6ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 5,17-87).

Aller avec Jésus

aux racines de notre cœur 

 

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre’, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.’
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

             Après avoir donné sur la montagne la Loi Nouvelle de l’Alliance Nouvelle, ces huit Béatitudes qui révèlent le chemin du Vrai Bonheur (Mt 5,1-12), Jésus revient ici sur la Loi de Moïse, fondement de l’Ancienne Alliance (Ex 20,1-17 ; Dt 5,6-21). Et il va tout de suite affirmer que l’esprit de cette Loi est toujours valable… En ce sens, il n’est pas venu « l’abolir », la supprimer. Il est venu « l’accomplir », la porter à sa perfection. Certes, les rites vont changer, et Jésus, en instituant le sacrement de l’Eucharistie, fera bien du nouveau… Mais avec lui, le rite n’a de valeur que par l’amour qu’il exprime…

            Changer le précepte ne signifie donc pas « violer le précepte », lui faire violence, nier son intention… Un précepte nouveau, même s’il prend la place d’un plus ancien, peut inviter à un réel progrès. En reprenant la direction, l’intention de l’ancien, il peut conduire à aller beaucoup plus loin. Et celui qui acceptera de se laisser ainsi guider constatera par lui-même que l’ancien est non seulement accompli mais encore largement dépassé…

            Et Jésus va prendre le temps de multiples exemples… Le premier, avec « tu ne commettras pas de meurtre », est le plus fondamental, car il touche à la vie même de l’individu et à la sauvegarde de la société tout entière… Ce sommet de violence, quand il n’est pas généré par la folie ou l’intégrisme, commence souvent par des « insultes ». Jésus s’attaque ainsi aux tous premiers germes de violence pour les condamner aussitôt et il nous invite de suite à une attitude positive : quelque soit le motif de la discorde, va vers ton frère, parle lui, cherche à te réconcilier avec lui, autant qu’il t’est possible…

            Avec « tu ne commettras pas l’adultère », il sait bien que tout commence par un « regard » et un « désir » intérieur. Le laisser grandir, le cultiver, c’est risquer un jour de passer à l’acte… Une réelle ascèse du cœur, qui passe par la garde des sens, est donc indispensable… Il s’agit de couper net, dès le début, tout ce qui peut conduire au mal…

            Jésus passe donc du regard extérieur sur tel ou tel précepte, accompli ou non, et telle est « la justice des Pharisiens », au regard intérieur… Il nous entraîne au plus profond de notre cœur, là où naissent les pensées, les impulsions, les désirs… Avec l’aide de l’Esprit, il est possible de prendre du recul par rapport à tout cela, pour discerner à sa Lumière ce qui est bon ou pas, et ensuite passer ou non à l’acte, avec le secours de sa Force… D’où l’invitation de St Paul : « Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit… mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal » (1Th 5,17-22).

                                                                                                                                              DJF

 




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Matthieu 5,13-16)

 « Vous êtes le sel de la terre !

Vous êtes la lumière du monde ! »

 

Voilà une affirmation de Jésus que sans doute beaucoup de chrétiens n’appliquent pas à eux ; « C’est réservé à quelques-uns d’entre nous, c’est pour les saints, peut-être les prêtres, mais pas pour moi, je ne suis qu’un pauvre chrétien ordinaire ! »

Pourtant, c’est une affirmation forte de Jésus qui s’adresse à tous des disciples !

Il ne dit pas : « Soyez le sel de la terre …, essayez d’être la lumière du monde … »

Pour lui, ce n’est pas une option facultative, c’est une obligation, une réalité que nous devons tous atteindre.

Et ce passage de l’évangile de ce dimanche est la suite directe de l’énoncé des Béatitudes, c’est-à-dire la feuille de route de ce que nous devons faire.

Heureusement que nous pouvons compter sur la miséricorde de Dieu, qui sait combien nous ne sommes que de pauvres pécheurs !

Être le sel de la terre !

Du temps de Jésus, le sel était un aliment précieux, pour donner un goût aux autres aliments, mais surtout pour conserver ceux-ci, principalement la viande. Il n’y avait pas de réfrigérateurs ou de congélateurs pour cela, ni non plus de plats tout prêts (dans lesquels on dit maintenant qu’il y a trop de sel !).

Le sel qu’on met dans les aliments à cette particularité de se dissoudre totalement : il imprègne ceux-ci, mais on est incapable de le retrouver ou le voir.

Être le sel de la terre, c’est avoir des paroles qui n’obligent pas, des actions qui ne se voient pas vraiment, mais qui ont une influence sur notre environnement, notre entourage. Mais une influence positive. Une influence basée et guidée par l’enseignement de Jésus, qui donne du sens à la vie de notre entourage, et qui nous demande d’être dans le vrai, dans la foi en Jésus.

Être la lumière du monde !

À l’époque de Jésus, la lumière était rare, et elle se limitait à la lueur d’un feu, à une torche, ou à des lampes à huile. Et on vivait surtout à la lumière du soleil. Maintenant, la lumière est omniprésente, et on travaille de jour comme de nuit, elle sert pour travailler, mais aussi pour les loisirs, … et aussi pour faire de la pub dans des débauches de néons et autres spots.

Ce n’est pas de cette lumière-là dont parle Jésus ! Il parle de lumière pour faire réfléchir les gens, pour éclairer les consciences, pour dire ce que nous pensons être vrai et bon pour ceux qui nous entourent, là encore en suivant l’enseignement de Jésus.

C’est une manière d’être présent auprès des gens qui est plus visible que ’’la fonction sel’’, mais qui doit quand même se faire dans la discrétion, avec tact et circonspection.

On retrouve dans ces deux affirmations les deux tendances qui animent toute action pastorale, ou toute action missionnaire. Mais toute action pastorale est missionnaire et vice-versa !

L’action de l’intérieur, discrète (le sel), qui fut très en vogue après le concile Vatican II, et l’action plus extérieure, plus visible et ouverte (la lumière), qu’on revoit depuis quelques années.

Les deux manières de faire sont bonnes. Sinon Jésus n’aurait pas donner ces deux affirmations : être sel et lumière. En fonction des circonstances, l’une est préférable à l’autre. Il faut savoir doser.

Mais il n’y a pas que notre action à nous à considérer de ces deux points de vue.

Il y a aussi l’action des autres, de ceux qui ne sont pas chrétiens, ou qui n’agissent pas en tant que tel !

Il y a saveur et saveur ! Lumière et lumière !

Combien de personnes se satisfont de la lumière qui leur est donnée par la société mercantile qui propose les objets les plus divers, à grand renfort de publicité, qui sont sensés nous combler ?

Combien de personnes se satisfont du ’’sel’’ donné par les mêmes sociétés qui apportent tous les ans un petit plus à leur produit, et qui achètent ce dernier ?

Saveurs superficielles ! Lumières artificielles !

Et il n’y a pas que les sociétés commerciales qui prônent des délices (soi-disant …) pour satisfaire tout le monde. Je ne parle pas des élections municipales …, mais du gouvernement et du parlement où on nous propose comme un bien-pour-tous des lois qui vont amener l’eugénisme et/ou l’euthanasie des plus faibles …, dans une société sans repères quant à la procréation … qui n’est même plus capable de dire ce qu’est une vraie famille !

Ne nous laissons pas berner ! Le progrès n’est pas dans les lois-là !

N’ayons pas peur d’être sel de la terre ! D’être lumière du monde !

On n’est pas obligé de faire de grands discours pour être témoin.

Et on peut être témoin sans le savoir ! Cela arrive … et c’est encore mieux ainsi, parce qu’on n’est pas tenté de se faire valoir …

C’est seulement Dieu qui parle ou agit à travers nous … et c’est cela l’essentiel !

Seigneur Jésus,

être le sel de la terre, …

être la lumière du monde …

Mais c’est toi qui as dit :

« Je suis la lumière du monde »,

et tu voudrais qu’on soit comme toi ?

C’est un sacré challenge !

Mais tous ensemble,

et surtout avec toi,

on devrait y arriver …

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire A 5°




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le sel de la terre

Mt 5,13-16

Il vous est certainement arrivé, un jour ou l’autre, d’avoir faim et de vous mettre à table avec entrain. Vous plongez la louche dans un potage qui parait particulièrement appétissant. Mais, dès la 1ère cuillerée  portée à votre bouche, vous n’allez pas plus loin… Oh !  On a oublié le sel ! Ce potage qui semblait si bon : il est fade ! II n’a pas de goût, sans saveur ; si bien que l’on ne sent pas, que l’on ne goûte pas toutes les bonnes choses qui ont été mises dedans.

C’est dommage : on a l’impression que tout y était, que rien n’y manquait et pourtant, déception ! C’est fade, neutre, sans saveur. C’est d’autant plus bête qu’il ne suffit que de quelques grains de sel, une pincée, pour que le tout soit transformé et que devienne délicieux ce que nous allons manger.

Le sel, voyez-vous, ça ne se consomme pas à la cuillère, ça ne se remarque pas dans les aliments, sauf s’il y en a trop, ou trop peu. C’est fait pour être mêlé à autre chose, pour donner sa saveur à autre chose…

Nous, les chrétiens, nous sommes le sel de cette terre. Nous, l’église avec sa saveur d’Evangile, nous devons donner au monde son vrai goût. Et toi, et chacun d’entre nous, tu es là comme le sel, non pas pour toi : du sel tout seul et mis à part, n’a aucune utilité. Tu n’es pas là pour toi-même, mais pour d’autres à qui tu dois porter ta saveur, à qui nous devons donner ou redonner le goût de vivre.

Un chrétien n’est pas un chrétien pour lui. Il est un chrétien pour les autres : pour donner du goût aux autres, pour relever la saveur du monde.

Aussi le sel n’est pas fait pour rester à part : il est fait pour être mélangé avec, enfoui, mis dedans, mis avec le reste. Nous n’existons que pour les autres. Un chrétien qui se replierait sur soi, qui s’isolerait, n’a plus aucun sens, aucun rôle, aucune mission : il est inutile, stérile. Du sel tout seul, c’est inutilisable. Un chrétien isolé, sans  contact  avec le monde, ça n’a pas de sens. Par contre, s’il est brassé avec le reste, s’il est versé dedans, bien mélangé, bien fondu avec et dans le reste, ah ! Alors ! Ça change tout ! Tout ce mets qui jusqu’ici semblait inodore et insipide et qui laissait notre goût insatisfait ; le voilà devenu délicieux, relevé parce qu’on a mis dedans quelques grains de sel ; le voilà qui fait chanter tous les autres ingrédients qui ont participé à la confection du plat.

Le message du Christ est clair : l’Evangile est le sel des hommes, le seul qui puisse leur faire trouver le vrai goût de la vie et si nous savons faire passer toute cette saveur évangélique au monde dans lequel nous vivons, alors nous accomplissons notre mission.

            Ce sont les chrétiens, ayant goût d’Evangile, qui donneront sa vraie saveur au monde, à condition, bien sûr, de vivre dedans. C’est cela être missionnaire.

« Oui, c’est bien joli tout cela, mais si, nous-mêmes, nous ne sommes pas imprégnés d’Evangile, si l’Evangile n’est pas la substance de notre vie intérieure et de notre comportement extérieur, alors quel est notre rôle ? »

Et le monde, avec quoi lui donnera-t-on son goût ? Son sens ? Et sa véritable saveur ? Et c’est là que nous pouvons mesurer notre responsabilité de chrétiens et de baptisés !

Comment donner saveur au monde si nous sommes insipides nous-mêmes ? Incolores, inodores et sans saveur ? Des chrétiens couleurs de muraille ! S’entendre dire que l’on est “sel de la terre”, d’un côté, et entendre de l’autre : « Oh ! Ils ne sont pas meilleurs que les autres » : cela fait mal !

C’est vrai que souvent, nous sommes de bien piètres témoins de l’Evangile. Comment être pour Jésus-Christ cet écran sur lequel se reflète son visage de ressuscité ?

Comment faire pour que les hommes qui nous voient se demandent qui est notre Dieu ? Quel est ce Dieu qui nous fait vivre ?

A quoi sert notre foi ? Justement, à faire goûter aux autres la saveur de la vraie vie. L’homme moderne, plus  encore que dans les âges précédents, est immergé dans la banalité, dans la grisaille  quotidienne :

– gestes stéréotypés et insipides du travailleur à la chaîne ;

– visages blafards sous les lumières au néon, objets standardisés en plastique, platitude  de  tant  de  conversations  courantes : les “marques” ou  les “modes”, ras le bol devant les idéologies et les courants politiques.

La vie a-t-elle encore du goût ? Si l’on parle tant de la qualité de la vie, ne serait-ce point précisément que nous l’avons perdue ?

Donner du sel, c’est donner du sens aux réalités quotidiennes en mettant le Royaume de Dieu : dedans ; c’est relever le défi de tous ces athéismes qui ne cessent de proclamer que “la vie est absurde et n’a pas de sens”.

Avec Jésus, tout peut “prendre du sens”, du “goût”, même la souffrance, même la vieillesse, même la mort.  Si le sel se dénature… il n’est plus bon à rien… Si notre foi n’a plus goût de Dieu, s’il n’y a plus d’Evangile dans notre vie, alors, à quoi servons-nous ?

C’est Claudel qui clamait, lui qui avait toute la générosité et la virulence d’un converti : « L’Evangile, c’est du sel et vous en avez fait du sucre ».

Avec force, Jésus nous met en garde : notre foi risque de s’affadir, de s’affaiblir et peut-être perdons-nous toute la force corrosive du sel de l’Evangile.

Si  le  chrétien  n’est  plus  du  sel, il  ne  sert  plus  à  rien. Vous savez, le “chrétien caméléon” qui adopte toutes les modes, toutes les mentalités du monde païen, qui prend la couleur de son milieu de vie : « Puisque tout le monde pense ainsi… puisque ça se fait partout … mais tout le monde le fait…», ceux qui s’affadissent, deviennent peu à peu un vague résidu, incolore, inodore, sans saveur.

Or, Jésus nous dit aujourd’hui : « Vous devez être différents du monde, si vous voulez être  pour  lui, du sel ».  Exigence  pour  de nous, “ de passer au monde, ce que Dieu a fait en nous ‘’.  AMEN




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 5,13-16).

« Vous êtes le sel de la terre

et la lumière du monde »

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.
Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée.
Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.
De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. »

« Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n’est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent ».

            Dans l’Evangile selon St Jean, Jésus parle à ses disciples d’une manière semblable, mais avec une autre image, celle de la vigne et des sarments : « Je Suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là donne beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est comme un sarment qu’on a jeté dehors, et qui se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent » (Jn 15,5-6). La vigne est la source de la sève pour les sarments. Et ce n’est que grâce à cette sève reçue de la vigne que les sarments peuvent rester verts et porter du fruit… Or Jésus s’est déjà présenté comme une source : « « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. » En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint, l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn 7,37-39).

            Cette sève de la vigne est donc « l’Esprit Saint », Plénitude de Lumière et de Vie que le Fils reçoit éternellement du Père et qui l’engendre en Fils. Si le sarment reçoit lui aussi, par sa foi en Jésus, ce Don de l’Esprit, alors et alors seulement, il pourra porter du fruit : « Le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, foi, humilité et maîtrise de soi » (Ga 5,22).

            Le sel de notre Evangile renvoie donc lui aussi à « l’Esprit Saint », ce Don de Dieu que le Fils est venu nous offrir au Nom du Père pour que notre vocation à tous puisse s’accomplir : « devenir des fils à l’Image du Fils » (Rm 8,29 ; Jn 1,12 ; 1Jn 3,1-2) en nous laissant engendrer à notre tour à la Plénitude des fils par ce Don de l’Esprit (Rm 8,14-17)…

            « Dieu est Esprit » (Jn 4,14), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5)… Recevoir le sel de l’Esprit Saint, c’est donc aussi recevoir la Lumière de l’Esprit. « Autrefois, vous étiez ténèbres ; maintenant, dans le Seigneur, vous êtes lumière ; conduisez-vous comme des enfants de lumière. Or la lumière a pour fruit tout ce qui est bonté, justice et vérité » (Ep 5,8‑9). « Que votre Lumière brille donc devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux », ce « Père des Lumières » (Jc 1,17) qui donne aux pécheurs repentants de pouvoir devenir des « fils de la Lumière » (Jn 12,36). Dans ce monde si souvent dénaturé, ils pourront alors y semer le sel de la tendresse et de la miséricorde, et contribuer ainsi à lui redonner un goût d’humanité… DJF




Présentation de Jésus au Temple – par Francis COUSIN (St Luc 2, 22-40)

« Ouvre nos yeux, Seigneur ! »

 

Faisons un retour en arrière d’environ 2000 ans, et mettons-nous dans le Temple de Jérusalem … pour voir ce qui s’y passe.

À l’époque, les villes ne sont pas trop peuplées. On parle de 50 000 habitants à Jérusalem. Nous sommes à un jour tout à fait ordinaire, pas de fête particulière ou d’évènements quelconque.

Arrive un jeune couple avec un enfant, pour faire la présentation de celui-ci à Dieu, comme le veut la loi de Moïse : « Le Seigneur parla à Moïse. Il dit : ’’Consacre-moi tous les premiers-nés parmi les fils d’Israël, car les premiers-nés des hommes et les premiers-nés du bétail m’appartiennent.’’ » (Ex 13,2). Marie et Joseph viennent à la rencontre de leur Dieu pour présenter leur fils nouveau-né Jésus, et pour la purification de la mère. Ils n’étaient sans doute pas les seuls …

Ils viennent incognito, pour une célébration officielle, mais intime : pas de grand-prêtre, de lévite, de scribe pour les accueillir … Et pourtant, c’est le Fils de Dieu qui vient dans la maison de son Père … Ils connaissaient la prophétie de Malachie (première lecture) … Ils étaient censés être proche de Dieu … Ils étaient sur place …

Ils ne l’ont pas vu !

Et nous, l’aurions-nous vu ?

Ouvre nos yeux, Seigneur ! 

Pourtant un homme l’a reconnu ! Syméon. Il ne faisait pas parti du ’’staff’’ du temple, mais « c’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui. ». Il vint au temple, « sous l’action de l’Esprit », pour rencontrer « le Christ, le Messie du Seigneur ».

Mais on ne lui en avait pas dit plus. Pouvoir rencontrer le Messie, c’était ce qui le faisait encore vivre … Mais voir le Messie en un petit enfant de quarante jours … Qui l’eut cru ? On aurait plutôt pensé à quelqu’un dans la force de l’âge, sérieux, présentant bien …

Mais lui n’a pas hésité ! Il avait l’Esprit en lui, il était proche de Dieu, il ne vivait que pour cela ! « Syméon reçu l’enfant dans ses bras ».

Et nous, l’aurions-nous reconnu ?

Ouvre nos yeux, Seigneur ! 

 Une femme aussi l’a reconnu ! Anne, fille de Phanuel. Elle aussi était âgée : 84 ans. 84 = 7 x 12 ; 7, perfection dans le domaine spirituel ; 12, perfection dans le domaine temporel. Elle avait tout pour elle ! D’ailleurs, elle servait « Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière. ». Sa préparation spirituelle lui avait ouvert le cœur, et elle pouvait voir ce que nous ne pouvons pas voir, avec le cœur de Dieu : « Elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem ».

Et nous, aurions-nous proclamer les louanges d’un petit enfant ?

Ouvre nos yeux, Seigneur ! 

Cet évangile est une histoire de rencontres : rencontre entre Marie et Joseph avec Dieu, rencontre entre son Père et Jésus, rencontre entre Syméon et Jésus, rencontre entre Anne et Jésus …

Mais c’est aussi de non-rencontres : non-rencontre entre les grands-prêtres et Jésus, non-rencontre entre les lévites et Jésus, non-rencontre entre les scribes et Jésus, non-rencontre entre la foule et Jésus.

Pourquoi y a-t-il parfois rencontre, et parfois pas …

Tout est une question de cœur. Cœur ouvert ou fermé, cœur plein d’amour ou non, cœur disponible à l’amour de Dieu ou non, cœur répondant à l’amour de Dieu ou non …

Et nous avons tous à nous poser la question : Quel est l’état de mon cœur ?

Oh, bien sûr, on sait très bien qu’il n’est jamais parfait ! Nous sommes tous des pécheurs, et nous avons tous à nous convertir pour devenir plus proches de Dieu … et des hommes …

Mais aujourd’hui, dans notre église (revenons sur terre, malheureusement, on n’est pas à Jérusalem), est-ce que je rencontre vraiment Dieu dans sa Parole, est-ce que je l’entends, est-ce qu’elle me bouscule ?

Quand je vais communier tout à l’heure, est-ce que je suis conscient que c’est Jésus, « le pain vivant qui est descendu du ciel » (Jn 6,41) qui vient en moi, qui vient à ma rencontre ? … que « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui. » (Jn 6,56) ? La rencontre parfaite !

Qu’à la fin de la messe, quand le prêtre dit : « Allez dans la paix du Christ », c’est que le Christ est en moi, « lumière qui se révèle aux nations », et que je dois être porteur de cette lumière !

Ouvre nos yeux, Seigneur ! … les yeux de nos cœurs !

Ouvre mes yeux, Seigneur, aux merveilles de ton amour,

Je suis l’aveugle sur le chemin,

Guéris-moi, je veux te voir !   …  et en chacun de tous mes frères humains …

Francis Cousin

  

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Image dim Présentation au Temple A




Présentation du Seigneur au Temple – Homélie du Père Louis DATTIN

Mes yeux ont vu ton salut

Lc 2, 22-40

Il y a souvent, dans l’Evangile, des récits qui se complètent les uns les autres.

–   Ainsi, rappelez-vous, après le récit de l’Annonciation à la Vierge Marie, il y eut celui de la Visitation. De même, ici, après le récit de la naissance de Jésus, il y a le récit de la Présentation au temple : récit qui clôture aujourd’hui le temps de Noël.

–   Nous sommes à 40 jours de Noël et à quelques jours de l’entrée en Carême : le mercredi des Cendres qui, lui-même, est à 40 jours de Pâques. Tout cela veut nous montrer, bien que la vie du Christ est cohérente, qu’elle s’unifie dans un seul but : celui du salut des hommes par la Passion et la Résurrection dont Noël était déjà l’annonce.

Aujourd’hui, nous sommes au temple : ce temple qui était le “signe de la présence de Dieu” parmi les hommes ; désormais, ce temple, il est inutile, déclassé, il a perdu son rôle. Il est à classer “monument historique”, car désormais, le vrai temple, c’est Jésus. C’est lui : la présence de Dieu parmi les hommes :

« Détruisez ce temple, dit Jésus, en parlant de lui-même, et je le rebâtirai en trois jours ».

Temple définitivement consacré par la Passion-Résurrection : Jésus, tête de l’Eglise ; c’était-là, dans le temple, qu’avait commencé l’Evangile avec l’annonce à Zacharie, le père de Jean-Baptiste et c’est là aussi qu’il s’achève lorsque la prière des disciples célèbre la Résurrection de leur Seigneur : lui, le nouveau temple de Dieu.

Luc est tout d’abord soucieux de souligner l’obéissance parfaite de Joseph et de Marie à la loi juive.

.  « Quand arriva le jour fixé par la loi de Moïse pour la purification »

« Selon ce qui est prescrit dans la loi »

.  « Le sacrifice prescrit par la loi de Moïse »

.  « Pour accomplir les rites de la loi qui le concernaient »

. « Lorsqu’ils eurent accompli tout ce que prescrivait la loi du Seigneur ».

Jésus, fils de Dieu, n’est pas au-dessus des lois. Elles ne sont pas faites pour lui mais il est devenu homme et il se met totalement dans la condition de l’homme juif soumis à la loi : lui, le seul qui n’avait pas besoin d’être baptisé, s’avance vers Jean-Baptiste pour y recevoir l’eau versée sur sa tête et la Trinité Sainte en profite pour manifester sa divinité.

Il n’est pas pécheur mais il prend nos péchés.  De même, en cette fête de la Présentation : s’il y en avait un qui n’avait pas besoin d’être présenté au Père, c’était bien lui, le Fils ! Et s’il y en avait une qui n’avait pas besoin d’être purifiée, c’était bien elle, la Vierge Marie, Immaculée Conception.

Cependant, l’obéissance à la loi, même pour eux, est prioritaire :

« Nul n’est exempté de la loi », nous rappelle le code civil. Il semble bien que dans la Bible, Dieu pense également la même chose.

A peine né, Jésus est conduit au temple, et c’est le temple, plus tard, qui le conduira à la mort. Jésus se soumet au sacrifice imposé par la croix.

Pour lui, enfant de pauvres, ce sera le prix de deux tourterelles : le sacrifice offert par les nécessiteux, le prix des pauvres. Désormais, Jésus fait partie du peuple des rachetés, lui le rédempteur. Au prix de deux tourterelles, Jésus entre dans l’histoire, l’histoire d’un peuple ayant été ainsi racheté. Jésus pourra donc être revendu, 33 ans plus tard, pour trente pièces d’argent et c’est ce même temple qui sera l’acheteur et le bénéficiaire. Pour l’instant, c’est un vieillard qui accueille Jésus à la porte du temple, un vieillard en état d’attente ; à tel point que nos frères orientaux appellent cette fête de la Chandeleur : la fête de la “rencontre”, rencontre du Vieux Testament, du peuple élu, avec le Nouveau Testament, le Fils élu.  Dans cette rencontre du vieil homme et de l’enfant se joue tout le projet de l’amour de Dieu : rencontre du désir et de la réalisation, celle de l’attente avec l’arrivée.

« Il attendait la consolation d’Israël » : et l’Esprit (c’est l’Esprit Saint qui est l’organisateur de cette rencontre) lui avait révélé qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Messie.

 « Poussé par l’Esprit, Siméon vint au temple … ». Depuis le temps qu’il attendait ! Depuis le temps qu’il criait son attente ! Dieu l’a entendu ! Ce Siméon est un guetteur de Dieu.  Il est toute l’attente du monde et il n’a pas attendu Dieu en dormant, mais debout, sentinelle de garde, à la porte du temple : un homme du seuil, un homme du guet.

Sur combien de visages a-t-il dû se pencher, en se demandant si par hasard ce ne serait pas lui ? Maintenant, il peut mourir, car « ses yeux ont vu le salut », dit-il, pas seulement « pour le peuple hébreu » : « le salut que tu as préparé à la face des peuples, lumière pour éclairer les nations païennes et gloire d’Israël ton peuple ».

Les paroles du vieillard « plongent dans l’étonnement le père et la mère de l’enfant » : une étape de plus pour réaliser peu à peu qui est cet enfant qui leur a été confié ; étape dans le pèlerinage de leur foi.  D’ailleurs, Siméon s’adresse maintenant à Marie pour lui dire combien cet enfant sera un signe de contradiction : facteur de division, écartèlement qui s’opérera à propos de lui.

Les uns opteront pour lui, ce sera leur “relèvement” ; les autres opteront contre lui et ce sera leur chute. Jésus ne s’impose pas : il doit être librement accepté par la foi, salut non imposé mais proposé.

Tous, nous avons à prendre parti pour ou contre et lorsque nous-mêmes, nous parlons de Jésus aux autres, nous n’avons pas à faire comme les témoins de certaines sectes, de terrorisme spirituel, en voulant imposer de force, nos convictions.

Nous avons à proposer Jésus : signe offert à la foi et à la liberté des hommes. Nous le savons, en Israël, beaucoup refuseront ; d’autres accepteront de le suivre et à ceux-là, le Seigneur ne va pas leur annoncer la réussite et le bonheur immédiats, au contraire. Ecoutez ce que Siméon dit à Marie :

« Et toi-même, ton cœur sera transpercé par une épée ».

Ceux qui vont le suivre doivent passer par la Croix. Il n’y a rien de moins démagogique que la religion chrétienne qui annonce à ceux qui vont y entrer, qu’ils devront en baver en suivant Jésus jusqu’à la mort.

Nous sommes loin des promesses électorales et de leurs miroirs aux alouettes, mais la Passion n’est que l’entrée et l’aurore de la Résurrection.

Elle arrive aussi cette joie en la personne d’Anne. Cette pieuse veuve, fort avancée en âge et qui conclut sur une perspective radieuse : « Elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël ».

A la suite de cet évènement, notre regard se tourne vers l’avenir : dans quatre semaines, nous entrons en Carême et comme Siméon, nous avons le regard de Marie dans notre cœur ; elle le tourne vers la Croix. Ce regard contient toutes les souffrances des femmes, des enfants, des hommes du monde entier car Jésus, devenu notre frère, vit les mêmes souffrances pour pouvoir nous en sauver.

Mais au-delà de ce salut, il y a la lumière : Anne et Siméon ont tous les deux des yeux usés, qui pourtant voient plus loin que les nôtres.

–   Comment ont-ils pu reconnaître en ce petit enfant pauvre d’un couple anonyme, la “gloire de Dieu” ? Pour détecter ce qui se cachait dans ce petit paquet de chair humaine, il ne fallait rien moins qu’une révélation de l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu lui-même.

Par trois fois, Luc répète que ce n’était pas seulement des yeux humains qui voyaient mais une ” lumière” plus haute : celle de l’Esprit Saint.

.  La foi seule, pour nous aussi, peut permettre, si nous l’acceptons librement, de voir au-delà des apparences « comme si nous voyions l’invisible »

.  Dans la foi, ces deux vieillards, aux yeux lumineux ont vu plus loin

.  Par la foi, nos yeux nous permettront de voir plus loin, dans notre vie quotidienne, dite “ordinaire” et qui nous permet de voir l’extraordinaire de Dieu.

C’est bien ce qui va arriver maintenant à Marie et à Joseph : que font-ils après toutes ces révélations qui les étonnent ?

« Lorsqu’ils eurent accompli ce que prescrivait la loi, ils retournèrent en Galilée, dans leur village de Nazareth ».

« L’enfant grandissait et se fortifiait » : c’est le retour au quotidien, à l’ordinaire de nos vies. Tout apparait si normal, que les habitants de Nazareth seront choqués lorsqu’ils entendront Jésus parler dans leur synagogue :

« L’enfant grandissait et se fortifiait, tout rempli de sagesse et la grâce de Dieu était sur lui ».

C’est cette grâce de Dieu, vue par Siméon, devinée par Anne, ignorée des habitants de son village qui, pendant 30 ans, va se condenser, puis éclater dans sa Passion et sa Résurrection. C’est elle qui va changer le sort du monde et lui promettre le bonheur total. AMEN




Présentation du Seigneur au Temple – par le Diacre Jacques FOURNIER (Lc 2, 22-40)

Obéir au Dieu Sauveur …

 

Quand fut accompli le temps prescrit par la loi de Moïse pour la purification, les parents de Jésus l’amenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,
selon ce qui est écrit dans la Loi : ‘Tout premier-né de sexe masculin sera consacré au Seigneur.’
Ils venaient aussi offrir le sacrifice prescrit par la loi du Seigneur : ‘un couple de tourterelles ou deux petites colombes.’
Or, il y avait à Jérusalem un homme appelé Syméon. C’était un homme juste et religieux, qui attendait la Consolation d’Israël, et l’Esprit Saint était sur lui.
Il avait reçu de l’Esprit Saint l’annonce qu’il ne verrait pas la mort avant d’avoir vu le Christ, le Messie du Seigneur.
Sous l’action de l’Esprit, Syméon vint au Temple. Au moment où les parents présentaient l’enfant Jésus pour se conformer au rite de la Loi qui le concernait,
Syméon reçut l’enfant dans ses bras, et il bénit Dieu en disant :
« Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole.
Car mes yeux ont vu le salut
que tu préparais à la face des peuples :
lumière qui se révèle aux nations et donne gloire à ton peuple Israël. »
Le père et la mère de l’enfant s’étonnaient de ce qui était dit de lui.
Syméon les bénit, puis il dit à Marie sa mère : « Voici que cet enfant provoquera la chute et le relèvement de beaucoup en Israël. Il sera un signe de contradiction
– et toi, ton âme sera traversée d’un glaive – : ainsi seront dévoilées les pensées qui viennent du cœur d’un grand nombre. »
Il y avait aussi une femme prophète, Anne, fille de Phanuel, de la tribu d’Aser. Elle était très avancée en âge ; après sept ans de mariage,
demeurée veuve, elle était arrivée à l’âge de quatre-vingt-quatre ans. Elle ne s’éloignait pas du Temple, servant Dieu jour et nuit dans le jeûne et la prière.
Survenant à cette heure même, elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem.
Lorsqu’ils eurent achevé tout ce que prescrivait la loi du Seigneur, ils retournèrent en Galilée, dans leur ville de Nazareth.
L’enfant, lui, grandissait et se fortifiait, rempli de sagesse, et la grâce de Dieu était sur lui.

Marie, Joseph et l’enfant Jésus montent au Temple pour accomplir ce qui était « prescrit par la Loi du Seigneur ». Or la Loi était à l’époque l’expression de la volonté de Dieu. Obéir à la Loi, choisir de la mettre en pratique, c’était garder la  Parole de Dieu, et en définitive l’aimer…

            « Voici la servante du Seigneur » avait déjà dit Marie à l’Ange Gabriel. Tout en elle était « oui » à Dieu… La Loi disait : « Si une femme est enceinte et enfante un garçon, elle sera impure pendant sept jours… et pendant trente-trois jours encore elle restera à purifier son sang. Elle ne touchera à rien de consacré et n’ira pas au sanctuaire jusqu’à ce que soit achevé le temps de sa purification ». Et « quand sera achevée la période de sa purification » (« Lorsque furent accomplis les jours pour leur purification », écrit St Luc), « elle apportera au prêtre, à l’entrée du Temple un agneau d’un an et un pigeon ou une tourterelle… Si elle est incapable de trouver la somme nécessaire pour une tête de petit bétail, elle prendra deux tourterelles ou deux pigeons… Le prêtre fera sur elle le rite d’expiation et elle sera purifiée » (Lv 12,2-4.6-8).

            Voilà le rituel qui la concernait et auquel elle obéit parfaitement. Toutes ces prescriptions sont maintenant révolues, mais l’important n’est pas tel ou tel geste en lui même, mais l’amour avec lequel on l’accomplit…

            Et son obéissance va lui permettre de vivre ce qu’elle n’avait pas prévu : la rencontre avec Syméon. Lui aussi a obéi de tout cœur à l’Esprit qui l’a poussé au Temple, sans rien lui dire en cet instant du pourquoi de cette démarche… Et la prophétie qu’il avait reçue autrefois, « tu ne verras pas la mort avant d’avoir vu le Christ du Seigneur », s’accomplit. « Le Christ », c’est, en grec, « celui qui a reçu l’onction ». Plus tard, grâce à l’épisode du baptême, beaucoup pourront prendre conscience que l’onction de l’Esprit Saint repose en plénitude sur Jésus (Lc 3,21-22). Ce même Esprit « reposait » sur Syméon, nous dit St Luc. « Dieu est Esprit, Dieu Est Lumière ». « Par ta Lumière, nous verrons la Lumière » (Jn 4,24 ; 1Jn 1,5 ; Ps 36,10). Grâce à la Lumière de l’Esprit qui illumine son cœur, Syméon peut « voir » le Christ Lumière du monde (Jn 8,12 ; 12,46), alors que cette Lumière, spirituelle, est, par nature, invisible à nos seuls yeux de chair… « Mes yeux ont vu ton salut, que tu as préparé à la face de tous les peuples : Lumière pour éclairer les nations païennes, et Gloire d’Israël ton peuple. »                                                                           DJF

 




3ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Matthieu 4, 12-23)

« Galilée des nations ! »

 

Voilà bien un terme péjoratif dans la bouche des Judéens, ceux qui habitent dans le sud de la Palestine, pour désigner cette partie de la Palestine, au nord de la Samarie, pays où se croisent différents mouvements entre des peuples divers ; mouvements commerciaux, intellectuels, religieux …

Et pourtant c’est dans cette région-là que Jésus va commencer son enseignement, loin de l’orthodoxie religieuse de Jérusalem.

On pourrait dire que c’est logique, puisqu’il a vécu une grande partie de sa vie à Nazareth, en Galilée.

Mais il en était parti pour aller à la rencontre de Jean-Baptiste, au bord du Jourdain, peu avant l’entrée de celui-ci dans la mer Morte, à la limite de la Judée … pour ensuite être poussé par l’Esprit au désert.

Le premier paragraphe de l’évangile d’aujourd’hui nous donne une raison de son retour : l’arrestation de Jean-Baptiste. La Judée n’est pas une région sure pour accueillir l’annonce du Messie … encore moins pour l’accueillir lui-même !

Il retourne donc en Galilée, mais sur les bords du lac de Tibériade, à Capharnaüm, au plus près des nations, dans une région méprisée par les gens du Temple.

Ainsi, dès le départ, Jésus montre son attachement aux plus petits, aux humbles, aux mal considérés : « Je ne suis pas venu appeler des justes mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent. » (Lc 5,32). Il s’intéresse à « ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort », de manière qu’avec lui, « une lumière soit levée ».

Là, il enseigne dans les synagogues : « Convertissez-vous ! », reprenant à son compte la parole de Jean-Baptiste.

Mais la démarche de Jésus n’est pas solitaire. Dès le début, il a voulu associer à sa mission des hommes. Non pas des intellectuels, des rabbins, mais là encore des gens peu considérés, des pécheurs, ne sachant ni lire ni écrire, des gens du peuple, … et qui plus est, travaillaient sur la mer, le siège des mauvais esprits.

Pourquoi ces pécheurs l’ont-ils suivi ?

Le regard franc, pénétrant, … la force émanant de se personne … pour certains une parole forte, mais énigmatique : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » …

Est-ce suffisant ? Peut-être.

Une attirance envers Jésus qui existe, certes, mais qui ne s’explique pas. Une attirance brutale qu’on appelle communément un « coup de foudre ».

L’inconvénient d’un coup de foudre, c’est qu’il ne dure qu’un instant, et qu’il faut de temps en temps le revigorer.

Et si on suit la vie des quatre apôtres appelés ce jour-là (et aussi pour les autres), on voit qu’il y a dans leurs relations avec Jésus des hauts et des bas : Pierre qui se fait remettre en place : « Passe derrière moi, Satan ! … Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16,23) ou son reniement ; les fils de Zébédée qui se voient déjà premier et deuxième ministres (cf Mt 20,20), … et toutes les fois où Jésus leur dit qu’ils sont lents à croire, « Êtes-vous donc sans intelligence, vous aussi ? » (Mc 7,18).

Il leur faudra la résurrection de Jésus, et surtout le formidable coup de tonnerre de la Pentecôte pour qu’ils n’aient pas peur d’annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus au monde.

L’action de l’Esprit Saint est un moteur qui met en route.

D’ailleurs, on peut se demander si l’Esprit Saint n’est pas pour quelque chose dans la réponse immédiate des quatre premiers apôtres appelés au bord du lac. On a vu l’action de l’Esprit qui fait venir le vieillard Siméon et la prophétesse Anne au temple, le jour même où Marie et Joseph présentent Jésus à Dieu. Ou encore la voix qui indique à Jean-Baptiste comment reconnaître le Messie parmi ceux qui viennent lui demander le baptême.

L’Esprit aurait pu préparer le cœur des apôtres à accueillir et à accepter la demande de Jésus.

Alors, pour nous, que retenir ?

L’action de l’Esprit sur les apôtres sans qu’ils ne le connaissent, et à leur insu.

Cela veut dire deux choses :

– L’Esprit « souffle où il veut » (Jn 3,8) sur tous les hommes, les bons comme les méchants, sans que ceux-ci s’en rendent compte. Ainsi, un ’’méchant’’ peut avoir une réaction (ou une action) qui soit dans le sens de l’évangile : l’amour des autres, sinon de Dieu. L’Esprit n’est pas réservé aux chrétiens !

– Nous devons, en tant que chrétiens, être attentifs à l’action de l’Esprit en nous, et nous comporter comme il nous le demande, et pour cela, peut-être ne pas tout quitter, mais tout au moins quitter quelque chose qui nous tient à cœur, pour suivre Jésus où il veut nous conduire.

 Seigneur Jésus,

on est toujours étonné de voir les apôtres

tout quitter pour te suivre,

toi qu’ils ne connaissent pas.

Nous, nous te connaissons,

et pourtant il nous est difficile

de partir à ta suite sans réserve ;

nous sommes trop pris par les biens matériels.

Aide-nous à reconnaître l’essentiel.

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire A 3°




3ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Semaine de l’unité

Mt 4, 12-23

 

         Ce dimanche, mes frères, est situé à la fin de la semaine de l’unité : semaine de prières pour que les chrétiens, qu’ils soient catholiques, protestants, orthodoxes ou anglicans, puissent raviver dans leur cœur ce désir exprimé par le Christ à la fin de sa vie :

« Père, qu’ils soient un, comme toi et moi, nous faisons un ».

Nous venons d’entendre la parole de St-Paul aux Corinthiens :

« Mettez-vous tous d’accord ; qu’il n’y ait pas de divisions entre vous ; soyez en parfaite harmonie de pensée et de sentiment. On m’a dit qu’il y avait des disputes entre vous. Chacun prend parti. Les uns disent : « Moi, je suis pour untel » ; « Moi, je suis pour tel autre »… Le Christ est-il donc partagé ? N’a-t-il versé son sang que pour quelques- uns d’entre nous ? Est-ce un tel ou tel autre qui a été crucifié pour vous ? Non, c’est le Christ lui-même, qui est mort pour tous ».

 – Ce message de St-Paul ne s’adresse pas seulement aux Corinthiens, il s’adresse à nous aujourd’hui. N’y a-t-il pas aussi, dans nos communes, dans nos paroisses mêmes, dans nos familles, des divisions, des rivalités, des dissensions qui devraient être surmontées entre nous :

. parce que nous sommes chrétiens

. parce que nous disons dans le ‘’Notre Père‘’ : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés »

. parce que dans le cœur d’un chrétien, l’amour doit être toujours plus fort que la haine

. parce que voulant imiter Dieu lui-même, nous voulons oublier, effacer tout le mal qui nous a été fait

Pas d’unité possible sans amour, sans bienveillance à l’égard des autres. Il serait hypocrite de proclamer que  nous sommes  pour  l’unité avec  les  protestants, les  orthodoxes, les  anglicans, si, en  même temps, nous sommes brouillés avec un voisin, si l’on ne se parle  plus avec  un habitant  du  quartier, pire  encore, avec  sa belle-sœur, sa belle-mère parfois entre parents et enfants. Tant que nous serons divisés entre nous qui vivons ensemble ici, à St-Denis, nous avons bonne mine de prêcher l’unité entre les différentes familles chrétiennes de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Sud.

     

Comment cette division s’est-elle introduite ? Vous le savez bien : par le péché ; tout comme l’unité ne peut se refaire que par l’amour, que par l’Esprit Saint : Esprit d’unité. Entre chrétiens, rappelons-le, il ne doit y avoir qu’un seul Corps, un seul Esprit : « Appelés par vocation à une espérance unique, nous rappelle Saint-Paul, il n’y a qu’un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême. Il n’y a qu’un Dieu et père de tous, qui est en tous ».

En fait, ce qui devrait nous unir, nous faire devenir des frères entre nous, est bien plus fort et bien plus important que les motifs de division qui peuvent nous séparer : telle ou telle dispute, différent, une réflexion un peu dure, des conflits matériels, des points de vue différents. Que de broutilles, de bagatelles, si nous nous situons à hauteur de Dieu !

« Les murs de la séparation ne montent pas jusqu’au ciel » a-t-on dit. Vus du ciel, ils doivent à peine apparaitre et pourtant nous nous butons, nous voulons avoir le dernier mot, nous voulons le dessus, avoir raison à tout prix.

– Pour faire l’unité, pour refaire l’union, nous n’avons pas à attendre que l’autre, ou les autres, reviennent vers nous. Nous avons tous à aller à la rencontre les uns des autres et si nous sentons comme Dieu, peut-être avons-nous à faire le premier pas, à prendre des initiatives, quitte à perdre la face.

– Mais Jésus, le premier, n’a-t-il pas perdu la face, la Sainte Face, pour nous sauver, nous réconcilier avec le Père, nous réconcilier  entre  nous ? Certes, il  est  facile  de  jeter  la  responsabilité  sur  les  autres, de dire comme  les enfants : « C’est lui qui a commencé ; c’est de sa faute ». Facile de jeter la pierre aux autres, mais cela reste stérile et ne fait rien pour nous rapprocher.

– C’est notre cœur à nous qui doit se convertir. Cherchons d’abord à nous purifier nous-mêmes, avant de purifier les autres, à nous convertir nous-mêmes avant de convertir les autres, à nous juger nous-mêmes avant de juger les autres, car s’il existe un orgueil et un égoïsme personnel, il existe également un orgueil et un égoïsme ‘’ de groupe ‘’, ‘’ de corps ‘’. Or, il n’y a que l’humilité qui peut nous ouvrir les routes barrées qui nous empêchent de nous rencontrer.

Il n’y aura jamais de réconciliation entre familles chrétiennes, tout comme entre nous, s’il n’y a pas un minimum d’humilité de part et d’autre, de reconnaissance de nos fautes respectives.

– Peut-être aussi, nous faisons-nous une fausse idée des autres. Nous avons d’eux une image qui ne correspond pas à la réalité : si nous les connaissions mieux, l’unité serait plus facile à établir.

Un des premiers efforts à faire, c’est de nous efforcer de mieux connaitre ceux qui nous entourent. Trop d’idées saugrenues circulent encore : il y a vingt -cinq ans, je n’avais sans doute jamais rencontré un protestant, encore moins un orthodoxe et je savais surtout que c’était des gens à éviter… et puis j’ai rencontré des hommes et des femmes à la foi transparente, à la charité sans limites, à l’esprit apostolique admirable. Puissent-ils, eux aussi, rencontrer des catholiques de cette qualité. Alors déjà, beaucoup d’idées toutes faites sur les uns ou sur les autres seront détruites, comme au premier temps de la chrétienté.

 Les hommes croiront s’ils peuvent dire des chrétiens : « Voyez comme ils s’aiment ».

C’est notre unité, notre solidarité entre nous, notre communauté paroissiale, unie et vivante, qui fera envie  aux autres  et les  décidera à  venir avec nous.

Tout est possible, si d’un seul cœur et d’une seule espérance, nous demandons au Père cette grâce de l’unité : « Père que ton règne vienne», « que ton amour unisse tous tes enfants ».    AMEN




3ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 4, 12-23)

Jésus, Lumière et Vie …

 

 

Quand Jésus apprit l’arrestation de Jean le Baptiste, il se retira en Galilée.
Il quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord de la mer de Galilée, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali.
C’était pour que soit accomplie la parole prononcée par le prophète Isaïe :
‘Pays de Zabulon et pays de Nephtali, route de la mer et pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations !
Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. Sur ceux qui habitaient dans le pays et l’ombre de la mort, une lumière s’est levée.’
À partir de ce moment, Jésus commença à proclamer : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Comme il marchait le long de la mer de Galilée, il vit deux frères, Simon, appelé Pierre, et son frère André, qui jetaient leurs filets dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs.
Jésus leur dit : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. »
Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent.
De là, il avança et il vit deux autres frères, Jacques, fils de Zébédée, et son frère Jean, qui étaient dans la barque avec leur père, en train de réparer leurs filets. Il les appela.
Aussitôt, laissant la barque et leur père, ils le suivirent.
Jésus parcourait toute la Galilée ; il enseignait dans leurs synagogues, proclamait l’Évangile du Royaume, guérissait toute maladie et toute infirmité dans le peuple.

 

Jean-Baptiste quitte la scène comme tant de prophètes avant lui : persécuté, emprisonné, exécuté… Jésus prend le relais… Le moment est venu pour lui de manifester le désir de Dieu qui « veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6). Alors, même si la Bonne Nouvelle devait être d’abord annoncée à Israël (Mt 15,24 ; 10,6), le Peuple de l’Alliance et des Promesses (Ep 2,12), Jésus va s’installer non pas à Jérusalem, la capitale, mais à Capharnaüm (en hébreu : ‘Village de Nahum’, ‘Nahum’ signifiant ‘Dieu console’), une petite ville frontière au nord de la Galilée juive, entourée de provinces païennes : la Syro-Phénicie, la Trachonitide et la Décapole. Nous sommes vraiment ici à « un carrefour », avec d’un côté les régions Juives de « Zabulon et de Nephtali », et de l’autre « la route de la mer et le pays d’au-delà du Jourdain », le pays des païens… Ce « peuple » qu’évoque St Matthieu juste après est donc l’humanité tout entière constituée des Juifs et des païens. Et tous « habitent dans les ténèbres », ce qui signifie, Dieu étant Lumière (1Jn 1,5), que les hommes lui ont fermé la porte de leur cœur et de leur vie. Ils vivent sans Lui… Or, la Lumière de Dieu est tout à la fois Esprit (Jn 4,24) et Vie (Jn 1,4 ; 8,12). Être privé de cette Lumière, c’est vivre en étant privé d’une Plénitude de Vie spirituelle : c’est être spirituellement mort… « Habiter dans les ténèbres », c’est donc « habiter le pays de l’ombre et de la mort »…

            Le ministère public de Jésus commence donc par une allusion à ce péché qui touche tout homme. « Tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu… Et le salaire du péché, c’est la mort ; mais le Don gratuit de Dieu, c’est la Vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 3,9-26 ; 6,23). Et St Matthieu, en quelques mots, va nous résumer ici tout l’Evangile. Dieu, tout en ne cessant jamais de respecter notre liberté, car il n’y a pas d’amour vrai sans liberté, s’est fait homme, avec le Fils et par le Fils, pour nous rejoindre dans nos ténèbres et nous appeler à passer avec Lui des ténèbres à la Lumière, de la mort à la Vie. Telle est bien la démarche de Celui qui Est Amour (1Jn 4,8.16), de Celui qui n’est qu’Amour et qui ne pense, ne veut, ne désire que notre bien : « Je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien. Je trouverai ma joie à leur faire du bien, de tout mon cœur » (Jr 32,40-41). Alors, avec Jésus, le Fils, « vrai Dieu né du vrai Dieu, Lumière née de la Lumière », et aussi vrai homme, « le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande Lumière ». « Je suis la Lumière du monde », dira-t-il. « Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la lumière de la vie » (Jn 8,12), gratuitement, par amour, alors que nous en étions tous privés par suite de nos fautes. « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » ? « Père, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour que là où je suis, eux aussi soient avec moi » (Jn 17,22-24), pour toujours…

DJF