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Dimanche de Pâques par le Diacre Jacques FOURNIER (5 Avril)

 

  « Christ est ressuscité ! » (Jn 20,1-9)

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.
Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.
Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,
ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

         résurrection2

« Celui à qui on remet peu montre peu d’amour » (Lc 7,47), mais celui à qui on remet beaucoup montre beaucoup d’amour… Marie Madeleine, dont Jésus « avait chassé sept démons » manifeste ici l’intensité du lien qui l’unit à son Seigneur en arrivant à son tombeau « de grand matin », la première, « alors qu’il faisait encore sombre »… Mais surprise… « La pierre a été déplacée »… Elle n’entre pas et court aussitôt prévenir Pierre et Jean : « On a enlevé le Seigneur ». Arrivé le premier, Jean s’arrêtera à l’entrée pour laisser Pierre passer devant lui. Il est ainsi déjà celui que les disciples ont reconnu comme la Pierre sur laquelle le Christ bâtira son Eglise (Mt 16,18)…

Mais le plus grand a besoin du plus jeune… Le regard de foi de Pierre n’est pas celui de Jean. Tous les deux, en effet, voient « le linge qui avait recouvert la tête ». Mais il n’est pas « posé avec le linceul » comme il l’aurait été si quelqu’un l’avait dénoué pour s’emparer ensuite du corps de Jésus. Il est toujours « roulé à part, à sa place », celle qu’il avait sur le corps… Personne en fait ne l’a touché… Le corps a subitement disparu, et tous les linges qui l’entouraient se sont affaissés, chacun « à sa place »… Seul Jean comprend… « Il vit et il crut »… « On a vraiment enlevé le Seigneur », mais c’est le Père, par la Puissance de l’Esprit Saint, qui a ressuscité son Fils d’entre les morts, et qui lui donnera peu après de se manifester à Pierre et à Jean…

Peu après, ils partiront en effet pécher, à une centaine de mètres du rivage, mais ce jour-là, les poissons n’étaient pas au rendez-vous. Jésus leur apparaît, mais ils ne le reconnaissent pas tout de suite… « Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez », leur dit-il. Ils le firent et de fait, il se remplit à craquer, une situation qu’ils avaient déjà vécue autrefois avec lui (Lc 5). Jean le comprend aussitôt de ce regard du cœur qui sait percevoir la Présence et l’Action de l’Invisible au cœur des réalités les plus simples de la vie. « C’est le Seigneur », dit-il à Pierre… Et ce dernier, le premier, encore une fois, plongera à l’eau pour aller le rejoindre (Jn 21,1-14)…

« Les disciples n’avaient pas vu que, d’après l’Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts », manifestant ainsi la victoire de l’Amour sur la haine, de la Douceur sur la violence, de la Vie sur la mort… Maintenant, ils vont partir sur les routes du monde en témoins de sa Résurrection, invitant les foules à se repentir pour recevoir le pardon de toutes leurs fautes. Car l’Amour est vainqueur, ils l’ont vécu, ils l’ont vu… DJF

 




Messe du jour de Pâques par P. Claude TASSIN (Spiritain)

 

Actes des Apôtres 10, 34a.37-43 (Les Apôtres témoins de la résurrection)

Pierre a déjà annoncé la résurrection du Christ à des Juifs, au jour de la Pentecôte (cf. Actes 2 – 4). Ici, il s’adresse pour la première fois à un païen, un officier romain de Césarée, capitale de la Judée-Samarie. Là résidait le gouverneur romain, tel Pilate, qui ne venait résider à Jérusalem que lors des pèlerinages, afin de parer à d’éventuelles agitations populaires.

Pierre résume l’Évangile qui commence par le baptême conférant au Christ la force prophétique de l’Esprit saint. Il ne s’attarde pas sur les faits et gestes de Jésus : il lui suffit de dire que les apôtres ont été témoins de son œuvre de libérateur, qu’il y a une continuité entre son ministère et la passion et la résurrection.

Les Juifs ont « pendu Jésus au bois », allusion à Deutéronome 21, 23, un texte que l’on interprétait alors comme une malédiction des crucifiés : Jésus a pris sur lui le destin des maudits, comme le rappellera saint Paul en Galates 3, 10. Mais « Dieu l’a ressuscité *le troisième jour », c’est-à-dire selon la symbolique juive ancienne, la résurrection générale de la fin des temps. Les apôtres en sont témoins. Les paroles de Pierre laissent entendre que des objections ont cours parmi les Juifs : s’il est vivant, pourquoi ne l’avons-nous pas vu ?

L’essentiel tient en ceci : Jésus est désormais le « Juge des vivants et des morts », la référence ultime de notre histoire, parce que Dieu lui a rendu justice contre la condamnation prononcée à son égard. « Quiconque croit en lui », Juif ou païen, se voit libéré de ses péchés parce qu’il reconnaît la justice de Dieu dans les relèvement du Christ.

* Le troisième jour. Le Nouveau Testament ne dit pas que Jésus s’est ressuscité, mais que Dieu l’a ressuscité, rendant par là justice à l’accomplissement de sa mission. D’autre part, la mention du « troisième jour » est moins chronologique que théologique. Dans la Bible, nombre d’événements importants se passent « le troisième jour », et, dans le judaïsme, l’expression en vint à désigner, sur la base d’Osée 6, 2, l’espérance de la résurrection finale de tous. Dans la résurrection de Jésus, c’est la nôtre qui commence.

Colossiens 3, 1-4 (Vivre avec le Christ ressuscité)

L’Apôtre vient de s’en prendre, en Colossiens 2, 8-23, à des déviations qui dénaturent la foi chrétienne de ses lecteurs. Il s’agit apparemment de l’influence de pratiques juives, d’un culte des anges mêlé de spéculations grecques sur les puissances cosmiques. Peut-être même certains rites d’initiation font-ils concurrence au baptême. Aux yeux de l’auteur, tout cela insulte à la place centrale due au Christ dans l’existence chrétienne.

Baptisés, nous sommes morts à ces fausses sécurités d’hier et d’aujourd’hui. Nous devons nous en dégager, parce que seul le Christ est « notre vie » et, selon le psaume pascal (109, 1), il siège auprès de Dieu. Nous sommes donc orientés désormais vers « les réalités d’en haut ». « Nous sommes ressuscités. » Le verbe est au passé : c’est chose faite ! Mais, dans le gris du quotidien, nous voyons mal les effets de cette nouveauté encore « cachée » dans le secret de Dieu. D’où notre difficulté à oser décoller, à oser nous élever. Mais viendra le jour de la manifestation du Christ et, en belle et pleine lumière, la révélation de notre être profond, pourvu que nous n’ayons pas laissé se briser notre élan vers *« les réalités d’en haut ».

* Les réalités d’en haut. Ici, nul mépris des réalités terrestres, puisque, selon l’auteur, Dieu a voulu « tout réconcilier » par le Christ « sur la terre et dans les cieux » (Colossiens 1, 20). Il blâme seulement les idéologies et autres discours religieux qui asservissent le monde à des intérêts inavouables. Ces perversions empêchent la terre de tendre vers sa réalisation authentique dans le Christ, dans la lumière de la Pâque du Christ. Victor Hugo racontait qu’en son enfance, il aimait se cacher dans les arbres parce que les adultes… ne regardent jamais en haut.

2e lecture, au choix :

1 Corinthiens 5, 6b-8 (La Pâque, exigence de renouvellement)

Paul écrit cette lettre depuis Éphèse, aux environs de la célébration de Pâques (cf. 1 Corinthiens 16, 8). Nos deux versets reprennent sans doute un passage de l’homélie qu’il a prononcée à l’occasion de la fête de Pâques et qu’il adapte ici à un problème précis (voir 1 Corinthiens 5, 1 ss.) : Un membre de l’Église de Corinthe a mal compris la liberté chrétienne prônée par Paul. Il a épousé sa belle-mère, contre la Loi mosaïque (Lévitique 18, 8) et contre le Code romain. La communauté n’a pas réagi, admirant peut-être l’audace de l’individu (à Corinthe, il fallait s’attendre à tout, semble-t-il). Mais, pour Paul, ce cas est le *levain qui corrompt la pâte de façon malsaine.

Dans les rites de la Pâque juive aujourd’hui encore, on débarrasse la maison de tout levain, en signe de renouveau (cf. Exode 12, 15). L’Apôtre transpose l’image : la communauté doit devenir ce qu’elle est réellement, une nouvelle pâte pascale. Chaque jour est Pâques, puisque le Christ, « notre agneau pacal, a été immolé », comme le nouvel ageau pascal libérateur. Il faut nous libérer des traces « de la perversité et du vice », en l’occurrence un usage vicié et égoïste de notre liberté, et nous engager dans une « droiture » et une « vérité » de tous les instants : voilà le premier pas de notre renouveau, de notre résurrection avec le Christ.

* Le levain. L’image positive du levain vient de la parabole (Matthieu 13, 33) dans laquelle, par paradoxe, Jésus compare la puissance du Règne de Dieu à l’infime pincée de levain qui fait lever une quantité de pâte incroyable. Mais d’ordinaire, dans le Nouveau Testament, le levain apparaît comme un agent corrupteur. Songeons à l’exclamation de Jésus : « Méfiez-vous du levain des pharisiens et des sadducéens » (Matthieu 16, 6).

 

Jean 20, 1-9  (« Il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts»)

L’épisode de la course au tombeau, connu par un célèbre tableau, met en relief le disciple «que Jésus aimait», qui court plus vite que Pierre, mais qui, comme par déférence institutionnelle, s’efface derrière lui.

Le premier jour de la semaine

Jésus a été enseveli le vendredi soir, avec les honneurs dus à un roi, selon la mise en scène de saint Jean. Marie Madeleine laisse passer le repos du sabbat, puis elle se rend au tombeau pour pleurer le Disparu. C’est « le premier jour de la semaine », manière pour l’évangéliste d’annoncer une création nouvelle, « de grand matin », à l’aube de la vie – « c’était encore les ténèbres », car cette vie est encore cachée. Ainsi s’ouvrent les quatre épisodes dans lesquels Jean présente les manifestations du Ressuscité : la découverte du tombeau ouvert, l’apparition à Marie Madeleine, l’apparition aux disciples le soir du même jour et l’épisode de Thomas (2e dimanche de Pâques). L’évangile de Jean s’achèvera par un appendice plus tardif dans la composition de cet évangile : la rencontre au bord du Lac (Jean 21).

La course au tombeau

Quelle nouvelle peut faire courir un adulte sérieux ? Tout le monde court dans l’évangile de ce jour, à commencer par Marie Madeleine qui s’imagine qu’il y a eu rapt du corps, un fléau de l’époque. Sous sa désolation se profile l’émoi de la Bien-aimée du Cantique des Cantiques (3, 2) : « Je veux chercher celui que mon cœur aime ; je l’ai cherché et je ne l’ai pas trouvé. »

C’est ensuite la course entre Pierre et « le disciple que Jésus aimait ». Ce dernier va plus vite, parce que, suppose-t-on, il aime davantage. Mais il laisse à Pierre, le chef des Douze, la primeur de la découverte des lieux.

Il vit et il crut

Le Disciple entre à son tour : « il vit* et il crut. » Il voit la parure funéraire soigneusement déposée : il ne s’agit donc pas d’un rapt précipité ; le Seigneur est sorti de la mort et n’a plus besoin de la vêture des morts. Le Disciple croit que, dans le secret de la nuit, Dieu l’a ressuscité. Il est en cela le premier des disciples qui croiront à leur tour, qui n’ont pas encore lu l’Écriture (l’Ancien Testament) correctement et n’y ont pas vu inscrit un plan de Dieu annonçant la résurrection du Seigneur. Il faut prendre le temps de se souvenir des paroles du Christ. Il avait annoncé que serait relevé « le Temple de son corps. » « Aussi quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela : ils crurent aux prophéties de l’Écriture… » (Jean 2, 22).

Pierre et l’autre disciple

Cet épisode de la course au tombeau, l’évangéliste l’a composé en reprenant la tradition de la visite de Pierre au sépulcre (cf. Luc 24, 12) et en introduisant le personnage du « Disciple que Jésus aimait », celui qui, lors de la Cène, « se penchait sur la poitrine de Jésus » (Jean 13, 25). L’évangéliste n’établit pas une rivalité entre Pierre et l’autre Disciple ; il souligne dans la découverte du Ressuscité, la primauté de l’amour sur la légitime solidité de l’Institution, représentée par Pierre. Plus nous aimons le Jésus des évangiles, plus nous croirons qu’il ne peut être que le Vivant, « le Juge des vivants et des morts » (1ère lecture).

* Voir n’est pas une simple opération des globes oculaires ; c’est aussi comprendre les choses, leur donner un sens. Ne dit-on pas :  «je vois ce que vous voulez dire»?  L’évangile de Jean accorde une grande importance à ce verbe. Jésus pose des signes pour que les humains puissent voir ce qu’il faut voir, c’est-à-dire que Dieu est à l’œuvre en lui. Au tombeau, le Disciple bien-aimé découvre une absence. Mais cette absence atteste pour lui une résurrection correspondant à ce qu’il a su voir finalement dans les Écritures. Notre foi consiste en un regard en profondeur des signes qui, au jour le jour, disent la présence active du Vivant.




Rencontre autour de l’Evangile – Dimanche de Pâques

 Il vit, et il crut…

résurection 1

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (J, 20, 1-9)

Le chapitre 20 de l’évangile de Jean est tout entier consacré aux apparitions de Jésus après sa résurrection. Le matin de Pâques, Pierre et Jean trouvent le tombeau vide. Nous allons voir ce qui se passe pour ces deux disciples.

Le sens des mots

Le premier jour de la semaine : Qu’est devenu pour nous ce premier jour de la semaine ? Quel est son importance pour les chrétiens ?

Marie Madeleine : Qui est cette Marie Madeleine ? Que voit-elle en arrivant au tombeaux ?

De grand matin… il fait encore sombre : Le jour se lève peu à peu… Cette remarque de Jean doit avoir une signification par rapport à l’événement : laquelle ?

Simon-Pierre et l’autre disciple celui que Jésus aimait : Quelle était la place de Simon-Pierre dans le groupe des Douze ? Qui peut être ce « disciple que Jésus aimait » ?

Le Seigneur : Au lieu de dire on a enlevé « le corps » de Jésus, Marie Madeleine dit « le Seigneur » : Pourquoi ?

Jean voit le linceul resté là… il n’entre pas : Pourquoi l’autre disciple, arrivé le premier, n’entre pas ?

Pierre regarde le linceul resté là : Comment comprendre ce qui est dit du linceul.

Il vit et il crut : Qu’est-ce que le disciple à vu ? Qu’est-ce qu’il a cru ?

Jusque là il n’avait pas vu… : Que veut dire ici le mot « voir » ?

Que d’après l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Pour l’animateur

 Pour les juifs, le lendemain du sabbat (7ème jour), c’était le premier jour de la semaine. C’est devenu pour les chrétiens « le jour du Seigneur » (en latin : Dies Domini = Dimanche). Jour particulièrement important parce que c’est le jour où les chrétiens se rassemblent pour célébrer la mort et la résurrection de Jésus. Depuis le début, c’est le jour où Jésus ressuscité vit un rendez-vous avec ses disciples.

Marie de magdala (Madeleine), c’est une ancienne possédée que Jésus a guérie et qui faisait partie du groupe de femmes qui le suivaient (voir Lc 8,2). Ne pas confondre avec la pécheresse (prostituée) venue chez Simon le Pharisien pour pleurer ses péchés.

De grand matin, (le jour se lève), mais il fait encore sombre : ce n’est pas une pure indication de temps. Ce langage symbolique, cher à saint Jean, veut dire que le Christ s’est levé du tombeau, il est le Soleil Levant ; mais il fait encore sombre dans le cœur des disciples et de Marie. Ce n’est pas encore la clarté de la foi.

La pierre a été enlevée : La Résurrection est l’œuvre du Père par la puissance de l’Esprit. Mais Jean, préserve le mystère de l’intervention de Dieu.

Pierre et le disciple que Jésus aimait, vivent une grande proximité avec Jésus depuis sa passion, proximité douloureuse pour Pierre dans sa trahison, fidèle chez l’autre disciple. L’évangéliste ne nomme jamais l’autre disciple. Qui est-il ? Peut-être Jean lui-même ? Chacun de nous peut lui donner son nom. C’est à Pierre d’entrer le premier dans le tombeau vide : car c’est le chef du groupe des Douze et il devient ainsi un témoin indiscutable pour l’Église primitive.

L’autre disciple entre à son tour : dès qu’il voit les linges restés à la place où ils étaient sur le corps de Jésus, « il vit et il crut ». Le disciple croit sans hésiter. Jésus s’en est allé, laissant ses habits dans l’ordre et place où il les portait. Ces habits attestent que le corps de Jésus n’a pas été volé. Jésus ressuscité n’a plus besoin de vêtement ; il a quitté le monde des humains… Voir et croire, pour Jean, c’est la même acte.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Jésus, tu es ressuscité ! Tu es sorti vivant du tombeau. Pierre et le disciple que tu aimais ont cru ! Nous sommes tes disciples. Tu nous aimes. Augmente notre foi et fais de nous les témoins joyeux de ta résurrection.

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

Ou bien Jésus est ressuscité ou bien il n’est pas ressuscité !

S’il est ressuscité, tout dans notre vie doit avoir un sens nouveau : le temps que nous vivons, nos occupations quotidiennes, notre travail, notre famille, l’éducation que nous donnons à nos enfants, l’usage que nous faisons de l’argent, l’amour, l’amitié, nos relations, nos loisirs, la souffrance… et la mort ! Où en sommes-nous ? Comment vivons-nous notre foi en Jésus ressuscité ?

ENSEMBLE PRIONS

Dieu notre Père, dans ton amour invincible pour nous, tu as relevé ton Fils Jésus d’entre les morts, pour le salut de tous.

Fais-nous entrer dans la joie et l’allégresse du Christ ressuscité, pendant tout le temps pascal, jusqu’à la Pentecôte, et tous les jours de notre vie.

Donne-nous le goût de demeurer avec lui dans le secret du cœur, d’aimer avec générosité tous ceux que tu nous donnes et de vivre dans la foi et l’espérance, tournés vers lui, le Vivant à jamais. Amen

Chant : Jésus, tu es ressuscité, Alléluia.

 

 




Vendredi Saint – Messe du soir par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Isaïe 52, 13 — 53, 12 (La grande prophétie du serviteur souffrant)

Le Quatrième Chant du Serviteur ouvre la célébration de la Passion. Ce texte difficile a fortement inspiré les auteurs du Nouveau Testament et nous le lisons pour cette raison. Ainsi « l’agneau conduit à l’abattoir » évoquait pour Jean Jésus, Agneau de Dieu.

Selon une interprétation possible, le Serviteur représente à l’origine un groupe d’Israélites exilés à Babylone au 6e siècle avant notre ère et qui porte sur lui le poids du châtiment divin, alors que d’autres Israélites, non exilés, restés au pays, étaient tout aussi coupables. Mais, dans l’humiliation et la fidélité des déportés envers lui, Dieu voit un sacrifice volontaire qui a valeur d’absolution pour l’ensemble du peuple pécheur.

Ainsi y aura-t-il un avenir, une résurrection, une postérité du Serviteur, et le monde entier en sera témoin. « Le Serviteur justifiera les multitudes » : à cause de son sacrifice, Dieu tirera un trait sur le péché et, en vue d’un nouveau départ, il considérera son peuple comme juste. Ajoutons que le texte fait alterner des discours de Dieu (« mon Serviteur ») et d’autres tenus par les Juifs ou par les nations témoins de la destinée du Serviteur.

En sa passion, Jésus accomplit la figure du *Serviteur. « Mort pour nos péchés », il assume le sort de ceux « qui paient pour les autres » et leur apportent ainsi de nouvelles chances de vivre.

* Le Serviteur. Comme le Serviteur, Jésus « s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort » (dimanche des Rameaux, 2e lecture). Signalons le credo transmis en 1 Corinthiens 15, 3-5. Il y est dit que « le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures » ; dans l’expression « conformément aux Écritures », il s’agit d’un renvoi à notre poème, comme aussi lorsque Matthieu 26, 28 évoque, pour la coupe eucharistique, le sang « répandu pour la multitude en rémission des péchés ».

Hébreux 4, 14-16 ; 5, 7-9 (Jésus, le grand prêtre, cause de notre salut)

L’auteur de la Lettre aux Hébreux présente Jésus comme étant aujourd’hui notre grand prêtre, par *le sacrifice de la croix. Du pontife, les Juifs attendaient qu’il présente à Dieu leurs offrandes de manière irréprochable et qu’il leur obtienne ainsi la miséricorde et la grâce de Dieu. Mais, dans le Temple terrestre, le grand prêtre ne rencontrait pas Dieu face à face, tandis que Jésus « a traversé les cieux », dans le Temple véritable où Dieu réside. Et pourtant, il n’est pas devenu pour autant un étranger lointain : le vendredi saint nous rappelle qu’il a connu nos épreuves, sans céder au péché. Alors « tenons ferme », « avançons-nous avec assurance » et ne cherchons pas à atteindre Dieu autrement que par Jésus.

Après l’exhortation, l’auteur expose l’excellence de la médiation du Christ. « Pendant les jours de sa vie dans la chair », celui-ci a offert à Dieu sa prière instante et sa totale obéissance, comme dans la scène du jardin des Oliviers. Il a été paradoxalement exaucé, comme le montre sa résurrection, en cela qu’il a pu unir sa volonté au seul vouloir du Père. Il a ainsi accepté les souffrances de sa Passion et assumé une totale solidarité avec l’humanité mortelle. Ayant traversé la mort, il est désormais l’exemple et le guide parfait pour ceux qui comprennent le sens de son sacrifice et qui, avec lui, mettent leur confiance en Dieu.

* Le sacrifice de la croix. Sur l’arrière-fond du culte juif ancien, les chrétiens voient dans la mort de Jésus un sacrifice, et même, grâce à l’auteur anonyme de la Lettre aux Hébreux, le sacrifice unique et parfait. Offrir un sacrifice à Dieu, c’est s’offrir soi-même à Dieu, totalement : ce qu’on offre est le signe de l’offrande de soi-même. Mais cette offrande totale serait, portée à l’extrême, un suicide. C’est pourquoi, en manière de signe, on immolait des animaux. Seul Jésus, mort et ressuscité par Dieu, a pu réaliser parfaitement ce que signifie un sacrifice. Dès avant la ruine du Temple de Jérusalem, certains cercles juifs avaient mis ceci en avant : le seul sacrifice que Dieu attend de nous, c’est notre fidélité de chaque instant à sa volonté (comparer Romains 12, 1-2).

Jean 18, 1 – 19, 42 (La Passion du Seigneur)

La Passion du Seigneur selon Jean tient son éclat des symboles parsemés au long du texte. La ligne directrice est celle-ci : la Passion constitue le couronnement de la royauté du Christ, l’intronisation de celui-ci. Par le don total de lui-même, Jésus propose l’amour de Dieu sans limites comme seule Vérité, vérité de la nature de Dieu, vérité du sens de l’histoire du monde, comme un programme de règne offert à notre accueil. L’ensemble progresse en cinq lieux, la séquence centrale étant le dialogue avec Pilate.

Au Jardin

Le jardin n’est pas nommé. La Passion commence dans un jardin et s’achèvera dans le jardin de l’ensevelissement. Nulle scène d’agonie, à la différence des autres évangiles (elle a été anticipée en Jean 12, 27-28), mais l’affrontement entre Jésus, lumière du monde, et le parti des ténèbres, conduit par Judas. Jésus mène l’action : « Qui cherchez-vous ? » – « C’est moi », ou plus littéralement : « Je Suis », le nom par lequel Dieu se révéla à Moïse (Exode 3, 14). À cette révélation, les ennemis de Jésus s’effondrent. C’est Jésus, « sachant tout ce qui allait lui arriver », qui semble décider de son arrestation. On songe de nouveau à l’expression de la prière eucharistique n° 2 : « Au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa Passion… »

Chez Anne, le grand prêtre

Une opposition se dessine entre Jésus, qui proclame hautement son identité devant le grand prêtre, représentant du judaïsme, et Pierre qui renie son maître. Au centre de la scène, une simple gifle signe la rupture.

Chez Pilate

Selon « l’ironie » de saint Jean, les Juifs en viennent à renier le Roi Messie : « nous n’avons pas d’autre roi que César. » Les entrées et sorties de Pilate divisent l’épisode en sept séquences. Dans la quatrième, centrale, selon la même ironie, Jésus est affublé des insignes du roi et salué comme tel. L’auteur donne l’impression que Jésus porte cet accoutrement jusque sur la croix. La septième séquence est décisive : Pilate *assied publiquement Jésus en juge et roi de son peuple (« Voici l’homme » = le Fils de l’homme) qui le repousse.

Au Golgotha

Jean exprime, en un véritable feu d’artifice, la totalité du mystère de Pâques : l’inscription de la croix en trois langues souligne l’universalité du règne de Jésus ; la tunique non déchirée annonce l’unité des croyants ; dans la personne de Marie, « la Femme », Jésus confie aux disciples, spécialement au « disciple que Jésus aimait », auteur de cet évangile dit « de Jean », le nouveau peuple de Dieu. Dans la mort de Jésus, « tout est accompli » de son amour : déjà Jésus « remet (ou « transmet » l’Esprit » (la majuscule s’impose dans la théologie de Jean) aux témoins croyants. Tel le rocher frappé par Moïse (Nombres 20, 9-11), le soldat « frappe le côté du Christ » : il en jaillit l’eau vive de l’Esprit (cf. Jean 7, 38-39), don lié maintenant au sang versé par le Christ.

Au Jardin

Le récit s’achève dans un autre jardin, celui de l’ensevelissement car les rois d’Israël étaient ensevelis dans un jardin (cf. 2 Rois 21, 18). Les quelque trente kilos d’aromates apportés par Joseph l’emportent sur les funérailles de n’importe quel souverain. Jésus est entouré avec honneur de notables juifs qui se posent enfin en vrais disciples : l’histoire de la mission chrétienne commence déjà. Au terme du récit de la Passion, nous revenons à cette question essentielle : à qui donnons-nous le droit de régner sur nos vies ?

* Il le fit asseoir. Selon la subtilité caractéristique de Jean, le verbe grec est ambigu : «Pilate fit amener Jésus dehors et s’assit (ou le fit asseoir) au lieu appelé le Dallage, en hébreu Gabbata » (19, 13). Certes, c’est Pilate qui s’assied pour prononcer la sentence. Mais la vérité profonde, c’est que nous devons contempler en Jésus le juge et le roi de l’humanité.

 

 




Jeudi Saint – Messe du soir par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Exode 12, 1-8.11-14 (Prescriptions concernant le repas pascal)

Au seuil des trois jours célébrant la Pâque de Jésus, la première lecture rappelle l’institution de la Pâque d’Israël. C’est la première pâque, en lien étroit avec la libération d’Égypte, puisque l’auteur sacerdotal de la Bible la situe entre l’annonce du dernier fléau, la mort des premiers-nés égyptiens, et son accomplissement. Mais c’est aussi la mise en place des rites à accomplir à chaque génération comme le mémorial de la libération : chacun se rendra présent par la mémoire à l’antique événement en sorte d’obtenir d’un Dieu toujours à l’œuvre les grâces de *liberté.

Les Azymes étaient, à l’origine, la fête printanière des cultivateurs, et la Pâque celle des nomades. La Bible joint les deux. Désormais on célébrera moins le cycle des saisons que l’intervention décisive de Dieu dans l’histoire : les rites traduiront la hâte de la libération (cf. Exode 12, 34) et le mot Pâque est compris comme le passage de Dieu qui épargne, saute par-dessus les maisons marquées du sang de l’agneau. Au matin de Pâques, nous rappelerons que le salut nous vient d’un autre sang, celui du Christ, versé par amour pour nous (cf. 2 Co 5, 8). Notons enfin, dans les préparatifs de la fête, le caractère familial de la pâque juive (cf. aussi Exode 12, 26).

* Liberté. « En toute génération, c’est une dette pour l’homme de se voir comme si lui-même était sorti d’Égypte. Car il est dit : « Et tu raconteras à ton fils, en ce jour-là, disant : En vue de tout ceci le Seigneur agit pour moi, quand je sortis d’Égypte. » Non point nos pères seulement, il les sauva, mais nous-mêmes, en eux, il nous sauva » (Rituel du repas pascal juif).

1 Corinthiens 11, 23-26 (Le repas du Seigneur)

Écrite avant les évangiles canoniques, la Première Lettre aux Corinthiens offre ici le récit le plus ancien de l’institution de l’Eucharistie. Paul le présente comme une tradition reçue ; il l’a sans doute recueillie de l’Église d’Antioche, où il a longuement séjourné au début de ses missions, et il la partage avec, à sa suite, l’évangile de Luc, dépendant de la même tradition d’Antioche.

Le Seigneur accomplit d’abord les rites de bénédiction de la table juive lors des fêtes (prendre le pain, prononcer la bénédiction ou action de grâce et le partager aux convives). Ces gestes signifiaient que l’on voyait dans ce pain le don de Dieu pour subsister et vivre ensemble. Mais Jésus ajoute ceci : ce don de Dieu, c’est « mon corps, qui est pour vous ». Prenant ce pain comme étant le corps du Christ, bientôt livré à la croix, nous faisons l’expérience que *sa mort est pour nous source de vie et d’unité.

Chez les Juifs, la coupe est signe de fête, surtout celle de la Pâque. Elle est ici comprise comme celle de l’Alliance nouvelle annoncée par Jérémie 31, 31-34, nouvelle manière de vivre ensemble et avec Dieu. Elle est fondée sur le sang, non plus celui du sacrifice du Sinaï (Exode 24, 8), mais le sang versé par celui qui « a goûté la coupe de la mort », comme on disait alors chez les Juifs.

Accomplir ce mémorial, c’est proclamer devant Dieu le sens de « la mort du Seigneur », dans l’espérance qu’il vienne, « jusqu’à ce qu’il vienne » accomplir en plénitude le mystère d’une communion universelle, une communion mise à mal par les divisions sociales au sein de l’Église de Corinthe (voir 1 Corinthiens 11, 17-22).

* La mort du Christ. « Avec la mort, [le Seigneur] accepte tout le reste, tout ce qui fait partie de ce vide infini, inerte et mortel : l’opacité spirituelle de ses disciples, leur manque de foi, la douleur, la trahison, le rejet dont il est l’objet de la part de son peuple, la bêtise brutale et meurtrière du monde de la politique, l’échec de sa mission et de l’œuvre de toute sa vie. Il a devant lui le calice abyssal de sa vie : il le saisit à pleines mains, plonge son regard dans ses profondeurs ténébreuses et le porte à ses lèvres, anticipant avec une pleine conscience et un plein acquiescement ce que nous appelons sa Passion, la Passion du Fils de l’homme, sa mort, pour tout dire » (Karl Rahner).

Jean 13, 1-15 (Le lavement des pieds)

Dans les écoles rabbiniques, le disciple devait rendre maint service à son maître, sauf celui de lui laver les pieds, tâche considérée comme même indigne d’un esclave (voir ci-dessous). En même temps, dans cette page d’évangile, on notera la solennité de la longue phrase qui ouvre la scène.

L’heure de Jésus

Chez Jean, nul récit sur l’institution de l’eucharistie. À la place, le geste du lavement des pieds par lequel le Maître concrétise son affirmation : « Je suis au milieu de vous comme celui qui sert » (cf. Luc 22, 27). Ce mime ouvre aussi le grand Testament que Jésus laisse dans ses discours d’adieu (Jean 13 – 17 : nous lirons ces chapitres au temps pascal). D’où la longue phrase solennelle d’introduction. Elle porte sur *l’Heure de Jésus : celui-ci entre délibérément dans les événements de la passion, comme le résume la belle formule de la prière aucharistique n° 2 : « au moment d’être livré et d’entrer librement dans sa Passion… ». C’est l’affrontement entre Dieu et le démon, par le truchement de Judas, et c’est la Pâque, à savoir, selon le sens du mot hébreu, le « passage », ici le passage de Jésus de ce monde vers le Père.

L’amour jusqu’au bout

Par-dessus tout, c’est l’engagement de l’amour de Jésus envers ceux qui auront cru en lui : « il les aima jusqu’au bout », c’est-à-dire jusqu’à la mort et jusqu’à l’extrême de l’amour, comme le lavement des pieds veut le signifier par anticipation. Car une vieille règle juive commandait ceci : « Un esclave hébreu ne doit pas laver les pieds de son maître ni lui mettre ses chaussures. » Jésus accomplit posément son rite. Il « dépose » son vêtement et le « reprendra », deux verbes par lesquels Jean a déjà évoqué le Christ déposant et reprenant sa vie dans le mystère de sa Passion (voir Jean 10, 17-18). C’est face à cet abaissement de la croix que, par avance et à son insu, Pierre exprime l’insuffisance de sa foi. « Plus tard, tu comprendras », dit Jésus.

La difficulté est de nous laisser servir et sauver, sans nous choquer du mode que Jésus a choisi en fidélité au Père lequel, en son Fils, pousse son amour pour nous à l’extrême. Certes, les disciples ont eu un premier bain, celui de la Parole du Christ qui, au long de sa vie, les a ainsi purifiés, à l’exception de Judas qui s’est laissé inspirer par le démon, l’adversaire de Dieu. Mais ils doivent à présent affronter le baptême de la mort qui fait partie de la mission de Jésus.

L’exemple du Serviteur

Après avoir « repris son *vêtement », symbole anticipé de sa résurrection, Jésus explicite le sens de son geste. Le Maître et Seigneur a choisi le comportement du Serviteur, au-delà de ce qu’on peut attendre d’un serviteur ordinaire, ce qui n’enlève rien à la réalité de son autorité de seigneur. Il faut à présent tirer les conséquences. Jésus veut que la logique d’amour qu’il incarne se traduise chez ses disciples, en témoignage pour le monde, par un service mutuel empreint d’humilité.

Au soir du jeudi saint, trois paroles du Seigneur se renvoient l’une à l’autre pour dire en plénitude le sens de l’eucharistie : « C’est un exemple que je vous ai donné : faites, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » (Jean 13, 15) ; « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » (13, 34) ; « Faites cela en mémoire de moi » (1 Corinthiens 11, 24, 2e lecture).

* L’heure. Saint Jean évoque 26 fois « l’heure de Jésus » (Voir, par exemple, Jean 12, 23-24). La voici maintenant arrivée. Elle implique l’élévation du Christ sur la croix, sa glorification vers quoi a conduit toute sa vie. Car, en acceptant la mort, Jésus montre à la face du monde jusqu’où va l’amour de Dieu pour les hommes, amour incarné par celui qui « aima jusqu’au bout ».

*Le vêtement. On sait que Jean est un maître dans l’art d’utiliser des symboles, de dire des réalités profondes à travers des détails matériels. Le fait de déposer son vêtement et de le reprendre renvoie à une déclaration précédente de Jésus : « Voilà pourquoi le Père m’aime : parce que moi je dépose ma propre vie pour la reprendre de nouveau » (Jean 10, 17). Dans le lavement des pieds, le Seigneur mime le mystère et le sens de sa mort et de sa résurrection. L’image n’est pas rare dans cette culture ancienne : lorsque Paul envisage sa mort, il parle de « se dévêtir » et il espère revêtir un vêtement céleste (voir 2 Corinthiens 5, 1-5).

 

 




Messe chrismale par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Isaïe 61, 1-3a.6a.8b-9  (La mission du Messie pour le salut des hommes)

L’auteur de la troisième partie du Livre d’Isaïe présente sa mission (1), puis il s’adresse à ceux qu’il vient secourir (2).

1) Le Deuxième Isaïe (42, 1.7) évoquait le Serviteur dont Dieu dit : « J’ai fait reposer sur lui mon Esprit… Tu feras sortir les captifs de leur prison. » Le nouveau prophète prend la relève, mais la situation a changé : la Bonne Nouvelle concerne les pauvres car le pays est dans la misère, les cœurs sont brisés, les endettés jetés en prison. Le héraut proclame donc « une année de bienfaits », c’est-à-dire une *année jubilaire. Consacré lui aussi par l’Esprit des prophètes, Jésus s’appliquera ce poème, dans la synagogue de Nazareth (cf. évangile).

2) Ceux qui pleuraient vont alors connaître un revirement spectaculaire symbolisé par le diadème, le parfum (« huile de joie ») et les habits de fête. Surtout, ils retrouveront leur dignité. Dieu les appellera « prêtres du Seigneur », selon la promesse faite lors de l’alliance du Sinaï : « Vous serez pour moi un royaume de prêtres, une nation sainte » (Exode 19, 6). En cette messe chrismale, nous nous rappelons que nous avons reçu cette consécration, cette onction, par notre baptême.

* L’année jubilaire, tous les cinquante ans, permettait le retour de chacun dans son patrimoine et la libération des esclaves (cf. Lévitique 25, 8-17). C’est l’année de « l’affranchissement » qui commençait avec la fête de Kippur ou « des Expiations » dans laquelle le grand prêtre oint obtenait pour le peuple le pardon de Dieu.

 

Apocalypse 1, 5-8  (« Il a fait de nous un royaume et des prêtres pour son Dieu et Père »)

Dans la petite liturgie qui ouvre le livre de l’Apocalypse, on peut distinguer trois parties où reviennent tour à tour le lecteur et l’assemblée. C’est une préface à la grandiose vision du Fils de l’homme (1, 9-20).

La bénédiction initiale est donnée « de la part de » Jésus. Il est « le témoin fidèle », la preuve vivante, par sa résurrection, de la véracité de la promesse faite à David, à savoir que son descendant deviendrait « le prince des rois de la terre » (Psaume 89, 28).

L’acclamation de l’assemblée qui suit, conclue par un « amen », salue le Christ comme « lui qui nous aime » et nous l’a montré « par son sang ». Voici évoqués ainsi le sang de l’agneau pascal qui sauva les Hébreux (Exode 12, 23) et l’alliance du Sinaï où Dieu fit d’Israël un « royaume de prêtres » (Exode 19, 6 ; cf Apocalypse 5, 10 ; 20, 6).

Mais, reprend le lecteur, Jésus est aussi, à la fois, le Ressuscité et le Crucifié, le Fils de l’homme glorieux (Daniel 7, 13) qui vient « avec les nuées », et le pasteur transpercé par les siens (Zacharie 12, 10-14 ; cf. Jn 19, 37). Les païens le verront et se convertiront (« se lamenteront »). La conclusion est plus solennelle encore : « Oui ! *Amen ! »

Tout cela, dit l’oracle final à la première personne, est l’œuvre de Dieu, Alpha et Oméga (première et dernière lettre de l’alphabet grec), principe et aboutissement de toute chose. Il domine toute l’histoire, comme « celui qui est, qui était et qui vient ». Par cette expression, le judaïsme du 1er siècle développait la révélation d’Exode 3, 14 : « Je suis qui je suis. »

C’est dans ce grand projet du «souverain» de l’univers (en grec, Pantokrator, maître de tout, qui était aussi un titre de l’Empereur romain) que nous sommes «les prêtres pour Dieu», chargés par notre baptême d’assurer la vraie louange en ce monde, chargés par le sacrement de l’ordre d’annoncer aux hommes et aux femmes « le premier-né d’entre les morts ».

* Amen. Ce mot hébreu, passé dans toutes les liturgies chrétiennes, signifie : c’est vrai, c’est du solide, c’est ce que l’on doit souhaiter voir se produire (« ainsi soit-t-il »). C’est le nom même de Dieu, le « Dieu de l’Amen » (Isaïe 65, 16). C’est le nom du Christ : « Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai… » (Apocalypse 3, 14). Notre « amen » liturgique nous consacre dans ce mystère de la solidité divine.

Luc 4, 16-21 (L’Esprit du Seigneur est sur moi ;  il m’a consacré par l’onction)

C’est après son baptême que Jésus se rend à Nazareth pour sa première prise de parole en public. Au centre de cette scène se trouve une citation du livre d’Isaïe qui éclaire aussi notre vocation chrétienne.

Jésus vint à Nazareth

Jésus enseigne en milieu ouvert, dans les synagogues (cf. Luc 4, 15), lieu habituel de rassemblement des communautés juives locales. Mais il vient cette fois dans sa propre patrie, c’est effectivement, selon Luc, sa première prise de parole en public, et ce discours éclaire non seulement tout l’évangile, mais encore les Actes des Apôtres écrits par le même évangéliste. C’est dans une scène synagogale analogue que Paul, citant aussi le livre d’Isaïe (49, 6) orientera sa mission vers les païens (Actes 13, 44-47).

La prophétie d’Isaïe

Le service du sabbat s’ouvrait par des prières, puis on lisait un chapitre de la Loi de Moïse, suivi d’un bref passage tiré des prophètes et de l’homélie. On confiait volontiers celle-ci à un visiteur important, tel Jésus (ou plus tard Paul, cf. Ac 13, 15). Ici, délaissant l’ensemble des rites, Luc se concentre sur le passage d’Isaïe choisi par Jésus (cf. 1ère lecture).

« L’Esprit du Seigneur est sur moi », dit le texte. Luc a insisté sur le lien entre Jésus et l’Esprit (Luc 3, 22 ; 4, 1.14). Le lecteur devine donc d’emblée que cette prophétie concerne Jésus. Ou, en d’autres termes, la prophétie éclaire le sens du baptême de Jésus, une scène de vocation. L’Esprit que Jésus a reçu l’a « oint », consacré pour une mission de prophète auprès des pauvres, des infirmes, des opprimés. C’est à eux d’abord qu’est destinée la Bonne Nouvelle, l’Évangile. Luc élimine du texte d’Isaïe la mention du « jour de revanche de notre Dieu ». Il ajoute au contraire : « apporter aux opprimés la libération ». Cette phrase d’Isaïe 58, 6 était lue à la synagogue à la fête du Grand Pardon (Kippur), celle qui ouvrait les années jubilaires (cf. 1ère lecture). C’est le grand prêtre qui ouvrait officiellement l’année sainte, et peut-être l’évangéliste veut-il suggérer que Jésus remplit cette fonction sacerdotale (cf. 1ère et 2e lecture).

Tout cela qui dessine la mission de Jésus, Pierre le résumera ainsi : « Dieu l’a consacré par l’Esprit Saint et rempli de force… Il guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable » (Actes 10, 38). D’ailleurs, dans l’Ascension selon Luc 24, 50-52, le Ressuscité prend la posture du grand prêtre bénissant son peuple au jour du Kippur (cf Siracide 50, 20-21).

« Aujourd’hui »

Jésus ne dit pas : C’est de moi que parle le prophète, mais plus discrètement : « Cette parole de l’Écriture, c’est aujourd’hui qu’elle s’accomplit. » Jésus appelle ses auditeurs à une démarche de foi : il leur revient d’écouter Jésus, de voir ses actes, et de découvrir eux-mêmes, au long des pages de l’évangile de Luc, que la prophétie s’accomplit en lui. La suite de l’épisode dira que cet accomplissement d’une vocation universelle engendre une crise grave entre Jésus et Israël.

Par notre baptême, nous participons à cette mission du Christ, à sa dignité. C’est ce que signifie *l’onction du saint chrême, comme le rappelle la bénédiction de la messe chrismale : « Tes enfants, après être renés dans l’eau du baptême, sont fortifiés par l’onction de l’Esprit, et, rendus semblables au Christ, ils participent à sa fonction prophétique, sacerdotale et royale. »

*L’onction. Les mots Christ, chrême, chrismal viennent de la même racine grecque qui signifie « oindre ». Le Messie est « l’Oint » (mot inélégant en français), et nous le sommes aussi par « l’onction » baptismale. Dans l’Ancien Testament, trois personnages sont bénéficiaires d’une onction : le Roi, le Prêtre, et le Prophète. Peut-être ce dernier ne recevait-il pas une onction matérielle (malgré 1 Rois 19, 16). Mais, puisque l’onction confère l’Esprit de Dieu et que le prophète est l’homme de l’Esprit, il est réellement un Oint. Quand le Nouveau Testament présente Jésus comme Oint (Messie), il insiste tantôt sur sa royauté, tantôt sur sa mission prophétique et, plus rarement, sur sa fonction sacerdotale (Lettre aux Hébreux).




Dimanche des Rameaux et de la Passion par P. Claude TASSIN (Spiritain)

 

 

Commentaires des Lectures du dimanche 29 mars 2015

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem

au choix

Marc 11, 1-10

Après une brève description du cadre, tout se met à bouger, avec l’envoi de deux disciples pour préparer un cortège qui culminera dans l’acclamation de la foule.

Le pèlerinage

Jésus accomplit le pèlerinage juif de la Pâque. Les deux villages ici nommés font partie de l’itinéraire des pèlerins venant de Jéricho. Mais le mont des Oliviers, dont Jésus va descendre la pente, rappelle aussi Zacharie 14, 4. Pour ce prophète, c’est là que viendrait le Seigneur au terme de l’histoire.

Le petit âne

L’ordre donné aux émissaires et son exécution (à Bethphagé, sans doute) se correspondent exactement. Ainsi s’affirme la prescience prophétique du Maître au seuil de sa Passion. Si Jésus a voulu le mime de l’entrée du roi dans sa Ville, le scénario entend rappeler et accomplir les Écritures. En effet, « l’ânon attaché » évoque Genèse 49, 11, et l’on songe aussi à Zacharie 9, 9. Pour la tradition juive, à partir de ces deux textes, l’ânon était la monture du Roi Messie espéré, à la différence des rois autoritaires juchés sur un cheval, monture de guerre à l’époque. Et si, selon Marc, personne n’a encore chevauché l’animal, c’est que la Providence l’a réservé au Seigneur.

Les chefs de l’Antiquité ne se privaient pas de réquisitions en tout genre, comme le montre 1 Samuel 8, 17. Mais, juste et modeste, le Roi Jésus renverra l’âne à ses propriétaires. Que ces derniers laissent faire les disciples, souligne la notoriété du Maître.

Le cortège

Jésus « s’assoit » sur l’âne en une posture royale. On honorait le roi en étalant les manteaux comme un tapis (ainsi en 2 Rois 9, 13). Le feuillage cueilli rehausse la solennité. On pense à la fête juive des Tentes, la plus royale des célébrations où, « rameaux en mains », on chantait le Psaume 117 (118). C’est ce psaume que reprend ici la foule. Ceux qui crient ne sont pas les gens de Jérusalem, mais les pèlerins venus avec Jésus de la province.

Hosanna

Le mot « hosanna » signifie « sauve donc ». Mais les Juifs en avaient fait un cri de louange pour « celui qui vient au nom du Seigneur », c’est-à-dire le Messie envoyé par Dieu. La foule explicite le sens : avec Jésus, arrive le Règne de paix et de bonheur, ce Règne autrefois promis au Roi David (comparer Marc 10, 47-48). Pour finir, toute grâce est rendue à Dieu lui-même, lui qui habite « au plus haut des cieux ».

Au reste, ces quatre vers viennent peut-être des liturgies de l’Église de Marc, et nos messes en gardent l’essentiel. Dans nos eucharisties, ce n’est pas un triomphe sans lendemain que nous commémorons. Nous adorons celui qui a donné sa vie ; à lui, Dieu a conféré la royauté en le ressuscitant d’entre les morts.

Ou bien

 

Jean 12, 12-16

Marc (ci-dessus) donne une version très ancienne de l’entrée royale à Jérusalem. Jean, lui, simplifie le récit, l’inscrit dans un nouveau cadre, et en creuse le sens.

L’acclamation de la grande foule

Ce n’est plus, comme chez Marc, un cortège de pèlerins qui entre avec Jésus dans Jérusalem. Ce sont les pèlerins, déjà arrivés, qui sortent à la rencontre de Jésus, comme on le faisait pour la visite d’un souverain, en une manifestation qu’on appelait une « parousie ». Certes, lors des fêtes juives, on célébrait l’espérance de la venue du Messie avec des branches de palmier. Mais les palmes illustraient aussi les victoires politiques et militaires.

Il y a donc, sous la plume de Jean, des équivoques délibérées. Celui qui vient au nom du Seigneur est salué comme « le roi d’Israël ». En Jésus, Nathanaël avait salué d’emblée le Fils de Dieu, le roi d’Israël (Jean 1, 49). Devant Pilate, Jésus se dira roi, mais d’un royaume qui n’est pas de ce monde (Jean 19, 33-38). Après la multiplication des pains, confondue avec la solution économique, il s’était dérobé pour qu’on ne le fasse pas roi (6, 14-15).

Ici, le malaise est de même nature. La grande foule qui se porte vers Jésus se compose de gens qui ont vu le prodige de la résurrection de Lazare, ainsi que le relève l’évangéliste (Jean 12, 17-18). Leur acclamation s’entache de l’engouement pour un Messie posant des « signes » sensationnels. Jésus va réagir.

Le Roi sur l’ânon

Jean omet tout l’épisode de la recherche de la monture. Ici, simplement, Jésus « trouve » un âne dans les parages. Puis l’évangéliste prend lui-même la parole. De l’anecdote, il retient qu’elle accomplit l’Écriture, qu’elle donne son plein sens à la prophétie de Zacharie 9, 9 – un texte qu’il cite en le résumant. Bref, contre la foule à la recherche d’un Messie spectaculaire, Jésus s’installe sur l’âne, monture des humbles, aussi peu royale que possible.

Le cheminement de la foi

Depuis la citation de l’Écriture, rappelons-le, c’est l’évangéliste lui-même qui exprime sa pensée. En Jésus chevauchant un ânon, dit-il, c’est l’Écriture, la promesse de Dieu, qui s’accomplissait. Mais elle s’accomplissait encore en image : on ne pouvait pas comprendre. Il fallait que Jésus soit « glorifié », pleinement révélé, dans le mystère du Golgotha et de la résurrection.

Alors seulement les disciples que nous sommes peuvent saisir que Jésus est roi parce qu’il révèle, en son humilité royale, jusqu’où va la puissance divine, dans le don de soi total qui donne la vie. Alors aussi, avec Jean l’évangéliste, nous savons que la royauté de Jésus ne s’exprime pas dans des œuvres spectaculaires.

Messe de la Passion

Isaïe 50, 4-7  (« Je n’ai pas c&ché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu »)

Ce passage d’Isaïe est le troisième *Chant du Serviteur du Seigneur. Dans le style des confessions de Jérémie (cf. Jérémie 11, 18), le prophète prend la communauté à témoin de son obéissance à la mission reçue et se confie à Dieu. En fidèle disciple, le Serviteur est à l’écoute du Seigneur qui lui donne chaque jour sa Parole pour « soutenir celui qui est épuisé », à savoir l’Israël exilé à Babylone qui doit se préparer à un nouvel Exode libérateur. Mais ce message dérange certains Juifs, partisans de Babylone, qui ne souhaitent pas le changement annoncé et veulent faire taire le gêneur.

Le Serviteur ne se dérobe pas à la persécution, car elle fait partie de sa mission : c’est le projet de Dieu que l’on conteste à travers lui. Le Seigneur assistera sûrement celui qu’il a envoyé et qui, dans la ligne de ses prédécesseurs (cf. Ezékiel 3, 8-9), se contente de « rendre son visage dur comme pierre » pour supporter l’épreuve.

Si les évangélistes insistent sur les coups et les crachats dans les récits de la Passion (cf. Marc 14, 65 et 15, 15), ce n’est point par goût du pathétique. Ils veulent nous renvoyer à ce Serviteur en qui ils voient déjà Jésus, prophète persécuté et confiant jusqu’au bout en son Dieu.

* Les quatre Chants du Serviteur, dans le livre d’Isaïe, dépeignent une figure énigmatique : Le 1er chant (Isaïe 42, 1-7 – lundi saint) présente sa vocation initiale de prophète. Le 2e (Isaïe 49, 1-9 – mardi saint) réaffirme sa vocation de « lumière des nations », ses luttes intérieures pour assumer sa mission difficile. Le 3e (50, 4-11 – Rameaux) montre le personnage persécuté. Le 4e (52, 13 – 53, 12 – vendredi saint) évoque le martyre du Serviteur s’offrant en sacrifice pour les pécheurs. À qui l’auteur pensait-il ? Les interprétations sont nombreuses. L’essentiel tient dans la fréquence avec laquelle les évangélistes recourent à ces quatre poèmes pour éclairer la destinée et la mission de Jésus. Peut-être Jésus lui-même a-t-il abordé sa Passion dans l’esprit du quatrième poème.

Philippiens 2, 6-11  («Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté»)

Paul a peut-être pris, en la modifiant légèrement, dans le livre de chants de l’Église d’Antioche, cette hymne qui célèbre le Christ abaissé et glorifié. Deux figures se profilent entre les lignes : celle d’Adam qui voulut se faire l’égal de Dieu à l’instigation du tentateur (« vous serez comme des dieux », Genèse 3, 3), et celle du Serviteur souffrant qui « s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort » (Isaïe 53, 12). Le texte ne s’arrête pas à l’idée que le Christ est mort « pour nous », ce que Paul fera en d’autres textes. L’hymne contemple ici quel homme fut Jésus devant Dieu, quel type d’homme il a plu à Dieu d’élever. Le chant comprend deux parties.

L’abaissement

Jésus, nouvel Adam, *« ayant la condition de Dieu », ne revendiqua rien pour lui. Sa vie fut une opération vérité : il est allé jusqu’à la mort la plus humiliante réservée aux esclaves ou jugés comme tels, et cela, par solidarité avec l’histoire humaine tombée en esclavage par le péché. À la différence des pécheurs révoltés, il a compté que Dieu seul pouvait lui rendre justice.

L’élévation

« C’est pourquoi », se voyant compris par cet homme, Dieu l’a placé au sommet de l’univers. Désormais, quand nous disons « Jésus », nous devons dire aussi « Seigneur », le Nom même de Dieu dans l’Ancien Testament. Et nous disons « Seigneur », « pour la gloire du Père », pour que Dieu soit fier de nous voir reconnaître son œuvre dans le mystère de Pâques.

* « Ayant la condition de Dieu », littéralement : « lui qui était en forme de Dieu. » Certains traducteurs proposent, avec raison : « alors qu’il était l’image même de Dieu. » L’expression, en effet, ne vise pas la nature divine du Christ, mais, en son humanité, un anti-modèle du premier Adam qui, lui aussi, avait été créé « à l’image de Dieu » (Genèse 1, 26-27), mais voulut ravir à son profit la condition divine (Genèse 3, 4).

 

Marc 14, 1 – 15, 47 (La Passion du Seigneur)

La Passion selon Marc, au moins en sa première édition, a servi de base pour les autres évangélistes. Visitons les sept séquences de son récit, suivies de l’épilogue.

Le film de la Passion

Séquence 1. L’onction de Béthanie honore Jésus comme Roi. Mais celui-ci interprète cet honneur comme un rite funéraire anticipé. Car c’est par la mort que se réalisera la royauté du Christ. En contrepoint, la scène est encadrée par les menées hostiles des autorités juives et de Judas.

Séquence 2. Jésus prépare la Pâque «où l’on immolait l’agneau pascal». Il agit en prophète qui prévoit et accepte son destin, jusqu’à prévoir les détails du dernier repas.

Séquence 3. Au centre, l’institution de l’eucharistie, prophétie du sens de la mort de Jésus :  la source de la vie, c’est son corps voué à la mort et son sang qui nous unit. En contrepoint, la scène s’encadre de l’avertissement de ce qui nous menace, nous aussi : la trahison (Judas) et le reniement (Pierre). Soulignons l’adieu : «Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le rouaume de Dieu.» Participer à l’eucharistie, c’est participer à la foi et à l’espérance de Jésus, foi et espérance, en cette heure tragique, dans l’heureuse issue des valeurs du règne de Dieu qu’il avait proclamé.

Séquence 4. Au domaine de Gethsémani, Jésus, en sa faiblesse humaine, combat pour s’accorder au plan de son Père. C’est la concrétisation et l’accomplissement du Notre Père ‘bien non transmis par Marc) : «Que ta volonté soit faite», en opposition à la défaillance des disciples qui nous représentent. En prophète, Jésus se livre sciemment à ses agresseurs. Marc a en propre l’épisode du *jeune homme qui s’enfuit tout nu.

Séquence 5. Devant les autorités juives et pour sa perte, Jésus confesse la vérité de son identité : il est bien le Messie, Fils de Dieu. En contrepoint, la scène s’encadre de la mention de Pierre qui renie son attachement à Jésus de Nazareth. Judas, à Gethsémani, avait encore salué Jésus comme son « rabbi ». Pierre, lui, déclare : «Je ne connais pas cet homme.» En langage populaire d’aujourd’hui : «ce mec, je le connais pas.»

Séquence 6. La comparution devant Pilate souligne l’identité royale de Jésus, repoussé par son Peuple. Les outrages perpétrés par le grand conseil (séquence 5) moquaient le Prophète, le Serviteur (cf. 1ère lecture). Ici, la dérision des soldats met ironiquement en relief la dignité du Messie, roi des Juifs.

Séquence 7. L’inscription « le roi des Juifs » est la seule chose qu’on ait écrite sur Jésus de son vivant. Elle souligne l’antijudaïsme de Pilate : voici le prétendu souverain que méritent les Juifs. La scène du Golgotha est tissée d’allusions aux psaumes qui chantent le Juste persécuté et sauvé par Dieu. Jusqu’au bout, Jésus refuse un coup de théâtre miraculeux, bien qu’il soit le Messie et le Prophète que Élie pourrait secourir. Le rideau du Sanctuaire se déchire, signant la fin du culte ancien et l’accès de tous les hommes auprès de Dieu. Toute la passion culmine dans l’acclamation du centurion païen : « Cet homme était le Fils de Dieu ». Ici commence l’ère nouvelle de la foi.

Épilogue. La scène de l’ensevelissement s’encadre de la mention des saintes femmes. Alors que les disciples ont fui, elles sont les fidèles qui assurent le lien entre la vie de Jésus, sa mort et sa résurrection.

Choisir son camp

Le Fils de Dieu a choisi d’assumer le chemin de l’épreuve et de la mort. Marc, selon l’ironie qu’on lui connaît, trace un sombre portrait des disciples attitrés qui se signalent par la trahison, le reniement, la désertion. D’autres personnages interpellent notre foi : Simon de Cyrène, entraîné malgré lui à participer à la Passion, les saintes femmes qui attendent encore quelque chose après cette mort incompréhensible, et l’officier païen qui proclame le mystère du Crucifié. Le Fils de Dieu n’a pas choisi un salut à grand spectacle. Sa puissance est pourtant là qui nous tient debout dans les épreuves.

* Le jeune homme. Cette anecdote est propre à l’évangile de Marc. Longtemps, on a pensé qu’il s’agissait d’un trait autobiographique de l’évangéliste. En réalité, Marc n’a pas connu Jésus. En fait, la scène joue sur un symbole pascal. Le personnage est un disciple : « il suivait Jésus. » Il ne porte pas « qu’un drap », selon le lectionnaire. Il est, littéralement, « enveloppé d’un linceul ». Le même mot s’applique à l’ensevelissement de Jésus, en Marc 15, 16. L’homme s’enfuit nu. À travers le double signe du linceul et de la nudité, il représente le baptisé qui échappe à la nudité de la mort (2 Corinthiens 5, 3-4), grâce au Christ qui est mort pour lui et lui a donnné de quitter « le vieil homme » (Romains 6, 5-6). Le seul autre jeune homme (le même ?) dans cet évangile se retrouvera, « enveloppé d’un vêtement blanc » (Marc 16, 5), annonçant aux femmes, dans l’ombre du tombeau, le message de Pâques. Voir, ci-dessous, notre commentaire : évangile de la Veillée pascale B.

 

 




Dimanche des Rameaux par le Diacre Jacques FOURNIER (29 Mars)

 La Croix, sommet de la Révélation de l’Amour

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.
Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête.
Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ?
On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.
À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »
Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.
Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »
Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.
Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.
Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.
Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.
Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent.
Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter.
Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.
Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.
Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.
Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :
« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »
Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.
Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.
Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.
La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »
Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.
Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.
La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude.
Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.
Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.
Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »,
de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! »
Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,
ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,
et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
[…]

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,
qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat,
Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.
Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

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            « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat, il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations » (Za 9,9-10)…

            La prophétie de Zacharie s’accomplit… Alors que Jésus entre à Jérusalem assis sur un petit âne, « les gens criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! » (Mc 11,9-10). Mais sa royauté va les dérouter…

            En effet, c’est au moment de la Passion que le titre de « roi », quasiment absent des Evangiles, va apparaître et se répéter. « Tu es le roi des Juifs », demandera Pilate ? « Tu le dis : je suis roi », répondra Jésus (Jn 18,37). « Voici votre roi… Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs » (Jn 19,14 ; Mc 15,9), demandera Pilate à la foule ? « Salut, roi des juifs » (Mc 15,18), lui diront les soldats en le frappant… Puis, sur la croix, Pilate fera placer cet écriteau : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (Jn 19,19)…

            Au moment de la Passion, le titre de roi peut en effet surgir sans aucune confusion possible. La royauté de Jésus, couronné d’épines, n’est manifestement pas de ce monde… Avec lui, ni « chars de guerre, ni chevaux de combat », mais seulement la Paix de l’Amour, « un Amour plus fort » (Ps 117(116)) que la haine la plus acharnée, un Amour que rien ni personne, pas même la pire cruauté, n’empêchera d’aimer… « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menaces », il n’aura que des paroles bienveillantes envers tous ceux qui lui font tant de mal (1P 2,21-25)… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)…

            « Vous l’avez livré, vous l’avez renié devant Pilate. Vous avez chargé le Saint et le Juste ; vous avez réclamé la grâce d’un assassin », Barabbas, « tandis que vous faisiez mourir le Prince de la Vie », leur dira plus tard St Pierre. Mais, folie de l’Amour, « c’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,11-26). Et il en sera ainsi pour tous les pécheurs de tous les temps à qui Dieu ne demande qu’une seule chose : se repentir, en vérité et de tout cœur, de tout le mal qui peut habiter notre vie, et consentir à son Amour…       « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (Ps 51(50))…                                                               DJF




Rencontre autour de l’Evangile – Dimanche des Rameaux

 

 « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu… »

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TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mc 14, 1 à 15,47)

Tout au long de l’évangile selon saint Marc, une question se pose sans cesse à propos de Jésus : « Qui est cet homme ? »  Nous souvenant  que Marc a écrit son évangile pour des chrétiens qui venaient des milieux païens, c’est dans la bouche du centurion, un païen, qu’il met la réponse : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ».

Faisons une lecture dialoguée dans le groupe

Tout au long de la lecture, chacun note une réaction, une réflexion ou une question qui lui vient à l’esprit.

Le sens des mots ou des phrases

Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous… mais moi vous ne m’aurez pas toujours : Comment comprendre cette parole de Jésus ?

Judas Iscariote, l’un des Douze : Pourquoi Marc donne cette précision à propos de Judas ?

L’agneau pascal : Quel était le sens du rite de l’agneau pascal ?

Où est la salle ou je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? Pourquoi ce repas pascal  que Jésus prend avec ses disciples est-il si important ?

« Prenez, ceci est mon corps »

Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude : Que signifient exactement ces  paroles de Jésus ?

Avant que le coq ne chante deux fois, tu m’auras renié trois fois : Quelle est la gravité de la faute de Pierre comparée à celle de Judas ?

Jésus ressent frayeur et angoisse : Pourquoi ?

Veillez et priez… l’esprit est ardent, mais la chair est faible : Pourquoi cette parole de Jésus à ses disciples ? ( relire les réactions de Pierre et des autres disciples quand Jésus annonce le reniement)

Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous : Comment expliquer cette attitude ?

Pierre se mit à pleurer : Que signifient ces larmes de Pierre ?

Chez Caïphe et chez Pilate : Que représentent ces deux personnages ?

« Sauve-toi toi-même, descend de la croix »… : Peut-on relier ces paroles à celles que Jésus a entendu durant la tentation du désert ?

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? : Comment interpréter cette parole de Jésus ?

Vraiment cet homme était le Fils de Dieu : Qui fait cette profession de foi ? Pourquoi Marc fait parler un païen ?

 

Pour l’animateur

 Jésus ne nie pas qu’il est urgent d’aider les pauvres. Il va lui même s’identifier aux pauvres  qui existeront toujours ; dans la personne du pauvre, il sera présent. Pour l’heure, c’est lui le Pauvre qui va connaître le dépouillement total dans sa Passion et sa Mort.

Judas, l’un des Douze : Jésus l’avait choisi comme les autres apôtres, en toute confiance, pour être avec lui et l’aider dans sa mission.  Il était responsable de la bourse du groupe, et d’après l’apôtre Jean, il dérobait ce qu’on y mettait. C’est donc par appât du gain qu’il a livré Jésus. Malgré la somme énorme que représente le parfum que la femme répand sur Jésus, Jésus maintient la valeur du geste comme un geste prophétique de son ensevelissement : il sera enseveli à la hâte, comme un pauvre, sans être embaumé.

L’agneau pascal : dans chaque famille, à la fête de Pâques, au cours d’un repas rituel on mangeait un agneau pour célébrer la libération du peuple Hébreu : Jésus a profité de ce Repas pascal juif, pour offrir sa vie en sacrifice pour libérer l’humanité du Mal et de la Mort : c’est la Pâque nouvelle. C’est lui l’Agneau immolé de la Pâque nouvelle : et Jésus, dans un geste rituel, que chaque père de famille  faisait, donne sa vie (ceci est mon corps, c’est à dire ma personne, livré pour vous), ceci est mon sang (c’est à dire ma vie) versé pour vous.

Jésus ne donne pas sa chair (au sens matérialiste), les disciples ne boivent pas  du sang humain (au sens matérialiste) : en mangeant le pain consacré et en buvant le vin consacré, les disciples communient à la personne du Christ qui a donné sa vie sur la Croix et qui est maintenant glorifié. Jésus dans l’Eucharistie, sous le signe du Pain et du Vin, devenus son corps et son sang, offre sa personne et sa vie pour le salut du monde. Quand les chrétiens refont le repas de l’Eucharistie, ils font mémoire de la mort et de la résurrection, et ils se rendent ainsi contemporains  des événements du salut.

 Jésus est triste à mourir, à cause de la solitude qui est la sienne et l’échec (au moins apparent) de sa mission. Frayeur et angoisse sont bien les signes que Jésus est pleinement homme. Il voit venir la mort et il a peur.

Pierre, Jacques et Jean, qui étaient sur la montagne de la Transfiguration là avec Jésus : témoins de sa tristesse, de son angoisse et de sa prière. Jésus leur demande de prier, car la « chair » c’est à dire la nature humaine, est faible : l’épreuve de la Passion s’est révélée très dure pour les Douze.

 Tous l’ont lâché et se sont enfuis par peur de subir le même sort. La faute de Pierre est objectivement aussi grave que celle de Judas : celui-ci  a trahi son Maître, Pierre l’a renié malgré son élan de fidélité. La différence : Pierre a pleuré sa faute. Judas n’a pas cru le pardon possible. Jésus a connu un double procès : un religieux devant Caïphe et l’autre politique devant Pilate.

Par la bouche des gens qui se moquent ; Satan revient à la charge (comme au désert) : sauve-toi toi-même et descends de la croix (sous entendu « si tu es le Fils de Dieu »). Jésus n’a fait aucun miracle pour lui-même !

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné : ce sont les premiers mots du psaume 22, plainte d’un innocent persécuté. Le psaume débouche sur l’assurance que Dieu n’abandonne jamais son fidèle. Ce n’est donc pas un cri de désespoir : Jésus est solidaire de la solitude immense de tous les justes mourants, de tous ceux qui touchent le fond de la détresse humaine, qui se croient abandonnés même de Dieu.

Vraiment cet homme était le Fils de Dieu : c’est le centurion Romain, un païen, qui donne la réponse de foi à toute la question qui parcourt l’évangile de Marc : « Qui est cet homme ? »

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Inviter le groupe à rester en silence quelques instants.

  

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

Qu’est-ce que la méditation de la Passion de Jésus peut changer dans notre vie ?

  

ENSEMBLE PRIONS

Prier avec le chant : Sur les chemins où nous peinons.




5ième dimanche de Carême par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Commentaires des Lectures du dimanche 22 mars 2015

 

Jérémie 31, 31-34  (« Je conclurai une alliance nouvelle et je ne rappellerai plus leurs péchés « )

Situons cette prophétie, peut-être la plus importante de l’Ancien Testament. Selon Jérémie, le Temple est souillé par un peuple perverti ; le roi et les sages se montrent incompétents dans leur ministère. Bref, ces institutions devaient tenir Israël fidèle aux commandements donnés jadis sur le Sinaï. Elles ont échoué et vont disparaître, avec l’exil à Babylone. Or, voici que Dieu promet une Alliance d’une nouveauté inouïe.

  La Loi exprime la volonté de Dieu. Donc, elle ne disparaîtra pas. Mais on ne la lira plus sur des tables de pierre ou des parchemins. Elle s‘inscrira dans les cœurs. L’être humain sera transformé de l’intérieur, au point que son vouloir et celui de Dieu fusionneront en une intime complicité. Certains couples n’ont pas besoin de se parler pour savoir ce que l’autre désire. De même, l’Alliance nouvelle ne nécessite plus de maîtres et d’instructeurs. Tous, dans toutes les couches sociales (des plus petits jusqu’aux plus grands ») sauront ce que Dieu attend d’eux. Dans cette ligne, saint Paul caractérisera les chrétiens, en 1 Thessaloniciens 4, 9, comme des « théodidactes » (« enseignés par Dieu »).

  Et si la prophétie n’est pas un rêve creux, elle signifie que Dieu a tiré un trait sur notre histoire passée, sur nos fautes et nos péchés. Lui seul a l’initiative. Nous-mêmes, nous n’avons pas de quoi régler la dette de notre manque d’amour.

  *Saint Paul lira Ézékiel 36, 25-27 en parallèle avec la prophétie de Jérémie. Selon lui, tout baptisé expérimente aujourd’hui cette Alliance nouvelle, par le don de l’Esprit Saint. En chaque eucharistie, nous buvons « la coupe de l’Alliance nouvelle » (1 Corinthiens 11, 25).

 * Pour saint Paul, le christianisme réalise l’alliance nouvelle, même si l’Apôtre évite cette expression qui pour les Juifs de son temps signifiait le retour à une pratique rigoureuse de la Loi de Moïse. Pour Paul, comme pour Jérémie, nous n’obéissons plus à des commandements dictés de l’extérieur. Nous suivons « la Loi de l’Esprit » (Romains 8, 2) ; la Loi, c’est l’Esprit versé dans nos cœurs. Or, l’Esprit nous pousse à aimer sans cesse davantage : « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour » (Galates 5, 22). Et l’amour résume toute la Loi de Dieu (cf. Galates 5, 14). La boucle est ainsi bouclée. Les commandements écrits ne sont qu’une vérification de notre fidélité aux impulsions de l’Esprit Saint.

 

Hébreux 5, 7-9  (La soumission du Christ, cause du salut éternel)

 Maigre échantillon que ces trois versets ! Car la Lettre aux Hébreux tisse une tapisserie complexe. Isoler un détail est toujours décevant. Élargissons donc notre champ de vision. L’auteur expose ceci : Aujourd’hui, Jésus ressuscité est notre grand prêtre, notre seul représentant crédible auprès de Dieu, parce qu’il a partagé en tout la fragilité de notre condition humaine.

  L’auteur évoque le « grand cri » et « les larmes » de *la prière du Christ. Le texte suggère l’agonie au jardin des Oliviers, le cri ultime sur la croix et toute la lutte du Christ pour accepter la Passion. Bref, Jésus nous représente vraiment, puisqu’il a connu notre tentation de refuser le vouloir de Dieu, par peur de la mort. Mais, par solidarité avec notre condition, il a « obéi », « bien qu’il soit le Fils », transformant en prière et supplication la révolte de l’humanité. « Il a été exaucé », non pas en échappant à la mort, mais en recevant de Dieu la résurrection (10, 12-14).

  Le Christ a donc connu « la perfection ». Dans l’Ancien Testament, ce mot résume les qualités permettant d’élire quelqu’un comme grand prêtre. Mais la Lettre aux Hébreux songe à une autre perfection : celle d’un homme qui a accepté, confiant en Dieu, la condition humaine telle qu’elle est. « Pour tous ceux qui lui obéissent », qui suivent son exemple, le salut est acquis. Cette plongée dans l’expérience humaine de Jésus rejoint ce que dit l’évangile de Jean. Celui-ci ne raconte pas la lutte de Jésus au jardin de Gethsémani, son « agonie » au sens premier du mot. Il l’anticipe dans un discours prononcé en public à Jérusalem.

 * La prière de Jésus. « Je t’exalte, Seigneur, car tu m’as relevé (Psaume 29, 2). Considérons que c’est notre Seigneur qui, dans cette humanité dont il a daigné se revêtir a pu fort bien s’approprier ces paroles du prophète. Devenir homme, c’est contracter nos faiblesses, et, devenu faible, il devait prier » (saint Augustin, Discours sur le Psaume 29).

 

Jean 12, 20-33  (« Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit « )

Jésus vient d’entrer à Jérusalem (Jean 11, 12-19). Voici son dernier entretien public, avant l’ultime repas avec les disciples. L’intervention des Grecs permet de révéler le sens profond de la Passion, sa prodigieuse fécondité.

 Les Grecs veulent voir Jésus

 Ce sont des païens, sympathisants du judaïsme. Certains participaient aux pèlerinages à Jérusalem, comme ici lors des festivités pascales. On les appelait des « craignant Dieu ». Aller en pèlerinage se disait aussi aller « voir la face de Dieu ». Les Grecs, eux, veulent « voir Jésus ». Or, chez saint Jean, « voir », c’est croire, et croire, c’est voir vraiment (cf. Jean 12, 44-45). Ces pèlerins accomplissent une démarche de foi qui passe par les deux disciples ayant un nom grec, Philippe et André. Ils forment l’avant-garde symbolique des païens qui rencontreront le Christ grâce à la mission des disciples.

 L’heure est venue

 Témoin de ce symbole de la mission à venir, Jésus déclare que son *heure est enfin venue, l’heure glorieuse de la croix. La mise en terre du grain de blé, Jésus, est la condition d’une vie nouvelle et multipliée. L’image était parlante pour des Grecs qui connaissaient les mystères du temple d’Éleusis où l’on célébrait chaque année la mort et le renouveau de la végétation. Le croyant devra, lui aussi, se dessaisir de sa vie centrée sur lui-même, pour recevoir de Jésus la « vie éternelle » la pleine communion avec Dieu. Il s’agit de « servir » le Christ dans sa mission pour parvenir « là où il est », là où il n’a jamais cessé d’être, c’est-à-dire dans la gloire de Dieu, là où le Père « honore » ceux qui suivent son Fils.

 Agonie et Transfiguration

 L’évangile de Jean ne raconte ni la Transfiguration ni « l’agonie » de Jésus à Gethsémani. Mais il reprend ici la teneur de ces deux épisodes, à sa façon. Jésus est « bouleversé » devant la perspective de sa mort (comparer Marc 14, 34-36). Mais,  parallèle à l’expression « Que ton Nom soit sanctifié », voici la demande de Jésus : « Glorifie ton Nom », montre ta gloire, fais-toi reconnaître dans le don d’amour que je vais accomplir en ton nom.

 Comme dans l’épisode de la Transfiguration, survient la voix céleste. Elle dit, littéralement : « J’ai glorifié et je glorifierai encore. » L’absence de complément induit un double sens : Dieu s’est glorifié lui-même en donnant à Jésus d’accomplir son œuvre, il révélera par la croix de Jésus l’étendue de son amour. Mais, en même temps, c’est bien Jésus qu’il met par là en valeur.

 La révélation

 La foule ne comprend pas : est-ce un coup de tonnerre ? Un ange ? Jésus seul peut révéler le double message de Dieu : l’amour est plus fort que le Mal qui cherche à emprisonner l’homme. Est vaincu par la croix le satan, « le prince de ce monde » ou « le dieu de ce monde » (2 Corinthiens 4, 3), ces expressions symbolisant et résumant les forces néfastes, hostiles aux projets de Dieu. Par cette victoire, l’amour aspire l’humanité vers le Christ « élevé » sur la croix et « élevé » vers le Père. Mais cet amour ne se comprend, de la part du croyant, que par une expérience de dépouillement de soi à la suite du Christ, grain de blé tombé en terre : « Qui aime sa vie la perd. »

 Jésus semble avoir oublié les Grecs. Il a pourtant répondu à leur requête et à la nôtre ; nous ne pouvons pas « voir » un Jésus du passé. Comprenons plutôt « de quel genre de mort il allait mourir » (cf. Jean 18, 32). Nous devons « voir » une histoire d’amour, l’histoire de celui qui a été « élevé » pour conduire à Dieu, les Grecs, les humains de toutes les nations..

 * L’heure. Chez Jean, « l’heure » est l’heure H de notre salut, celle de la mort de Jésus sur la croix où se révèle la gloire de Dieu, la pleine mesure de son amour. C’est « l’heure » pour Jésus « de passer de ce monde à son Père » (Jean 13, 1) et d’attirer tous les hommes dans ce passage. Cette heure est toujours actuelle pour ceux qui croient que la vie nous vient de cet amour de Dieu exprimé sur le Calvaire.