3ieme Dimanche de l’Avent – par Francis COUSIN (St Matthieu 11, 2-11)

« Qu’êtes-vous allés voir au désert ? »

Jean-Baptiste est emprisonné sur ordre du roi Hérode. Il se souvient de son cousin Jésus qu’il avait été obligé de baptiser il y a quelques temps alors qu’il ne le voulait pas parce qu’il avait reconnu en lui le Messie et qu’il ne se sentait pas digne de dénouer les courroies de ses sandales.

Mais comme la plupart des juifs, il attendait un Messie triomphant qui redonnerait au peuple juif sa dignité, chassant les occupants Romains et établissant une nouvelle royauté.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les actions de Jésus n’allait pas dans le sens que Jean-Baptiste espérait : il avait bien une petite troupe avec lui, mais elle n’était pas nombreuse, et ses éléments n’étaient pas armés … Comment alors chasser les Romains ?

Et en plus, Jésus ne montrait aucune envie de devenir roi, pour prendre la place d’Hérode qui venait de le faire arrêter …

Alors Jean-Baptiste se pose des questions à son propos : « [Est-il] celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? ».

Aux envoyés de Jean-Baptiste venus lui poser la question, Jésus ne réponds pas en faisant de grands discours. Il se contente de rappeler ce qu’il a fait depuis son baptême par Jean-Baptiste : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » conformément aux prophéties d’Isaïe (première lecture).

Puis il s’adresse à ses disciples : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ? »

Cette manière de s’exprimer de Jésus montre que parmi les foules qui l’écoutaient, beaucoup étaient des personnes qui étaient allés voir Jean-Baptiste au désert. On ne sait pas quelle a été la durée de la prédication de Jean-Baptiste … On a souvent l’impression que celle-ci a été de courte durée, en relation avec le temps dont on parle de lui dans nos assemblées dominicales, depuis l’annonce du Messie jusqu’au baptême de Jésus (environ un mois et demi).

Mais il faut se remettre dans le contexte de l’époque. Il n’y avait pas de réseaux sociaux fonctionnant pas internet … Les gens voyageaient à pied, et les nouvelles se répandaient au rythme de la marche à pied … C’est-à-dire lentement …

Alors, pour que l’on vienne de « Jérusalem, de toute le Judée et de toute la région du Jourdain » (évangile de dimanche dernier) pour se rendre près de Jean-Baptiste … il fallait du temps. Et pour que les pharisiens aillent l’écouter, eux qui croyaient tout savoir … c’est que son discourt les dérangeaient …il fallait encore du temps. Et puis quand on apprend que même le roi Hérode aimait bien entendre Jean-Baptiste, on peut penser que c’était lui qui avait fait venir plusieurs fois Jean-Baptiste auprès de lui et non l’inverse : cela n’aurait pas fait très classe … Il fallait donc encore du temps … On peut donc penser que la mission de Jean-Baptiste a duré plusieurs années.

« Qu’êtes-vous allés voir au désert ? Un roseau … un prophète ? »

Si Jésus revenait maintenant, peut-être dirait-il : « Qu’êtes-vous allé faire à la messe ? … voir un beau bâtiment ? … Chanter ? … Écouter la Parole de Dieu ? une homélie ? … Commémorer la sainte Cène ? … Communier au corps du Christ, le pain vivant descendu du ciel ? … Prendre des forces spirituelles pour pouvoir annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité ? … ».

Peut-être pouvons-nous nous poser la question ?

Seigneur Jésus,

tu nous poses parfois des questions simples,

mais auxquelles il est difficile de répondre.

Parce que chaque réponse entraîne

d’autres questions qui nous obligent

à clarifier notre regard sur toi,

à purifier notre relation vis-à-vis de toi.

 

Francis Cousin

  

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Image dim Avent A 3°




Préparer la 3ième semaine de l’Avent avec les fiches du diocèse de la Réunion

BAPTISÉS ET ENVOYÉS :

TOUS MISSIONNAIRES !

 

Troisième semaine

 

Évangile (Mt 11, 2-11)

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux, lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! » Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ? Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois. Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète. C’est de lui qu’il est écrit : Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi. Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »

Réflexions

Jean-Baptiste attendait un messie justicier alors que Jésus annonce un évangile qui guérit.

Osons regarder notre vie telle quelle est, avec nos bonnes actions et nos péchés, devant Jésus qui guérit. C’est lui qui  nous réconcilie avec lui.

Jean-Baptiste est envoyé pour préparer ceux qui l’écoutent à reconnaître Jésus quand il vient…

Quels sont les Jean-Baptiste dans nos vies ? Quelles sont les personnes qui sont pour nous des guides ?

Et moi, pour qui suis-je un Jean-Baptiste ?

Prières

Seigneur,

Tu nous as donné le ciel et ses étoiles afin que lorsque nous nous perdons seuls dans la nuit, elles éclairent notre route pour revenir vers Toi.

Donne-nous Ta lumière, Seigneur, et que du haut du ciel, elle éclaire la Terre.

Tu le vois, Seigneur, ton peuple se prépare à célébrer la naissance de ton Fils ; dirige notre joie vers la joie d’un si grand mystère : pour que nos fêtions notre salut avec un cœur vraiment nouveau. Par Jésus-Christ…

Amen

 

Fiche préparée avec la Communauté des Frères à Sainte-Marie

 




3ième Dimanche de l’Avent – Homélie du Père Louis DATTIN

Vigilance

 Mt 11, 2-11

Nous avons quitté dimanche dernier, un Jean-Baptiste triomphant, entouré d’une foule qu’il baptisait, lui adressant un message de conversion et qui lui demandait : « “Que devons-nous faire” ? » Bref, c’était le succès.  On l’écoutait comme un grand prophète. Aujourd’hui, nous retrouvons un Jean-Baptiste, seul, en prison, parce qu’il avait osé critiquer la situation conjugale d’Hérode.  Fini le prestige, finies les prédications. Au fond de son cachot, il médite : ce Messie qu’il a annoncé comme le Tout-Puissant, déjà prêt à abattre les arbres stériles, à mettre la paille au feu, ce Messie à la force de frappe caractéristique ne correspond pas du tout à la manière de Jésus !

Jésus ne juge pas sévèrement : loin de condamner le pécheur à des supplices éternels, il pardonne les pécheurs. Il va de village en village, ouvrant les bras à toutes les détresses. Il guérit les malades, lépreux, aveugles, muets, … Il pardonne ses péchés au paralytique qu’il guérit. Il appelle Matthieu, oui, Matthieu, le publicain, le pécheur public, comme disciple. Il va manger à la table des pécheurs.

 Non, ce n’est pas un juge redoutable : il se présente plutôt comme un serviteur discret. « Il ne brise pas le roseau froissé et n’éteint pas la mèche qui fume encore ».

L’un, Jean-Baptiste, parle de moisson, de jugement, de la hache au pied de l’arbre ; l’autre parle des semailles.  La prédication de Jean : c’était un cyclone, une irruption sauvage d’un vent de tempête ou le feu d’un incendie et Jésus, lui, répond par la miséricorde, l’accueil des pécheurs, le service des malheureux.

Pauvre Jean-Baptiste : il est plongé dans un abîme de réflexion ; il est plus qu’étonné, scandalisé. Le Messie triomphant, dévastateur des ennemis, justicier et redresseur de torts, ne se présente que sous l’apparence d’un Serviteur, humble et souffrant.   Jean-Baptiste est dérouté : aussi envoie-t-il une délégation de disciples poser la question qui lui brûle les lèvres : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? »

Autant la question de Jean est claire et précise, autant celle de Jésus est ambiguë : « Allez rapporter à Jean : ce que vous voyez et entendez : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres ».

En fait, Jésus renvoie Jean, aux annonces prophétiques du prophète Isaïe : la 1e lecture de notre liturgie.  Au lieu du juge redoutable qu’il annonçait, il lui faut accueillir, en Jésus, une nouvelle révélation de Dieu : un Dieu amour, un Dieu père, non pas puissant dans sa vengeance mais manifestant sa tendresse et son pardon : « Heureux, conclut Jésus, celui qui ne tombera pas à cause de moi ».

Et nous, frères et sœurs, quelle idée nous faisons-nous de Dieu ? Un justicier abattant les arbres, brûlant la paille, triomphateur, délivrant Israël de tous ses ennemis ?
Et, à sa suite, une Église triomphante, elle aussi régentant le monde des hommes comme une haute cour de justice résidant à Rome, à la place des empereurs romains ? Déception !  Jésus est décevant ! Oui, il faut se l’avouer. Dieu nous déçoit souvent ! Il n’est pas comme nous l’imaginions ! Il ne répond pas à nos attentes ni à nos désirs.  Nous continuons, comme Jean-Baptiste à désirer que Dieu exauce ” nos ” volontés et ressemble à l’image que nous nous faisons de lui.

Pourquoi, dites-moi, Dieu laisse-t-il son précurseur en prison ? Pourquoi Dieu ne défend-il pas ses amis, ceux qui travaillent pour lui ? Pourquoi Dieu ne libère-t-il pas les prisonniers qui sont injustement emprisonnés ? Pourquoi Dieu semble-t-il toujours vaincu par ses ennemis ? Pourquoi ce silence de Dieu quand hurlent les loups ? Pourquoi Dieu, te taire quand tant d’hommes t’accusent ? Pourquoi tant de malheurs et tant de mal dans cette île où 80% des habitants sont des baptisés ? Es-tu vraiment celui que nous attendons ?

 

 « Devons-nous te faire confiance ou devons-nous en attendre un autre ? »  Crise de la foi : Dieu est décevant ! Et à nous qui cherchons Dieu et sa présence, même au milieu de nos situations décevantes ou désespérantes, Jésus répond encore aujourd’hui : « Les aveugles voient, les boiteux marchent ».

Le salut du monde avance chaque fois que le mal recule quelque part. Dieu est à l’œuvre dans notre monde chaque fois que des gestes de bonté et de justice sont faits envers les souffrants, les défavorisés, les pauvres.  Le vrai Dieu, celui de Jésus-Christ, ne se manifeste pas par des gestes justiciers ou triomphants mais par des gestes de sauveur et ceci nous renvoie à nous-mêmes.

« Toi, qui accuses Dieu, toi, que fais-tu dans le monde pour aider ceux qui souffrent, ceux qui sont écrasés, pour améliorer le sort de tes frères ? »

Le véritable signe que Dieu est là, que son règne a commencé, c’est quand il y a de l’amour.  Nous ne devons pas en attendre un autre. « Je ne suis pas venu pour juger le monde mais pour le sauver ».

Eglise d’aujourd’hui, es-tu la communauté d’amour que nous attendions ? Ou devons-nous en attendre une autre ? Donnons-nous, pour ceux qui nous voient vivre, les ” signes ” de Jésus : accueillir, aider, soulager, dire la Bonne Nouvelle ? N’attendons-nous pas parfois, un autre Dieu qui fasse marcher le monde à notre place et dans le sens que nous voulons ? Un Dieu qui, tout de suite, récompense les bons que nous sommes et punisse les méchants !

  • La preuve que Jésus   est bien celui que l’on attendait n’est pas dans les signes terrifiants d’une force colossale qui nous clouerait au sol.

  • La   véritable preuve, c’est que  ces gens les plus  simples, les “laissés pour compte” de la société : ouvrent leurs yeux, débouchent leurs oreilles de sourds, soulèvent les couvercles des tombeaux où ils étaient emmurés et entendent la Bonne Nouvelle de l’amour de Dieu.  Et si le monde nous envoyait, à nous, une délégation pour nous demander :

« Etes-vous les témoins de l’Evangile de Jésus-Christ ou devons-nous en attendre d’autres ? » Pourrions-nous répondre : « Venez et voyez » ? Regardez l’abbé Pierre, regardez Mère Theresa, sœur Emmanuelle, Jean Vanier, Raoul Follereau Bois d’Olives et le père Favron, le Secours catholique, Emmaüs, les collectes pour Madagascar, les sociétés de St-Vincent-de-Paul.

Sommes-nous sûrs qu’ils ne verraient pas d’abord chez nous des “roseaux” agités par le vent des mots et des idées stériles ?

  • A Jean-Baptiste, Jésus ne répond pas par une démonstration savante : il montre. « Venez et voyez » la promesse faite par Dieu est en train de se réaliser.

Jésus ne se définit pas en mots, mais en actes d’attention à ce qui fait le tourment des hommes, en signes de vie.  Le Royaume de Dieu n’est pas ce que l’on croit.  Et c’est d’ailleurs pour cela que les juifs n’ont pas accepté Jésus et que beaucoup encore ne l’acceptent pas : ils auraient voulu un roi, à la manière d’un empereur romain qui aurait tout mis sous ses pieds, alors que lui, le Messie, il s’est mis aux pieds des autres.

La vraie grandeur du vrai royaume est la petitesse, l’effacement et Jésus ne se présente pas comme un juge redoutable, mais comme le serviteur qui s’engage avec les plus pauvres des hommes et qui compatit.  Nous avons toujours à accueillir un Jésus autre que celui que nous avons souhaité rencontrer : jamais le même, toujours nouveau sans cesse à redécouvrir.

Qui, à Noël, aurait pu reconnaitre, dans cette étable, la naissance de celui qui devait sauver le monde ? Il a fallu que les anges avertissent les bergers, que les mages soient alertés, Jérusalem averti par Hérode qui, du coup, fait massacrer tous les enfants de Bethléem.

Jésus, Dieu, n’est jamais celui que l’on croit. Il nous prend presque toujours à contre-pied et à la croix, les scribes que Jésus était en train de sauver, se moquaient en disant :

« Il en a sauvé d’autres qu’il se sauve lui-même ».

Frères et sœurs, qu’il n’y ait aucun malentendu : Dieu et Jésus nous surprendront toujours, que ce soit à Noël ou le Vendredi Saint, mais surtout à Pâques. AMEN




3ième Dimanche de l’Avent – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Mt 11, 2-11)

« Es-tu celui qui doit venir ? »

Mt 11,2-11

 

En ce temps-là, Jean le Baptiste entendit parler, dans sa prison, des œuvres réalisées par le Christ. Il lui envoya ses disciples et, par eux,
lui demanda : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? »
Jésus leur répondit : « Allez annoncer à Jean ce que vous entendez et voyez :
Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle.
Heureux celui pour qui je ne suis pas une occasion de chute ! »
Tandis que les envoyés de Jean s’en allaient, Jésus se mit à dire aux foules à propos de Jean : « Qu’êtes-vous allés regarder au désert ? un roseau agité par le vent ?
Alors, qu’êtes-vous donc allés voir ? un homme habillé de façon raffinée ? Mais ceux qui portent de tels vêtements vivent dans les palais des rois.
Alors, qu’êtes-vous allés voir ? un prophète ? Oui, je vous le dis, et bien plus qu’un prophète.
C’est de lui qu’il est écrit : ‘Voici que j’envoie mon messager en avant de toi, pour préparer le chemin devant toi.’
Amen, je vous le dis : Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui. »

 

Jean Baptiste était très différent de Jésus. « Il avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour des reins » (Mt 3,4), comme le prophète Elie (2R 1,8). Jésus, Lui, avait un vêtement courant pour son époque, « une tunique sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » (Jn 19,23), et un manteau, avec des franges « dont la vue vous rappellera tous les commandements de Dieu » (Nb 15,37-39). Jésus se conformait donc à l’usage commun, même s’il dénonçait les abus de ceux qui, pour se faire remarquer, se font « des franges bien longues  » (Mt 23,5). Jean-Baptiste mangeait « des sauterelles et du miel sauvage » (Mt 3,4). Jésus, Lui, s’asseyait tout simplement là où il était invité et il mangeait bien à tel point que certains le traitaient de « glouton et d’ivrogne » (Mt 11,19). Jean‑Baptiste avait un discours quelque peu terrifiant, traitant ses auditeurs « d’engeance de vipères » et annonçant la venue de « la Colère prochaine » : « Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre donc qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu » (Mt 3,8-10). Jésus, Lui, se présentait comme le Bon Pasteur, nommant ses adversaires « ses amis et ses voisins » (Lc 15,1-7). Et pour ce qui est de l’arbre qui ne produit pas de fruit, au Maître qui désirerait le couper parce qu’il use la terre pour rien, il répond : « Laisse-le cette année encore, le temps que je creuse tout autour et que je mette du fumier. Peut-être donnera-t-il des fruits à l’avenir… Sinon, tu le couperas » (Lc 13,6-9).

            On comprend que Jean-Baptiste, dans l’obscurité de son cachot, puisse être envahi par le doute : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » Et Jésus cite le prophète Isaïe, ce même prophète avec lequel Jean-Baptiste s’était présenté autrefois comme étant celui qui « prépare les chemins du Seigneur » (Is 40,1-5). Non, il ne se trompe pas : « les aveugles qui voient » (Is 35,5-6) témoignent que « le Père nous arrache » avec son Fils et par Lui « à l’empire des ténèbres » et nous offre en surabondance « le pardon des péchés » (Col 1,11-14). Le pécheur blessé au plus profond de son être, si souvent « boiteux » dans son quotidien, se lève par la Puissance de l’Esprit et se met à marcher au Chemin de la Vie. L’oreille des « sourds » s’ouvre au murmure de la brise légère de ce même Esprit qui vient faire toutes choses nouvelles… La lèpre du péché est vaincue, la Bonne Nouvelle du « Père des Miséricordes » est annoncée aux pauvres de cœur qui acceptent de faire la vérité dans leur vie (2Co 1,3 ; Jn 3,21)… Les Écritures s’accomplissent : le Messie met en œuvre la victoire de Dieu sur le mal…

                                                                                                                      DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 3ième Dimanche de l’Avent

« Es-tu celui qui doit venir,

ou devons-nous en attendre un autre ? »

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Mt 11, 2-11)

Jean Baptiste a été emprisonné par Hérode dans une forteresse du désert. Il a entendu dire que l’enseignement et l’action de Jésus ne correspondent pas aux prédications et avertissements sévères qu’il a adressés aux foules. Cela a fait naître le doute dans son esprit et c’est pourquoi il veut en avoir le cœur net : il envoie des messagers à Jésus pour lui poser une question nette et précise.

 

Et soulignons les mots importants 

Es-tu celui qui doit venir ? Quel genre de Messie attendait Jean Baptiste ?

Comme d’habitude Jésus ne répond pas directement : quelle réponse donne-t-il aux messagers de Jean Baptiste ?

Ce que vous entendez et voyez : Qu’est-ce que les gens voient en regardant ce que Jésus fait ? Et qu’est-ce qu’ils entendent dans sa prédication ?

La Bonne nouvelle…aux pauvres : Quelle Bonne Nouvelle ? Qui sont ces pauvres ?

Qui est Jean pour Jésus? Il n’est pas un roseau fragile qui se plie à tous les vents. Il n’est pas non plus un de ces personnages mondains aux allures efféminées.

Un prophète ! Plus qu’un prophète ! Pourquoi ?

Selon l’histoire humaine il n’y a pas de plus grand personnage que lui.

Mais pourquoi le plus petit des chrétiens est plus grand que lui ?

Pour l’animateur  

« Celui qui doit venir » : Cette expression désignait le Messie annoncé par les prophètes et qui était dans l’espérance du peuple. Jean-Baptiste attendait un Messie Libérateur, mais la façon dont Jésus se présente et agit pour réaliser sa mission le déroute. Jésus n’agit pas à la manière forte. Il est accueil, miséricorde, pardon. Un message exigent, certes, mais un message qui révèle le Père « qui fait tomber la pluie sur les bons et sur les méchants. »

Les premiers chrétiens qui pensaient voir le retour du Christ employaient aussi cette expression « Celui qui vient » pour chanter leur attente,  en s’inspirant du psaume 118, 26 « Béni soit au nom du Seigneur Celui qui vient ».

« Ce que vous entendez et voyez » : Jésus a réalisé la prophétie d’Isaïe : « En ce jour-là, les sourds entendront…les yeux des aveugles verront…les plus pauvres exulteront à cause du saint d’Israël » (Is29, 18). « Le boiteux bondira comme un cerf, langue du muet criera de joie. » (Is 35,6). Jésus répond à Jean Baptiste en l’invitant à relire les Écritures pour comprendre sa mission. En même temps la mission de Jésus éclaire les Ecrits des prophètes.

Jésus répond affirmativement à la question de Jean, non pas par une explication, mais par les gestes de salut qu’il fait et par la Bonne Nouvelle de la tendresse du Père pour tous ceux qui sont laissés pour compte, tous ceux dont la vie n’a pas gâtés : « les pauvres ».

Autrement dit, le salut du monde avance chaque fois que le mal recule, le mal sous toutes ses formes. Mais pour cela il faut des chrétiens qui soient solides comme Jean Baptiste, qui ne s’enferment pas dans le confort et le luxe, qui ne se contentent pas de parler, mais agissent à la manière de Jésus, en posant des gestes qui « sauvent ».

La différence entre Jean Baptiste et Jésus :

  • Jean Baptiste prépare le chemin, Jésus est « le chemin ».

  • Jean-Baptiste est la voix, Jésus est « la Parole »

  • Jean Baptiste baptise dans l’eau, Jésus baptise dans l’Esprit.

C’est pourquoi, le plus petit des chrétiens, qui appartient à Jésus Christ et qui vit de Jésus-Christ dépasse en dignité Jean Baptiste qui pourtant, selon l’histoire humaine, est le plus grand personnage, selon l’appréciation de Jésus lui-même. Le chrétien est membre d’un Royaume qui renverse les critères des hommes et privilégie les petits

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus,  tu as accueilli le questionnement de Jean Baptiste. Il a su surmonter ses doutes et ses échecs, sans être un roseau perpétuellement balancé. Il a choisi de rompre avec la vie facile et le confort ; il a refusé le mensonge et la lâcheté qui se cachent souvent derrière les signes extérieurs de richesses : tu le présentes comme modèle pour celui qui veut être ton messager pour préparer devant toi le chemin. Nous avons aussi nos questionnements et nos doutes. Ramène-nous vers toi, vers ta Parole, et fais de nous des messagers de la Bonne Nouvelle pour nos frères et sœurs de ce temps difficile qui est le nôtre.

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie 

Es-tu celui qui doit venir ? C’était la question de Jean Baptiste en proie au doute.

Et nous ? Et les gens autour de nous ? Est-ce qu’il ne nous arrive pas de douter nous aussi :  Où est-ce qu’on va ? Quel est le sens de tout ce que nous vivons ?

Jésus est-il vraiment Celui qui est le Sauveur du Monde ? Croyons-nous qu’il est « Celui qui vient » ?

Et peut-être des questions semblables sur l’Église, avec un certain doute dans nos esprits : Pourquoi l’Église ? Où va l’Église ? Est-elle vraiment l’Église que Jésus a voulue ? Quelle est sa raison d’être ? A-t-elle un avenir ? Quel sera son achèvement ?

Jésus n’a pas répondu par des explications mais en montrant les actions et les gestes qu’il faisait : des gestes d’amour, des gestes qui sauvent, des gestes qui montrent l’amour du Père pour les petits, les faibles, les pauvres, les pécheurs. (les sourds entendent, les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont guéris, les morts, ressuscitent une Bonne Nouvelle en parole et en action). Et en même temps il renvoie Jean Baptiste aux Écritures, à la parole de Dieu annoncée par les prophètes.

Et nous ? Quand on nous interroge sur notre Dieu, sur Jésus-Christ, sur notre foi, comment répondons-nous ? Par des discours pour essayer de convaincre ? Et  la Parole de Dieu dans tout cela ?

Le Pape Paul VI disait : «  Les hommes de notre temps écoutent plus volontiers les témoins que les maîtres, et s’ils écoutent les maîtres, c’est parce qu’ils sont d’abord des témoins. »

Croyons-nous au patient travail que le Christ fait pour sauver le monde par tous les gestes d’amour que nous posons ?

Le monde attend de nous, chrétiens, des gestes qui sauvent, des gestes qui témoignent de notre espérance, (pas seulement le monde lointain, mais ici, là où nous vivons)  Quels gestes concrets et simples pouvons-nous poser pour témoigner que nous sommes les disciples de Celui qui est venu et qui veut venir dans la vie des gens de notre temps? (rappelons nous les gestes de Jésus : qui sont les sourds aujourd’hui, qui sont les aveugles , qui sont les lépreux, qui sont les pauvres, qui sont les boiteux, qui sont les morts… ?)

 

ENSEMBLE PRIONS 

Pour ceux qui te donnent un visage, Seigneur Jésus, en répandant ton amour autour d’eux, Tous Nous te bénissons.

Pour ceux qui te donnent des mains, Seigneur Jésus, en faisant le bien  à l’égard de leurs frères.

Pour ceux qui te donnent une bouche, Seigneur Jésus, en prenant la défense des faibles et des petits.

Chant 

 

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3 DIMANCHE AVENT

 




Préparer la 2ième semaine de l’Avent avec les fiches du diocèse de la Réunion

BAPTISÉS ET ENVOYÉS :

TOUS MISSIONNAIRES !

 

Deuxième semaine

 

Évangile (Mt 3, 1-12)

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée : « Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. » Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers. Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage. Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui, et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés. Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ? Produisez donc un fruit digne de la conversion. N’allez pas dire en vous-mêmes : ‘Nous avons Abraham pour père’ ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham. Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu. Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

Réflexions

Je dis peut-être avec les Pharisiens et les Sadducéens l’ancien cantique « Je suis chrétien, voilà ma gloire… »

Mais qui suis-je à côté de « celui qui vient » ?

C’est dans mon désert intérieur que la prière peut tracer un chemin au Seigneur. Il attend que je lui ouvre ma porte et que j’accepte de vivre humblement sous son regard.

J’ai été baptisé dans l’Esprit-Saint et le feu pour révéler la proximité de Dieu, mais j’ai toujours besoin de me laisser évangéliser pour vivre cette proximité en actes, en paroles, en pensées, en rêves…

Prières

Seigneur,

Tu nous as placé hommes et femmes sur cette Terre afin que nous vivions ensemble les uns avec les autres.

Mais nous faisons de nos différences des frontières plutôt que des richesses, des peurs plutôt que des signes d’espérance.

Donne-nous Ta lumière, Seigneur, et que du haut du ciel, elle éclaire la Terre.

Seigneur tout-puissant et miséricordieux, ne laisse pas le souci de nos tâches présentes entraver notre marche à la rencontre de ton Fils ; mais éveille en nous cette intelligence du cœur qui nous prépare à l’accueillir et nous fait entrer dans sa propre vie. Lui qui…

Amen

 

Fiche préparée avec la Communauté des Frères à Sainte-Marie

 




2ieme Dimanche de l’Avent – par Francis COUSIN (St Matthieu 3, 1-12)

« Convertissez-vous ! »

Encore un mot qui n’est pas toujours bien compris. Il faut dire que les définitions de convertir dans les dictionnaires courants ne sont pas très bonnes : « Adopter d’autres opinions que celles auxquelles on adhérait auparavant. » pour le premier sens, « Amener ou ramener quelqu’un à la religion que l’on tient pour vraie. Changer de religion. » dans un deuxième sens, et enfin, en troisième : « Exprimer une grandeur à l’aide d’une autre unité. ».

Si l’on s’en tient au sens strict, à mon sens, c’est la troisième définition qui se rapproche le plus de la vérité, parce qu’elle met en avant l’objet du changement, le but de la conversion : on convertit des degrés fahrenheit en degrés Celsius, des inches en centimètres …

Pour les juifs de l’époque, pour les chrétiens d’aujourd’hui, les paroles de Jean-Baptiste étaient claires : il faut remettre Dieu dans notre vision des choses, et lui seul, et vivre en conséquence, en fonction de ce qu’il nous a dit, lui ou ses prophètes.

Il nous faut donc « [produire] un fruit digne de conversion » et non pas se contenter de dire : « Nous avons Abraham pour père » à l’époque, ou maintenant dire : « Mes parents étaient chrétiens, je suis baptisé. Donc je n’ai pas à me convertir. ». Car en disant cela, on regarde en arrière … et nous devons toujours regarder en avant, vers le but, c’est-à-dire vers Dieu qui nous attend au bout de notre chemin. Ce chemin qui nous est donné par la Parole de son Fils, par Jésus.

C’est ce que disait Jean-Baptiste aux juifs qui venaient vers lui … et c’est ce qu’il continue à nous dire maintenant : « Moi, je vous baptise dans l’eau en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales.  Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu. »

Jean-Baptiste nous invite à regarder après lui, « celui qui vient derrière [lui] », le Messie, Jésus-Christ, celui qui est « le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6), celui qui nous amènera vers son Père, celui dont nous fêtons la naissance à Noël.

Ce Jésus annoncé fera le bien, car il ne peut faire que le bien, lui qui est, à l’instar de son Père, tout amour. Il fera le bien en « [nettoyant] son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. ».

Le blé, amassé dans le grenier, permettra, en temps voulu, de fabriquer le pain, qui nourrit matériellement l’homme, mais aussi le pain qui sera consacré, le pain de la vie éternelle qui nourrit les hommes spirituellement : « Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour la vie du monde. » (Jn 6,51).

La paille sert parfois comme nourriture pour les animaux, mais surtout comme litière pour ceux-ci, et mélangée avec leurs excréments, elle est alors utilisée comme engrais pour nourrir la terre. Le reste de la paille, les éteules, sont soit brûlées, soit retournées avec la terre, et servent aussi comme engrais, pour amender la terre, lui apporter un plus.

Ainsi, le Messie annoncé par Jean-Baptiste tient dans la main la pelle à vanner pour faire le bien des humains, matériellement et spirituellement, et il leur proposera un baptême dans l’eau et dans l’Esprit. Ce baptême qui est celui que nous avons reçu.

Repensons à notre baptême … qui nous a plongé dans la source d’eau vive …

                                               … qui nous a donné l’Esprit d’amour de Dieu …

… qui a fait de nous des compagnons de route de Jésus, l’Emmanuel, Dieu avec nous …

… qui nous envoie pour être témoins de Jésus dans toutes les activités de notre vie …

Baptisés, envoyés : Tous missionnaires !

 

Seigneur Jésus,

tu es venu sur terre pour nous donner

un baptême d’eau et d’Esprit,

qui fait de nous des fils de Dieu.

Mais chaque jour nous devons

repenser à ce baptême,

à ce à quoi il nous engage,

pour vivre de ta vie

et nous approcher de ton Père.

 

Francis Cousin

  

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2ième Dimanche de l’Avent – Homélie du Père Louis DATTIN

Préparez-vous

Mt 3,1-12

« Frères, tout ce que les livres Saints nous ont dit, est écrit pour nous instruire afin que nous possédions l’Espérance ».

Cette parole de Paul, entendue tout à l’heure, nous invite aujourd’hui à une écoute attentive de l’Ecriture. Or, les textes d’aujourd’hui sont bien rudes, celui de l’Evangile en particulier : « Convertissez-vous ! Convertissez-vous ! » Celui qui martèle cet ordre sans échappatoire est un homme austère qui se contente d’une nourriture frugale ; il donne libre cours à sa colère contre les juifs bien- pensants :

« Engeance de vipère », leur dit-il.

A Jean-Baptiste, tout de suite, pour nous justifier, nous disons : « Je n’y peux rien, c’est mon caractère, je suis comme ça ! ». C’est ainsi que nous nous disculpons du mal qu’il nous arrive de commettre.

Est-il vrai qu’on ne peut pas changer, qu’on ne peut pas se convertir ? Est-il vrai que chacun de nous est enfermé dans sa génétique, son passé, ses habitudes ? Si cela est vrai, alors où est la liberté de l’homme ? En tous cas, aujourd’hui, Jean-Baptiste, avec une violence inouïe, nous dit le contraire :

« Vous pouvez changer ! Vous pouvez vous améliorer ! Vous le devez ! Il le faut ! »

Il nous dit : « Dieu va faire irruption dans notre monde. C’est bientôt ! C’est proche ! », et cette arrivée de Seigneur exige une conversion urgente. Jean-Baptiste n’est pas tendre pour ceux qui voudraient considérer la venue du Messie comme une bonne petite fête bien tranquille ou insignifiante car c’est la “colère “, le ” jugement ” qui vient !

« Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits (c’est nous, les arbres) sera jeté au feu et déjà la cognée est à la racine ! ».

Cette phrase décrit le moment précis où le bûcheron calcule son geste en posant sa hache à l’endroit où il va frapper … tant est grande la proximité du jugement et l’urgence de la conversion.

Une deuxième image vient renforcer cette nécessité de la conversion : Dieu vient pour faire un tri, pour séparer le blé de la balle : « Il tient une pelle à vanner dans la main et il va nettoyer son aire à battre le blé : il va séparer la balle qu’il va jeter au feu et mettre le blé dans son grenier ».

Ainsi, l’irruption de Dieu, c’est sérieux. Avec Jean-Baptiste, nous sommes loin des mièvreries de la crèche autour du “petit Jésus” et encore plus loin des cadeaux et des préparatifs gastronomiques qui envahissent les médias et les vitrines en ces jours qui précèdent Noël. Le “petit Jésus ” de la crèche, c’est quelqu’un ! Quelqu’un avec qui il va falloir compter ! Quelqu’un devant qui, il faudra prendre parti.

Quand le vanneur prend sa pelle pour trier le bon grain de la paille, c’est bien sûr une bonne nouvelle pour le blé qui va être nettoyé, purifié mais c’est une catastrophe pour la paille qui va être brûlée au feu ! Sommes-nous capables d’entendre ces paroles ?

 Nous voilà bien loin de la gentillesse superficielle d’une fête de Noël édulcorée ! Parmi les juifs qui allaient voir Jean-Baptiste, il semble qu’il y ait eu deux types de fidèles :

 –  les uns, très ordinaires sans doute, venaient confesser leurs péchés pour se préparer à la visite de celui que tout Israël attendait. On les devine, sortant de l’eau, résolus à porter du fruit, les fruits de leur vraie conversion.

–  les autres, pharisiens et sadducéens, viennent accomplir le rite avec un cœur encombré de leur fausse sécurité de “gens en règle “. Il n’y a rien de pire que des gens qui se croient ” en règle “. Puisqu’ils sont en règle, pourquoi changeraient-ils ? Pourquoi se convertiraient- ils puisqu’ils se croient déjà convertis ?! Ils peuvent donc se dispenser d’une demande personnelle de conversion.

Chacun de nous le sait très bien, il ne s’agit, pas seulement de quelques petites modifications dans mon style de vie, mais d’un changement radical. Il s’agit de passer des belles théories à la rude réalité de la pratique. Certains convertis ont avoué qu’il leur a fallu parfois des années pour passer de l’éclair de la vérité à l’engagement dans une vie vraiment nouvelle ! Et surtout, surtout ne nous excusons pas de ne pas nous convertir en pensant que nous ne sommes déjà pas si mal que ça ! Pourtant, lequel d’entre nous oserait dire qu’il n’a plus de progrès à faire ? Toujours, nous sommes en dessous de ce que le Christ attend de nous.

Aujourd’hui, Jean-Baptiste, comme un ouragan, nous crie que nous sommes capables d’aller plus loin, que nous avons tort d’être habitués, blasés, lassés.

« Allons ! Debout ! Avance ! Tu fais la révision de ton moteur, fais la révision de ta vie ! Repars à neuf ! Tu peux améliorer ta façon de vivre ! Renonce à ta médiocrité ! Deviens un bon arbre qui produit, pas simplement des feuilles mais de bons fruits » ; « Convertissez-vous ! Préparez le chemin du Seigneur ! Rendez droits ses sentiers car le Royaume de Dieu est proche ! »

  • Se convertir signifie se retourner, changer de mentalité ; ce qui suppose la transformation radicale de celui qui, renonçant aux sécurités antérieures et extérieures (l’orgueil, le pouvoir, le bien-être) se lance dans l’aventure de la foi. Il ne s’agit pas seulement de repeindre la chaloupe du bateau ni même de monter une voile supplémentaire, mais à ce bateau lui faire changer de cap!

  • Se convertir, c’est mettre totalement sa confiance dans un maitre dont les exigences n’ont pas d’autres justifications que l’amour qu’il nous porte. Au catéchuménat, la cellule d’église qui prépare les adultes au Baptême, j’ai entendu des mots très forts pour le dire : « Dieu est entré dans ma vie », me disait l’un d’eux ; et un autre, qu’on félicite de sa démarche, protestait : « Mais ce n’est qu’un commencement ! On n’est pas converti une fois pour toutes ! »

Je me demande parfois si certains, dans l’Eglise depuis leur berceau, ne se sont jamais convertis, une seule fois ? Et pire encore, s’ils se convertiront un jour ?… Il en est de notre foi au Christ comme des amours humaines : le jour du mariage, chacun des époux s’engage avec ferveur dans une vie nouvelle. Il est résolu à se confier totalement à l’autre tandis que l’autre se confiera totalement à lui.

Or, tous les vieux époux vous le diront, le tissu conjugal doit être remaillé au gré des saisons pour garder sa solidité. Le tissu de notre vie chrétienne, lui aussi, doit être remaillé à chaque saison.

Attention, à l’approche de Noël, ne nous contentons pas de bonnes intentions sinon nous aurons raté le Noël de cette année. Avant de parler, il faut poser des actes. Jean-Baptiste, lui a changé son style de vie ; il part au désert, il s’habille et mange de façon frugale : poils de chameau, miel sauvage, sauterelles frites.
Après quoi, il peut parler, et nous, prédicateurs d’homélies, catéchistes, chargés du message de Dieu, parents soucieux de l’éducation de leurs enfants, militants engagés dans la réforme de la société, n’est-il pas fréquent que nous nous contentions de beaux discours qui interpellent les autres, alors que nous n’avons pas, nous-mêmes, produit des fruits de conversion ? Où en sommes-nous en ce deuxième dimanche de l’Avent ? Quels fruits avons-nous porté ces derniers jours ?

Jésus veut demeurer chez nous : faisons-lui place !

En vérité, il nous accueille bien mieux que nous ne l’accueillons :

il nous convertit bien plus que nous ne nous convertissons.

Sachons, au moins, travailler avec lui !     AMEN




2ième Dimanche de l’Avent – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Mt 3, 1-12)

« Repentez-vous ! »

(Mt 3,1-12)

 

En ces jours-là, paraît Jean le Baptiste, qui proclame dans le désert de Judée :
« Convertissez-vous, car le royaume des Cieux est tout proche. »
Jean est celui que désignait la parole prononcée par le prophète Isaïe : ‘Voix de celui qui crie dans le désert : Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers.’
Lui, Jean, portait un vêtement de poils de chameau, et une ceinture de cuir autour des reins ; il avait pour nourriture des sauterelles et du miel sauvage.
Alors Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui,
et ils étaient baptisés par lui dans le Jourdain en reconnaissant leurs péchés.
Voyant beaucoup de pharisiens et de sadducéens se présenter à son baptême, il leur dit : « Engeance de vipères ! Qui vous a appris à fuir la colère qui vient ?
Produisez donc un fruit digne de la conversion.
N’allez pas dire en vous-mêmes : “Nous avons Abraham pour père” ; car, je vous le dis : des pierres que voici, Dieu peut faire surgir des enfants à Abraham.
Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres : tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.
Moi, je vous baptise dans l’eau, en vue de la conversion. Mais celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l’Esprit Saint et le feu.
Il tient dans sa main la pelle à vanner, il va nettoyer son aire à battre le blé, et il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. »

 

                      La première parole de Jean-Baptiste est identique à celle que Jésus dira au tout début de son ministère : « Repentez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17).

            Le verbe grec employé ici, « métanoéô », signifie littéralement « connaître après », « prendre conscience de »… Et cette prise de conscience est la conséquence directe du fait que « le Royaume des Cieux est tout proche », ce qui est vrai depuis la création du monde. L’Ancien Testament l’affirme, en effet, dès le neuvième chapitre de la Genèse en présentant Dieu comme vivant en « Alliance éternelle avec toute chair » (Gn 9,8-17).

            Or, avec Jésus et par Jésus, le Fils, il nous est donné de pouvoir prendre conscience que « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16), ce qui se traduit dans la relation éternelle Père – Fils par ce fondement exprimé par St Jean : « Le Père aime le Fils et il a tout donné, il donne tout en sa main » (Jn 3,35), tout ce qu’il a (Jn 16,15 ; 17,10), tout ce qu’Il Est. Et c’est par ce Don total de Lui-même que le Père engendre éternellement le Fils en « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière » (Crédo). Nous découvrons ainsi, avec le Fils, le propre de l’Amour : être Don total et gratuit de Lui-même pour la seule vie de l’autre, pour son seul bien… Ainsi, de toute éternité, le Père dit au Fils : « Tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Is 43,4). Et puisque je t’aime, je me donne totalement à toi, gratuitement, pour ton seul bien, pour la Plénitude de ta vie, pour ta joie… Tel est le fruit concret de l’Amour du Père que le Fils accueille de toute éternité, un Don qui l’engendre en Fils, qui lui donne d’Être ce qu’Il Est, et Il Est Dieu, « exultant de joie dans l’Esprit Saint », et ne cessant de dire « Je te bénis Père » pour ce que Tu Es, pour ton Amour (Lc 10,21)…

            Or St Jean nous dit aussi « Dieu Est Lumière » (1Jn 1,5). L’Amour étant Don gratuit de Lui-même, Dieu est donc, depuis le commencement du monde, « la Lumière véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9)… Grâce à elle, l’homme de bonne volonté peut « prendre conscience » du mal qui habite sa vie, de son cœur qui n’est pas totalement tourné vers son Créateur et Père. Et si tel est le cas, il ne peut pas bien sûr accueillir pleinement ce Don qui ne cesse de jaillir de l’Amour, il ne peut pas être pleinement heureux car nous avons tous été créés pour trouver le vrai bonheur en nous laissant combler par ce Don de l’Amour. « Le Père Lui-même vous aime »… « Si tu savais le Don de Dieu » (Jn 16,27 ; 4,10)…

            Alors, « repentez-vous », détournez-vous du mal, tournez-vous vers votre Dieu et Père, car il n’a qu’une seule Parole à nous dire : « Je t’ai créé gratuitement, par Amour. Je ne désire et ne poursuis que ton bien. Et tu le trouveras si tu acceptes de te détourner du mal et donc, au même moment, de te tourner vers moi de tout cœur pour te laisser combler par l’Amour, par le Don gratuit de l’Amour, par le Don de l’Esprit Saint. Telle est toute la mission de Jésus exprimée ici par Jean Baptiste : « Il vous baptisera dans l’Esprit Saint et le Feu » (Mt 3,11)…                                                                                DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 2ième Dimanche de l’Avent

« À travers le désert, une voix crie :

Préparez le chemin du Seigneur,

aplanissez sa route. »

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Mt 3, 1-12)

Nous sommes au début du ministère public de Jésus. Le passage que l’Eglise offre à notre méditation pour le deuxième dimanche de l’Avent se situe juste avant le baptême de Jésus.

 

Et soulignons les mots importants 

Jean “ le Baptiste ” : Savons-nous pourquoi on donnait ce “ surnom ” à Jean, le cousin de Jésus ?

“ Préparez le chemin du Seigneur ” : De quel chemin s’agit-il ?

“ Convertissez-vous ” : Comment comprendre ce message de Jean ? Et pourquoi il est urgent de se convertir ?

“ Le Royaume des cieux est tout proche ” : Par qui le Royaume de Dieu s’approche ?

 “ Se faisaient baptiser ” : Quel sens les gens donnaient à cette démarche ? 

 “ La colère qui vient ” : Que peut bien signifier cette expression dans la bouche de Jean ?

“ Produisez un  fruit qui exprime votre conversion ” : A quoi voit-on que quelqu’un s’est converti ?

“ Nous avons pour père Abraham ” : Pour Jean, qui est le vrai fils d’Abraham ?

“ Lui vous baptisera dans l’Esprit-Saint et le feu ” : A quoi nous fait penser cette expression ?

“ vanner- nettoyer- amassera le grain- brûlera la paille ” : tous ces verbes expriment de façon imagée la réalité d’un “ jugement ” nécessaire pour que notre vie soit purifiée de ses imperfections.

Pour l’animateur  

Jean est appelé “ le Baptiste ” : au moment où Jésus commence son ministère, il y avait plusieurs groupes qui pratiquaient le baptême dans l’eau, rite de purification qui s’accompagnait de l’espérance en la venue prochaine du Règne de Dieu. Jean avait avec lui tout un groupe de disciples dont Jésus avait fait partie. Il est le dernier prophète, qui oriente toute sa vie et sa prédication par rapport à celui qui doit venir.

Jean Baptiste est la voix et Jésus est la Parole. La voix crie dans le désert : “ préparez le chemin ” pour celui qui vient et qui dira “ Je suis le chemin ”

“ Convertissez-vous ”, ce mot résume le message : il s’agit de changer de vie. La raison décisive : c’est qu’avec Jésus le Royaume des cieux est déjà parmi les hommes. Se convertir n’est pas dire ou penser des choses justes sur le vrai Dieu, mais faire ce que Dieu attend de l’homme. Le vrai fils d’Abraham est justement celui qui fait la volonté de Dieu. Celui qui prépare le chemin pour accueillir Celui qu’il envoie.

La conversion que Jean réclame de tous doit s’exprimer dans des actes. C’est qu’il appelle “ le fruit ”.

L’accusation “ engeance de vipère ” est forte et s’adresse aux pharisiens et aux sadducéens : Jésus les accuse d’être fils du serpent ; il dénonce leurs pratiques comme fourberie de vipère, des marques de complicités avec l’attitude fausse et rusée du tentateur. (une allusion au serpent de la Genèse qui a produit chez Adam un fruit de péché et de mort) ;  mais cette expression signifie aussi la bouche dont on ne peut sortir que du poison.. A l’opposé, saint Paul parlera du “ fruit de l’Esprit ” (Gal 5, 22) des fruits de vie que nous produisons en devenant frère du nouvel Adam, le Christ.

L’expression “ la colère de Dieu ” est biblique : elle veut dire le jugement. Notre Dieu n’est pas un dieu de colère, mais le Dieu de la miséricorde, qui invite à la conversion. C’est une manière de dire que la sainteté de Dieu ne peut faire bon ménage avec le péché.

Et le baptême de Jean (tout comme celui de Jésus) ne sauve pas l’homme sans une démarche de changement de vie (“ produire du fruit ”).. Le vrai disciple de Jésus “ celui qui est baptisé dans l’Esprit-Saint et le feu ” (nous pensons à ce qui s‘est passé à la Pentecôte) c’est celui qui fait la volonté de Dieu.

Me faire baptiser, c’est accepter de donner à Dieu le droit de juger ma vie selon ses vues à lui, et non en fonction du simple titre de baptisé. On ne peut pas être chrétien à peu de frais ! Les verbes “ vanner ”, “ nettoyer ”, “ amasser dans le grenier, la paille qui brûle ” exprime  cette purification que Dieu fait dans notre vie, parce qu’il n’a qu’un désir : nous faire participer à sa sainteté.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Une voix crie “ Préparez le chemin du Seigneur ”. Ce chemin qui doit conduire Jésus le Sauveur jusqu’au cœur de tous les hommes.

Une voix crie pour être entendue. “ Produisez un fruit exprime votre conversion ”.

Une voix crie dans le désert :  “ Attention au tentateur. Ne soyez pas ses complices ”.

Seigneur, donne-nous un cœur qui écoute.

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie 

“ Convertissez-vous ”,“ préparez les chemins du Seigneur ”

Ces appels veulent dire la même chose : Comment y répondre concrètement, aujourd’hui, dans notre vie de tous les jours ?

Il peut arriver que nous nous disons chrétiens, alors que dans la vie nous acceptons des complicités avec des injustices, des “ la di la fé ”, des mensonges, avec des comportements contraires à l’Évangile de Jésus : le divorce, l’avortement… et autres désordres indignes des disciples de Jésus. 

Quel fruit produisons- nous vraiment ? Quelle transformation de notre cœur l’Évangile a produit ? En quoi notre vie est changée par notre appartenance au Christ ?

Acceptons-nous que Jésus, par son Evangile et son Eglise, ait un droit de jugement sur notre vie, non pour nous condamner, mais pour nous inviter à nous “  convertir ” quand il y a eu des dérapages 

 

 

ENSEMBLE PRIONS 

Chant : Aube nouvelle p. 150 (carnet des paroisses)

Tu viens sans cesse, notre Dieu incarné.
Tu viens de jour, tu viens de nuit.
On t’attend par la porte, tu viens par la fenêtre,

On t’attend dans la joie, tu arrives avec ta croix.

Tu viens quand tu es désiré, et tu surgis quand on ne t’attendait pas.
Tu viens par ta Parole et ton Eucharistie.

Tu viens par tous ces visages rencontrés au long des heures.

Tu viens à chaque instant, mais mes yeux sont empêchés de te reconnaître,

Un jour tu viendras me prendre en ton Royaume. Amen

 

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