19ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 14, 22-33) – Francis COUSIN)

« N’ayez pas peur, c’est moi ! »

 

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins – oracle du Seigneur. » (Is 55,8).

Tout au long du passage de l’évangile de ce jour, cette phrase sera en arrière-fond de l’incompréhension entre les apôtres et Jésus.

Au début, tout allait bien. Les apôtres avaient distribué les pains et les poissons, et il en était resté. Tout le monde était content et satisfait, la foule, les apôtres et Jésus ; mais pas pour les mêmes raisons. La foule parce qu’elle était repue par l’enseignement de Jésus et par le repas, les apôtres parce qu’ils étaient fiers d’avoir participé activement au miracle de Jésus, et Jésus parce qu’il avait pu montrer son amour pour les petits.

C’est après que cela se gâte : la foule veut le faire roi d’Israël. Les apôtres sont contents, ils se voient déjà ministres ou avec des responsabilités. C’est la liesse !

Mais ce n’est pas ce que Jésus veut ! Il envoie, ou plutôt il « obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules. »

La tête des apôtres ! D’un seul coup, les rêves disparaissent, ils se sentent trahis, ou au moins incompris. Ils auraient bien voulu saluer les gens à qui ils avaient donné du pain, histoire de montrer que c’est un peu grâce à eux qu’ils avaient eu à manger, de faire un peu les bravaches ! … Ils obéissent, mais ils l’ont mauvaise : c’est le crépuscule, l’arrivée des ténèbres, et partir sur la mer de Galilée, dans le royaume du mal, du démon, de la mort … et la nuit … C’est pas vraiment la joie !

Quant à Jésus, il renvoie la foule, tout seul, puis il monte sur la montagne, pour prier, se mettre en relation avec son Père, seul en sa présence. Moment de paix pour lui. Moment d’amour partagé, dans une immense confiance …

Toute la nuit s’écoule : Jésus dans la prière, les apôtres dans la barque, … et dans la tempête qui a levé. Le vent est contraire, ils ont dû affaler la voile, prendre les rames … Ils doivent en vouloir à Jésus de les avoir mis dans cette situation. La confiance disparaît … ils n’avancent pas, … et peu à peu, la peur s’installe en eux …

Vers la fin de la nuit, quand le jour commence à poindre, Jésus, soleil levant, se dirige vers eux, mais en marchant sur la mer agitée. Quand il approche de la barque, entre deux vagues, entouré de gouttelettes d’eau, les apôtres sont tellement fatigués et apeurés qu’ils crient, ils pensent voir un fantôme. C’est la panique totale …

Ils ne l’ont pas reconnu ! Et pourtant il était dans leurs pensées. Et même sans doute sentaient-ils le besoin de sa présence, de manière confuse … Mais c’était tellement irrationnel qu’ils ne pouvaient pas le reconnaître …

Alors Jésus leur dit : « Confiance, c’est moi ( εγω ειμι, Je suis ), n’ayez plus peur. »

Pierre regarde Jésus : « Ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. ». Jésus le fit, et Pierre, continuant de regarder Jésus, descendit de la barque et alla vers lui … jusqu’à ce qu’il se rendit compte de l’irrationalité de ce qu’il faisait : il quitta le regard de Jésus … Il se regarda lui-même, ses pieds, l’eau, le vent … et s’enfonça dans l’eau. Pris de panique, il regarde Jésus : « Sauve-moi ! ».

Jésus étendit la main, le saisit. « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

Quand Jésus et Pierre entrent dans la barque, la sérénité revient entre les hommes, la confiance en Jésus revient, la tempête entre le chemin des hommes et de Jésus disparaît … et la tempête sur la mer aussi.

« Qu’il revienne vers le Seigneur qui lui montrera sa miséricorde, vers notre Dieu qui est riche en pardon. » (Is 55,7)

Combien de fois sommes-nous comme les apôtres à rester accrochés à nos pensées humaines, à ne pas nous ouvrir aux pensées de Dieu ? À laisser des incompréhensions entre Dieu et les hommes ?

Trop souvent sans doute ! Et à chaque fois la cause est la même : l’éloignement entre nous et Dieu, éloignement physique, mais surtout éloignement dans nos cœurs. Et c’est toujours nous l’auteur, car Dieu ne s’éloigne jamais de nous. Il est toujours près de nous …

« Qui nous séparera de l’amour du Christ ? … Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. » (Rm 8,35.39)

Seigneur Jésus,

nous t’aimons, et nous voulons

que tu sois toujours près de nous,

mais bien souvent,

c’est nous qui nous éloignons de toi,

et nous pensons que tu nous en veux

car nous ne comprenons pas que

tes chemins ne sont pas nos chemins.

 

Francis Cousin

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 19°




19ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Marche sur les eaux

 Mt 14, 22-33

 

Tous les dimanches de cette période liturgique sont centrés autour du même thème : LA FOI, base de départ de toute vie chrétienne.

Comme nous l’a raconté l’Évangile de dimanche dernier, Jésus vient de multiplier les pains. La foule est enthousiaste : elle veut même le faire roi. Pensez donc, un Messie, un homme politique qui résoudrait les problèmes économiques ! Déjà, à cette époque, on n’avait jamais vu ça : ” Le pain quotidien assuré tous les jours ! Il n’y a qu’à le suivre et la subsistance est assurée”. Si bien que Jésus est obligé de renvoyer cette foule.

Mais, d’autres aussi, sont enthousiastes : ce sont les apôtres. Ils ont présidé à la distribution des pains et des poissons, on leur disait “merci”. Ils étaient les ministres du miracle : ils se voyaient déjà au budget, aux affaires économiques et sociales. Aussi l’Évangile nous dit que Jésus fut obligé de faire monter ses disciples dans une barque pendant qu’il renverrait lui-même la foule.

* La 1ère leçon que nous pouvons tirer de ce passage, c’est qu’une foi qui naît dans l’enthousiasme, dans la ferveur de la sensibilité, dans la joie du merveilleux n’est pas encore une foi solide : c’est une foi qui n’a pas été mise à l’épreuve, qui n’a pas encore été fortifiée par la difficulté, « il n’est pas difficile de croire à la lumière tant que l’on est en plein jour ». Il n’y a aucun mérite à cela. C’est une évidence, ce n’est pas encore une foi.

Mais lorsque la nuit tombe, que nous nous trouvons dans l’obscurité, que nous sommes au milieu du tunnel, alors, là, oui, la foi, la vraie, celle qui continue de croire malgré le manque d’évidence, contre l’évidence, commence à se fortifier dans notre cœur.

Etes-vous sûrs, mes frères, de la solidité de votre foi ?… Si jamais vous n’avez jamais connu de difficultés majeures, s’il n’y a jamais eu d’échecs dans votre vie, de vents contraires, d’épreuves pénibles, vous ne pouvez pas répondre, ce serait téméraire.

Si, par contre, il y a eu dans votre existence, des passés difficiles, des coups durs, des moments de désarroi, des périodes de doute et d’angoisse et que vous avez tenu le coup, calmement, fermement, faisant quand même confiance au Seigneur, alors certes, vous pouvez dire qu’avec l’aide de Dieu, cette foi est ancrée en vous. « C’est la nuit qu’il est beau de croire à la lumière ».

C’est dans l’épreuve que notre foi s’affermit.

Et voilà donc nos apôtres dans la nuit, avec une mer mauvaise et des vents déchainés. Tous marins qu’ils sont, ils ne sont pas fiers. La barque est en plein milieu de ce lac, parfois redoutable. Les vagues étaient très grosses et c’est toute la nuit qu’ils essuient la tempête. Ils sont fatigués.

Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer et c’est la panique sur la barque. « C’est un revenant ! »

L’Évangile nous dit que la peur leur fit pousser des cris.

Cette tempête, mes frères, ces vents contraires, cette fatigue du milieu de la nuit, vous l’avez reconnue : ce sont nos épreuves à nous.

Qui, parmi nous, n’a pas ses problèmes, ses difficultés, ses doutes, des situations pénibles et qui semblent interminables ?

Qui, parmi nous, au milieu de ses épreuves, en pleine détresse, n’a pas, lui aussi, intérieurement ou non, poussé des cris dans la prière ou dans la révolte.

« Trop, c’est trop Seigneur, délivre-nous du mal… ne nous laisse pas succomber ».

Et comme, parfois, Dieu nous paraît loin, étranger, absent, dans ces moments de détresse ! Ce qui fait dire à bien des gens :

« Si Dieu existait, il ne permettrait pas cela ». « C’est un fantôme », disent les apôtres. Ils ne voient pas Jésus. Ils ne savent pas que c’est lui qui est là. Ils ne le reconnaissent pas !

 

* C’est d’abord la leçon que nous avons à tirer de cet Evangile : trop souvent, au sein de nos difficultés, dans les moments difficiles, nous nous croyons tout seul et nous essayons de nous en tirer tout seul. Or, Jésus est là, à côté de nous, veillant sur nous, allant à notre rencontre. Et loin de nous en remettre à lui, de lui faire confiance, nous paniquons. Nous ne reconnaissons pas le Seigneur dans l’épreuve, nous manquons de foi. Nous ne sommes pas du tout persuadés qu’il est là, prêt à nous prêter main forte. C’est peut-être le moment où nous nous croyons le plus seul, le plus réduit à nos propres forces, que le Seigneur est le plus proche et le plus disponible pour nous remettre en confiance.

D’ailleurs, c’est exactement ce qu’il fait et ce qu’il leur dit : « Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur ! » La foi, c’est avant tout cela : faire confiance, ne pas avoir peur dans l’épreuve car nous savons que le Christ est là : « C’est moi, n’ayez pas peur. »

Pour celui qui a la foi, Dieu n’est pas un fantôme. C’est “le compagnon” d’épreuves, celui vers qui l’on tourne son regard dès que le vent se fait mauvais, dès que l’épreuve commence. Un enfant dans la difficulté, vous le savez bien, vous parents, instinctivement, criera : « maman – papa » parce qu’il sait qu’ils l’aiment et qu’ils peuvent lui porter secours, au prix même de leurs propres vies. Dieu, Père, le Christ, notre frère, eux qui sont amour total, n’agissent pas autrement que, nous, parents, qui pourtant, nous le savons bien, ne sommes pas parfaits.

Alors Pierre veut tester, non pas sa foi mais la puissance du Seigneur :

« Si c’est bien toi, ordonne-moi de venir à toi, sur l’eau ».

Jésus lui dit : « Viens ».

On peut, au passage, saluer le courage de Pierre.

Avez-vous déjà vu un marin enjamber le plat bord de sa barque, et cela par gros temps, pour vérifier ses hallucinations, simplement pour en avoir le cœur net ? Pierre descend donc et marche sur les eaux pour aller vers Jésus : vers Jésus. Tant qu’il regarde le Seigneur pour aller vers lui, tout va bien : il marche… Tant qu’il ne pense qu’à Jésus, qui est en face de lui et qu’il est en train de rejoindre, il avance, sans problème. Mais soudain, il prend conscience de sa situation périlleuse et au lieu de penser à Jésus et de regarder vers lui, il regarde autour de lui : l’eau, le vent, les vagues.

Alors, il prend peur et commence à enfoncer.

  * Voici une autre leçon pour notre vie de foi : nous avons vraiment la foi aussi longtemps que la présence du Christ dans notre vie nous parait plus importante que les épreuves qui nous assaillent. La foi est avant tout une priorité donnée au Seigneur dans notre vie difficile, mais si nous commençons à accorder plus d’importance à des affaires matérielles, intellectuelles, sentimentales ou physiques qu’au Seigneur lui-même, alors nous commençons à couler, à nous enfoncer.

« Dieu, premier servi », pouvait-on lire sur l’étendard de Jeanne d’Arc. C’est sans doute, parce qu’elle avait les yeux fixés sur le Seigneur, et non sur les Anglais ou sur les armes qui étaient braqués contre elle, que Jeanne fut si vaillante au combat et qu’elle forçait l’admiration de ses compagnons d’armes.

La force et le courage de notre foi ne peuvent s’expliquer que par notre regard intérieur fixé sur le Seigneur. C’est dans la prière, dans la contemplation, dans la méditation de sa parole que nous puiserons notre vie de foi, pas ailleurs !

Si au lieu de nous tourner vers lui, nous commençons à penser à nous, à nos petites sécurités, à recourir à nos propres forces, alors, nous faisons comme St-Pierre, nous coulons, nous commençons à enfoncer dans le marasme de nos difficultés, de nos doutes, de nos problèmes.

« Je peux tout, en celui qui me fortifie », disait St-Paul… oui, je peux tout, car c’est vers Dieu que je regarde et que « rien n’est impossible à Dieu ». Quand j’en serai vraiment persuadé alors j’aurai vraiment la foi : tout miser sur Dieu sans essayer de me reprendre.

Mais St-Pierre a la bonne réaction. Commençant à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »

De nouveau, il regarde vers Jésus. Nous aussi, quand rien ne va plus, que nous commençons à enfoncer, que la situation devient intenable, crions comme St-Pierre : « Seigneur, sauve-moi ! » Prière du cœur, prière de confiance dans la détresse, prière du Christ lui-même à l’heure de la Croix :

« Père, je remets mon âme entre tes mains ». « Moi, je ne peux rien, toi, tu peux tout ; je m’en remets totalement à toi ».

Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »

A chaque fois que nous faisons confiance, que nous nous en remettons à Dieu, chaque fois, il nous tend la main ; chaque fois il nous saisit ; chaque fois, il nous tire de nos mauvais pas.

Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba. Déjà, dans la première lecture, nous avons pu constater avec le prophète Elie : que Dieu n’était pas dans l’ouragan, dans le tremblement de terre, ni dans le feu mais dans le murmure d’une brise légère. Dieu se trouve dans le calme, le silence, la sérénité de la foi.

Alors, avec ceux qui étaient dans la barque, nous nous prosternons, nous aussi, et nous disons avec les apôtres : « Vraiment tu es le Fils de Dieu ! » AMEN




19ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

« Jésus vainqueur du mal et de la mort »

(Mt 14,22-33)

  Aussitôt après avoir nourri la foule dans le désert, Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.
La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.
Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.
En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier.
Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »
Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »
Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.
Mais, voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait à enfoncer, il cria : « Seigneur, sauve-moi ! »
Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.
Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »

     

          « Jésus obligea ses disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive »… Ce verbe est très fort. Après avoir vécu la multiplication des pains avec lui, les disciples ne voulaient pas le quitter. Mais il va user de toute son autorité à leur égard pour les inviter à partir seuls dans la barque. Les disciples ne comprennent pas, le verbe employé suggère leur résistance,  mais ils finissent par obéir…

            Et comme ils étaient « déjà à une bonne distance de la terre », ce qui devait arriver arriva : « la barque était battue par les vagues, car le vent était contraire »… Ils n’avancent plus, ou très peu… La situation devient périlleuse… D’un point de vue religieux, la mer était considérée comme le lieu d’habitation des démons (Is 27,1). De plus, les ténèbres renvoient souvent à « l’empire de Satan » (Ac 26,18)… En pleine nuit, au cœur de la mer, les puissances du mal se déchaînent contre eux… Peut-être ont-ils murmuré contre Jésus à ce moment-là : n’est-ce pas à cause de lui qu’ils en sont là ?

            Mais c’est un cadeau que le Christ voulait leur offrir… Ils ne le comprendront que plus tard… Ces difficultés qu’ils traversent vont être l’occasion pour lui de leur révéler son Mystère de vrai homme et de vrai Dieu. Il fera en effet ce que Dieu seul peut faire, « fouler le dos de la mer » en signe de victoire (Jb 9,8) et il dira ce que Dieu seul peut dire, « Je Suis » (Ex 3,13-15).

            Les disciples ont bien pris conscience de leur faiblesse et de leur incapacité à s’en sortir tout seuls. Alors Jésus vient à eux… Ils le prendront pour « un fantôme », ils auront peur, une réaction qui, dans la Bible, est celle des pécheurs lorsque Dieu se manifeste. Mais c’est la Miséricorde qui vient à leur rencontre… De plus, Pierre doutera : « Seigneur, si c’est bien toi, donne-moi l’ordre de venir avec toi sur les eaux ». Et Jésus le lui donnera… Mais alors que Pierre commence à marcher sur la mer, son regard quitte Jésus et se focalise sur le danger de ces vagues en furie… Sa foi vacille, il a peur de nouveau et commence à couler… « Seigneur, sauve-moi ! » « Aussitôt, Jésus tendit la main et le saisit »… Infinie Patience… Amour et Miséricorde toujours prêt à agir au moindre appel… Et il faudra que le vent tombe pour que, dans cette paix retrouvée, ils confessent « le Fils de Dieu »…

            Ainsi étaient les apôtres, ainsi sommes-nous, ainsi est toujours le Christ : « Jésus Christ est le même hier et aujourd’hui, il le sera à jamais » (Hb 13,8). Inlassablement, il vient à notre rencontre, au cœur de tous nos doutes et de tous nos découragements pour nous dire : « Confiance, Je Suis » avec vous et pour vous, « n’ayez pas peur ! ». Et nous découvrirons alors, encore et encore, que seule sa Lumière peut chasser nos ténèbres, seule sa Force peut vaincre l’ennemi, seule sa Vie peut triompher de nos morts…                                                         DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 19ième Dimanche du Temps Ordinaire

“Confiance !

C’est moi ; n’ayez pas peur”

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mt 14, 22-33)

Le passage que nous méditons aujourd’hui vient juste après la multiplication des pains. Ne pas hésiter à faire lire deux fois le texte. Chacun note des mots qui lui paraissent importants. On se souviendra, en lisant ce texte, que Matthieu est l’évangéliste de l’Eglise.

Soulignons les mots importants

Chacun apporte ses mots. L’animateur peut compléter.

Jésus dans la montagne, à l’écart pour prier : Inviter le groupe à contempler Jésus, en prière, seul avec son Père.

La barque battue par les vagues : cette barque battue par les vagues, à quoi nous fait-elle penser ?

Vers la fin de la nuit  Jésus vint : ( penser aux apparitions pascales)

marchant sur la mer : si la mer est le symbole des forces de la mort, que signifie cette marche de Jésus sur la mer ?

les disciples bouleversés : penser, là aussi, aux apparitions pascales

Confiance, c’est moi, n’ayez pas peur. 

Si c’est bien toi 

Il eut peur

Seigneur sauve-moi

Jésus étendit la main

Homme de peu de foi. 

Le vent tomba : a quel moment le vent se calme ?

Se prosternèrent 

Vraiment tu es le Fils de Dieu

 

Regardons ce qui se passe pour Pierre. Quels sont les divers sentiments qui l’animent ? En quoi il nous ressemble ? 

A quoi Jésus invite ses disciples ? 

Que signifie ce geste et la profession de foi des disciples réunis dans la barque ?

 

 

Pour l’animateur   

Jésus en prière : Comme lors de la transfiguration, Jésus se trouve en haut, dans l’intimité de son Père. 

  • La barque : Il faut se rappeler que Matthieu est l’évangéliste de l’Eglise ; il s’intéresse à la barque de Pierre, symbole de l’Eglise. Quand il écrit son évangile, la communauté-Eglise est secouée par les persécutions. 

  • Les mots employés par Matthieu rappelle ce qui s’est passé lors des apparitions pascales. («Vers la fin de la nuit », expression qui rappelle le matin du jour de la résurrection ( Mt 27, 1). Les disciples étaient secoués par la tempête de la Passion et les grandes eaux de la mort qui avaient englouti Jésus., Jésus vint vers eux, vainqueur de la mort. Ils étaient bouleversés en le voyant. 

  • La mer étant le lieu des forces du Mal, la marche de Jésus sur la mer est un signe de victoire sur le Mal et la Mort. C’est un signe qui annonce la victoire de la Résurrection. 

  • Pierre est animé par un sentiment de doute (« si c’est bien toi ») qui annonce le doute des disciples devant le Ressuscité (cf Mt 28, 17). Mais Pierre obéit à l’ordre de Jésus. Puis la peur l’emporte sur la foi ; mais sa foi reste suffisante pour qu’elle devienne prière: « Seigneur, sauve-moi ! ». 

  • Jésus sauve Pierre, et sa présence dans la barque de l’Eglise ramène le calme. Matthieu met Pierre en vedette, mais c’est pour souligner la fragilité de celui à qui le Seigneur va confier son Eglise, et aussi pour assurer que Jésus vient et viendra au secours de cette faiblesse. 

  • Le récit se termine par une adoration liturgique : c’est l’Eglise qui proclame sa foi en Jésus, le Fils de Dieu, son Seigneur, celui qui est vainqueur des forces du mal.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS :

Seigneur Jésus, sans cesse, tu intercèdes pour ton Eglise auprès de ton Père. Quand elle est battue par les vagues et les vents contraires, tu l’invite à la confiance. Tu es le Seigneur ressuscité, vainqueur des forces du mal et de la mort. Comme celle de Pierre, notre foi est fragile. Mais comme pour Pierre, tu viens au secours de notre faiblesse.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

La Parole aujourd’hui dans notre vie

  • Jésus, le Fils du Père, prie pour ses disciples, pour son Eglise, pour nous nous sommes les fils et filles du Père : quel temps donnons-nous à la prière silencieuse et filiale ? Pour quoi et pour qui prions-nous ?

  • Quand l’Eglise est secouée par les vagues de l’incroyance, par les vents contraires des hostilités, des persécutions, des critiques, par les scandales causés par certains de ses membres…quelle est notre attitude ? Est-ce que le Christ ressuscité me rend capable de regarder tous ces obstacles avec sérénité ?

  • Quand notre barque (notre vie personnelle, notre famille, notre quartier, notre paroisse…) est battue par les vagues (une épreuve, une maladie grave, une division, un scandale, une méchanceté qu’on nous a faite…par le Mal, comme on dit) , vers qui nous nous tournons ? Quelle est notre prière ? 

  • A moi aussi, Jésus me demande de marcher sur la mer : accepter tel engagement au service de mes frères, vaincre mon découragement, renoncer à mes habitudes de péché, retrouver le chemin de la prière, briser ma suffisance, mon orgueil. Est-ce que je crois Jésus Christ capable de me faire faire l’impossible?

 

 

Ensemble prions

Seigneur, nous te prions pour tous les persécutés, pour tous les mal traités, pour ceux qui vivent dans la terreur, craignant d’être arrêtés, pour ceux qui sont déjà enfermés dans une cellule et qui, dans l’angoisse, craignent le pire, pour eux-mêmes et pour leurs bien-aimés. Fais-leur sentir ta présence.

Ô Seigneur, guéris-nous…sauve-nous 

Seigneur nous te prions pour tous ceux qu’on torture, moralement ou physiquement, ceux qu’on fait souffrir, que ce soit par les menaces ou le chantage, par la cruauté ou par la brutalité. Fais-leur sentir la douceur de ta présence !

Ô Seigneur, guéris-nous…sauve-nous

Seigneur, nous te prions pour les petits enfants qu’on torture en présence de leur mère, pour les femmes qu’on viole au corps de garde, pour tous ceux sur lesquels on s’acharne jour après jour, sans qu’ils puissent dormir, ni jamais se reprendre, et qu’on réduit à l’état de loques humaines. Fais-leur sentir ta présence vivifiante !

Ô Seigneur, guéris-nous…sauve-nous

 

 

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19ième Dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

 

 

 

 




18ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Père Rodolphe EMARD (Mt 14,13-21)

Le récit de la multiplication des pains est un récit que nous connaissons bien dans les Évangiles. Il nous est raconté pas moins de six fois : deux fois dans l’Évangile de Marc, une fois dans celui de Luc et une fois dans celui de Jean.

Dans l’Évangile de Matthieu, ce récit est relaté deux fois, au chapitre XIV puis à nouveau au chapitre XV. Ce dimanche, nous nous référons à la péricope tirée du chapitre XIV. Que nous apprend ce récit ? Je souhaiterais vous partager trois points :

  • Ce récit nous révèle que Dieu fait grâce

Par ses gestes, ses paroles, ses guérisons, ses miracles, Jésus nous a révélé le vrai visage de Dieu. Il nous a montré que Dieu n’est pas un être lointain et inaccessible. Bien au contraire, non seulement Dieu se fait proche et il se laisse trouver.

De même, Jésus nous a montré que Dieu n’est pas un tyran insensible à la souffrance humaine. Dieu est amour et miséricordieux et il est plein de compassion pour l’humanité.

Notre récit en est une parfaite illustration. Saint Matthieu nous révèle que Jésus fut pris de compassion envers cette « grande foule de gens » qui se présentait à lui et il « guérit [des] malades ».

La compassion de Jésus le conduit, non seulement, à manifester son identité et sa puissance divines, mais également, à rassasier la foule venue pour l’entendre : « environ cinq mille hommes ». Ce que nous devons conclure de ce premier point, c’est que le don de Dieu est abondant et gratuit pour les hommes et que personne n’en est exclue.

  • Ce récit fait écho à l’Eucharistie

Ce récit nous montre que Jésus se donne à nous sans compter. Dans l’Évangile, nous voyons les différentes manières dont il prend soin de la foule : il l’enveloppe de sa compassion, il guérit les malades, il enseigne et il ne néglige pas le besoin de nourriture.

À l’évidence la multiplication des pains annonce l’Eucharistie et ses futurs ministres. Nous retrouvons des termes de la consécration : « Il prit les cinq pains (…) et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples ».

Ce récit nous rappelle que le Christ se donne véritablement dans l’Eucharistie, dans sa Parole et son pain de Vie. En communiant au pain consacré, nous recevons la totalité du Christ, vrai Dieu et vrai homme, son corps, son âme, son esprit et sa divinité. C’est toute la personne du Christ ressuscité que nous recevons dans la foi.

Ce temps de vacances est propice pour mieux réfléchir sur notre rapport à l’Eucharistie ? Croyons-nous-en sa force pour notre route quotidienne ? Prenons-nous conscience que toute la compassion du Christ nous est donnée à chaque messe que nous célébrons ? Pourquoi nous priver d’un tel trésor ?

En bref, frères et sœurs : Dieu nous fait grâce et sa grâce est incomparable dans l’Eucharistie. Dieu se fait proche et sa proximité est immense dans l’Eucharistie. Encore faut-il nous ouvrir aux appels du Christ… Cela me permet d’aborder mon troisième point.

  • Ce récit nous révèle que Jésus compte sur nous

Dieu se donne à nous mais il compte aussi sur nous pour le transmettre aux hommes. Nous pouvons parfois sous-estimer ce fait. Oui Jésus compte sur nous !

Comme les disciples, nous sommes bien souvent tentés d’esquiver les problèmes ou les personnes qui causent ces problèmes : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! » Mais la réponse du Maître est tout autre : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Jésus compte sur nos propres apports ! Cinq pains et deux poissons que s’empressent de récupérer les disciples : un faible apport, presque ridicule mais Jésus partira de cet apport pour procéder à la multiplication et ainsi rassasier la foule.

Nous pouvons retenir deux leçons :

  • Jésus ne privilégie pas la quantité mais la qualité de notre apport : « Apportez-les moi. »

  • Personne ne peut dire, je n’ai rien à apporter dans la Vigne du Seigneur ! Aussi humble que soit notre apport, s’il est sincère, il compte pour le Christ.

À la finale de l’Évangile, Matthieu précise qu’on ramassa douze paniers des morceaux qu’il restait. Ce chiffre douze est symbolique. Il renvoie aux douze Apôtres sur lesquels Jésus s’est appuyé pour bâtir son Église. Nous sommes les membres de son Église par la grâce de notre Baptême et de notre Confirmation. Nous avons à la suite des Apôtres à annoncer le Christ Ressuscité, l’unique Sauveur du monde. Ne négligeons pas notre appartenance à l’Église catholique et apostolique.

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Pour conclure frères et sœurs, demandons au Seigneur de pouvoir mieux l’accueillir dans nos vies pour mieux le donner aux autres. Et qu’il nous donne de persévérer face à l’épreuve. Saint Paul dans la deuxième lecture nous rappelle que « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur. »

Et certaines réalités évoquées par l’Apôtre ne nous laissent pas indifférents suite à cette pandémie du Covid-19 qui a perturbé notre monde : « La détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? » Non, rien de tout cela ! Ayons foi frères et sœurs que rien ne peut « nous séparer de l’amour du Christ ». Qu’il nous donne sa force, sa grâce et sa paix !

Père Rodolphe Emard.




18ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 14, 13-21) – Francis COUSIN)

« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

 

Ne nous arrive-t-il souvent, dans nos prières ou dans nos conversations, de dire à Dieu : « Dieu, tu devrais faire ceci ! » ou bien « Si Dieu existait, il aurait fait cela et tout le monde aurait été content ! » ou encore : « Tu vois notre situation avec le Covid-19, que ce soit sanitaire ou économique. Et c’est toujours les petits qui trinquent ! fais quelque chose pour nous ! ».

C’est une situation courante : dès qu’on a un problème qui nous semble insoluble, on demande à Dieu de nous venir en aide.

C’est ce qui est arrivé aux apôtres, devant la foule qui était assemblée autour de Jésus pour l’écouter ou pour attendre une guérison, et voyant la fin du jour arriver, ils se tournent vers Jésus pour lui dire : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! ».

La réponse de Jésus peut sembler surprenante : « Donnez-leur vous-mêmes à manger. », ce qui pourrait vouloir dire « Débrouiller-vous ! ». Mais ce n’est pas du tout le cas.

En effet, comment Jésus aurait-il pu laisser tous ces gens sans se préoccuper d’eux ?

C’est ce qu’il faisait déjà depuis qu’il avait débarqué en les voyant tous, arrivés là sans rien prévoir, partis sur un coup de tête, ou plutôt un coup de cœur, avec femmes et enfants, pour écouter ’’le maître’’ : « Il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades. ».

À l’amour débordant de Jésus envers tous ces gens répond l’attente de ceux-ci pour son enseignement : l’écouter parler de la miséricorde de Dieu qui doit se traduire en une miséricorde entre tous les hommes, le voir guérir les plus petits, ceux que l’on néglige, les malheureux, les malades, les impotents … et louer Dieu pour ses bienfaits.

« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

« Oui ! Mais comment ? On n’a rien, ou presque : juste « cinq pains et deux poissons ! », c’est complétement dérisoire pour une foule comme celle-ci ! Même pour nous, cela n’est pas suffisant ! ».

C’est peu, c’est sûr, mais il y a déjà une démarche des apôtres qui va dans le bon sens : comme le disait La Fontaine dans le chartier embourbé : « Aide-toi, le Ciel t’aidera ! ».

Car c’est à partir de ce petit peu que Jésus va pouvoir accomplir le miracle de nourrir tout le monde … et de récupérer douze paniers de restes. Il se tourne vers son Père, prononce la bénédiction, rompt les pains, les donne aux apôtres pour qu’ils les distribuent à la foule. Il fera de même lors de la dernière cène …

Jésus prend soin de la foule, il la nourrit gratuitement … de la nourriture terrestre … mais aussi et surtout de la nourriture spirituelle … comme il le fait encore maintenant à chaque messe.

            C’est là qu’on peut comprendre le discours d’Isaïe : « Vous tous qui avez soif, venez, voici de l’eau ! Même si vous n’avez pas d’argent, venez acheter et consommer, venez acheter du vin et du lait sans argent, sans rien payer. Pourquoi dépenser votre argent pour ce qui ne nourrit pas, vous fatiguer pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez-moi bien, et vous mangerez de bonnes choses, vous vous régalerez de viandes savoureuses ! Prêtez l’oreille ! Venez à moi ! Écoutez, et vous vivrez. » (Is 55,1-3).

Écouter l’enseignement de Jésus, comme le fit la foule. Écouter l’enseignement de Jésus, comme nous devons le faire, pas distraitement, mais avec attention … et le mettre en pratique …

Écoutons la Parole de Dieu, communions au pain de vie, laissons-nous envahir par l’amour de Dieu, toutes choses qu’il nous donne gratuitement … pour que nous allions vivre de l’amour de Dieu et devenions des témoins de son amour pour tous les hommes.

« Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

C’est ce que Dieu continue de dire à chacun de nous : donnez à ceux qui ont faim … du pain, de l’amour, de la reconnaissance, de l’espoir, de l’attention …

On ne s’en sent pas capable ? Il suffit de peu … ne serait-ce que la volonté de le faire ! Le reste, c’est l’affaire de Dieu …avec nous …

Seigneur Jésus,

puissions-nous être comme cette foule

qui quitte toutes ses occupations

et marche longtemps

pour aller t’écouter !

Tu l’as nourrie de ta Parole

et lui as donné à manger,

gratuitement !

Et que nous puissions rassasier

toutes les faims des hommes …

avec ton aide !

 

Francis Cousin

 

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 18°




18ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

Jésus, Pain de Vie (Mt 14,13-21)

En ce temps-là, quand Jésus apprit la mort de Jean le Baptiste, il se retira et partit en barque pour un endroit désert, à l’écart. Les foules l’apprirent et, quittant leurs villes, elles suivirent à pied.
En débarquant, il vit une grande foule de gens ; il fut saisi de compassion envers eux et guérit leurs malades.
Le soir venu, les disciples s’approchèrent et lui dirent : « L’endroit est désert et l’heure est déjà avancée. Renvoie donc la foule : qu’ils aillent dans les villages s’acheter de la nourriture ! »
Mais Jésus leur dit : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »
Alors ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons. »
Jésus dit : « Apportez-les-moi. »
Puis, ordonnant à la foule de s’asseoir sur l’herbe, il prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction ; il rompit les pains, il les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule.
Ils mangèrent tous et ils furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins.
Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille, sans compter les femmes et les enfants.

 

Cette première multiplication des pains était destinée avant tout au Peuple d’Israël. La symbolique des chiffres nous le dit, à sa façon. Le chiffre « cinq » renvoie en effet très souvent dans la Bible à « la Loi de Moïse » retranscrite dans les « cinq » premiers livres, un ensemble que les Juifs appellent « la Torah », la Loi. « Mille » désigne la multitude. Ces « cinq mille » hommes représentent donc ici la multitude du Peuple d’Israël appelé à découvrir dans l’écoute et l’obéissance aux « cinq » livres de la Loi un chemin qui conduit à la vie. Et « les Douze paniers pleins » qui restent renvoient aux Douze tribus d’Israël…

            Les cinq pains que Jésus reçoit de ses disciples font donc allusion à ces cinq livres de la Loi. Mais dans ses mains, cette Loi va se transformer en un Pain de Vie qui se révèlera capable, par la suite, de nourrir non seulement Israël mais encore le monde entier. En effet, seul Jésus, « la Parole faite chair », permet à ceux et celles qui acceptent de le recevoir par leur foi d’atteindre le but que la Loi ne faisait qu’indiquer : une vie en communion avec Dieu en cet unique Esprit qui vivifie…

Prenons un exemple. Jésus disait, en commençant par rappeler la Loi : « Vous avez entendu qu’il a été dit aux ancêtres : « Tu ne tueras point » ; et si quelqu’un tue, il en répondra au tribunal ». Et aussitôt, il va lui substituer sa Parole : « Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal » (Mt 5,20s). Et Jésus se révèle ici bien plus exigeant que la Loi. En effet, il va directement à la racine de tout acte mauvais, le cœur, qui, avant de mal agir, s’est laissé envahir par l’envie, la cupidité, la méchanceté, la colère ou la malice… Que ce cœur se laisse plutôt remplir par l’Amour, le grand Don de Dieu ! « L’Amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit qui nous a été donné », écrit St Paul. Alors, celui qui le reçoit par sa foi, écrit-il encore, accomplira comme naturellement tous les préceptes de la Loi. « Car celui qui aime autrui a de ce fait accompli la loi. En effet, le précepte : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude ».

            Avec ces cinq pains Jésus prend donc ici le cœur de l’Ancienne Alliance, la Loi de Moïse, qu’il redonne à ses disciples en Pain de Vie de la Nouvelle Alliance. Et avec lui et par lui, ce sera l’Esprit Saint, l’Esprit d’Amour qui vivifiera le cœur et la vie de tous ceux et celles qui accepteront de le recevoir. Désormais, ils n’auront plus à obéir aux multiples préceptes de la Loi, mais ils auront à cœur de demeurer fidèles à cette grâce de l’Esprit révélée et offerte par la Parole du Christ. « Celui que Dieu a envoyé prononce les Paroles de Dieu car il donne avec elles l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34)… Et c’est d’ailleurs en obéissant à cette Parole que l’Eglise, jusqu’à la fin des temps, célèbrera l’Eucharistie préfigurée ici par cette multiplication des pains : « Vous ferez cela en mémoire de moi »…

            Ainsi, par l’écoute de sa Parole, l’Eglise accueille la Vie de l’Esprit, cette même Vie qui est communiquée en surabondance par le Pain consacré sur l’autel. Et cet Esprit devient au cœur de celui ou celle qui le reçoit Source jaillissant en vie éternelle, Force d’Amour et de Paix capable de transfigurer, petit à petit, notre existence tout entière…                                                                                           DJF

   

 




Rencontre autour de l’Évangile – 18ième Dimanche du Temps Ordinaire

Jésus nourrit la foule »

 

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mt 14, 13-21)

Après le discours en paraboles, Jésus a fait un bref passage dans son village de Nazareth. Mais il a été mal accueilli : ses compatriotes croyaient le connaître, et ils n’ont  pas accepté qu’il puisse les enseigner avec sagesse et qu’il puisse faire des miracles. Quelque temps après, Jésus apprend que Jean Baptiste a été décapité par Hérode. C’est pour cela qu’il se retire dans un endroit désert…mais les foules ne le lâchent pas.

 

Soulignons les mots importants

Jésus vit une grande foule de gens : Quelle est l’attitude de Jésus ?

Il fut saisi de pitié : Quel sentiment  éprouve Jésus devant les foules qui le suivent ? Quelle est la préoccupation des disciples ?

L’endroit est désert : A quoi correspond le désert dans l’histoire du peuple d’Israël ? Comment  Dieu a-t-il nourri son peuple ? 

Donnez-leur vous-même à manger: Que signifie cette parole de Jésus ?

Cinq pains et deux poissons : a quoi peut servir une si petite provision ?

Apportez-les moi ici : pourquoi cette demande de Jésus ?

Il prit les cinq pains et les deux poissons. Levant les yeux au ciel…Prononça la bénédiction ; Il rompit les pains, Les donna aux disciples, les disciples les donnèrent à la foule : Que nous rappellent les paroles et les gestes Jésus ? Et que penser du rôle des disciples ?

Tous mangèrent à leur faim : De quoi les hommes ont-ils faim ?

On ramassa douze paniers pleins : A quoi nous fait penser ce nombre « douze » ? Est-ce que les « douze paniers pleins » auraient une signification dans la pensée de l’évangéliste ?

Cinq mille hommes : Pourquoi on ne compte que les hommes ?

 

Pour l’animateur   

  • Une grande foule: Jésus avait prévu de se retirer dans un endroit désert, après la mort cruelle de Jean Baptiste… mais les foules sont là, et il est disponible

  • Le désert où Jésus nourrit la foule rappelle le désert de l’Exode où Dieu a nourri son peuple par le miracle de la manne. Jésus fait comme Dieu. C’est lui qui apporte la vie du Père. Il est lui-même le pain du ciel. (Cf Jn 6) Les chrétiens vivent leur foi comme un nouvel exode spirituel ; ils sont nourris d’une manne nouvelle.

  • L’expression « Jésus fut saisi de pitié» exprime la tendresse de Jésus devant la détresse des hommes et devant la faim des hommes de tous les temps.

  • Jésus veut responsabiliser ses disciples en leur demandant de ne pas renvoyer la foule et de trouver eux-mêmes de quoi la nourrir. Il leur demande de se mettre à l’action. Il veut les associer au miracle en leur demandant de mettre à sa disposition le peu qu’ils ont.

  • Et dans la réalisation du miracle il fait participer ses disciples.»

  • le peu devient surabondance dans les mains de Jésus : Jésus attend qu’on mette les pauvres moyens entre ses mains.

  • Jésus, à travers ce miracle, pense à un autre. Il fait les mêmes  gestes qu’il fera à la Cène : « il prit du pain, le bénit, le rompit et le donna aux disciples » (Mt 16,26)

  • Le rôle que Jésus confie aux disciples dans la distribution du pain: la multiplication des pains annonce l’eucharistie et le rôle des ministres. Nous pouvons penser à nos célébrations eucharistiques, surtout lors des grands rassemblements. Le célébrant reprend les paroles et les gestes de Jésus.

  • Tous mangèrent à leur faim: Jésus veut nourrir spirituellement les hommes, répondre à leur faim d’absolu : les nourrir de Dieu, qui seule peut combler la faim des hommes.

  • Les douze paniers nous font penser au « Douze»  tribus d’Israël, aux Douze apôtres qui eux-mêmes représentent toute l’humanité appelée à devenir le Peuple de Dieu. Les paniers sont pleins, pour signifier qu’il y aura du pain en abondance pour toutes les foules à venir et jusqu’à la fin des temps. Jésus n’a-t-il pas dit : « je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu’ils l’aient en abondance ». (Jn 10, 10)

  • Au temps de Jésus, dans la mentalité juive, les femmes et les enfants n’avaient pas beaucoup de place dans la société : c’est pour cela qu’on ne les compte même pas. Jésus a rétabli l’égalité dignité des personnes  qu’elles soient hommes, femmes ou enfants.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS :

Seigneur Jésus, nous admirons ta disponibilité : tu n’avais pas prévu cette foule de gens. Tu n’es pas resté indifférent à leurs attentes, à leur faim. Tu n’as pas agi seul. Tu as associé tes disciples à ton œuvre : tu n’as pas voulu qu’ils restent sans rien faire. Tu les as mis à l’action. Et avec le peu qu’ils t’ont apporté, tu as fais des merveilles pour nourrir cette foule. Tu es venu apporter la vie en abondance, la vie de Dieu pour tous.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

La Parole aujourd’hui dans notre vie

Jésus nous donne une leçon de disponibilité : nos plans sont parfois contrariés. Une visite inattendue, un service qu’on nous demande, un temps de repos que le téléphone vient arrêter, un enfant qui veut être écouté, telle présence contraignante… Avons-nous un cœur prêt à accueillir, à aimer, à s’émouvoir ?

Notre paroisse a la responsabilité de rassembler les foules aujourd’hui pour les nourrir de sa Parole et de son Corps. Que faisons-nous ?

Comme les disciples, devant les grands défis du monde d’aujourd’hui, la déchristianisation,  les problèmes de la faim, les richesses qu’il faudrait partager, les conflits, la violence… ne disons-nous pas : il n’y a rien à faire…à quoi bon ce petit geste de paix, ce petit partage, cette petite association humanitaire…Est-ce que nous pensons à mettre nos pauvres moyens humains dans les mains du Seigneur ?

Jésus multiplie pour nous les pains AUJOURD’HUI afin de combler notre faim de VIE,  notre faim d’AMOUR, notre faim de PAIX… notre faim de DIEU : comment recevons-nous la nourriture de vie éternelle, le pain de l’Eucharistie ?

 

Ensemble prions

Chant : Voici le pain de notre table p.135

Donne ton pain, Seigneur, à ceux qui ont faim,

Donne faim de toi à ceux qui ont du pain

Car toi seul Seigneur peux rassasier notre désir.

Donne ta force à ceux qui sont faibles

Donne l’humilité à ceux qui se croient forts,

Car toi seul, Seigneur, es notre force.

Donne confiance à ceux qui ont peur

Donne ta crainte à ceux qui ont trop confiance en eux

Car toi seul, Seigneur, soutiens notre espérance.

Seigneur Jésus, qui as rassasié la foule affamée au désert

Avec cinq pains d’orge et deux poissons, nous te prions :

Donne à chaque être humain le pain de la terre et le pain du ciel,

rassasie notre faim d’éternité. Toi, le Pain vivant descendu du Ciel. Amen

 

 

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18ième Dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

 

 

 

 




18ième dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Multiplication des pains

Mt 14, 13-21

 « Jésus partit en barque en un endroit désert ». C’est par ces mots que débute l’Evangile que nous venons d’écouter. Jésus vient d’apprendre la décapitation de Jean-Baptiste. Il a besoin de prendre du large et surtout il a besoin d’être seul, de se retirer un moment du monde, de se retrouver face à lui-même pour faire le point et de dialoguer dans l’intimité de son Père.

Il part en barque, traverse le lac : il sera tranquille de l’autre côté, loin de cette foule qui l’entoure de toutes parts et qui l’assaille sans cesse de cris, de demandes de guérisons, de prières diverses. Or, quand il débarque sur la rive : la foule est là, déjà là. Elle est là, car elle a faim. Remarquez qu’elle ne réclame pas de pain. Elle a faim de son enseignement, elle a faim de lui. En elle, s’est levé une grande espérance, et puis, il faut bien le dire aussi, elle voit en lui un faiseur de miracles, un magicien différent des autres.

Combien de fois, nous-mêmes, n’avons-nous pas fait cette demande vers le Christ, non pas pour écouter sa parole, pas même pour bénéficier de sa grâce, mais pour demander, quêter, tendre la main pour satisfaire ou résoudre des situations purement humaines, qui n’ont pas grand-chose à voir avec le Royaume de Dieu.

Et Jésus, cependant, a compassion de cette foule. On dit qu’il fut « saisi de pitié ». « Pris aux entrailles » serait la vraie traduction. Et le voilà qui se remet à guérir, qui parle et on l’écoute.

Mais bientôt, le soir vient. La foule est toujours là, en attente d’autre chose certainement. Pourquoi, autrement serait-elle encore autour de lui ? Mais vous connaissez tous, la suite, ce fameux texte de la multiplication des pains : raconté six fois dans les Évangiles tant il avait frappé les apôtres, par la matérialité des faits, mais aussi et surtout par le signe qu’elle donnait à l’Eglise.

– Trop souvent nous n’avons retenu que le côté miraculeux, le côté extraordinaire, le merveilleux. Nous cherchons seulement ” comment ” il a pu faire, alors que nous devrions d’abord nous demander “pourquoi ” il l’a fait ce miracle et sa véritable signification.

– Ne voir dans les miracles de la Bible, dans ceux de Jésus que des évènements extraordinaires qui relèvent de la magie, c’est cacher le message. Dans chaque miracle : Jésus fait signe, il nous fait signe, il veut nous dire quelque chose.

Chaque miracle est un message de Dieu, un message que nous devons décrypter, déchiffrer, comprendre. Nous ne devons pas chercher “comment” cela s’est réalisé, comment cela fut matériellement possible, mais pourquoi il a fait ce miracle, découvrir le sens religieux qui se cache derrière le miracle lui-même.

Qu’est-ce-que Jésus veut nous dire par ce miracle ? Il veut d’abord faire le lien entre le Dieu de l’Ancien Testament et lui-même.

Rappelez-vous la manne, ce pain du désert avec lequel Dieu nourrissait son peuple. Il veut donner ce jour-là, un signe semblable à celui de Moïse : Jésus accomplit la loi du Sinaï. Il continue à nourrir son peuple. Il va lui donner un autre pain à manger : il le leur dira le lendemain à la Synagogue de Capharnaüm.

Mais la situation, ne l’oublions pas, est urgente : le soir venu, la foule est toujours là et ce sont les disciples qui pressent Jésus d’agir : « Renvoie donc cette foule. Qu’ils aillent dans des villages s’acheter à manger ! » et la réponse de Jésus est stupéfiante : « Ils n’ont pas besoin de s’en aller. Donnez-leur vous-mêmes à manger. »

Voilà que Jésus institue l’Église, dispensatrice du don de Dieu, les disciples distributeurs de la grâce de Dieu qui s’en remet aux hommes et qui leur donne une mission : « Donnez-leur à manger », l’Eglise qui reçoit la mission redoutable d’apaiser la faim et la soif des hommes !

Dieu ne veut pas et ne peut pas travailler en ce monde sans l’Eglise, sans les hommes. Il ne veut pas de subventions et d’assistanat à sens unique : il faut que l’homme apporte sa part et lui, il multipliera.

Ce n’est pas respecter quelqu’un, que de lui donner quelque chose, alors que, lui, n’a rien fait pour le mériter, pour apporter son concours. Alors, ils lui disent : « Nous n’avons là que cinq pains et deux poissons».

C’est vrai, nous n’avons pas grand-chose à offrir. Pauvreté de l’Église pour convaincre le monde de l’amour de Dieu, pauvreté par rapport aux moyens dont disposent les promoteurs de valeurs matérielles !

En fait, nous ne sommes pas de taille pour lutter contre toute cette publicité qui déforme actuellement l’échelle des valeurs de notre société.

Cinq pains, deux poissons ! Nous n’avons pas les moyens de faire face. C’est dérisoire. Mais Dieu a besoin des hommes, il en a besoin parce qu’il les respecte et qu’il les aime et qu’il ne veut pas en faire des assistés. Jésus aurait pu se passer totalement de ces pauvres cinq pains de famine. Mais Dieu, Jésus, veut avoir besoin de moi, de chacun d’entre nous.

– « Il prit les cinq pains et les 2 poissons et levant les yeux au ciel,

il prononça la bénédiction, il rompit les pains et les donna aux disciples ».

Ces mots-là ne vous rappellent rien ? Ces gestes-là ne vous disent rien ? Ce sont les mêmes que ceux qui serviront à décrire la Cène, le Jeudi Saint, au moment d’instituer la Sainte Eucharistie : « Levant les yeux au ciel, il prononça la bénédiction, il rompit le pain et donna aux disciples ».

La multiplication des pains n’est que le signe avant-coureur du sacrement de l’Eucharistie. Le lendemain de ce jour, à la synagogue de Capharnaüm, il déclarera :

« Vos pères ont mangé la manne au désert et aujourd’hui, vous êtes ici, parce que hier, vous avez mangé du pain. Mais le pain que Dieu donne, c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde ».

Jésus leur déclara : « Je suis le pain de vie, celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim ! ». « Il donna le pain aux disciples et les disciples les donnèrent à la foule », comme tout à l’heure à la communion, le prêtre et ses délégués vous donneront le pain de vie.

Cette multiplication des pains est déjà une véritable liturgie, annonciatrice de nos messes, et le rôle du prêtre à la messe n’est autre que celui des apôtres qui faisaient passer, de personne en personne, la nourriture de Dieu.

 

Le pape Jean Paul II, dans son message au Congrès International Eucharistique de Lourdes, rappelle le rôle sacré des prêtres : « Les prêtres, ayant reçu le Sacrement de l’Ordre, assument, au milieu des peuples des baptisés, la place du Christ, tête de son Eglise : leur ministère sacré est indispensable pour signifier que la ‘’fraction du pain réalisée par eux est un don reçu du Christ qui dépasse radicalement le pouvoir de l’assemblée’’ » et ce pain est donné à profusion.

 

 

« Des morceaux qui restaient, on ramassa douze paniers pleins ». Les dons de Dieu ne sont pas mesurés : sa grâce est toujours surabondante, tout comme à Cana où il y avait six cent litres de vin. Douze paniers, comme les douze apôtres, ces douze paniers dans lesquels nous puisons encore aujourd’hui en les distribuant à la foule : cette nourriture demeure pour ceux qui sont appelés à partager le même repas dans l’aujourd’hui de l’Eglise. Chaque fois que nous célébrons l’Eucharistie, nous puisons, en quelque sorte dans les douze paniers qui furent confiés, ce soir-là, aux douze apôtres.

« Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ».

Pain rompu pour un monde nouveau. AMEN




17ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Père Rodolphe EMARD

Homélie du 17ème dimanche

du Temps Ordinaire

Année A (26 juillet 2020)

Frères et sœurs, rappelez-vous, dimanche dernier, Jésus nous donnait trois paraboles pour nous expliquer ce qu’est le Royaume des Cieux : la parabole de l’ivraie, celle de la graine de moutarde et celle du levain dans la pâte.

Aujourd’hui, nous avons trois nouvelles paraboles : celle du trésor caché dans le champ, celle des perles fines et celle enfin du filet que l’on jette dans la mer. Jésus nous parle encore du Royaume des Cieux…

Dans les deux premières paraboles, Jésus lance un véritable cri pour désirer le Royaume. Jésus évoque un homme qui a trouvé un trésor dans un champ et qui fait un choix radical : il va vendre tout ce qu’il possède pour acquérir ce champ. Jésus évoque ensuite un négociant en perles qui a reconnu, d’un œil expert, une perle admirable. Il va lui aussi tout vendre pour l’acheter.

Et nous quel est notre trésor ? Nombreux de nos contemporains sont attirés par des pseudo-trésors du monde, éclatants certes, mais éphémères. Rien ne satisfait vraiment dans une recherche exclusive du matérialisme. Cela finit par décevoir ! Il faut reconnaître que dans la vie commerciale, nous sommes prêts à tout pour faire une bonne affaire, une belle acquisition. Mais pour le Règne de Dieu ? Jusqu’où sommes-nous prêts à investir pour reprendre un terme commercial ?

Autrement dit, sommes-nous prêts à tout miser, à miser toute notre vie sur le Royaume des Cieux ? La réponse appartient à chacun ! Mais Jésus par ces deux paraboles nous invite à considérer que le Royaume est un véritable trésor, une perle précieuse qui surpasse toutes les richesses du monde !

Les richesses du monde sont périssables… Quand on évoque le Royaume des Cieux, on est de l’ordre de l’immortalité, de ce qui éternel. Cependant, ce Royaume ne nous est pas donné d’emblée, il est encore caché même s’il est déjà à l’œuvre en ce monde.

L’appel est clair pour nous : le Royaume des Cieux, il faut le désirer plus que tout mais aussi le chercher avec ardeur et y mettre l’effort comme les deux hommes des deux paraboles : l’homme qui découvre le trésor dans le champ et le négociant de perles.

Dans la troisième parabole, il y a un appel à la sagesse, ce qui fait écho à la première lecture (du premier livre des Rois). La méditation des paraboles que nous effectuons depuis quelques dimanches est un appel à faire le tri : quels sont nos réelles priorités et qu’est ce qui de l’ordre du superflu ? Il s’agit dans ce tri d’envisager l’avenir à construire dans la perspective du Royaume.

Jésus conclue ses paraboles en demandant à ses interlocuteurs : « Avez-compris tout cela ? » L’enjeu est de taille : c’est aujourd’hui qu’il faut se décider pour le Royaume. Comme pour dimanche dernier, Jésus nous invite à ne pas minimiser cette décision : ceux qui refusent le Royaume seront jetés « à la fin du monde (…) dans la fournaise : là, il y aura des pleurs et des grincements de dents. » pour reprendre les mots de l’Évangile.

Se décider véritablement pour le Royaume nous invite à trois attitudes :

  • Tout d’abord au discernement. Quels sont les signes du Royaume ? Et quels sont les signes qui ne sont pas du Royaume ? Nous connaissons les signes du Royaume : ils sont de l’ordre de la foi, de l’espérance et de la charité. Quand nous contribuons au bien d’autrui, quand nous nous rendons humbles, quand nous devenons plus indulgents vis-à-vis des fautes des autres, nous faisons grandir le Royaume.

Discerner les signes du Royaume c’est aussi réfléchir sur notre rapport à la création. Cette année Laudato Si’, voulue par le pape François, nous invite à penser à la sauvegarde de la création qui nous est confiée. Une réelle réflexion est à mener sur la surconsommation et sur l’exploitation excessive et sans frein des ressources naturelles. L’actualité de la crise sanitaire mais aussi économique et sociale liée au Covid-19 nous invite franchement au discernement personnel et collectif. D’où cette deuxième invitation.

  • Une invitation à demander la sagesse. Comme le jeune roi Salomon dans la première lecture : ce qu’il demande à Dieu c’est d’avoir un « cœur attentif » pour gouverner, pour « discerner le bien et le mal ». Et notons que Dieu va agréer à sa demande en lui donnant un « cœur intelligent et sage ».

Nos prières au Seigneur sont bien souvent faites de demandes, dont celle des richesses et pas spontanément cette demande : un cœur attentif pour discerner le bien et le mal. Il y a une leçon à en tirer pour nous.

  • Enfin une invitation à devenir « l’image » du Christ. Je reprends ce que dit saint Paul dans la deuxième lecture de la lettre aux Romains : Dieu nous a « destinés (…) à être configurés à l’image de son Fils ». Cela signifie concrètement, vivre à la suite de Jésus et avec lui la fraternité universelle. Les signes du Royaume sont aussi ceux de la paix, du pardon, du partage…

Et bien frères et sœurs, demandons au Seigneur de pouvoir faire un vrai choix du Royaume, en vue de la Vie éternelle en Dieu. Aucun trésor du monde ne vaut cela ! Que le Seigneur Jésus vous donne sa grâce et sa paix.

 

Père Rodolphe Emard.

 

 

Textes bibliques : 1 R 3, 5. 7-12 / Ps 118 / Rm 8, 28-30 / Mt 13, 44-52.