19ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Routine ou vigilance

Lc 12, 32-48

Vous avez tous, mes frères, assisté à un baptême. Dès que l’eau a coulé sur le front du nouveau chrétien et qu’il a reçu l’onction du Saint Chrême qui le consacre “fils de Dieu”, le prêtre allume au cierge pascal, quatre cierges : il en donne un à son père, à sa mère, à son parrain et à sa marraine et il leur dit : « Recevez la lumière du Christ. C’est à vous que cette lumière est confiée. Veillez à l’entretenir pour que cet enfant, illuminé par le Christ, avance dans la vie en enfant de lumière et persévère dans la foi. Ainsi, quand viendra le Seigneur, il pourra aller à sa rencontre, dans le Royaume avec tous les saints du ciel ».

Cette lumière, que nous avons reçue, c’est la vie de Dieu en nous, c’est notre foi. Or, nous le savons bien, une lumière, une flamme, c’est fragile ! Il suffit d’un manque d’oxygène ou d’un trop grand coup de vent pour qu’elle s’éteigne. Un feu, c’est pareil. Il peut, c’est vrai, prendre vivement et même provoquer un incendie, mais il peut aussi s’étouffer lentement, n’avoir plus que quelques tisons et mourir sans qu’on y prenne garde : il en va ainsi de la vie de Dieu en nous. Il en est de même de notre foi. Un feu dont on ne s’occupe pas, que l’on n’entretient pas, que l’on n’arrange pas de temps en temps, est un feu qui aura forcément tendance à s’assoupir, à rougeoyer encore quelques temps, pour ne devenir, au bout de peu de temps, que des cendres froides.

Que faisons-nous, chrétiens, pour entretenir cette vie de Dieu, pour nourrir notre foi, pour, non seulement perpétuer cette grâce de Dieu qui vit en nous, mais aussi la raviver, la réanimer, lui redonner toute sa vivacité, toute sa lumière, tout son rayonnement ? C’est la question que nous pose le Seigneur dans l’Evangile d’aujourd’hui.

« Gardez vos lampes allumées » nous dit-il, c’est-à-dire entretenez votre foi, faites vivre en vous et nourrissez cette vie que Dieu vous a communiquée au Baptême. Comment faire pour cela ?

Le 1er moyen que nous recommande le Seigneur, c’est la vigilance c’est-à-dire de faire attention, de veiller, de sur- veiller, d’être sur le qui-vive. Vous le savez, nous avons souvent tendance à nous installer dans une vie chrétienne qui ronronne. On s’installe vite dans du “déjà fait”, dans du “déjà vu”, “déjà dit”. Nous faisons de notre vie chrétienne, une habitude, des pratiques, tout un réseau bien établi de convenances, de choses qu’on fait ou qu’on ne fait pas,… et qui avec le temps, comme le feu que l’on ne nourrit plus, se dévitalise.

Une voiture qui aurait une belle carrosserie, mais qui n’aurait plus de moteur… Alors le Seigneur nous dit aujourd’hui :

« Attention, réveillez-vous, soyez des vivants, des veilleurs prêts à accueillir le Seigneur, à travers les menus événements de notre journée, à toutes les heures de notre emploi du temps. Dieu peut nous parler, Dieu peut intervenir par n’importe quelles circonstances de notre vie et cela, à tout moment : le matin, au milieu de la journée, le soir, en pleine nuit.

« Heureux serviteur, que le maître, en arrivant, trouvera , présent, debout, prêt à l’accueillir ».

Dans la nuit de la Pâque, les Juifs mangeaient debout, en tenue de voyage, prêts à passer la Mer Rouge ; l’heure de la libération arriva, ils étaient prêts à partir.

De même Abraham, dès le 1er appel de Dieu, se met en route, se désinstalle, quitte son pays, sans trop savoir où Dieu allait le conduire, vivant comme un voyageur, un étranger, à la recherche  d’une patrie meilleure que le Seigneur lui procurerait …

Nous aussi, nous sommes, les chrétiens, des voyageurs sur cette terre, nous savons que notre terre n’est pas encore le “Royaume”, le “monde nouveau” que nous attendons, aussi ne nous installons pas ! Nous sommes en voyage vers un autre monde. Alors, surtout, ne vivons pas comme si nous étions définitivement sur la terre, comme si nous n’avons rien à attendre ou espérer, si ce n’est un retour au néant, comme si l’histoire du monde n’avait aucun but…

Nous serions alors comme des voyageurs qui sont embarqués dans un train et qui n’ont aucun souci de savoir où ils vont, quelle est leur destination et qui s’installent dans les compartiments comme si c’était là leur demeure définitive.

Oui, nous sommes embarqués, nous n’avons pas encore de demeure définitive. Nous sommes comme des étrangers, comme des voyageurs. Notre foi nous dit que nous sommes en route vers un monde meilleur, vers le monde nouveau que Jésus est venu instaurer, en marche vers une joie, un bonheur définitif « où il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance et où Dieu essuiera toute larme ».

Permettez-moi de vous relire une lettre retrouvée datant de 190 après Jésus-Christ (2e siècle). Il s’agit d’un incroyant qui écrit à son ami Diognète et qui lui fait la description de ces gens curieux qui s’appellent les chrétiens :

« Ils ont l’air d’être comme tous les autres hommes et pourtant c’est différent ! Les  chrétiens  ne  se  distinguent  des  autres  hommes  ni par le pays, ni par le langage ou les coutumes. Ils n’ont pas de ville à eux, ni un langage particulier. Ils se conforment aux usages locaux pour le vêtement, la nourriture tout en manifestant les lois extraordinaires et paradoxales de leur façon de vivre. Ils vivent sur place, mais comme des étrangers domiciliés. Ils vivent comme les autres citoyens, mais toute terre étrangère leur est une patrie et toute patrie une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ont des enfants mais ils n’abandonnent pas leurs nouveaux nés. Ils prennent place à la table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire. Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur terre, mais ils sont citoyens du ciel ».

Oui, c’est bien cela, nous sommes des pèlerins, animés par l’espérance du terme, de l’étape finale.

Notre avenir, c’est Dieu lui-même, car c’est pour lui que nous sommes faits, c’est vers lui que nous cheminons avec des reculs et des avancées.

Ne vivons pas comme des résignés, comme si nous n’allions nulle part : vivons dans l’espérance et dans la joie et si l’on nous demande « Comment ça va ? », ne répondons pas d’un air désabusé : « On fait avec » !

Il n’est pas question pour nous de nous asseoir le long du chemin, en regardant les autres passer. Mettons-nous, remettons-nous en route et avançons joyeusement dans l’espérance, comme Abraham. Comme lui, « nous voyons et nous saluons de loin cette patrie éternelle qui nous attend ».  AMEN




19ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 12,32-48)

“Veiller à recevoir, sans cesse,

le Don de l’Amour”

(Lc 12,32-48)…

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas.
Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.
Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées.
Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.
Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.
S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils !
Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? »
Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ?
Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !
Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens.
Mais si le serviteur se dit en lui-même : “Mon maître tarde à venir”, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer,
alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles.
Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups.
Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage. »

        

 

         

            L’Evangile de ce Dimanche commence par cette invitation de Jésus : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » Tout de suite, Jésus nous met donc en présence du Père : son Père de toute éternité, et notre Père à tous dans l’ordre de la création (Jn 20,17)… Et ce qui est bon à ses yeux, ce qu’il désire, ce qu’il veut, c’est « nous donner le Royaume », gratuitement, par amour, comme un Père « trouve bon » ce qui est le meilleur pour ses enfants…

            Mais ce Royaume, quel est-il ? En quoi consiste-t-il ? St Paul nous aide à répondre : « « Le Royaume des Cieux ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Et il écrit encore : « Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). St Luc parlera de l’homme comme étant appelé à être « rempli par l’Esprit Saint » (Lc 1,15.41.67 ; 4,1 ; Ac 2,4), « le Don de Dieu » (Ac 8,20 ; 2,38 ; Jn 4,10) : « La paix soit avec vous… Recevez l’Esprit Saint », dit le Ressuscité à ses disciples et, à travers eux, à tout homme (Jn 20,19-22). « L’Esprit se joint alors à notre esprit » (Rm 8,16), et nous établit ainsi dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3) qui est avant tout « paix », « joie » profonde (Ga 5,22 ; Ac 13,52).

            Tel est donc le Royaume des Cieux : avoir part gratuitement, par Amour, à l’Esprit de Dieu, l’Esprit qui « remplit » les cœurs du Père et du Fils de toute éternité. Et Dieu veut qu’il en soit de même pour chacun d’entre nous, car l’Amour Est Partage. Tel est le vrai Trésor de la vie, offert dès maintenant à notre foi, en attendant la Plénitude à venir. C’est pour cela que Dieu nous a tous créés…

            Face à lui, les richesses de ce monde font pâle figure : « Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ » (Mt 13,44). « Vendez vos biens et donnez les en aumône », dit ici Jésus, car telle est la logique de l’Amour : donner pour le seul bien de l’autre… Et « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35). Telle est donc le chemin de la vraie joie : donner, servir. C’est ce que fait ici « l’intendant fidèle » : « donner en temps voulu la ration de blé. Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera occupé de la sorte » (Lc 12,43) !

  DJF




18ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 12, 13-21)

            « La vie de quelqu’un ne dépend pas de ce qu’il possède. »

Si tout le monde semble plus ou moins d’accord avec cette phrase de Jésus, tout au moins en théorie, dans la pratique courante de la vie, il semble qu’elle n’est pas reconnue.

Il n’est que de voir toutes les publicités que nous recevons dans nos boites aux lettres ou qui s’étalent dans les journaux et qui nous poussent à toujours consommer davantage. Et si nous regardons parfois les caddies au sortir des grands magasins, on se rend compte que ce n’est pas cette phrase qui motive les acheteurs. Sans parler des tout petits paquets qui sortent des magasins de luxe dont le contenu se vent avec trois chiffres, sinon plus.

C’est notre société de consommation qui nous entraîne à de tels excès. C’est tellement entré dans nos mœurs que cela devient une préoccupation. Il suffit d’aller dans une journée d’information sur les métiers pour les collégiens pour s’en rendre compte : l’une des premières questions posées par les élèves étant : « Combien ça gagne ? ». Ou voir la réaction des parents au choix d’un métier pour leurs enfants : « Quoi ! Tu vas pas faire ça ! Tu es capable de beaucoup mieux, d’avoir un meilleur salaire ! ». Et ne parlons pas de la réaction des parents ou de l’entourage d’une personne qui leur annonce qu’elle veut entrer au séminaire ou dans un ordre religieux, homme ou femme.

C’est pourtant toute la problématique des textes de ce dimanche.

Tout dépend de ce que l’on met sous le terme de ’’ce qu’il possède’’. Dans le sens où Jésus l’utilise, il n’y a pas de doute, il s’agit de biens matériels.

Mais les humains ne possèdent pas seulement des biens matériels, mais aussi des biens immatériels, qu’on appelle des qualités, des dons … toute une manière d’être, de vivre, de savoir-vivre. Deux types de possession mise en évidence par le philosophe Gabriel Marcel dans son livre « Être et Avoir ».

Il y a ce que l’on est, et il y a ce que l’on a.

Et pour Jésus le plus important est ce que l’on est. Non pas qu’il critique les biens matériels, mais l’utilisation que l’on en fait. Si c’est pour que cela serve au bien commun, pas de problème. Au jeune homme riche qui ne se sent pas capable de « donner aux pauvres », il est triste ; par contre quand Zachée promet de distribuer « la moitié de ses biens aux pauvres », il se réjouit « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison » (Lc 19,9).

Et c’est ce qui compte pour Jésus, que le salut soit pour chacun de nous, que nous ayons tous la vie éternelle.

Dans la parabole de ce jour, le gros propriétaire fait des projets pour pouvoir entasser toutes ses récoltes, et il se satisfait de ce qu’il pourra ensuite « manger, boire, jouir de l’existence ». Il ne pense qu’à lui, son bien-être personnel. Manque de chance, « cette nuit même, on va te redemander ta vie ». Et Jésus conclue : « Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. ».

Il avait déjà dit des choses du même genre, notamment : « Faites-vous des trésors dans le ciel, là où il n’y a pas de mites ni de vers qui dévorent, pas de voleurs qui percent les murs pour voler. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. » (Mt 6,20-21).

C’est ce que nous dit d’une autre manière saint Paul : « Pensez aux réalités d’en haut, non à celles de la terre », et pour cela mourir à tout ce qui est mal, dont « cette soif de posséder, qui est une idolâtrie », et revêtir « l’homme nouveau … Le Christ : il est tout, et en tous ».

Riche en vue de Dieu … les réalités d’en haut … tout ce qui nous fait penser, non pas à notre petite vie terrestre, mais à celle du ciel, à la vie éternelle … Voilà ce qu’il nous faut faire.

Sinon, on risque fort de finir sa vie en se disant : « Vanité des vanités, tout est vanité ! » (1° lecture).

Seigneur Jésus,

Une fois encore tu nous mets en garde

contre une trop grande dépendance

de tous les biens matériels,

surtout s’ils sont utilisés principalement à notre profit,

et non pas pour le service du bien commun.

Que notre cœur soit tourné vers les autres,

et non vers ’nos’ biens.

Francis Cousin  

 

Pour voir la prière illustrée, cliquer sur le titre suivant :

Prière dim ordinaire C 18°




18ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Les vraies richesses

 Lc 12, 13-21

« La vie d’un homme, fut-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses ».

Combien de fois avons-nous pensé le contraire ?

Combien de fois avons-nous jaugé et estimé et respecté quelqu’un parce qu’il était riche, donc influent, donc puissant ? Combien de fois avons-nous fait la différence dans notre jugement entre celui qui n’avait pas grand-chose et que nous traitions avec pitié, et celui qui avait du bien sous le soleil et que nous ménagions et traitions avec déférence ?

Notre monde actuel est tellement centré sur le profit, l’acquisition des richesses, le salaire, la vie économique que tous nos jugements sur les hommes sont faussés par cette mentalité, à tel point qu’avant même de juger un homme et d’avoir une opinion sur lui, nous regardons d’abord sa voiture, sa maison, son métier, son standing,… Autrement dit : on ne juge pas quelqu’un à cause de ce qu’il est, mais à cause de ce qu’il a. Dans notre société, nous confondons très vite et très facilement le verbe “être” avec le verbe “avoir” et l’ambiance est telle autour de nous qu’il devient plus important d’avoir plus que d’être mieux.

Si demain on proposait, dans la commune, à chaque habitant, le choix, entre un chèque de 6 000 euros ou bien l’acquisition d’une nouvelle qualité personnelle : on peut être sûr qu’à 90% les gens feraient la queue devant le guichet du chèque et non pas devant celui qui lui permettrait de se changer personnellement en mieux.

On confond l’homme lui-même avec son portefeuille et on assimile le propriétaire avec sa propriété. On dit : « L’homme ne vaut pas plus que ce qu’il possède ». S’il ne possède rien, il n’est rien ! S’il a de grands biens, il est quelqu’un ! L’homme lui-même est matérialisé, mis au niveau, rabaissé à sa valeur marchande. Ne dit-on pas, en Amérique : « Un tel vaut tant de dollars ! », ce qui veut dire son “salaire mensuel”. On le compare avec son gagne-pain !

Or, l’Evangile nous le rappelle fortement en ce dimanche : la valeur d’un homme, même s’il est riche, n’a rien à voir avec sa richesse. Il peut arriver qu’un homme riche soit un type bien, comme il peut arriver qu’il soit une crapule. C’est aussi vrai chez les pauvres : un pauvre peut avoir une valeur humaine extraordinaire ; ce peut être aussi une nullité.

Faisons bien attention, mes frères, à toujours bien distinguer le verbe être et le verbe avoir. C’est la leçon de l’Evangile d’aujourd’hui. Nous savons, nous chrétiens, où est la priorité. Attachons-nous :

– à être plus, à devenir mieux,

– à enrichir notre personnalité,

 – à étoffer notre humanité,

– à donner à notre corps, à notre esprit, à notre cœur, à notre âme de nouvelles possibilités d’être plus homme, plus femme.

Il y a dans chacun d’entre nous des qualités qui ne demandent qu’à grandir, des bourgeons qui ne demandent qu’à s’épanouir. C’est incroyable ce qu’avec l’aide de Dieu et avec la force de l’Esprit Saint, nous pourrions devenir, si nous étions un peu plus coopérants, un peu plus attentifs à ce que Dieu voudrait  faire en nous, avec nous et par nous. « Deviens ce que tu es », disait un philosophe.

Or, par le Baptême, nous  sommes  devenus  des  fils  de Dieu. Déjà par notre naissance, des créatures de Dieu : alors, quel  chemin  à  faire, quelle  distance   encore  à  parcourir  pour  atteindre  nos  possibilités personnelles et réelles ! Resterons-nous des embryons de ce que nous pourrions devenir ou, au contraire, allons-nous développer et épanouir au maximum tout ce que Dieu a déposé en nous pour l’exploiter et le faire valoir ?

Si, un jour, nous avions la possibilité de voir ce que nous aurions pu devenir et le comparer avec ce que nous sommes devenus, nous serions sans doute honteux et pleins de remords et nous dirions : « Qu’ai-je fait de ma vie ! Quel gaspillage, quel gâchis ! », et tout cela parce que je me suis attaché à de fausses valeurs, aux biens qui étaient à l’extérieur de moi, au lieu de faire valoir les richesses qui étaient en moi et qui, celles-là, sont restées au fond de moi, comme une mine ignorée et inexploitée.

Dans cet Evangile, le Seigneur ne nous dit pas d’être pauvres, il nous avertit seulement de ne pas nous tromper de richesses. Il y a les  vraies richesses et les fausses, les vraies valeurs et les fausses et souvent nous nous laissons séduire, par le toc, par le clinquant, par le bling bling : ce qui n’est que de la poudre aux yeux.

A quoi reconnaîtrons-nous qu’une richesse est vraie, qu’une valeur est une vraie valeur ? Comment pouvons-nous faire la différence ? Il y a trois moyens de vérifications :

  • Le 1er critère : Est-ce une chose qui passe ou qui ne passe pas ?

Le Seigneur nous le rappelle : « Amassez des trésors que les vers ni la rouille ne peuvent attaquer ».

On n’a jamais vu un coffre-fort suivre le corbillard de son propriétaire ! Devant Dieu, vous serez riches, non pas de ce que vous aurez amassé, mais de ce que vous aurez donné :

«J’étais nu, tu m’as habillé ; j’avais faim, tu m’as nourri ;

j’étais dans le besoin, tu es venu à  mon  secours ».

Voilà les richesses qui ne passent pas : celles qui produisent la bonté, la pitié, le pardon, la miséricorde, la générosité. Devant Dieu, vous serez riches des biens dont vous vous êtes dépouillés pour aider les autres, et pauvres de ce que vous avez gardé et amassé, alors que d’autres en avaient bien plus besoin que vous !

Le 2e critère : « Est-ce une richesse qui se rapporte au verbe être ou bien au verbe avoir ? » Je m’explique : on peut dire de quelqu’un « C’est une valeur », on peut dire d’une chose « Ça a de la valeur ».

Vos valeurs, sont-elles personnelles ou matérielles ? Est-ce en vous ou à côté de vous ? Vos acquisitions sont-elles un progrès que vous avez fait, une qualité développée, de la patience en plus ou seulement une nouvelle broche à votre corsage ? Une meilleure attention aux autres ou une voiture puissante ?

*Le 3e critère est celui du sens de ma vie, de ma vie définitive, totale : pas seulement celle de la terre, mais celle qui continue après.

Est-ce une richesse qui a une valeur aussi aux yeux de Dieu ?

Quelle importance Jésus-Christ lui accorderait-elle ?

Est-ce- qu’il me dirait en l’acquiesçant : « Mon pauvre ami, tu perds ton temps » ou, au contraire, «  N’hésite pas, tu en auras besoin aussi dans ta vie éternelle. Ce que tu as acquis là a de la valeur aux yeux de Dieu ».

Nous avons à devenir riches en vue de Dieu, riches de la richesse même de Dieu, riches de bonté, riches de pardon, riches  de fidélité, riches d’amour des autres, riches d’oubli de soi, de dévouement, d’efforts et de souffrances offertes, riches de joie donnée et communiquée.

Aujourd’hui, c’est aussi la fête de St-Ignace-de-Loyola, le fondateur des Jésuites, je rappellerai cette phrase de l’Evangile qui l’avait si fortement frappé et qu’il aimait redire : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il vient à perdre son âme ? »  AMEN




18ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 12, 13-21)

“Vivre non pas pour soi,

mais pour les autres”

(Lc 12,13-21)…

En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »
Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.
Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.
Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

        

       Un conflit oppose ici deux frères sur une question d’héritage… L’un voudrait en avoir une part, alors que son frère a déjà tout pris pour lui. Ce dernier était peut-être l’aîné à qui tout revenait de droit… Mais il ne veut rien partager ! Et son frère de son côté ne veut rien lâcher ! Nous le constatons, les deux sont habités par cette « âpreté au gain » vis-à-vis de laquelle Jésus nous met ici en garde…

        En effet, « la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses ». Il est vrai que celles-ci lui permettent de subvenir aux besoins de son corps. Il en faut donc un minimum, et « le Père sait de quoi nous avons besoin avant même que nous ne lui ayons demandé » (Mt 6,8). « Ne cherchez donc pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez… Ne vous tourmentez pas. Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez donc son Royaume, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Lc 12,29-31). Et « qui cherche » son Royaume le « trouve » (Lc 11,10) car « votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32), « Lui qui vous a fait le Don de son Esprit Saint » (1Th 4,8)… Le Royaume de Dieu est en effet Mystère de Communion avec Lui dans l’unité d’un même Esprit (cf. Rm 14,17 ; 2Co 13,13).

            Or, écrit St Paul, « l’Amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Et cet Amour ne peut qu’être une Force qui entraîne les pécheurs que nous sommes sur les chemins de la conversion, c’est-à-dire du partage et de la solidarité, à contre sens de tout égoïsme… Deux logiques s’opposent donc : celle de la recherche de soi, sans se préoccuper des autres… Celle de la recherche du bien de l’autre, au prix parfois de quelques sacrifices…

            Ces deux frères, chacun ne pensant qu’à lui-même, sont plutôt dans la première. Pour les aider à en prendre conscience, Jésus va leur offrir la parabole de cet homme « dont les terres avaient beaucoup rapporté ». « Que vais-je faire ? Je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands. J’y entasserai tout mon blé… et je me dirai à moi-même : repose-toi, jouis de l’existence »… Je, je, je, je, mon, me, moi-même… Cet homme ne pense qu’à lui-même, à ses richesses, à son bien-être personnel… Aucune pensée pour autrui, et donc aucune marque d’attention… Mais il a oublié que nous ne sommes que de passage ici-bas : « Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ? »… Certainement pas lui ! Dépossédé des biens de ce monde, que lui restera-t-il lorsqu’il arrivera en l’autre ? « Tout passe, l’amour seul demeure » (Ste Thérèse d’Avila)…                DJF




17ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN (St Luc 11, 1-13)

La miséricorde de Dieu est infinie. Abraham, qui a eu l’initiative de demander au Seigneur de ne pas détruire les deux villes de Sodome et Gomorrhe s’il y trouve 50 justes, met également, par cette demande, une limite à la Miséricorde de Dieu. Et nous avons tort de mettre une telle limite à sa miséricorde. Lorsqu’il prend conscience qu’il ne pourra peut-être pas trouver 50 justes, Abraham demande de baisser le nombre de justes dans Sodome et Gomorrhe : de 50 à 45, puis à 40, 30, jusqu’à descendre à 20 puis à10 justes. Ce sera insuffisant pour sauver les villes. Abraham est pris à son propre jeu. Il a peur d’abuser de la miséricorde de Dieu, comme si Dieu ne pouvait pas descendre en dessous de 10 justes. Il aurait pu demander de sauver Sodome et Gomorrhe même s’il n’y a aucun juste, mais il n’a pas osé. Il lui fallait en quelque sorte une monnaie d’échange. Il est fort probable que parce qu’Abraham est lui-même un homme juste, marchant toujours avec Dieu, ce dernier aurait probablement accepté de pardonner Sodome et Gomorrhe, sans rien demander en échange. Personne ne peut épuiser la miséricorde Dieu, sa miséricorde est infinie. Ep 3,20 nous donne une idée de la miséricorde de Dieu : « Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir ». Ne croyons donc pas que nous pourrons mettre Dieu en colère si nous lui demandons beaucoup, car Il est toujours prêt à faire encore beaucoup plus que ce que nous pourrons lui demander avec foi. Gn 6,9 : Noé était un homme juste et droit parmi ses contemporains : Noé marchait avec Dieu. Et c’est parce que Noé est juste que Dieu sauve sa famille et renouvelle le peuplement de la terre entière. Rien n’a été demandé en retour. Tel fut le cas également pour Jésus-Christ qui est mort pour tous. Dieu n’a pas mis de condition d’avance pour que le Christ nous rachète. C’est bien par pure miséricorde que le Christ nous rachète de nos fautes en donnant sa vie afin que nous soyons justifiés, ajustés sur Dieu le Père, capables de faire sa volonté, et que nous soyons sanctifiés. Maintenant qu’il s’est sacrifié pour nous, il dépend de nous de le suivre ou non. A ceux qui le suivent, maintenant, il nous demande la foi, de croire en lui, d’avoir confiance en Lui, même si quelquefois il semble ne pas entendre nos prières. C’est parce qu’il a intercédé auprès de son Père, une intercession allant jusqu’au sacrifice de la Croix et à la mort, que l’humanité entière est sauvée. Pour qu’une âme ne soit pas sauvée, il faut que jusqu’au bout, même après la mort, elle dise à Dieu : « je ne veux pas te suivre ». Ce sera alors son dernier mot avant d’aller en enfer. Mais c’est elle qui l’aura voulu. Ce ne sera jamais le désir de Dieu d’envoyer quelqu’un en ce lieu de haine et de division. Au contraire, Dieu veut tous nous sauver.

Et c’est «ensevelis avec lui lors du baptême que nous sommes aussi transformés avec le Christ » pour une vie nouvelle en Jésus-Christ : le baptême a supprimé nos péchés pour nous permettre de renaître d’une vie nouvelle dans le Christ. Le deuxième texte d’aujourd’hui nous dit : « 13 Vous qui étiez morts du fait de vos fautes et de votre chair incirconcise, Il vous a fait revivre avec lui! Il nous a pardonné toutes nos fautes! 14 Il a effacé, au détriment des ordonnances légales, la cédule de notre dette, qui nous était contraire; il l’a supprimée en la clouant à la croix ». Le baptême efface nos péchés. Mais si le Christ est mort pour nous sauver du péché, pourquoi donc péchons-nous encore ? Nous continuons à pécher pour plusieurs raisons : d’abord Dieu nous laisse toujours libres de le suivre ou de ne pas le suivre, il ne peut pas nous obliger à Le suivre, ce serait alors une forme d’esclavage. Ensuite, parce que nous avons le libre choix, nous préférons souvent vivre et profiter des plaisirs de la vie sur terre car la vie est courte et nous finissons alors par tourner le dos au Seigneur pour faire passer toutes sortes de choses de la vie avant Dieu. Mais à ceux qui font le choix de Dieu, le Christ nous donne les moyens de Le suivre : nous avons sa Parole mis par écrit dans la Bible, nous avons ses institutions : l’Eucharistie et le baptême, nous avons la mise en place des structures de l’Eglise avec les Apôtres, les prêtres à la Cène (c’est là que se crée le sacrement de l’ordre car les apôtres deviennent des prêtres), et nous avons la prière du Seigneur, le « Notre Père » appelé encore « oraison dominicale ». Et c’est pour que nous soyons toujours avec Dieu que le Christ nous a appris à prier le « Notre Père ». Parfois certains chrétiens semblent chercher des prières « efficaces ». Le « Notre Père » est la prière la plus efficace qui soit, parce qu’il nous vient de Dieu lui-même en la personne de Jésus–Christ.

D’abord, appeler Dieu notre « Père », c’est une révélation de Dieu lui-même. C’est Lui en la personne de Jésus-Christ qui nous demande de s’adresser à Lui en l’appelant « Père », ou « Notre Père ». Jamais, avant cette révélation, personne n’a appelé Dieu « Père » ou « Notre Père ». Ce qui fait alors de Dieu, un Dieu proche de chacun de nous. Il n’est pas inaccessible, Il est là dans nos cœurs, avec nous, en nous, il a fait de nous sa demeure. Nous sommes Temples de Dieu, c’est là qu’Il habite. A nous de ne pas le mettre dehors par nos péchés. Et l’expression « qui es aux cieux », qui se trouve en Matthieu, ne désigne pas un lieu ou un espace mais une manière d’être qui exprime sa majesté divine (CEC 2794). La prière commence par « Notre Père », le mot « Notre » implique que ce n’est pas la prière d’une seule personne, même quand elle prie séparément chez elle ou ailleurs, mais désigne la prière de l’ensemble de tous les chrétiens qui forment l’Eglise. Chacun de nous fait partie du peuple de Dieu qui est l’Eglise. « Prier le « Notre Père » nous fait sortir de notre individualisme, et pour qu’il soit dit « en vérité », nos divisions et nos oppositions doivent être surmontées » (CEC 2792). Avec le « Notre Père », nous prions Dieu avec les paroles mêmes de Dieu, tout comme la « Prière du temps Présent » qui a été réalisée à partir du Texte Officiel de la « liturgie des Heures » et qui comprend de nombreux psaumes et devient ainsi la prière officielle de l’Eglise, prière dite par la plupart des communautés religieuses et qu’on retrouve au moment des Laudes et des Vêpres. Là aussi, c’est prier Dieu avec les paroles de Dieu.

« Que ton Nom soit sanctifié » signifie d’abord « que la personne même de Dieu soit sanctifiée », « que Dieu soit sanctifié », mais il l’a toujours été puisqu’il est Dieu, et Dieu est source de toute sainteté. Si nous employons cette expression, c’est qu’elle est liée à nos propres comportements et à nos propres actions : Dieu est sanctifié chaque fois que nous faisons la volonté de Dieu en tous les domaines, chaque fois que nous faisons une action qui plaise à Dieu. A ce moment-là, les non-croyants et les critiqueurs de chrétiens qui nous regardent peuvent dire enfin : « vraiment leur Dieu est Dieu ». Pour que Dieu soit reconnu comme Dieu, saint, et source de toute sainteté, il va falloir que les chrétiens soient irréprochables, ou tout au moins qu’ils essaient de l’être, car (CEC 2814) « si nous vivons bien, le nom divin est béni, mais si nous vivons mal, il est blasphémé ». Rm 2,14 : « le nom de Dieu, à cause de vous, est blasphémé parmi les païens ».

« Que ton règne vienne ». « Dans la prière du Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ » à la fin des temps (CEC 2818). Depuis la Pentecôte (descente de l’Esprit Saint sur les Apôtres sous forme de langues de feu), la venue du Règne de Dieu est l’œuvre de l’Esprit Saint qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification ». Mais dès aujourd’hui, nous pouvons prier le Seigneur pour qu’Il règne en nos cœurs : Que ton Règne vienne …pour que le péché ne règne donc plus dans notre corps mortel. Et si le Seigneur règne en nos cœurs, nous recevons des signes de ce règne comme nous le dit Rm 14,17 : « le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint ». Par ces fruits, chacun peut voir si Dieu règne en son cœur. Lorsque nous avons en nous la paix, une paix durable, une joie intérieure malgré les problèmes de santé ou autres, une justification de tous les instants, c’est à dire « ajustés sur Dieu », « en accord avec Dieu », et donc unis au Christ parce que purifiés des péchés, alors le Seigneur règne dans nos cœurs. Il faut alors continuer à Lui dire tous les jours : « que ton règne vienne ».

« Donne-nous chaque jour notre pain quotidien ». Jésus-Christ nous dit dans l’évangile d’aujourd’hui : « demandez et l’on vous donnera; cherchez et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira. 10 Car quiconque demande reçoit; qui cherche trouve; et à qui frappe on ouvrira ». N’ayons donc aucune hésitation à demander au Père, au nom de son Fils, notre pain quotidien. Le Pape François, dans ses « Méditations Quotidiennes » (P.96), dit ceci : « Jésus nous met au défi de la prière et dit ainsi: “Tout ce que vous demanderez en mon Nom, je le ferai pour que le Père soit glorifié dans le Fils”. Si vous demandez quelque chose en mon Nom, “je le ferai”. Ayons le courage d’aller à Jésus et de lui dire: « Et maintenant que tu as dit, fais-le! (puisque je l’ai fait selon tes propres recommandations). Fais que la foi avance, fais que l’évangélisation aille de l’avant, fais que ce problème que j’ai soit résolu…” puisque je les ai demandés en ton Nom, et donne-nous chaque jour notre pain quotidien. CEC 2830 : « Le Père, qui nous donne la vie, ne peut pas ne pas nous donner la nourriture nécessaire à la vie, tous les biens ” convenables “, matériels et spirituels. Dans le Sermon sur la montagne, Jésus insiste sur cette confiance filiale qui coopère à la Providence de notre Père (cf. Mt 6, 25-34). Il ne nous engage à aucune passivité (cf. 2 Th 3, 6-13) mais veut nous libérer de toute inquiétude entretenue et de toute préoccupation ». Ainsi donc, tous les biens matériels et spirituels nous viennent de Dieu. Et (CEC 283) « la présence de ceux qui ont faim par manque de pain révèle une autre profondeur de cette demande. Le drame de la faim dans le monde appelle les chrétiens qui prient en vérité à une responsabilité effective envers leurs frères, tant dans leurs comportements personnels que dans leur solidarité avec la famille humaine ». Dieu n’a jamais voulu la misère de l’être humain, et c’est pour cela que le Christ nous invite instamment à aider ceux qui sont dans la misère afin qu’eux aussi retrouvent leur dignité, matériellement et spirituellement. Car toutes les misères du monde viennent d’une manière ou d’une autre du péché, et donc de l’éloignement de Dieu. D’où cette demande dans l’évangile d’aujourd’hui : 4 « remets-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit; et ne nous soumets pas à la tentation ». Nous demandons à Dieu de nous pardonner nos péchés afin que nous soyons nous-mêmes sortis de la misère spirituelle, et que, uni à Lui et rempli d’amour, nous nous tournions comme le Christ vers les autres à la fois pour pardonner, pour aider, pour sauver au nom de Jésus-Christ. Mais Dieu nous pardonnera nos péchés qu’à la condition que nous soyons capables de pardonner aussi ceux qui nous ont fait du tort. Prions Marie pour qu’elle nous aide à demander au Père miséricordieux, avec foi, humilité et simplicité, notre pain quotidien.

 

Claude Won Fah Hin




17ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 11, 1-13)

            « Demandez, on vous donnera. »

 

C’est ce qui ressort des textes de ce jour.

À la demande des apôtres « Seigneur, apprends-nous à prier », Jésus va donner la prière que nous connaissons tous, qui a été adoptée par tous depuis les débuts du christianisme, celle qui commence par « Notre Père ». Ici, dans le texte de Luc, elle commence par « Père », ce qui revient au même, puisque si tous nous disons ‘Père’, c’est qu’il est vraiment Notre Père.

Et dans cette prière, il n’y a que des demandes. Mais des demandes qui nous engagent : « Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne. », ce n’est pas une demande générale qui concerne tout le monde et personne en particulier : Elle me concerne moi-même : Qu’est-ce que je fais pour que le nom de Dieu soit sanctifié, qu’est-ce que je fais, chaque jour, pour que le règne de Dieu vienne et se répande sur toute la terre ? Oh, pas des choses compliquées, des choses à ma portée, à la portée de tous, selon son propre environnement … Est-ce que la venue du règne de Dieu auprès de tous m’importe ? Ou est-ce qu’on dit cette phrase par habitude, sans se préoccuper de ce à quoi cela nous engage … ?

De la même manière, le pardon des offenses … Parce qu’ici, dans saint Luc, le texte est plus clair que dans saint Matthieu : « car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. ». Et si nous, nous ne pardonnons pas … Que devient notre demande de pardon ?

Et juste après cette prière, Jésus donne des commentaires qui vont avec elle : la parabole de l’ami sans gêne qui vient réveiller son voisin pour qu’il lui donne du pain, et qui se termine par : « même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut. », et aussitôt après « Demandez, on vous donnera. ».

Cela veut dire qu’il faut oser demander des choses à Dieu. Sans crainte. Même si on a l’impression de demander toujours la même chose, de gêner Dieu. Même si on est mal à l’aise de demander toujours … La demande d’Abraham pour sauver les quelques justes de Sodome, dans la première lecture, nous montre qu’il faut parfois insister : cinquante justes … quarante-cinq … quarante … jusque à dix justes … et à chaque fois Dieu reprend : « pour … dix justes, je ne détruirais pas la ville. ».

Mais il est évident que cela dépend de ce que l’on demande : si c’est pour nous, notre intérêt personnel, à notre profit au détriment des autres, … ça se passe pas !

Par contre, si c’est « pour la gloire de Dieu et le salut du monde », alors la demande sera exaucée, peut-être pas comme on l’aurait souhaité, et à l’heure qu’on aurait voulue, mais cela se fera.

Finalement, la prière, c’est une question de confiance en Dieu, entre nous et Dieu. Et la confiance que Dieu a envers nous, elle est indubitable. Elle est de toujours ! Par contre, la confiance que nous avons en Dieu … elle peut être variable … même si on s’en défend !

Comme une confiance entre un père et son enfant …

Ce que dit Jésus à la fin : « Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ? … Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Si Jésus dit que nous sommes mauvais, c’est au sens que nous ne sommes pas parfaits, comme Dieu est parfait.

Mais qu’est-ce que le Père du ciel donne ? L’Esprit Saint. Pas ceci ou cela ! Non, L’Esprit Saint !

C’est-à-dire ce qu’il est en Lui-même. “Dieu est Esprit” (Jn 4,24), “Dieu est Saint” (Lv 19,2; 20,26; 21,8)…

Pour Dieu, c’est la seule bonne chose qu’il puisse nous donner. Parce que c’est la meilleure !

Seigneur Jésus,

Tu nous apprends à prier,

à avoir une relation de confiance avec ton Père.

Nécessaire, mais non suffisante :

il faut aussi demander,

avec conviction, sans crainte,

car ton Père sait déjà ce dont nous avons besoin.

Et il nous donne le mieux :

l’Esprit Saint.

À nous de nous laisser imprégner par lui !

Francis Cousin  

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre suivant:

Prière dim ordinaire C 17°




17ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Vous  direz “Notre  Père”

 Lc 11, 1-13

Ce passage de l’Evangile, mes frères, est sans doute l’un des plus éclairants que Jésus nous ait révélé sur la nature de Dieu.   Longtemps, pendant des heures parfois, les apôtres voyaient Jésus prier. On le voit par exemple au Jardin des Oliviers ou le soir, seul, dans un endroit retiré, tandis qu’eux-mêmes, au bout de quelques minutes, un peu comme nous parfois, ils sont secs, ils ne savent plus quoi dire…

Aussi sont-ils admiratifs et en viennent-ils à demander à Jésus :

« Jésus, apprends-nous à prier ».

Mais avant de prier quelqu’un, il faut le connaître, savoir qui il est, son caractère, son tempérament, et, j’allais dire son point faible. Quand un enfant demande une permission, il sait très bien s’il doit la demander plutôt à son père ou à sa mère et quel est le moment le plus favorable et la façon dont il doit s’y prendre…

C’est ce que nous apprend Jésus aujourd’hui : « Quand vous priez, nous dit-il, vous direz “notre Père” ». Dieu : un Père, une Mère, Dieu tendresse, Dieu Amour, Dieu qui s’occupe de nous comme un père s’occupe de son fils, ça a dû faire choc dans l’esprit des apôtres !

Déjà, bien sûr, dans l’Ancien Testament, Dieu avait manifesté de l’amour pour son peuple en le défendant de ses ennemis, mais avec une “poigne forte et bras raccourci”, comme dit le psaume et si, parfois, par le prophète Osée ou Isaïe, Dieu a des accents d’affection  à  l’égard de son peuple, l’éducation  qu’il lui donne ressemble parfois à un dressage.

Par quelles tribulations, par quelles dures épreuves, passe Israël, pour assouplir ce peuple dont Dieu dit, lui-même «qu’il a la nuque raide » : c’est la faim et la soif dans le désert, les batailles perdues, les pillages, les exils successifs, les invasions, la destruction du Temple, annoncés par les prophètes et qui se réalisent inexorablement.

Dieu fort, Dieu terrible, Dieu jaloux, Dieu vengeur, devant qui on se voile la face « éloigne-toi de moi, Seigneur, car je ne suis qu’un homme aux lèvres impures », Dieu tout puissant, maître des éléments, maître des évènements, Dieu exterminateur des méchants, punissant sévèrement même ses meilleurs serviteurs : Moïse qui n’entre pas dans la Terre Promise par un manque de confiance en Dieu, David dont l’enfant est tué parce qu’il a péché.

Mais quand vous priez, vous direz “notre Père”, quelle révélation !

. Dieu : un père que l’on doit appeler par son nom : « Que ton nom soit sanctifié ».

. Un Père qui leur donne à manger : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

. Un Père qui pardonne : « Pardonne-nous nos offenses ».

. Un Père qui nous soutient et nous protège : « Délivre-nous du mal ».

. Un Père qui est prêt à nous donner tout ce dont nous avons besoin : « Demandez et l’on vous donnera ».

. Un Père qui est prêt à nous faire découvrir tout ce que nous désirons savoir : « Cherchez et vous trouverez ».

. Un Père qui est prêt à ouvrir la porte à chaque fois que l’on y frappe : « Frappez et l’on vous ouvrira ».

Cependant, attention, pas d’équivoque, pas de  malentendu. Ce  n’est pas par usure, par ennui, parce que l’on insiste trop, que Dieu nous exauce, comme l’ami qui est dérangé pendant la nuit et qui lui donne pour se débarrasser de lui. Non, c’est par amour, c’est par affection pour nous parce que sa nature est don de soi, oubli de soi, parce que sa joie c’est de donner, de se donner, de semer la joie autour de lui. Dieu n’a qu’un désir, n’attend qu’une chose, qu’on lui demande ce dont on a vraiment besoin, pour nous le donner avec joie.

Si Dieu a été créateur, si le monde existe, si nous sommes là aujourd’hui, c’est parce que Dieu est amour et qu’un véritable amour ne peut pas se garder pour soi. Il doit faire surgir la vie. Prenez deux époux qui ne sont pas égoïstes, leur amour, à eux aussi, devient pro créateur, c’est-à-dire créateur comme celui de Dieu. Ils ne peuvent garder leur amour pour eux deux, il faut qu’ils en fassent profiter d’autres êtres : leurs enfants et leur couple devient alors un foyer d’amour. Dieu, Trinité, foyer d’amour, n’a pas  voulu, n’a  pas pu garder cet amour en circuit fermé, il fallait qu’il éclate : « Amor diffusum sui » dit St-Augustin.

« L’amour, de par sa vraie nature, est don de soi aux autres » et c’est parce que l’homme a été créé à l’image de Dieu que son amour pour un autre, ou pour une autre, devient, lui aussi, créateur de vie, créateur de leurs enfants, comme Dieu, et qu’ils s’en occupent jour après jour, année après année, pour épanouir, peu à peu, leur corps, leur esprit, leur cœur, leur âme. Ils ne font pas autre chose que ce que fait Dieu avec nous !

Et c’est pourquoi, à la fin de cet Evangile, Dieu se compare lui-même aux papas et aux mamans de la terre pour nous donner un  argument  a fortiori : « Vous  les papas, vous  les mamans, qui cependant n’êtes pas parfaits, dont l’amour est encore à améliorer, qui perdez souvent patience et qui avez parfois tendance à dire à vos enfants : “Va voir ailleurs si j’y suis”, vous qui êtes comme vous êtes, …, sincèrement, est-ce que vous auriez le cœur de donner un serpent à votre fils qui vous demande un poisson ? Ou un scorpion, s’il vous demande un œuf ?…Bien sûr que non, n’est-ce pas ? »

Si donc, nous qui sommes des pécheurs, qui ne sommes pas parfaits, tant s’en faut, qui sommes capables d’actions ou de pensées méchantes, nous savons si bien donner de bonnes choses à nos enfants, alors Dieu, Dieu amour, Dieu amour total, à combien plus forte raison !

Bien mieux, lui, il n’attend que cela, qu’on lui demande, pour pouvoir donner et plus fort encore, c’est lui qui nous demande de demander ! Ce n’est pas nous qui cherchons pour trouver, c’est lui qui nous cherche pour nous trouver (comme le bon pasteur avec la brebis perdue). Non seulement, il nous dit :

« Frappez et l’on vous ouvrira », mais c’est lui qui frappe à notre porte, nous dit St-Jean dans l’Apocalypse : « Voici que je me tiens à ta porte et que je frappe. Si quelqu’un m’ouvre, j’entrerai chez lui et nous dinerons ensemble, lui avec moi et moi avec lui ».

Mais, frères et sœurs, je vous vois venir avec une objection que j’ai souvent entendue : « Je sais, Dieu est Père, Dieu me veut du bien, mais souvent j’ai demandé et je n’ai pas reçu. Souvent, j’ai frappé et l’on ne m’a pas ouvert. Souvent, j’ai cherché et je n’ai pas trouvé ».

Ecoutez bien, alors, la dernière parole de notre Evangile d’aujourd’hui et nous aurons la réponse :

« Vous  qui donnez  de bonnes  choses  à vos enfants, combien plus votre Père du ciel donnera-t-il L’ESPRIT-SAINT à ceux qui le lui demandent ».

Il ne s’agit pas de demander n’importe quoi à Dieu, de frapper à n’importe quelle porte, de chercher n’importe quoi, n’importe comment. Dieu veut nous donner le meilleur, l’essentiel, ce dont nous avons d’abord besoin, un besoin indispensable, vital, essentiel : l’Esprit-Saint, son Esprit d’amour, son Esprit de famille, à lui qui est Père, lui qui est oubli de soi, son esprit de générosité.

Voilà, en priorité ce dont nous avons besoin. Voilà le cadeau nécessaire et suffisant pour réussir notre vie : être animé par cet Esprit de Dieu et c’est LUI que nous devons demander dans notre prière et tout le reste nous sera donné par-dessus le marché.

Car il est heureux, de toutes façons, même s’il passe par des épreuves, celui qui vit en fils de Dieu, parce qu’il sait qu’il a un Père qui veille sur lui et qui l’aime plus encore que n’importe quel papa ou maman aime son enfant.

Il suffit de jeter notre regard vers Lui.  AMEN

 

 




17ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 11, 1-13)

« Quand vous priez, dites : Père »

(Lc 11,1-13)…

Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »
Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.
Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.
Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes, nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous. Et ne nous laisse pas entrer en tentation.»
Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains,
car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.”
Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.”
Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.
Moi, je vous dis : Demandez, on vous donnera ; cherchez, vous trouverez ; frappez, on vous ouvrira.
En effet, quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; à qui frappe, on ouvrira.
Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu du poisson ?
ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ?
Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

        

 

            « Seigneur, apprend-nous à prier ». Lui qui est toujours « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18), il invite ici ses disciples, et à travers eux tout homme, à faire de même. Tous, en effet, « nous avons été créés à son image et ressemblance », comme un fils ressemble à son papa (Gn 1,26-28 ; 5,3). « Et Dieu veut que tous les hommes », ses enfants, « soient sauvés » (1Tm 2,3-6). Alors, « que ta volonté soit faite » !

            « Père, que ton Nom soit sanctifié ». Or, la notion de « sainteté » dans la Bible renvoie à ce que Dieu Est en Lui-même. Quand il dit « Je Suis » (Ex 3,14) ou « Je Suis Saint » (Lv 19,2), il dit en fait la même chose. La notion de « Nom » elle aussi renvoie directement au mystère de celui qui le porte. Lorsque Marie dit « Saint est son Nom » elle évoque simplement le Mystère de « Celui qui Est » (Ex 3,14)… Et les deux termes qui entourent cette déclaration nous disent alors qui Est Dieu pour Marie : « Miséricorde » (Lc 1,50) « Toute Puissante » (Lc 1,49).

            Dire « que ton Nom soit sanctifié » revient donc à souhaiter que Dieu soit connu en vérité tel qu’Il Est. Or, dans la Bible, il est le premier à « sanctifier » son Nom en manifestant, par ses actions, « qui » Il Est : « Je sanctifierai mon nom que vous avez profané au milieu des nations. Alors elles sauront que je suis le Seigneur – oracle du Seigneur Dieu – quand par vous je manifesterai à leurs yeux  ma sainteté », c’est à dire « qui » je suis… Et dans la suite, nous le voyons agir avec une incroyable Miséricorde : « Je vous prendrai du milieu des nations,… je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures, de toutes vos idoles, je vous purifierai. Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon Esprit, je ferai que vous marchiez selon mes lois, que vous gardiez mes préceptes et leur soyez fidèles » (Ez 36,23-27), enfin !

            Et puisque Dieu Est « Miséricorde Toute Puissante » dire « que ton règne vienne » revient à souhaiter le salut, la paix et les cris de joie pour tout homme pécheur, pourvu qu’il accepte que Dieu règne dans sa vie sur toutes ses misères, en toutes ses ténèbres : « Qu’ils sont beaux les pieds du messager qui annonce la paix, du messager de bonnes nouvelles qui annonce le salut, qui dit à Sion : Ton Dieu règne. Ensemble poussez des cris de joie, ruines de Jérusalem ! car le Seigneur a consolé son peuple, il a racheté Jérusalem. Il a découvert son bras de sainteté aux yeux de toutes les nations, et tous les confins de la terre ont vu le salut de notre Dieu » (Is 52,7-10).                   DJF




16ième Dimanche du Temps Ordinaire – Francis Cousin (Lc 10,38-42)

« Marie a choisi la meilleure part. »

 

L’évangile de ce jour vient juste après celui que nous avons entendu la semaine dernière. Dans celui-ci, Jésus montrait par les actes du Bon Samaritain la bonté de Dieu qui veut sauver tous les humains, et il nous invitait à faire de même. Dans celui de ce jour, Jésus veut montrer l’importance de la Parole de Dieu accueillie par ceux qui l’entendent, ici Marie.

Voir et entendre l’action de Dieu est ce qui est le plus important pour ceux qui veulent le suivre.

Dans l’évangile de ce jour, nous voyons Jésus, en marche vers Jérusalem, recevoir l’hospitalité dans une maison habitée par deux femmes, deux sœurs : Marthe et Marie. C’est Marthe qui avait invité Jésus, et elle voulait lui faire honneur, c’est pourquoi « elle était accaparée par les multiples occupations du service. », tandis que Marie, « assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole. », ce qui, au bout d’un moment agaça Marthe qui se plaignit à Jésus : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissé faire seule le service ? Dis-lui donc de m’aider. »

Contrairement à ce qu’elle aurait pu attendre, Jésus ne va pas aller dans son sens : « Marthe, Marthe, tu te donnes du souci et tu t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. ».

Le fait de l’appeler par son nom par deux fois pourrait montrer une sorte de reproche de son intervention. En effet, Marthe est préoccupée par la satisfaction de Jésus, mais une satisfaction comme elle la pense : un bon repas, bien servi, etc … En fait, des préoccupations du monde. Alors que la satisfaction de Jésus se trouve dans l’écoute de Marie, attentive à ce qu’il dit et sans doute participant activement à la discussion. L’écoute de la Parole de Dieu, la seule chose que Jésus juge nécessaire. L’écoute attentive de la Parole ; une écoute qui engage l’écoutant. Ne dira-t-il pas un peu plus loin : « Heureux plutôt ceux qui écoutent la Parole de Dieu, et la mettent en pratique ! » (Lc 11,28). Une écoute qui amène des actions. Mais des actions qui vont dans le sens de la Parole de Dieu, et non dans le sens du monde.

Jésus n’oppose pas l’écoute de la Parole, la relation à Dieu (ce qu’on appelle aussi la contemplation) et l’action, mais il leur donne un ordre de priorité : d’abord la relation à Dieu, la contemplation, et ensuite l’action imbibée de cette relation à Dieu, et éclairée par l’Esprit Saint.

L’ordre inverse n’est pas bon : faire l’action, et ensuite se justifier vis-à-vis de Dieu en disant : « Tu as vu ce que j’ai fait ? Pas mal hein ? » (Voir la parabole du pharisien et du publicain (Lc 18,9-14).

Pour Jésus, tout est une question de service. N’a-t-il pas dit : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. » (Mt 20,26), et on peut voir le service de deux manières :

– Le service de Dieu : Parole, prière, contemplation …

– Le service des autres : action, levain dans la pâte …

(Il y a encore une autre manière de voir le service, le service pour soi, pour se mettre en valeur, mais qui n’est pas agréée par Jésus : « Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir. » (Mt 20,28))

Ce sont d’ailleurs ces deux formes de services qui ont été à l’origine de la création des diacres : « Il n’est pas bon que nous délaissions la parole de Dieu pour servir aux tables. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous… et nous les établirons dans cette charge. En ce qui nous concerne, nous resterons assidus à la prière et au service de la Parole. » (Ac 6,2-4).

Cette distinction nette entre les deux sortes de service peut être bonne si tous les acteurs sont assidus à la Parole et à la relation à Dieu.

Il est d’ailleurs remarquable de constater que ceux qui donne le plus aux autres sont aussi ceux qui ont une vie contemplative importante :

– Jean-Marie Vianney, curé d’ars, qui eut une grande influence sur ceux qu’il rencontrait, priait devant le tabernacle plusieurs heures par jour.

– Mère Térésa, lorsque ses sœurs lui dirent qu’elles avaient trop de travail, prit la décision de multiplier par deux le temps quotidien d’adoration de toute la communauté, et alors tout s’est arrangé.

– le père Guy Gilbert, le curé des loubards comme on l’appelle, qui prends cinq jours par mois pour faire retraite dans un monastère.

– et sans doute encore beaucoup d’autres …

Tous trouvent dans la prière et l’adoration la force nécessaire pour mettre en œuvre leur activité pastorale.

Alors que très souvent, on entend des gens dire : « Avec tout ce que je fais dans la journée, je n’ai pas le temps de prier » ou « Le dimanche est le seul jour où je peux me lever tard, me reposer … alors la messe … je peux pas y aller ! ».

Mais en fait, c’est la prière, la relation à Dieu, qui permet d’éclairer notre vie, de lui donner un sens, et qui nous aide à définir des priorités, ce qui permet de gagner du temps, et nous donne la force d’aller plus loin dans nos activités pastorales.

Pour nous, ce qu’il nous faudrait faire : se mettre au service de Dieu et des autres, en donnant la priorité à la relation à Dieu, qui est le moteur de la relation aux autres.

Prenons le temps de l’intériorité sous le regard de Dieu !

 

Seigneur Jésus,

Très souvent nous sommes orientés vers l’action,

parce qu’on voit le résultat …

et nous négligeons la relation avec toi,

qui doit être le moteur de notre action,

mais dont on ne voit pas le résultat.

Mais sans toi,

nous ne pouvons rien faire !

 

Francis Cousin

 

Pour accéder à la prière illustrée du 16° dimanche du temps ordinaire, et à la Parole d’Evangile, cliquer sur les titres suivants :

Prière dim ordinaire C 16°

Parole d’évangile semaine 19-29