1er Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Tentations au désert

Mt 4, 1-17

Ce récit des tentations, que nous venons d’entendre est comme un trousseau de clés, qui nous permet d’ouvrir à la fois la porte la plus secrète des faiblesses dans le cœur de l’homme et la porte la plus secrète des forces de Dieu dans le cœur de Jésus.

Ce récit-là, c’est déjà tout l’Evangile en abrégé : il est comme un guide de vie spirituelle. Si cet Evangile est le premier pour le 1er dimanche de notre entrée en Carême, il est comme un panneau-guide, en début du “parcours spirituel” qui nous indique à l’avance les embûches à éviter, les obstacles à franchir et les bonnes pistes à adopter.

Nous aussi, comme Jésus, pendant 40 jours, nous pouvons être poussés par l’Esprit, conduits par lui pour aller dans le désert : ce lieu de silence, de recueillement, où Dieu parle au cœur. Il ne s’agit pas pour nous d’un désert matériel : inutile d’aller jusqu’à la Plaine des Sables. C’est en nous qu’il faut le créer, ce désert : recueillant silence, prière pendant 40 jours, comme Jésus, uni à son père, réalisant mieux ce qui va devenir sa mission, prenant davantage conscience de la volonté du Père ; faire de votre carême, une véritable ‘’retraite’’ intérieure pendant 40 jours, jusqu’à Pâques, unis à Jésus, unis à son père, où le Seigneur lui-même nous parlera au cœur, où il nous dira de façon plus claire quelle est notre mission : la volonté du Père sur nous.

Dès qu’il y a désert, retraite, prière, vie plus intérieure, et plus spirituelle, apparait tout de suite et en même temps : la tentation. C’est normal ! Satan s’attaque en priorité à ceux qui essaient de chercher Dieu. Pour les autres, ceux qui ne cherchent pas Dieu, Satan n’a pas besoin de s’occuper d’eux.

Si bien, voyez-vous, que la tentation est plutôt un bon signe ! Si vous êtes tentés, si vous avez des tentations, j’allais dire : ‘’réjouissez-vous’’, car Satan n’attaque que ceux où Dieu est présent.

« Mon Père et moi, nous ferons chez lui notre demeure ».

Satan ne va pas assiéger des villes qui lui sont déjà acquises : il va d’abord attaquer les places fortes de Dieu, ce qui explique que les saints ont souvent été soumis à des tentations bien plus fortes et bien plus dures que les nôtres.  Alors, avec Jésus-Christ au désert, à l’écoute de son Père qui va lui faire découvrir sa mission, le mauvais va frapper fort. Devant Jésus, il joue son va-tout et il ne va plus le laisser tranquille jusqu’à Gethsémani, jusqu’à la croix, jusqu’au dernier moment où le Seigneur va crier : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? ». « Père, je remets mon âme entre tes mains ».

C’est la Résurrection du Christ qui signera définitivement la défaite finale du mal et du malin.  Pour le moment, Satan va déployer toute sa panoplie de tentations, depuis les plus grossières jusqu’aux plus subtiles.  Comme tout ennemi, il va d’abord chercher sont les points faibles de son adversaire.

  • Jésus jeûne : il a donc faim, c’est son point faible. Il faut donc l’attaquer par là.

« Si tu es le fils de Dieu » : admirez le “si”. Satan sait très bien que Jésus est le Fils du Père : mais cela fait partie de sa tactique, ” mettre en doute “, dans le flou, on ne sait plus très bien où est la vérité… qui on est ? Quelle est notre mission ? Satan passe à l’attaque de cet homme affamé : « Ordonne que ces pierres deviennent des pains ».

Rappelez-vous c’était la même tentation alimentaire et matérielle à l’égard des hébreux dans le désert : « Ah ! Si nous avions au moins les oignons que nous mangions en Egypte tandis qu’ici, nous crevons de faim » … et Dieu leur offre la manne.

Tentation de sensualité qui s’adresse aux instincts de conservation, de protection ; instincts physiques qui sont bons mais que Satan veut détourner : « Que ces pierres deviennent des pains ».

Tentation de facilité si présente dans notre monde.

Tentation du « tout et tout de suite ».

Le désert est le lieu des mirages. Dans une tentation, Satan se sert

de notre imaginaire pour nous faire croire possible ce qui ne l’est pas.  Jamais des pierres ne sont devenues ‘’pains’’ et Jésus répond par une citation de l’écriture. Nous aussi, nous ne trouverons les véritables “réponses” à nos tentations que dans la Parole de Dieu : notre Bible, notre Evangile sont le réservoir de nos forces contre Satan, contre ses insinuations.

 « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme doit vivre : mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ».

Ecouter ce que dit Dieu, au lieu de prêter l’oreille à ce qu’insinue Satan. Jésus l’appelle « le prince du mensonge ».

  • Attention, ce n’est pas parce qu’une tentation est repoussée que Satan s’avoue vaincu : il attaque dans un autre secteur de votre vie si le précédent s’est montré assez fort. Il remet ça d’une façon différente dans une 2e tentation :

« Jette-toi en bas du temple » et puisque Jésus a utilisé l’Ecriture Sainte, eh bien, lui aussi, Satan, va l’employer :

« Les anges vont te porter sur leurs bras, ton pied ne heurtera pas la pierre » (psaume 90). « Si tu arrives, entouré d’anges, au pied du temple : inutile d’aller ensuite comme un vagabond, de village en village, annoncer que le Royaume de Dieu est proche.

Tout de suite, ils verront que tu es le Messie : un tour de magie ou deux, et voilà ! Le tour est joué, ils sont à tes ordres ».

Prestige immédiat, pas de contestations possibles :

“Ils auront vu sans avoir cru ” !

A quoi bon ces trois années de mission ? Un miracle spectaculaire n’est-il pas plus payant que des mois et des mois de prédication au milieu d’une foule qui croit bien plus aux miracles d’un jour qu’au dévouement quotidien ?

L’homme n’est pas fait pour demander des miracles à Dieu, il est fait pour vivre avec Jésus, en communion quotidienne, comme un fils avec son père et non pas comme un apprenti avec son patron sorcier.

Tentation du prestige facile, “de la poudre aux yeux”, d’en mettre “plein la vue”.

 Tentation d’une Résurrection sans Passion préalable :

  . Evacuer le pénible

  . Réussir sans efforts

  . Devenir une idole et non pas un compagnon de vie

  . Admirer plutôt qu’aimer

  . L’artificiel au lieu du naturel

  . Le clinquant au lieu du vrai

  . Le paraitre au lieu de l’être

Non pas demander des miracles à Dieu, mais, lui demander assez de forces, assez d’amour pour vivre à plein mon existence ordinaire, celle de tous les jours.

            Ne pas tenter Dieu en lui demandant des signes mais le prier en lui demandant notre “pain quotidien”.

  • 3e tentation : « Je te donnerai le monde si tu m’adores ». Satan offre à Jésus ce qui lui appartient déjà ! Il continue à mentir.

Tentation de domination, du pouvoir : être maitre du monde : Jésus adorant Satan ! Vous vous rendez compte ? Alors que Jésus est tout et que Satan n’est rien et qu’il a été définitivement vaincu à la mort et à la Résurrection du Christ.

Il joue simplement son va-tout avant de disparaitre mais il reviendra et Jésus le trouvera toujours présent, à côté de lui jusqu’au Calvaire.

Il sera aussi toujours à côté de nous jusqu’à notre mort. Toute notre vie chrétienne est faite de choix successifs.  A chaque fois, j’ai à opter : les pierres ou le pain, le miracle ou la foi, le pouvoir ou le service.

 Le Carême, c’est ce même choix à refaire pour tout croyant : opter pour Jésus ou pour ses adversaires, pour la mort de Jésus en moi ou pour sa vie avec moi !

Se convertir, dans notre vie, c’est lutter, c’est combattre, c’est contredire Satan par la Parole de Dieu, par des actes contraires à ceux qu’il nous suggère.

A chaque fois, avoir le courage d’opter pour les valeurs de l’Evangile. Dieu seul est Dieu et il n’y a pas d’autres dieux que lui : ce Carême nous est donné pour nous libérer des faux dieux. AMEN




1er Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 4, 1-11).

Dans la vie du Fils,

le Père est à la première place …

 

En ce temps-là, Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable.
Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim.
Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. »
Mais Jésus répondit : « Il est écrit : ‘L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.’ »
Alors le diable l’emmène à la Ville sainte, le place au sommet du Temple
et lui dit : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi en bas ; car il est écrit : ‘Il donnera pour toi des ordres à ses anges, et : Ils te porteront sur leurs mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre.’ »
Jésus lui déclara : « Il est encore écrit : ‘Tu ne mettras pas à l’épreuve le Seigneur ton Dieu.’ »
Le diable l’emmène encore sur une très haute montagne et lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire.
Il lui dit : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »
Alors, Jésus lui dit : « Arrière, Satan ! car il est écrit : ‘C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, à lui seul tu rendras un culte.’ »
Alors le diable le quitte. Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le servaient.

« Jésus fut conduit au désert par l’Esprit » et donc par Dieu son Père qui fait tout pour son Fils par l’Esprit. Jésus est docile, obéissant : « J’aime le Père et je fais comme le Père m’a prescrit » (Jn 14,31). Le but visé ici est de manifester la victoire de Dieu sur le mal car si « le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14) par l’Esprit (Lc 1,35), c’est pour « arracher » tous les hommes « à l’empire des ténèbres et nous transférer dans son Royaume » (Col 1,13-14) de Lumière et de Paix, par le Don de ce même Esprit. Au désert, la Lumière du Christ va donc briller dans les ténèbres et celles-ci ne pourront rien contre elle (Jn 1,5). Cette victoire est appelée désormais à devenir la nôtre si nous acceptons de l’accueillir par le libre consentement de notre foi… « Il faut les laisser faire là haut » (Ste Thérèse de Lisieux)…

Jésus jeûne « quarante jours et quarante nuits »… Vrai homme, il est fragilisé, il a faim… Le démon le sait. Pour soulager sa faiblesse, et il va l’inviter à adopter l’image pervertie de Dieu qui est la sienne : un Dieu Tout Puissant qui utilise sa Force pour Lui même, pour son propre avantage… Logique de l’égoïsme… Mais telle n’est pas celle du Fils qui demeure dans l’Amour du Père (Jn 15,10) et qui, jour après jour, attend tout de sa Bonté… Aux pains destinés à entrer dans « sa » bouche, Jésus oppose « la parole qui sort de la bouche » du Père pour lui dire tout son Amour : « Tu es mon Fils bien‑aimé, en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11). Elle est son Pain de Vie, car cette Parole est un acte : le Don éternel de l’Esprit par lequel le Père engendre le Fils de toute éternité en Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, lui donnant ainsi de partager sa Plénitude d’Être, de Vie, de Joie et de Paix…

            Puis le démon, en citant par ruse la Parole de Dieu, va inciter Jésus à se mettre à la première place en sommant le Père d’agir pour lui… Mais le Fils n’a pas besoin de le provoquer pour savoir qu’Il est là avec Lui (Jn 8,29), invisible mais actif, et cela toujours pour son bien… « Le Seigneur fait tout pour moi, Seigneur, éternel est ton Amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Ps 138(137),8).

            Troisième tentation, celle du pouvoir. Pour le démon, la puissance sert à dominer, à écraser, à s’imposer pour se glorifier aux dépends d’autrui. Jésus le sait : il est le Messie, le Roi promis par les prophètes. Il a reçu du Père « les nations en héritage », pour les sauver (cf. Lc 3,21-22 et Ps 2,7-8 ; Jn 3,16-17 ; 4,42). En lui mentant, car c’est « Dieu » seul qui « donne au roi ses pouvoirs » (Ps 72,1 ; Jn 19,11), le démon va essayer de faire naître en lui la convoitise pour le pousser à accomplir sa vocation selon sa logique à lui… « Tout cela, je te le donnerai »… Mais non, ce n’est pas le démon qui donne quoique ce soit ; lui, il ne sait que « voler, égorger et faire périr » (Jn 10,10). C’est le Père qui, dans son Amour, ne cesse de se donner entièrement à son Fils, de Lui donner tout ce qu’Il Est, lui donnant ainsi d’être « Lumière née de la Lumière », une Lumière qui est Plénitude de Vie et de Joie. « Moi, je suis sûr du Seigneur. Ton amour me fait danser de joie » Ps 31(30),7-8). C’est donc Lui que Jésus écoute, « tu es mon Fils bien-aimé », c’est vers Lui qu’il se tourne (Jn 1,18), se laissant combler par le Père (Jn 5,26) qui, de son côté, ne cherche, ne désire et ne poursuit que le meilleur pour son Fils… A nous, maintenant, de faire de même…                                DJF

 




7ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

 

7e dimanche ordinaire

Lévitique 19 1–2, 17–18 ; 1Corinthiens 3 16–23 ; Matthieu 5 38–48

 

Le premier texte d’aujourd’hui nous dit ceci : « Soyez saints », c’est-à-dire « restez unis au Christ » à chaque moment de notre vie. Et pour cela, Dieu nous dit : « 17 Tu n’auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère. 18 Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. » … Pourtant, bon nombre de chrétiens, au sein même de la messe, vont communier avec le cœur rempli de haine, de rancune, de médisance. Marthe Robin nous dit : « On trouve des chrétiens qui communient tous les jours et qui sont en état de péché mortel ».  Mt 5,23-24: « Quand donc tu présentes ton offrande à l’autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande, devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis, reviens, alors présente ton offrande ». De même, le Pape François écrit dans « la Joie de l’Evangile » (§98) : « A l’intérieur du peuple de DIEU et dans les diverses communautés, que de guerres! Dans le quartier, sur le lieu de travail, par envies et jalousies, et aussi entre chrétiens, que de guerres! La mondanité spirituelle (§93) « qui se cache derrière des apparences de religiosité et même d’amour de l’Église, et qui consiste à rechercher, au lieu de la gloire du Seigneur, la gloire humaine et le bien être personnel », porte certains chrétiens à être en guerre contre d’autres chrétiens (parce qu’ils font) obstacles à leur recherche de pouvoir, de prestige, de plaisir …. De plus, certains vivent sous une apparence cordiale à l’Eglise, pour nourrir un esprit de controverse. Plutôt que d’appartenir à l’Eglise entière, avec sa riche variété, ils appartiennent à tel ou tel groupe qui se sent différent ou spécial ». (§99) : – « Le monde est … blessé par un individualisme diffus qui divise les êtres humains et les met l’un contre l’autre dans la poursuite de leur propre bien-être….Je désire demander, nous dit encore le Pape François, spécialement aux chrétiens de toutes les communautés du monde un témoignage de communion fraternelle qui devienne attrayant et lumineux. Que tous puissent admirer comment vous prenez soin les uns des autres, comment vous vous encourager mutuellement et comment vous accompagnez ». (§101) : « Nous avons tous des antipathies, et peut-être justement en ce moment sommes-nous fâchés contre quelqu’un. Disons au moins au Seigneur: “Seigneur, je suis fâché contre celui-ci ou celle-là. Je te prie pour lui ou pour elle”. Prier pour la personne contre laquelle nous sommes irrités, c’est un beau pas vers l’amour, et c’est un acte d’évangélisation ». Mais il y en a qui s’entête   dans leur rancune. Et voici ce que nous raconte Maria Simma.

Maria Simma, une Autrichienne morte en 2004, qui avait le don de rencontrer les âmes du Purgatoire, nous dit dans son entretien avec Sœur Emmanuel Maillard (P.20-21) : « Contre la charité (= contre l’Amour), il y a les péchés tels que nos rejets de certaines personnes que nous n’aimons pas, nos refus de faire la paix, nos refus de pardonner et toutes les rancunes que nous entretenons ». Et Sœur Emmanuel nous raconte : « une femme que Maria Simma connaissait très bien mourut. Elle se retrouva dans le Purgatoire le plus terrible, avec d’affreuses souffrances. Quand elle (son âme) est venue voir Maria, elle lui a raconté pourquoi: elle avait une amie avec laquelle il y avait une inimitié très grande, c’est-à-dire un sentiment d’antipathie, d’hostilité, de haine. Cette inimitié était due à elle-même. Elle avait entretenu cette inimitié pendant des années alors que cette personne à plusieurs reprises était venue lui demander la réconciliation et la paix. Elle avait refusé chaque fois, jusque sur son lit de mort ». Et c’est pour cette raison que cette âme se retrouve dans le Purgatoire le plus terrible qui soit. Ce fait est très significatif: la rancune entretenue mène au pire. Lorsque le 5ème commandement nous dit : « tu ne tueras pas », cela concerne tous les sentiments qui viennent en amont de l’acte de « tuer » : depuis la parole méchante, la colère, la dispute, la haine, la violence (physique ou verbale), la rancune qui peuvent mener vers l’acte de « tuer » soit physiquement soit moralement. Avoir des sentiments de ce genre ne vient pas de Dieu. Et dire qu’il y a des gens qui viennent communier dans cet état de mauvais sentiments qui n’arrêtent pas de les ronger depuis des jours et des jours sinon des mois ou des années. On ne peut pas garder rancune envers des personnes et communier ensuite comme si de rien n’était. Saint Jean Paul II écrivait dans « Ecclesia de Eucharistia – §36 » : « Avec toute la force de son éloquence, saint Jean Chrysostome exhortait les fidèles: « Moi aussi, j’élève la voix, je supplie, je prie et je vous supplie de ne pas vous approcher de cette table sainte avec une conscience souillée et corrompue. Une telle attitude en effet ne s’appellera jamais communion, même si nous recevions mille fois le corps du Seigneur, mais plutôt condamnation, tourment et accroissement des châtiments ». Si quelqu’un a de la haine pour une personne, c’est que son regard ne se porte que rarement, trop rarement, sinon jamais, sur le Christ. Mettons le Christ dans nos cœurs et cela évitera d’avoir de la rancune.

Et dans l’Evangile d’aujourd’hui, Matthieu nous rappelle qu’il a été dit « œil pour œil, dent pour dent ». Quand les gens prennent cela à la lettre, ils ont tout faux. Car cette expression va dans le sens de la paix et de l’amour et non pas de violence. Avant même que Dieu se révèle au peuple juif, les divers peuples de cette époque connaissaient des guerres de clan, un peu comme la « vendetta » connue en Corse, en Sardaigne ou en Sicile et qui consiste à dire : « Si vous tuez un membre de ma famille, je tuerai deux ou trois membres de la vôtre, et on viendra de nouveau tuer cinq ou six de ma famille, etc…ce qui multiplie rapidement le nombre de morts. En appliquant la consigne « œil pour œil, dent pour dent », le nombre de morts est limité. Après « œil pour œil et dent pour dent », Dieu leur fait savoir dans les dix commandements, qu’il ne faut pas tuer. Plus tard, Dieu leur dira qu’il ne faut pas tenir tête au méchant; puis aimer son prochain, puis encore aimer son ennemi, et enfin être même prêt à donner sa vie pour son ennemi à l’exemple du Christ lui-même mort pour ses propres bourreaux, pour ceux qui l’ont condamné à mort et pour tous les pécheurs du monde entier.

Si le Christ nous dit d’aimer nos ennemis, c’est que c’est possible. Le Christ ne nous demandera jamais de faire une chose qui soit au-dessus de nos moyens. « Aimer nos ennemis » n’est pas possible si nous comptons seulement sur nos sentiments purement humains, c’est-à-dire sans Dieu, car il est évident que si nous nous laissons prendre au jeu des sentiments, personne n’aimera ses ennemis. « Aimer ses ennemis » est surtout une question de volonté offerte par Dieu à qui le demande et qui est forcément donnée par le Christ à qui veut « aimer ses ennemis ». C’est à nous de répondre à l’amour de Dieu en disant au Seigneur « oui, je désire aimer untel que je n’aime pas ». Et il nous donnera force, courage et humilité pour le faire, et le tout en même temps que la paix et l’amour divin. Il nous faudra prier beaucoup pour que notre cœur change et soit réellement rattaché au Christ car il n’y a que Lui qui peut changer nos cœurs. Et si nous ne voulons pas changer notre cœur de haine, de rancune, c’est que nous avons fait aussi le choix de rejeter le Christ, seul capable de nous donner le salut et de continuer à nous enfoncer dans notre orgueil, premier des péchés capitaux. N’oublions pas que nous ne sommes pas grand-chose, encore bien moins qu’un petit chef voulant dominer les autres, mais seulement de la poussière, et que nous ne vivons que par le souffle de Dieu qui dépose en nous la Vie. Et ne pas suivre le Christ en refusant de mettre en pratique ses commandements, en refusant d’aimer, en refusant de pardonner, en refusant de combattre la rancune, ou la haine, c’est refuser la Vie, en tout cas la Vie que Dieu lui-même veut pour nous. Vivre avec le Christ, c’est vivre une vie nouvelle en Dieu. Mettons en pratique ce que nous dit le Lévitique, 1er texte d’aujourd’hui : « N’aie aucune pensée de haine contre ton frère, n’hésite pas à réprimander ton compatriote pour ne pas te charger d’un péché à son égard, ne te venge pas et ne sois pas rancunier : c’est ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Tout cela s’obtient par la prière qui nous unit au Christ. Sœur Faustine nous dit dans son Petit Journal (§665) : « …toute tendance à la perfection, et toute sainteté consistent à accomplir la volonté de Dieu. …. Recevoir la lumière de Dieu, savoir ce que Dieu veut de nous et ne pas le faire, est un grand outrage envers la Majesté Divine. L’âme qui fait cela mérite que Dieu l’abandonne complétement. Elle ressemble à Lucifer, qui avait une grande lumière mais ne faisait pas la volonté de Dieu. (§1106) Sœur Faustine nous dit encore : « Ce ne sont ni les grâces, ni les apparitions, ni les ravissements, ni aucun don accordé qui mèneront mon âme à la perfection, mais son intime union avec Dieu…. Dieu ne fait jamais violence à notre libre arbitre (Il ne nous forcera jamais à faire sa volonté). Il dépend de nous, d’accepter ou non, la grâce divine, de nous dépend de collaborer avec elle ou de la laisser se perdre. »… Is 55,7 : « Que le méchant abandonne sa voie et l’homme criminel ses pensées, qu’il revienne à Yahvé qui aura pitié de lui, à notre Dieu car il est riche en pardon ».

Le deuxième texte d’aujourd’hui nous dit que l’être humain est temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en lui. v.17 : « Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, – et c’est ce que fait celui qui a l’esprit de haine, de vengeance et de rancune – celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple c’est vous ». Que personne ne se trompe lui-même en se croyant plus sage que les autres, car « le Seigneur connaît les pensées des sages de ce monde, il sait qu’elles sont vaines ». Personne ne doit se glorifier de ses succès dans le mal. Sg 1,12:  12 « Ne recherchez pas la mort par les égarements de votre vie et n’attirez pas sur vous la ruine par les œuvres de vos mains ». Saint-Paul dans Col 3,13 : «…supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour ». Il faut savoir reconnaître nos propres faiblesses, nos propres fautes, nos propres péchés pour pouvoir suivre le Christ. Et le remède, c’est la prière et le sacrement de réconciliation, autrement dit la confession afin de sortir de l’être ancien ou du vieil homme que l’on a été pour s’être éloigné de Dieu et avoir de relations nouvelles envers les autres. C’est la vie nouvelle en Jésus-Christ que nous devons mener et y demeurer.

Avec Marie, notre Mère, demandons au Seigneur la grâce de l’humilité pour que jamais nous ne nous considérons comme meilleur que les autres, que nous sachions reconnaître nos faiblesses et d’avoir la force de pardonner afin de renouer avec la capacité d’aimer.




7ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Matthieu 5,38-48)

 « Vous donc, vous serez parfaits

comme notre Père céleste est parfait. »

 

Tout le monde a en tête l’ancienne traduction de ce verset : « Soyez parfait comme votre Père céleste est parfait ».

La nouvelle traduction que nous entendons aujourd’hui est plus proche du texte grec d’origine : « Ainsi, vous, vous serez parfait comme votre Père céleste est parfait. »

Cela change le sens du texte que nous entendons aujourd’hui. Ce n’est plus une invitation à être parfait comme le Père céleste, avec le verbe être à l’impératif, invitation que l’on sait ne pas pouvoir être suivie car nous savons tous que nous sommes pécheurs, et qu’on ne peut pas atteindre la perfection.

Il y a un changement d’objectif en utilisant le futur, comme dans le texte grec : l’objectif n’est pas d’être parfait, mais il est dans ce qui précède cette phrase, c’est-à-dire l’amour inconditionnel envers tous, y compris envers ceux pour lesquels c’est le plus difficile pour nous, ceux que nous n’aimons pas parce qu’ils nous ont fait du tort, parce qu’ils nous persécutent, parce qu’ils ont de la haine pour nous …

Et il faut non seulement les aimer, mais prier pour eux, appeler la bénédiction de Dieu sur eux, lui qui « fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. » afin que nous soyons « vraiment les fils de [n]otre Père qui est aux cieux ».

Vous allez dire : « Cela ne change pas grand-chose parce que, si on sait qu’on ne peut pas atteindre la perfection, on sait aussi qu’on ne peut pas aimer nos ennemis, prier pour eux. C’est au-dessus de nos moyens ! Nous sommes des humains ! Il faut être réaliste ! »

Sans doute, nous sommes tous des humains, et la difficulté d’aimer nos ennemis est la même pour tous (ou presque …), moi y compris.

Mais si nous sommes humains, nous sommes aussi chrétiens (ou d’abord chrétiens).

Nous avons tous été baptisés « de l’eau et de l’Esprit » (Jn 3,5), nous avons accueilli le Christ, le saint de Dieu, le Verbe qui nous « a donné de pouvoir devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12).

Et cela nous engage, même s’il fait reconnaître que c’est bien difficile.

Comme cela l’a été pour Jésus lui-même, quand il est mort sur la croix pour nous : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne. » (Lc 22,42), et par la suite il a dit : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » (Lc 23,34).

Jésus est allé jusqu’au bout, fidèle au commandement qu’il nous avait donné : « Mon commandement, le voici : Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime. Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande. » (Jn 15,12-14).

Si nous voulons être amis de Jésus, amis de Dieu, il nous faut suivre le commandement d’amour de Jésus.

Et c’est sans doute le moyen le plus efficace pour témoigner de notre foi : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35).

Et les uns pour les autres, c’est tout le monde !

Et puis, n’oublions pas ce que nous dit saint Jean : « Si quelqu’un dit : « J’aime Dieu », alors qu’il a de la haine contre son frère, c’est un menteur. En effet, celui qui n’aime pas son frère, qu’il voit, est incapable d’aimer Dieu, qu’il ne voit pas. Et voici le commandement que nous tenons de lui : celui qui aime Dieu, qu’il aime aussi son frère. » (1Jn 4,20-21).

Alors peut-être que nous devrions dire que nous sommes tous des menteurs, à un moment ou à un autre ! …

Heureusement que nous savons pouvoir compter que la miséricorde de Dieu, si nous nous repentons !

Seigneur Jésus,

Ce que tu nous demandes

est vraiment difficile :

aimer même nos ennemis.

Aimer les autres n’est déjà pas facile, alors là !

Sans ton aide, nous n’y arriverons jamais … 

Que ton Esprit nous aide

à vivre de ton amour chaque jour.

 

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire A 7°




7ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Aller plus loin que la loi

Mt 5, 38-48

            En parcourant les lectures de ce dimanche, un souvenir me revient à la mémoire. C’était dans les Alpes, devant le refuge du “Glacier Blanc”. Des hommes, des femmes de tous âges étaient là, marquant la halte, restaurant leurs forces avant d’entreprendre, pour la plupart, une seconde étape qui va les conduire jusqu’au ‘’refuge des Ecrins’’.

– Ils contemplent ce spectacle grandiose d’un immense glacier bordé par deux crêtes de montagne se rejoignant à “la Barre des Ecrins”. A côté du refuge, il y a un énorme rocher de cinq ou six mètres de hauteur. Debout sur ce rocher, un adulte regardait en contre-bas du rocher : là, un tout jeune enfant, cinq-six ans, peut-être, ce devait son fils, s’agrippait et peu à peu, montait. Plaçant ses petites mains là où lui indiquait son père, centimètre après centimètre, il s’élevait et là-haut, son père le regardait, l’encourageait, le guidait et l’attendait.

Spectacle émouvant que de voir cet enfant s’accrocher à la moindre aspérité du rocher !

Spectacle émouvant que de voir l’enfant, enfin parvenu jusqu’à son père, se jeter dans ses bras avec un grand rire en réponse au sourire plein de tendresse de son père !

Etait-ce un spectacle banal ? Je ne sais pas et pourtant je ne l’ai pas oublié car il m’a fait réfléchir.

– Cet enfant, s’élevant peu à peu, collé au rocher, et regardant la surface un peu plus haut pour y poser sa main, n’est-ce pas l’image de notre condition : hommes et de femmes, agrippés à notre terre, pour la gravir, pour nous hisser plus haut, la dominer et devenir des hommes debout.

N’est-ce pas aussi l’image de notre Dieu, nous encourageant à nous mesurer avec notre condition humaine pour en tirer le meilleur et nous invitant à ce face à face où se révèle l’étrange ressemblance du Père et du fils ? Notre Dieu, aujourd’hui encore dans l’Evangile, nous donne des conseils, nous encourage, nous indique le chemin. Mais il se garde bien de nous empoigner et de nous hisser vers lui.

Non, notre Dieu nous aime trop, nous respecte trop pour agir à notre place, il nous sait capables de progrès. Il sait qu’avec ses indications, nous pouvons nous hisser nous-mêmes. Il nous croit capables d’avancer avec nos frères et il nous sait capables de confier à nos descendants les progrès accomplis.

            Ce qu’il y a d’admirable dans cet Evangile, c’est que Dieu a tellement confiance en l’homme, en sa capacité de monter et de s’élever vers lui, qu’il va nous demander des efforts que nous, nous croyons surhumains et trop difficiles à accomplir. « Soyez parfaits comme votre Père du ciel ».

Oui, vous êtes capables d’aller jusque-là ; or nous pensons qu’il n’y a rien de plus idéaliste et irréalisable que cette parole de Jésus. Retirer de son contexte, elle pourrait même paraitre dérisoire : nous demander de ressembler à quelqu’un que l’on n’a jamais vu et qui nous dépasse infiniment !

En fait, Dieu nous espère, Dieu attend l’homme… Un jour, il espère contempler en nous les traits de sa divinité : il espère faire de nous ses partenaires. Il n’en finit pas de nous créer et de nous recréer, de nous promouvoir. Vous le savez, tous les paléontologues nous le rappellent, l’homme vient de loin, de très loin. Il vient de l’infrahumain et tous les atavismes primitifs sont encore là, en nous, qui risquent même de nous faire retomber, loin en arrière. C’est ce qui risque de se passer à notre époque, comme à toutes les époques de décadence.

Mais, vaille que vaille, l’humanité reprend son chemin. On dirait qu’elle est toujours en travail de naissance, dès qu’elle se met à regarder de nouveau vers le haut, au lieu de regarder seulement d’où elle vient. Voilà pourquoi Dieu aujourd’hui, dans cet Evangile, nous semble terriblement exigeant.

Au début, il y avait la loi de Moïse avec ses dix commandements, ça allait encore. C’était raisonnable. C’était humain. Le niveau de cette loi se place au niveau de la justice et c’était déjà un progrès énorme. La loi du talion qui coupait la main à celui qui avait coupé la main de l’autre, c’était raisonnable ; cela empêchait qu’on ne lui coupe la tête dans la revanche d’une main coupée : une sorte d’équilibre s’installait.

Quel progrès déjà par rapport aux lois païennes où la condamnation était toujours plus forte que le délit !

 «Tu ne voleras pas, tu ne mentiras pas, tu honoreras ton père et ta mère ».

Pour certaines générations primitives, c’était déjà beaucoup demander, mais le commandement était assorti de peines importantes. La peur était là pour freiner nos pulsions. Mais, avec Jésus, avec l’Evangile, nous assistons à un renversement radical de toutes ces valeurs humaines.

Il n’est plus question de peur, pour nous conduire plus haut. Il y est question d’amour : l’attirance du cœur plus forte que les pulsions d’un homme qui monte vers Dieu parce qu’il sait qu’il est “fils” de ce Dieu qui l’attire vers lui et qui veut entreprendre le même itinéraire et les mêmes moyens que lui pour arriver jusqu’en haut. Désormais, il n’est plus seulement question de ” raisonnable “, plus question de justice ou d’équilibre, il s’agit d’une passion, d’un amour qui passe comme un cyclone sur les structures de la loi et qui emporte tout sur son passage.

C’est d’ailleurs pourquoi ces exigences du Christ nous paraissent si extravagantes : « Ne riposte pas au méchant, tends l’autre joue à celui qui t’a giflé. Donne ton manteau aussi à celui qui veut te prendre ta tunique. Fais deux milles pas avec celui qui t’a réquisitionné pour en faire mille avec toi. Donne à qui te demande. Ne te détourne pas de celui qui veut t’emprunter. Aimez vos ennemis ».

Si encore, c’était nos amis, ce serait normal, mais nos ennemis ?

  • « Priez pour ceux qui vous persécutent ».

Pourquoi, mais pourquoi donc demander aux hommes ce qui est si peu raisonnable, si injuste ? Pourquoi renverser les fondements de notre société et encourager nos adversaires et tous les parasites de la société ? Cela va encourager le mal chez les uns, sans pour cela bonifier les autres qui se sentiront frustrés ?

Réponse de Jésus : « … afin d’ être vraiment les fils de Votre Père qui est dans les cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, tomber la pluie sur les justes et les injustes ».

Ce qu’il nous demande aujourd’hui nous parait surhumain et de fait, ça dépasse l’homme dans ses réactions raisonnables : se laisser malmener sans se défendre, aller jusqu’à aimer ses ennemis, n’est-ce pas une aventure insensée ?

Rappelez-vous l’enfant sur son rocher, beaucoup ont dû se dire :

« Mais ce père est fou d’exiger et d’encourager ce petit bonhomme à monter jusqu’à lui. Cet enfant est “naïf” d’entreprendre cette ascension dangereuse. Assez naïf ? Ou assez simple, assez confiant pour écouter les conseils de son père qui lui indique ce qu’il faut faire ? L’esprit d’enfance ne serait-il pas la clé de cet Evangile ?

« Si vous ne changez pas et ne devenez comme des enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume des cieux ».

Vous n’irez pas jusqu’en haut du rocher pour rejoindre votre Père.

Frères et sœurs, en face de toutes ces exigences qui nous paraissent si peu raisonnables, devenez comme un enfant : osez croire en Jésus, allez le rejoindre sans ménager votre peine, ni craindre le combat. « Soyez parfaits, comme votre Père céleste est parfait ».

Le seul secret de l’amour véritable, c’est de faire comme Jésus qui a donné sa vie pour ses frères, les hommes. AMEN




7ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 5,38-48).

« Aimez-vous les uns les autres

comme je vous ai aimés »…

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Œil pour œil, et dent pour dent’.
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

« Écoutez ma parole », disait Lamek ; « j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Lamek est vengé soixante dix fois sept fois » (Gn 4,24) ! Pour un mal commis, aussi futile soit-il, la vengeance des hommes peut donc se montrer terrible et disproportionnée… La Loi du Talion visait à la contenir : « Œil pour œil, dent pour dent » (Dt 19,21). C’était un progrès.

            Mais le Christ invite à aller bien plus loin… Non seulement ses disciples ne doivent jamais répondre au mal par le mal, au coup reçu par un coup donné, mais ils doivent encore se tenir prêts à en recevoir d’autres en s’interdisant toujours de répondre à la violence par la violence… « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5,39). Mais cela ne veut pas dire pour autant  « subir sans réagir ». L’injustice doit être dénoncée avec force. Et le Christ donnera l’exemple au moment de sa Passion, lorsque les soldats le gifleront : « Un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » Jésus lui répliqua : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jn 18,22-23).

            Vis-à-vis des biens de ce monde, il invite également à un détachement complet… « Si quelqu’un te prend ta tunique, laisse-lui encore ton manteau » (Lc 6,29). Il en est sûr, « votre Père sait bien ce qu’il vous faut avant que vous le lui demandiez » (Mt 6,8). Alors, « si vous cherchez » avant tout « son Royaume » d’Amour et de Paix, tout le reste, tunique et manteau, « vous sera donné par surcroît » (Lc 12,22-31)…

            « Aimez vos ennemis »… Et c’est bien ce que Jésus fait lorsqu’il appelle les scribes et les Pharisiens « ses amis et ses voisins » alors qu’ils murmurent et chercheront plus tard à le tuer  (Lc 15,1-7). « Priez pour ceux qui vous persécutent »… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », dira-t-il sur la croix à l’intention de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à sa mort (Ac 3,26)… Et plus tard, Pierre leur dira : « C’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Lc 23,34). « La pluie » de la bénédiction tombe ainsi sur « les justes et sur les injustes »… Accueillie par celles et ceux qui sont de bonne volonté, cherchant la justice et la paix, elle fera leur bonheur. Pour les autres, c’est par elle que Dieu frappe avec douceur à la porte des cœurs fermés (Ap 3,20). Car « il veut que tous les hommes soient sauvés », et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait », inlassablement, en se donnant à tous pour leur seul bien (1Tm 2,3-6 ; Ps 135,6)…  DJF




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Matthieu 5,17-37)

« Je ne suis pas venu abolir,

mais accomplir ! »

 

Nous continuons la lecture du chapitre 5 de saint Matthieu, le sermon sur la montagne, qui commence par les Béatitudes, phrases chocs sur ce que doit être le comportement des disciples de Jésus.

Sans doute ces phrases avaient-elles suscités quelques remous dans la foule pour que Jésus soit obligé de dire : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. », et il va donner dans ce long passage quelques exemples de situations qui risquent de nous concerner tous plus ou moins, à certains moments de notre vie.

Qu’est-ce qui va changer entre la loi précédente, celle qui a été donnée par Dieu à Moïse au mont Sinaï, et ce que dit Jésus ? Sur le fond : rien ! En effet, comment Jésus, Fils de Dieu, pourrait-il changer ce que son Père a établi comme nécessaire depuis deux mille ans ? Impossible, Dieu ne se contredisant jamais ! Par contre, dans la forme, dans l’esprit des recommandations, c’est totalement différent.

Surtout que depuis l’annonce des ’’dix paroles’’ de Dieu, elles avaient été modifiées, triturées, étendues ou étouffées par toutes sortes de commentaires rabbiniques aboutissant à une longue liste d’obligations et d’interdits que certains, notamment les pharisiens, se contentaient de suivre, pensant en cela être dans le bon droit et être agréable à Dieu ! Mais leurs manières de faire, totalement extérieures à leur cœur, de faisaient que donner le change aux hommes, mais pas à Dieu : « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » (Mt 15,8).

« La tentation de l’interprétation guette et poursuit inlassablement l’esprit humain toujours attiré par le dicté plus que par le discernement. Il est si facile de suivre ce qui est indiqué. Nul besoin de réfléchir, de peser les choses. Le travail est déjà fait. (…) Le Christ ne mange pas de ce foin-là ! (…) Le christianisme est subtil. Il appelle l’intelligence. » (Michel-Marie Zanotti-Sorkine).

En effet pour nous, les disciples du Christ, Jésus nous demande d’avoir un autre comportement, de faire en sorte que ce que nous faisons ne soit pas pour épater la galerie, pour le paraître, mais qu’il soit guidé par ce qui est le plus important pour les humains, par le cœur éclairé par l’âme.

Et qu’il n’y ait pas de différence entre ce que nous pensons et ce que nous faisons !

Et c’est là la grosse difficulté pour la plupart des gens : qu’il y ait une correspondance totale entre nos pensées et nos actions, entre nos pensées et nos paroles … et entre nos pensées et la Parole de Jésus …

Cela ne date pas d’hier ! Saint Paul nous le confie : « Mais moi, je suis un homme charnel, vendu au péché. En effet, ma façon d’agir, je ne la comprends pas, car ce que je voudrais, cela, je ne le réalise pas ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais. Or, si je ne veux pas le mal que je fais, je suis d’accord avec la Loi : je reconnais qu’elle est bonne. Mais en fait, ce n’est plus moi qui agis, c’est le péché, lui qui habite en moi. » (Rm 7,14-17).

Ce que nous demande Jésus, c’est une conversion pour changer nos cœurs, pour que nos cœurs sont en accord avec la Bonne Nouvelle de Jésus, et pour que nos actions soient en accord avec notre cœur ’’nouveau’’.

Vouloir changer son cœur, c’est reconnaître qu’il est ’’malade’’, qu’il est sous l’emprise du Mauvais. Et nous avons un choix à faire entre le bien et le mal, entre « l’eau et le feu », « la vie et la mort », selon « la sagesse du Seigneur » (première lecture). Et une fois que le choix est fait, il faut y rester fidèle : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. ».

L’exigence de Jésus est importante, et elle ne peut s’accomplir qu’avec l’aide de Dieu, avec l’aide du cœur de Dieu, c’est-à-dire avec l’aide de l’Esprit Saint, le défenseur.

C’est aussi ce que nous demandons chaque jour dans le Notre Père : « Ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal. ».

N’oublions pas ce que nous dit Ben Sira le Sage : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. » (Première lecture)

Seigneur Jésus,

tu veux que notre acceptation à ta Parole

soit le résultat d’un choix de notre part

de te suivre ou non,

dans la vérité de notre cœur.

Que ton Esprit nous aide

à vivre de ton amour chaque jour.

 

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire A 6°




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

L’amour remplace le code

 Mt 5, 17-37

C’est un message extraordinaire que Jésus nous livre aujourd’hui. Jusqu’à lui, et, pour beaucoup, jusqu’à maintenant, on a cru qu’être religieux, faire partie d’une religion, c’était accomplir un certain nombre de gestes bien précis : ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, dire la vérité, offrir à Dieu, ne pas faire de faux serments ; bref, observer un code.

. Pour les juifs : ce seront les dix commandements donnés à Moïse par Dieu.

. Pour les musulmans : les cinq piliers que sont la prière, l’aumône, le pèlerinage, le jeune et la profession de foi.

Il n’y avait qu’à mettre cela en pratique et l’on “était quitte”. On était

en règle avec Dieu “, comme l’on disait : « Accomplissez un certain nombre de gestes prescrits et vous serez sauvés ». « Obéissez à un règlement, moyennant quoi on ne vous fera pas d’histoires ».

 Et voilà que Jésus vient nous dire aujourd’hui : « Attention, vous faites fausse route. Vous ne devez pas vous en tenir là ».

Ce ne sont pas tant les gestes que vous faites, qui comptent aux yeux de Dieu mais le cœur, l’intention, l’esprit avec lesquels vous accomplissez ces gestes. Un bon pratiquant qui se contenterait d’appliquer matériellement un ordre de Dieu ne serait pas un vrai chrétien. Obéir à un ordre, accomplir un commandement, exécuter une consigne, n’engage pas le cœur ; on peut le faire, sans être d’accord au fond de soi.

C’est ce que font les ouvriers à la chaîne, dans un atelier ; un serviteur à la voix de son maître ; une domestique à l’injonction de sa patronne : ils obéissent, ils font ce qu’on leur dit de faire : ça n’engage pas leur personne, ils le font et puis c’est tout ! Jésus dit aux chrétiens :

« La fidélité à des actes extérieurs ne suffit pas ! »

La vraie fidélité à Dieu va beaucoup plus loin : elle ne se contente pas d’observances extérieures, visibles, vérifiables. Elle doit venir du plus intime de notre cœur, du plus profond de nos désirs, de la plus droite de nos intentions, du plus exigeant de notre conscience, autrement dit, au lieu de faire ce que vous faites avec une mentalité de salarié qui fait son travail et pas plus, faites la même chose mais avec une ” mentalité de fils ” qui aime son père et qui travaille avec lui, à la même œuvre. Faites-le avec cœur, un cœur qui aime, faites-le, en vous engageant vous-même, en y mettant tout votre cœur, uni à l’Esprit même de Dieu qui agit avec vous.

Et cela change tout ! Transforme tout ! Rappelez-vous certaines tâches qu’il fallait que vous fassiez à tout prix et que vous n’aimiez pas faire : c’était une corvée, tandis que réaliser un projet qui vous tenait à cœur, avec quel enthousiasme vous le réalisiez !

C’est toute la différence entre une religion sans amour où l’on obéit à des commandements, par crainte, par calcul, où l’on paie sa redevance à une assurance vie-éternelle, et une religion ” vie de famille ” où chacun apporte aux autres et au Père, tout son amour, toute sa joie à faire le plus et le mieux possible !

Avec Jésus, nous passons de la religion du geste à la religion du cœur. C’est pourquoi dans cet Evangile, il répète :

« Vous avez appris qu’il a été dit, mais moi, je vous dis ».

Voilà pourquoi les commandements qui sont toujours valables sont de beaucoup dépassés par les Béatitudes.

« Je ne suis pas venu supprimer la loi, mais l’accomplir… », c’est-à-dire la transformer de telle façon qu’elle ne soit plus seulement une obéissance mais une preuve d’affection, un changement de mentalité, une exigence du cœur.

. Ne pas tuer ! Bien sûr ! Mais bien plus : repousser toute rancœur, colère et vengeance, pardonner, se réconcilier.

. Ne pas commettre d’adultère ! Bien sûr ! Mais encore : repousser tout désir, tout regard possessif qui tend à considérer la jeune fille ou la femme comme un objet à utiliser ou à consommer, alors qu’elle est une fille de Dieu à respecter et à aimer pour elle-même.

. Avoir un cœur pur, limpide, transparent : c’est voir toutes choses, ou tout être, avec le regard même de Dieu !

. Ne pas faire de faux serments ! Bien sûr ! Mais allez plus loin encore en étant d’une parfaite franchise dans nos rapports avec les autres et que votre ” oui ” soit un ” oui ” franc, net, droit ; et quand vous dites ” non “, que ce soit un ” non ” où il n’y ait pas de sous-entendus.

Notre religion, faut-il le redire, ce n’est pas d’observer un règlement, d’appliquer des consignes. Ce n’est pas être fidèle à une morale. C’est d’être fidèle par amour à Dieu lui-même qui voit jusqu’au fond de nos cœurs.

C’est parce que nous sommes des fils et non des serviteurs ou des clients de Dieu que nous agissons, pas seulement par des actions mais aussi par nos sentiments, par nos désirs personnels pour témoigner à notre Père, un amour filial et lui faire voir notre attachement.

Quand on a observé une loi, on s’est mis en règle avec la loi. On a la conscience tranquille, le sentiment du devoir accompli : point final… c’est terminé. Mais quand il s’agit de répondre à un appel de celui qui nous aime : notre Père du ciel, on ne cherche plus à se mettre en règle avec une loi mais on cherche à l’aimer, à se mettre en route avec lui, à le rejoindre, à s’attacher à lui.

Regardez comme Jésus se comportait à l’égard de son Père : « Ma nourriture, c’est de faire sa volonté ». « Je fais toujours ce qui lui plait ». Pour lui, c’était un besoin, une joie : ça n’était jamais fini !

Le monde de l’Ancien Testament était un ensemble de règles, fort bien faites pour faciliter la vie en commun, la vie en société. Jésus nous appelle maintenant à dépasser cet ” art de vivre ensemble ” pour adopter un “nouvel art de vivre ” : l’art de vivre “en fils, en filles de Dieu”.

Ainsi, c’est bien un monde nouveau qui commence, un monde où l’on ne se contente plus d’une fidélité extérieure, mais un monde où l’on vivra dans l’amour fraternel et dans l’amour filial de Dieu, un monde où l’on vivra sous le souffle de “l’Esprit de Dieu” qui est ” Esprit d’amour “.

C’est ce monde-là que Jésus, aujourd’hui, nous invite à bâtir, jour après jour, animés par son Esprit, dans la liberté, le choix.

Dieu, aujourd’hui, nous propose plus : il nous propose mieux. AMEN




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 5,17-87).

Aller avec Jésus

aux racines de notre cœur 

 

 

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre’, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.’
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

             Après avoir donné sur la montagne la Loi Nouvelle de l’Alliance Nouvelle, ces huit Béatitudes qui révèlent le chemin du Vrai Bonheur (Mt 5,1-12), Jésus revient ici sur la Loi de Moïse, fondement de l’Ancienne Alliance (Ex 20,1-17 ; Dt 5,6-21). Et il va tout de suite affirmer que l’esprit de cette Loi est toujours valable… En ce sens, il n’est pas venu « l’abolir », la supprimer. Il est venu « l’accomplir », la porter à sa perfection. Certes, les rites vont changer, et Jésus, en instituant le sacrement de l’Eucharistie, fera bien du nouveau… Mais avec lui, le rite n’a de valeur que par l’amour qu’il exprime…

            Changer le précepte ne signifie donc pas « violer le précepte », lui faire violence, nier son intention… Un précepte nouveau, même s’il prend la place d’un plus ancien, peut inviter à un réel progrès. En reprenant la direction, l’intention de l’ancien, il peut conduire à aller beaucoup plus loin. Et celui qui acceptera de se laisser ainsi guider constatera par lui-même que l’ancien est non seulement accompli mais encore largement dépassé…

            Et Jésus va prendre le temps de multiples exemples… Le premier, avec « tu ne commettras pas de meurtre », est le plus fondamental, car il touche à la vie même de l’individu et à la sauvegarde de la société tout entière… Ce sommet de violence, quand il n’est pas généré par la folie ou l’intégrisme, commence souvent par des « insultes ». Jésus s’attaque ainsi aux tous premiers germes de violence pour les condamner aussitôt et il nous invite de suite à une attitude positive : quelque soit le motif de la discorde, va vers ton frère, parle lui, cherche à te réconcilier avec lui, autant qu’il t’est possible…

            Avec « tu ne commettras pas l’adultère », il sait bien que tout commence par un « regard » et un « désir » intérieur. Le laisser grandir, le cultiver, c’est risquer un jour de passer à l’acte… Une réelle ascèse du cœur, qui passe par la garde des sens, est donc indispensable… Il s’agit de couper net, dès le début, tout ce qui peut conduire au mal…

            Jésus passe donc du regard extérieur sur tel ou tel précepte, accompli ou non, et telle est « la justice des Pharisiens », au regard intérieur… Il nous entraîne au plus profond de notre cœur, là où naissent les pensées, les impulsions, les désirs… Avec l’aide de l’Esprit, il est possible de prendre du recul par rapport à tout cela, pour discerner à sa Lumière ce qui est bon ou pas, et ensuite passer ou non à l’acte, avec le secours de sa Force… D’où l’invitation de St Paul : « Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit… mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal » (1Th 5,17-22).

                                                                                                                                              DJF

 




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Matthieu 5,13-16)

 « Vous êtes le sel de la terre !

Vous êtes la lumière du monde ! »

 

Voilà une affirmation de Jésus que sans doute beaucoup de chrétiens n’appliquent pas à eux ; « C’est réservé à quelques-uns d’entre nous, c’est pour les saints, peut-être les prêtres, mais pas pour moi, je ne suis qu’un pauvre chrétien ordinaire ! »

Pourtant, c’est une affirmation forte de Jésus qui s’adresse à tous des disciples !

Il ne dit pas : « Soyez le sel de la terre …, essayez d’être la lumière du monde … »

Pour lui, ce n’est pas une option facultative, c’est une obligation, une réalité que nous devons tous atteindre.

Et ce passage de l’évangile de ce dimanche est la suite directe de l’énoncé des Béatitudes, c’est-à-dire la feuille de route de ce que nous devons faire.

Heureusement que nous pouvons compter sur la miséricorde de Dieu, qui sait combien nous ne sommes que de pauvres pécheurs !

Être le sel de la terre !

Du temps de Jésus, le sel était un aliment précieux, pour donner un goût aux autres aliments, mais surtout pour conserver ceux-ci, principalement la viande. Il n’y avait pas de réfrigérateurs ou de congélateurs pour cela, ni non plus de plats tout prêts (dans lesquels on dit maintenant qu’il y a trop de sel !).

Le sel qu’on met dans les aliments à cette particularité de se dissoudre totalement : il imprègne ceux-ci, mais on est incapable de le retrouver ou le voir.

Être le sel de la terre, c’est avoir des paroles qui n’obligent pas, des actions qui ne se voient pas vraiment, mais qui ont une influence sur notre environnement, notre entourage. Mais une influence positive. Une influence basée et guidée par l’enseignement de Jésus, qui donne du sens à la vie de notre entourage, et qui nous demande d’être dans le vrai, dans la foi en Jésus.

Être la lumière du monde !

À l’époque de Jésus, la lumière était rare, et elle se limitait à la lueur d’un feu, à une torche, ou à des lampes à huile. Et on vivait surtout à la lumière du soleil. Maintenant, la lumière est omniprésente, et on travaille de jour comme de nuit, elle sert pour travailler, mais aussi pour les loisirs, … et aussi pour faire de la pub dans des débauches de néons et autres spots.

Ce n’est pas de cette lumière-là dont parle Jésus ! Il parle de lumière pour faire réfléchir les gens, pour éclairer les consciences, pour dire ce que nous pensons être vrai et bon pour ceux qui nous entourent, là encore en suivant l’enseignement de Jésus.

C’est une manière d’être présent auprès des gens qui est plus visible que ’’la fonction sel’’, mais qui doit quand même se faire dans la discrétion, avec tact et circonspection.

On retrouve dans ces deux affirmations les deux tendances qui animent toute action pastorale, ou toute action missionnaire. Mais toute action pastorale est missionnaire et vice-versa !

L’action de l’intérieur, discrète (le sel), qui fut très en vogue après le concile Vatican II, et l’action plus extérieure, plus visible et ouverte (la lumière), qu’on revoit depuis quelques années.

Les deux manières de faire sont bonnes. Sinon Jésus n’aurait pas donner ces deux affirmations : être sel et lumière. En fonction des circonstances, l’une est préférable à l’autre. Il faut savoir doser.

Mais il n’y a pas que notre action à nous à considérer de ces deux points de vue.

Il y a aussi l’action des autres, de ceux qui ne sont pas chrétiens, ou qui n’agissent pas en tant que tel !

Il y a saveur et saveur ! Lumière et lumière !

Combien de personnes se satisfont de la lumière qui leur est donnée par la société mercantile qui propose les objets les plus divers, à grand renfort de publicité, qui sont sensés nous combler ?

Combien de personnes se satisfont du ’’sel’’ donné par les mêmes sociétés qui apportent tous les ans un petit plus à leur produit, et qui achètent ce dernier ?

Saveurs superficielles ! Lumières artificielles !

Et il n’y a pas que les sociétés commerciales qui prônent des délices (soi-disant …) pour satisfaire tout le monde. Je ne parle pas des élections municipales …, mais du gouvernement et du parlement où on nous propose comme un bien-pour-tous des lois qui vont amener l’eugénisme et/ou l’euthanasie des plus faibles …, dans une société sans repères quant à la procréation … qui n’est même plus capable de dire ce qu’est une vraie famille !

Ne nous laissons pas berner ! Le progrès n’est pas dans les lois-là !

N’ayons pas peur d’être sel de la terre ! D’être lumière du monde !

On n’est pas obligé de faire de grands discours pour être témoin.

Et on peut être témoin sans le savoir ! Cela arrive … et c’est encore mieux ainsi, parce qu’on n’est pas tenté de se faire valoir …

C’est seulement Dieu qui parle ou agit à travers nous … et c’est cela l’essentiel !

Seigneur Jésus,

être le sel de la terre, …

être la lumière du monde …

Mais c’est toi qui as dit :

« Je suis la lumière du monde »,

et tu voudrais qu’on soit comme toi ?

C’est un sacré challenge !

Mais tous ensemble,

et surtout avec toi,

on devrait y arriver …

Francis Cousin

  

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