Rencontre autour de l’Evangile – 5ième Dimanche de Carême

 

 “Si le grain de blé tombé en terre meurt,

il porte beaucoup de fruit »

5ième carême 2

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Jn 12, 20-33)

Jésus est à Jérusalem pour sa troisième fête de Pâque. L’heure de sa Passion et de sa Mort approche. Dans le texte de ce dimanche, il donne le sens de sa mort. Il donne aussi un indice sur le genre de mort qui l’attend.

Le sens des mots

Les Grecs… à Jérusalem pour adorer Dieu : Qui sont ces Grecs qui adorent Dieu à Jérusalem ?

Durant la Pâque : Qu’est-ce que les juifs célébraient dans cette grande fête ?

Voir Jésus : Quelles sont les différentes manières de voir quelqu’un ?

L’heure est venue pour le Fils de l’homme : Qui est le « Fils de l’homme » et qu’est-ce que « l’heure » dont parle Jésus ?

La petite parabole du grain de blé : Qui est ce grain de blé ? Quel sens Jésus donne à sa mort ?

Je suis bouleversé : Comment comprendre cette parole de Jésus ?

Père glorifie ton nom : Qu’est-ce qui va glorifier le nom du Père ?

Du ciel vint une voix : Se rappeler ce qui s’est passé au baptême de Jésus et à la Transfiguration.

Voici maintenant que ce monde est jugé : Que veut dire Jésus ? Par qui est-il jugé ?

Le prince de ce monde va être jeté dehors : De qui Jésus parle-t-il ?

Quand j’aurai été élevé de terre : Que veut dire Jésus ?

J’attirerai à moi tous les hommes : Que nous révèle Jésus dans cette  parole ?

Pour l’animateur

Les grecs dont il est question sont des sympathisants de la religion juive. Ils sont à Jérusalem pour la fête de Pâque.  La Pâque juive était la plus grande fête juive célébrée pour commémorer la libération du peuple hébreu, l’Exode.

Voir Jésus, pour saint Jean, c’est plus que le regarder avec ses yeux. C’est pénétrer, percevoir quelque chose de la personne de Jésus. La vue directe et sensible de Jésus est à la base de la démarche de foi. La démarche des Grecs est religieuse.

 La réponse de Jésus peut déconcerter. En fait, Jésus va au fond du désir des Grecs : en entrant dans sa Passion, Jésus va vivre son Heure, l’Heure qui va éclairer toute la vie de Jésus et permettra de voir qui il est vraiment : le Sauveur de tous les hommes.  L’Heure de Jésus c’est à la fois la mort et la glorification. Jésus choisit d’accomplir le dessein de Dieu, de son Père : c’est pour cela qu’il est arrivé à cette heure.

La petite parabole du grain de blé donne le sens de la mort de Jésus : le grain de blé enseveli et resurgi, c’est Jésus. La mort de Jésus c’est l’acte suprême de son amour pour son Père et pour les hommes.

La voix du ciel, comme au baptême et à la transfiguration de Jésus, c’est le Père qui manifeste ainsi qu’il approuve l’acte d’offrande d’amour de son Fils.

Le prince de ce monde, (Satan, l’adversaire), est jeté dehors, c’est à dire vaincu, tandis que Jésus est élevé de terre. Pour saint Jean, c’est quand Jésus est  élevé sur la croix qu’il est exalté et glorifié par le Père. La croix exerce une attraction universelle pour le salut de tous les hommes. Venir à Jésus, pour saint Jean, c’est croire.

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Seigneur Jésus, te voici arrivé à ton Heure, l’Heure pour laquelle ton Père t’a donné aux hommes, l’Heure de ta Mort et de ta Glorification pour le salut de tous les hommes. Tu es, toi-même, ce grain de blé qui est tombé en notre terre pour porter beaucoup de fruit : faire de tous les hommes des  enfants bien-aimés pour ton Père. Nous te rendons grâce pour ton amour qui est allé jusqu’au bout.

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

Comme Philippe et André pour les Grecs, pourrions-nous être aujourd’hui des intermédiaires permettant aux incroyants de rencontrer Jésus ? Sommes-nous attentifs à ceux qui désirent connaître et rencontrer Jésus ?

C’est la vie donnée de Jésus (grain qui meurt) qui a porté beaucoup de fruit : le salut de tous les hommes. Le grain de blé enseveli et resurgi, c’est Jésus, c’est aussi chacun de nous, «enseveli en sa mort par le baptême » (Rm 6,4) fils et fille du père : Est-ce que notre vie est donnée par amour pour nos frères ?

 

ENSEMBLE PRIONS 

Prier avec le chant  : Le grain de blé (carnet paroissial p.194 ; lire si on ne peut pas le chanter)

Ou

« Quand je serai élevé de terre, j’attirerai tout à moi »

Magnificat

Notre Père.

 

 

 

 

 




5ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER (Jean 12, 20-33)

 « J’attirerai tous les hommes à moi » 

(Jean 12, 20-33)

En ce temps-là, il y avait quelques Grecs parmi ceux qui étaient montés à Jérusalem pour adorer Dieu pendant la fête de la Pâque.
Ils abordèrent Philippe, qui était de Bethsaïde en Galilée, et lui firent cette demande : « Nous voudrions voir Jésus. »
Philippe va le dire à André, et tous deux vont le dire à Jésus.
Alors Jésus leur déclare : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié.
Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit.
Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle.
Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. »
Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci !
Père, glorifie ton nom ! » Alors, du ciel vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore. »
En l’entendant, la foule qui se tenait là disait que c’était un coup de tonnerre. D’autres disaient : « C’est un ange qui lui a parlé. »
Mais Jésus leur répondit : « Ce n’est pas pour moi qu’il y a eu cette voix, mais pour vous.
Maintenant a lieu le jugement de ce monde ; maintenant le prince de ce monde va être jeté dehors ;
et moi, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes. »
Il signifiait par là de quel genre de mort il allait mourir.

    

 

            Des Grecs, et donc des païens, désirent voir Jésus… Or, « nul ne peut venir à moi si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,44) disait-il, et « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17), le monde entier, tous les hommes, Juifs et païens…

            Jésus voit s’accomplir, dans cette démarche des Grecs, ce projet universel de salut pour lequel il a été envoyé… « L’Heure est venue pour le Fils de l’Homme d’être glorifié »… Très bientôt, « il souffrira beaucoup, il sera rejeté par les Anciens, les Grands Prêtres et les scribes, il sera tué et après trois jours, il ressuscitera » (Lc 8,31). A Gethsémani, cette perspective le plongera dans « la tristesse et l’angoisse ». « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi ! Cependant, non pas comme je veux mais comme tu veux » (Mt 26,36-46). St Jean ne nous rapporte pas cet épisode, mais nous avons ici un écho de ce combat intérieur que le Christ a du affronter : « Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? Père, délivre-moi de cette heure ? Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom ! » Et le Père répondra à cette supplication : « Alors, du ciel, vint une voix qui disait : « Je l’ai glorifié et je le glorifierai encore ». Et sur la Croix, c’est Lui qui donnera à son Fils de pouvoir se donner jusqu’au bout, « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Jn 13,1), pour le salut du monde… Et il le glorifiera encore par sa résurrection en lui donnant « la gloire qu’il avait auprès de lui avant que fût le monde » (Jn 17,5)…

            Tombé en terre, le grain de blé mourra. Mais il ne demeurera pas seul. Il portera beaucoup de fruit : cette « foule immense, que nul ne peut dénombrer, de toute nation, race, peuple et langue. Debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : « Le salut est donné par notre Dieu, lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau »… Ils viennent de la grande épreuve » de cette vie sur la terre. « Ils ont lavé la robe de leur cœur et leur vie et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son Temple » (Ap 7,9-17).

            « Dieu veut » en effet « que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4-6). C’est pourquoi, ressuscité, le Christ continue-t-il aujourd’hui encore d’accomplir la promesse qu’il nous fait ici : « Une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes »… DJF




5ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Le grain tombé en terre

Jn 12, 20-33

« Voici venir des jours où je conclurai une alliance nouvelle avec mon peuple. Ce ne sera pas une alliance comme celle que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir d’Egypte : cette alliance-là, ils l’ont rompue. Voici quelle sera l’alliance que je vais conclure avec eux : je mettrai ma loi au plus profond de leur cœur. Je serai leur Dieu, ils seront mon peuple. Je leur pardonnerai leurs fautes. Je ne me rappellerai plus de leurs péchés”».

Ce que nous promet Jérémie dans cette nouvelle alliance, ce n’est pas un changement des clauses de l’alliance, changement du texte de l’alliance. C’est bien plus important : un changement du cœur de l’homme lui-même, un renouvellement de l’homme ; un cœur humain qui sera profondément accordé aux appels de Dieu sur lui.

« Je lui parlerai au cœur », c’est l’ambition de tout amoureux avec celui ou celle dont il veut partager la vie. C’est le cœur de l’autre qui doit être atteint. C’est jusque dans son cœur que ces paroles doivent pénétrer pour y résonner et atteindre la plénitude de leur portée.

 Tant que le cœur n’est pas atteint, il n’y a pas d’amour partagé : une alliance qui ne sera plus gravée sur des tables de pierre, mais qui sera gravée dans le cœur de chacun, non plus une alliance cosmique signifiée par l’arc-en-ciel, pas même une alliance suscitée par la main d’Abraham allant sacrifier son fils. Notre Père veut aller plus loin ; par son Fils, par Jésus-Christ, victime offerte, il désire nous faire entrer dans une connaissance intime de Dieu, faite d’une communion quotidienne à son amour et à sa volonté.

« Voici venir des jours ». Oui, ils arrivent ces jours, ils s’approchent ces heures où Jésus, par sa Passion et sa Croix, va opérer le renouvellement d’une alliance nouvelle et éternelle qui fera de notre relation avec Dieu non plus un contrat légaliste, pas même un pacte entre 2 partenaires, ni un accord entre deux amis, mais bien plus ! Un don de soi à l’autre, don irréversible : alliance définitive, don toujours offert, alliance toujours nouvelle.

Pâques 2021, sera-ce pour moi, une alliance ? Une alliance nouvelle, une alliance éternelle ? Est-ce-que je prépare, en ce moment, ce renouvellement de mon être dont a parlé le prophète Jérémie tout à l’heure, travail de Carême, effort préliminaire à toute résurrection personnelle ?

Est-ce-que, peu à peu, j’essaie d’accorder mon âme aux désirs de Dieu sur moi, tout comme on accorde, par essais successifs, un piano ou une guitare pour qu’ils puissent sonner juste à la mélodie de Dieu, m’accorder aux notes graves et déchirantes de la Passion et de la souffrance, m’accorder aux notes légères, allègres ou triomphantes de la Résurrection, m’accorder aux notes joyeuses de l’alléluia et de l’annonce de notre salut définitif ?

A cette approche des événements décisifs d’une alliance renouvelée entre Dieu et chacun d’entre nous, le Christ me tend la main, il désire me prendre par la main pour m’emmener avec lui : allons-nous nous laisser faire ? Allons-nous le suivre dans cette Passion, dans cette Résurrection qui sera la mienne aussi et qui sera le renouvellement de mon Baptême que je proclamerai dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques ? Allons-nous le laisser tout seul poursuivre sa route vers la maison de Caïphe, dans le palais de Pilate, sur la montée du Calvaire ?

Serons-nous, là, avec Marie, avec Jean, au pied de la Croix, le Vendredi Saint ?

Serons-nous avec les Saintes femmes, le matin du dimanche de Pâques, pour écouter l’ange nous dire : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? Il est ressuscité ! Il n’est pas ici ! », ou bien partirons-nous sur la pointe des pieds, après Gethsémani, comme ces apôtres qui dormaient pendant l’agonie de Jésus et que l’on n’a plus revus jusqu’à le Résurrection, ou bien dirons-nous comme Pierre : « Non, cet homme, je ne le connais pas » ?

Le coq ne chantera pas trois fois ! Mais nous l’aurions renié une fois de plus ! La Passion du Christ, elle est toujours actuelle, sa Résurrection aussi, heureusement !

Si nous sommes sincères, si nous sommes, non seulement de bonne foi, mais avec une foi qui soit bonne, c’est-à-dire assez solide pour  accompagner le Christ n’importe où, nous dirons avec le psaume d’aujourd’hui :

« Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau », car il en faut du cœur et du courage pour te suivre là où tu souffres pour nous,

« Donne-nous, Seigneur, un “Esprit nouveau” » car cet Esprit-là, celui de ton Fils, il faut que, moi aussi, je le remette entre les mains du Père. Sommes-nous capable d’entendre le Christ présenter avec un grand cri et des supplications, à son Père qui pouvait le sauver de la mort, sa prière de détresse ? « Père, que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite mais la tienne »

Nul, désormais, ne peut se dire solitaire ou abandonné dans sa peine. Jésus est toujours près de lui, compagnon de douleur qui lui apporte secours et miséricorde. Découvrir Jésus souffrant à côté de moi, c’est découvrir que mes propres souffrances, que mes épreuves personnelles ont, elles aussi, un sens et une valeur rédemptrice capable de sauver le monde.

Oh ! Si pendant ces jours saints, ceux qui sont dans l’épreuve pouvaient réaliser qu’ils sont en train de sauver le monde avec Jésus-Christ ! Qu’en offrant leurs douleurs et les unissant avec celles du Calvaire et de la Croix, ils jouent dans le monde un rôle bien plus important que n’importe quel chef d’état !

Ce n’est pas Pilate qui a changé le monde, ce n’est pas Hérode qui l’a sauvé, c’est Jésus, et Jésus en Croix ! « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, il est stérile et inutile, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits, il devient fécond ».

Ces jours qui vont venir, seront-ils témoins des semailles de Dieu en nos cœurs ? Verront-ils se lever une moisson spirituelle parce que nous avons accepté de faire mourir en nous toutes nos forces d’égoïsme pour faire épanouir au soleil de Dieu toutes nos forces d’oubli de nous-mêmes et de générosité ?

Si oui, Jérémie pourra redire encore de la part de Dieu :

« Voici venir des jours où je conclurai une alliance nouvelle ». AMEN




4ième Dimanche de Carême (Jn 3, 14, 21) – Francis Cousin

« C’est bien par grâce que vous êtes sauvés. »

Laetare : soyez dans la joie !

C’est ainsi qu’on appelait ce dimanche autrefois, du temps où la messe était en latin. C’était le premier mot de l’introït, ou prière d’entrée de la messe.

Soyez dans la joie, réjouissez-vous ! Pas seulement parce que c’était environ le milieu du carême, … mais plutôt parce que c’est un jour qui nous montre la bonté du Seigneur, qui nous montre que Dieu nous aime, nous les hommes, depuis le début de la création. Il a placé l’homme au-dessus de toutes les créatures, lui donnant la responsabilité d’organiser au mieux la création.

Mais les hommes n’ont pas toujours suivi Dieu, et même se sont révoltés contre ses envoyés, ses prophètes : « Tous les chefs des prêtres et du peuple multipliaient les infidélités, en imitant toutes les abominations des nations païennes, et ils profanaient la Maison que le Seigneur avait consacrée à Jérusalem. » (Première lecture) … et il y eu la déportation à Babylone … et il fallut qu’un non-juif, Cyrus, roi de Perse, reconquit Jérusalem et décida de reconstruire le Temple de Jérusalem et de permettre aux juifs de Babylone qui le voulait de revenir à Jérusalem. Joie pour tous les déportés qui regrettaient d’être éloignés de Jérusalem : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion … Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? … Si je t’oublie, Jérusalem, que ma main droite m’oublie ! » (Psaume).

« Mais Dieu est riche en miséricorde ; à cause du grand amour dont il nous a aimés, nous qui étions des morts par suite de nos fautes, il nous a donné la vie avec le Christ : c’est bien par grâce que vous êtes sauvés. » (Deuxième lecture).

« Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle. »

Dieu ne regarde pas seulement notre vie sur la terre, comme le font beaucoup de gens qui ne voit que la réussite en ce monde comme priorité, avec toutes les compromissions nécessaires ( ??) pour cela. « Quel avantage, en effet, un homme aura-t-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de sa vie ? » (Mt 16,26). Il voit plus loin, ce que nous, humains, ne voyons généralement pas …

« Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ».

 C’est ce que disait Jésus à Nicodème. Il disait aussi : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle. »

L’essentiel est de croire en Jésus. C’est la foi en sa Parole qui nous ouvre à la vie éternelle.

Contrairement à ce que croient certains, « Cela ne vient pas des actes », mais c’est « par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. ». Même si les deux sont nécessaires : la foi plus les actes : « Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? (…) Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte. » (Jc 2,14.17)

Dieu est toujours le premier à nous donner quelque chose : l’amour, la grâce, la foi … et nous avons à les accepter, … ou à les refuser …

Voulons-nous entrer dans la lumière de Dieu, de Jésus, … ou bien rester dans les ténèbres ? Voulons que notre vie soit dans la vérité ?

« Celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

Seigneur Jésus,

toi qui es la lumière du monde,

tu veux nous attirer dans cette lumière

qui nous révèle la vérité.

Celle de l’amour de Dieu pour les hommes,

de sa miséricorde, et de sa volonté

que nous soyons toujours près de lui.

Donne-nous le courage

de quitter nos ténèbres

pour aller dans ta lumière.

Francis Cousin    

 

 

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Image dim Carême B 4°




4ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Le salut par la Croix

Jn 3, 14-21

 

Promenez-vous, un peu partout, que ce soit dans l’île ou même dans le quartier, partout vous rencontrerez des calvaires à la sortie des églises, croix du jubilé à la croisée des chemins, à la sortie d’un champ. Elles nous sont tellement familières, ces croix, que nous en avons oublié leur signification : c’est pourtant l’insigne du chrétien !

Le 1er geste du Baptême est de tracer une croix sur le front de l’enfant, et le jeune chrétien, aussi bien que l’adulte, portera autour de son cou, une chaine dans laquelle est glissée une croix. Pour beaucoup, cela fait joli. C’est un ornement, un bijou, une décoration.

On la voit aussi, cette croix, dressée sur les tombes de nos défunts au cimetière et même là, nous ne faisons pas toujours la liaison entre notre vie, notre mort et ce que cette croix signifie : la croix au-dessus du lit dans la chambre, la croix dans la salle de séjour.

Ce crucifix que l’on offre à la première communion ou à la profession de foi, que nous dit-il, à nous, chrétiens ? N’oublions pas qu’au début, pour les premiers chrétiens, c’était une image terrible, une image scandaleuse : celle d’un pendu, un cadavre cloué à 2 morceaux de bois. C’était une image tellement repoussante, que ce n’est pas tout de suite (même dans l’histoire des chrétiens), que la croix a été reproduite.

On a d’abord dessiné, comme symbole du Christ, un jeune homme ramenant sur ses épaules une brebis (le bon pasteur), puis le poisson qui, en grec, s’appelait ICTUS : premières lettres de la formule « Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur ».

Mais il fallait se rendre à l’évidence, le signe le plus parlant, le plus évocateur pour nous faire voir jusqu’où l’amour de Dieu pouvait aller, c’était encore l’objet de son supplice : cette croix par laquelle Jésus nous avait sauvés.

Lorsqu’à notre tour nous faisons le signe de la croix sur nous-mêmes, c’est avec bien de légèreté que nous faisons ce geste routinier qui trace sur nous le signe de notre salut.  Et pourtant, la Croix, c’est à elle que nous devons tout. C’est grâce à elle que nous pouvons encore espérer. Elle n’est pas simplement un insigne, mais le signe de notre sauvetage. Dans la Croix est contenu tout le secret de Dieu, tout son amour, toute sa volonté d’arracher l’homme au péché, fut-ce au prix de son sang, au prix de sa vie. Beaucoup, parmi les Juifs ne pouvaient s’empêcher de rapprocher l’image de Jésus, “élevé” en Croix, à une autre image : celle du serpent de bronze, élevé lui aussi sur un bout de bois.

Vous vous rappelez l’histoire : pendant la traversée du désert, le peuple hébreu, à cause de ses fautes, fut attaqué par des serpents venimeux, des serpents à la morsure brûlante et il en mourut un grand nombre. Alors, sur l’ordre du Seigneur, Moïse fit un “caducée” (ce signe que les médecins affichent encore sur le pare-brise de leur voiture : un serpent de bronze élevé autour d’un bâton), « celui qui était mordu et qui tournait les yeux vers “le signe élevé“, était sauvé, non pas à cause de l’objet regardé, mais par toi, Seigneur ».

Jésus, lui aussi, sera élevé de terre, cloué sur le bois, cloué à la Croix : quelqu’un qui le regardera, en vrai croyant, qui jettera son regard vers lui avec foi, celui-là, aussi, sera sauvé, sauvé de son péché : morsure mortelle que Dieu seul a pouvoir de guérir ; encore faut-il regarder vers lui.

« Dieu, nous dit St-Jean, a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique, non pas pour “juger” le monde, mais pour que, par lui, le monde, le monde entier, soit sauvé ». « Dieu nous a tant aimé » qu’il a donné le plus cher de lui-même, ce qu’il avait de plus unique, donner Jésus jusqu’à le laisser détruire, jusqu’à la mort ! Mieux qu’Abraham !

N’oublions pas que St-Jean, était le seul apôtre à être au pied de la croix et que cette scène-là, ce soir-là, Jean n’a jamais pu l’oublier.

Nous sommes, nous, trop habitués à la Croix, à ce signe, et nous oublions, à la fois, sa cruauté et toute la portée d’amour qu’il signifie : « Pour moi, dit Jésus, quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes ».

Il nous faut donc, à notre tour, lever les yeux vers celui qui est élevé entre ciel et terre et prier… cette grande Croix de bois sur laquelle saigne un corps d’homme torturé, c’est un sommet de douleur et de mort, mais c’est aussi le sommet de l’amour du Fils pour son Père, sommet de l’amour du grand frère universel qui veut sauver tous ses frères pécheurs.

Il faut, physiquement, regarder cette image de tous nos yeux grands ouverts mais il faut aussi fermer les yeux pour “voir” ce qui n’est pas visible et dont la Croix est le signe : l’amour extrême qui brûle au cœur du Christ. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Mais cet amour du Christ, qui le dévore est le signe d’un autre amour extrême : celui du Père. « Dieu a tant aimé le monde, qu’il a donné son Fils unique ».

On raconte qu’un jour, en Espagne, un grand pécheur était allé se mettre à genoux devant un prêtre pour le pardon de ses fautes. Effaré par l’énormité de ses péchés, le prêtre ne voulut pas lui donner l’absolution. Une deuxième fois, le pénitent revient : même refus. Une troisième fois, le pécheur se met à genoux ; le prêtre, indécis, regarde vers le crucifix et voilà que le Christ se met à lui dire : « On voit bien que ce n’est pas toi qui as souffert sur la Croix et avec quel amour j’ai donné ma vie pour cet homme. Immédiatement, sauve-le, pardonne-lui en mon nom ! »

Frères, ne nous habituons pas au péché, mais aussi ne nous habituons pas à la Croix. S’habituer au péché, c’est prendre parti de sa maladie et l’accepter jusqu’à la mort : c’est grave, mais s’habituer à la Croix, c’est ne plus voir, ne plus comprendre que, quel que soit notre état, Jésus mort sur la Croix et ressuscité, est capable de nous sortir de n’importe quelle situation périlleuse, de toute maladie mortelle. De nos jours, beaucoup sont tentés par une sorte de pessimisme : « Le monde est pourri, il n’y a rien à faire : violences, terrorisme, prises d’otages, bassesses de toutes sortes, exploitation de l’homme par l’homme, intoxication de l’opinion publique, mensonges publicitaires ou idéologiques ».

Dieu aussi voit tout cela ! Mais lui, il aime ce monde, quand même, il ne se résigne pas ! Il veut le sauver, ce monde parfois si moche, parfois si pourri, Dieu l’aime ! Pour lui, il n’est pas absurde parce qu’il y a la Croix qui le sauve, parce qu’il y a Jésus-Christ dessus qui donne sa vie pour lui, au lieu de continuer à gémir.

Tournons notre regard vers celui qui a été “élevé” de terre.

Regardons la croix. Ayons le même regard d’amour que Dieu lui-même. Avec lui, donnons notre vie, à notre tour, pour nos frères.  AMEN




4ième dimanche de Carême par le Diacre Jacques FOURNIER

Une Miséricorde infinie (Jn 3,14-21) !

En ce temps-là, Jésus disait à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle.
Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.
Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Celui qui croit en lui échappe au Jugement ; celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu.
Et le Jugement, le voici : la lumière est venue dans le monde, et les hommes ont préféré les ténèbres à la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises.
Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu. »

           Au désert, le Peuple d’Israël avait murmuré contre Moïse et donc contre Dieu. Les conséquences de leur désobéissance avaient été évoquées avec l’image de la brûlure occasionnée par la morsure d’un serpent venimeux, une morsure qui, en l’absence de remède, conduit à la mort. Mais Dieu avait dit à Moïse : « Façonne-toi un Brûlant, et fixe-le sur une perche. Quiconque aura été mordu et le regardera restera en vie. Moïse façonna donc un serpent de bronze », un alliage de cuivre et d’étain qui, par son éclat et sa couleur dorée, évoque le feu de la brûlure occasionnée par la morsure (Nb 21,4-9)… Comme Adam et Eve autrefois, trompés par le serpent (Gn 3), les Israélites ont donc désobéi à Dieu et expérimenté en eux-mêmes cette « brûlure » du mal qui conduit à la mort… S’ils obéissent maintenant à l’invitation que Dieu leur lance, s’ils regardent ce Brûlant fixé sur le bois, ils seront guéris, ils vivront… Ce petit geste manifestera leur obéissance de cœur à Dieu, une obéissance qui leur permettra de triompher, grâce à Dieu, de toutes les conséquences mortelles de leurs désobéissances passées…

            Et Jésus se compare ici à ce Brûlant ! De fait, il sera fixé sur la Croix, et il prendra sur Lui toutes « nos souffrances et nos douleurs », « il s’accablera lui-même de nos fautes » (Is 52,13-53,12), il brûlera de nos brûlures et mourra de notre mort pour nous sauver et nous donner gratuitement, à nous, pécheurs, de pouvoir vivre de sa Vie ! En agissant ainsi, il manifestera à quel point Dieu est « Feu » lui aussi (cf. Gn 15 ; Ex 3 ; Dt 4,24), non pas un feu de brûlure qui conduit à la mort, mais un Feu d’Amour, de Douceur et de Force qui conduit à la Vie. « O Jésus ! Laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette Folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle des bornes ? » (Ste Thérèse de Lisieux).

            Ainsi, avec le Fils et par le Fils, Dieu tout entier s’est donné Lui-même pour notre salut… L’infini de sa Miséricorde se propose à notre misère, à nos péchés, qui, aussi grands puissent-ils être, ne surpasseront jamais cet infini de Pur Amour… Désormais la seule attitude qu’il désire de nous est ce « Oui ! » de confiance et d’abandon… Car « là où le péché a abondé », humainement, « la grâce a surabondé », divinement, infiniment (Rm 5,20)… Oserons-nous croire à l’infinie de cette Miséricorde, tout entière offerte pour que nous trouvions avec elle la Plénitude de la Vie, de la Paix et de la Joie ?          DJF




Rencontre autour de l’Evangile – 4ième Dimanche de Carême

lumière 2

“Dieu a envoyé son Fils dans le monde pour que par Lui le monde soit sauvé..”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Jn 3, 14-21)

Le passage que nous allons méditer se situe juste après la rencontre célèbre de Jésus avec Nicodème, ce pharisien bien disposé qui est venu trouver Jésus, la nuit, pour lui demander des explications sur son œuvre.

Le sens des mots

Le serpent de bronze élevé par Moïse : Est-ce que nous nous rappelons ce qui s’est passé pour le peuple hébreu dans le désert de l’Exode ?

Il faut que le Fils de l’homme soit élevé : Que veut dire Jésus ? Que signifie le mot « élevé » ?

Dieu a tant aimé le monde : De quel monde s’agit-il ?

Dieu a donné son Fils : Par quel nom pourrait-on remplacer le mot « Dieu » ? De quelle manière s’est réalisé ce don ?

Le nom du Fils unique de Dieu :   Que désigne ce “nom” dans la Bible ?

Le jugement : C’est quoi ce jugement ? Qui est-ce qui juge ?

La lumière et ténèbres : Par quels autres mots pourrait-on remplacer ces deux mots ?

POUR L’ANIMATEUR

Le serpent élevé dans le désert (Nombres 21,4-9) arrachait à la mort les Hébreux infidèles. Un épisode mystérieux, qui cependant certains traits peuvent éclairer la révélation :

a-   le serpent a été élevé, comme  le Fils sera élevé sur la croix.

b-   La mort qui menaçait le peuple était due à son incroyance. Lever les yeux vers le serpent de bronze signifiait de manière symbolique la foi en Dieu qui seul peut sauver.

c-   Cette référence à l’Exode, veut montrer que Jésus est le nouveau Moïse ; Mais pour saint Jean,  c’est plus que cela, car le Fils de l’homme qui sera  élevé sur la croix est le Fils unique du Père.

Il faut que le Fils de l’homme soit élevé : l’évangéliste laisse de côté les circonstances de la mort de Jésus. Il retient seulement la « nécessité » (il faut) qui s’enracine dans le vouloir de Dieu. Le Dieu qui élève Jésus sur la croix est aussi celui qui aime le monde. Les versets 14-16 résume la révélation.

Jésus élevé, c’est sa mort sur la croix qui est aussi pour Jean sa glorification. C’est le sommet de la révélation pour Jean parce que la croix est le lieu où se dévoile l’amour Dieu : « Dieu a tant aimé me monde qu’il a donné son Fils ». L’Incarnation du Fils de Dieu est la manifestation de l’amour de Dieu qui atteint son sommet sur la croix.

La croix n’est pas source de salut par son aspect sacrificiel et sanglant. Elle est source de vie pour les croyants parce qu’elle est l’expression ultime de l’amour de Dieu. La croix n’est pas, comme parfois on l’a dit, le lieu de la colère de Dieu, de l’abandon du fils par son Père pour racheter le péché des hommes. Bien au contraire, sur la croix, le Fils et le Père communient dans un  même amour pour le monde. C’est le même amour des hommes qui est partagé par Dieu et son Fils.

Le jugement : si l’amour de Dieu en Jésus est inconditionnel, il appelle la réponse de l’homme. La présence de Jésus exige que chacun maintenant choisisse : c’est maintenant que le jugement est fait. L’homme est contraint de faire le choix et de ce choix sort dès maintenant ou le salut ou la condamnation. Ce n’est pas Dieu qui condamne. C’est la liberté de chacun qui entraîne la séparation et donc le jugement. Les ténèbres (le refuser) ou la lumière (choisir Jésus).

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Seigneur Jésus, tu es le don du Père aux hommes. En toi Dieu lui-même se donne à tous et à chacun. Aimer, c’est tout donner. C’est se donner soi-même. Apprend-nous aimer vraiment, à faire de notre vie une  histoire d’amour avec toi.

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

 «Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique» : le seul désir de Dieu, sa grande entreprise, c’est de « sauver ».

Comment accueillons-nous cette initiative de Dieu ?

Ce regard de Dieu sur le monde est-il le nôtre ou sommes-nous plus portés à le condamner ?

S’attacher à Dieu, vivre en accord avec Sa volonté, c’est vivre.  Est-ce que j’ai choisi de m’attacher au Christ pour trouver en lui la Vie ?

Faire le bien, c’est vivre dans la lumière. Faire le mal, c’est vivre dans les ténèbres.

Ce Carême est-il pour nous le temps du choix de la Lumière ?

ENSEMBLE PRIONS

Prier avec le chant : Dieu a tant aimé le monde (Carnet p. 145)

Notre père.




3ième Dimanche de Carême (Jn 2, 13-25) – Francis Cousin

« La colère de Jésus ? »

Il fallait certainement ce rappel des dix paroles de Dieu révélées à Moïse sur le mont Sinaï pour bien comprendre le sens du passage de l’évangile de ce jour. Cinq paroles vis-à-vis de Dieu, et cinq paroles vis-à-vis des autres humains.

Cela commence par : « Je suis le Seigneur ton Dieu, (…) Tu n’auras pas d’autres dieux en face de moi. (…) Tu ne feras aucune idole … » (première lecture).

Il faut bien le reconnaître, même si nous croyons en Dieu, il arrive bien souvent que nous sommes attirés par certains objets ou façons de faire que ne n’appelons pas idoles, que nous ne mettons pas au même rang que Dieu, mais qui influencent notre manière de vivre : désir de paraître, de pouvoir, d’argent, de drogues diverses … voire pire : vouloir mettre l’homme à la place de Dieu, croire en l’homme augmenté, au transhumanisme … On sait bien que c’est ce que désire le Démon, depuis Ève et Adam … mais on ne s’en rend pas compte, car il nous fait croire que c’est pour notre bien … comme il le fait toujours !

Mettre l’homme au-dessus de Dieu … !

Et cela touche tous les niveaux. N’a-t-on pas entendu il y a un peu plus d’un mois le ministre de l’intérieur (et des cultes !), monsieur Darmanin, dire : « Nous ne pouvons plus discuter avec des gens qui refusent d’écrire sur un papier que la loi de la République est supérieure à la loi de Dieu. » (Europe1, 2 février). Parole qui a été récusée par tous les responsables religieux, de quelque religion que ce soit, et qui a été largement commentée dans tous les journaux et revues : « Cette hiérarchie n’a pas de sens, elle est un truc de sondeurs, puis de polémistes, et revient à demander à une personne qui a la foi de se renier, car la religion, oui, est totale. » (le Point, 11 février). Jésus avait déjà dit : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » (Lc 20,25), et dans les actes des apôtres, ceux-ci disent : « Il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes. » (Ac 5,29).

Dans l’évangile, on voit Jésus constater que, dans le Temple de Jérusalem, certaines personnes ont détourné l’objet de Temple, qui est la prière, pour y faire du commerce ou du change d’argent … et il remet les choses dans l’ordre, en prenant les moyens qu’il faut : un fouet avec des cordes, pour éparpiller les animaux et les hommes.

Colère ? Sans doute intérieure ! Comme on dit : son sang devait bouillir ! Mais il ne pouvait laisser faire cela, car « L’amour de [s]a maison [faisait s]on tourment », et il dit : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. ».

C’était une colère mesurée et réfléchie …

Jésus ne fait que ce qu’il a toujours dit : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir. » (Mt 5,17).

Jésus redonne son sens véritable au Temple. Il rejette à l’extérieur tout ce qui est marchandage pour les sacrifice d’animaux pour laisser à l’intérieur du Temple la louange, la prière à Dieu.

Et en même temps, il annonce que les temps ont changés : les sacrifices d’animaux n’ont plus de valeur, c’est lui qui se sacrifiera pour que la multitude vive à jamais … il nous entraine déjà vers la nouvelle Pâques, celle dont nous ferons souvenance dans quelques semaines …

Bien sûr, cette manière de faire n’est pas bien perçue des juifs qui demandent raison. Jésus répond : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. ».

Il ne parle plus du Temple en général, mais du sanctuaire, du saint des saints, la partie du Temple qui conserve l’arche d’alliance, la présence de Dieu chez les hommes. Et il s’identifie à cette partie, en parlant des trois jours : pour passer du vendredi saint au dimanche de Pâques. Mais les juifs ne pouvaient pas le comprendre à ce moment de l’histoire. C’est lui qui, maintenant, est la présence de Dieu sur la terre !

C’est ce qu’il dira un peu après à la Samaritaine : « L’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père, (…) où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité, (…) Je suis [le messie], moi qui te parle. » (Jn 4,21.23.26).

Jésus demande au juifs de passer de la Loi à la Foi.

Et c’est encore ce qu’il nous demande …

Seigneur Jésus,

 tu n’acceptes pas que la maison de ton Père

soit détournée de son objet

qui est l’adoration et la louange de ton Père.

Aide-nous à ne pas détourner

nos églises de leur fonction,

et que notre présence y soit pour la prière,

et rien d’autre.

Francis Cousin    

 

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Image dim Carême B 3°




3ième Dimanche de Carême – par le Diacre Jacques FOURNIER

” Jésus, au coeur de l’Alliance Nouvelle “

(Jean 2, 13-25)…

Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘L’amour de ta maison fera mon tourment.’
Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.
Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ; lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

 

         

               Dans le cadre de l’ancienne Alliance, la Loi de Moïse exigeait de tout pécheur qu’il « amène au Seigneur à titre de sacrifice de réparation pour le péché commis » un bœuf, une tête de petit bétail ou deux colombes. Tout dépendait de la gravité de sa faute et de ses moyens financiers (Lv 5). Et à l’époque de Jésus, les Grands Prêtres avaient décidé de n’utiliser dans le Temple que la monnaie de la ville de Tyr, en signe de résistance à l’envahisseur romain. Avant d’acheter un animal pour l’offrir en sacrifice, il fallait donc commencer par changer sa monnaie romaine. Et toutes ces transactions étaient autant d’occasions pour s’enrichir ; les Grands Prêtres eux-mêmes percevaient un pourcentage auprès des changeurs et des vendeurs d’animaux…

            Or, « vous ne pouvez servir Dieu et l’argent » (Lc 16,13), car « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur » (Mt 6,21). Pour que la maison de Dieu soit réellement une « maison de prière pour tous les peuples » (Is 56,7), Jésus, sans violence pour les hommes, chasse tous les animaux du Temple et renverse les tables des changeurs… « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de commerce »…

            Il accomplit ici un acte prophétique fort et ses interlocuteurs le comprennent bien ainsi : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là », si tu es vraiment un envoyé de Dieu ? Mais cette question trahit leur aveuglement. Jésus est, en effet, est le plus beau signe que Dieu peut nous offrir, car avec le Fils « fait chair » (Jn 1,14), Dieu lui-même, en Personne, s’offre dans la chair au regard des hommes. Mais seul un cœur ouvert, vrai, sincère, renonçant à mettre l’idole de l’argent à la première place, saura le reconnaître…

            Et son geste va plus loin encore… « La Pâque des Juifs approchait » ? Bientôt, lors d’une fête de Pâque, il mourra sur une Croix au moment où des milliers d’agneaux étaient égorgés au Temple en vue du repas pascal. « Il est l’Agneau de Dieu » offert une fois pour toutes pour les péchés de tous les hommes, de tous les temps… Désormais, les sacrifices d’animaux sont inutiles… De plus « le Père est en Lui » (Jn 14,10-11), et il est « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes » (1Tm 2,5), le « Chemin » vers la Maison du Père et « la Porte » qui en ouvre l’accès (Jn 14,6 ; 10,9). Le Temple n’est donc plus le seul lieu de la rencontre avec Dieu. Avec le Fils et par le Fils, c’est en tout lieu que Dieu s’offre désormais à notre foi, « en Esprit et en Vérité » (Jn 4,19-24)…

                                                                                                                                  DJF

 




3ième Dimanche de Carême – Homélie du Père Louis DATTIN

Vendeurs du temple

Jn 2, 13-25

L’affaire des “marchands du temple” est un des épisodes les plus connus de la vie de Jésus. Il a été raconté par les quatre évangélistes. Il a été illustré par de nombreux peintres et graveurs. Quelle scène extraordinaire ! Quelle belle colère ! Il n’est pas étonnant que Jésus soit arrêté et condamné, après une telle performance !

Si quelqu’un s’avisait d’en faire autant à St-Pierre de Rome, à Lourdes ou à Lisieux : on ne donnerait pas cher de sa peau ! Puisse-t-il ne pas avoir trop d’imitateurs car nous aurions de jolies pagailles. Jésus, lui, le prédicateur de l’amour, voici qu’il prend un fouet, pénètre dans le parvis du temple, chasse les marchands de colombes, de bœufs et de brebis, jette à terre les tables des changeurs et renverse les comptoirs et c’est le même qui, au bord du lac, a proclamé les Béatitudes :

« Heureux les doux ! »

Alors ce Jésus ? Est-il un violent ou un non-violent ? Essayons de comprendre ce qu’il veut nous montrer car cet épisode se prête à bien de contre-sens.

Tout d’abord, le Christ ne s’en prend pas aux commerçants comme tels. Il ne les accuse pas d’être ” malhonnêtes” et c’était commode pour les fidèles d’acheter sur place, ce qui était nécessaire au sacrifice, de changer de la monnaie pour avoir celle qui était acceptée à l’intérieur. Il faut se rendre compte de ce qu’était alors le Temple des Juifs.

Ce n’était pas qu’un Temple parmi d’autres… c’était le Temple ! Le seul lieu réservé à l’adoration du Seigneur, un lieu vers lequel, chaque juif de Palestine devait aller chaque année pour y faire des sacrifices au Seigneur et payer l’impôt religieux.

C’est seulement à cause de la dispersion du peuple juif que se sont élevées un peu partout des synagogues de plus en plus nombreuses.

Le Temple était vraiment le cœur de la vie des Juifs et justement, c’est ici qu’apparaît le sens profond de ce récit, au-delà du temps et de l’espace. Vous avez remarqué le mot, l’expression que Jésus a employé pour parler du Temple : il a dit « la maison de mon Père ». Par là même, il déclare qu’il est “le Fils” et les prêtres, pas contents du tout, l’interpellent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu as fait là ? »

« Détruisez ce Temple et, en trois jours, je le rebâtirai, je le relèverai ». Mais de quel temple s’agit-il ? Non plus le Temple de Jérusalem qui va être définitivement détruit quelques années plus tard, mais le Temple de son corps. Bientôt les disciples comprendront que la reconstruction en trois jours, c’était, en fait, l’annonce de la Résurrection !

Ce que Jésus veut nous révéler aujourd’hui, c’est que nous n’avons plus besoin d’un lieu pour le culte “en esprit et en vérité“. Rappelez-vous ce que lui demandait la Samaritaine. « Nos pères ont adoré sur cette montagne (le mont Garizim) et vous, vous affirmez que c’est à Jérusalem que se trouve le lieu où il faut adorer ».

Jésus lui dit : « “Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem que vous adorerez le Père” ». « Dieu est “Esprit” et c’est pourquoi ceux qui veulent l’adorer, doivent le faire « en esprit et en vérité ».

Enfermer Dieu dans un édifice, dans des rites, dans un code, c’est la tentation de toutes les religions. Certes, des lieux de rassemblement sont nécessaires mais gardons-nous de nous en servir pour édifier des murs qui seraient autant d’obstacles à la rencontre de Dieu. Le signe authentique de la présence de Dieu, c’est désormais, ni le Temple, ni la Loi, c’est Jésus lui-même, le Verbe de Dieu. Le Temple de Dieu, c’est Jésus : nous aussi, comme les marchands, il faut nous laisser bousculer, renoncer à nos calculs mesquins, dépasser les barrières autour de nos églises, pour nous centrer, pendant ce Carême, nous recentrer autour de la personne de Jésus : seul véritable Temple de Dieu.

Il n’est pas mauvais, certes, de participer aux cérémonies de l’église, de faire notre examen de conscience pour aller nous réconcilier d’une façon vraie avec le Seigneur… mais en vue de l’essentiel : qui est la “conversion de notre cœur”.

L’urgent, est de nous réorienter vers celui qui nous donne accès au Père : Jésus, le Christ, mort sur la Croix par amour. Le vrai Temple de Dieu, c’est le Corps du Christ et le Corps du Christ aujourd’hui, c’est le peuple qui met sa foi en lui. Jésus opère une révolution subversive pour l’architecture religieuse : non seulement, il laisse entendre que les temples sont devenus inutiles mais, en plus, il désigne le nouveau Temple : son Corps mort et ressuscité. Le nouveau Temple, c’est lui, en qui se transmet et se noue l’amour de Dieu et des hommes dans une seule communion.

Jésus le ressuscité est toujours avec nous. Dieu habite au milieu des hommes. C’est Jésus le vrai Temple de Dieu. L’humanité de Jésus constitue donc “le grand signe de Dieu” glorifié dans son humanité.

Il est le Temple nouveau. Comme celle des juifs, notre foi doit être purifiée. Quel est le signe de notre Dieu ? Celui d’un potentat enfermé dans son palais d’où il gouverne à coups d’interdits et d’obligations tatillonnes ? Celui du gendarme avec qui on pourrait marchander quelque adoucissement de peine ? Le Christ est la vraie révélation du vrai visage de Dieu.

Pour vivre avec nous une authentique relation d’amour, il nous entraine sur les chemins radicalement nouveaux du Royaume qui vient.

Pour progresser vers Pâques, laissons-nous être bousculés comme les marchands et renonçons aux mesquines sécurités de nos petits calculs, dépassons les barrières sociales édifiées autour de nos églises, laissons-nous emporter par la folie de l’amour qui culmine au Calvaire.

En fait, où est Dieu ?

1- Qui l’a placé à l’extérieur de la vie, dans l’enclos des lieux de cultes, l’enfermant dans le rôle de celui à qui on doit des rites ? C’est l’homme.

2- Qui a délimité la frontière entre 2 terres : le “profane” et le “sacré” ?

3- Qui a séparé Dieu de son peuple au milieu duquel il voyageait ? Toujours l’homme.

Les marchands du temple sont le signe de cette relation faussée entre l’homme et Dieu. Ils perçoivent indûment une sorte de péage entre le pays des hommes et le Royaume de Dieu. C’est ce signe que Jésus chasse à coups de fouet : Jésus veut vivre avec nous, être avec nous, demeurer en nous.

“Demeurer en nous” ? Mais alors ne serions-nous pas nous-mêmes, des “temples de Dieu” ? Incroyable mutation qui va jusqu’à faire dire à St-Pierre que le Temple qui a Jésus pour “pierre angulaire”, est fait de “pierres vivantes” que sont les chrétiens. Temple sacré, non de pierres ni de briques, mais de personnes appelées à s’aimer pour que circule l’amour infini de Jésus. La maison de Dieu est sacrée.

Comment pourrait-on donner asile à Dieu et, en même temps se dégrader à l’intérieur ? Etre en contradiction avec lui dans ses relations humaines ? Construire des institutions du monde à l’envers de l’Esprit de Dieu ? St-Paul dit aux chrétiens de Corinthe : « Vous êtes le temple de l’Esprit de Dieu ».

Nous sommes devenus les “pierres vivantes” de la maison de Dieu parmi les hommes. Alors ? Parce que Jésus est le seul Temple de Dieu, parce que nous-mêmes, nous sommes “la demeure” de son Esprit : « Ce temple est sacré et ce temple c’est vous ». Balayez-moi tout ça ! Balancez-moi tout ça ! Place à Dieu ! Rien qu’à Dieu ! C’est sacré et tout homme est sacré ! Comme Dieu !

Profitons de ce Carême pour chasser de nous tout ce qui est impur. Notre cœur est un lieu de rencontre avec Dieu. Il doit être un Temple sans reproche, une “maison de prière“. AMEN