La Trinité par le Diacre Jacques FOURNIER

« Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie » (Jn 16, 12-15)

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

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St Jean nous offre ici un des plus beaux textes, sinon le plus beau, sur l’Esprit Saint. Pour bien le saisir, il nous faut nous rappeler que cette expression « Esprit Saint » ou « Saint Esprit » peut être employée comme un nom propre pour désigner une Personne divine unique, la Troisième Personne de la Trinité. Mais ces deux mots, « Esprit » et « Saint » peuvent aussi servir à nous décrire ce que Dieu est en lui-même, sa « nature divine ». « Dieu est Esprit », nous dit Jésus (Jn 4,24). Autrement dit, le Père est Esprit, le Fils est Esprit, et l’Esprit Saint (nom propre) est Esprit lui aussi. De même, le Père est Saint, le Fils est Saint et l’Esprit Saint est Saint. Et si nous mettons tout ensemble, le Père (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine), le Fils (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine), et « l’Esprit Saint » (Personne divine) est « Esprit Saint » (nature divine).

            De toute éternité, ces Trois Personnes divines sont en face à face, le Père étant le seul à être le Père, le Fils le seul à être le Fils, et l’Esprit Saint, le seul à être l’Esprit Saint. Mais tous les Trois sont pleinement Dieu, au sens où ils vivent et s’expriment avec une seule et même nature divine. Mais puisque « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), il existe en Dieu une primauté dans l’Amour. Et c’est le Père vers lequel tous les regards se tournent en premier, car c’est Lui qui engendre le Fils de toute éternité en se donnant totalement à Lui en tout ce qu’il est. Et le Père est Dieu, et le Père est Lumière. Le Fils, « né du Père avant tous les siècles », est donc « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière », il est « de même nature que le Père » en tant qu’il la reçoit du Père depuis toujours et pour toujours. Mais le propre de l’Amour en Dieu est de se donner totalement, en tout ce qu’Il est. Le Père est Amour ? Il se donne en tout ce qu’il est au Fils et l’engendre ainsi en « vrai Dieu né du vrai Dieu ». Se recevant du Père de toute éternité, le Fils est Lui aussi Amour ? Alors il se donne lui aussi tout entier, avec le Père et comme le Père, et du Père et du Fils « procède » l’Esprit Saint, en fruit éternel de leur amour…

            L’Esprit Saint est ainsi pleinement Dieu, pleinement Amour, et donc à son tour pleinement Don de ce qu’il est en lui-même. Alors, dit ici Jésus, « il recevra de mon bien », et c’est de fait une réalité éternelle, « et il vous le communiquera ». Il reçoit du Fils la vie que le Fils reçoit lui-même du Père, et il nous la donne à notre tour. Il est vraiment « l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie », la vie même de Dieu !

           




La Pentecôte par P. Claude Tassin (15 Mai 2016)

 

Actes des Apôtres 2, 1-11 (“Tous furent remplis d’Esprit Sain en se mirent à parler en d’autres langues”)

Dans certains cercles juifs, dès le temps de Jésus, la Pentecôte, fête agricole dite des Semaines, commémorait le don de l’Alliance au Sinaï. De cette scène antique, on retrouve le bruit, le vent, le feu (comparer Exode 19, 16-19; 20, 18) qui orchestrent à présent la venue de l’Esprit Saint. Comme Moïse était monté vers la nuée pour rapporter au peuple la Loi de Dieu, fondement de l’Alliance, le Christ est monté au Ciel pour nous donner l’Esprit de l’Alliance nouvelle.

Selon les légendes juives catéchétiques…

… au Sinaï, Dieu avait proposé ses commandements dans les diverses langues du monde, mais Israël seul les avait acceptés. Aujourd’hui, Dieu répare cet échec. Partant du phénomène connu du «parler en langues» (cf. 1 Corinthiens 14, 2-5) dans les premières Églises, Luc transforme l’expérience en un «parler *en d’autres langues», préparant ainsi l’annonce de l’Évangile dans toutes les cultures. De ce point de vue, cette venue de l’Esprit n’est pas exactement un «anti-Babel», épisode de la «confusion des langues» (Genèse 11, 1 – 9 ; cf. messe de la veille). Ce n’est pas le retour à une langue unique, mais la décision de Dieu de se révéler dans le respect des langues et des cultures.

Aux sources de l’universel chrétien

Les témoins et auditeurs de la scène, remarquons-le, sont tous des Juifs, Juifs d’origine, de la Diaspora et de la Judée, et païens «convertis» au judaïsme (les «prosélytes»). Leur liste comprend douze pays ; à quoi s’ajoutent des Juifs de Rome (centre du monde oblige !) et, pirouette littéraire formant un résumé, les gens des îles, à l’ouest (Crétois), et ceux du désert, à l’est (Arabes). Les douze tribus du peuple de Dieu sont donc symboliquement à nouveau réunies. Alors, la mission chrétienne peut commencer, sous le souffle de l’Esprit de l’alliance nouvelle qui abolit les frontières.

* Ils se mirent à parler en d’autres langues… « i quelqu’un dit à l’un de nous : “Est-ce que tu as reçu le Saint-Esprit, car tu ne parles pas toutes les langues ?” voici ce qu’il faut répondre : “Parfaitement, je parle toutes les langues. Car je suis dans ce corps du Christ, qui est l’Église, laquelle parle toutes les langues. En effet, par la présence du Saint-Esprit qu’est-ce que Dieu a voulu manifester, sinon que son Église parlait toutes les langues ?” » (Homélie africaine du 6e siècle).

Romains 8, 8-17 (“L’Esprit fait de nous des fils”)

Paul s’appuie sur cette certitude : «l’Esprit de Dieu» – qui est aussi «l’Esprit du Christ», habite le croyant. Le chrétien est un «corps», c’est-à-dire une personne humaine qui est «*chair», créature fragile portée au péché du repli sur soi et vouée à la mort, mais qui est aussi un être spirituel, et désormais guidé par l’Esprit de Dieu. Nous voici donc engagés dans un combat :  nous revivons dès aujourd’hui, en nous soustrayant au péché, en refusant de payer son dû à «la chair», si celle-ci nous sollicite encore. Mais l’Esprit qui pilote notre conversion permanente est aussi celui par lequel Dieu a ressuscité Jésus. Nous voici donc assurés de la même issue heureuse.

Et Paul précise cette espérance par l’idée de «la filiation», c’est-à-dire de l’adoption. Il songe aux grandes maisonnées patriarcales et polygamiques où se côtoyaient les esclaves soumis au maître, même nés de lui, et les fils, libres, bénéficiant d’un acte officiel d’adoption, et confiants en face du père ; eux qui, à leur majorité, recevaient le droit à l’héritage. Or l’Esprit fait de nous des fils, non des esclaves apeurés, frères déjà du Christ, puisque notre prière proclame «Abba (= papa, en araméen), le Père», comme Jésus appelait Dieu (cf. Mc 14, 36). Il nous suffit de mener à terme le même combat de souffrance que mena Jésus pour parvenir à la parfaite filiation.

* La chair et l’Esprit. Chez Paul, la chair n’est pas le sexe. Lecteur de la Bible, il voit en elle la pesanteur de l’homme, fragile, voué à la mort, porté au repli égoïste. Mais, comme la communauté juive de Qumrân, il décèle dans la faiblesse de la chair le nid propice à l’éclosion de multiples de péchés (voir le catalogue de Galates 5, 19-21). L’époque de Paul conçoit la liberté humaine comme le droit de choisir son maître : sera-ce, pour nous, l’esclavage à soi-même (la chair) ou l’obéissance à l’Esprit de Dieu ?

 

Jean 14, 15-16.23b-36 (“L’Esprit Saint vous enseignera tout”)

Les extraits de saint Jean que nous lisons aujourd’hui puisent dans le premier des Discours d’adieu de Jésus au soir du jeudi saint et ils recouvrent en partie l’évangile du 6ième dimanche de Pâques C. Il s’agit du testament de Jésus. Mais le texte doit beaucoup aux questions que la communauté à laquelle s’adresse l’évangéliste s’est posées après la mort de ses premiers fondateurs, eux qui assuraient encore le lien avec la vie terrestre de Jésus.

Amour et commandements

Si vous m’aimez…, dit Jésus. Dans le Nouveau Testament, l’amour du Christ est un impératif moins fréquent que celui de l’amour de Dieu. Mais l’enchaînement des idées s’avère ici complexe. Quand l’être aimé est absent, nous nous efforçons de le rendre présent en continuant à faire ce qu’il aimerait nous voir faire. De même, l’amour que nous portons à Jésus et qui nous le rend présent implique notre fidélité à ses «commandements». Ces commandements équivalent à la «parole de Jésus», comme le dit la suite : «Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole», c’est-à-dire encore, fidèle à son «commandement nouveau» de l’amour mutuel (Jean 13, 14-15), et même aux commandements de Dieu (1 Jean 5, 3). Car, pour Jean, il existe une telle unité entre le Fils et le Père que les commandements de l’Un et de l’Autre sont tout un. Mais cette présence n’est pas simple souvenir sentimental. Le Christ, vivant à jamais auprès du Père, intercède pour que nous vienne *un autre Défenseur.

De Jésus à son Esprit

Jésus fut le premier «Défenseur», puisqu’il livra sa vie par amour pour nous. L’autre Défenseur «sera pour toujours avec nous». Il sera «Dieu avec nous», selon le nom Emmanuel que le Nouveau Testament applique aussi à Jésus. C’est une promesse par laquelle l’évangéliste résume la mission terrestre de Jésus à qui il attribue cette déclaration : «Je vous parle ainsi tant que je demeure avec vous.»

L’Esprit Saint… vous enseignera tout

Le long discours d’adieu du Christ selon saint Jean a été égrainé en ce Temps pascal. Il tourne, dans les diverses réécritures succcessives d’auteurs sacrés successifs de cet évangile. I les compagnons lles cpù tourne, retourne et retourne encore ce rubik’s cube surnaturel : le Père est dans le Fils, le Fils est dans le Père, le Fils est dans les croyants et, par ce Fils, les croyants sont unis au Père. Et le Père est dans le Fils. Et on recommence ! Nous avons le tournis ?

Pour Jean, la fin du vertige est fourni par le don de l’Esprit. Lui qui, si nous l’écoutons, calme le cauchemar des relations chrétiennes, familiales, sociales, culturelles. C’est en cela que l’Esprit nous enseigne tout, à savoir tout ce que Jésus a enseigné, dans sa vie terrestre, et qui doit éclairer notre avenir de croyants, mieux que ce qu’avaient saisi de lui les compagnons historiques d’un Messie en chair et en os. «Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous acheminera dans la vérité tout entière» (Jean 16, 13). Ce complément, dans la suite du Discours, précise la fonction de l’Esprit : il nous fait faire chaque jour un bout du chemin de vérité, et cette vérité concerne notre compréhension de Jésus, une union progressive avec lui. Car, contre des déviations «charismatisantes» et récurrentes au long de l’histoire, l’Esprit ne remplace pas le Christ. Si c’est vraiment lui qui parle en nous, c’est pour nous conduire sans cesse d’avantage vers le Jésus des évangiles.

L’Esprit invisible aux visages multiples

Telle est donc la compréhension de l’Esprit selon saint Jean. C’est son interprétation, dans le concert des écrivains sacrés. Chacun d’eux, dans sa méditation sur l’Esprit Saint, voit midi à sa porte. C’est la somme de leurs réflexions qui, pour nous, est inspirée par Dieu. Outre la position de Jean, retenons le récit des Actes des Apôtres : l’Esprit fait de l’Église un peuple sans frontières, uni dans une alliance nouvelle. Retenons le message de Paul pour qui l’Esprit est celui qui fait de nous les fils de Dieu et qui nous ressuscite déjà par le renouveau de notre vie morale.

* Un autre Défenseur. Voir ci-dessus l’encadré « Le Défenseur… » (6e dimanche de Pâques). Mais ici l’Esprit est «un autre Défenseur». Car le premier Défenseur, face à Dieu, de notre faiblesse de pécheurs, est toujours le Christ (cf. Première Lettre de Jean, 2, 1). L’Esprit ne remplace pas Jésus : il renvoie à lui, à sa présence. Ainsi l’évangéliste Jean reste le subversif permanent. Pour lui, aucun magistère ne peut se substituer à la vérité que l’Esprit instille dans toute communauté chrétienne creusant, avec la sincérité de l’amour, la Parole du Christ.

 

 

 




La Pentecôte par le Diacre Jacques FOURNIER

La venue de l’Esprit Saint

(Jn 14,15-16.23b-26)

 

Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements.
Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous :
Jésus lui répondit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure.
Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père, qui m’a envoyé.
Je vous parle ainsi, tant que je demeure avec vous ;
mais le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit.

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«Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de Vérité».

De tous les Evangiles, ce verset est un des plus clairs sur « l’Esprit Saint » Personne divine, appelé ici « l’Esprit de Vérité »… En effet, c’est le Fils, personne divine, qui s’adresse à ses disciples et leur déclare qu’il priera Celui qui, de toute éternité, a la primauté d’Amour dans son cœur : le Père, autre Personne divine. Il sait qu’il va bientôt mourir, ressusciter, vivre son Ascension et donc quitter cette proximité dans la chair qu’il vivait jusqu’à présent avec eux. Mais ils ne seront pas pour autant laissés à eux-mêmes… Bien au contraire, Jésus passe ici le relais à « un autre Défenseur », sous-entendu « que lui-même ». Et on ne peut comparer à une personne divine, le Fils, qu’une autre Personne divine, l’Esprit Saint, « l’Esprit de Vérité ». C’est Lui qui, désormais, les accompagnera, les gardera, veillera sur eux comme Jésus, le Fils, le faisait jusqu’à présent : « Père, je les ai gardés dans ton nom que tu m’as donné, j’ai veillé sur eux » (Jn 17,12).

Puis Jésus poursuit : « Si quelqu’un m’aime, il restera fidèle à ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. » Or, il avait déclaré auparavant : « Celui que Dieu a envoyé », et il est « l’envoyé du Père », « prononce les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Autrement dit, le Don de l’Esprit se joint toujours à la Parole de Dieu. « Rester fidèle à la Parole », c’est rester fidèle à ce Don de l’Esprit qui est tout à la fois « Lumière » (Jn 4,24 et 1Jn 1,5) et « Vie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Cette expression de St Jean, « rester fidèle à la Parole » de Jésus, est donc équivalente à celle de St Paul : « N’éteignez pas l’Esprit » (1Th 5,19) ! Et donc, ne vous privez pas de la Plénitude de la Vie en vous laissant entrainer à faire le mal. En effet, « le salaire du péché c’est la mort », et cela Dieu ne le supporte pas, Lui qui veut le salut de tous les hommes, ses enfants (1Tm 2,3-6). Alors, il a envoyé son Fils parmi nous pour proposer à notre foi, à notre cœur, « ce don gratuit de Dieu qui est vie éternelle » (Rm 6,23). Or, ce « Don de Dieu » (Jn 4,10 ; Ac 8,20 ; 11,17), c’est « l’Esprit donné sans mesure », « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63), « l’Esprit qui donne la vie » (Rm 8,2 ; 2Co 3,6) pour qu’enfin, « il soit notre vie » (Ga 5,25), c’est-à-dire Plénitude en nous de Vie, de Paix et de Joie. DJF

           




La Pentecôte – Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

L’Esprit Saint, qui est-il ?

Saint EspritEn entrant aujourd’hui dans le mystère de la Pentecôte, nous nous retrouvons devant cette présence mystérieuse de l’Esprit Saint dont nous croyons qu’elle est le don le plus précieux que Jésus a pu nous faire. Quand Jésus est mort et ressuscité, quand Il accomplit sa Pâque en passant de ce monde au Père, ce qui nous reste de son œuvre, c’est l’Esprit Saint qu’Il nous a donné. A tel point que si nous voulons aujourd’hui, ou si nous pouvons atteindre d’une quelconque façon le mystère de Jésus, retrouver la richesse du mystère de l’Incarnation, du salut qu’Il nous a apporté, nous ne le pouvons que par et dans l’Esprit Saint. Si nous voulons aujourd’hui vivre dans l’Église, dans le peuple des croyants, nous ne le pouvons que par et dans l’Esprit Saint. Si nous voulons entrer en communication avec le Père et laisser se déployer en nous cette vie filiale de fils adoptifs à l’image du Fils qu’Il est de toute éternité, cela ne peut se faire encore que par et dans l’Esprit Saint. Tout ce qui se passe aujourd’hui dans l’Église, tout ce qui se passe dans le monde est l’œuvre de l’Esprit Saint. Vous me direz : nous ne sommes pas beaucoup plus avancés pour autant, nous voulons bien que l’Esprit fasse tout, mais qui est-Il ? Autant il nous est facile -c’est une façon de parler-, pour nos regards d’hommes, d’essayer de percer le mystère de la personne de Jésus au milieu de nous, à cause de sa manifestation dans une chair et dans une existence humaine, autant l’Esprit échappe à notre regard et Il échappe constamment à nos prises. Pourtant, si nous sommes là, si nous prions, si nous acclamons le mystère de la Pentecôte, si nous croyons que nous sommes destinés à voir Dieu un jour, c’est par et dans la puissance de l’Esprit.

ESPRIT SAINT 1Alors, qui est-Il ? Je crois que toute la tradition de la foi dans l’Église a essayé de dire que l’Esprit Saint est le mystère d’amour qui unit le Père et le Fils. Lorsque des humains essaient de réaliser cette communion de l’amour, ce qu’ils se donnent l’un à l’autre, ce n’est jamais tout eux-mêmes. On peut utiliser effectivement l’expression “se donner à quelqu’un”, mais ce n’est jamais totalement vrai. On peut donner de son temps, on peut donner de son affection, on peut donner de son savoir, mais chaque fois que nous entrons en communion avec quelqu’un, il nous est impossible, et cela n’a pas de sens, de nous quitter nous-mêmes pour être plus présents à l’autre. Dans le mystère de Dieu, c’est là pour nous quelque chose d’incompréhensible, mais c’est ce que nous croyons, lorsque nous disons que le Père a engendré un Fils, nous disons que tout ce qu’est le Père, Il l’a donné à son Fils. Et lorsque nous entendons la parole de Jésus “Le Fils aime le Père”, il ne faut pas la comprendre comme une sorte de mouvement extérieur, mais que tout ce que le Fils a reçu, Il le rend à son Père.

Ainsi donc, dans le mystère de Dieu, tout ce qu’est l’Un, le Père, Il l’a donné à l’Autre, son Fils. C’est ainsi que le Fils est totalement et pleinement Dieu comme le Père. Et l’Esprit ? L’Esprit est le lien même, Il est l’acte même par lequel l’Un se donne à l’Autre. Si bien que l’Esprit est le lien au cœur même de l’amour divin. L’Esprit est Celui qui fait que le Père n’est qu’amour pour le Fils et que le Fils n’est qu’amour pour son Père. C’est pourquoi on l’a appelé l’amour, c’est pourquoi on l’a appelé le lien, c’est pourquoi Il est Celui qui scelle la communion de la Trinité. Toute l’initiative vient du Père. Le Fils a tout reçu du Père, mais l’Esprit est Celui qui scelle divinement l’amour du Père pour le Fils et l’amour du Fils pour son Père. De telle sorte que le mystère de l’Esprit Saint, la personne de l’Esprit c’est le lien, la force même de la communion à l’intérieur de la Trinité.Icône de la Trinité

Et donc, lorsque le Christ a promis à ses disciples qu’Il leur enverrait l’Esprit, que leur a-t-Il promis sinon que, désormais, nous serions liés, par Lui, le Christ au Père, du même lien que Lui-même, le Christ, est uni à son Père ? Voilà le mystère le plus étonnant. Que nous soyons aimés de Dieu, c’est déjà surprenant ! Que nous puissions, d’une manière ou d’une autre, répondre à cet amour de Dieu, c’est encore plus surprenant quand nous nous connaissons ! Mais que l’amour dont nous répondons à l’amour de Dieu soit l’amour même de Dieu, voilà qui est absolument au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Car nous n’aimons pas Dieu de n’importe quel amour. Nous aimons Dieu de l’amour dont Il s’aime. Nous sommes “soudés” au mystère de la communion du Père et du Fils par le lien même qui les unit l’Un à l’Autre. Et l’Esprit est la puissance divine d’aimer. Et nous, qui sommes-nous ? Rien. Et pourtant, quand nous aimons Dieu, nous L’aimons de l’amour dont Il s’aime au plus intime de Lui-même, dans le cœur même et le feu brûlant de la Trinité. Et l’Église, c’est cela. C’est pour cela qu’elle ne ressemble à aucune autre association qui peut exister entre les hommes. Il y a des associations d’anciens combattants, ce qui fait que leur amour est commun, c’était par exemple le souvenir de Verdun. Il y a des associations protectrices des animaux, ce qui fait qu’ils s’aiment entre eux, c’est qu’ils aiment les chiens et les chats. Il y a des associations de pêcheurs à la ligne, ce qui les unit, c’est leur amour commun de tirer des poissons en dehors des rivières. Mais l’Église, l’Église n’a aucun lien de ce type. Ce qui nous lie les uns aux autres, c’est l’Esprit Saint, c’est l’amour même de Dieu. Et c’est pour cela que l’Église est une si grande chose. C’est pour cela qu’elle est divine, parce que le lien de communion entre chacun de ses membres, c’est Dieu Lui-même.

Vous comprenez alors à quel point est grand le mystère de l’Église et pourquoi nous considérons habituellement que l’Église est née le jour de la Pentecôte. C’est parce que dans l’humanité, à cause de ce que Jésus avait fait pour nous, il y a désormais, au cœur du monde, des hommes, des femmes, vous et moi, qui ne sont ni meilleurs ni pires que les autres, à peu près aussi médiocres, mais qui croient que l’amour dont nous nous aimons et l’amour dont nous aimons Dieu ne vient pas de nous, mais de Dieu.

Du coup, nous aurions peut-être tendance à penser que si cet amour vient de Dieu, il est tellement grand qu’il anéantit toute forme d’amour que nous pourrions manifester au plan humain. Nous pourrions penser que si cet amour qu’est l’Esprit Saint est si grand, qu’il nous dépasse tellement que nous-mêmes nous n’avons plus rien à faire et qu’au fond, que nous Dieu est amour 2aimions ou que nous n’aimions pas avec notre liberté et notre cœur humain, cela n’a pas d’importance. C’est tout le contraire car ce qui est extraordinaire dans notre foi chrétienne, c’est qu’à partir du moment où le lien qui nous unit à Dieu et aux autres, c’est l’amour même de Dieu, l’Esprit Saint, le lien qu’il y a au cœur de la Trinité, cet amour divin est capable d’intégrer tout geste d’amour humain, quel qu’il soit, si modeste et si humble qu’il soit, dans la plénitude de cette divinité.

La grâce, ce n’est pas un supplément d’amour humain. Il y a des gens qui croient que la grâce, pardonnez-moi l’expression, c’est comme une couche de beurre ou de confiture sur une tranche de pain, que le surnaturel c’est une sorte de petit supplément, de luxe spirituel pour âme un peu raffinées ayant le sens de la religion. Non, ce n’est pas un supplément, car Dieu n’est pas un supplément. La grâce, c’est le fait que désormais, à partir du moment où l’Esprit Saint habite en nous, dans notre cœur, tout geste par lequel nous aimons, avec notre liberté, avec notre cœur, avec notre corps humain, en étant au service de nos frères, tout geste est comme pris, saisi, intégré à cet amour de Dieu qui vit en nous. Dès lors, l’Église qui est le lieu de la communion dans l’Esprit Saint, qui est ce lieu dans lequel l’Esprit vit au cœur de chacun des croyants personnellement, est capable d’intégrer toutes les formes de l’amour, toutes les richesses de la vie humaine non pas pour leur donner “un supplément”, mais pour en faire, au cœur du monde, le signe visible de la présence de Dieu.

 

PentecôteAu fond, depuis que l’Esprit a envahi le cœur des disciples, depuis que l’Esprit ne cesse de se répandre dans une communion qui ne cessera jamais jusqu’au Royaume et qui trouvera alors sa plénitude, depuis ce moment-là l’Esprit ne fait jamais rien d’autre que de recueillir, que de moissonner tous les gestes les plus humbles, les plus simples, les plus démunis de notre amour humain pour leur donner leur grandeur et leur dimension divine. Vous comprenez pourquoi la Pentecôte est à la fois un achèvement et un commencement. Elle est l’achèvement de ce que le Christ avait voulu. Par le fait de son Incarnation, le Christ avait déjà montré comment l’homme et Dieu peuvent se rencontrer en Lui, mais précisément, cette œuvre-là ne s’était réalisée qu’en Lui. À partir du moment où Il nous est donné, l’Esprit Saint continue et achève, au cœur de tout le genre humain, de chaque homme, de chacun d’entre nous, cette œuvre de communion commencée, inaugurée par la puissance même de la mort et de la Résurrection du Christ.

Oui, en ce jour de la Pentecôte où nous fêtons ce mystère de l’Esprit, c’est notre propre genèse que nous fêtons. Le livre de la Genèse, c’est le livre de la naissance. Nous fêtons le mystère de notre propre avènement, de notre avènement à Dieu. Mais un avènement qui n’est pas le fruit d’une recherche humaine du désir humain vers Dieu, déjà si grande et infiniment respectable, mais nous fêtons notre genèse à Dieu par Dieu Lui-même, par l’Esprit Saint. “Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre, et l’Esprit de Dieu planait sur les eaux.” C’est vrai. Le verbe hébreu utilisé évoque le vol plané de l’oiseau d’un rapace cherchant une proie et qui déploie ses ailes comme s’il voulait couvrir la portion de terre sur laquelle il va se précipiter. C’est aussi l’idée de l’oiseau qui écarte les ailes pour couver les œufs de sa couvée. C’est l’idée d’une protection, d’une emprise. Aujourd’hui l’Esprit a prise sur notre être. L’Esprit ne vole plus sur nous comme au jour de la création mais Il a prise immédiate sur nous. Et c’est cela notre propre genèse. Nous sommes renés par les eaux du baptême. Nous sommes revenus au mystère que Dieu a voulu de toute éternité. Par l’Esprit Saint, nous naissons, non pas par nous-mêmes, à nous-mêmes, de cette façon que tant d’hommes et de sages ont recherchée, mais nous naissons par Dieu, au mystère éternel de l’amour du Père dans le Fils. Par l’Esprit Saint, enfin, nous devenons des fils par le Fils. Amen.

 




7ième Dimanche de Pâques par le Diacre Jacques FOURNIER

« Qu’ils soient un

comme nous sommes un » (Jn 17,20-26)

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi : « Père saint, je ne prie pas seulement pour ceux qui sont là, mais encore pour ceux qui, grâce à leur parole, croiront en moi.
Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé.
Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée, pour qu’ils soient un comme nous sommes UN :
moi en eux, et toi en moi. Qu’ils deviennent ainsi parfaitement un, afin que le monde sache que tu m’as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m’as aimé.
Père, ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ils soient eux aussi avec moi, et qu’ils contemplent ma gloire, celle que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la fondation du monde.
Père juste, le monde ne t’a pas connu, mais moi je t’ai connu, et ceux-ci ont reconnu que tu m’as envoyé.
Je leur ai fait connaître ton nom, et je le ferai connaître, pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux, et que moi aussi, je sois en eux. »

 paix  

   

            La prière de Jésus s’étend ici non seulement à ses disciples qui l’entourent, juste avant sa Passion, mais aussi à tous ceux et celles qui « accueilleront leur parole et croiront en lui », c’est-à-dire à nous tous… Et que demande-t-il ? « Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi ». Jésus n’est pas le Père, le Père n’est pas Jésus. Mais dans son amour, le Père, de toute éternité, se donne au Fils. Et il lui donne tout, tout ce qu’il est… Et le Père « est Esprit » (Jn 4,24). Mais il est aussi « Lumière » (1Jn 1,5), une Lumière que la Bible appelle parfois « Gloire » : « La Gloire de Dieu est la splendeur de l’Être par excellence » (P. Placide Deseille). Donner la Gloire, c’est donc donner l’Être, c’est-à-dire l’Esprit, la Lumière, la Vie… C’est ce que Jésus affirme ici : Père, « parce que tu m’as aimé avant même la création du monde », « tu m’as donné la Gloire », tu m’as donné d’Être Dieu comme toi tu es Dieu… « Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu », disons-nous du Fils dans notre Crédo… De toute éternité, le Père donne l’Esprit, le Fils reçoit l’Esprit. Le Père donne la Lumière, le Fils reçoit la Lumière. Le Père donne la Vie, le Fils reçoit la Vie. « Je vis pas le Père » (Jn 6,57). Bien que différents l’un de l’autre, tous les deux sont ainsi unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, d’une même Vie. Ils sont « un ».

            Mais Jésus est justement venu nous partager ce qu’il reçoit de son Père de toute éternité… « Je leur ai donné la Gloire que tu m’as donnée », c’est-à-dire, je leur ai donné l’Être que tu m’as donné, cet Être qui est tout à la fois Esprit, Lumière et Vie… Ainsi, avec moi et par moi, dit Jésus, « tu les as aimés comme tu m’as aimé ».

            Si nous consentons à cet Amour gratuit, nous recevrons tous le même Esprit, cet Esprit que le Fils reçoit du Père de toute éternité, et qui l’engendre en Fils, ce même Esprit qui nous engendrera à notre tour en fils et filles de Dieu à « l’image du Fils » (Rm 8,28-30). Telle est la vocation de tout homme sur cette terre : participer par grâce, et cela selon notre condition de créature, à cette « nature divine » que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours, un Don qui l’engendre en Vrai Dieu né du Vrai Dieu… Toute l’œuvre de Dieu est ainsi que nous « participions », nous aussi, « à la nature divine » (2P 1,4), c’est-à-dire à ce qu’Il Est en Lui-même… Et Il Est Esprit, Lumière, Vie éternelle… « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (St Athanase), grâce à sa Miséricorde Toute Puissante, et infinie… DJF

       

           




7ième Dimanche de Pâques par P. Claude Tassin (8 Mai 2016)

Actes des Apôtres 7, 55-60 ‘(“Voici que je contemple le Fils de l’homme débout à la droite de Dieu”)

Notre lecture des Actes des Apôtres revient en arrière parce que le septième dimanche de Pâques se polarise sur la prière de Jésus et de son Église. D’où, cette année, l’évocation de la prière d’Étienne (ou Stéphane, c’est le même nom), le premier martyr. Comme Jésus comparut devant le sanhédrin, Luc veut qu’Étienne témoigne de sa foi, par le plus long discours des Actes (Actes 7, 2-53), devant le même tribunal. Mais c’est une fiction littéraire. L’exécution ici évoquée relève d’un lynchage populaire et non d’une procédure judiciaire qui était bien codifiée dans le monde juif.

Luc souligne l’identité entre Jésus et son témoin : Jésus remit son esprit à son Père (Luc 23, 46), Étienne, qui voit Jésus *debout à la droite de Dieu, remet son esprit au Seigneur Jésus. Comme Jésus, Étienne pardonne à ses bourreaux (lire Luc 23, 34). La fine fleur de la prière chrétienne est celle qui, à la suite du Christ, intercède pour ceux qui nous font du mal. Elle signifie que nous remettons au Père, en toute confiance, le soin de juger et les intentions de ceux qui nous nuisent et notre bon droit.

* «Debout à la droite de Dieu». Pour évoquer le mystère pascal, les évangélistes usent de «clichés» précis de l’Ancien Testament. Ils citent, par exemple, le Psaume 110, 1 et disent que Jésus s’est assis à la droite du Père (l’expression est passée dans notre Credo). D’où l’étonnement constant des commentateurs découvrant ici, sous la plume de Luc, un Jésus debout à la droite de Dieu. Cette énigme n’a pas de solution définitive. Mais, dans les évangiles, l’expression «il se tint debout» est une des manières de dire les apparitions du Christ ressuscité. Nous n’avons pas fini de chercher les expressions propres à rendre compte de la résurrection de Jésus.

Apocalypse 22, 12-14.16-20 (“Viens, Seigneur Jésus !”)

L’épilogue de l’Apocalypse est tissée d’allusions aux liturgies qui rassemblaient les chrétiens du 1ersiècle. En chaque célébration, le Seigneur vient. Il nous annonce sa pleine venue qui jugera notre vie et nous donnera la pleine réalité que ce que recevons déjà dans les sacrements du baptême (“ceux qui lavent leurs vêtements”) et de l’eucharistie (les “fruits de l’arbre de vie”).

L’histoire, de A à Z

Jésus couvre de sa présence l’histoire du monde : il est l’alpha et l’oméga, première et dernière lettre de l’alphabet grec, ces caractères que nous gravons sur le cierge pascal. Il est «le premier et le dernier», une expression que l’Ancien Testament appliquait à Dieu lui-même. Ce Jésus qui vient est le Messie annoncé par les Écritures, c’est-à-dire «le rejeton de David» selon Isaïe 11, 1.10, ou «l’Étoile» selon Nombres 24, 17.

Viens !

L’Esprit de la Pentecôte est présent dans «l’Épouse», dans l’Église assemblée pour sa liturgie. En elle, l’Esprit attise notre désir de voir un jour sans voile le Christ et ses bienfaits dont les sacrements nous donnent l’avant-goût (comparer Romains 8, 26-27). L’eucharistie doit être le moyen d’aviver notre soif de «l’eau de la vie», le moyen de témoigner que le monde ne va pas vers l’absurde, puisqu’il y a partout sur cette terre douloureuse des croyants qui crient : «*viens, Seigneur Jésus» et qui seront entendus de lui.

*Viens, Seigneur Jésus ! À la suite de l’Apocalypse, notre acclamation d’anamnèse chante : «Viens, Seigneur Jésus !» (et non pas «Christ est venu, Christ est né»…). L’exclamation traduit l’araméen maranatha, dans la langue de Jésus. Même les premiers chrétiens de langue grecque usaient de cette formule dans leurs liturgies (cf. 1 Co 16, 22). On peut lire : maran atha : le Seigneur est venu (il est là) ou marana, tha : Seigneur, viens ! Les deux interprétations, en une ambiguïté voulue, étaient inséparables : en chaque eucharistie, le Seigneur vient, non pour que nous le possédions dans la routine des dimanches, mais pour raviver notre désir de sa pleine venue en ce monde.

Jean 17, 20-26 (La grande prière de Jésus  “Qu’ils deviennent parfaitement un”)

Au terme des discours d’adieux du jeudi saint Jean 13, 21 – 17, 26) le chapitre 17 forme le sommet. Cette prière constitue même une sorte d’Ascension, car celui qui parle est à la fois le Jésus terrestre, révélateur de Dieu, et le Fils glorieux, vainqueur de la mort, qui intercède pour nous aujourd’hui auprès de son Père. La tradition a appelé ce chapitre «prière sacerdotale» justement à cause de cette fonction d’intercession que la Lettre aux Hébreux attribue à Jésus, grand prêtre céleste.

Une unité présente et à venir

Nous lisons en cette année C la troisième et dernière partie de la Prière, là où le regard de Jésus se tourne vers l’avenir, vers les générations qui parviendront à la foi, grâce à la prédication des premiers disciples au long de l’histoire. Pour Jean, « croire en Jésus » signifie reconnaître et proclamer l’intime communion entre le Fils et le Père. Et cette unité du Père et du Fils doit souder les chrétiens entre eux : elle est le modèle («comme toi, Père, tu es en moi») et la source de leurs relations fraternelles («moi en eux, et toi en moi»). Elle équivaut aussi à un courant porteur de vie, grâce au Fils qui «vit par le Père» et qui a donné aux siens *la gloire de son Père : il leur a révélé le vrai visage de Dieu dans toute sa clarté.

L’unité comme témoignage

L’unité de la communauté est la condition nécessaire «pour que le monde croie» en l’Envoyé de Dieu. Mais elle est aussi un défi : «le monde saura», à défaut de croire, que l’envoi du Christ aboutit à la venue de l’amour du Père qui unit les chrétiens. Pour Jean, «le monde» représente l’environnement de ceux qui ont déjà réfusé la personne de Jésus et restent hostiles aux vrais croyants ; ce «monde» négatif inclut aussi des dissidents de la communauté à laquelle Jean s’adresse, des gens qui voient en Jésus le Prophète, l’Envoyé de Dieu, mais qui ne vont pas jusqu’à le reconnaître comme ce Fils de Dieu qui peut dire : «Le Père et moi, nous sommes UN» (Jean 10, 30). Ainsi, l’unité voulue par Jésus comme le prolongement de sa mission repose moins sur une même conduite conforme au bien que sur la même foi au mystère de sa personne. Résonne encore ici la réponse de Jésus à une précédente question de Philippe : «Philippe ! Celui qui m’a vu a vu le Père» (Jean 14, 9).

Père saint… Père,… Père juste

L’invocation du Père scande la dernière partie de cette page d’évangile. Cette conclusion exprime la dernière volonté («je veux») du Christ éternellement vivant. Ce qu’il désire, quand le Père le voudra, c’est la réunion finale des croyants dans sa propre «gloire», dans la pleine lumière, au terme de leur pèlerinage dans la grisaille terrestre. Car si Dieu s’appelle le «Père juste», il doit distinguer et juger entre «le monde» du refus de la foi et ceux qui, par Jésus, ont accédé à la connaissance et à l’amour de son *Nom – le nom de «Père», bien sûr. Et ce nom, «je le ferai connaître» encore, ajoute Jésus. L’évangéliste songe sans doute ici à l’œuvre de l’Esprit Saint, le Défenseur qui, au long des âges, intériorise en nous l’œuvre de Jésus.

*La gloire. « …la présence de Jésus parmi les disciples est le résultat de son amour ; elle en est aussi l’expression. Jésus achève sa révélation par un clin d’œil à l’histoire de l’alliance : après la révélation du Sinaï, la gloire de Dieu reposait sur le tabernacle au milieu d’Israël (Exode 40, 34). De son vivant, Jésus a été, selon Jean, la gloire de Dieu manifestée aux hommes (Jean 1, 14). Maintenant cette gloire habite dans la communauté des croyants (17, 22)” (A. Marchadour, L’Évangile de Jean, p. 216).

* Le Nom de Dieu. Quand Dieu révèle son Nom, sans le révéler, il se présente comme «Je Suis» ou «celui qui sera» (avec son peuple, pour le sauver ; cf. Exode 3, 14). Dans l’évangile de Jean, Jésus proclame plusieurs fois «Je Suis» ; il incarne la présence et l’œuvre de Dieu. En outre, le Deutéronome évoque le Temple comme «le lieu que le Seigneur a choisi pour y faire habiter son Nom» ; pour Jean, c’est l’humanité du Christ qui est désormais ce Temple (cf. Jean 2, 21). Jésus lui-même est le Nom de Dieu ; sa personne même révèle ce Nom.

 




L’Ascension – Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

L’HUMANITE APPELÉE A LA PLÉNITUDE

 

« Oracle du Seigneur à mon Seigneur : siège à ma droite, car Tu es mon Fils Bien-Aimé » (Ps.109). Et cette autre Parole de Dieu que nous lisons dans l’épître aux Ephésiens : « Que Dieu ouvre votre cœur à sa lumière pour vous faire comprendre l’espérance que donne son appel, la gloire sans prix de l’héritage que vous partagez avec les fidèles et la puissance infinie qu’Il déploie pour nous, les croyants » (Ephésiens l, 18-20). Alors que nous fêtons l’Ascension, nous fêtons un mystère extrêmement important, et je dirais : plus important pour nous que pour le Christ. Et pour bien vous le faire percevoir, je voudrais repartir de deux réalités qui étaient courantes à l’époque de la naissance de l’Église.

Romain 8 22La première réalité, qui ressemble énormément à ce que beaucoup d’entre nous pensent aujourd’hui : c’est que tout va toujours de plus en plus mal. À l’époque de Jésus, on avait une vue plutôt pessimiste de l’existence et de la vie. Pensez par exemple au peuple Israël, qui avait connu une histoire prestigieuse : des rois, une histoire qui avait duré près de vingt siècles, un peuple fier d’avoir été appelé par Dieu, fier de son élection, ce peuple se trouvait en réalité dans une situation absolument impossible, occupé par les Romains, soumis à des divisions et des tensions internes, une vie politique sociale et religieuse extrêmement agitée. Tout allait mal. Et les païens de cette époque-là pensaient aussi, déjà, que le monde ne cessait pas de se dégrader. On était pour ainsi dire écologiste avant la lettre : « ça allait toujours très mal ! » Aussi les païens avaient-ils toujours recours à une divinité qui était très prisée à l’époque qui s’appelait “la bonne Fortune”. Nous dirions aujourd’hui la loterie nationale ou internationale, dont le slogan aurait pu être le suivant : pourvu que je décroche le gros lot dans l’existence ! Et pourquoi cela ? Précisément parce que “ça” allait toujours mal et que le seul moyen de compenser consistait à mettre la fortune, entendez la déesse et en même temps la monnaie, dans sa poche. Et ceci est d’ailleurs d’autant plus étonnant que, pour les juifs, vous le savez, le récit de la création était là sans cesse pour nous rappeler que « tout cela était bon » ! Mais une telle affirmation paraissait très difficile à accepter. C’est aussi le cas pour nous à certains moments de la vie : la valeur et la bonté de la Création nous paraissent difficiles à accepter. Et, même chez saint Paul, nous trouvons un écho de ce pessimisme généralisé. Il écrit : « Actuellement la Création gémit dans les douleurs de l’enfantement » (Rom. 8, 22). Or l’enfantement, on n’a jamais trouvé ça très drôle ! Ainsi donc, saint Paul veut nous dire que lorsqu’on regarde la création, ça va mal, la création est en souffrance. Vous me direz peut-être que c’est déjà bien optimiste de penser que la création est en souffrance d’enfantement. Certes, mais en tout état de cause, cela reste un très mauvais moment à passer. Voilà pour la première chose.

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La seconde, la voici : dans ce monde-là, il n’y avait qu’une réalité vraiment consolante, avoir des enfants. Là-dessus, nos contemporains n’ont plus tout à fait le même sentiment. On dit que “ça a évolué”. Mais à cette époque-là, il était extraordinaire d’avoir des enfants. Pourquoi ? Parce qu’au milieu de cette dégradation générale, avoir un enfant, un fils, c’était extraordinaire car on pouvait, comme parents, se donner un héritier qui arrive à la même plénitude que celle à laquelle on était soi-même parvenu, c’est-à-dire un homme en plein âge adulte, en pleine maîtrise de ses facultés, de son intelligence, de sa volonté et de sa liberté. Par conséquent le fait d’avoir un fils était fondamentalement une promesse extraordinaire que le lignage allait continuer, l’héritage allait se transmettre et, au milieu de cette dégradation générale, demeurait cette continuité imperturbable, il y aurait quelqu’un pour assumer tout ce qui constituait la beauté, la grandeur, la noblesse et la richesse du patrimoine familial.

Vous vous demandez peut-être ce que cela a à voir avec le mystère de l’Ascension. Je vous assure que nous sommes au cœur du problème. Car comment les premiers chrétiens ont-ils exprimé cette réalité de l’Ascension du Seigneur ? Par la petite phrase que j’ai citée tout à l’heure: « Siège à ma droite parce que Tu es mon Fils ». Quand les premiers chrétiens voulaient dire que le Christ était exalté dans la gloire, ils citaient donc ce mot : « Siège à ma droite » – il s’agit d’une parole prononcée par le Père –, « car tu es mon Fils » – cette parole s’adresse au Fils. Cela signifiait précisément : « Ce Jésus que nous avons connu dans son humanité, sa mort et sa déréliction, voici que Dieu a décidé de le traiter comme son Fils ». Et vous devinez toutes les résonances que cela pouvait avoir. Jésus est l’héritier, Il est l’égal de Dieu, Il possède en Lui tout ce que Dieu veut bien Lui donner, c’est-à-dire le patrimoine de l’amour divin, la force, la puissance infinie dont nous parlait tout à l’heure la lettre aux Ephésiens. Autrement dit, l’Ascension est le moment où le Christ est exalté, manifesté clairement, totalement et définitivement comme l’égal du Père, l’héritier de tout ce que le Père veut Lui donner. On entre dans un nouvel âge de l’humanité, car jusque-là avec Abraham, avec Moïse, avec tous les prophètes, on avait été, comme le dit saint Paul dans la lettre aux Galates, dans le temps des pédagogues c’est-à-dire l’école, et à cette époque-là c’étaient les esclaves qui faisaient l’école.

Or précisément, les premiers chrétiens ont saisi la transformation : l’humanité, dans et par l’humanité de Jésus, est arrivée à sa pleine maturité. Voilà donc ce que veut dire l’Ascension. Un homme, Jésus, est arrivé à la plénitude de sa vie et de son existence parce que Dieu a élevé sa condition d’homme à la hauteur de Dieu, Lui a donné un statut de Fils en lui confiant la plénitude de l’héritage, plénitude humaine telle que jamais aucun homme ne l’avait eue. Et donc, pour les premiers chrétiens, célébrer le Christ exalté dans la gloire de son Ascension, c’était fondamentalement célébrer leur fête, la fête de leur accession à la plénitude de l’existence humaine. Parce qu’ils ont vu Jésus, leur maître, recevoir le statut de l’égal de Dieu, ils ont perçu qu’en Lui Jésus, toute l’humanité parvenait désormais à ce statut d’enfant de Dieu et à cette plénitude de l’existence humaine. C’est donc la fête de l’accès à notre plénitude d’existence d’hommes. Par l’Ascension, l’humanité entière est enfin arrivée à sa véritable liberté filiale, liberté vers laquelle elle soupirait depuis les premiers temps de la promesse, depuis Abraham, depuis le temps de la pédagogie et de l’apprentissage à devenir pleinement hommes. L’humanité est devenue adulte : elle est devenue grande de Celui qui en est la tête, Jésus-Christ, exalté, siégeant à la droite du Père, de Jésus devenant « le Seigneur ». l'ascension de jésusEt dès lors il se passe ce bouleversement fondamental. Si Jésus est parvenu à cette plénitude, et si par ailleurs, le monde donne toujours l’apparence d’aller de mal en pis, l’Ascension cependant signifie le début du “renversement de la vapeur“. Si maintenant, au milieu de tout ce qu’a vécu Jésus, et notamment sa mort, sa déréliction sur la croix, si au cœur de cette déchéance même, Jésus, dans son humanité est parvenu à la plénitude (siéger à la droite du Père), s’Il a vécu cela pour nous, alors nous avons reçu la certitude absolue que chacun d’entre nous est appelé à cette plénitude, quoiqu’il arrive dans ce monde. Et même si nous voyons actuellement encore le mal à l’œuvre dans ce monde et qu’à certains moments nous avons envie de nous décourager, en réalité la fête de l’Ascension doit nous rappeler avec force qu’au cœur même de cette souffrance, de ces insatisfactions et de ces tâtonnements, c’est le mystère de la plénitude de notre humanité, de notre liberté qui s’accomplit.

Désormais nous avons la certitude de grandir, de devenir vraiment et pleinement fils de Dieu, au milieu même de tout ce qui peut nous blesser et nous faire souffrir, Dieu ne cessera jamais d’exercer sur nous la puissance de l’espérance, la force de l’appel et la grandeur agissante de la Seigneurie de Jésus-Christ. Nous sommes l’Église, nous avons à devenir le corps du Christ. Nous avons la certitude, par grâce, comme le dit saint Paul, de « chercher avec le Christ les choses d’en Haut, là où le Christ siège, à la droite du Père » (Colossiens 3, 1).

Nous possédons là une espérance, un héritage que nous ne pouvons pas laisser se dilapider. C’est vrai qu’aujourd’hui nous éprouvons à tout moment ce sentiment qu’il est difficile de vivre de notre foi chrétienne, de vivre à la hauteur même de l’appel que nous avons reçu. C’est vrai même qu’à certains moments, nous essayons de métamorphoser ce désir de participer à la seigneurie du Christ en croyant l’établir solidement sur la terre à travers des moyens très humains qui, parfois, sont un peu douteux. Mais en réalité il faut que nous croyions que le point de départ est d’abord la foi que nous avons reçue en l’humanité de Jésus-Christ glorifiée et exaltée. C’est parce que Jésus est vraiment ressuscité dans la gloire que nous, nous savons comment, souterrainement, secrètement mais réellement, ce monde et l’humanité parviendront à la plénitude de la vie filiale et de la liberté. Amen.




L’Ascension par P. Claude Tassin (5 Mai 2016)

Actes des Apôtres 1, 1-11 (“Tandis ques les Apôtres le regardaient, il s’éleva”)

Le texte, qui ouvre le livre des Actes des Apôtres, se divise en trois parties.

1) Le prologue s’adresse à Théophile, qui était déjà le destinataire, réel ou fictif, du «premier livre», l’évangile de Luc. Pour l’auteur, la mission du Christ va du «commencement», c’est-à-dire le Baptême de Jésus par Jean, jusqu’à l’Ascension, une autre manière de parler de Pâques : Jésus le Crucifié est exalté par Dieu. Dans son évangile, Luc place l’ascension au soir de Pâques (Luc 24, 50-52) ; au début des Actes, il la situe au bout de quarante jours d’apparitions «pédagogiques». Ce sont deux manières de présenter, dans le temps, un mystère qui échappe au temps.

2) L’ultime dialogue s’articule ainsi : les Apôtres vont être baptisés dans l’Esprit Saint, comme Jésus le fut au seuil de sa mission (Lc 3, 21-23). En bons lecteurs des prophètes, ils pensent que la fin des temps arrive, puisque l’Esprit revient. Jésus va donc restaurer l’État d’Israël. Qu’ils se détrompent! L’Esprit les fera prophètes, témoins de Jésus, pour prolonger son message «jusqu’aux extrémités de la terre».

3) La scène de l’ascension elle-même est sobre : «* ils le virent s’élever»… L’accent porte sur l’intervention des deux êtres «en vêtements blancs», des anges. Par eux, le Ciel confirme notre espérance (Christ viendra), mais nous interdit toute attente béate et stérile et nous pousse au témoignage, par la force de l’Esprit.

* «Ils le virent s’élever»… «Iils le regardaient»…, «à leurs yeux»…, «ils fixaient le ciel»…, «pourquoi… regarder vers le ciel»…, «de la même manière que vous l’avez vu»… Cinq mentions de «vision» pour treize lignes du lectionnaire! Qui peut faire plus ? Pourquoi cette insistance ? La clé se trouve dans la scène de l’ascension d’Élie en 2 Rois 2, 1-14, où se trouve la même insistance : Élisée recevra la plénitude de l’Esprit prophétique d’Élie s’il voit l’enlèvement céleste de son maître. Et il le voit ! Or, pour saint Luc, Jésus est le nouvel Élie. Comme Élisée hérita de l’Esprit prophétique d’Élie, de même les Apôtres vont hériter, à la Pentecôte, de l’Esprit de Jésus. Ne coinçons pas nos doigts entre l’arbre et l’écorce en prétendant trouver «ce qui s’est passé» (l’écorce) dans le mystère indicible de l’Ascension (l’arbre) ! Contentons-nous de comprendre ce que Luc veut nous dire en recourant à l’icône de l’ascension d’Élie : nous avons à continuer par le monde entier l’œuvre prophétique de libération que Jésus a inaugurée au pays des Juifs..

Lettre aux Hébreux 9,24-28 ; 10,19-23 (“Le Christ est entré dans le ciel même”)

L’Ascension est l’entrée de Jésus, le grand prêtre, dans le sanctuaire du ciel, et notre entrée à sa suite. La figure du grand prêtre juif nous parle peut-être peu. Alors, dans le contexte de ce passage, prenons l’image plus séculière d’un délégué, notre représentant auprès de Dieu. Jésus, notre délégué, entre chez Dieu, rouvre la porte, *«le rideau du Sanctuaire» et, à nous qui sommes massés derrière lui, il reviendra dire qu’il a gagné notre cause, que nous sommes admis auprès de Dieu.

Pourtant, nous pourrions hésiter à suivre l’auteur, pour trois raisons : 1) Ce délégué nous représente-t-il vraiment ? Ne défend-il pas ses propres intérêts ? Non, dit la Lettre aux Hébreux : ce médiateur a payé de son sang l’accès auprès du Maître de l’univers. 2) Admettons ! Mais sommes-nous sûrs qu’il est bien entré chez Dieu, et non pas dans un de ces vestibules d’attente que sont les temples terrestres ? «Il est entré dans le ciel même» et Dieu l’a même «établi» sur sa «maison», affirme l’auteur. 3) Soit ! Mais une foule de médiateurs prétendent faussement nous conduire à Dieu. Ce n’est pas le cas, répond l’auteur, de celui qui se donne lui-même totalement, «une fois pour toutes».

* Le rideau du Sanctuaire. L’auteur songe au voile qui séparait le Saint des Saints du reste du Temple. Le grand prêtre, et lui seul, traversait une fois par an ce rideau, au jour du Grand Pardon (le Kippour) pour obtenir de Dieu le pardon des péchés commis par le Peuple élu. C’est cette tenture que les évangiles voient se déchirer lors de la mort de Jésus (Marc 15, 38). Par ce symbole, ils signifient à la fois la fin du culte ancien de Jérusalem et l’accès de tous les humains, sans plus de voile, auprès de Dieu.

La lettre aux Hébreux choisit une autre transposition : chaque année, le grand prêtre, gravissait quelques marches pour exerceer sa fonction (symbole horizontal) sans vraiment rencontrer Dieu ; le Christ, lui, par sa résurrection, est monté dans le vrai Saint des Saints, une fois pour toutes (symbole vertical). Nous bénéficions de son ministère sacerdotal de pardon.

 

Luc 24, 46-53 (“Tandis qu’il les bénissait, il fut emporté au ciel”)

Luc boucle son évangile en une journée, celle de Pâques. Le soir, après l’épisode des disciples d’Emmaüs, Jésus rejoint «les onze apôtres et leurs compagnons». Il leur livre son ultime testament et les entraîne vers le lieu de son ascension.

Le testament de Jésus

Le testament de Jésus est un envoi pour lequel d’abord «il leur ouvre l’esprit à l’intelligence des Écritures» (verset 45) : nous devons lire l’Ancien Testament avec des lunettes chrétiennes, c’est-à-dire comme une carte tracée par Dieu pour nous conduire à la révélation de son Fils. D’ailleurs la mission confiée à l’Église par Jésus se branche sur le dernier prophète de l’Ancien Testament, Jean Baptiste, qui «proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés» (Luc 3, 3).

Luc annonce aussi le plan des discours que prononceront les Apôtres dans les synagogues juives. C’est d’ailleurs le schéma de toute prédication chrétienne : la Passion, la résurrection du Christ, l’appel à la conversion en vue du «pardon des péchés», nouveau départ dans la vie, une grâce divine que le monde juif expérimente au jour du Grand Pardon (le Kippour).

Ce message concerne «toutes les nations, en commençant par Jérusalem» : ce que Jésus a inauguré au sein de son peuple, «les témoins» l’exporteront par le monde entier. Ils pourront le faire parce qu’ils vont recevoir la «force venue d’en haut», c’est-à-dire l’Esprit Saint que Jésus reçut à son baptême et qui anima sa mission de Messie prophète. Que les disciples doivent être «revêtus» de l’Esprit est une expression étrange. Elle vient du passage biblique selon lequel l’Esprit prophétique passa à son disciple Élisée par le biais du vêtement de son maître Élie (2 Rois 2, 13-15 – comparer 1 Rois 19, 19 !). Or, pour Luc, Jésus est le nouvel Élie transmettant à ses disciples l’Esprit qui aniimait sa mission terrestre.

L’Ascension

La fin de l’évangile de Luc et le début des Actes des Apôtres se «tuilent», selon un procédé littéraire cher à l’évangéliste : mêmes derniers entretiens de Jésus avec les siens, même programme d’une mission universelle, même scène d’ascension (cf., ci-dessus, le commentaire de la 1ère lecture).  Mais les points de vue diffèrent. Les Actes situent l’ascension sur le mont des Oliviers (Actes 1, 12 – comparer Zacharie 14, 4), et l’icône est celle du nouvel Élie, le prophète, qui revêtira ses disciples de son Esprit prophétique. L’évangile situe l’ascension à Béthanie, là où les croyants avaient proclamé la souveraineté de Jésus (voir Luc 19, 29-38), et l’icône est celle d’un nouvel Élie *grand prêtre en qui le culte nouveau se réalise. D’ailleurs, c’était le 1er du mois de Nisan, peu avant la fête de la Pâque, que le nouveau grand prêtre entrait en fonction.

Du Temple au Temple

L’évangile de Luc commençait au Temple, avec la vision de Zacharie, père de Jean Baptiste. Il s’achève au Temple, avec les disciples de Jésus qui ont désormais un grand prêtre céleste (2e lecture). Ils attendent, dans une grande joie la venue de l’Esprit par qui va s’ouvrir un culte nouveau, et qui fera d’eux les témoins de la mission de Jésus par tout l’univers.

*Jésus, grand prêtre. Selon Luc, Jésus avait annoncé «une année de bienfaits», allusion à l’année jubilaire juive en laquelle les dettes étaient remises et les esclaves libérés (cf. Luc 4, 18). Or, c’est le grand prêtre qui ouvrait officiellement l’année jubilaire, à la fête du Grand Pardon (le Kippour). Et nous lisons, au terme de l’évangile : «levant les mains, il les bénit». Jésus imite le grand prêtre qui, lors du Grand Pardon, bénissait l’assemblée prosternée (voir la scène en Siracide 50, 20-21).

Certains cercles juifs d’alors spéculaient sur l’existence d’un grand prêtre qui, monté au ciel, officiait devant Dieu et reviendrait à la fin des temps libérer son peuple : pour les uns, c’était Élie – or, Luc voit en Jésus le nouvel Élie ; pour d’autres, c’était le patriarche Hénoch, né sans père selon les légendes ; pour les gens de Qumrân, c’était Melkisédeq (cf. Genèse 14, 17-20), figure du Christ selon la Lettre aux Hébreux. Le Nouveau Testament exploite les figures légendaires susceptibles de donner toute son ampleur à la mission du Christ.

 




6ième Dimanche de Pâques- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Le Christ, transfiguration de la souffrance

 

esprit saint 2« C‘est la paix que Je vous donne, c’est ma paix que Je vous donne. Ne soyez donc pas bouleversés ni effrayés ».

Frères et sœurs, je voudrais m’adresser plus spécialement à ceux et celles d’entre vous qui d’une manière ou d’une autre, dans leur corps ou dans leur cœur, sont marqués par l’épreuve de la souffrance.

Qu’est-ce que la souffrance ? C’est difficile à dire, presque aussi difficile à dire que redoutable à vivre et à éprouver dans son cœur et dans sa chair. Car la souffrance, c’est d’abord le fait que tout à coup, alors que nous sommes faits pour vivre, pour communiquer avec les autres, pour partager, pour échanger, pour être libres de nos mouvements, aller là où bon nous semble, tout à coup notre corps surtout, mais parfois aussi notre cœur, nous apparaissent comme une limite, comme un handicap pour vivre, comme une sorte de barrière qui petit à petit se marquerait autour de nous et qui empêcherait à ce moment-là de sortir de nous-mêmes pour aller à la rencontre des autres et pour les accueillir. Ce qui est terrible dans la souffrance, c’est le fait qu’à tout moment, je suis renvoyé à moi-même, à mon corps, à cette partie de moi-même qui souffre et dont je ne peux plus me défaire, qui envahit tout le champ de ma conscience et qui fait que je suis comme muré par cette présence de moi-même à moi-même. Je suis là, je souffre, je ne pense plus qu’à cette souffrance. La souffrance est comme cette espèce d’enfermement terrible qui ne devrait pas avoir lieu, car notre corps est fait pour communiquer avec les autres, pour marcher. Et tout d’un coup nous éprouvons en nous-mêmes cette limite, ce poids, cet empêchement. Alors que notre cœur est fait pour nous émerveiller, pour regarder autour de nous, pour accueillir la joie, le bonheur de vivre, voilà que tout à coup ce cœur est comme bloqué, paralysé par cette souffrance. À ce moment-là, la vie nous apparaît comme insupportable car tout ce qui, dans un premier mouvement, devrait nous mettre en contact avec l’extérieur, nous semble en réalité comme un enfermement accablant.

Frères et sœurs, à vues humaines il n’y a pas d’explication ou de justification de la souffrance ; elle est le contraire même de ce à quoi, profondément, nous aspirons. Elle est le contraire même de ce dynamisme profond de notre vie. Et pourtant, nous-mêmes comme croyants, comme disciples de Jésus-Christ, nous croyons que, si terrible que soit à porter notre souffrance, en réalité depuis que Jésus est mort et ressuscité pour nous, ce n’est plus exactement la même chose. Le texte de l’évangile d’aujourd’hui peut nous aider à mieux le comprendre.

jesus-pleureJésus Lui-même, au moment où Il prononce ces paroles, sait qu’Il va affronter cette souffrance terrible des hommes que nous appelons l’agonie et qu’Il va l’affronter dans un contexte particulièrement terrible puisqu’Il va être condamné publiquement à une mort atroce, de dérision, infiniment terrible à porter et à vivre, la mort sur la croix, cette longue épreuve à la fois d’étouffement, de tétanie de tout le corps crucifié, de douleur dans tous les membres. Cependant, le testament qu’Il fait au moment où Il passe la dernière soirée avec ses disciples est extraordinairement paisible et comme confidentiel : « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne ».

Un homme qui va mourir crucifié et qui dit simplement à ses disciples : « La seule chose que J’ai à vous donner maintenant, c’est la paix ». Et Il insiste : « Je vous le dit maintenant avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez », comme si Jésus savait à quel point sa souffrance, son supplice allaient être une sorte de déroute profonde dans le cœur des disciples et avec cette très grande paix, Il leur dit en quelque sorte : « Je vous annonce tout cela, mais pour que vous gardiez la paix ». Et puis encore il leur explique : « Je m’en vais vers le Père, et apparemment vous êtes tristes parce que Je vous dis cela, parce que vous soupçonnez qu’il y a quelque chose qui est lié à la mort et à la souffrance dans mon départ. Et pourtant vous devriez vous réjouir de ce que Je vais vers le Père ».

Autrement dit, frères et sœurs, ce sont des paroles étranges pour quelqu’un qui est sur le point d’entrer dans la souffrance et qui dit simplement : « Je m’en vais, mais Je vous laisse ma paix ». Mais quelle paix peut apporter un homme qui va être torturé et livré à la souffrance ? C’est précisément que, si Jésus entre dans la souffrance des hommes, c’est pour que la souffrance qui est apparemment cet enfermement sur soi, cet accablement qui nous écrase, que cette souffrance en réalité puisse devenir, uniquement par sa grâce, par sa présence, parce qu’Il est là et qu’Il a promis, dans le cœur de ceux qui souffrent, que cette souffrance envers et contre tout ce qui, humainement, est lourd à porter puisse, étant porté par Jésus Lui-même, devenir un chemin de Pâques, de sortie vers Dieu, hors de nous-mêmes en présence même de l’amour de Dieu. Ceci dépasse tout ce que nous pouvons comprendre, ceci est au-delà de notre propre manière humaine de voir. Il n’y a que Jésus qui pouvait nous dire une chose pareille. Il n’y a que le Dieu qui a souffert pour nous qui pouvait nous dire que la souffrance n’est pas cette espèce d’impasse dans laquelle apparemment nous sommes jetés sans horizon, en n’y voyant plus rien, en étant comme aveuglés par la souffrance, mais que tout en restant souffrance, elle peut devenir véritablement une ouverture au mystère de notre entrée dans la gloire.recevoir-pardon

Frères et sœurs, cela ne retire rien ni à la souffrance physique ni à la souffrance morale dont chacun d’entre nous peut, à un moment ou l’autre de sa vie, avoir à porter le poids. Ceci n’est pas une sorte d’opération pour nous faciliter les choses, ce n’est même pas une sorte de parole consolante qui servirait comme d’un opium pour nous dire : après ça ira mieux, mais c’est vraiment rassurant que si Dieu est venu apporter et partager notre condition humaine totale, alors Dieu est venu aussi partager et vient aussi encore aujourd’hui partager notre souffrance. Et de même qu’Il a voulu que désormais tout ce que nous vivons soit un chemin vers le Père, de même Il veut que notre souffrance puisse être, elle aussi, avec Lui et par Lui, un chemin vers l’amour de Dieu.

Pour terminer, je voudrais simplement faire une allusion au texte de l’Apocalypse de la deuxième lecture. Vous avez remarqué que Jean nous décrit la Jérusalem céleste comme une ville avec des murailles. C’est vrai qu’habituellement les murailles, c’est de la pierre, c’est quelque chose qui nous enferme, qui mure littéralement notre cœur. Mais dans la Jérusalem céleste, les murailles sont de pierres précieuses, il y a même douze sortes de pierres précieuses, comme s’il y avait douze couleurs qui allaient composer désormais la lumière à l’intérieur de laquelle tous les élus se sont rassemblés. Je dirais que cette Jérusalem céleste avec des murailles de pierres précieuses, c’est la parabole de la souffrance. Habituellement les murailles sont un enfermement et une souffrance, et là, lorsque c’est Dieu qui façonne sa Jérusalem céleste, lorsque c’est Dieu qui donne la paix à l’homme, alors Il fait que ces murailles qui gardent leur consistance de pierre, leur dureté, leur côté impénétrable, cependant mystérieusement deviennent ces pierres précieuses, choisies aux yeux de Dieu, dans lesquelles peut chanter la lumière du salut et de l’éternité. Amen.




6ième Dimanche de Pâques par P. Claude Tassin (24 Avril 2016)

Actes 15, 1-2.22-29 (“L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas faire peser sur vous d’autres obligations que celles-ci, qui s’imposent”)

Les ciseaux de la liturgie ne conservent ici que les causes et les conclusions de l’Assemblée de Jérusalem (lire Actes 15,4-21), un «concile» avant la lettre, décisif pour l’avenir de la mission chrétienne en Occident. Résumons la situation et l’enjeu de l’événement.

La situation

À Antioche de Syrie, les missionnaires, dont Paul et Barnabé, accueillent les païens dans l’Église, sans exiger d’eux autre chose que de confesser leur foi au Messie mort pour nous et ressuscité par Dieu. Or des chrétiens de Judée, d’origine pharisienne, protestent : si ces païens croient au Messie, ils méritent de faire partie du Peuple élu et donc de recevoir la *circoncision.

L’événement

Les Apôtres et Anciens de Jérusalem et les délégués d’Antioche en jugent autrement : les païens devenus chrétiens n’ont pas à recevoir la circoncision, car Dieu les a appelés par sa grâce en tant que païens, avec leur propre culture ; ils n’ont pas à passer à la culture juive. Simplement, ils observeront quatre pratiques juives montrant qu’ils sont associés au peuple d’Israël, à savoir les interdits alimentaires et les interdictions matrimoniales émises par la Loi (cf. Lévitique 18, 6-18).

Le missionnaire n’impose pas aux autres peuples sa propre culture; il porte un Évangile qui s’incarne en chaque culture. En cette perspective, il respecte aussi les peuples pour qui la circoncision a une valeur culturelle, voire religieuse. Il s’agit d’évangéliser ces rites.

* La circoncision. Dans l’Orient ancien, certains peuples pratiquaient la circoncision, d’autres non. Israël divisait le monde en deux parties : le Peuple élu et les incirconcis. Car Dieu avait donné la circoncision à Abraham comme le signe de son Alliance (cf. Genèse 17, 10-14), et, par la circoncision, le prosélyte (païen converti au judaïsme) s’intégrait au Peuple de Dieu. Mais, selon les prophètes, la « circoncision du cœur », engagement de tout l’être envers Dieu, importait plus que le signe physique (cf. Deutéronome 30, 6).

Apocalypse 21, 10-14.22-23 (“Il me montra la Ville sainte qui descendait du ciel”)

Dieu est-il aussi un urbaniste ? Dans ses visions finales, l’Apocalypse présentait la nouvelle Jérusalem, le Peuple nouveau, dans son union intime avec Dieu (5ième dimanche) ; la troisième vision décrira la cité comme un jardin de Vie (Apocalypse 22, 1-5). Entre les deux, voici un flash sur la ville idéale, conçue comme un carré parfait à partir du nombre douze, symbole de la totalité des “tribus” constituant le Peuple de Dieu.

1) C’est une ville splendide, une gigantesque pierre précieuse que fait chatoyer la présence de Dieu, sa gloire.

2) C’est une ville solide et sûre dont Dieu garde les portes par ses anges. Son haut rempart ne craint aucun séisme, puisqu’il a les douze Apôtres pour fondations.

3) Comme l’ancienne Jérusalem, c’est une ville de pèlerinage : « les nations marcheront vers ta lumière », dit le verset 24. Mais plus de Temple pour accueillir les pèlerins ! Car *la présence de Dieu et de l’Agneau sauveur est immédiate, sans voiles, sans plus besoin de rites et de symboles.

Cette présence de Dieu, plus lumineuse que le soleil et la lune, est donc le dernier mot de l’histoire. Présence déjà actuelle quand nous bâtissons la cité humaine en nous appuyant sur Dieu et sur le message des Apôtres. Les apocalypses sont des œuvres d’imagination inspirées par Dieu. Elles hésitent dans leur scénario de la Fin. Certaines imaginent un transport des élus vers les cieux. D’autres, comme celle de ce dimanche, voient la Ville de Dieu descendre parmi nous.

* La présence de Dieu. « La Jérusalem céleste n’a pas de temple… on peut parler de la constante tentative des hommes de cantonner Dieu et leurs rapports avec lui dans… des occasions et des lieux strictement réservés et délimités. Cette attitude est proprement idolâtre, elle exprime la prétention de l’homme à assigner sa place à Dieu. L’évangile que nous entendons dans l’Apocalypse affirme seulement que Dieu est présent parmi les hommes, et c’est tout » (P. Prigent).

 

Jean 14, 23-29 (“L’Esprit Saint vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit”)

Voici la fin du premier des Discours d’adieu de Jésus (chapitre 14) s’achevant par cette injonction : « Levez-vous, partons d’ici » (verset 31). Or personne ne se lève et nul ne part, puisqu’il y a encore trois chapitres de discours reflétant au moins trois générations d’écrivains évangéliques qui se relisent et se complètent les uns les autres. Ce sont leurs réflexions successives que l’Église tient pour inspirées par Dieu, et non quelque magnétophone imaginaire restituant les paroles de Jésus, à la veille de sa Passion.. Cette finale de Jean 14 répond en trois vagues à la question que se posent les croyants de tout temps : comment le Christ, disparu, est-il présent dans nos vies, et absent pour les non-croyants ?

Si quelqu’un m’aime

Dans la bouche de Jésus, l’expression « ma parole » ou « mes paroles » renvoie aux commandements de Dieu que le judaïsme appelle « les Dix Paroles » et nous apprenions dimanche dernier que ces paroles se résument désormais dans le « commandement nouveau » de l’amour mutuel. L’évangéliste précise à présent ceci : la fidélité au commandement de l’amour rend réellement présents Jésus et son Père, puisque celui-ci est la source de cette communion. Il y a donc une présence de Jésus dans le souvenir de ses paroles « pendant qu’il demeurait avec nous ».

Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles… L’évangéliste joue, en manière de symbole, sur la dimension affective de la mémoire : on se souvient et on se nourrit, presque inconsciemment, des paroles fortes que nous a données en partage un ami disparu ou vivant au loin. Ainsi en va-t-il des paroles de Jésus, voire de maximes évangéliques qui restent gravées en nous.

L’Esprit Saint

C’est « *le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra », qui féconde la mémoire des croyants, même s’ils n’en ont pas conscience ; c’est lui qui assure la continuité avec la mission historique du Nazaréen. Jean 16, 12-13 ira plus loin, en affirmant que les paroles du Jésus terrestre étaient, d’une certaine façon, incomplètes : dans les situations nouvelles que les disciples ne pouvaient prévoir, l’Esprit fera comprendre mieux encore le message de Jésus. Cet Esprit « vous enseignera tout », dit le Christ.

La paix

Forts de la mémoire de Jésus, défendus par l’Esprit Saint, les croyants vivent dans la paix au milieu des épreuves. Ainsi, Jésus reste présent par le don de la paix, son legs ultime. « Je vous donne ma paix », dit Jésus en nos célébrations eucharistiquess. Ce n’est pas, « à la manière du monde », la paix des armes et la sécurité matérielle, mais le bonheur que Dieu prépare au terme de l’histoire et que le Ressuscité anticipe pour les siens (voir Luc 24, 36) en les saluant à la manière juive (shalôm !). Cette paix est joie, amour qui chasse toute peur : nous nous réjouissons de ce que Jésus va vers le Père à qui il s’est soumis, comme un messager à celui qui l’envoie (« le Père est plus grand que moi »).

« Je m’en vais », déclare Jésus : le but de sa mission est son retour vers le Père ; « et je reviens vers vous », ajoute-t-il. Retrouver la pleine intimité avec le Père, par la victoire de Pâques, et permettre ainsi le don du Défenseur, voilà sa manière de « revenir » à nous, et de nous faire entrer en pleine communion avec Dieu le Père.

Jean a grande confiance dans l’action de l’Esprit et dans l’amour fraternel comme moteur de la vie de l’Église. L’absence physique de Jésus n’est que l’envers de sa présence auprès du Père grâce à laquelle nous sommes « branchés » sur le courant de l’amour de Dieu.

Le Défenseur ou « Paraclet ». « Pour mieux comprendre le rôle de l’Esprit dans l’évangile de Jean, il faut regarder dans l’Ancien Testament les figures charismatiques qui viennent relayer un personnage important pour prolonger sa mission : Josué prend le relais de Moïse, Elisée d’Elie, Jésus de Jean Baptiste. L’Esprit, dans l’évangile de Jean, semble jouer un rôle semblable par rapport à Jésus.

Jean est le seul à utiliser le mot « Paraclet » pour désigner l’Esprit. C’est la forme passive du verbe parakaléô : celui qui est appelé, celui qui vient au secours, celui qui est témoin de la défense (la traduction liturgique opte pour le terme « Défenseur »). Au sens actif, c’est l’intercesseur, le médiateur, le consolateur. Dans l’évangile de Jean, le Paraclet est le témoin de Jésus, l’interprète de son message devant ses ennemis, en particulier au procès, le consolateur des disciples, en lieu et place de Jésus, l’enseignant et le guide pour les disciples et donc leur aide » (A. Marchadour, L’Evangile de Jean).