduira à la mort, c’est-à-dire à la mort éternelle (= enfer) parce que dans ce lieu, il n’y a pas d’amour.  Dieu donne son amour à son peuple et le peuple doit n’aimer que Lui. «  » Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit » (Dt 6,5).  « Je vous ai enseigné des lois et des coutumes, pour que vous les mettiez en pratique » (Dt 4,5). « Gardez-les et mettez-les en pratique » (Dt 4,6).  Pratiquer les commandements de Dieu est une manière au peuple de dire à Dieu qu’il l’aime. Mais à l’époque où ce texte a été écrit, le peuple juif avait une très longue pratique de l’idolâtrie : on adorait toutes sortes de dieux ou ce qui pour eux constituait des dieux : les astres, les montagnes, les lacs, les arbres, les animaux, et de nombreux objets fabriqués localement. Après la révélation, les Israélites avaient du mal à n’adorer que Lui. Ils étaient souvent infidèles et retournaient à l’idolâtrie comme à Baal-Péor.  Baal-Péor était à la fois le nom d’un lieu et le nom d’une idole locale. Et le peuple de Dieu s’est prosterné devant Baal-Péor, ce qui constitue une infidélité vis-à-vis du Dieu unique.  « Ce peuple m’honore des lèvres; mais leur cœur est loin de moi ». Et « la colère de Dieu s’enflamma contre le peuple» (Nb 25,3). Il nous faut donc comprendre qu’il est impossible d’être dans deux religions à la fois puisqu’il n’y a qu’un seul Dieu, Celui qui s’est révélé à Abraham, Moïse, David et qui s’est incarné en la personne de Jésus. Un chrétien n’a qu’une seule religion : il ne suit que le Christ et personne d’autre.  Le Christ est celui qui est venu accomplir la Loi. Mt 5,17: 17 « N’allez pas croire que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir ».  « Accomplir la loi » évoque l’idée de plénitude (de totalité), d’achèvement, de perfection et il faut la mener à bonne fin. Et Saint Paul ajoute (Rm 13,8) : « celui qui aime son prochain a pleinement accompli la Loi ». Pour que nous puissions nous aussi accomplir pleinement la loi divine, il nous faut aimer toutes les personnes que nous rencontrons. C’est-à-dire les aimer tels qu’elles sont, avec leurs faiblesses et défauts, sans aucune arrière-pensée, sans jugement intérieur que l’on pourrait faire parfois dans son cœur sans le dire à voix haute. Is 5,21 : « Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et s’estiment intelligents ». Jc 1,19 : « …que chacun soit prompt à écouter la Parole de Dieu, lent à parler et lent à la colère ». « Contre la charité, il y a les péchés…tels que nos rejets de certaines personnes que nous n’aimons pas…parfois secrètement, nos refus de faire la paix, nos refus de pardonner et toutes les rancunes que nous entretenons…La rancune entretenue mène au pire » (Sœur Emmanuel Maillard – L’étonnant secret des âmes du Purgatoire » – Entretien avec Maria Simma – P.20-21). Jc 1,21 (2ème lecture) : « Rejetez donc toute malpropreté, tout reste de malice ». Les Pères de l’Eglise, tels que Grégoire de Nazianze, Jean Chrysostome, n’ont pas cessé de dénoncer le manque d’amour entre chrétiens. Grégoire de Nazianze se plaint amèrement des manques d’amour et des disputes dans l’Eglise. Pour Jean Chrysostome, le manque d’amour entre chrétiens est tout simplement honteux… Il est nécessaire pour le chrétien d’observer méthodiquement et scrupuleusement son propre état de conscience et sa propre vie intérieure afin d’extirper, si nécessaire, et avec la grâce de Dieu, le mal qui s’y trouve : tendance à juger intérieurement les autres, rancune secrète et tenace contre telle ou telle personne, mauvaises paroles. Jc 1,26 (2ème lecture d’aujourd’hui) : « Si quelqu’un s’imagine être religieux sans mettre un frein à sa langue et trompe son propre cœur, sa religion est vaine ». Dans nos rapports avec les autres, surtout quand on a à faire à quelqu’un qui ne nous aime pas, il ne faut jamais répondre du « tac au tac », et être lent à la colère, et même ne pas être en colère du tout. Celui qui dit du mal de nous n’est pas animé de l’Esprit de Dieu, mais de l’Esprit du Mal.

Et il ne faut jamais discuter avec l’Esprit du mal, on ne discute pas avec Satan, on le combat par la Parole de Dieu comme le Christ l’a fait dans la tentation au désert ou par la prière. Il arrive souvent que les personnes qui sont constamment dans le péché ne peuvent pas voir qu’ils pêchent, car ils s’y sentent bien et ne veulent rien changer. Pour voir ses propres péchés, il nous faut être éclairés de la lumière de Dieu. « Le meilleur et l’unique moyen pour conserver sa fidélité à Dieu est que cette personne, qui se trouve presque toujours en contact avec des gens sans foi ni loi, qui a toujours le blasphème à la bouche et la haine de Dieu dans le cœur, s’approche chaque jour de la Table des Anges pour recevoir Jésus… ». Et ce conseil de Padre Pio demeure toujours valable (Saint Pio de Pietrelcina – « Transparent de Dieu » – P. 88). Il nous faut donc demander à Dieu la grâce de l’écoute de la Parole, la force et le courage pour la mettre en pratique…et cela se reçoit surtout à la table de l’Eucharistie.

L’Evangile d’aujourd’hui nous parle de ce qui est pur et impur. La société juive , au temps de Jésus, rangeait sous le nom de « pécheurs » des gens de toutes sortes. Certains ont une conduite immorale (adultères, prostituées, faussaires, etc…), d’autres exercent des métiers poussant à la malhonnêteté, comme ceux des transports (âniers, chameliers, voituriers, matelots) ou ceux du commerce (boutiquiers, bouchers, médecins). Sont aussi moralement douteuses les professions qui mettent en rapport avec les femmes (blanchisseurs, colporteurs, tisserands, etc…). Enfin sont classés dans une liste de personnes à ne pas fréquenter ceux qui pratiquent des tâches répugnantes (tanneurs, fondeurs, ramasseurs d’ordures, etc…). Ainsi, par le jeu de discriminations plus sociales que morales, c’est un vaste monde qui se trouve exclu des relations humaines et religieuses. Pour les Juifs très soucieux de pureté légale, tout contact physique avec les pécheurs publics était prohibé. A plus forte raison, un repas partagé créait une souillure grave, punie d’expulsion. Et Jésus, ainsi que ses disciples, mange avec toutes sortes de personnes.

« 18 Ne comprenez-vous pas que rien de ce qui pénètre du dehors dans l’homme ne peut le souiller, 19 parce que cela ne pénètre pas dans le cœur, mais dans le ventre, puis s’en va aux lieux d’aisance  (ainsi il déclarait purs tous les aliments). 20 Ce qui sort de l’homme, voilà ce qui souille l’homme. 21 Car c’est du dedans, du cœur des hommes, que sortent les desseins pervers : débauches, vols, meurtres, 22 adultères, cupidités, méchancetés, ruse, impudicité, envie, diffamation, orgueil, déraison. 23 Toutes ces mauvaises choses sortent du dedans et souillent l’homme ». C’est lorsque nous disons ou lorsque nous avons de mauvaises pensées sur les autres, et que nous les mettons en pratique que nous nous souillons nous-mêmes. Sœur Faustine nous dit (§118) :  « Dieu ne se donne pas à une âme bavarde … : l’âme bavarde est vide à l’intérieur. Il n’y a en elle ni vertu fondamentale, ni intimité avec Dieu. Il n’est pas question pour elle, d’une vie plus profonde, d’une douce paix, ni du silence où demeure le Seigneur. Celui qui n’a jamais goûté à la douceur du silence intérieur est un esprit inquiet qui trouble le silence d’autrui. J’ai vu beaucoup d’âmes qui étaient dans les gouffres de l’enfer pour n’avoir pas su garder le silence. Elles me l’ont dit elles-mêmes, lorsque je les questionnais pour savoir ce qui avait causé leur perte ». Elle ajoute : « Recevoir la lumière de Dieu, savoir ce que Dieu veut de nous (c’est-à-dire « aimer Dieu et son prochain » ) et ne pas le faire, est un grand outrage envers la Majesté Divine. L’âme qui fait cela mérite que Dieu l’abandonne complétement. Elle ressemble à Lucifer, qui avait une grande lumière mais ne faisait pas la volonté de Dieu ». Et pour que notre intérieur change, il faut d’abord le vouloir, désirer ardemment changer son propre cœur. Et comme nous ne pouvons pas le faire seul, avec notre seule force, il faut demander à Dieu cette grâce d’avoir un cœur qui lui plaise. « S’il y a dans mon cœur les racines de tous les péchés possibles (Mc 7, 21), c’est donc sans cesse que je dois demander à Dieu de me préserver de l’orgueil et de me purifier, par son Esprit, de toutes mes tendances au mal. D’ailleurs, plus les saints se laissent envahir par l’Esprit du Seigneur, plus ils s’aperçoivent de leur condition de pauvres pécheurs » (L’Abbé Pierre Descouvemont – Guide des difficultés de la foi chrétienne – P.482).  Il nous faut donc prier tous les jours pour que le cœur de tous les chrétiens change en mieux. Et ne dites pas que nos prières ne servent à rien. C’est complètement faux. Je vous donne un seul témoignage – parmi tant d’autres – de l’efficacité de la prière, raconté par Maria Simma à Sœur Emmanuel Maillard (L’étonnant secret des âmes du Purgatoire – Maria Simma – Sœur Emmanuel Maillard – P.33-34) : Hermann Cohen, un artiste juif converti au catholicisme et qui a beaucoup vénéré l’Eucharistie. En 1864, il quitte le monde pour rentrer dans un ordre religieux très austère et adorait très fréquemment le saint Sacrement pour lequel il avait une grande vénération. Pendant ses adorations, il suppliait le Seigneur de convertir sa mère qu’il aimait beaucoup. Mais sa mère mourut sans s’être convertie. Hermann en devint fou de douleur. Il se prosterna devant le Seigneur et, donnant libre court à ses plaintes, pria ainsi: Seigneur, je vous dois tout, il est vrai, mais que vous ai-je refusé? Ma jeunesse, mes espérances dans le monde, le bien-être, les joies de la famille, un repos peut-être légitime? J’ai tout sacrifié dès que vous m’avez appelé. Mon sang? Je l’eusse donné de même, et vous Seigneur, vous l’éternelle Bonté, qui avez promis de rendre au centuple, vous m’avez refusé l’âme de ma mère. …Mon Dieu, je succombe à ce martyr, le murmure va s’exhaler de mes lèvres ». Les sanglots étouffaient ce pauvre coeur. Tout à coup, une voix mystérieuse frappe son oreille et dit : « Homme de peu de foi, ta mère est sauvée, sache que la prière a tout pouvoir auprès de moi. J’ai recueilli toutes celles que tu m’as adressées pour ta mère et ma Providence lui en a tenu compte à son heure dernière. Au moment où elle expirait, je me suis présenté à elle, elle m’a vu et s’est écriée: « Mon Seigneur et mon Dieu ». Relève donc ton courage, ta mère a évité la damnation et tes supplications ferventes délivreront bientôt son âme de la prison du Purgatoire ». Toutes nos prières sont prises en compte par Dieu. Jn 14,13 : “…tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, afin que le Père soit glorifié dans le Fils”. Prions le Seigneur, avec Marie, pour que les êtres humains soient réceptifs à l’amour dont Dieu nous comble en permanence.




22ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

L’intérieur et l’extérieur

Mc 7, 1-8 ; 14-15 ; 21-23

 

Vous avez sans doute remarqué, mes frères, l’unité de thème entre les trois lectures de la messe d’aujourd’hui. Toutes les trois, nous parlent de la Parole de Dieu qui s’exprime par la Loi c’est-à-dire ce qu’il nous demande de faire.

La 1ère lecture, celle de Moïse, nous rappelle : 

« Ecoute les commandements. Ecoute Dieu » ; « Gardez les ordres du Seigneur » ; « Cette parole sera votre sagesse, votre intelligence ».

La 2e lecture, celle de Jacques, nous dit à son tour :

« Il ne s’agit pas seulement d’écouter Dieu et sa Parole : il faut que vous la mettiez « en pratique » sinon vous êtes dans l’illusion. Vous vous contentez de bonnes paroles mais vous ne faites rien… ! »

Enfin, dans l’Evangile, le Christ va encore beaucoup plus loin. Il nous dit, lui, et c’est encore beaucoup plus profond : ce n’est pas seulement par l’oreille que doit passer la Parole de Dieu, mais il faut l’écouter. Ce n’est pas seulement par la main que doit passer la parole de Dieu. L’oreille, la main, c’est très bien mais ce serait insuffisant si la Parole de Dieu ne passait pas d’abord par notre cœur. Il faut passer de l’extérieur à l’intérieur ; de l’oreille qui écoute ce que dit Dieu, à la main qui agit selon le désir de Dieu, en passant par le cœur. « C’est ce qui sort du cœur qui rend l’homme bon ou mauvais, pur ou impur ».

 

C’est d’abord du dedans, du cœur de l’homme que naît le bien ou le mal : autrement dit, ce que nous écoutons ou ce que nous faisons n’a d’importance que si, avec notre cœur, au dedans de nous-mêmes, nous désirons être d’accord avec ce que Dieu nous demande, nous voulons vraiment « mettre en pratique » ce qui est le désir de Dieu.

 L’oreille, la main, le cœur : voilà par où doit passer nécessairement la Parole de Dieu dans notre vie. L’oreille pour écouter ce que Dieu nous demande, la main pour mettre en pratique cette parole qui nous demande d’agir, mais comme l’homme n’est pas une marionnette, il doit faire passer tout cela dans son cœur, au-dedans de lui-même, sinon la Parole de Dieu risque d’être une Parole vide de sens ou un acte dénué de toute portée.

L’oreille, la main, le cœur…

 

Voyons d’abord l’oreille. Pour devenir un vrai fils de Dieu, il faut d’abord écouter : pas simplement « entendre » mais « écouter » c’est-à-dire « se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu ». Que pourrait faire un serviteur qui serait sourd et qui ne pourrait entendre les paroles ou les ordres de son maître ? Il serait inutile, on le congédierait. Souvent, très souvent, Dieu nous parle et nous ne l’écoutons pas : il y a tellement de paroles autour de nous – celle de la radio, de la télévision, des tablettes, des haut-parleurs, des mobiles et ordinateurs, des bavardages de nos voisins – nous sommes saturés de paroles. Or Dieu, lui, ne parle pas fort. Il est discret, sa voix se laisse souvent couvrir par tout le bruit des hommes. Si nous ne prêtons pas attention, si nous ne tendons pas l’oreille, non seulement nous n’écouterons pas Dieu, mais nous ne l’entendrons même pas !

Tenez, même dans une famille où l’on s’aime bien, l’un dit à l’autre : « Ecoute, mais écoute donc » ; « Je te l’ai déjà dit, mais tu n’as pas écouté » et une institutrice à ses élèves : « Est-ce-que vous allez écouter ? » ; « Si vous n’avez pas compris, c’est parce que vous n’écoutiez pas ! »

Est-ce-que nous écoutons Dieu ? Est-ce-que nous nous mettons à l’écoute de sa Parole ?

Pendant la guerre, pour écouter la radio anglaise sous l’occupation allemande, le soir, on fermait les volets, on ouvrait son poste de TSF. On mettait l’aiguille sur un endroit bien précis et malgré le brouillage fait par les Allemands pour empêcher d’écouter, on tendait l’oreille pour essayer de savoir, d’apprendre les bonnes nouvelles, celles qui nous remontaient le moral, qui nourrissaient notre espérance : comme on écoutait bien ! Comme l’oreille était importante !

Ah ! Si nous écoutions la Parole de Dieu de la même façon ! Essayant de surmonter tous les bruits du monde, tous les brouillages intérieurs et extérieurs pour écouter le message de Dieu qui nous est adressé !

Après l’oreille, il y a la main. Ce n’est pas tout d’écouter le message, il faut ensuite l’accomplir. Dieu, en parlant, nous donne des ordres, des conseils, des suggestions.

A quoi ça sert d’avoir écouté si nous ne faisons rien, si nous restons inertes et si nous n’en faisons qu’à notre tête ? Si nous en restons à nos idées à nous ? Que penseriez-vous d’un soldat qui reçoit un message à transmettre et qui, le mettant dans sa poche, va jouer à la pétanque avec ses amis ? D’une personne que l’on charge d’une nouvelle importante à diffuser et qui rentre chez elle pour faire ses mots croisés ?

Après avoir entendu, écouté Dieu, il faut agir, agir en chrétien, accomplir la mission que nous donne le Seigneur.

Ecouter, c’est bien, mais agir après avoir écouté, c’est bien mieux ! On voit autour de nous, des gens qui ont des bonnes paroles plein la bouche, mais leur conduite, c’est toute autre chose ! « Ils disent, mais ils ne font pas ».

Et le Christ nous avertit : « Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur », qui entreront dans la Royaume des cieux, mais ceux qui ayant écouté la Parole, la mettent en pratique ».

Peut-être, parfois, avez-vous entendu cette réflexion : « Oh ! Les chrétiens, ils ne sont pas meilleurs que les autres », peut-être que certains n’ont pas encore écouté la Parole de Dieu, peut-être que d’autres après avoir écouté cette parole, n’en ont fait qu’à leur tête. Ils ont des oreilles, mais ils n’ont pas de mains, ou s’ils en ont, elles semblent paralysées.

 C’est beau de dire comme les serviteurs de Dieu : « Parle, ton serviteur écoute », mais que penseriez-vous de ce serviteur qui, après avoir écouté, ne fait rien ? Il faut avoir des oreilles, mais il faut aussi avoir des mains, c’est-à-dire : faire la volonté de Dieu, la mettre en pratique, la mettre en œuvre. Le chrétien est un ouvrier de la moisson de Dieu, il ne reste pas sur la lisière du champ, il se met au travail.

L’oreille, la main, le cœur : l’oreille écoute, la main exécute mais, nous rappelle le Christ dans l’Evangile, quelle serait la valeur de cette écoute, la valeur de ce travail si le cœur n’y était pas ? Tout ce que nous faisons pour Dieu, pour les autres, c’est par et avec amour que nous devons le faire.

Quelle est la valeur d’un travail fait à contre cœur, sans intérêt, vide d’affection : travail d’esclave que celui-là ! Quelle que soit notre tâche, il faut la faire avec intérêt, avec goût même si parfois, humainement  du moins, elle nous semble guère attractive ou passionnante.

« Il vaut mieux, disait Guy de Larigaudie, éplucher des pommes de terre avec amour que de bâtir une cathédrale sans enthousiasme ». Dans le Petit Prince, c’est la Rose qui déclare : « L’essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit bien qu’avec le cœur ».

Mettons-nous vraiment notre cœur, notre amour dans tout ce que nous faisons ? Alors cela change tout ! Dieu ne pourra plus nous dire comme à Israël : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ». « Ce qui sort du cœur : voilà ce qui importe », qu’importe alors les paroles, qu’importe alors les actes eux-mêmes ! Quel est d’abord l’état de mon cœur ? C’est du dedans, du cœur de l’homme que peut sortir le bien, mais aussi le mal : l’amour, mais aussi la haine ; le respect, mais aussi le mépris ; l’humilité, mais aussi l’orgueil, si bien que nous ne voulons pas ressembler aux hypocrites que Jésus dénonce dans l’Evangile, ces pharisiens qui s’en tenaient à l’extérieur, aux gestes traditionnels, mais vides de sens et vides d’amour.

 Il va falloir mettre en accord mes oreilles, mes mains et mon cœur :

    – mes oreilles pour écouter ce que Dieu me demande

    – mes mains pour exécuter ce que Dieu m’a demandé

    – mon cœur surtout, pour vivifier mes gestes et leur donner une pleine signification.

Demandons au Seigneur, pendant cette messe, cette unité de notre personne qui, à la fois, écoute, fait et aime. Parce que nous aurons écouté, nous ferons la volonté de Dieu, et parce que nous aimerons, nous la ferons avec cœur, avec amour. AMEN




22ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mc 7,1-8.14-15.21-23)

Vérité, humilité, miséricorde…

(Mc 7,1-8.14-15.21-23)

 

    En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus,
et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : ‘Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.’
Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure.
Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

     

           A l’époque de Jésus, les Pharisiens étaient très attachés à toutes sortes de pratiques qu’ils avaient reçues des générations précédentes. Ils étaient « fidèles à la tradition des anciens », persuadés d’être sur le seul et unique bon chemin, le leur, et ils critiquaient tous ceux qui n’agissaient pas comme eux : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens », demandent-ils ici à Jésus ? Pourquoi n’agissent-ils donc pas comme nous ? Parler ainsi, c’est dire : « Nous, nous avons raison. Nous, nous agissons bien. Nous, nous sommes sur le bon chemin parce que nous mettons en œuvre telle ou telle pratique. » Mais ce n’est pas cela que Dieu cherche en l’homme… Lui, il veut vivre avec chacun d’entre nous une relation vraie, en cœur à cœur. Et puisque nous sommes tous pécheurs (Rm 3,9-31 ; 5,12), cela ne peut se faire que dans la vérité de notre misère reconnue et offerte, mais aussi et surtout dans la Vérité de son Amour surabondant, inépuisable, toujours offert… Et cet Amour ne poursuit qu’un seul but, le bien de tout homme… « Je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien… Je trouverai ma joie à leur faire du bien, et cela de tout mon cœur et de toute mon âme » (Jr 32,37-41). Et Dieu est infini ! Puisqu’il n’Est qu’Amour, Dieu ne cesse ainsi de nous suivre pour nous combler de ses bienfaits : « Tu couronnes une année de bienfaits ; sur ton passage, ruisselle l’abondance » (Ps 65,64),12). Or, « bien », « bienfaits », « bon », « bonheur », ne sont qu’un seul et même mot dans la langue de Jésus : pour Dieu, « nous faire du bien », c’est nous combler de « ses bienfaits », gratuitement, par amour, et cela ne peut qu’être synonyme pour nous que de « bonheur profond »…

            Dieu veut donc avant tout nos cœurs… Nos pratiques ne sont donc importantes que dans la mesure où elles expriment le cœur… En elles-mêmes, pour elles-mêmes, elles ne sont rien, sinon une occasion pour l’orgueilleux de se glorifier, et cela se fait toujours au détriment de ceux qui n’agissent pas comme lui : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont rapaces, injustes, adultères » (Lc 18,9-14)… Pour preuve, « je jeûne deux fois la semaine », je fais ceci ou cela, je m’habille comme ci ou comme ca… « Hypocrites », leur dit ici Jésus, « ce peuple m’honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi ». Et il se désole, car ils ne peuvent qu’être malheureux, alors que Dieu nous appelle tous à partager sa joie (Jn 15,11) ! DJF

 




21ième Dimanche du Temps Ordinaire (22 août 2021 – Jn 6,60-69 ; DJF)

Dans la première lecture du Livre de Josué, ce dernier pose la question au Peuple d’Israël : « S’il ne vous plaît pas de servir le Seigneur, choisissez aujourd’hui qui vous voulez servir : les dieux que vous pères servaient au-delà de l’Euphrate, ou les dieux des Amorites dont vous habitez le pays »…

La question est donc posée : « Servir Dieu ou servir les idoles »… Or « servir une idole », quelle qu’elle soit, c’est « se rechercher soi-même », c’est « se replier sur soi-même », c’est vouloir et vouloir encore la satisfaction immédiate qu’elle procure, d’une manière ou d’une autre… Or, comme ce bonheur passager qu’elle apporte ne dure pas, mais s’estompe aussi vite qu’il est venu, laissant derrière lui un grand vide plus douloureux encore, il s’agira, pour le retrouver, de servir et de servir encore cette idole, pour que cette satisfaction passagère se renouvelle et se renouvelle encore… C’est donc en fait devenir l’esclave de l’idole que l’on sert…

C’est ce que déclare le Seigneur dans ces « Dix Paroles » qu’il donne à Moïse au sommet du Mont Sinaï, en disant : « Tu ne te prosterneras pas devant ces dieux et tu ne les serviras pas » (Ex 20,5)… En effet, littéralement, en hébreu, la langue de l’Ancien Testament, pour une minime variation de la voyelle, nous n’avons pas ici une conjugaison normale, mais, grammaticalement, « le causatif passif » du verbe « servir », ce qui peut se traduire par : « Tu ne te laisseras pas faire serviteurs d’eux » c’est-à-dire, « Tu ne te laisseras pas asservir par eux. » Cette nuance est importante car « servir une idole » est équivalent à « se laisser rendre esclave par elle ». Nous retrouvons ainsi dans la Parole de Dieu les simples constatations que nous pouvons tous faire à partir de l’expérience de nos vies quotidiennes…

De plus, une idole à travers laquelle l’homme se recherche lui-même, n’a pas d’existence réelle… « Une nation change-t-elle de dieux ? Or, ce ne sont pas même des dieux », dit le Seigneur dans le prophète Jérémie (Jr 2,11). Et le Psalmiste écrit : « Leurs idoles, or et argent, ouvrage de mains humaines ! Elles ont une bouche et ne parlent pas, des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, des narines et ne sentent pas. Leurs mains ne peuvent toucher, leurs pieds ne peuvent marcher, pas un son ne sort de leur gosier ! » (Ps 115(113B),4-7).

Et il poursuit en déclarant : « Qu’ils deviennent comme elles, tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur foi en elles. » Autrement dit, puisqu’une idole n’est rien, celles et ceux qui les adorent deviennent à leur tour des « rien »… Et c’est exactement ce que Dieu déclare dans le Prophète Jérémie : « Ainsi parle le Seigneur : En quoi vos pères m’ont-ils trouvé injuste pour s’être éloignés de moi, pour marcher derrière la Vanité et devenir eux-mêmes vanité ? » (Jr 2,5). Or, le mot hébreu traduit ici par « vanité, hévél », signifie « souffle, ce qui n’est rien, sans consistance ; ce qui est vain, vanité »… Puisqu’une idole n’est rien, celles et ceux qui se tournent vers elle ne peuvent en fait recevoir d’elle quoique ce soit, sinon du vide, du « rien », et voilà ce dont leur cœur est « rempli »… Là aussi, cette constatation rejoint notre expérience lorsque nous constatons à quel point, en empruntant tel ou tel chemin, notre vie peut être vide, sans consistance, ne laissant au cœur que trouble, dégoût, désespoir, amertume… « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal » (Rm 2,9)…

Or, c’est précisément ce que Dieu ne veut pas… « Une nation change-t-elle de dieux ? Or ce ne sont pas même des dieux ! Et mon peuple a échangé sa Gloire contre l’Impuissance ! Cieux, soyez-en étonnés, horrifiés, saisis d’une grande épouvante, oracle du Seigneur. Car mon peuple a commis deux crimes : Ils m’ont abandonné, moi la source d’eau vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau. Israël est-il un esclave ? Est-il un domestique pour qu’on en fasse un butin ? (…) N’as-tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu, alors qu’il te guidait sur ta route ? Comprends et vois comme il est mauvais et amer d’abandonner le Seigneur ton Dieu… Ah ! comme tu t’es tracé un bon chemin pour quêter l’amour ! » (Jr 2,12-19.33).

En se détournant des idoles qui ne sont rien, et qui ne peuvent qu’apporter en retour du « rien », du « vide », du « néant », de « l’amertume », du « désespoir », et en se tournant vers Dieu, Israël ne pourra que se tourner vers l’Amour qui est éternellement recherche du seul bien de l’autre, de son bonheur, de sa Plénitude… C’est ce que déclare St Paul dans la seconde lecture : « le Christ a aimé l’Église », et à travers elle l’humanité tout entière : « il s’est livré pour elle, afin de la sanctifier », elle, la pècheresse, « en la purifiant », elle, la souillée, « par le bain d’eau qu’une parole accompagne », c’est-à-dire le baptême et avec lui le Don de l’Esprit Saint. « Car il voulait se la présenter à lui-même toute resplendissante, sans tache ni ride ni rien de tel, mais sainte et immaculée » (Ep 5,25-27). Or, « le fruit de l’Esprit est joie, paix » (Ga 5,22), c’est-à-dire bonheur profond et durable, plénitude… Dieu veut notre bonheur, plus que nous-mêmes…

Et il est « avec nous », « tout proche » (Mc 1,15), et cela « jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20) pour nous aider à faire les bons choix, à nous détourner des idoles pour nous tourner vers lui… Et il sait à quel point, pour nous, pécheurs, l’attrait de ces idoles peut être fort, irrésistible même, si nous sommes laissés à nos pauvres forces qui ne se révèlent finalement qu’être faiblesses… Le Don gratuit de l’Esprit Saint, reçu au baptême, renouvelé à chaque eucharistie, nous est justement proposé pour que, avec Lui et grâce à Lui, nous puissions, jour après jour, encore et encore, faire le bon choix, celui non pas de l’égoïsme mais de l’Amour, non pas du repli sur soi mais de l’ouverture aux autres, non pas du « tout pour soi » mais aussi du don pour les autres… Renoncer à nos égoïsmes, aux idoles de ce monde, aux plaisirs éphémères qu’elles peuvent apporter, d’une manière ou d’une autre, telle est la seule vraie Croix : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il se charge de sa croix chaque jour, et qu’il me suive. Qui veut en effet sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera. Que sert donc à l’homme de gagner le monde entier, s’il se perd ou se ruine lui-même ? » (Lc 9,23-25).

Et avec cette démarche de renoncement à l’égoïsme, à la seule recherche de soi, à l’orgueil, nous ne pouvons que passer de l’esclavage à la liberté (Jn 8,31-32; Ga 5,1), du mal-être à la perception, bien réelle car elle est « vie » et « paix », d’une Plénitude qui n’est pas de ce monde : « Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel de manière à vous plier à ses convoitises. Ne faites plus de vos membres des armes d’injustice au service du péché; mais offrez-vous à Dieu comme des vivants revenus de la mort et faites de vos membres des armes de justice au service de Dieu. Car le péché ne dominera pas sur vous : vous êtes sous la grâce » (Rm 6,12-15), sous « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), sous « l’Esprit Saint », « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), le Don gratuit de ce Dieu qui est Amour, qui n’est qu’Amour et donc « Don de Lui-même » pour notre seul vrai bien… « Ils m’ont abandonné, moi la Source d’Eau Vive, pour se creuser des citernes, citernes lézardées qui ne tiennent pas l’eau »… Alors, « si quelqu’un a soif », nous dit Jésus, « qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7,37-39)…

                                                                                                 D. Jacques Fournier




21ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Père Rodolphe EMARD

Textes bibliques : Jos 24, 1-2a. 15-17. 18b ; Ep 5, 21-32 ; Jn 6, 60-69

Frères et sœurs, la liturgie de ce 21ème dimanche du Temps Ordinaire nous rappelle que toute vie, telle qu’elle soit, est amenée à faire des choix. Nous avons des choix à faire dans tous les domaines de notre existence : professionnel, familial mais aussi spirituel. Il y a un choix libre et ferme à poser, nous ne pouvons pas servir tous les dieux.

 

 

Dans la première lecture, nous avons un passage du livre de Josué. Resituons ce passage : les fils d’Israël ont conquis la terre promise par Dieu, 40 ans après leur marche au désert, suite à leur libération de l’esclavage en Égypte. Les tribus commencent à s’installer.

Dans notre passage, Josué les réunit pour raviver cette mémoire de la libération d’Égypte, l’Alliance que Dieu a conclue avec eux. Josué les invite alors à choisir entre les divinités étrangères ou le Seigneur. Nous sommes invités clairement à nous décider délibérément pour le Seigneur comme le firent les Hébreux.

Nous voyons que la foi du peuple est portée par celle de Josué et des siens : « Moi et les miens, nous voulons servir le Seigneur. » Le peuple se rallie : « Plutôt mourir que d’abandonner le Seigneur pour servir d’autres dieux ! »

N’oublions pas frères et sœurs que notre foi chrétienne repose sur celle des Apôtres, une foi qui nous précède (de plus de 2000 ans), que nous avons toujours à accueillir et à approfondir avec humilité. Nous savons que bien des chrétiens quittent l’Église pour d’autres « courants » qui peuvent remettre en question la foi catholique. Mais discernons : de quelle autorité agissent ces « courants » ? Sur quoi s’appuient-ils pour remettre en cause une foi de plus de 2000 ans ?

Attention de ne pas nous égarer. Si la plupart de ces « courants » s’écroulent plus ou moins rapidement, ils peuvent faire des dégâts, notamment sur les familles… Nous avons à faire un choix libre et ferme de la foi catholique qui repose sur celle des Apôtres.

Dans l’Évangile, nous sommes confrontés encore plus à ce choix ferme du Seigneur. Sur plusieurs dimanches, nous avons écouté le récit de la multiplication des pains et l’enseignement de Jésus sur le pain de vie. Des juifs ont récriminé contre lui. Dans notre passage, des disciples vont quitter Jésus car ils trouvent sa parole trop rude. Jésus invite les Douze à se prononcer. Pierre, au nom du groupe, affirme que les paroles de Jésus donnent la vie éternelle. Ils croient que Jésus est le « Saint de Dieu. »

Le mystère de l’Eucharistie relève profondément de la foi. C’est une vérité centrale de la foi : Jésus donne son pain de vie, sa propre vie, dans l’Eucharistie. Si nous ne faisons pas une expérience profonde et réelle du Christ, cette vérité de foi ne signifie rien, on en reste qu’au stade rationnel. Quand cette rencontre avec le Christ a eu lieu, l’Eucharistie devient une évidence, une vérité de foi que nous pouvons adhérer de toute notre personne.

Une adhésion qui ne signifie pas qu’on a tout compris du mystère ! Il y a un choix libre et ferme à faire, celui d’entrer dans un mystère qui nous dépasse et qui échappe en partie à notre raison. Nous ne pouvons pas tout comprendre ! Il y a aussi un choix libre de se fidéliser à ce RDV de l’Eucharistie, ne pas se contenter de quelques gestes religieux de temps en temps.

Je termine avec la deuxième lecture de saint Paul aux Éphésiens. Ce texte a fait des polémiques avec ce verset mal interprété : « Femmes, soyez soumises à vos maris. » Si on en reste là, on fait de saint Paul un misogyne, ce qu’il n’est pas ! Paul a associé à son ministère plusieurs femmes : Lydie, Phoebé, Priscille, une certaine Marie et bien d’autres…

Il nous faut lire ce texte en entier. Paul exige tout d’abord que tous les chrétiens soient « soumis les uns aux autres ». Dans la bouche de Paul, le terme « soumission » n’a rien de péjoratif. Le terme a une connotation positive : Paul invite les chrétiens à être interdépendants et responsables les uns des autres. Il en va de la loi de l’amour du prochain.

Le verbe « soumettre » reconnaissons-le n’est pas très plaisant ou peut paraître réducteur. Comprenons-le comme « écouter » : celui qui écoute soumet son attention, son intelligence à celui qui parle. Le chemin d’écoute réciproque, de soumission les uns aux autres, permet de diminuer cette volonté de puissance et de domination. Il y a un choix libre ferme à faire, celui de s’écouter…

Ensuite, dans un deuxième temps, Paul fait le lien avec le mariage. Les femmes sont invitées à être soumises dans le sens que nous avons évoqué et Paul profite pour faire une leçon aux hommes : « Aimez votre femme à l’exemple du Christ » qui « a aimé l’Église ». Il y a un choix libre et ferme d’aimer comme le Christ dans le mariage, dans une réciprocité mutuelle.

Je terminerai sur ce point : le Christ « a aimé l’Église ». Il y a enfin le choix libre et ferme d’aimer l’Église du Christ dont nous ne sommes pas toujours des grands défenseurs. Parfois, nous pouvons rester passifs ou indifférents face aux critiques à l’encontre de l’Église.

Oui il y a le choix libre et ferme d’aimer l’Église au-delà des critiques et en nous rappelant que le Christ veut son Église « sainte et immaculée ». Cela concerne chacun d’entre nous ! Chacun doit apporter sa goutte d’eau, C’est la conversion personnelle qui est ici visée avant même de voir celle de l’autre.

Nous l’aurons compris frères et sœurs, nous sommes conviés à faire des choix libres et fermes. Que le Seigneur nous aide à faire ces choix en ce début de rentrée scolaire. Très belle rentrée à tous et que le Seigneur vous accompagne !




21ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Jn 6, 60-69)

« Personne ne peut venir à moi

si cela ne lui est pas donné par le Père »

 

Encore une parole difficile de Jésus !

On pourrait avoir l’impression que Dieu aurait déjà choisi par avance les personnes qui pourrait venir à lui, qui pourrait être des disciples de Jésus …

C’est ce qui a donné lieu à la querelle de la prédétermination par Dieu de ses disciples, sous différentes formes et courants …

Mais cela n’est pas possible … car Dieu est amour, et il aime tous les hommes de la même manière. Et il ne peut exister de personnes que le Père ne veut pas attirer à lui, car son but ultime est que tous les humains soient sauvés, et pour cela qu’ils aient connaissance de la Bonne Nouvelle de Jésus et qu’ils puissent avoir accès à la vie éternelle, auprès du Père.

Mais Dieu laisse toujours les hommes libres d’accepter ou non cette Bonne Nouvelle.

C’est ce qui arrive aux juifs qui ont écouté Jésus à la synagogue de Capharnaüm : ils avaient écouté Jésus, ils avaient mangé le pain et les poissons multipliés par Jésus, ils étaient prêts à le suivre : « Que devons-nous faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? » … Jésus leur répond : « L’œuvre de Dieu, c’est que vous croyiez en celui qu’il a envoyé ... Moi, je suis le pain de la vie … qui est descendu du ciel. » (Évangile du 1° août).

C’est là où les choses se gâtent ! Ils ne peuvent pas comprendre que Jésus soit descendu du ciel … et ils arguent qu’ils connaissent son père Joseph et sa mère … Et on comprend bien leur réaction, bien humaine. Jésus leur répond : « Il a la vie éternelle, celui qui croit. » (Évangile du 8 août).

Tout est une question de croire … mais en quoi ? … ou plutôt en qui ?

Pour les juifs de l’époque, ils ne se posaient pas vraiment la question : ils croyaient au Messie qui allait rétablir la royauté en Israël … mais une royauté politique, et non une royauté spirituelle : « Mon royaume n’est pas de ce monde … » (Jn 18,36).

La question ne se pose pas seulement pour les juifs de l’époque, mais aussi maintenant à chacun de nous : en quoi croyons-nous ? En qui croyons-nous ?

La difficulté de croire en Jésus est encore accentuée par le passage de l’évangile que nous aurions dû avoir dimanche dernier, mais qui a été remplacé par celui de la visitation de Marie.

Dans ce passage, Jésus affirme : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson. » (Jn 6,54-55).

D’où l’effarement des juifs qui ne comprennent pas ce que Jésus veut dire. Nous, nous savons bien ce que Jésus a fait le soir du jeudi saint, et nous comprenons ce que cela signifie … Mais eux ne pouvaient pas comprendre.

D’où leur réaction au début du passage de ce jour : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? » … et beaucoup s’en allèrent et quittèrent Jésus …

D’autres aussi l’avaient quitté, pour diverses raisons : d’abord s’occuper de sa famille, de son champ … ou de gérer ses avoirs, comme celui qu’on appelle le jeune homme riche, et qui avait été encouragé par Jésus, … mais il lui manquait une seule chose : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » (Mc 10,21). Il n’avait pas compris l’appel de l’Esprit que Jésus lui lançait (« Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie. »)… car il avait de grands biens.

Oui, cette parole est rude (ou dure, comme le disent certaines traductions) …

D’autres paroles de Jésus sont difficiles à comprendre … ou à admettre …

Mêmes certaines que nous répétons tous les jours, comme cette parole qu’on trouve dans le Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés. » (Mt 6,12) ; Nous demandons à Dieu de nous pardonner de la même manière que nous pardonnons aux autres … mais il y a des choses que nous avons bien du mal à pardonner … ou que nous refusons de pardonner … Et le texte de Luc est encore plus difficile : « Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. » (Lc 11,4) … Mais est-ce la réalité ?

À nous aussi, Jésus dit : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Mais est-ce que nous pouvons répondre, comme Pierre, en esprit et vérité : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle»

Seigneur Jésus,

Tes paroles sont parfois bien difficiles

à comprendre, à admettre,

ou à mettre en pratique …

Demande à ton Père

de nous envoyer l’Esprit

qui nous permettra

de les mettre en pratique.

 

                                     Francis Cousin

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Prière dim 21° TOB