Rencontre autour de l’Évangile – 21ieme dimanche du temps ordinaire

“Efforcez vous d’entrer par la porte étroite.”

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 13, 22-30)            

Au fur et à mesure que Jésus approche de Jérusalem, son enseignement devient de plus en plus exigent. Le passage que nous méditons aujourd’hui fait suite à deux petites paraboles : la graine de moutarde qui devient un grand arbre et le levain qui fait lever la pâte : Jésus annonce par là que, malgré les apparences modestes et les débuts difficiles, son œuvre de salut réussira. Mais pour l’heure, Jésus enseigne qu’il est urgent de se convertir.

 

Soulignons les mots importants

Entrer par la porte étroite : Que signifie cette “ porte étroite ” ?

Le maître de maison : Qui est ce maître de maison ?

Eloignez-vous de moi : Pourquoi il est impossible aux gens qui sont dehors  d’entrer dans la maison ?

Pleurs et grincements de dents : Que peut bien signifier cette expression qui est souvent employée par Jésus pour ceux qui se mettent en dehors du Royaume,

Le Royaume de Dieu :

Orient-Occident-Nord-Midi :

Festin

Derniers-premiers

 

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Ensemble regardons Jésus 

Nous écoutons Jésus parler à notre cœur. Il nous appelle chacun à prendre au sérieux notre baptême,  notre vie de fils et de filles du Père. Nous sommes les invités de Dieu. Les invités au bonheur du Royaume. Et la porte d’entrée est étroite. Il est nécessaire de se faire petit. Jésus dit qu’il faut devenir comme des petits enfants. La porte, c’est Jésus mort et ressuscité. Le disciple n’est pas au-dessus du maître. Pour suivre le Christ, un combat est nécessaire pour refuser le mal et faire le bien quoi qu’il en coûte. Suivre le Christ, c’est porter chaque jour sa croix.

 

   

Pour l’animateur  

On n’entre pas au festin du Royaume sans effort. Jésus ne répond pas directement sur le nombre des élus. L’important n’est pas là, mais de se demander comment faire pour être sauvé.

La porte étroite, c’est la fidélité, quoi qu’il en coûte, pour parvenir au Royaume. La porte étroite pour Jésus, ce fut le passage par la passion et la croix. Le salut est totalement offert par Dieu, et il l’accorde par pure grâce ; mais la porte étroite signifie qu’il y a un combat à mener, un effort à faire pour vivre selon l’Evangile du Christ.

Mais la porte, c’est aussi le Christ lui-même. Il est l’unique passage qui permet l’accès au Royaume de Dieu.

Le maître de la maison n’est autre que Jésus lui-même. Comment pourrait-il refuser l’entrée dans le Royaume à ceux qui le lui demandent ?

En fait dans la parabole Jésus dénonce ceux qui “ disent et ne font pas ”, ceux qui font valoir des titres, mais ne pratiquent pas l’amour.

Pour les juifs à qui Jésus s’adressait, beaucoup estimaient que le fait d’être fils d’Abraham suffisait pour être assuré du salut. La même tentation peut guetter le chrétien : ne suis-je pas baptisé ? Est-ce que je ne fais pas mes devoirs ? Je fais des prières, des pèlerinages ! Et puis Dieu n’est-il pas miséricordieux ?

Nul ne peut faire valoir un titre : juif, chrétien, prêtre, religieuse, catéchiste, membre d’une fraternité, d’un mouvement…

Ce qui compte, c’est notre manière de vivre aujourd’hui en tant que disciples du Christ. Nous n’aurons aucun mérite, aucun titre, à faire valoir quand nous arriverons à la porte du Royaume. Il faut que la conversion soit au rendez-vous. Il n’y a pas d’automatisme du salut !

Jésus parle de changer pour devenir comme des petits enfants (Mt 18,3)

Pleurs et grincements de dent, c’est une expression qui expriment le dépit le remords de ceux qui n’ont fait aucun effort pour entrer dans la vie nouvelle, éviter le mal et faire le bien.

Le Royaume de Dieu, autrement dit le bonheur du ciel, de la vie éternelle avec Dieu,  est proposé à toute personne qui vit dans la droiture, la justice et la charité. Il y aura des surprises au festin de Dieu. Jésus annonce que des derniers seront premiers et des premiers qui seront derniers. Cela veut dire que c’est Dieu seul qui juge de la valeur des uns et des autres. 

       

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

L’Evangile aujourd’hui dans notre vie

Il n’y aura pas davantage d’automatisme du salut pour les chrétiens qui remettront à demain la réforme de leur conduite. Pour tous, la porte est étroite.

Comment nous considérons  notre vie de chrétiens?

Le baptême que nous avons reçu est-il pour nous un engagement à être fidèle au Christ, une responsabilité vis-à-vis de nos frères ?

Est-ce que  nous ne sommes pas tentés de nous contenter d’un petit minimum ? Est-ce que nous nous efforçons d’entrer par la porte étroite : sommes-nous petits devant Dieu, sans prétentions, sans autre certitude que la miséricorde de Dieu ?

Il ne s’agit pas de dire “  Dieu veut que tous les hommes soient sauvés ”  pour excuser nos infidélités, nos manques de sérieux dans notre vie de baptisés, pour nous permettre n’importe quoi, et trouver tout normal, même quand c’est mal !

N’avons- nous pas remplacé le jugement de Dieu par le nôtre ?

Sommes-nous attentifs à ceux qui ne sont pas chrétiens ? Est-ce que nous les considérons comme appelés eux aussi à entrer au festin du Royaume ? Sommes-nous pour eux des témoins de l’amour de Dieu ?

 

Ensemble prions 

Chant : O Seigneur, guéris-nous (carnet des paroisses p.189)

 

Les mains vides devant toi, Seigneur,

N’espérant que ton amour.

 

Le cœur lourd de nos refus d’aimer

Nous levons les yeux vers toi.

 

 

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20e dimanche ordinaire – Année C – Claude WON FAH HIN

Évangile : Luc 12, 49-53

JésusQuand on entend cela de Jésus, cela peut nous effrayer. Mais nous savons tous que Jésus nous aime et qu’il est Miséricordieux, et que nous avons une confiance absolue en son amour et sa miséricorde. Jamais on ne doit avoir peur de Jésus. Il est Amour et Miséricorde. Le feu dont parle Jésus est une image. Il y a quelques semaines, les disciples de Jésus voulaient  faire tomber le feu du ciel sur des Samaritains qui n’ont pas voulu accueillir Jésus de passage vers Jérusalem. Et si Jésus les a sévèrement réprimandés, ce n’est pas pour qu’il le fasse lui-même lorsque Luc nous dit que « Jésus est venu jeter un feu sur la terre ». Le feu est une image de Dieu : Moïse rencontre Dieu au Buisson ardent, puis reçoit les tables de la Loi dans le feu de l’orage au Sinaï, des colonnes de feu accompagnent le peuple juif fuyant l’Egypte pour le protéger des soldats du Pharaon à leur poursuite.

Mais pour Luc, le feu est surtout le symbole de l’Esprit Saint venu brûler d’amour le cœur des Apôtres au jour de la Pentecôte. C’est ce même feu dont parlent les pèlerins d’Emmaüs quand ils disent (Lc 24,32) : Notre cœur n’était-il pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait en chemin, quand il nous expliquait les Écritures? ». Jésus désire donc donner le feu de l’Esprit au monde afin qu’il soit éclairé et dirigé sur le chemin du Royaume, par l’application du commandement de l’amour : aimer Dieu et aimer son prochain. Ainsi, c’est la terre entière que Jésus veut renouveler de son Esprit, un Esprit vivifiant pour nous mettre en mouvement, un Esprit consolateur qui nous donne l’espérance,  un Esprit de lumière qui nous guide, Esprit de feu qui nous purifie, un Esprit de sainteté qui nous rend à l’image du Christ, un  Esprit de charité et d’amour pour que nous devenions amour comme le Christ et qui nous fait tourner vers les autres. Et c’est ce feu de l’Esprit Saint que nous recevons tous au baptême et à la confirmation. Il s’agit pour nous de ne pas le laisser s’éteindre, car l’Esprit Saint est le don par excellence que Dieu nous fait. En effet toutes les prédications reçues ne pénètrent les âmes que par la grâce l’Esprit Saint.ESPRIT SAINT 1

« Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé »! – Le mot « baptême » signifie « plongée », « bain ». A l’époque, c’est le corps entier qu’on plongeait dans un bassin pour être baptisé. Mais le baptême dont parle Jésus n’est pas le baptême reçu avec Jean Baptiste, le vrai baptême de Jésus c’est sa mort et résurrection. Et tout baptême est mort et résurrection. Quand on plonge une personne dans un bassin (aujourd’hui, on verse un peu d’eau sur la tête), elle est comme le Christ au jour de sa Passion quand il était plongé lui aussi dans un abîme de souffrances, dans un bain de sang dû aux épines sur la tête, aux flagellations de son corps, aux clous dans ses mains et ses pieds, au côté transpercé par une lance, et encore je ne vous donne pas les détails décrits par des saints quand ils racontent la Passion du Christ. Le Christ meurt à son baptême, et une lutte va se faire contre l’Esprit du Mal dans son propre fief qui est celui de la mort et dont il ressortira par la résurrection, tandis que la personne qui reçoit son baptême meurt de son ancienne vie : il n’a plus de péché originel, et si c’est un adulte, ses propres péchés personnels commis jusqu’au jour de son baptême, sont effacés parce que vainqueur du mal au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

bapteme enfantEt quand la personne plongée dans le bassin se relève hors de l’eau (et aujourd’hui, quand on arrête de verser l’eau sur la tête du baptisé), le nouveau baptisé vit une vie nouvelle dans le Christ (même s’il ne voit rien, et même s’il ne ressent rien), il devient enfant de Dieu. Jésus a sacrifié sa vie pour vaincre le Mal et nous sauver. Il est donc normal que nous fassions aussi quelques « petits sacrifices » si on peut les appeler ainsi ou plus exactement suivre les enseignements du Christ et de l’Eglise : venir à la messe, prier, adorer, lire la parole de Dieu, aimer son prochain même si tout cela n’est pas fait de manière parfaite. Tout cela n’est rien comparé au sacrifice unique du Christ à sa Passion. On comprend alors ce qu’est la vie des saints qui, de leur vivant sur terre, ont réussi à faire la volonté de Dieu et dont nombre d’entre eux étaient des religieux, des religieuses, ou des prêtres: les sacrifices qu’ils ont fait, les prières, les messes, la vie intérieure, la parole de Dieu, la règle de la communauté, l’obéissance absolue, la pauvreté, la chasteté, l’humilité, sans compter leur lutte réelle avec l’Esprit du mal, leurs souffrances, leurs privations. Et nous, nous contribuons sans cesse par nos petites histoires qui sèment la division au sein des différents groupes, des communautés, de la chrétienté. Nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez. La 2ème lecture d’aujourd’hui (He 12,1-4) dit que « nous devons rejeter tout fardeau et le péché, et fixer nos yeux sur Jésus ». – L’un des signes messianiques attendu était la paix comme nous le dit Is 9,5-6 : « 5 un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : … Prince-de-paix, 6 pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’établir et pour l’affermir dans le droit et la justice.». Mais la venue de Jésus provoque des réactions violentes d’opposition : opposition chez les scribes et les pharisiens (Mt 12,14 : « Étant sortis, les Pharisiens tinrent conseil contre lui, en vue de le perdre »), opposition chez les responsables politiques (Ac 4,27 : « Oui, ils se sont rassemblés en cette ville, Hérode et Ponce Pilate, avec les nations et les peuples d’Israël, contre Jésus, ton saint serviteur »), opposition de la foule qui le met à mort, opposition dans les familles (Mt 19,5 : «  je suis venu opposer l’homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère »), opposition parmi les disciples mêmes de Jésus (1Co 11,18 : « … lorsque vous vous réunissez en assemblée, il se produit parmi vous des divisions,..»).

saint-esprit

En réalité, Jésus est effectivement venu nous apporter la paix. Mais une paix qui n’est pas facile à mettre en place. Jn 14,27 : « Je vous laisse la paix; c’est ma paix que je vous donne; je ne vous la donne pas comme le monde la donne ». Il y a une paix trompeuse, c’est celle donnée par le monde et reçue du monde. Un monde qui cherche une paix en dehors de Dieu, sans Dieu et qui finalement est un simulacre de paix qui mènera ce monde à sa propre perte. Jr 6,13-14 : « 13 Tous, petits et grands, sont âpres au gain. Tous, prophètes et prêtres, ont une conduite fausse. 14 Ils ont bien vite fait de remédier au désastre de mon peuple, en disant : « tout va bien ! tout va bien ! Et rien ne va ! ». Il y a donc un monde qui cherche la paix sans Dieu et un monde qui ne peut avoir la paix de Dieu que s’il se lie intimement au Christ. Et la division se fait alors entre ceux qui croient en Dieu et ceux qui n’y croient pas, ou pas suffisamment. Il suffit de regarder autour de nous : les enfants qui viennent de faire la confirmation désertent déjà la messe le dimanche, d’autres,  poussés en cela par leurs parents, pratiqueront deux religions, sans compter ceux qui ne veulent pas entendre ou lire la parole de Dieu, ceux qui ne viennent plus à la messe ou au sacrement de réconciliation, à l’adoration du saint sacrement etc… Beaucoup s’éloignent du Christ, victimes eux-mêmes de l’Esprit du Mal qui, sans cesse, sème la division, le découragement, une certaine lassitude d’un Dieu mal compris et donc mal aimé. D’où l’intervention de Saint-Paul qui nous dit en 2Tm 4, 2-4 qu’il nous faut réagir : « …Proclame la parole, insiste à temps et à contretemps, réfute, menace, exhorte, avec une patience inlassable et le souci d’instruire. 3 Car un temps viendra où les hommes ne supporteront plus la saine doctrine, mais au contraire, au gré de leurs passions et l’oreille les démangeant, ils se donneront des maîtres en quantité 4 et détourneront l’oreille de la vérité pour se tourner vers les fables ».

ESPRIT SAINT

Ne laissons pas le feu de l’Esprit Saint s’éteindre en nous. Et c’est pourquoi, Jésus est venu jeter un feu sur la terre, l’Esprit Saint qui nous anime, nous purifie, nous guide car les fruits de l’Esprit sont (Ga 5,22-23) : « 22 charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, 23 douceur, maîtrise de soi : contre de telles choses il n’y a pas de loi ». Il est donc nécessaire également que chacun de nous soit réellement en lien constant avec le Christ par une prière continuelle, par l’Eucharistie (les messes), les sacrements, l’adoration du Saint Sacrement, avec bien sûr un ardent désir de Dieu, de s’unir au Christ qui nous donnera l’Esprit Saint. C’est tout cela qui nous donnera cette force à la fois pour lutter contre le Malin et rester uni au Christ, et nous permettre d’avancer, coûte que coûte, pour établir le Royaume de Dieu au moyen de la fraternité, de la solidarité, de l’amour tel que le Christ nous l’a enseigné par son exemple et par sa parole. C’est à ce petit groupe de chrétiens dans le monde de relever le défi de l’amour, de la paix véritable, contre la violence, la division, la haine. C’est dans le Christ seul que nous pouvons avancer dans la paix, même si l’on doit souffrir. Jn 1,9-11 : « 9 Le Verbe était la lumière véritable, qui éclaire tout homme; il venait dans le monde. 10 … et le monde ne l’a pas reconnu. 11 Il est venu chez lui, et les siens ne l’ont pas reconnu ». La passion du Christ, c’est le prix à payer pour sauver le monde par l’amour, source de paix. Et cette agonie n’est malheureusement pas terminée. Padre Pio, dans une vision, nous raconte : « Jésus me dit : Mon fils, ne crois pas que mon agonie n’ait duré que trois heures, non, à cause des âmes que j’ai le plus comblées, je serai en agonie jusqu’à la fin du monde. Pendant le temps de mon agonie, mon fils, il ne faut pas dormir. Mon âme va à la recherche de quelques gouttes de piété humaine; mais hélas, je suis seul sous le poids de l’indifférence. L’ingratitude et la somnolence de mes ministres me rendent plus pénible mon agonie. Hélas, comme ils répondent mal à mon amour! Ce qui m’afflige le plus, c’est que ceux-ci ajoutent à leur indifférence le mépris et l’incrédulité ». L’indifférence, l’ingratitude, l’impiété, la somnolence, le mépris, l’incrédulité des chrétiens et du monde, tout cela fait que l’on réponde mal à l’amour de Dieu pour nous, et devient cause de division. Et la division c’est la spécialité de l’Esprit du Mal. C’est bien par les fruits que nous pouvons reconnaître quel esprit nous anime. Le chrétien vigilant s’associe au Christ en permanence par la prière et, principalement par l’Eucharistie où son union au sacrifice du Christ participe également à la rédemption et au salut du monde. C’est « surtout dans le divin sacrifice de l’Eucharistie, que s’exerce l’œuvre de notre rédemption » (SC2), c’est à dire le rachat des péchés du monde. CEC 776 : « Entre les mains du Christ, l’Eglise – c’est-à-dire l’ensemble des fidèles du Christ – est instrument de la Rédemption de tous les hommes » (LG 9).  En participant à la messe, chaque chrétien, vivant en vérité dans le Christ,  participe aussi au salut du monde. Conscient de ce salut auquel il contribue, le chrétien ne peut plus venir à la messe avec indifférence, ni par habitude, oubliant ce pour quoi il vient à la messe. Et si la Vierge Marie est apparue à la Salette à Mélanie et à Maximin, c’est bien pour rappeler l’importance de la messe. Soyons fiers de ce bel instrument que Dieu nous a donné par son Fils et qui s’appelle l’Eglise, pour la paix et le salut du monde.

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20ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 «Je suis venu jeter un feu sur la terre

(Lc 12,49-53)…»  

     Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais bien plutôt la division.
Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ;
ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Dieu est amour 2

L’image du feu renvoie souvent dans la Bible au Mystère de Dieu Lui-même… Ainsi lorsqu’il conclut une Alliance avec Abraham et ses descendants, c’est « une torche de feu » qui vint la sceller (Gn 15). Plus tard, au désert, Moïse fut attiré par un spectacle étrange : un buisson était embrasé, mais il ne se consumait pas. Et « Dieu lui apparut dans une flamme de feu » (Ex 3,1‑6)… Au Sinaï, la montagne sur laquelle il lui parlera par la suite « était toute fumante parce que Dieu y était descendu dans le feu » (Ex 19,18)… Et Elie, lui, montera au ciel dans « un char de feu » (2R 2,11)…

Huit fois dans la Bible, le chiffre de l’infinie perfection, Dieu est présenté comme « un Feu dévorant » (Dt 4,24 ; 9,3…). Ce Feu provoque la peur chez les pécheurs, car le mal ne peut tenir en sa présence : il brûle, il se consume et ceux qui lui sont liés craignent de disparaître avec lui… « Dans Sion, les pécheurs sont atterrés, un tremblement saisit les impies. Qui d’entre nous pourra tenir ? C’est un Feu dévorant » (Is 33,14)… Mais ce Feu ne détruit que le mal, un mal en fait qui blesse et défigure l’homme qui le commet (Rm 2,9). Alors, si ce dernier accepte de l’offrir de tout son cœur au Seigneur, il le verra disparaître, il sera purifié de tout lien avec lui (Is 6,1-6 ; 1Co 3,10-15).Ce Feu le guérira avec Douceur, et il expérimentera avec lui une Plénitude de Vie jusqu’alors insoupçonnée (Jn 10,10).

Car si « Dieu est un Feu dévorant », il est aussi « Amour » (1Jn 4,8) qui ne poursuit que le bien de l’être aimé, notre bien. Et le Père nous dit son Amour en se donnant Lui-même, un Don qui, pour nous pécheurs, sera la source de notre guérison intérieure. « Se donner », c’est ce que le Père fait vis-à-vis du Fils de toute éternité : « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout ce qu’il est, « tout ce qu’il a » (Jn 16,15 ; 17,10). Et c’est en se donnant ainsi, gratuitement, par amour, qu’il l’engendre à la vie en Dieu né de Dieu… Or, dit Jésus à ses disciples, et à travers eux à tout homme : « Le Père lui-même vous aime… et il vous a aimés comme il m’a aimé » (Jn 16,27 ; 17,23). Autrement dit, le Père nous dit son amour en se donnant Lui-même, en nous donnant ce qu’il est en Lui-même, et « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu est Feu »… Accueillir cet Amour, c’est donc vivre en son cœur une expérience incroyablement heureuse qui est de l’ordre du feu : « Notre cœur était tout brûlant au dedans de nous, quand il nous parlait en chemin » (Lc 24,32)…

« Dieu est Amour » qui se donne, il « est Esprit », il « est Feu », il donne « l’Esprit de Feu » qui nous dit son Amour, et nous communique au même moment « la force » d’aimer à notre tour avec l’Amour même de Dieu. Alors, répondre à son appel sera possible : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés », grâce au Don de l’Amour, l’Esprit d’Amour et de Feu. En effet, « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22)…DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 20ieme dimanche du temps ordinaire

“Je suis venu apporter un feu sur la terre.”

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 12, 49-53)            

Jésus est toujours en route pour Jérusalem. Il sent venir l’épreuve de sa passion. Cet évangile rapporte trois paroles difficiles de Jésus que nous allons essayer de comprendre. Elles nous permettront d’entrer un peu plus dans les sentiments de Jésus et dans le mystère de sa personne.

 

Soulignons les mots importants

Le feu : Quel est ce feu que Jésus est venu apporter sur la terre ?

Comme je voudrais qu’il soit déjà allumé !

Baptême : quel est ce baptême que Jésus doit recevoir 

Je ne suis pas venu apporter la paix  mais la division : Comment comprendre ces paroles de Jésus ?

Dans la même famille : Est-ce que les paroles de Jésus sont vraies encore aujourd’hui dans la vie de nos familles ?

 

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Ensemble regardons Jésus 

Après avoir essayé de comprendre ces paroles difficiles de Jésus, nous le contemplons au moment où il voit venir la grande épreuve : il sait que son chemin est celui du Serviteur souffrant. Il s’est fait solidaire de notre humanité blessée par le péché et il est décidé d’aller jusqu’au bout pour la délivrer du péché et de la mort. Jésus, le Fils de Dieu, est venu chez les hommes pour les introduire tous dans la vie divine, pour les plonger (les baptiser) dans l’Esprit Saint purificateur et réconciliateur.

 

   

Pour l’animateur  

. Lorsque Jean Baptiste présentait Jean Baptiste à ses disciples il disait qu’il baptiserait dans l’Esprit-Saint et le feu. Le feu dans la bible est le symbole de la l’expérience de Dieu et de sa présence : Feu du buisson ardent (Ex.3,2), feu du Sinaï (Ex.19,18), colonne de feu (Ex.13,21) Feu d’Elie et des prophètes brûlés par l’amour de Dieu.

Le feu est aussi symbole de purification : Jésus annonce que le Règne de Dieu viendra comme un feu purifiant séparant les justes et les pécheurs.

Le feu est encore pour l’Evangéliste Luc  le symbole  de l’Esprit : rappelons-nous les langues de feu de la Pentecôte, le feu également qui brûle dans le cœur des deux disciples d’Emmaüs. Jésus annonce qu’il est venu pour que le monde soit purifié par le Saint-Esprit et embrasé par le feu de son amour.

. Mais Jésus doit  d’abord recevoir un baptême qui sera le martyre. Jésus est comme impatient que le Règne d’amour de son Père arrive ! Il n’est pas habité par un désir de mort, mais il ne craint pas le martyre : il sait que l’épreuve qui va marquer la fin de sa vie terrestre est nécessaire pour la venue de l’Esprit-Saint. Il va être plongé dans les grandes souffrances de la passion et de la mort ; Ce sera comme un baptême de sang pour qu’arrive le Règne de Dieu.

. L’appartenance au Christ n’est pas un jeu et ses amis doivent s’attendre à des résistances et des oppositions. L’appartenance  à la communauté du Christ mettra les disciples dans des situations souvent bien inconfortables.

. La paix que Jésus est venu apportée et qu’il va communiquer à ses disciples le soir de sa résurrection, n’est pas une fausse tranquillité où les croyants vivent sans opposition ni contestation ou persécution.

. Le conflit que le Christ, Messie souffrant,  apporte avec lui n’est pas une guerre entre les peuples, ni une guerre civile. Il concerne les familles : car le message évangélique provoque des fractures, dans une même famille, entre croyants et incroyants, entre ceux qui accueille le Christ et ceux qui le refusent. Le feu de l’amour a du mal à prendre sur la terre.

En fait, face au Christ et son évangile, il n’y a  que deux positions : pour ou contre ! Pas de place pour l’abstention !

       

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

L’Evangile aujourd’hui dans notre vie

L’Evangile est une force de contestation des situations d’injustice, de violence, des erreurs et des fausses sécurités du monde : si comme chrétiens nous ne dérangeons jamais personne par notre conduite sommes-nous vraiment fidèles à l’évangile ?

Le serviteur n’est pas au-dessus du maître : choisir de suivre le Christ et de nous engager pour l’évangile nous attire sûrement des oppositions et des contradictions : sommes-nous conscients de cela ? Est-ce que nous avons fait l’expérience de cette opposition dans notre famille, ou notre entourage, dans notre milieu de travail… ?

Comme les contemporains de Jésus et ceux de Saint Luc nous souhaitons sincèrement la paix et l’unité entre nous. Notre monde est pourtant déchiré par les conflits ainsi que nos communautés et même nos familles. En fait Jésus prêche la paix, mais c’est une paix qui n’a rien de facile : sommes-nous des artisans de réconciliation et de paix en acceptant de mener notre combat en nous unissant au Christ mort et ressuscité et d’être purifiés par le feu de l’Esprit Saint ?

 

Ensemble prions 

“ Pour ce qui dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes ”.

Pour que nous soyons plus attentifs à ce qui nous rapproche qu’à ce qui nous divise, prions le Seigneur.

            Refrain : Seigneur rassemble-nous dans la paix de ton amour.

“ C’est dans la paix qu’est semée la justice. ”

Pour que nous ne nous contentions pas de formuler des souhaits de paix, mais que nous soyons effectivement des artisans de paix dans nos situations de vie, prions le Seigneur

“ Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le tranchant du glaive ”

Pour que nous puissions surmonter toutes oppositions que nous rencontrons comme témoins de l’Evangile

“ Justice et paix s’embrassent ”

Pour que dans nos situations de travail, nous fassions respecter les droits de chacun, de sorte que règne la justice et que naisse paix véritable, prions le Seigneur. 

 

 

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18ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Nous sommes exposés à l’amour de Dieu

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Cet homme riche est traité d’insensé, c’est-à-dire qu’il manque de sagesse. En relisant cette parabole, en la méditant, je me disais ceci : au fond, à première lecture, cette parabole nous rappelle simplement cette vieille sagesse sémitique qui a le sens de la fragilité de toute chose. Tout, dans l’histoire humaine, est pratiquement imprévisible, ou presque. Parce que nous savons que les projets que nous faisons, la plupart du temps sont contrecarrés, sont modifiés par des événements, des circonstances. Parce que nous éprouvons, dans notre propre vie, cette fragilité fondamentale de notre désir, de notre vouloir qui n’arrivent jamais à se réaliser pleinement et complètement. Parce qu’aussi nous voyons sans cesse dans notre vie la fragilité de cette vie physique, biologique que nous possédons et qui, à un certain moment, disparaît. Nous avons ce regard sur toute chose qui est que chaque chose n’a pas sa plénitude et sa consistance propre, qu’elle n’arrive pas à se tenir debout toute seule de manière stable et définitive. Dans toute la Bible, les affirmations concernant soit la nature, le monde créé, soit notre propre existence, vont sans cesse dans ce sens : le monde ne tient pas debout tout seul. Heureusement que Dieu l’a fixé sur des colonnes, autrement il s’écroulerait sans cesse. Et puis, « l’homme, ses jours sont comme l’herbe. Comme la fleur des champs il fleurit, un coup de vent passe et il n’existe plus ! »

Dans d’autres cultures, dans d’autres civilisations, dans d’autres philosophies, on l’avait déjà pressenti. Dans la tradition philosophique, on appelle cela la contingence, c’est-à-dire le fait que toute chose n’arrive pas à tenir dans une sorte d’autosuffisance. Elle ne s’explique pas toute seule. Elle ne tient pas debout absolument toute seule. Même si Dieu lui a conféré une autonomie, en réalité, elle est vouée à un moment ou l’autre, à une mort, à une destruction.

Et l’on pourrait croire que cette petite parabole que le Christ nous livre en ce jour, ne veut dire que cela. Au fond, cet homme avec ses richesses, tout le blé qu’il a engrangé et qu’il projette encore d’enfermer dans ses granges qu’il envisage d’agrandir est le symbole de ce désir de vouloir tenir, tout seul, dans l’existence, de se donner à soi-même sa propre sécurité, sans pouvoir y arriver. Cela c’est la face négative de cette parabole.

Mais je me disais en même temps, qu’il y a quelque chose d’extrêmement consolant dans toute cette affaire. Car cette fragilité et cette inconsistance du monde n’ont-elles pas aussi une face positive ? En effet, dire que ce monde est fragile, dire que nous ne pouvons pas nous assurer la vie par nous-mêmes et pour nous-mêmes, cela ne veut-il pas dire que Dieu prier_Dieu_Lumi_re_dans_nos_vieest si proche qu’à tout instant, il peut faire irruption dans nos vies ? Est-ce que, au fond, dans la vie de cet homme qui était en train de se construire une sorte d’énorme barrage vis-à-vis de ses propres projets, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de Dieu, est-ce qu’il n’y a pas là le signe que cette fragilité même de sa vie et de ses projets, et qui montre que Dieu, à tout instant, est proche de lui et peut intervenir au cœur de sa propre vie, même s’il s’agit de ce moyen radical qui est de le rappeler à Lui ?

En réalité, si notre vie est fragile, il faut que nous sachions que cette fragilité signifie deux choses. Elle est sans cesse un rappel de ce que nous ne pouvons pas tenir en nos propres mains notre existence. Mais, en même temps, elle est le signe qu’en réalité, comme le dit saint Paul, « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ! » Si fortes que soient les barrières dont nous voulons nous prémunir, si fortes que soient les richesses dont nous croyons nous assurer, si grandes que soient les sécurités morales ou spirituelles que nous voulons essayer de nous bâtir et qui, la plupart du temps, sont fausses parce qu’elles sont l’ouvrage de nos mains, en réalité, cette fragilité profonde de notre vie fait que, sans cesse, nous sommes exposés à l’amour de Dieu.

Alors, je crois qu’il est bon de rendre grâces, à certains moments, pour cette fragilité que Dieu nous a donnée. C’est vrai qu’elle est une sorte d’ascèse et de pénitence car il s’agit sans cesse de remettre nos vies entre les mains de Dieu. Mais, en même temps elle a quelque chose d’extrêmement beau et éblouissant, c’est de dire que la lumière de Dieu est si proche qu’elle nous est cachée, simplement, par un voile, le voile de l’obscurité de notre regard, le voile de notre dureté de cœur, mais qu’à tout moment Dieu peut briser ce voile et nous dire : « Voici, je viens ! » Amen.ESPRIT SAINT 1




19ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Inutiles mais accueillis

Dans l’évangile de saint Luc (17, 8), nous lisons la péricope des serviteurs inutiles. Le Seigneur y développe ce thème : lorsqu’un serviteur a accompli son travail dans les champs et revient dans la maison le maître lui dira : « Maintenant, passe le tablier, ceins-toi les reins et sers-moi à manger ». Et le Christ de commenter cet épisode en disant : à ce moment-là, le serviteur n’aura aucune récrimination à faire, mais il devra confesser simplement qu’il est un serviteur inutile, qu’il n’a fait que ce qu’il avait à faire.

Aujourd’hui, en apparence contradictoire, nous entendons cette autre péricope dans laquelle le Christ dit que le maître parti de la maison pour fêter des noces, si à son retour il trouve les serviteurs en train de veiller, à ce moment-là, c’est le Maître Lui-même qui décidera, dans la joie de retrouver sa maison, de prendre Lui-même le tablier, de faire asseoir ses serviteurs à table et de leur servir à manger. Ces deux paraboles nous paraîtraient presque contradictoires et irréconciliables si, en réalité, nous ne les référons pas à un même et unique mystère, qui est le mystère de l’amour et de notre relation avec le Seigneur.

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En effet, qui dit aimer, dit essentiellement ne pas compter. Et nous qui sommes sur cette terre, qui sommes les serviteurs qui la plupart du temps d’ailleurs travaillons au champ au lieu de travailler dans la maison du Père, lorsque nous rentrons dans la maison, c’est vrai que le Père, le Maître de maison nous demande encore de le servir. Mais c’est parce que nous, nous ne devons pas compter, si vraiment nous aimons. Et parce que maintenant, nous vivons cette face cachée de notre amour de Dieu, parce que, en ces jours « ce que nous sommes n’a pas encore été révélé, vraiment manifesté », nous vivons sur le mode de la peine, sur le mode du service, mais ce qui compte c’est de vivre ce service sans mesurer, sans calculer. Parce que nous sommes au Seigneur, parce que nous l’aimons et que Lui nous aime, nous n’avons pas à mesurer. A ce moment-là, nous ne serions plus des serviteurs de la maison et même d’une certaine manière, nous renierions l’identité de notre Maître. Si nous calculions notre peine et si nous mesurions notre désir d’aimer, c’est que nous n’aimerions pas un maître qui est infiniment bon qui, Lui, ne calcule pas.

Et c’est pourquoi, lorsque nous entrerons, définitivement dans la maison, le Maître nous révélera toute la joie qu’il y avait à le servir. Au moment où, ayant servi en veillant, en attendant, et qu’à ce moment-là, le Maître rentrera dans notre maison, que le Maître nous accueillera chez Lui, alors nous comprendrons vraiment que, Lui aussi, sans que nous nous en soyons rendu compte auparavant, était là sans cesse, en train de nous servir, de nous préparer une table, de nous préparer une place, de nous préparer la joie de nous aimer l’un l’autre.

personne en méditationOui, en réalité ces deux paraboles ne font que manifester, l’une, la face cachée de notre amour, ici-bas sur terre. Nous aimons le Seigneur en nous donnant totalement à la tâche, sans rien réclamer, parce que c’est vrai que notre amour est peu de chose et que, tout compte fait, nous sommes des serviteurs inutiles. Et l’autre parabole, révèle cette face de gloire de l’amour, lorsque le Seigneur Lui-même nous apprendra et nous fera voir face à face comment Il a été, sans cesse, notre serviteur, qu’Il était sans cesse en train de nous inviter et de nous faire asseoir à sa table, alors même que souvent nous ne nous en rendions pas compte.

Nous qui avons cette joie de venir chaque semaine nous asseoir à la table du Seigneur et d’y recevoir son corps et son sang, puissions-nous réaliser ce double aspect de l’unique amour de Dieu : par rapport à cet amour, nous sommes des serviteurs inutiles mais dans notre inutilité nous sommes déjà accueillis et lorsque nous croyons servir, c’est déjà Dieu qui nous sert. Amen.




19ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 «Veiller à recevoir, sans cesse, le Don de l’Amour (Lc 12,32-48)…»  

     Sois sans crainte, petit troupeau : votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume.
Vendez ce que vous possédez et donnez-le en aumône. Faites-vous des bourses qui ne s’usent pas, un trésor inépuisable dans les cieux, là où le voleur n’approche pas, où la mite ne détruit pas.
Car là où est votre trésor, là aussi sera votre cœur.
Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées.
Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte.
Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller. Amen, je vous le dis : c’est lui qui, la ceinture autour des reins, les fera prendre place à table et passera pour les servir.
S’il revient vers minuit ou vers trois heures du matin et qu’il les trouve ainsi, heureux sont-ils !
Vous le savez bien : si le maître de maison avait su à quelle heure le voleur viendrait, il n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison.
Vous aussi, tenez-vous prêts : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra. »
Pierre dit alors : « Seigneur, est-ce pour nous que tu dis cette parabole, ou bien pour tous ? »
Le Seigneur répondit : « Que dire de l’intendant fidèle et sensé à qui le maître confiera la charge de son personnel pour distribuer, en temps voulu, la ration de nourriture ?
Heureux ce serviteur que son maître, en arrivant, trouvera en train d’agir ainsi !
Vraiment, je vous le déclare : il l’établira sur tous ses biens.
Mais si le serviteur se dit en lui-même : “Mon maître tarde à venir”, et s’il se met à frapper les serviteurs et les servantes, à manger, à boire et à s’enivrer,
alors quand le maître viendra, le jour où son serviteur ne s’y attend pas et à l’heure qu’il ne connaît pas, il l’écartera et lui fera partager le sort des infidèles.
Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’a rien préparé et n’a pas accompli cette volonté, recevra un grand nombre de coups.
Mais celui qui ne la connaissait pas, et qui a mérité des coups pour sa conduite, celui-là n’en recevra qu’un petit nombre. À qui l’on a beaucoup donné, on demandera beaucoup ; à qui l’on a beaucoup confié, on réclamera davantage.

     homme en prière

 

 

            L’Evangile de ce Dimanche commence par cette invitation de Jésus : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume. » Tout de suite, Jésus nous met donc en présence du Père : son Père de toute éternité, et notre Père à tous dans l’ordre de la création (Jn 20,17)… Et ce qui est bon à ses yeux, ce qu’il désire, ce qu’il veut, c’est « nous donner le Royaume », gratuitement, par amour, comme un Père « trouve bon » ce qui est le meilleur pour ses enfants…

            Mais ce Royaume, quel est-il ? En quoi consiste-t-il ? St Paul nous aide à répondre : « « Le Royaume des Cieux ne consiste pas en des questions de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Et il écrit encore : « Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). St Luc parlera de l’homme comme étant appelé à être « rempli par l’Esprit Saint » (Lc 1,15.41.67 ; 4,1 ; Ac 2,4), « le Don de Dieu » (Ac 8,20 ; 2,38 ; Jn 4,10) : « La paix soit avec vous… Recevez l’Esprit Saint », dit le Ressuscité à ses disciples et, à travers eux, à tout homme (Jn 20,19-22). « L’Esprit se joint alors à notre esprit » (Rm 8,16), et nous établit ainsi dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3) qui est avant tout « paix », « joie » profonde (Ga 5,22 ; Ac 13,52). 

            Tel est donc le Royaume des Cieux : avoir part gratuitement, par Amour, à l’Esprit de Dieu, l’Esprit qui « remplit » les cœurs du Père et du Fils de toute éternité. Et Dieu veut qu’il en soit de même pour chacun d’entre nous, car l’Amour est Partage. Tel est le vrai Trésor de la vie, offert dès maintenant à notre foi, en attendant la Plénitude à venir. C’est pour cela que Dieu nous a tous créés…

            Face à lui, les richesses de ce monde font pâle figure : « Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ » (Mt 13,44). « Vendez vos biens et donnez les en aumône », dit ici Jésus, car telle est la logique de l’Amour : donner pour le seul bien de l’autre… Et « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (Ac 20,35).Telle est donc le chemin de la vraie joie : donner, servir. C’est ce que fait ici « l’intendant fidèle » : « donner en temps voulu la ration de blé. Heureux ce serviteur, que son maître, en arrivant, trouvera occupé de la sorte » (Lc 12,43) !                                     DJF                                       




Rencontre autour de l’Évangile – 19ieme dimanche du temps ordinaire

“Restez en tenue de service

et gardez vos lampes allumées.”

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 12, 32-48)            

Jésus a mis en garde précédemment contre l’accumulation des biens matériels, une recherche égoïste qui n’apporte qu’une sécurité trompeuse (Lc 12,13-21). Puis il a invité à chercher avant tout « le Royaume des Cieux » dans le cadre d’une relation vivante et confiante avec Dieu. Notre Père sait en effet de quoi nous avons besoin en cette vie, et « cela vous sera donné par surcroît » nous promet-il (Lc 12,22-31). Vient ensuite la première phrase de notre Evangile (Lc 12,32), clé de tout ce qui précède et de tout ce qui suit…

Le sens des mots

  • Bien prendre le temps de lire et de relire cette première phrase. Comment Dieu est-il appelé ? Que veut dire « il a trouvé bon » ? D’après les versets suivants, qu’est-ce donc que « le Royaume de Dieu » :

–          « Si c’est par l’Esprit de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Mt 12,28).

–          « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’eau et d’Esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu » (Jn 3,5).

–          « Le Royaume de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17).

–          Enfin, comparez notre verset (Lc 12,32) avec : « Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8) ; et : « Le don de l’Esprit Saint a été aussi répandu sur les païens » (Ac 10,45).

  • Le trésor que nous propose Jésus peut-il s’user, être volé ou rongé par les mites ? Comment Jésus le qualifie-t-il ici et pourquoi en parle-t-il ainsi ? Quel est donc notre seul vrai trésor, déjà, ici-bas, par la foi et dans la foi ?

  • « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). Quand Dieu nous donne l’Esprit Saint, que nous donne-t-il donc avec lui ? Pensons à l’image du Soleil : « Dieu est un Soleil, il donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12), il donne l’Esprit, sans cesse… Que faut-il donc faire de cœur pour rester dans la Lumière ? Comment pouvons-nous éteindre nos lampes ? A quoi Jésus nous invite-t-il donc en fait ?

            Jésus nous donne un exemple à ne pas suivre dans la seconde partie de notre Evangile. Que fait donc le serviteur qui voit que son Maître tarde à venir ? Nous lisons comme conséquence : « Il se séparera de lui » : mais entre nous, pécheurs, et Dieu, qui se sépare de qui en fait ? Et qui donne à qui un grand nombre de coups, est-ce Dieu ?

  • « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). En recevant l’Esprit Saint, que recevons-nous aussi ? Souvenons-nous de la belle-mère de Simon Pierre qui, une fois guérie par Jésus, se mit à le servir, lui et ses disciples (Mc 1,29-31). Si nous recevons le Don de Dieu, vers quelle attitude nous poussera-t-il vis-à-vis de Lui et de tous ceux et celles qui nous entourent ? Quel est d’ailleurs ici « le travail » accompli par « l’intendant fidèle et sensé » ?

            Dieu Lui-même en est le plus bel exemple. Si le serviteur de Jésus est fidèle, s’il veille, que fera pour lui son Maître à son retour des noces ? Comment ce serviteur se sentira-t-il alors ? « Dieu est Amour », et donc aimer, c’est …….

            Cet intendant aura été fidèle en peu de choses… Mais souvenons-nous du tout début : à quelle attitude, vis-à-vis de Dieu « Soleil qui donne », qui donne et qui donne encore, aura-t-il en fait été fidèle ? Et comme Dieu ne cesse de donner, que recevra-t-il donc de lui ? Noter l’expression employée ici : à quoi renvoie-t-elle ? Souvenons-nous de celle du tout début de notre Evangile : « un Trésor inépuisable dans les cieux »…

 

 

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Ensemble regardons Jésus 

En silence, nous écoutons Jésus parler à  notre cœur : “ La vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses ”. Lui-même s’est fait pauvre pour nous enrichir : par lui et en lui nous vivons de la vie de Dieu avec toutes les richesses pour grandir dans cette vie : sa Parole, l’Eglise, les sacrements, l’amour des frères…Grâce à l’Esprit Saint que le Père nous a donné, nous pouvons aimer, partager, servir, fraterniser, réconcilier, nous donner …en un mot “ être riche en vue de Dieu ”.

 

   

Pour l’animateur  

Tout de suite, Jésus, le Fils du Père, le Frère de tous les hommes, nous met en présence de « notre Père » à tous, le Père de tous les hommes… « Il a trouvé bon », car c’est bien, c’est ce qu’il veut pour tout homme, pour chacun de ses enfants, pour son bien le plus profond, et il est le premier à être heureux lorsque cela se réalise concrètement, « il a trouvé bon de nous donner le Royaume » gratuitement, par Amour… Notre Père est heureux de nous le donner, et il est encore plus heureux lorsque nous acceptons de recevoir ce Don pour notre bien le plus profond, pour notre vrai bonheur, car nous avons tous été créés pour cela… Dieu est un Papa qui ne pense qu’au Bonheur de ses enfants, qui fait tout pour qu’il se réalise concrètement, et qui est heureux quand il se réalise vraiment…

            D’après tous ces versets, « donner le Royaume » c’est « donner l’Esprit Saint » car le Royaume de Dieu est un Mystère de Communion avec Dieu dans l’unité d’un même Esprit. C’est ce que le Fils vit de toute éternité avec le Père qui, par amour, ne cesse de lui donner la Plénitude de ce qu’Il Est, et Il Est Esprit, Lumière, et Vie. « Né du Père avant tous les siècles », « engendré non pas créé », Jésus, le Fils, est alors « de même nature que le Père », « Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Il vit en Communion avec le Père, dans l’unité d’un même Esprit qui est tout en même temps Lumière et Vie. Cette vie en communion avec Dieu, tel est le Royaume des Cieux que le Père veut nous donner gratuitement, par amour, en nous donnant l’Esprit Saint. C’est ce qu’il fait pour le Fils de toute éternité… Créés par le Père, tous enfants d’un même Père, nous sommes tous appelés à partager la Vie du Père qui nous est communiquée par le Don de l’Esprit Saint… Telle est notre vocation à tous !

  • Ce Trésor, notre seul vrai Trésor ici-bas, est le Don de l’Esprit Saint, Don éternel, spirituel et donc, dans nos cœurs, insaisissable à tout voleur et aux mites ! Il est « inépuisable» car la richesse de Dieu est « insondable » (Ep 3,8), infinie !

  • En nous donnant « l’Esprit», Dieu nous donne « sa Lumière», et puisqu’il est un Soleil qui donne sans cesse, nous sommes invités, comme Jésus, à être sans cesse, de cœur, « tournés vers Lui » (Jn 1,18) pour recevoir et recevoir encore ce Don de Dieu. Nous « veillerons » donc à demeurer dans cet Amour instant après instant. Et nous essaierons (nous n’y arrivons pas toujours !), avec la Force de cet Esprit d’Amour et de Miséricorde qui vient au secours de notre faiblesse, de vivre en harmonie avec le Don reçu en évitant le mal qui lui est contraire. « Garder nos lampes allumées » suppose donc une conversion continuelle, soutenue par Dieu Lui-même, avec notre consentement bien sûr…

            Le serviteur infidèle fait le mal, ce qui prouve qu’il s’est coupé de la Source de tout bien. Privé du Don de Dieu, il ne peut que se retrouver dans les ténèbres, l’absence de Plénitude de Vie, privé de la vraie Paix et de la vraie Joie. Il s’est séparé lui-même de Dieu, il s’est donné à lui-même un grand nombre de coups. « Souffrance et angoisse à toute âme qui fait le mal » (Rm 2,9).

  • En recevant l’Esprit, nous recevons l’Amour qui nous pousse à nous mettre au service de Dieu et de nos frères, une attitude qui est celle-là même de Dieu ! Jésus était par amour, au service de son Père et de tous les hommes ses frères. Il leur a lavé les pieds, il est allé jusqu’à donner sa vie pour eux sur une Croix. Aimer, c’est, très concrètement, servir… « L’intendant fidèle et sensé » distribue aux autres les biens qu’il a reçus de son Maître, et cela pour leur Vie, leur Bien le plus profond. Telle est notre mission à tous : partager largement avec tous ceux et celles qui nous entourent tout ce que nous avons reçu de Dieu…

  • Si nous veillons dans l’Amour à rester de cœur tourné vers Dieu qui ne cesse de donner tout ce qu’il a, tout ce qu’Il Est, nous nous retrouverons comblés de « tous ses biens» : le Trésor infini, « inépuisable», de l’Esprit Saint. Ce Trésor sera notre plénitude et « par notre plénitude, nous entrerons dans toute la Plénitude de Dieu » (Ep 3,19 ; Col 2,9-10).

       

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

L’Evangile aujourd’hui dans notre vie

  • Quelles résolutions, aujourd’hui, pouvons-nous prendre pour nous aider à « veiller», à demeurer, de cœur, tournés vers l’Amour pour nous laisser combler de ses Biens ?

  • Quelle démarche concrète pourrions-nous entreprendre pour collaborer davantage à l’œuvre de Dieu qui veut que tout homme soit comblé par le Don de son Esprit Saint ?

ENSEMBLE PRIONS

« Ô Père, Source de l’Amour, tu nous as gardés en ce jour, dans ta Tendresse. Si je n’ai pas compris ta voix, ce soir je rentre auprès de toi, et ton pardon me sauvera de la tristesse » (Claude Tassin).      

 

 

 

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18ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Nous sommes exposés à l’amour de Dieu

amour de dieu

Cet homme riche est traité d’insensé, c’est-à-dire qu’il manque de sagesse. En relisant cette parabole, en la méditant, je me disais ceci : au fond, à première lecture, cette parabole nous rappelle simplement cette vieille sagesse sémitique qui a le sens de la fragilité de toute chose. Tout, dans l’histoire humaine, est pratiquement imprévisible, ou presque. Parce que nous savons que les projets que nous faisons, la plupart du temps sont contrecarrés, sont modifiés par des événements, des circonstances. Parce que nous éprouvons, dans notre propre vie, cette fragilité fondamentale de notre désir, de notre vouloir qui n’arrivent jamais à se réaliser pleinement et complètement. Parce qu’aussi nous voyons sans cesse dans notre vie la fragilité de cette vie physique, biologique que nous possédons et qui, à un certain moment, disparaît. Nous avons ce regard sur toute chose qui est que chaque chose n’a pas sa plénitude et sa consistance propre, qu’elle n’arrive pas à se tenir debout toute seule de manière stable et définitive. Dans toute la Bible, les affirmations concernant soit la nature, le monde créé, soit notre propre existence, vont sans cesse dans ce sens : le monde ne tient pas debout tout seul. Heureusement que Dieu l’a fixé sur des colonnes, autrement il s’écroulerait sans cesse. Et puis, « l’homme, ses jours sont comme l’herbe. Comme la fleur des champs il fleurit, un coup de vent passe et il n’existe plus ! »

Dans d’autres cultures, dans d’autres civilisations, dans d’autres philosophies, on l’avait déjà pressenti. Dans la tradition philosophique, on appelle cela la contingence, c’est-à-dire le fait que toute chose n’arrive pas à tenir dans une sorte d’autosuffisance. Elle ne s’explique pas toute seule. Elle ne tient pas debout absolument toute seule. Même si Dieu lui a conféré une autonomie, en réalité, elle est vouée à un moment ou l’autre, à une mort, à une destruction.

Et l’on pourrait croire que cette petite parabole que le Christ nous livre en ce jour, ne veut dire que cela. Au fond, cet homme avec ses richesses, tout le blé qu’il a engrangé et qu’il projette encore d’enfermer dans ses granges qu’il envisage d’agrandir est le symbole de ce désir de vouloir tenir, tout seul, dans l’existence, de se donner à soi-même sa propre sécurité, sans pouvoir y arriver. Cela c’est la face négative de cette parabole.

Mais je me disais en même temps, qu’il y a quelque chose d’extrêmement consolant dans toute cette affaire. Car cette fragilité et cette inconsistance du monde n’ont-elles pas aussi une face positive ? En effet, dire que ce monde est fragile, dire que nous ne pouvons pas nous assurer la vie par nous-mêmes et pour nous-mêmes, cela ne veut-il pas dire que Dieu prier_Dieu_Lumi_re_dans_nos_vieest si proche qu’à tout instant, il peut faire irruption dans nos vies ? Est-ce que, au fond, dans la vie de cet homme qui était en train de se construire une sorte d’énorme barrage vis-à-vis de ses propres projets, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de Dieu, est-ce qu’il n’y a pas là le signe que cette fragilité même de sa vie et de ses projets, et qui montre que Dieu, à tout instant, est proche de lui et peut intervenir au cœur de sa propre vie, même s’il s’agit de ce moyen radical qui est de le rappeler à Lui ?

En réalité, si notre vie est fragile, il faut que nous sachions que cette fragilité signifie deux choses. Elle est sans cesse un rappel de ce que nous ne pouvons pas tenir en nos propres mains notre existence. Mais, en même temps, elle est le signe qu’en réalité, comme le dit saint Paul, « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ! » Si fortes que soient les barrières dont nous voulons nous prémunir, si fortes que soient les richesses dont nous croyons nous assurer, si grandes que soient les sécurités morales ou spirituelles que nous voulons essayer de nous bâtir et qui, la plupart du temps, sont fausses parce qu’elles sont l’ouvrage de nos mains, en réalité, cette fragilité profonde de notre vie fait que, sans cesse, nous sommes exposés à l’amour de Dieu.

Alors, je crois qu’il est bon de rendre grâces, à certains moments, pour cette fragilité que Dieu nous a donnée. C’est vrai qu’elle est une sorte d’ascèse et de pénitence car il s’agit sans cesse de remettre nos vies entre les mains de Dieu. Mais, en même temps elle a quelque chose d’extrêmement beau et éblouissant, c’est de dire que la lumière de Dieu est si proche qu’elle nous est cachée, simplement, par un voile, le voile de l’obscurité de notre regard, le voile de notre dureté de cœur, mais qu’à tout moment Dieu peut briser ce voile et nous dire : « Voici, je viens ! » Amen.ESPRIT SAINT 1




18ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 «Vivre non pas pour soi, mais pour les autres (Lc 12,13-21)…»  

     En ce temps-là, du milieu de la foule, quelqu’un demanda à Jésus : « Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage. »
Jésus lui répondit : « Homme, qui donc m’a établi pour être votre juge ou l’arbitre de vos partages ? »
Puis, s’adressant à tous : « Gardez-vous bien de toute avidité, car la vie de quelqu’un, même dans l’abondance, ne dépend pas de ce qu’il possède. »
Et il leur dit cette parabole : « Il y avait un homme riche, dont le domaine avait bien rapporté.
Il se demandait : “Que vais-je faire ? Car je n’ai pas de place pour mettre ma récolte.”
Puis il se dit : “Voici ce que je vais faire : je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands et j’y mettrai tout mon blé et tous mes biens.
Alors je me dirai à moi-même : Te voilà donc avec de nombreux biens à ta disposition, pour de nombreuses années. Repose-toi, mange, bois, jouis de l’existence.”
Mais Dieu lui dit : “Tu es fou : cette nuit même, on va te redemander ta vie. Et ce que tu auras accumulé, qui l’aura ?”
Voilà ce qui arrive à celui qui amasse pour lui-même, au lieu d’être riche en vue de Dieu. »

Dieu est amour 2

         Un conflit oppose ici deux frères sur une question d’héritage… L’un voudrait en avoir une part, alors que son frère a déjà tout pris pour lui. Ce dernier était peut-être l’aîné à qui tout revenait de droit… Mais il ne veut rien partager ! Et son frère de son côté ne veut rien lâcher ! Nous le constatons, les deux sont habités par cette « âpreté au gain » vis-à-vis de laquelle Jésus nous met ici en garde…

            En effet, « la vie d’un homme, fût-il dans l’abondance, ne dépend pas de ses richesses ». Il est vrai que celles-ci lui permettent de subvenir aux besoins de son corps. Il en faut donc un minimum, et « le Père sait de quoi nous avons besoin avant même que nous ne lui ayons demandé » (Mt 6,8). « Ne cherchez donc pas ce que vous mangerez ni ce que vous boirez… Ne vous tourmentez pas. Votre Père sait que vous en avez besoin. Cherchez donc son Royaume, et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Lc 12,29-31). Et « qui cherche » son Royaume le« trouve » (Lc 11,10) car « votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32), « Lui qui vous a fait le Don de son Esprit Saint » (1Th 4,8)… Le Royaume de Dieu est en effet Mystère de Communion avec Lui dans l’unité d’un même Esprit (cf. Rm 14,17 ; 2Co 13,13).

            Or, écrit St Paul, « l’Amour de Dieu a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). Et cet Amour ne peut qu’être une Force qui entraîne les pécheurs que nous sommes sur les chemins de la conversion, c’est-à-dire du partage et de la solidarité, à contre sens de tout égoïsme… Deux logiques s’opposent donc : celle de la recherche de soi, sans se préoccuper des autres… Celle de la recherche du bien de l’autre, au prix parfois de quelques sacrifices…

            Ces deux frères, chacun ne pensant qu’à lui-même, sont plutôt dans la première. Pour les aider à en prendre conscience, Jésus va leur offrir la parabole de cet homme « dont les terres avaient beaucoup rapporté ». « Que vais-je faire ? Je vais démolir mes greniers, j’en construirai de plus grands. J’y entasserai tout mon blé… et je me dirai à moi-même : repose-toi, jouis de l’existence »… Je, je, je, je, mon, me, moi-même… Cet homme ne pense qu’à lui-même, à ses richesses, à son bien-être personnel… Aucune pensée pour autrui, et donc aucune marque d’attention… Mais il a oublié que nous ne sommes que de passage ici-bas : « Tu es fou : cette nuit même, on te redemande ta vie. Et ce que tu as amassé, qui l’aura ? »… Certainement pas lui ! Dépossédé des biens de ce monde, que lui restera-t-il lorsqu’il arrivera en l’autre ? « Tout passe, l’amour seul demeure » (Ste Thérèse d’Avila)…                DJF