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Dimanche des Rameaux et de la Passion par P. Claude TASSIN (Spiritain)

 

 

Commentaires des Lectures du dimanche 29 mars 2015

Entrée messianique du Seigneur à Jérusalem

au choix

Marc 11, 1-10

Après une brève description du cadre, tout se met à bouger, avec l’envoi de deux disciples pour préparer un cortège qui culminera dans l’acclamation de la foule.

Le pèlerinage

Jésus accomplit le pèlerinage juif de la Pâque. Les deux villages ici nommés font partie de l’itinéraire des pèlerins venant de Jéricho. Mais le mont des Oliviers, dont Jésus va descendre la pente, rappelle aussi Zacharie 14, 4. Pour ce prophète, c’est là que viendrait le Seigneur au terme de l’histoire.

Le petit âne

L’ordre donné aux émissaires et son exécution (à Bethphagé, sans doute) se correspondent exactement. Ainsi s’affirme la prescience prophétique du Maître au seuil de sa Passion. Si Jésus a voulu le mime de l’entrée du roi dans sa Ville, le scénario entend rappeler et accomplir les Écritures. En effet, « l’ânon attaché » évoque Genèse 49, 11, et l’on songe aussi à Zacharie 9, 9. Pour la tradition juive, à partir de ces deux textes, l’ânon était la monture du Roi Messie espéré, à la différence des rois autoritaires juchés sur un cheval, monture de guerre à l’époque. Et si, selon Marc, personne n’a encore chevauché l’animal, c’est que la Providence l’a réservé au Seigneur.

Les chefs de l’Antiquité ne se privaient pas de réquisitions en tout genre, comme le montre 1 Samuel 8, 17. Mais, juste et modeste, le Roi Jésus renverra l’âne à ses propriétaires. Que ces derniers laissent faire les disciples, souligne la notoriété du Maître.

Le cortège

Jésus « s’assoit » sur l’âne en une posture royale. On honorait le roi en étalant les manteaux comme un tapis (ainsi en 2 Rois 9, 13). Le feuillage cueilli rehausse la solennité. On pense à la fête juive des Tentes, la plus royale des célébrations où, « rameaux en mains », on chantait le Psaume 117 (118). C’est ce psaume que reprend ici la foule. Ceux qui crient ne sont pas les gens de Jérusalem, mais les pèlerins venus avec Jésus de la province.

Hosanna

Le mot « hosanna » signifie « sauve donc ». Mais les Juifs en avaient fait un cri de louange pour « celui qui vient au nom du Seigneur », c’est-à-dire le Messie envoyé par Dieu. La foule explicite le sens : avec Jésus, arrive le Règne de paix et de bonheur, ce Règne autrefois promis au Roi David (comparer Marc 10, 47-48). Pour finir, toute grâce est rendue à Dieu lui-même, lui qui habite « au plus haut des cieux ».

Au reste, ces quatre vers viennent peut-être des liturgies de l’Église de Marc, et nos messes en gardent l’essentiel. Dans nos eucharisties, ce n’est pas un triomphe sans lendemain que nous commémorons. Nous adorons celui qui a donné sa vie ; à lui, Dieu a conféré la royauté en le ressuscitant d’entre les morts.

Ou bien

 

Jean 12, 12-16

Marc (ci-dessus) donne une version très ancienne de l’entrée royale à Jérusalem. Jean, lui, simplifie le récit, l’inscrit dans un nouveau cadre, et en creuse le sens.

L’acclamation de la grande foule

Ce n’est plus, comme chez Marc, un cortège de pèlerins qui entre avec Jésus dans Jérusalem. Ce sont les pèlerins, déjà arrivés, qui sortent à la rencontre de Jésus, comme on le faisait pour la visite d’un souverain, en une manifestation qu’on appelait une « parousie ». Certes, lors des fêtes juives, on célébrait l’espérance de la venue du Messie avec des branches de palmier. Mais les palmes illustraient aussi les victoires politiques et militaires.

Il y a donc, sous la plume de Jean, des équivoques délibérées. Celui qui vient au nom du Seigneur est salué comme « le roi d’Israël ». En Jésus, Nathanaël avait salué d’emblée le Fils de Dieu, le roi d’Israël (Jean 1, 49). Devant Pilate, Jésus se dira roi, mais d’un royaume qui n’est pas de ce monde (Jean 19, 33-38). Après la multiplication des pains, confondue avec la solution économique, il s’était dérobé pour qu’on ne le fasse pas roi (6, 14-15).

Ici, le malaise est de même nature. La grande foule qui se porte vers Jésus se compose de gens qui ont vu le prodige de la résurrection de Lazare, ainsi que le relève l’évangéliste (Jean 12, 17-18). Leur acclamation s’entache de l’engouement pour un Messie posant des « signes » sensationnels. Jésus va réagir.

Le Roi sur l’ânon

Jean omet tout l’épisode de la recherche de la monture. Ici, simplement, Jésus « trouve » un âne dans les parages. Puis l’évangéliste prend lui-même la parole. De l’anecdote, il retient qu’elle accomplit l’Écriture, qu’elle donne son plein sens à la prophétie de Zacharie 9, 9 – un texte qu’il cite en le résumant. Bref, contre la foule à la recherche d’un Messie spectaculaire, Jésus s’installe sur l’âne, monture des humbles, aussi peu royale que possible.

Le cheminement de la foi

Depuis la citation de l’Écriture, rappelons-le, c’est l’évangéliste lui-même qui exprime sa pensée. En Jésus chevauchant un ânon, dit-il, c’est l’Écriture, la promesse de Dieu, qui s’accomplissait. Mais elle s’accomplissait encore en image : on ne pouvait pas comprendre. Il fallait que Jésus soit « glorifié », pleinement révélé, dans le mystère du Golgotha et de la résurrection.

Alors seulement les disciples que nous sommes peuvent saisir que Jésus est roi parce qu’il révèle, en son humilité royale, jusqu’où va la puissance divine, dans le don de soi total qui donne la vie. Alors aussi, avec Jean l’évangéliste, nous savons que la royauté de Jésus ne s’exprime pas dans des œuvres spectaculaires.

Messe de la Passion

Isaïe 50, 4-7  (« Je n’ai pas c&ché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu »)

Ce passage d’Isaïe est le troisième *Chant du Serviteur du Seigneur. Dans le style des confessions de Jérémie (cf. Jérémie 11, 18), le prophète prend la communauté à témoin de son obéissance à la mission reçue et se confie à Dieu. En fidèle disciple, le Serviteur est à l’écoute du Seigneur qui lui donne chaque jour sa Parole pour « soutenir celui qui est épuisé », à savoir l’Israël exilé à Babylone qui doit se préparer à un nouvel Exode libérateur. Mais ce message dérange certains Juifs, partisans de Babylone, qui ne souhaitent pas le changement annoncé et veulent faire taire le gêneur.

Le Serviteur ne se dérobe pas à la persécution, car elle fait partie de sa mission : c’est le projet de Dieu que l’on conteste à travers lui. Le Seigneur assistera sûrement celui qu’il a envoyé et qui, dans la ligne de ses prédécesseurs (cf. Ezékiel 3, 8-9), se contente de « rendre son visage dur comme pierre » pour supporter l’épreuve.

Si les évangélistes insistent sur les coups et les crachats dans les récits de la Passion (cf. Marc 14, 65 et 15, 15), ce n’est point par goût du pathétique. Ils veulent nous renvoyer à ce Serviteur en qui ils voient déjà Jésus, prophète persécuté et confiant jusqu’au bout en son Dieu.

* Les quatre Chants du Serviteur, dans le livre d’Isaïe, dépeignent une figure énigmatique : Le 1er chant (Isaïe 42, 1-7 – lundi saint) présente sa vocation initiale de prophète. Le 2e (Isaïe 49, 1-9 – mardi saint) réaffirme sa vocation de « lumière des nations », ses luttes intérieures pour assumer sa mission difficile. Le 3e (50, 4-11 – Rameaux) montre le personnage persécuté. Le 4e (52, 13 – 53, 12 – vendredi saint) évoque le martyre du Serviteur s’offrant en sacrifice pour les pécheurs. À qui l’auteur pensait-il ? Les interprétations sont nombreuses. L’essentiel tient dans la fréquence avec laquelle les évangélistes recourent à ces quatre poèmes pour éclairer la destinée et la mission de Jésus. Peut-être Jésus lui-même a-t-il abordé sa Passion dans l’esprit du quatrième poème.

Philippiens 2, 6-11  («Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté»)

Paul a peut-être pris, en la modifiant légèrement, dans le livre de chants de l’Église d’Antioche, cette hymne qui célèbre le Christ abaissé et glorifié. Deux figures se profilent entre les lignes : celle d’Adam qui voulut se faire l’égal de Dieu à l’instigation du tentateur (« vous serez comme des dieux », Genèse 3, 3), et celle du Serviteur souffrant qui « s’est dépouillé lui-même jusqu’à la mort » (Isaïe 53, 12). Le texte ne s’arrête pas à l’idée que le Christ est mort « pour nous », ce que Paul fera en d’autres textes. L’hymne contemple ici quel homme fut Jésus devant Dieu, quel type d’homme il a plu à Dieu d’élever. Le chant comprend deux parties.

L’abaissement

Jésus, nouvel Adam, *« ayant la condition de Dieu », ne revendiqua rien pour lui. Sa vie fut une opération vérité : il est allé jusqu’à la mort la plus humiliante réservée aux esclaves ou jugés comme tels, et cela, par solidarité avec l’histoire humaine tombée en esclavage par le péché. À la différence des pécheurs révoltés, il a compté que Dieu seul pouvait lui rendre justice.

L’élévation

« C’est pourquoi », se voyant compris par cet homme, Dieu l’a placé au sommet de l’univers. Désormais, quand nous disons « Jésus », nous devons dire aussi « Seigneur », le Nom même de Dieu dans l’Ancien Testament. Et nous disons « Seigneur », « pour la gloire du Père », pour que Dieu soit fier de nous voir reconnaître son œuvre dans le mystère de Pâques.

* « Ayant la condition de Dieu », littéralement : « lui qui était en forme de Dieu. » Certains traducteurs proposent, avec raison : « alors qu’il était l’image même de Dieu. » L’expression, en effet, ne vise pas la nature divine du Christ, mais, en son humanité, un anti-modèle du premier Adam qui, lui aussi, avait été créé « à l’image de Dieu » (Genèse 1, 26-27), mais voulut ravir à son profit la condition divine (Genèse 3, 4).

 

Marc 14, 1 – 15, 47 (La Passion du Seigneur)

La Passion selon Marc, au moins en sa première édition, a servi de base pour les autres évangélistes. Visitons les sept séquences de son récit, suivies de l’épilogue.

Le film de la Passion

Séquence 1. L’onction de Béthanie honore Jésus comme Roi. Mais celui-ci interprète cet honneur comme un rite funéraire anticipé. Car c’est par la mort que se réalisera la royauté du Christ. En contrepoint, la scène est encadrée par les menées hostiles des autorités juives et de Judas.

Séquence 2. Jésus prépare la Pâque «où l’on immolait l’agneau pascal». Il agit en prophète qui prévoit et accepte son destin, jusqu’à prévoir les détails du dernier repas.

Séquence 3. Au centre, l’institution de l’eucharistie, prophétie du sens de la mort de Jésus :  la source de la vie, c’est son corps voué à la mort et son sang qui nous unit. En contrepoint, la scène s’encadre de l’avertissement de ce qui nous menace, nous aussi : la trahison (Judas) et le reniement (Pierre). Soulignons l’adieu : «Je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le rouaume de Dieu.» Participer à l’eucharistie, c’est participer à la foi et à l’espérance de Jésus, foi et espérance, en cette heure tragique, dans l’heureuse issue des valeurs du règne de Dieu qu’il avait proclamé.

Séquence 4. Au domaine de Gethsémani, Jésus, en sa faiblesse humaine, combat pour s’accorder au plan de son Père. C’est la concrétisation et l’accomplissement du Notre Père ‘bien non transmis par Marc) : «Que ta volonté soit faite», en opposition à la défaillance des disciples qui nous représentent. En prophète, Jésus se livre sciemment à ses agresseurs. Marc a en propre l’épisode du *jeune homme qui s’enfuit tout nu.

Séquence 5. Devant les autorités juives et pour sa perte, Jésus confesse la vérité de son identité : il est bien le Messie, Fils de Dieu. En contrepoint, la scène s’encadre de la mention de Pierre qui renie son attachement à Jésus de Nazareth. Judas, à Gethsémani, avait encore salué Jésus comme son « rabbi ». Pierre, lui, déclare : «Je ne connais pas cet homme.» En langage populaire d’aujourd’hui : «ce mec, je le connais pas.»

Séquence 6. La comparution devant Pilate souligne l’identité royale de Jésus, repoussé par son Peuple. Les outrages perpétrés par le grand conseil (séquence 5) moquaient le Prophète, le Serviteur (cf. 1ère lecture). Ici, la dérision des soldats met ironiquement en relief la dignité du Messie, roi des Juifs.

Séquence 7. L’inscription « le roi des Juifs » est la seule chose qu’on ait écrite sur Jésus de son vivant. Elle souligne l’antijudaïsme de Pilate : voici le prétendu souverain que méritent les Juifs. La scène du Golgotha est tissée d’allusions aux psaumes qui chantent le Juste persécuté et sauvé par Dieu. Jusqu’au bout, Jésus refuse un coup de théâtre miraculeux, bien qu’il soit le Messie et le Prophète que Élie pourrait secourir. Le rideau du Sanctuaire se déchire, signant la fin du culte ancien et l’accès de tous les hommes auprès de Dieu. Toute la passion culmine dans l’acclamation du centurion païen : « Cet homme était le Fils de Dieu ». Ici commence l’ère nouvelle de la foi.

Épilogue. La scène de l’ensevelissement s’encadre de la mention des saintes femmes. Alors que les disciples ont fui, elles sont les fidèles qui assurent le lien entre la vie de Jésus, sa mort et sa résurrection.

Choisir son camp

Le Fils de Dieu a choisi d’assumer le chemin de l’épreuve et de la mort. Marc, selon l’ironie qu’on lui connaît, trace un sombre portrait des disciples attitrés qui se signalent par la trahison, le reniement, la désertion. D’autres personnages interpellent notre foi : Simon de Cyrène, entraîné malgré lui à participer à la Passion, les saintes femmes qui attendent encore quelque chose après cette mort incompréhensible, et l’officier païen qui proclame le mystère du Crucifié. Le Fils de Dieu n’a pas choisi un salut à grand spectacle. Sa puissance est pourtant là qui nous tient debout dans les épreuves.

* Le jeune homme. Cette anecdote est propre à l’évangile de Marc. Longtemps, on a pensé qu’il s’agissait d’un trait autobiographique de l’évangéliste. En réalité, Marc n’a pas connu Jésus. En fait, la scène joue sur un symbole pascal. Le personnage est un disciple : « il suivait Jésus. » Il ne porte pas « qu’un drap », selon le lectionnaire. Il est, littéralement, « enveloppé d’un linceul ». Le même mot s’applique à l’ensevelissement de Jésus, en Marc 15, 16. L’homme s’enfuit nu. À travers le double signe du linceul et de la nudité, il représente le baptisé qui échappe à la nudité de la mort (2 Corinthiens 5, 3-4), grâce au Christ qui est mort pour lui et lui a donnné de quitter « le vieil homme » (Romains 6, 5-6). Le seul autre jeune homme (le même ?) dans cet évangile se retrouvera, « enveloppé d’un vêtement blanc » (Marc 16, 5), annonçant aux femmes, dans l’ombre du tombeau, le message de Pâques. Voir, ci-dessous, notre commentaire : évangile de la Veillée pascale B.

 

 




Dimanche des Rameaux par le Diacre Jacques FOURNIER (29 Mars)

 La Croix, sommet de la Révélation de l’Amour

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.
Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête.
Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ?
On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.
À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »
Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.
Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »
Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.
Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.
Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.
Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.
Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent.
Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter.
Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.
Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.
Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.
Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :
« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »
Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.
Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.
Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.
La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »
Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.
Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.
La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude.
Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.
Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.
Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »,
de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! »
Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,
ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,
et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
[…]

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,
qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat,
Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.
Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

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            « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat, il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations » (Za 9,9-10)…

            La prophétie de Zacharie s’accomplit… Alors que Jésus entre à Jérusalem assis sur un petit âne, « les gens criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! » (Mc 11,9-10). Mais sa royauté va les dérouter…

            En effet, c’est au moment de la Passion que le titre de « roi », quasiment absent des Evangiles, va apparaître et se répéter. « Tu es le roi des Juifs », demandera Pilate ? « Tu le dis : je suis roi », répondra Jésus (Jn 18,37). « Voici votre roi… Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs » (Jn 19,14 ; Mc 15,9), demandera Pilate à la foule ? « Salut, roi des juifs » (Mc 15,18), lui diront les soldats en le frappant… Puis, sur la croix, Pilate fera placer cet écriteau : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (Jn 19,19)…

            Au moment de la Passion, le titre de roi peut en effet surgir sans aucune confusion possible. La royauté de Jésus, couronné d’épines, n’est manifestement pas de ce monde… Avec lui, ni « chars de guerre, ni chevaux de combat », mais seulement la Paix de l’Amour, « un Amour plus fort » (Ps 117(116)) que la haine la plus acharnée, un Amour que rien ni personne, pas même la pire cruauté, n’empêchera d’aimer… « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menaces », il n’aura que des paroles bienveillantes envers tous ceux qui lui font tant de mal (1P 2,21-25)… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)…

            « Vous l’avez livré, vous l’avez renié devant Pilate. Vous avez chargé le Saint et le Juste ; vous avez réclamé la grâce d’un assassin », Barabbas, « tandis que vous faisiez mourir le Prince de la Vie », leur dira plus tard St Pierre. Mais, folie de l’Amour, « c’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,11-26). Et il en sera ainsi pour tous les pécheurs de tous les temps à qui Dieu ne demande qu’une seule chose : se repentir, en vérité et de tout cœur, de tout le mal qui peut habiter notre vie, et consentir à son Amour…       « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (Ps 51(50))…                                                               DJF




Rencontre autour de l’Evangile – Dimanche des Rameaux

 

 « Vraiment cet homme était le Fils de Dieu… »

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TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mc 14, 1 à 15,47)

Tout au long de l’évangile selon saint Marc, une question se pose sans cesse à propos de Jésus : « Qui est cet homme ? »  Nous souvenant  que Marc a écrit son évangile pour des chrétiens qui venaient des milieux païens, c’est dans la bouche du centurion, un païen, qu’il met la réponse : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu ».

Faisons une lecture dialoguée dans le groupe

Tout au long de la lecture, chacun note une réaction, une réflexion ou une question qui lui vient à l’esprit.

Le sens des mots ou des phrases

Des pauvres, vous en aurez toujours parmi vous… mais moi vous ne m’aurez pas toujours : Comment comprendre cette parole de Jésus ?

Judas Iscariote, l’un des Douze : Pourquoi Marc donne cette précision à propos de Judas ?

L’agneau pascal : Quel était le sens du rite de l’agneau pascal ?

Où est la salle ou je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ? Pourquoi ce repas pascal  que Jésus prend avec ses disciples est-il si important ?

« Prenez, ceci est mon corps »

Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude : Que signifient exactement ces  paroles de Jésus ?

Avant que le coq ne chante deux fois, tu m’auras renié trois fois : Quelle est la gravité de la faute de Pierre comparée à celle de Judas ?

Jésus ressent frayeur et angoisse : Pourquoi ?

Veillez et priez… l’esprit est ardent, mais la chair est faible : Pourquoi cette parole de Jésus à ses disciples ? ( relire les réactions de Pierre et des autres disciples quand Jésus annonce le reniement)

Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous : Comment expliquer cette attitude ?

Pierre se mit à pleurer : Que signifient ces larmes de Pierre ?

Chez Caïphe et chez Pilate : Que représentent ces deux personnages ?

« Sauve-toi toi-même, descend de la croix »… : Peut-on relier ces paroles à celles que Jésus a entendu durant la tentation du désert ?

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? : Comment interpréter cette parole de Jésus ?

Vraiment cet homme était le Fils de Dieu : Qui fait cette profession de foi ? Pourquoi Marc fait parler un païen ?

 

Pour l’animateur

 Jésus ne nie pas qu’il est urgent d’aider les pauvres. Il va lui même s’identifier aux pauvres  qui existeront toujours ; dans la personne du pauvre, il sera présent. Pour l’heure, c’est lui le Pauvre qui va connaître le dépouillement total dans sa Passion et sa Mort.

Judas, l’un des Douze : Jésus l’avait choisi comme les autres apôtres, en toute confiance, pour être avec lui et l’aider dans sa mission.  Il était responsable de la bourse du groupe, et d’après l’apôtre Jean, il dérobait ce qu’on y mettait. C’est donc par appât du gain qu’il a livré Jésus. Malgré la somme énorme que représente le parfum que la femme répand sur Jésus, Jésus maintient la valeur du geste comme un geste prophétique de son ensevelissement : il sera enseveli à la hâte, comme un pauvre, sans être embaumé.

L’agneau pascal : dans chaque famille, à la fête de Pâques, au cours d’un repas rituel on mangeait un agneau pour célébrer la libération du peuple Hébreu : Jésus a profité de ce Repas pascal juif, pour offrir sa vie en sacrifice pour libérer l’humanité du Mal et de la Mort : c’est la Pâque nouvelle. C’est lui l’Agneau immolé de la Pâque nouvelle : et Jésus, dans un geste rituel, que chaque père de famille  faisait, donne sa vie (ceci est mon corps, c’est à dire ma personne, livré pour vous), ceci est mon sang (c’est à dire ma vie) versé pour vous.

Jésus ne donne pas sa chair (au sens matérialiste), les disciples ne boivent pas  du sang humain (au sens matérialiste) : en mangeant le pain consacré et en buvant le vin consacré, les disciples communient à la personne du Christ qui a donné sa vie sur la Croix et qui est maintenant glorifié. Jésus dans l’Eucharistie, sous le signe du Pain et du Vin, devenus son corps et son sang, offre sa personne et sa vie pour le salut du monde. Quand les chrétiens refont le repas de l’Eucharistie, ils font mémoire de la mort et de la résurrection, et ils se rendent ainsi contemporains  des événements du salut.

 Jésus est triste à mourir, à cause de la solitude qui est la sienne et l’échec (au moins apparent) de sa mission. Frayeur et angoisse sont bien les signes que Jésus est pleinement homme. Il voit venir la mort et il a peur.

Pierre, Jacques et Jean, qui étaient sur la montagne de la Transfiguration là avec Jésus : témoins de sa tristesse, de son angoisse et de sa prière. Jésus leur demande de prier, car la « chair » c’est à dire la nature humaine, est faible : l’épreuve de la Passion s’est révélée très dure pour les Douze.

 Tous l’ont lâché et se sont enfuis par peur de subir le même sort. La faute de Pierre est objectivement aussi grave que celle de Judas : celui-ci  a trahi son Maître, Pierre l’a renié malgré son élan de fidélité. La différence : Pierre a pleuré sa faute. Judas n’a pas cru le pardon possible. Jésus a connu un double procès : un religieux devant Caïphe et l’autre politique devant Pilate.

Par la bouche des gens qui se moquent ; Satan revient à la charge (comme au désert) : sauve-toi toi-même et descends de la croix (sous entendu « si tu es le Fils de Dieu »). Jésus n’a fait aucun miracle pour lui-même !

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné : ce sont les premiers mots du psaume 22, plainte d’un innocent persécuté. Le psaume débouche sur l’assurance que Dieu n’abandonne jamais son fidèle. Ce n’est donc pas un cri de désespoir : Jésus est solidaire de la solitude immense de tous les justes mourants, de tous ceux qui touchent le fond de la détresse humaine, qui se croient abandonnés même de Dieu.

Vraiment cet homme était le Fils de Dieu : c’est le centurion Romain, un païen, qui donne la réponse de foi à toute la question qui parcourt l’évangile de Marc : « Qui est cet homme ? »

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Inviter le groupe à rester en silence quelques instants.

  

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

Qu’est-ce que la méditation de la Passion de Jésus peut changer dans notre vie ?

  

ENSEMBLE PRIONS

Prier avec le chant : Sur les chemins où nous peinons.




5ième dimanche de Carême par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Commentaires des Lectures du dimanche 22 mars 2015

 

Jérémie 31, 31-34  (« Je conclurai une alliance nouvelle et je ne rappellerai plus leurs péchés « )

Situons cette prophétie, peut-être la plus importante de l’Ancien Testament. Selon Jérémie, le Temple est souillé par un peuple perverti ; le roi et les sages se montrent incompétents dans leur ministère. Bref, ces institutions devaient tenir Israël fidèle aux commandements donnés jadis sur le Sinaï. Elles ont échoué et vont disparaître, avec l’exil à Babylone. Or, voici que Dieu promet une Alliance d’une nouveauté inouïe.

  La Loi exprime la volonté de Dieu. Donc, elle ne disparaîtra pas. Mais on ne la lira plus sur des tables de pierre ou des parchemins. Elle s‘inscrira dans les cœurs. L’être humain sera transformé de l’intérieur, au point que son vouloir et celui de Dieu fusionneront en une intime complicité. Certains couples n’ont pas besoin de se parler pour savoir ce que l’autre désire. De même, l’Alliance nouvelle ne nécessite plus de maîtres et d’instructeurs. Tous, dans toutes les couches sociales (des plus petits jusqu’aux plus grands ») sauront ce que Dieu attend d’eux. Dans cette ligne, saint Paul caractérisera les chrétiens, en 1 Thessaloniciens 4, 9, comme des « théodidactes » (« enseignés par Dieu »).

  Et si la prophétie n’est pas un rêve creux, elle signifie que Dieu a tiré un trait sur notre histoire passée, sur nos fautes et nos péchés. Lui seul a l’initiative. Nous-mêmes, nous n’avons pas de quoi régler la dette de notre manque d’amour.

  *Saint Paul lira Ézékiel 36, 25-27 en parallèle avec la prophétie de Jérémie. Selon lui, tout baptisé expérimente aujourd’hui cette Alliance nouvelle, par le don de l’Esprit Saint. En chaque eucharistie, nous buvons « la coupe de l’Alliance nouvelle » (1 Corinthiens 11, 25).

 * Pour saint Paul, le christianisme réalise l’alliance nouvelle, même si l’Apôtre évite cette expression qui pour les Juifs de son temps signifiait le retour à une pratique rigoureuse de la Loi de Moïse. Pour Paul, comme pour Jérémie, nous n’obéissons plus à des commandements dictés de l’extérieur. Nous suivons « la Loi de l’Esprit » (Romains 8, 2) ; la Loi, c’est l’Esprit versé dans nos cœurs. Or, l’Esprit nous pousse à aimer sans cesse davantage : « Le fruit de l’Esprit, c’est l’amour » (Galates 5, 22). Et l’amour résume toute la Loi de Dieu (cf. Galates 5, 14). La boucle est ainsi bouclée. Les commandements écrits ne sont qu’une vérification de notre fidélité aux impulsions de l’Esprit Saint.

 

Hébreux 5, 7-9  (La soumission du Christ, cause du salut éternel)

 Maigre échantillon que ces trois versets ! Car la Lettre aux Hébreux tisse une tapisserie complexe. Isoler un détail est toujours décevant. Élargissons donc notre champ de vision. L’auteur expose ceci : Aujourd’hui, Jésus ressuscité est notre grand prêtre, notre seul représentant crédible auprès de Dieu, parce qu’il a partagé en tout la fragilité de notre condition humaine.

  L’auteur évoque le « grand cri » et « les larmes » de *la prière du Christ. Le texte suggère l’agonie au jardin des Oliviers, le cri ultime sur la croix et toute la lutte du Christ pour accepter la Passion. Bref, Jésus nous représente vraiment, puisqu’il a connu notre tentation de refuser le vouloir de Dieu, par peur de la mort. Mais, par solidarité avec notre condition, il a « obéi », « bien qu’il soit le Fils », transformant en prière et supplication la révolte de l’humanité. « Il a été exaucé », non pas en échappant à la mort, mais en recevant de Dieu la résurrection (10, 12-14).

  Le Christ a donc connu « la perfection ». Dans l’Ancien Testament, ce mot résume les qualités permettant d’élire quelqu’un comme grand prêtre. Mais la Lettre aux Hébreux songe à une autre perfection : celle d’un homme qui a accepté, confiant en Dieu, la condition humaine telle qu’elle est. « Pour tous ceux qui lui obéissent », qui suivent son exemple, le salut est acquis. Cette plongée dans l’expérience humaine de Jésus rejoint ce que dit l’évangile de Jean. Celui-ci ne raconte pas la lutte de Jésus au jardin de Gethsémani, son « agonie » au sens premier du mot. Il l’anticipe dans un discours prononcé en public à Jérusalem.

 * La prière de Jésus. « Je t’exalte, Seigneur, car tu m’as relevé (Psaume 29, 2). Considérons que c’est notre Seigneur qui, dans cette humanité dont il a daigné se revêtir a pu fort bien s’approprier ces paroles du prophète. Devenir homme, c’est contracter nos faiblesses, et, devenu faible, il devait prier » (saint Augustin, Discours sur le Psaume 29).

 

Jean 12, 20-33  (« Si le grain de blé tombé en terre meurt, il porte beaucoup de fruit « )

Jésus vient d’entrer à Jérusalem (Jean 11, 12-19). Voici son dernier entretien public, avant l’ultime repas avec les disciples. L’intervention des Grecs permet de révéler le sens profond de la Passion, sa prodigieuse fécondité.

 Les Grecs veulent voir Jésus

 Ce sont des païens, sympathisants du judaïsme. Certains participaient aux pèlerinages à Jérusalem, comme ici lors des festivités pascales. On les appelait des « craignant Dieu ». Aller en pèlerinage se disait aussi aller « voir la face de Dieu ». Les Grecs, eux, veulent « voir Jésus ». Or, chez saint Jean, « voir », c’est croire, et croire, c’est voir vraiment (cf. Jean 12, 44-45). Ces pèlerins accomplissent une démarche de foi qui passe par les deux disciples ayant un nom grec, Philippe et André. Ils forment l’avant-garde symbolique des païens qui rencontreront le Christ grâce à la mission des disciples.

 L’heure est venue

 Témoin de ce symbole de la mission à venir, Jésus déclare que son *heure est enfin venue, l’heure glorieuse de la croix. La mise en terre du grain de blé, Jésus, est la condition d’une vie nouvelle et multipliée. L’image était parlante pour des Grecs qui connaissaient les mystères du temple d’Éleusis où l’on célébrait chaque année la mort et le renouveau de la végétation. Le croyant devra, lui aussi, se dessaisir de sa vie centrée sur lui-même, pour recevoir de Jésus la « vie éternelle » la pleine communion avec Dieu. Il s’agit de « servir » le Christ dans sa mission pour parvenir « là où il est », là où il n’a jamais cessé d’être, c’est-à-dire dans la gloire de Dieu, là où le Père « honore » ceux qui suivent son Fils.

 Agonie et Transfiguration

 L’évangile de Jean ne raconte ni la Transfiguration ni « l’agonie » de Jésus à Gethsémani. Mais il reprend ici la teneur de ces deux épisodes, à sa façon. Jésus est « bouleversé » devant la perspective de sa mort (comparer Marc 14, 34-36). Mais,  parallèle à l’expression « Que ton Nom soit sanctifié », voici la demande de Jésus : « Glorifie ton Nom », montre ta gloire, fais-toi reconnaître dans le don d’amour que je vais accomplir en ton nom.

 Comme dans l’épisode de la Transfiguration, survient la voix céleste. Elle dit, littéralement : « J’ai glorifié et je glorifierai encore. » L’absence de complément induit un double sens : Dieu s’est glorifié lui-même en donnant à Jésus d’accomplir son œuvre, il révélera par la croix de Jésus l’étendue de son amour. Mais, en même temps, c’est bien Jésus qu’il met par là en valeur.

 La révélation

 La foule ne comprend pas : est-ce un coup de tonnerre ? Un ange ? Jésus seul peut révéler le double message de Dieu : l’amour est plus fort que le Mal qui cherche à emprisonner l’homme. Est vaincu par la croix le satan, « le prince de ce monde » ou « le dieu de ce monde » (2 Corinthiens 4, 3), ces expressions symbolisant et résumant les forces néfastes, hostiles aux projets de Dieu. Par cette victoire, l’amour aspire l’humanité vers le Christ « élevé » sur la croix et « élevé » vers le Père. Mais cet amour ne se comprend, de la part du croyant, que par une expérience de dépouillement de soi à la suite du Christ, grain de blé tombé en terre : « Qui aime sa vie la perd. »

 Jésus semble avoir oublié les Grecs. Il a pourtant répondu à leur requête et à la nôtre ; nous ne pouvons pas « voir » un Jésus du passé. Comprenons plutôt « de quel genre de mort il allait mourir » (cf. Jean 18, 32). Nous devons « voir » une histoire d’amour, l’histoire de celui qui a été « élevé » pour conduire à Dieu, les Grecs, les humains de toutes les nations..

 * L’heure. Chez Jean, « l’heure » est l’heure H de notre salut, celle de la mort de Jésus sur la croix où se révèle la gloire de Dieu, la pleine mesure de son amour. C’est « l’heure » pour Jésus « de passer de ce monde à son Père » (Jean 13, 1) et d’attirer tous les hommes dans ce passage. Cette heure est toujours actuelle pour ceux qui croient que la vie nous vient de cet amour de Dieu exprimé sur le Calvaire.

 

 




5ième dimanche de Carême par le Diacre Jacques FOURNIER (22 Mars)

  « J’attirerai tous les hommes à moi »

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera.
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.
Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

5ième carême 2

            Des Grecs, et donc des païens, désirent voir Jésus… Or, « nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,44) disait-il, et « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17), le monde entier, tous les hommes, Juifs et païens…

            Jésus voit s’accomplir, dans cette démarche des Grecs, ce projet universel de salut pour lequel il a été envoyé… « L’Heure est venue pour le Fils de l’Homme d’être glorifié »… Très bientôt, « il souffrira beaucoup, il sera rejeté par les Anciens, les Grands Prêtres et les scribes, il sera tué et après trois jours, il ressuscitera » (Lc 8,31). A Gethsémani, cette perspective le plongera dans « la tristesse et l’angoisse ». « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux mais comme tu veux » (Mt 26,36-46). St Jean ne nous rapporte pas cet épisode, mais nous avons ici un écho de ce combat intérieur que le Christ a du affronter : « Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Et le Père répondra à cette supplication : « Alors, du ciel, vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ». Et sur la Croix, c’est Lui qui donnera à son Fils de pouvoir se donner jusqu’au bout, « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Jn 13,1), pour le salut du monde… Et il le glorifiera encore par sa résurrection en lui donnant « la gloire qu’il avait auprès de lui avant que fût le monde » (Jn 17,5)…

            Tombé en terre, le grain de blé mourra. Mais il ne demeurera pas seul. Il portera beaucoup de fruit : cette « foule immense, que nul ne peut dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue. Debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau »… Ils viennent de la grande épreuve » de cette vie sur la terre. « Ils ont lavé la robe de leur cœur et leur vie et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son Temple » (Ap 7,9-17).

            « Dieu veut » en effet « que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4-6). C’est pourquoi, ressuscité, le Christ continue-t-il aujourd’hui encore d’accomplir la promesse qu’il nous fait ici : « Une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes »… DJF




4ième dimanche de Carême par P. Claude TASSIN (Spiritain)

Commentaires des Lectures du dimanche 15 mars 2015

 

2 Chroniques 36, 14-16.19-23  (Châtiment et pardon : l’exil et le retour)

Édité vers 300 avant notre ère, le double livre des Chroniques est une reprise des deux livres des Rois, due à une nouvelle manière de lire l’histoire. Nous découvrons ici le dernier chapitre de l’œuvre. C’est un bilan et une espérance.

L’exil

Dernier roi de Jérusalem (597-587), Sédécias partit, enchaîné, à Babylone. On égorgea ses fils devant lui, on lui creva les yeux (2 Rois 25, 6-7) et son peuple connut l’exil et l’esclavage. Selon l’auteur des Chroniques, le désastre vint d’une résistance invétérée du Peuple élu à l’égard des prophètes qui le pressaient d’abandonner l’immoralité et de réformer un culte perverti par le paganisme. Parmi ces prophètes, qui prêchaient une restauration de la justice sociale, Jérémie avait annoncé le châtiment inéluctable, mais aussi la libération ultérieure (cf. Jérémie 25, 11-12 ; 29, 10).

Le retour

Dès 539, Cyrus, roi des Perses, s’emparait de Babylone et on connaissait sa politique libérale. Dès lors, aux yeux des prophètes, il devenait clair qu’il était l’instrument choisi par Dieu (cf. Isaïe 45, 1) pour libérer son peuple. Dieu seul peut donner à qui il veut « tous les royaumes de la terre ».

Dans l’ordre des livres de la Bible hébraïque, c’est cet édit de Cyrus (en 538) qui clôt les Écritures, comme *l’accomplissement des prophéties. Dieu se servira toujours de l’histoire pour libérer son peuple, pourvu que celui-ci soit attentif aux événements.

* L’accomplissement. Le prophète Jérémie n’avait pas prévu que le roi Cyrus serait l’instrument de la libération des exilés à Babylone. Pourtant, l’auteur des Chroniques pense que Jérémie l’avait prophétisé. Même aujourd’hui, les prophètes analysent l’histoire avec les lumières de l’intelligence que Dieu leur départit. Il leur arrive d’outrepasser ces lumières. Même Jérémie s’est trompé en certaines de ses prédictions. Les prophéties s’accomplissent toujours, mais c’est à la communauté des croyants de scruter les événements de manière responsable pour découvrir comment Dieu accomplit ce qu’il dit, souvent de manière surprenante.

Ephésiens 2, 4-10  (Par grâce, Dieu nous fait revivre)

La Lettre aux Éphésiens chante le plan de Dieu : unir l’univers « sous un seul chef, le Christ » (1, 10). Ce projet se réalise dans l’Église, corps du Christ. Car celle-ci rassemble « en un seul homme nouveau » des gens naguère divisés et éloignés de Dieu (lire 2, 13-22). Selon ce texte, nous devons comprendre ce que nous avons reçu. Rendus conscients, nous traduirons dans les faits, dans notre conduite, ce qui nous est donné.

Tout est déjà fait…

Tout nous vient de l’amour de Dieu et de sa grâce souveraine, gratuite. Nous sommes sauvés ! Ce qui est arrivé au Christ – voir 1, 20-21, nous est aussi arrivé : avec lui, Dieu nous a, littéralement, « co-vivifiés », « co-ressuscités » « co-assis » dans le ciel avec le Christ. Affirmations stupéfiantes, puisque nous péchons et souffrons encore ! Mais comme, génétiquement, l’adulte est présent dans l’enfant, nous sommes comme « programmés » pour le salut par notre union au Christ, pourvu que nous nous laissions construire par l’amour de Dieu.

… pourvu que

… nous comprenions ceci : « Cela ne vient pas de vous », insiste l’Apôtre. Renversons notre logique : Dieu ne nous aime pas parce que nous agissons bien. C’est plutôt lui qui nous rend capables d’agir bien, parce que le baptême nous « crée » et nous conforme à Jésus Christ. « Dans le Christ Jésus », Dieu nous a déjà tout donné, comme l’évangile va le rappeler.

Jean 3, 14-21 (« Dieu a envoyé son Fils pour que, par lui, le monde soit sauvé»)

Cette page achève l’entretien de Jésus avec Nicodème. Mais, en fait, Nicodème a disparu de la scène. Le discours se mue en un exposé de l’évangéliste lui-même sur la mission du Fils, révélateur de l’amour infini de Dieu. D’ailleurs le lectionnaire ne donne aucune introduction signalant que c’est Jésus qui parle. C’est d’abord l’évocation de la légende du Serpent de bronze, qui trouve son sens dans la Croix. Puis vient l’affirmation de l’amour de Dieu pour le monde entier. Alors, conscients d’un tel amour, engageons-nous dans la lumière de la foi.

Le symbole du Serpent de bronze

Le légendaire *serpent de bronze, ou d’airain, « élevé » dans le désert, accordait la survie aux Hébreux révoltés contre Dieu et contre Moïse (lire Nombres 21, 4-9). De même, le Christ « élevé » sur la croix nous sauve. Dieu disait, à propos du Serpent : « Qu’ils le regardent, et ils vivront. » À travers tout l’évangile de Jean, le vrai regard est celui de la foi : celui qui ne croit pas, est celui qui ne voit rien de ce qu’il faudrait voir. Celui qui regarde avec foi le Crucifié ne guérit pas d’une morsure venimeuse : il obtient une vie éternelle.

Rappelons-nous l’importance du verbe « élever » dans l’évangile de Jean, avec son double sens : c’est sur le gibet de la croix que Jésus est élevé. Mais c’est sur ce gibet qu’il est glorieusement élevé, manifestant, par son effacement, jusqu’où peut aller l’amour de Dieu pour nous : « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tous les humains » (Jean 12, 32). Élevé de terre au calvaire ? Élevé de terre par le retour du Ressuscité vers le Père ? Les lecteurs quelque peu familiers de l’évangile de Jean reconnaissent chez lui cette équivoque théologique calculée.

Dieu a tant aimé le monde.

L’amour qui sauve s’étend au monde entier. Ici se profile la figure d’Abraham acceptant le sacrifice d’Isaac, dans un texte répétant avec émotion « ton fils, ton unique » (Genèse 22, 2.12.16). À l’amour fidèle d’Abraham envers Dieu correspond l’amour de Dieu pour les humains. Paul faisait le même rapprochement. Dieu, écrivait-il, «n’a pas refusé son propre Fils» (Romains 8, 32 ; cf. ci-dessus, 2e dimanche, lectures 1 et 2). N’imaginons pas un Dieu cynique sacrifiant son Fils. Tout l’Évangile de Jean envisage une harmonie profonde entre, d’une part, le Père, montrant par la croix jusqu’où va son amour pour nous et, d’autre part, le Fils qui s’engage à manifester cet amour extrême (voir Jean 13, 1).

Devant un don offert, nous ne restons pas neutres. Surtout si ce don, telle une transfusion de sang, est une question de vie ou de mort. Ainsi en va-t-il de la croix. Elle invite à croire que Dieu se donne, pour que nous vivions de «vie éternelle». Bref, L’envoi du Fils ne vise pas à condamner un monde perverti. Il montre, par la croix, jusqu’où va un Dieu qui se compromet avec les hommes et meurt pour eux au lieu de punir leur refus (cf. Jean 1, 9-12).

Le jugement

Jésus ne vient pas pour juger, dit Jean. Il y a pourtant un jugement, plus décisif que le jugement dernier : « Celui qui ne croit pas est déjà jugé. » Déjà nous nous jugeons lorsqu’un ami voudrait nous sortir d’un mauvais pas et que nous nous dérobons, parce qu’il faudrait avouer les erreurs qui nous ont fait chuter. Plus encore, quand nous entendons la parole du Christ, un amour s’offre à nous : « le Fils unique de Dieu », l’Unique en qui Dieu nous aime. Voilà « la lumière » offerte. Mais cette lumière est aussi un projecteur qui débusque le mal qui nous habite. Il faut avoir le courage d’abandonner nos ténèbres et ce que nous préférons cacher, pour faire enfin la vérité et nous offrir aux « œuvres » que Dieu veut accomplir en nous. Tel est le but de l’entraînement du Carême.

* Le serpent de bronze. Selon une mentalité populaire, on se protège du mal en le représentant. Ainsi, le Proche Orient ancien sculptait des amulettes en forme de serpent et censées protéger des morsures des reptiles. Dans le Temple de Jérusalem, on vénérait dans le même sens préventif un serpent de bronze. Le roi Ézékias le fit détruire, le considérant comme le signe d’une superstition païenne (2 Rois 18, 4). Avant cela et pour lui conférer un statut orthodoxe, on racontait que cette sculpture avait été façonnée par Moïse au désert. D’où la légende rapportée en Nombres 21, 4-9. Mais, plus que sur l’efficacité de cette figure, c’est sur le regard de foi, la foi dans le salut divin, qu’insistait la tradition juive, s’adressant par exemple à Dieu en ces termes : « Celui qui se tournait vers lui (le serpent) était sauvé, non par ce qu’il avait sous les yeux, mais par toi, le Sauveur de tous » (livre de la Sagesse, 16, 7).

 




3ième dimanche de Carême par P. Claude TASSIN (Spiritain)

 

Commentaires des Lectures du dimanche 8 mars 2015

Exode 20, 1-17 (La Loi fut donnée par Moïse)

Le don du décalogue, c’est-à-dire des « Dix Paroles » ou commandements, s’insère dans un scénario grandiose (cf. Exode 19, 16-25 et 20, 19) que la *tradition juive amplifiera encore. À l’origine, c’était une liste de brèves interdictions. À présent, comme en Deutéronome 5, 6-21, elles sont assorties de commentaires. Du coup, les traditions juives et chrétiennes divergent quant au découpage des dix commandements. Mais on distingue bien trois sections :

1) Il s’agit du culte à rendre au Dieu qui a libéré son peuple de l’esclavage. Désormais, c’est un partenariat exclusif. « Jaloux », aimant avec passion, Dieu n’admet pas qu’on lui mette en concurrence des faux dieux qui, eux, n’ont rien fait pour ce peuple. Certes, Dieu peut permettre les conséquences néfastes du péché sur trois ou quatre générations ; mais qu’est-ce que cela en regard de sa fidélité sur mille générations pour ceux qui lui sont fidèles !

2) Il s’agit ensuite du jour du sabbat, jour de repos consacré au Seigneur comme fête de la création faite pour la joie. Toutes les catégories sociales doivent en jouir.

3) Il s’agit enfin des droits élémentaires de la personne, « le droit à la vie, à la liberté, à l’honneur et à la propriété. Ces droits, qui peuvent être reconnus par toute conscience, sont plus que sanctionnés par Dieu : ils sont comme le signe concret du véritable rapport avec Dieu » (J. Briend).

* Une tradition juive sur le don de la Loi : « Le premier commandement qui sortit de la bouche du Saint était comme des étincelles et des éclairs et des flammes de feu ; une lampe de feu à sa droite et une lampe de feu à sa gauche, volant et s’élevant dans l’air des cieux; puis il revenait et était visible au-dessus des campements d’Israël. Il revenait et allait se graver sur les deux tables de l’alliance qui étaient placées dans la paume des mains de Moïse, en allant et venant sur elles, d’un bord à l’autre » (Targoum araméen du Pseudo-Jonathan en Exode 20, 2). On aura noté la parenté de cette légende avec le récit de la Pentecôte en Actes 2.

1 Corinthiens 1, 22-25 (« Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les hommes, mais pour ceux que Dieu appelle, il est sagesse de Dieu»)

Les chrétiens de Corinthe forment des clans autour de tel ou tel apôtre pris pour maître, en raison de ses talents oratoires (cf. 1 Corinthiens 1, 10-13). Mis au courant, Paul proteste. Lorsqu’il prêchait parmi eux, il évitait « d’avoir recours à la sagesse du langage humain ». Il s’en tenait au « langage de la croix », au message qu’est la croix (1, 17-18).

Il répartit le monde entre Juifs et Grecs (ou païens), et il insiste : les Juifs espèrent un Messie tout-puissant. Ils réclament des « signes » miraculeux, comme les pharisiens en demandaient à Jésus (cf. Matthieu 12, 38-40), une manière de ne pas s’engager, une façon de demander insolemment des preuves. Dans ce cadre, présenter un Messie crucifié est choquant. Les Grecs recherchent une sagesse, un système religieux qui coïncide avec la raison humaine fermée sur elle-même et se veut simplement conforme à la nature. Dans ce cadre, la croix voudrait dire que Dieu n’est pas rationnel ; elle serait un non-sens, si elle n’était la folie de l’amour.

Une nouvelle catégorie peut unir des Juifs et des Grecs : « ceux que Dieu appelle », c’est-à-dire ceux qui, entendant l’Évangile, acceptent que Dieu les invite à sortir de leurs idées toutes faites et confortables. Déjà dans l’expérience humaine, le sage agit parfois comme un fou pour se faire comprendre, et les faibles sont parfois plus efficaces que les forts. Rejetterons-nous le Crucifié quand il nous offre le même paradoxe ?

* Sagesse et folie. « Que conseille, très chers, la sagesse de ce monde, sinon de rechercher ce qui doit être nuisible et d’aimer ce qui doit périr, de dédaigner ce qui procure le salut, de tenir pour rien ce qui est éternel. Et c’est pourquoi, face à l’opinion contraire, le bienheureux Apôtre, prévoyant les maux futurs, déclare : Si quelqu’un parmi vous, dit-il, veut être sage, qu’il se fasse fou pour devenir sage (1 Corinthiens 3, 18) » (Faustin de Riez, moine, puis évêque, 5e siècle).

Jean 2, 13-25 (« Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai »)

Contre les autres évangélistes (cf. Marc 11, 15-17), et peut-être avec raison, Jean situe la purification du Temple au début de la mission de Jésus. L’épisode est pour lui un « signe » lié à celui des noces de Cana, quand « ses disciples crurent en lui » (Jean 2, 11). Ici, le signe du Temple produit un effet plus ambigu.

Jésus entre au Temple

Les marchands et les changeurs tiennent commerce sur le parvis du Temple, et non dans le Sanctuaire. Leur métier s’imposait. Aux pèlerins venus de loin, ils fournissaient les animaux, destinés aux sacrifices, et la monnaie spéciale du Temple écartant les pièces à l’effigie de l’Empereur païen. Nous voici aux abords de Pâques. À la différence des autres évangélistes, Jean ponctue la vie de Jésus par trois Pâques (cf. 6, 4 ; 11, 5). Pour lui, la scène a un lien avec la Pâque décisive où Jésus « passe de ce monde à son Père » (13, 1).

Un geste prophétique

Jésus estime excessif le commerce qui fait du Temple « une maison de commerce ». Mais les témoins initiés aux Écritures pouvaient s’interroger : Jérémie 7, 12-15 n’avait-il pas prédit la ruine d’un Temple corrompu ? Zacharie 14, 21 ne disait-il pas qu’en ce jour-là, « il n’y aurait plus de marchand dans la maison du Seigneur » ? Alors, Jésus prétendait-il être un prophète ? Les disciples, qui croient en Jésus, « se rappellent » le Psaume 69 [70], 10. Par là, Jésus est le juste persécuté par ses frères en raison de sa fidélité à Dieu et à sa Maison. En fait, les premiers chrétiens reliaient ce psaume à la passion de Jésus. C’est après la Résurrection qu’ils établirent un lien avec le geste de Jésus dans le Temple.

Jésus, Temple

Jésus se prétend plus qu’un prophète, puisqu’il appelle le Temple « la maison de mon Père ». D’où la demande d’un « signe » qui justifierait un tel sentiment d’autorité (comparer Marc 11, 27-33). Rappelons qu’au temps où s’écrit cet évangile, le Temple de Jérusalem a déjà été détruit. Et, pour les chrétiens d’alors, le symbole des « trois jours » et le verbe « relever » évoquent la résurrection de Jésus. Surgit ici un exemple de ce qu’on appelle « le malentendu johannique ». Les Juifs parlent du Temple matériel. Au vrai, il fallut bien plus de quarante-six ans pour achever les travaux d’agrandissement et d’embellissement entrepris par Hérode le Grand. Jésus, lui, parle de son corps ressuscité. L’évangéliste avoue que ce sens ne pouvait apparaître aux disciples que « quand il se réveilla d’entre les morts ». Car, chez Jean, le verbe « se rappeler » consiste en une démarche de foi qui relie les paroles de Jésus aux anciennes prophéties (cf. Jean 20, 9).

Un bilan mitigé

Comme Dieu, Jésus connaît le fond des cœurs. Surtout, il sait que certains sont consommateurs de signes miraculeux. Pour saint Jean, le mot « signes » est volontairement ambigu. Il désigne des gestes miraculeux, prodigieux dont se repaissent les témoins, en consommateurs, ainsi en Jean 4, 48. Le terme renvoie aussi, dans ces mêmes miracles, aux signaux par lesquels Jésus cherche à établir avec lui une relation personnelle de foi. D’où sa réflexion désabusée après la multiplication des pains : « Vous me cherchez, non pas parce que vous avez vu des signes, mais parce que vous avez mangé du pain et avez été rassasiés » (Jean 6, 26). Bref, les signes qu’il pose dans nos vies doivent être dépassés pour que nous le rencontrions vraiment, par la foi, dans le mystère de sa résurrection, nouvelle présence de Dieu. Saint Paul ne dit pas autre chose (2e lecture) quand il évoque à la fois le Messie crucifié et le Messie, puissance de Dieu.

Le mystère du Temple. Où Dieu habite-t-il ? Le philosophe et théologien juif Philon d’Alexandrie envisageait trois temples. Le premier est le ciel, seul lieu digne de Dieu qui est pur Esprit. Le deuxième est l’esprit du croyant, car seul, par connaturalité, cet esprit peut recevoir le pur Esprit. Enfin, le troisième est le temple matériel de Jérusalem, concédé à la piété et à l’affectivité des humains. Mais ce sanctuaire est unique, parce que Dieu est l’Unique. La communauté de Qumrân, composée de prêtres et de laïcs, se considère comme un temple vivant. Chez saint Paul, rappelons cette déclaration adressée aux chrétiens : « Ne savez-vous pas que vous êtes un sanctuaire de Dieu, c’est-à-dire que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1 Corinthiens 3, 16). Saint Jean fait un pas de plus, en voyant le Temple divin dans la personne du Christ. Mais l’évangéliste rejoint Paul lorsqu’il attribue à Jésus cette parole : « Celui qui demeure en moi et moi en lui et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jean 15, 5).




3ième dimanche de Carême par le Diacre Jacques FOURNIER (8 Mars)

Jésus, au cœur de l’Alliance Nouvelle (Jn 2,13-25)

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : L’amour de ta maison fera mon tourment.
Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

3ième dimanche de carême

 

            Dans le cadre de l’ancienne Alliance, la Loi de Moïse exigeait de tout pécheur qu’il « amène au Seigneur à titre de sacrifice de réparation pour le péché commis » un bœuf, une tête de petit bétail ou deux colombes. Tout dépendait de la gravité de sa faute et de ses moyens financiers (Lv 5). Et à l’époque de Jésus, les Grands Prêtres avaient décidé de n’utiliser dans le Temple que la monnaie de la ville syrienne de Tyr, en signe de résistance à l’envahisseur romain. Avant d’acheter un animal pour l’offrir en sacrifice, il fallait donc commencer par changer sa monnaie romaine. Et toutes ces transactions étaient autant d’occasions pour s’enrichir ; les Grands Prêtres eux-mêmes percevaient un pourcentage auprès des changeurs et des vendeurs d’animaux…

            Or, « vous ne pouvez pas servir Dieu et l’argent » (Lc 16,13), car « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21). Pour que la maison de Dieu soit réellement une « maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7), Jésus, sans violence pour les hommes, chasse tous les animaux du Temple et renverse les tables des changeurs… « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce »…

            Mais sans animaux, plus de sacrifices, avec toute cette main d’œuvre qui s’activait à les accomplir ! C’est une vraie révolution dans la manière de servir de Dieu ! Seul reste le cœur à cœur, dans la prière… Et c’est bien ce que Jésus annonce ici prophétiquement en agissant ainsi. En effet, il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), et « c’est maintenant, une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour abolir le péché » par son « unique sacrifice » sur la Croix (Hb 9,26 ; 10,12). Et cette offrande est valable pour tous les hommes de tous les temps (1Tm 2,4-6). Jésus mourra d’ailleurs à l’instant même où l’on offrait au Temple de Jérusalem des milliers d’agneaux en vue de la fête de Pâque, célébrée le lendemain…

            Or, la Loi, « les Dix Paroles » (Ex 20,1-17), et le Temple de Jérusalem, étaient les deux piliers de l’Ancienne Alliance. Désormais, avec la Nouvelle Alliance instaurée par le Christ, ils laissent la place à sa Parole (Mt 5) et « au sanctuaire de son corps », comme l’écrit ici St Jean. Jésus est en effet l’unique médiateur entre Dieu et les hommes. Pour rencontrer Dieu, il s’agira désormais d’aller à lui et de se laisser introduire avec lui, par le Don de l’Esprit Saint, dans ce Temple intemporel et universel (Jn 4,21-24) qu’est ce Mystère de Communion avec Dieu dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,3)…      DJF




2ième Dimanche de Carême par le P. Rodolphe Emard (1° Mars)

La Transfiguration ! Si ce récit nous est donné en ce temps de Carême, c’est pour nous rappeler ce vers quoi nous cheminons : La Résurrection.

Cette transfiguration de Jésus sur la montagne du Thabor annonce bien sa Résurrection à Jérusalem mais cette transfiguration annonce aussi notre propre résurrection. Comme le Christ, nous sommes appelés nous aussi à ressusciter : « Je crois à la résurrection de la chair ; J’attends la résurrection des morts »[1] disons-nous au credo à la messe. Nous restons donc focalisés sur la Pâques du Christ dans laquelle nous sommes tous entraînés depuis notre baptême.

« Pâques » signifie « Passage » : Le passage de la mort à la vie éternelle. Notre existence connaît une série de Pâques utiles pour notre croissance humaine et spirituelle. Parmi les passages fondamentaux, nous pouvons noter la sortie du sein maternel, le passage de l’enfance à l’adolescence, le passage de l’état adulte à la maturité, l’ultime passage qu’est le dernier soupir.

Différents passages indispensables pour devenir soi-même, pour découvrir notre identité véritable. Et ces différents passages nous montrent qu’il faut sans cesse avancer ! C’est tous les jours que Dieu nous donne qu’il faut se construire en tant qu’homme, en tant que femme et on n’aura jamais fini de le faire !

Dans la vie, nous ne pouvons pas nous reposer sur nos acquis. Cela se vérifie dans le milieu professionnel où il faut sans cesse se mettre à jour par des formations permanentes.

Nous ne pouvons pas non plus nous enfermer dans nos vieux repères, dans nos vieilles sécurités pace qu’elles ne dureront pas éternellement. Viendra le jour pour tout le monde de l’ultime passage, notre mort naturelle et cela il faut le préparer. Parfois comme Pierre dans l’Evangile, nous aimerions nous éterniser dans ces lieux où nous ne sommes pas dérangés, où nous nous sentons bien mais cela n’est pas possible !

Il faut se préparer à notre rencontre avec le Seigneur, c’est pourquoi, continuellement en nous, il faut la mort de tout ce qui n’est pas authentique à notre dignité d’enfant de Dieu ; tuer le vieil homme en nous qui entache cette dignité. Et souvent, ce vieil homme qui sommeille en nous c’est cette tentation de vouloir être le seul maître de notre vie, de vouloir la mener à notre guise. On aimerait que tout se passe comme nous le voulons, selon un programme tout établi ! Mais avancer, c’est accepter que certains évènements de la vie peuvent nous échapper ! Les imprévus, les incertitudes de la vie sont réels ! Mais pour autant, nous ne sommes pas perdus car nous avons comme repère le Christ que le Père nous demande d’écouter : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » Et le moyen sûr d’entendre le Fils c’est par le biais de l’Evangile ! L’Evangile qu’on pourrait résumer par deux mots : l’amour et le pardon.

Il faut alors que meurt en nous tout ce qui est contraire à l’amour et au pardon. Et c’est ainsi que nous vivrons de véritables Pâques, de véritables renaissances ou encore de véritables transfigurations ! A chaque fois que la haine, la vengeance, la colère, la rancune laissent place au pardon, nous vivons de véritables transfigurations ! A chaque fois que l’égoïsme, l’orgueil, la jalousie laissent place au partage, nous vivons de véritables transfigurations ! A chaque fois que le mépris, la médisance, la malédiction laissent place à la bienveillance et à la bénédiction, nous vivons de véritables transfigurations ! A chaque fois que le repliement sur soi, l’intransigeance laissent place à l’ouverture au prochain, nous vivons de véritables transfigurations ! A chaque fois que le racisme, la xénophobie laissent place à la différence, à la tolérance et à l’accueil, nous vivons de véritables transfigurations ! A chaque fois enfin que le découragement, le doute, le pessimisme laissent place à l’espérance et à la foi, nous vivons là encore de véritables transfigurations !

Voilà le vrai chemin du Christ, celui de l’amour et du pardon. Le pape François dans sa lettre de Carême nous encourage sur ce chemin. Il insiste plus particulièrement sur la « mondialisation de l’indifférence » qu’il faut tuer en nous parce qu’elle blesse profondément Dieu et l’homme. Je le cite : « L’indifférence envers son prochain et envers Dieu est une tentation réelle même pour nous, chrétiens. C’est pour cela que nous avons besoin d’entendre, lors de chaque Carême, le cri des prophètes qui haussent la voix et qui nous réveille »[2].

Que le Seigneur nous aide à ne pas lâcher tous nos bons efforts que nous avons entrepris. Et le pape nous rappelle pour cela la nécessité de la prière pour avoir un cœur miséricordieux. Je termine par ses propos : « Frères et sœurs, je désire prier avec vous le Christ en ce Carême : (…) « [Seigneur Jésus] rends notre cœur semblable au tien » (…). Alors nous aurons un cœur fort et miséricordieux, vigilant et généreux, qui ne se laisse pas enfermer en lui-même et qui ne tombe pas dans le vertige de la mondialisation de l’indifférence. Avec ce souhait, je vous assure de ma prière afin que chaque croyant et chaque communauté ecclésiale parcourt avec fruit le chemin du Carême (…). Que le Seigneur vous bénisse et que la Vierge Marie vous garde »[3].

[1] Symbole des Apôtres et Symbole de Nicée-Constantinople.

[2] Message du pape François pour le Carême 2015 « Tenez ferme (Jc 5, 8) ». 4 octobre 2014.

[3] Ibidem.




Rencontre autour de l’Evangile – 2ième Dimanche de Carême

« Celui-ci est mon Fils bien aimé. Ecoutez-le « 

la transfiguration 3

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

 Situons le texte

Les disciples ont été profondément troublés quand Jésus leur a annoncé que le Messie devrait souffrir et passer par la mort. Jésus, comme pour les soutenir, leur révèle durant quelques instants sa gloire.

 

Ensemble lisons et notons les mots importants

Pierre, Jacques et Jean : Connaissons-nous  un peu déjà ces trois disciples ? Pourquoi ce choix de Jésus ?

Une haute montagne : Que symbolise la ‘montagne’ dans la Bible ? Connaissons-nous une autre montage célèbre de la Bible ?

Transfiguré : Qu’est-ce que Jésus laisse entrevoir dans ce changement d’aspect de sa personne ?

Ses vêtements devinrent resplendissants… d’une blancheur… :  D’où vient cette lumière éclatante ?

Quel est le symbole de la blancheur ?

Elie et Moïse : Que viennent faire ces deux personnages et que représentent-ils ?

Rabbi : Pourquoi Pierre s’adresse à jésus avec ce titre ?

Une nuée : Connaissons-nous d’autres passages de l’Écriture où l’on signale la présence d’une nuée ? Que signifie cette nuée ?

Une voix : Qui est-ce qui parle ?

Mon Fils bien-aimé :

Le Fils de l’homme : Jésus se nomme volontiers avec ces mots.

Ressuscité d’entre les morts.

Pour l’animateur

Jésus entraîne avec lui le trio de ses préférés. Eux seuls ont pu entrer avec Jésus dans la chambre de la jeune fille morte que Jésus a rappelée à la vie (Mc 7, 35-43). Seuls encore ils seront les témoins privilégiés de l’agonie de leur maître (14,33-34). Pourquoi ce choix ? Parce que Jésus veut associer aux points forts de sa révélation ces trois apôtres parce qu’ils sont appelés à devenir le piliers de son Église.

Cette « haute montagne » : (la tradition pense que c’est le mont Thabor en Galilée. Les spécialistes pensent plutôt au mont Hermon, une montagne enneigée au nord de la Palestine.)

Mais en fait, dans la Bible la montagne est le lieu symbolique de la manifestation de Dieu. Nous pensons au mont Sinaï, ou Dieu a rencontré Moïse dans une proximité restée célèbre. (Ex. 24,12-18)

Jésus est transfiguré : c’est le dévoilement par Jésus du secret profond de sa vie : sa divinité cachée derrière son humanité. Jésus est comme transformé. Les vêtements dans la Bible désignent la personne elle-même. Le vêtement blanc signale la gloire de la gloire divine chez les anges (Mc 16,5) ou les élus (Ap, 3,5). La lumière et la blancheur qui l’enveloppent sont le rayonnement de la divinité de Jésus  qui habituellement est cachée. Jésus, dans sa vie de tous le jours, a l’aspect d’un homme ordinaire.

Moïse et Élie : Moïse est le père de la Loi juive qu’il a reçue sur le Sinaï. Plus tard, le grand prophète Élie fit un pèlerinage sur la même montagne sainte pour y rencontrer le Dieu vivant. Ils sont réunis tous les deux avec Jésus pour  représenter la Loi et les Prophètes, c’est à dire la totalité des Écritures. Leur présence témoigne que Jésus accomplit en sa personne toutes les promesses de l’Ancien Testament.

Rabbi : c’est le Maître qu’il faut suivre dans son enseignement. Pierre ne comprend pas le sens profond de l’événement que Dieu lui donne de vivre.

La vison de la nuée achève de compléter le sens de la manifestation divine : dans l’Exode, la nuée lumineuse  signifiait la proximité de Dieu qui marchait avec son peuple. Dieu se révèle présent aux hommes, mais il reste caché. La voix du Père, qui reste caché, révèle que Jésus le Messie et aussi son Fils bien-aimé. Le Père engage les disciples à poursuivre leur chemin en écoutant Jésus.  « Écoutez-le » : cela veut dire n’hésitez pas à le croire quand il annonce que le salut du monde passe par la souffrance et la Croix du Messie. Mais l’idée que quelqu’un pouvait « ressusciter d’entre les morts » était étrangère à l’esprit des disciples

Marc qui relit cet événement à la lumière de la Résurrection  et de l’Écriture, veut encourager les chrétiens de Rome persécutés à tenir bon dans l’espérance.

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

 Je veux regarder, Seigneur Jésus, ton visage défiguré dans celui des hommes que le péché, l’indifférence ou le mépris ont mutilé : ces enfants au foyer désuni, ces jeunes sans espérance d’avenir professionnel, ces vieillards laissés de côté, ces peuples affamés…et dans mon propre visage que l’égoïsme et l’orgueil défigurent si souvent.

Je veux regarder ton visage transfiguré dans celui des hommes fraternels, ces papas et ces mamans qui se donnent par amour pour leurs enfants, ces chrétiens qui aiment leur Église et qui s’engagent pour la rendre plus vivante et plus rayonnante, ces visiteurs d’hôpitaux

 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

Nous sommes les disciples du Christ : c’est à dire que le nous suivons.

Il y a des jours où le poids de la vie se fait plus lourd, où l’obscurité peut nous décourager. Pensons-nous à lever les yeux vers Jésus Ressuscité, tout en nous souvenons que lui aussi est passé par la nuit obscure de l’agonie ?

 Nous sommes les disciples du Christ : c’est à dire que nous le regardons comme notre Maître et nous l’écoutons, comme le Père des cieux nous le demande.

Jésus est-il vraiment notre seul Maître ? Qui écoutons-nous habituellement ? (parfois ce que dit le Journal, comme si c’était La vérité ; nous écoutons tel « la di la fé », comme si c’était quelque chose de bon et de vrai ; nous écoutons tel personnage, dans un magasine, dans une émission radio,  comme si ce qu’il disait était parole d’évangile.) Écouter notre Maître, c’est prendre au sérieux sa parole. C’est prendre au sérieux l’enseignement de l’Église. C’est discerner dans l’Esprit-Saint ce qui est bon, ce qui est vrai, dans tout ce qui se dit, dans tout ce qui se fait. Comment sommes-nous à l’écoute de notre Maître, le Seigneur Jésus ?

 

ENSEMBLE PRIONS

Chant : Toi qui es lumière (Carnet paroissial p.151)

O Christ, merveilleusement transfiguré devant tes disciples, nous te prions :

Tous : Éclaire notre nuit, nous t’en prions.

Avant de mourir sur la croix, tu as manifesté à tes disciples la gloire de ta résurrection : Que la joie de ta victoire transfigure ton Église.

Tu as pris avec toi Pierre, Jacques et Jean et tu les as conduis sur la montagne :

Que tous le croyants soient prêts à rendre compte de l’espérance de la Résurrection. Tu veux rendre nos corps de misère semblables à ton corps de gloire : Fais grandir en nous la foi en notre propre résurrection.