16ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (19 juillet)

« Le Seigneur est mon berger » (Mc 6,30-34)

 En ce temps-là, après leur première mission, les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.
Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger.
Alors, ils partirent en barque pour un endroit désert, à l’écart.
Les gens les virent s’éloigner, et beaucoup comprirent leur intention. Alors, à pied, de toutes les villes, ils coururent là-bas et arrivèrent avant eux.
En débarquant, Jésus vit une grande foule. Il fut saisi de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis sans berger. Alors, il se mit à les enseigner longuement.

16ième dimanche temps ordinaire

 

             Les Apôtres reviennent de mission. « Ils se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné ». Et ils sont fatigués… Jésus le voit, et il va aller au-devant de leurs besoins, avant même qu’ils lui aient demandé quoique ce soit… Son attitude confirme ici ce qu’il leur avait dit un jour : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles, ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas. Car votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous l’ayez demandé ». Or, « moi et le Père, nous sommes un » (Mt 6,7-8 ; Jn 10,30)), unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit, d’un même Amour. La Lumière de l’Amour qui brille dans les yeux de Jésus est donc la même que celle du Père… Ils sont fatigués, ils n’ont rien demandé : « Venez à l’écart et reposez vous un peu »… « Le Seigneur est mon berger, je ne manque de rien. Sur des prés d’herbe fraîche, il me fait reposer » (Ps 23)…

            « Venez à l’écart »… En effet, « ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger ». Jésus, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), vrai Dieu et vrai homme, est le plus humain qui soit. Et nous le voyons se préoccuper ici, très concrètement, de ses disciples : qu’ils puissent bien manger et bien se reposer… Et il fera de même un peu plus tard avec la foule venue à sa rencontre pour l’écouter, en plein désert… Ils ne lui demanderont rien, mais Jésus, voyant leurs besoins, accomplira pour eux la première multiplication des pains (Mc 6,35-44)…

            « Les disciples partirent donc dans la barque pour un endroit désert, à l’écart »… Mais en regardant la direction qu’ils prennent, les gens devinent l’endroit où ils vont accoster. Ils courent sur le bord du lac et arrivent avant eux… Dans leur vie d’hommes et de femmes, ils sont « comme des brebis sans berger », perdus dans ce monde si souvent difficile, ne sachant sur qui compter. Lorsque Jésus débarque, il voit cette grande foule, il perçoit leur détresse, et, littéralement, écrit St Marc, « il fut remué jusqu’aux entrailles », bouleversé de compassion jusqu’au plus profond de lui-même… Aussi va-t-il aller au devant de leurs besoins, avant même qu’ils lui aient demandé quoique ce soit, et « il se mit à les instruire longuement. » Il leur parlera du Père, de son Amour pour tous les hommes, de sa Présence agissante à leur côté, certes invisible à leurs yeux de chair, mais puissante en leur cœur, par le Don de l’Esprit… Alors, confiance et paix…           DJF

               

                                                                              




15ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 12 juillet 2015

 

Amos 7, 12-15 (“Va, tu seras prophète pour mon peuple. “)

 

Il existait, dans l’Antiquité biblique, un métier de prophète, à côté des sages (ou scribes) et des prêtres. Certains prophètes racontaient leurs visions – d’où leur désignation comme « voyants » – et ils délivraient leurs oracles dans les sanctuaires, sous le contrôle des prêtres. D’autres étaient des conseillers religieux et politiques du roi, tel Natan auprès de David. Parfois groupés en confréries (cf. 1 Rois 20, 35), on les appelait « fils de prophètes ». Or, Amos reconnaît qu’il n’est « pas prophète ni fils de prophète ».

  Amos est doublement un nouveau type de prophète, le plus ancien des « prophètes écrivains », comme ensuite Isaïe ou Jérémie, à la différence des anciens voyants Élie et Élisée. D’abord, Dieu choisit Amos et l’envoie alors qu’il n’est pas du métier. Éleveur et arboriculteur (itinérant ?), « inciseur de sycomores » (pour hâter la maturité ?), Amos se signale par une solide sagesse populaire, par une verdeur de langage calculée et une fine connaissance de la politique qui ne peut venir d’un simple bouvier. En second lieu, alors qu’il est de Judée, de Téqoa, près de Bethléem (Amos 1, 1), Dieu l’envoie hors de sa patrie, dans le royaume de Samarie, le royaume du Nord, et dans son grand sanctuaire de Béthel. Il doit y dénoncer la corruption sociale et religieuse, alors que ce pays est à l’apogée de sa prospérité, sous le long règne de Jéroboam II (787-747). Dieu ne connaît pas de frontières. Il appelle tous les hommes à la conversion et il demande à ses envoyés de transgresser ces frontières.

  Un jour, c’est à toutes les nations, sans distinction, que le Christ ressuscité enverra ses messagers, Mais, au départ, c’est dans la campagne galiléenne, leur pays, que Jésus envoie les Douze (évangile).

 

 

Éphésiens 1, 3-14 (Dieu nous a choisis depuis toujours.)

 

Une solennelle bénédiction préface cet écrit, rédigé par un disciple, inconnu, de Paul et réactualisant le message de l’Apôtre. Les trois premières lignes en annoncent le thème qui sera repris en de multiples variations. Le Dieu que nous bénissons est le Père du Seigneur et Messie Jésus. Il est « au ciel », lieu symbolique qui échappe aux fluctuations de l’histoire. De là-haut, il a planifié son projet : nous donner la pluie des « bénédictions de l’Esprit, dans le Christ ». Cette bénédiction se déploie ici en six mouvements :

(1) Dieu a pensé à nous choisir et à nous unir au Christ avant même la création.

(2) Il nous a destinés à devenir ses enfants, frères du Christ.

(3) Cela s’est réalisé par l’effusion d’un sang rédempteur (de la croix).

(4) Ce projet vise, au terme, à redonner à l’univers divisé une nouvelle unité sous une seule Tête, le Christ.

(5) Depuis toujours, Dieu nous avait destinés à être les bénéficiaires et les témoins de cette réunification.

(6) Nous en faisons déjà l’expérience grâce à l’Esprit Saint reçu au baptême.

  Cette symphonie spirituelle est ponctuée par de joyeux coups de trompette soulignant le bonheur de notre vocation : Nous sommes « en lui » (dans le Christ), « à la louange de la gloire » de Dieu, « dans l’amour ». Le texte reprend et adapte *une prière de la synagogue juive pour exprimer le mystère profond de l’Église. On remarquera notamment, comme dans notre lecture, la répétition de l’expression « dans l’amour ».

 

* Une prière de la synagogue. « D’un amour éternel tu nous as aimés, Seigneur, notre Dieu; d’une pitié grande et surabondante, tu as eu pitié de nous, notre Père, notre Roi (…) Notre Père, Père des miséricordes, miséricordieux, fais-nous miséricorde et donne à nos cœurs de discerner et de comprendre, d’entendre, d’être instruits et d’instruire, de garder, d’accomplir et de rendre stables toutes les paroles de l’instruction de ta Loi, dans l’amour. Illumine nos yeux dans ta Loi, attache nos cœurs à tes préceptes et unifie nos cœurs dans l’amour et la crainte de ton nom. Fais-nous entrer dans la paix des quatre extrémités de la terre, et conduis-nous, la tête haute, dans notre terre. Car tu es le Dieu qui accorde le salut et tu nous as choisis de tout peuple et de toute langue, et tu nous as fait approcher de ton grand nom pour toujours en vérité, pour te louer et proclamer ton unité dans l’amour. Béni sois-tu, Seigneur, qui as choisi ton peuple Israël dans l’amour » (Prière juive matinale, « D’un grand amour »).

 

 

Marc 6, 7-13 (« Il commença à les envoyer. »)

 

Jésus avait choisi les Douze « pour qu’ils soient avec lui, et pour les envoyer prêcher avec le pouvoir de chasser les esprits mauvais » (Marc 3, 13-15). Ils viennent de vivre avec lui un compagnonnage suffisamment riche pour qu’il puisse à présent leur confier une première mission à travers la Galilée. Celle-ci préfigure leur futur *envoi, après la résurrection du Seigneur, quoique Marc n’en parle pas, son évangile authentique s’achevant de manière laconique en Marc 16, 8. Déjà il leur partage son pouvoir sur les forces du mal. Déjà ils vont deux par eux, comme plus tard Pierre et Jean ou Paul et Barnabé, car, dans le cadre juif, deux personnes sont requises pour assurer la vérité d’un témoignage. 

Partir avec un maigre trousseau 

Ceux qui annoncent le règne de Dieu éviteront tout « gadget » publicitaire. Par leur dénuement, ils montreront qu’ils mettent leur confiance en la seule puissance de ce Règne. Mais le dépouillement sera réaliste, adapté aux situations. On le voit bien si on compare ces instructions à leurs versions parallèles en Matthieu 10, 9-10, en Luc 9, 3 et 10, 4, de recensions plus anciennes ou plus idéalistes. Ce qui était possible en Galilée au temps de Jésus ne l’est plus au temps de Marc. Les prédicateurs ont droit désormais à des sandales et à un bâton, car les voyages missionnaires deviennent plus longs et les routes peu sûres. Comparer aussi Luc 22, 35-36.

  En revanche, pour la subsistance quotidienne, les prescriptions demeurent : ni provisions, ni argent, ni vêtement de rechange. Ces étranges voyageurs qui n’ont rien à vendre devront compter sur l’accueil de l’habitant. Car leurs hôtes, en les recevant, montreront que c’est le règne de Dieu qu’ils devinent et reçoivent à travers eux, comme dans l’épisode de la visite de Pierre chez Corneille, en Actes 10 – 11. « Quiconque vous donnera à boire une coupe d’eau pour le nom que vous êtes “du Christ”, amen ! je vous dis qu’il ne perdra pas sa récompense » (Marc 9, 41). 

Se faire accueillir 

Le messager se livre à l’accueil ou au refus des libertés humaines. En se fixant passagèrement dans une maison hospitalière, il espère que celle-ci deviendra à son tour un centre de rayonnement de l’Évangile, telle la demeure de dame Lydie en Actes 16, 13-15. Au contraire, on devra témoigner aux localités peu accueillantes qu’elles manquent une occasion de bienfaits. Certains Juifs secouaient la poussière de leurs pieds lorsqu’ils passaient d’une terre païenne en Terre sainte, pour ne pas souiller celle-ci par une poussière impure. Ce sera pour ceux qui refusent l’Évangile « un témoignage », le signe qu’ils ont manqué leur chance de devenir un peuple saint. Paul et Barnabé poseront ce geste symbolique en quittant Antioche de Pisidie (Actes 13, 51), cette fois contre les Juifs s’opposant au succès de l’Évangile parmi les païens. 

Ils partirent 

Au total, Marc mêle les souvenirs de ce qui se faisait au temps de Jésus et les pratiques ultérieures des missionnaires de sa propre Église. Cette généralisation se traduit, à la fin de la page, par le passage des verbes à l’imparfait, comme des pratiques coutumières. Ces envoyés, après Pâques, n’annoncent plus le règne de Dieu, comme le faisait Jésus (Marc 1, 14-15). Ils appellent à la conversion au Christ, ils exorcisent et guérissent, comme lui ; mais ils ne négligent pas l’usage tout humain de l’huile, un produit fréquemment utilisé comme remède dans la médecine antique. Il ne s’agit nullement du sacrement de « l’extrême onction ».

 

* L’envoi. Après le départ de Jésus, la mission des disciples s’exerça principalement dans les maisons qui cherchaient à savoir, avec sympathie, ce que ces chrétiens « avaient dans le ventre » puis dans les synagogues. Ces premiers témoins chrétiens étant juifs d’origine, la synagogue était pour eux le cadre idéal où ils pouvaient atteindre une communauté constituée de Juifs et de païens sympathisants du judaïsme. À partir des lectures bibliques du sabbat, la Loi et les Prophètes, ils expliquaient que Jésus, le Messie, accomplissait les promesses des saintes Écritures. Dans les maisons, ils rejoignaient la base du tissu social et créaient des réseaux de convertis. Il y eut un troisième lieu, plus inattendu, les tribunaux où les chrétiens devaient s’expliquer sur la nouveauté inquiétante, aux yeux des autorités politiques, de leur mouvement et ils donnaient ainsi une extraordinaire publicité à l’Évangile (voir Luc 21, 12-15 ; Actes 4, 4-12 ; 24, 10-21). Les situations et les moyens de communication changent. Mais la Mission continue. Les témoins du Christ cherchent tous les lieux de l’existence humaine, tous les médias, où l’Évangile peut se faire entendre.

 




15ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (12 juillet)

« L’envoi en mission » (Mc 6,7-13).

 

En ce temps-là, Jésus appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs,
et il leur prescrivit de ne rien prendre pour la route, mais seulement un bâton ; pas de pain, pas de sac, pas de pièces de monnaie dans leur ceinture.
« Mettez des sandales, ne prenez pas de tunique de rechange. »
Il leur disait encore : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ.
Si, dans une localité, on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds : ce sera pour eux un témoignage. »
Ils partirent, et proclamèrent qu’il fallait se convertir.
Ils expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient.

 

 disciple en mission

               

La mission première de Jésus était d’annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux. La première phrase qu’il prononce dans l’Evangile de Marc est ainsi : « Le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à l’Evangile » (Mc 1,15). Et juste avant notre passage, nous lisons : « Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant » (Mc 6,6).

Parmi ses disciples, il en avait choisi Douze « pour être ses compagnons et pour les envoyer prêcher avec pouvoir de chasser les démons » (Mc 3,13-19). Aujourd’hui, les Evêques sont leurs successeurs. Leur mission première, avec toute l’Eglise locale dont ils ont la charge, est donc de « prêcher » à la suite du Christ. Et c’est bien ce qu’ils font ici : « Ils partirent et proclamèrent qu’il fallait se convertir »…

Or, écrit St Jean, « celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu, car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Et ceci est vrai aussi bien pour le Christ, envoyé par le Père (Jn 3,17 ; 4,34 ; 5,23…), que pour l’Eglise envoyée par le Christ : « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20,21). Or, c’est par le Don de cet Esprit Saint, qui se joint toujours à la Parole de Dieu pour leur rendre témoignage, que le Christ chassait les démons : « Si c’est par l’Esprit de Dieu que je chasse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Mt 12,28). L’Eglise, aujourd’hui, ne fait que reprendre les Paroles du Christ pour les annoncer le plus largement possible : « Père », disait Jésus, « les Paroles que tu m’as données, je les leur ai données » (Jn 17,8). Lorsqu’elle les proclame, avec elles et par elles, c’est donc toujours le même Esprit qui, en se joignant à elles, expulse les démons. Et c’est bien ce que Jésus suggère ici, en associant à l’action de prêcher celle d’expulser les démons : « Il appela les Douze ; alors il commença à les envoyer en mission deux par deux. Il leur donnait autorité sur les esprits impurs »…

« Chasser les démons » n’est donc pas le résultat d’un pouvoir « magique » que l’on exercerait en prononçant toutes sortes de paroles mystérieuses. C’est tout simplement le fruit de l’action de Dieu, qui, par son Esprit de Lumière, de Douceur et de Paix qui se joint toujours à sa Parole, ne peut que chasser les ténèbres : « La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Bien plus, « les ténèbres s’en vont, puisque la véritable lumière brille déjà » (1Jn 2,8)…    

                                                                                                         DJF

                                                                                                                     




Rencontre autour de l’Evangile – 15ème dimanche du Temps Ordinaire

“Jésus appelle les douze, et les envoie deux par deux.”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

(Mc 6, 7-13)

Après avoir été mal accueilli dans sa patrie, Nazareth, Jésus est allé dans les villages voisins pour sa mission, et pour la première fois il va associer le groupe des Douze à sa mission

 

Soulignons les mots importants

Jésus appelle :  Ce verbe “appelle ” est particulièrement important dans la foi des chrétiens : Pourquoi ?

Les Douze ? Qui étaient ces Douze ? Pourquoi Jésus les avait-il choisis ? Quelle était sa place parmi les disciples ?

Il les envoie : Quelle est l’importance de ce mot pour l’Église, pour nos communautés de chrétiens, pour chacun de nous ?  A quel sacrement il nous fait penser ? 

Deux par deux : Pourquoi Jésus organise ainsi la mission : Que veut-il nous faire comprendre ? 

Il leur donnait pouvoir sur les esprits mauvais : Que signifiait l’expulsion des démons par Jésus ?

Ne rien emporter pour la route : Que signifie cette consigne donnée par Jésus à ceux qu’il envoie ?

« Un bâton…des sandales » : Que signifient ces objets que les missionnaires peuvent prendre avec eux ?

Hospitalité – accueillir- écouter : En quoi ces mots nous  indiquent la condition dans laquelle les apôtres doivent exercer leur mission ?

« En secouant la poussière de vos pieds » : Quel peut-être le sens de ce geste ?

Se convertir : Que signifie  “se convertir ” dans la prédication de Jésus et des apôtres ?

Chassaient beaucoup de démons : Que signifie pour l’Église, pour nous aujourd’hui,  cette action de chasser les démons ?

Faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades : Ce geste est-il encore pratiqué aujourd’hui dans l’Église ?

 

 

Pour l’animateur

  • Jésus appelle : Notre Dieu, le Dieu des chrétiens, est un Dieu qui appelle (Dieu appelle l’homme à vivre en amitié et dans le bonheur avec lui (Genèse), il appelle Abraham, Moïse, les prophètes… Jésus appelle « viens, suis-moi ». Parmi les disciples, Jésus appelle un groupe  « pour  être avec lui » : c’est le groupe des « Douze », qui rappelle les douze tribus d’Israël, sur lequel Jésus va fonder le peuple de la nouvelle alliance. Il passera du temps à former ce groupe d’intimes.

    Jésus les envoie : Quand Jésus appelle c’est pour envoyer.  Jésus  initie ses compagnons à la mission.

    Il les envoie deux par deux : le témoignage de deux personnes était important pour être entendu dans un procès. De plus, Jésus indique que la mission n’est pas une affaire individuelle, mais une démarche communautaire, une action d’équipe.

    Il partage avec eux son pouvoir sur les esprits mauvais. Là, l’expulsion des démons était signe de la venue du Royaume.

    Ne rien emporter pour la route : Il leur donne des consignes de dépouillement, de  pauvreté ; pour leur subsistance, les apôtres sont dépendants de l’accueil qui leur est fait.

    Hospitalité-accueillir-écouter : La mission ne consiste pas à imposer, mais à annoncer. La réussite dépend  également de l’accueil qui est fait à la Bonne Nouvelle.

    Le bâton et les sandales : Ce qu’il faut pour aller sur les routes. Les missionnaires sont itinérants.

    Secouer la poussière des pieds, était un geste symbolique fort qui marquait la rupture avec l’endroit qui avait refusé d’accueillir les apôtres.

    Se convertir : L’appel à la conversion faisait partie de la prédication de Jésus  « Le Royaume de Dieu s’est approché. Convertissez-vous ». Se convertir, signifie se détourner d’un genre de vie pour donner à sa vie une orientation nouvelle en accueillant la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu qui est là avec Jésus son Envoyé.

    Ils chassaient beaucoup de démons : selon la croyance populaire du temps de Jésus, toutes les manifestations du mal (maladies physiques et mentales) étaient attribuées à la présence du démon. Lutter contre ces manifestations prenait souvent la forme d’un exorcisme.

    Tous les combats que l’Église engage aujourd’hui pour libérer l’homme de l’esclavage du mal sous toutes ses formes font partie de la Mission et toutes les victoires sont des signes du Royaume. Il ne s’agit pas de voir le démon partout et de multiplier les exorcismes, mais plutôt d’accueillir ceux qui sont encore sous l’emprise de la peur et des chaînes du mal et de  leur  faire connaître Celui qui nous apporte la réconciliation avec Dieu, la vraie liberté, la paix du cœur.

    L’onction de l’huile a un effet bénéfique lorsqu’elle pénètre le corps humain. Dès le début de l’Église, l’Onction des Malades a été pratiquée dans les communautés chrétiennes pour la guérison  corporelle et spirituelle. C’est le sacrement des malades.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus, tu comptes sur nous depuis que tu nous as envoyés en mission, pour porter la Bonne Nouvelle de l’Amour du Père, là où nous vivons. Pardon de ne pas être fidèles ; de ne pas être à la hauteur de la confiance que tu nous fais. Fais de nous des apôtres pour notre temps, nourris de ta Parole, forts contre le mal, artisans d’un monde plus juste et plus fraternel.

 

 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

  • Depuis notre confirmation, nous sommes des envoyés en mission : Comment sommes-nous témoins du Christ et du Royaume de Dieu dans notre vie de tous les jours ? 

    Ce que Jésus veut, ce sont des apôtres disponibles, pas encombrés. Qu’est-ce qui est possible de faire avec nos petits moyens là où nous vivons ? Croyons-nous suffisamment à la force de l’Esprit Saint qui agit en nous et par nous ? 

    L’Envoyé de Jésus doit instaurer un monde plus juste, plus humain, plus fraternel : Est-ce que nous prenons notre part dans l’annonce de la Parole  (catéchèse, préparation au baptême , au mariage, témoignage), dans le combat contre les forces du mal (les  divisions, les mensonges, les injustices, les méchancetés…)  

    Quel accueil réservons-nous à la Parole de Dieu quand elle appelle à la conversion ? 

     

    ENSEMBLE PRIONS  

    Tous :  Tu nous appelles à t’aimer             Ou

                Sur les routes des hommes (carnet paroissial p. 313)

 

 
 
 
 
 
 

 

 




14ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 05 juillet 2015

 

Ézékiel 2, 2-5 (« C’est une engeance de rebelles ! Qu’ils sachent qu’il y a un prophète au milieu d’eux ! »)

 

Ézékiel, prêtre et prophète exilé à Babylone, a un sens aigu de la noblesse de Dieu. Il n’imagine pas que le Seigneur puisse lui parler directement. Il faut d’abord que l’esprit lui soit donné. Cet esprit faisait entrer en extase les anciens prophètes (cf. 1 Samuel 10, 10). Cet esprit renouvellera le cœur humain et ressuscitera les morts (Ézékiel 36 – 37). Ici, cet Esprit met Ézékiel debout, comme au garde-à-vous, pour que retentisse l’ordre de mission. Plus de quatre-vingt-dix fois au long du livre, l’envoyé s’entendra appeler par Dieu « fils d’homme », comme pour entretenir son humilité. Il n’est qu’un humain. Un abîme de sainteté le sépare du Créateur qui seul est responsable du message dont il charge le prophète.

  D’emblée, dans sa vocation, Ézékiel apprend qu’il s’adressera à un peuple rebelle, obstiné. Car les Israélites déportés à Babylone n’ont pas encore compris que leur exil est la conséquence de leur révolte contre Dieu, à travers l’idolâtrie et l’injustice sociale, et qu’ils doivent réformer leur conduite. Le mot hébreu traduit ici par « rebelle » désigne plusieurs fois dans l’Ancien Testament les révoltes des rois d’Israël à l’égard des souverains voisins avec qui, de gré ou de force, ils avaient fait alliance (par exemple 2 Rois 18, 7.20 ; 24, 1).

  Les prophètes emploient la formule des messagers royaux (Ainsi parle le roi) : « Ainsi parle le Seigneur Dieu ». En entendant ces mots, les Israélites exilés sauront qu’Ézékiel s’engage comme prophète, messager du Seigneur. Libre à eux de refuser de l’écouter. Mais, au moins, Dieu aura tout fait pour engager avec eux un nouveau dialogue.

  Ce texte est choisi en raison de la dernière phrase : « Ils sauront qu’il y a un prophète au milieu d’eux. » Et cette déclaration veut introduire le constat de Jésus à Nazareth (évangile) : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »

 

 

2 Corinthiens 12, 7-10 (« Je mettrai ma fierté dans mes faiblesses, afin que la puissance du Christ fasse en moi sa demeure. »)

 

A Corinthe, certains missionnaires rivaux de Paul font leurs tournées. Ils ont leur succès. Car ils se prévalent de leurs expériences mystiques. Paul pourrait, lui aussi, se vanter de « révélations extraordinaires ». Pour comprendre ces quelques versets, victimes de l’amputation liturgique, on doit absolument lire 2 Corinthiens 12, 1-6.

  Mais, même s’il le voulait, ces révélations exceptionnelles n’auraient aucune valeur pour le service apostolique. Car ce qui saute aux yeux de tous dans la personne de Paul, c’est l’énigmatique « *écharde pour la chair » qu’inflige à l’Apôtre, littéralement, « un ange du satan ».

  Pour Paul, l’Évangile se résume en la puissance du Christ qui transforme la vie des hommes. Or, cette puissance a pour terreau nourricier la faiblesse de la Croix. Quand donc l’Apôtre traduit-il ce paradoxe fécond ? Quand il accepte « les faiblesses, les insultes, les contraintes… », bref, quand il assume la faiblesse du Crucifié, celui-là même que contestaient les gens de Nazareth (évangile).

  « Lorsque je suis faible, écrit-il, c’est alors que je suis fort ». Je suis fort parce que je prouve ceci : Ce ne sont pas mes capacités humaines qui agissent, mais la puissance du Christ qui habite en moi. Être apôtre, c’est accepter une forme particulière du mystère pascal. Ainsi, écrit encore Paul, « la mort fait son œuvre en nous (les apôtres), et la vie en vous (les croyants) » (2 Corinthiens 4, 12).

 

* « L’écharde pour la chair ». Quelle écharde ? Pour certains, il s’agirait d’une tentation obsédante, de type sexuel. Mais Paul ne donne pas l’impression d’être un obsédé. En outre, sous sa plume, le mot « chair » désigne simplement la fragilité de l’existence humaine, non le sexe. D’autres, plus nombreux, pensent à une maladie chronique de l’Apôtre, voire une affection des yeux. Ils relient astucieusement Galates 4, 13.15 et 6, 11. Mais il s’agit d’une attaque venue du dehors, infligée par « un ange du satan ». Dans la Bible, « l’écharde dans les flancs » (Nombres 33, 55) désigne les ennemis d’Israël. En résumé, Paul évoque ici ses adversaires, des missionnaires éloquents et autoritaires. Il vient justement de les traiter de « serviteurs du satan » (2 Corinthiens 11, 13-15) parce qu’ils déforment le sens de l’Évangile. Paul a prié le Seigneur « par trois fois » d’écarter cet obstacle de son apostolat, de les faire taire. Mais le Christ semble mieux supporter la contestation que son Apôtre. Et les oppositions aideront Paul à approfondir le sens de sa mission.

 

Marc 6, 1-6 (« Un prophète n’est méprisé que dans son pays. »)

 

Trois aspects sont à souligner dans cet épisode. C’est l’amorce d’une rupture décisive de Jésus avec « son pays », Nazareth, une rupture liée à l’absence d’écoute du « fils de Marie » et, finalement, liée à la non-foi.

 

Vers une rupture 

Pour ceux qui l’écoutaient, Jésus a manifesté sa « sagesse » par son discours en paraboles. Pour ceux qui l’ont suivi, il s’est révélé par de « grands miracles » (cf. Marc 4–5). L’évangéliste avait déjà signalé une tension entre Jésus et sa famille, en Marc 3, 21.31-5. Avec l’ultime visite à Nazareth, la rupture sera consommée.

 

L’enseignement de Jésus et les réactions 

Le passage évangélique, avec quelque dédain, estime inutile de nommer ce « pays » (Nazareth)  peu accueillant. En revanche, Marc souligne la présence des disciples. Bientôt Jésus les enverra eux-mêmes en mission (6, 7-12). Il importe donc qu’ils voient à l’œuvre leur Maître et modèle.

  La réaction des auditeurs est une surprise à la fois émerveillée et sceptique. Ils s’expriment par des questions. Les trois premières portent sur son enseignement, sa sagesse et ses miracles. « D’où cela lui vient-il ? » Puisque l’on connaît sa famille, somme toute banale, qui lui a « donné » ces talents ? Cela vient-il de Dieu, d’une prétention humaine outrancière, voire d’une manipulation par le satan ? Comparer Marc 3, 22.30 ; 11, 30.

  Les deux dernières questions portent sur l’origine de Jésus. On connaît sa mère, ses *frères et ses sœurs. Si donc on connaît si bien sa famille, comment pourrait-il être le Messie caché ? L’appellation traditionnelle « le fils du charpentier » devient ici « le charpentier, fils de Marie ». Car sans doute Joseph est-il déjà mort lorsque la tradition compose cet épisode. Notons en passant que le mot grec téktôn traduit traditionnellement par « charpentier » désigne en fait un artisan travaillant le bois, les métaux, la pierre et jouissant souvent d’une belle notoriété dans les bourgades de Palestine.

 

Le manque de foi 

Les auditeurs sont « choqués », plus exactement ils buttent sur ce qui leur semble non crédible parce qu’ils ne sortent pas de leurs idées toutes faites. Un tel refus ne dessert pas l’identité de Jésus. Au contraire, il replace celui-ci dans la lignée des vrais prophètes, tel Ézékiel (1ère lecture) et surtout Jérémie (11, 21 ; 12, 6), haï des gens d’Anatot, son village. Mais le refus est profond. Car en énumérant le pays, la parenté et la maison, le texte évoque les relations sociales les plus étroites.

  Jésus n’accomplit aucun miracle, non pas par impuissance. L’impossibilité vient de la non-foi des gens. Car le miracle n’est jamais qu’une réponse à la foi. Mais comment ne pas croire, quand on a entendu ce que Jésus a déjà fait ? Marc insère quand même la mention de quelques guérisons, soulignant par là la miséricorde de Jésus et préparant ainsi la mission prochaine des disciples qui guériront les malades (cf. Marc 6, 13, dimanche prochain). D’ailleurs, nullement rebuté par le mépris, le Missionnaire du règne de Dieu poursuit son œuvre dans « les villages d’alentour ».

 

* Les frères de Jésus. Le Nouveau Testament mentionne plusieurs fois les frères de Jésus. Le plus célèbre est Jacques, « le frère du Seigneur » (Galates 1, 19) qui dirigera l’Église de Jérusalem (Actes 21, 18). De nombreux interprètes comprennent le mot « frère » au sens strict d’enfants de mêmes parents et admettent que Marie a eu d’autres enfants. La tradition catholique, qui souligne le titre de « Marie toujours Vierge », exclut cette interprétation. Elle donne au mot « frère » un sens sémitique large de cousin, beau-frère… Relevons trois points : 1) L’examen rigoureux du Nouveau Testament ne permet pas de trancher entre le sens strict et le sens large. 2) La position protestante ne remet pas en question la conception de Jésus comme un acte créateur de Dieu se substituant à l’engendrement ordinaire. 3) « La virginité perpétuelle de Marie est quelque chose qui va au-delà de toute la documentation dont nous disposons et qui représente un éloge de Marie jailli de notre foi (…), de la réflexion chrétienne sur la sainteté de Marie… » (R. E. Brown).

 




14ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (5 juillet)

Chercher la Vérité au-delà des seules apparences (Mc 6,1-6)…

 

En ce temps-là,  Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent.
Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?
N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.
Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »
Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.
Et il s’étonna de leur manque de foi. Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.

 

 14ième dimanche TO année B

        

        

Jésus est à Nazareth, le pays qui l’a vu grandir… Le sabbat, il va à la synagogue, comme autrefois. On lui demande de faire la seconde lecture et le commentaire qui suit. Il obéit et « se mit à enseigner ». Et là stupéfaction : ce sont « des paroles pleines de grâce qui sortent de sa bouche » (Lc 4,16-22), des paroles pleines de « l’Esprit de grâce » (Hb 10,29). En effet, « celui que Dieu a envoyé prononce les paroles de Dieu, car il ne mesure pas le don de l’Esprit » (Jn 3,34). Accueillir sa Parole de tout cœur, c’est accueillir avec elle le Don sans mesure de l’Esprit dont le fruit est vie (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), Plénitude de vie (Ep 5,18 ; Col 2,9-10), bonheur profond… « Tu as les paroles de la vie éternelle », disait Pierre à Jésus (Jn 6,68), car il avait « accueilli, lui aussi, la Parole avec la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,5-6). « Heureux ceux qui croient » (Jn 20,29), car « tu mets dans mon cœur plus de joie, que toutes leurs vendanges et leurs moissons » (Ps 4).

« Père, les paroles que tu m’as données, je les leur ai données » (Jn 17,8)… Et l’on pourrait dire aussi : « Père, l’Esprit que tu m’as donné, et qui m’engendre en Fils de toute éternité, je le leur ai donné… Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22), et avec lui, cette Plénitude de Paix, de Joie, de Vie que l’on ne peut expérimenter que dans le cadre d’une relation de cœur avec Dieu…  Ses auditeurs, ici, reconnaissent « la sagesse qui lui a été donnée ». Ils ont aussi entendu parler « des grands miracles qui se réalisent par ses mains ». Tout cela ne fait aucun doute… Et pourtant, leur question – « D’où cela lui vient-il ? » – restera sans réponse… Ils n’arriveront pas à aller plus loin que ce « fils de Marie » qu’ils croient si bien connaître, d’autant plus que ses « frères » et « sœurs », c’est-à-dire ses cousins et ses cousines, sont toujours parmi eux : « Jacques (le petit) et José », fils d’une autre Marie (Mc 15,40.47), « Jude et Simon »…

« Vous me connaissez », mais hélas, seulement selon les apparences, « et vous savez d’où je suis », ou du moins s’arrêtent-ils à Nazareth ; « et pourtant ce n’est pas de moi-même que je suis venu, mais celui qui m’a envoyé est véridiqueJe sais d’où je suis venu et où je vais, mais vous, vous jugez selon la chair » (Jn 5,28-29 ; 8,14-16). Quand donc leur cœur s’ouvrira-t-il pour accueillir cette Plénitude d’Amour et de Vie que le Père veut communiquer à tous les hommes, ses enfants ? Jésus offrira sa vie pour cela, et juste après sa mort, beaucoup partiront en se frappant la poitrine (Lc 23,48)… Enfin !  

                                                                                                       DJF

                                                                                                                     




Rencontre autour de l’Evangile – 14ème dimanche du Temps Ordinaire

«Nul n’est prophète dans son pays.”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mc 6,1-6)

             « Le Maître revient à son village. Il semble ne pas y être retourné depuis le début de sa mission : son baptême par Jean-Baptiste (1,9). C’est Capharnaüm qui est devenu le point d’attache de son ministère itinérant. Nazareth, où il rentre, est le berceau de son enfance et de sa jeunesse. Là se trouvent sa famille et ses amis de voisinage. Les évènements ont mis entre eux un certain éloignement. Que va-t-il se passer ? » (Jacques Hervieux, dans « Les Evangiles, textes et commentaires » ; Bayard Compact, p. 381).

 

Le sens des mots

  • « Jésus est parti pour son pays et ses disciples le suivent »… Relire l’appel des disciples en Mc 1,16-20 et Mc 2,13-14 : que retrouvez-vous ? Qu’est-ce qui caractérise donc avant tout un disciple de Jésus ? Que sous-entend une telle démarche ?

  • « Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue »… Le sabbat, notre samedi, était ce jour où l’on arrêtait toutes ses occupations habituelles pour se consacrer à Dieu. La communauté se rassemblait à la synagogue, priait, écoutait la Parole de Dieu : une première lecture extraite de « la Loi » (En hébreu, la Torah, constituée par les cinq premiers livres de la Bible), la seconde étant prise dans les prophètes. En St Luc (Lc 4,16-30), Jésus lit Isaïe 61,1-2. Puis, le chef de la synagogue pouvait inviter quelqu’un de l’assemblée à les commenter. C’est ce que fait ici Jésus… L’auditoire est-il sensible à son intervention ? Quel  talent lui reconnaissent-ils ? Et qu’ont-ils par ailleurs entendu dire de lui ?

  • Ces points ayant été reconnus, sur quoi pourtant vont-ils buter ? Il faut bien comprendre ici le sens des mots « frère» et « sœur»… Que dit, depuis les tout premiers siècles, la foi de l’Eglise à ce sujet : Jésus a-t-il eu, de Marie et de Joseph, des frères et des sœurs de sang ? Comment Marie et Joseph ont-ils vécu toute leur vie ?

            Pourquoi « un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa famille et sa propre maison » ?

  • « Là, Jésus ne pouvait accomplir aucun miracle… Il s’étonna de leur manque de foi»… Que diriez-vous de la foi, qu’est-elle en fait ? Pourquoi Jésus ne peut-il rien faire ici ? Avec lui et par lui, n’est-ce pas le Dieu Tout Puissant, le Créateur de l’univers qui est à l’œuvre ? Que révèle donc, du côté de Dieu, cette impossibilité d’agir ? On peut se souvenir d’Ap 3,20 où parle le Christ Ressuscité : « Je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui »…

 

 

Pour l’animateur

  • « Au bord du lac de Galilée, Jésus voit Simon et son frère André et il les appelle : « Venez à ma suite». Aussitôt, laissant là leurs filets, ils le suivirent» De même pour « Jacques, fils de Zébédée et Jean son frère » : « Il les appela… et ils partirent à sa suite ». Être disciple de Jésus, c’est donc, de tout cœur, le suivre, avec son aide et son soutien… Le Christ a la première place et l’initiative : cela suppose obéissance, docilité, souplesse, détachement…

  • L’auditoire est touché par son enseignement. « Tous lui rendaient témoignage; et ils s’étonnaient du message de grâce qui sortait de sa bouche » (Lc 4,22). Ils reconnaissent donc « cette sagesse qui lui a été donnée » et ils ont entendu parler « de ces grands miracles qui se réalisent par ses mains». Noter comment St Marc s’exprime dans les deux cas : « la sagesse lui a été donnée» sous entendu par Dieu le Père, qui « réalise » aussi Lui-même « ces grands miracles » « par les mains » de Jésus, son Fils… Nous pressentons ici le grand Mystère de Jésus « Serviteur » du Père (Ac 3,13 ; 3,26 ; 4,27 ; 4,30) et donc de tous les hommes que le Père aime (Jn 3,16-17) et veut sauver (1Tm 2,3-6). Il dira ainsi clairement en St Jean : « En vérité, en vérité, je vous le dis : le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement » (Jn 5,19-20). La Parole de Jésus est celle du Père, les actes accomplis par Jésus sont « réalisés » par le Père…

  • « Frère» peut s’appliquer bien sûr aux frères de sang, comme l’étaient « Simon et André », et aussi « Jacques et Jean, fils de Zébédée » (Mc 1,16 ; 1,19). « Frère » peut aussi désigner « un demi-frère », par exemple Philippe et Hérode Antipas qui avaient le même père, le roi Hérode le Grand, et deux mères différentes, Cléopâtre et Malthacé (Mc 6,17). « Frère » peut encore s’appliquer à des cousins éloignés, comme ici « Jacques et José », fils d’une autre Marie qui sera présente elle aussi au pied de la Croix (Mc 15,40 ; 15,47). Enfin, « frères » peut désigner les disciples de Jésus (Mc 3,31-35) : c’est ainsi qu’il les appelle (Mc 3,31-35 ; Jn 20,17 ; Hb 2,11), et eux-mêmes, en se tournant vers leur Créateur et en l’appelant « Notre Père » comprennent que tous les hommes, quels qu’ils soient, sont « frères », enfants d’un même Père…

            Ici, les habitants de Nazareth croient bien connaître Jésus, « le fils de Marie », et tous ses cousins « Jacques, José, Jude et Simon »… Ils l’ont vu grandir, jouer, apprendre et exercer le métier de charpentier… Ils ne peuvent imaginer une seule seconde qu’ils ont, face à eux, le Fils Eternel de Dieu…

  • La foi est avant tout « relation à un Autre que soi-même », « Dieu », en qui l’on a reconnu l’Amour d’un Père plein de Tendresse (1Jn 4,7-16). Le premier fruit est alors la confiance en Lui… Que Jésus ne puisse rien faire ici manifeste le respect que Dieu nous porte : il ne nous forcera jamais à recevoir tout ce Bien qu’il veut nous donner… pour notre seul bien, pour notre vrai bonheur…

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

« Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34). Ainsi, quiconque accueille ta Parole de tout cœur reçoit avec elle l’Eau Vive de l’Esprit qui lave, purifie, rafraîchit, apaise et donne la Vie… Avec ce Don de l’Esprit qui se joint toujours à elle, cette Parole est vraiment un « glaive » qui « pénètre jusqu’au point de division de l’âme et de l’esprit » (Hb 4,12), jusqu’au plus profond de nous-mêmes… Tous étaient dans l’étonnement en t’entendant, et ils en sont restés là… Garde-nous fidèles à cette Parole, jour après jour. Alors, avec elle et grâce à l’Esprit, nous grandirons dans cette Communion profonde à ta Vie, à laquelle tu nous appelles tous

 

 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

  • Seigneur Jésus, les habitants de Nazareth t’ont vu grandir au fil des années, toi et tes cousins, tes cousines… Tu as couru, joué dans les rues du village, tu es allé à la petite école de la Synagogue, tu as appris puis exercé le métier de charpentier… Tous te connaissaient si bien, ou du moins le croyaient-ils… Mais lorsque tu as commencé ton ministère, tout « rempli de l’Esprit Saint» (Lc 4,1) qui demeure « sur toi » depuis toujours et pour toujours (Lc 4,16-22 ; Jn 1,31‑34), tu as donné les Paroles que le Père t’avait données (Jn 17,8), tu as accompli en Serviteur « les œuvres de ton Père » (Jn 10,37 ; 5,36 ; 10,25). Mais ils n’ont pas su reconnaître que Dieu agissait en toi, avec toi et par toi.

            Et moi, aujourd’hui, suis-je capable de reconnaître que cette même Présence peut me rejoindre par les membres de ma famille, par mes voisins, par les frères et sœurs de ma communauté paroissiale ? L’Eglise n’est-elle pas « le Corps du Christ » (1Co 12,27) ? Nous croyons si bien nous connaître les uns les autres… Mais savons-nous, en regardant ce « Corps du Christ » que nous formons tous ensemble, en pécheurs pardonnés et réconciliés, reconnaître la Présence de Dieu au milieu de nous (Mt 18,20), avec nous (Mt 28,20), en chacun de nos cœurs (1Co 3,16-17 ; 2Co 4,6), un Dieu qui peut parler et agir pour nous par les uns et par les autres, quels qu’ils soient ? 

  • « Il ne pouvait accomplir aucun miracle »… « Il s’étonna de leur manque de foi »… Dieu ne fera jamais rien en nous sans notre « Oui ! »… Savons-nous lui donner ce « Oui ! » tel qu’il est, en comptant sur son aide et son soutien ?

 

ENSEMBLE PRIONS 

            Dieu qui a relevé le monde par les abaissements de ton Fils, donne à tes fidèles une joie sainte : tu les as tirés de l’esclavage du péché ; fais-leur connaître le bonheur impérissable. Nous te le demandons par Jésus, ton Fils, notre Seigneur. Amen.

 

 

 

 

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

 




13ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 28 juin 2015

 

Sagesse 1, 13-15 ; 2, 23-24 (“C’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde “) 

Vers 50 avant notre ère, l’auteur anonyme invite ses contemporains juifs d’Alexandrie à chercher Dieu sous la conduite de sa Sagesse. Il use de la fiction, en laissant supposer que c’est le roi Salomon qui écrit, un roi réputé pour sa sagesse (voir 1 Rois 5, 9-14, passage fort éclairant pour l’ensemble du Livre de la Sagesse). Notre auteur attaque rudement (ch. 2) les impies qui ne croient qu’en la vie terrestre, suivent leur plaisir et traquent ceux qui les dérangent par leur conduite exemplaire. Au contraire, aux « justes » qui cherchent et font la volonté de Dieu, celui-ci promet le don de l’immortalité auprès de lui.

  « Dieu n’a pas fait la mort ». L’auteur ne parle pas de la mort physique, laquelle est naturelle : « Je suis moi aussi un être mortel, pareil à tous, un descendant du premier être formé de la terre » (Sagesse 7, 1 ; comparer 9, 15). Il évoque une réalité révoltante : la Mort qui ampute l’homme de ses relations, celle qu’il s’inflige, par ses péchés, en se séparant de son Créateur. Dieu ne veut pas cette mort-là. Il a tout créé pour la vie. Si des poisons poussent sur la terre, aucun d’eux n’engendre une telle mort spirituelle, et celui qui pratique la justice est voué à l’immortalité. L’auteur médite sur le récit des origines (Genèse 1 – 3). L’homme avait pour vocation d’être l’image de Dieu, et ce lien incluait l’immortalité. C’est le *diable, jaloux de la destinée immortelle des humains, qui a introduit la mort en les séparant de leur Dieu.

  Jésus apparaîtra comme le vainqueur de la mort en ressuscitant la fille de Jaïre (évangile de ce jour) ; il révélera ainsi le projet tenace d’un Dieu qui veut la vie de ses créatures. 

* Le diable. Ce texte est le premier, dans la Bible, à identifier le serpent de la Genèse (ch. 3) au démon. Voir, par la suite, Apocalypse 12, 9 ; 20, 2. Selon de belles légendes juives anciennes, l’ange déchu a été chassé des cieux parce qu’il a refusé de reconnaître en Adam la gloire de Dieu. La tentation d’Ève fut sa vengeance. 

 

2 Corinthiens 8, 7.9.13-15 (“Ce que vous avez en abondance comblera les besoins des frères pauvres “) 

L’Église de Jérusalem avait dispensé les chrétiens d’origine païenne de l’observance des lois de Moïse, à la différence des Églises d’origine juive. Comment éviter alors le paradoxe d’Églises parallèles et indépendantes ? Par la réalisation d’une collecte des chrétiens grecs en faveur des pauvres de l’Église de Jérusalem. L’opération avait commencé dans les Églises turques. Les Corinthiens avaient adhéré au projet (1 Corinthiens 16, 1-4), puis les Macédoniens, c’est-à-dire les Églises de Philippes et de Thessalonique (2 Corinthiens 8, 1-5). Mais les Corinthiens, eux, n’avaient toujours pas ouvert leurs porte-monnaie, et Paul revient donc ici à la charge.

  La collecte signifie une communion concrète (lire Romains 15, 25-27). Les Corinthiens sont comblés de tous les dons spirituels – « que vous tenez de nous », les apôtres, souligne l’ironie de Paul, et non de vos propres talents. Alors, sachez manifester votre reconnaissance !

  Le Christ « est devenu pauvre », en sa passion, pour enrichir les croyants par les énergies de sa résurrection. Voilà la source de la générosité des chrétiens qui ont tout reçu du Christ, « le don généreux » qui fait de la collecte une grâce accordée à la communauté des donateurs. Ce don de soi, essence de l’Évangile, se traduira, non par l’impossible imitation du Crucifié, mais par la recherche d’une égalité entre les communautés. Tout ce que nous avons est don de Dieu, comme la manne du désert que nul ne pouvait s’approprier sans dommage (cf. l’incident rapporté en Exode 16, 18-21).

  Contre ceux qui ne veulent « pas de bruit d’argent autour de l’autel », Paul affirme avec vigueur que l’eucharistie est vaine si elle ne traduit pas l’Évangile par une charité bien concrète et matérielle.

 

Marc 5, 21-43 (“Jeune fille, je te le dis : lève-toi “) 

Puissant en paroles dans le discours en paraboles (Marc 4), Jésus se révèle tout aussi puissant en actes. Après avoir calmé la tempête et libéré le possédé de Gérasa, en terre païenne, il guérit une femme malade depuis douze ans et ressuscite une enfant de douze ans. La répétition du chiffre cimente les deux récits emboîtés l’un dans l’autre. L’imbrication numérique (comparer Luc 13, 4 et 13, 11 !) sert une progression dramatique : Jésus allait guérir la fille de Jaïre. Mais ce nom a valeur de programme ; Il signifie « Dieu illumine » ou « Dieu resssuscite ». Avec le retard dû à l’intervention de la femme, c’est un cadavre que Jésus trouvera chez le « chef de la synagogue », une fonction importante, qui compte pour le renom de Jésus. 

Ma fille, ta foi t’a sauvée 

La femme semble souffrir d’une métrorragie chronique. La perte du sang fait d’elle non seulement une malade, mais une impure contagieuse qui ne peut plus, depuis douze ans, participer aux assemblées religieuses (cf. Livre des Lévites 15, 19-30). Marc n’a point de mépris particulier contre le corps médical, quand il dit que la malheureuse s’était ruinée chez les médecins. L’évangéliste emprunte un lieu commun des ex-voto des temples grecs : quand tout remède a échoué, on recourt, dans un temple réputé, à un dieu guérisseur. De la culture antique viennent aussi deux détails : 1) l’idée que le contact physique du guérisseur, de son vêtement (comparer Marc 3, 10 ; 6, 56), agit comme une anti-contagion ; c’était même une vertu que l’on attribuait aux vêtements de l’empereur Vespasien ; 2) l’idée que la guérison s’opère par une force émanant du thaumaturge (comparer Luc 6, 19). Enfin, selon les règles juives, la suppliante contamine Jésus en touchant son vêtement. D’où sa crainte, lorsqu’elle se voit démasquée.

  Sur cet arrière-fond culturel, le récit souligne la confiance audacieuse de la malade. Elle dit « toute la vérité », elle confesse sa foi. En Jésus, elle ne cherchait pas seulement la guérison, mais à être « sauvée » de son exclusion. Jésus réintègre la femme dans la vie sociale et religieuse. Il la renvoie « en paix », c’est-à-dire dans la santé, l’intégrité personnelle, le bien-être, fruits de la foi en lui.

  En effet, le plus étonnant dans ce récit tient en cela que Jésus semble n’avoir rien fait, et, en vérité, il n’a rien fait. D’où la question de Jésus : « Qui m’a touché ? » et la réponse étonnée et bien normale des disciples. La foi de cette femme a tout fait. On mettra en regard l’échec de la visite de Jésus à Nazareth, visite qui va suivre ce chapitre : « Là, il ne pouvait accomplir aucun miracle, si ce n’est qu’il guérit quelques infirmes (…). Et il s’étonna de leur manque de foi » (Marc 6, 5-6, évangile de dimanche prochain). 

Jeune fille, lève-toi 

L’acte II s’orne d’un scepticisme qui n’imagine pas le Maître éveillant une morte. Mort bien réelle, comme l’atteste le concert des lamentations traditionnnelles. Quand Jésus dit : « elle dort », la caméra de l’évangéliste élargit son champ jusqu’au contexte de l’Église de son temps, lorsque, depuis la résurrection de Jésus, les chrétiens voient dans la mort un sommeil temporaire et s’interdisent tout deuil trop démonstratif (voir 1 Thessaloniens 4, 13), malgré les moqueries des païens qui pensent que les chrétiens ne savent pas honorer leurs morts.

  Comme tout thaumaturge d’alors, juif ou païen, Jésus opère dans le secret de la maison. Ainsi avaient agi Élie et Élisée (1 Rois 17, 17-24 ; 2 Rois 4, 18-37). Mais chez Jésus, plus grand qu’eux, ni prière ni mise en scène laborieuse. Le contact de sa main et sa simple parole suffisent à rendre la vie. La parole est prononcée en araméen, langue maternelle de Jésus : « Talitha koum » (avec une faute de syntaxe dans la transmission : ce devrait être koumi, au féminin !) Pour des lecteurs grecs, en tout cas, ce langage étranger rejoignait le charabia des exorcistes de leur temps.

La fillette marche et mange, preuve de son retour à la vie. Mais on doit garder le secret. Ce miracle révèle Jésus comme le Messie. Or Jésus ne peut être reconnu comme Messie qu’à travers toute sa destinée : la passion et la gloire, tout cela dont les trois disciples privilégiés, Pierre, Jacques et Jean, seront les témoins (en Marc 9, 2.9 ; 14, 32-42). « Les portes de la mort sont à Dieu, le Seigneur » (Psaume 68 [67], 21). En Jésus, Dieu manifeste sa victoire sur la mort, puisque « Dieu n’a pas fait la mort » (1ère lecture).

 

 

 




13ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (28 juin)

Dans son Amour, Dieu sait ce qu’Il fait… (Mc 5,21-43)

En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer.
Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds
et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »
Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… –
elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –…
cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.
Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »
À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »
Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »
Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela.
Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.
Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »
Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »
Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques.
Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.
Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. »
Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant.
Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »
Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur.
Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

 

 talitha koum 3

         

         Un papa nommé Jaïre est bouleversé par les souffrances et la maladie de sa petite fille… Il est bien ici « à l’image et ressemblance » du Dieu Père, bouleversé lui aussi par les souffrances des hommes, ses enfants… Lorsqu’ils refusent de l’écouter et s’engagent sur des chemins qui ne peuvent que les conduire à la catastrophe, il déclare par son prophète Osée : « Mon cœur est bouleversé, toutes mes entrailles frémissent » (Os 11,7-9)… Et la note de la Bible de Jérusalem précise à propos du mot « bouleversé » : « Le mot est très fort, précisément celui qui est employé à propos de la destruction », par suite du péché des hommes, « des cités coupables. Osée laisse entendre » que ces conséquences dramatiques « sont comme vécues par avance dans le cœur de Dieu ». Et ensuite, il se désole : « Toute la tête est mal-en-point, tout le cœur est malade, de la plante des pieds à la tête, il ne reste rien de sain. Ce n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes, qui ne sont pas pansées ni bandées, ni soignées avec de l’huile » (Is 1,5-6). Description saisissante d’Israël blessée par suite de ses fautes, un portrait qui est aussi celui du Christ en Croix : avec Lui et en Lui, Dieu en personne est venu porter nos souffrances pour nous en libérer, il a été blessé de nos blessures pour les guérir ! « Par tes blessures, ô Christ, nous sommes guéris » (1P 2,21-25).

            Jésus, en effet, nous a « visités dans les entrailles de miséricorde de notre Dieu », écrit St Luc (Lc 1,76-79). Syméon attendait « la consolation d’Israël » ? Il reçoit l’enfant Jésus entre ses bras, car il est tout entier « consolation » offerte à l’homme qui souffre (Lc 1,25-32 ; 2Co 1,3-11)), même si cette souffrance est la conséquence de sa désobéissance ! Mais avec le soutien indéfectible du Christ, de Miséricorde en Consolation, il trouvera avec Lui la force de rejeter ce qui le fait souffrir, pour ensuite le suivre, pour son plus grand bonheur, sur un Chemin de Plénitude et de Vie !

« Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive », supplie Jaïre… Et Jésus obéira : « Il partit avec lui »… Ainsi va l’Amour qui ne peut rester insensible face à la souffrance de celles et ceux qu’il aime… Toujours il agit, toujours il répond, mais souvent il nous déroute, car « vos pensées ne sont pas mes pensées, et mes voies ne sont pas vos voies » (Is 55,8-9). Et quelle est la pensée de Dieu ? Envers et contre tout, le meilleur pour chacun d’entre nous, car Il n’Est qu’Amour (1Jn 4,8.16).

                                                                                                                      DJF




Rencontre autour de l’Evangile – 13ème dimanche du Temps Ordinaire

«Talitha koum » : ‘Jeune fille, je te le dis, lève-toi.’

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mc 5,21-43) 

            Juste avant notre épisode, Jésus était allé pour la première fois sur la rive Est du lac de Tibériade, en plein territoire païen, « au pays des Géraséniens. » Il y avait libéré « un homme possédé d’un esprit mauvais » qui vivait parmi les tombeaux, dans le royaume de la mort, et passait son temps « à crier et à se blesser avec des pierres »… Le Christ Sauveur revient ici en territoire d’Israël, certainement à Capharnaüm, pour continuer à manifester, en actes, sa victoire sur la mort. Le salut est donc offert à tout homme, qu’il soit Juif ou païen… 

Le sens des mots 

  • Jésus débarque à Capharnaüm. La synagogue est à moins de deux cents mètres. Une foule vient l’accueillir. Jaïre, « le chef de la Synagogue », la plus grande personnalité religieuse de la ville est là et, devant tout le monde, « il tombe aux pieds de Jésus et le supplie»… Quelle qualité de cœur manifeste-t-il ici ? « Viens»… Que fait Jésus ? Quelles qualités de cœur manifeste-t-il à son tour ? 

  • Une femme avait des pertes de sang… Notez tous les éléments qui soulignent la gravité de son état. Or, on croyait à cette époque, que « la vie de la chair est dans le sang» (Lv 17,11). Perdre son sang revenait à perdre sa vie et donc à être touché par la mort. Or tout ce qui tourne autour de la mort était considéré comme impur… Dans son état, la Loi permettait-elle à cette femme de toucher quelqu’un ? Mais quel désir l’habite ? Que fera-t-elle donc, pourquoi et comment ? Si un Pharisien l’avait su, quelle aurait été sa réaction à son égard ? Cela explique-t-il le fait que, découverte, elle se jette aux pieds de Jésus « craintive et tremblante, en lui disant toute la vérité » ? Mais Jésus, Lui, comment réagit-il ? Qu’est-ce qui est donc premier pour Lui ?

            Dieu seul peut accomplir de telles guérisons… « Elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal. Aussitôt, Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui »… Qui donc est Jésus ? 

  • « Ta fille vient de mourir »… « Ne crains pas, crois seulement »… Au début, Jésus a obéi à Jaïre, et maintenant, qu’en est-il ? Qui prend les choses en main ? Pourquoi Pierre, Jacques et Jean sont-ils les seuls à pouvoir accompagner Jésus ?

            Notez la délicatesse et l’humanité avec lesquelles Jésus agit vis-à-vis du père, de la mère et de l’enfant… « Il pénètre là où reposait la jeune fille », dans le royaume de la mort, « il saisit la main de l’enfant », il établit le contact et lui dit : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! ». Quel unique moyen Jésus utilise-t-il ici ? Que vous rappelle cette manière d’agir ? De quoi ce miracle est-il le signe ? Que manifeste donc Jésus en tout ce passage ?

 

 

Pour l’animateur

  • Jésus n’avait fait aucune étude religieuse de renom, contrairement à St Paul, élève du prestigieux Gamaliel à l’école des Rabbins de la capitale, Jérusalem (Ac 22,3). Aux yeux de tous, il est simplement « le fils du charpentier » (Mt 13,55), originaire d’une petite ville sans importance : « De Nazareth, peut-il sortir quelque chose de bon ?» (Jn 1,46). En tombant à ses pieds devant tout le monde, Jaïre, « le chef de la synagogue », manifeste son humilité et l’absence de tout ‘respect humain’… Sa démarche est authentique : elle vient du plus profond de son cœur, par amour pour sa petite fille…

                « Viens »… Jésus est toujours « bouleversé » de compassion « jusqu’au plus profond de lui-même » devant les souffrances des hommes (Lc 7,13 ; 10,33 ; 15,20). Touché au cœur lui aussi, il obéit à Jaïre et le suit… 

  • La Loi interdisait à cette femme de toucher qui que ce soit… Mais son désir de vivre est le plus fort ! Aussi va-t-elle « toucher » le vêtement de Jésus, « par derrière », en cachette… Sa confiance n’est pas déçue : en cet instant précis, elle vit ‘quelque chose’ d’unique et comprend qu’elle est « guérie de son mal. » Dans les Evangiles, les guérisons physiques sont toujours les signes visibles d’une guérison plus profonde, spirituelle, qui concerne toute la personne : cœur, âme et esprit… La maladie était comprise à tort à l’époque comme un châtiment du péché. Le péché sépare de Dieu ? « Guérie de son mal » et de toutes ses conséquences, elle lui est réconciliée… Il prive du Don de la Plénitude de sa Vie et plonge dans un état plus ou moins intense de mort spirituelle ? Elle est à nouveau vivifiée de l’intérieur par le Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). En un mot, « elle est sauvée » dès maintenant par sa foi et dans la foi, et cela pour toujours si elle demeure fidèle à Jésus Sauveur. Heureusement, à la prière du Fils, le Père nous « garde du Mauvais », uni à Lui, tout contre Lui, « dans son Nom», grâce à sa Miséricorde toujours offerte dès que nous trébuchons (Jn 17,11-15)… Il suffit alors de tout lui offrir et de le laisser agir…

                Cette femme a désobéi à la Loi ? Un Pharisien se serait mis en colère et l’aurait sévèrement reprise. Jésus, Lui, ne lui fait aucun reproche. Bien au contraire, il la confirme dans sa démarche… Cette Loi, dénaturée par quantité de traditions humaines, était devenue « inhumaine ». Or la Loi a été faite pour l’homme, pour le guider et le soutenir dans l’épanouissement de sa vie, comme le fait un tuteur pour une plante. Jésus veut rendre à la Loi sa vocation première, toute au service de l’homme… Ce sera l’œuvre de « la loi de l’Esprit qui donne la Vie dans le Christ Jésus » (Rm 8,2), Esprit d’Amour et de Tendresse donné aux cœurs ‘de pierre’ pour qu’ils deviennent ‘de chair’, « humains » (Ez 36,26). 

  • Jésus prend les choses en main… Pierre, Jacques et Jean l’accompagnent car Jésus veut faire d’eux ses témoins. Il ramènera à la vie la petite fille par sa seule Parole, à laquelle se joint toujours l’Esprit de force et de puissance. Son action est créatrice, comme dans la Genèse : « Il dit et cela fut ». Signe de la capacité de Dieu à ressusciter d’entre les morts, ce miracle manifeste la victoire de Dieu sur la mort… C’est ce que Jésus a fait en tout ce passage…

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus, tu es toujours bouleversé devant les souffrances des hommes. Si elles sont les conséquences de nos mauvais choix, tu ne cesses, pour notre seul bien, de nous inviter au repentir et à la conversion. Et dans tous les cas, tu frappes à la porte de nos cœurs et tu te proposes de porter avec nous nos fardeaux. Ainsi, grâce à toi, à ta Présence, ils deviendront légers et nous trouverons paix et soulagement pour nos âmes. Bien plus, ton seul désir est que nous participions dès maintenant à ta Vie en attendant ce Jour où par delà notre mort, nous te verrons. Nous te rendons grâces pour ta Miséricorde toujours offerte. Elle seule, en nous relevant et en habitant nos efforts de l’intérieur, nourrit notre espérance de partager un Jour ta Plénitude…

 

 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

  • Jésus n’est jamais insensible à la souffrance des hommes, et il répond toujours aux appels qui lui sont faits… Et nous, que pourrions-nous faire pour aller davantage vers celles et ceux qui souffrent, déjà dans notre famille, nos proches, mais aussi parmi nos voisins, vers les malades ou les personnes seules, âgées peut-être, de notre quartier ? 

  • Cette femme qui souffrait de pertes de sang avait foi en Jésus, et sa confiance n’a pas été déçue… Qu’en est-il, de cœur, de la nôtre ? Comment vivons-nous les contrariétés, les épreuves de notre vie, la mort de nos êtres chers ? Les rejetons-nous par notre mauvaise humeur, notre révolte, ou essayons-nous de nous tourner de tout cœur vers Jésus pour ensuite, quoiqu’il arrive, porter et supporter tout cela avec Lui dans la prière ? 

  • Toute Loi, fut-elle religieuse, devrait être au service de l’homme. En avons-nous bien conscience ? Ne nous arrive-t-il pas parfois de critiquer, de juger, d’exclure peut-être quelqu’un parce que sa situation ne correspond pas à nos règles actuelles ?

 

ENSEMBLE PRIONS  

            Dieu, Maître de la vie, toi qui as créé toutes choses pour qu’elles subsistent, nous te prions : ne laisse pas la mort l’emporter ; que Jésus, ton Fils, nous relève, que ton Esprit nous ranime, et nous serons à toi dès aujourd’hui, et pour les siècles des siècles. Amen.