13ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 « L’Amour des ennemis, illustré par Jésus (Lc 9,51-62) »  

      Comme s’accomplissait le temps où il allait être enlevé au ciel, Jésus, le visage déterminé, prit la route de Jérusalem.
Il envoya, en avant de lui, des messagers ; ceux-ci se mirent en route et entrèrent dans un village de Samaritains pour préparer sa venue.
Mais on refusa de le recevoir, parce qu’il se dirigeait vers Jérusalem.
Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : « Seigneur, veux-tu que nous ordonnions qu’un feu tombe du ciel et les détruise ? »
Mais Jésus, se retournant, les réprimanda.
Puis ils partirent pour un autre village.
En cours de route, un homme dit à Jésus : « Je te suivrai partout où tu iras. »
Jésus lui déclara : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »
Il dit à un autre : « Suis-moi. »      L’homme répondit :    « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. »
Mais Jésus répliqua : « Laisse les morts enterrer leurs morts. Toi, pars, et annonce le règne de Dieu. »
Un autre encore lui dit : « Je te suivrai, Seigneur ; mais laisse-moi d’abord faire mes adieux aux gens de ma maison. »
Jésus lui répondit : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. »

suis-moi

 En 931 avant JC, à la mort du roi Salomon, le fils de David, Israël se coupa en deux, avec le Royaume du Nord et le Royaume du Sud. Puis, en 721 avant JC, le roi assyrien Sargon II annexa le Royaume du Nord. Beaucoup de païens vinrent alors s’installer au milieu des Juifs, apportant avec eux leurs pratiques idolâtriques qui, petit à petit, s’infiltreront jusques dans le culte rendu au Dieu d’Israël. Le Royaume du Sud, resté partiellement indépendant, se mettra donc à regarder avec beaucoup de méfiance ce Royaume du Nord, ces Samaritains, appelés ainsi du nom de leur capitale « Samarie ». Et à l’époque de Jésus, « les Juifs n’avaient pas de relation avec les Samaritains » (Jn 4,9). Les deux s’évitaient soigneusement… Et pourtant, à l’origine, ils ne formaient qu’un seul Peuple, le Peuple d’Israël, le Peuple de Dieu…
 Mais Jésus est venu réconcilier toute la famille humaine avec Dieu, et donc tous les hommes entre eux… Pour aller à Jérusalem, il n’évite donc pas la Samarie comme le faisaient ses compatriotes qui passaient par la mer ou par la Transjordanie. Il traverse leur territoire, s’approche d’un village et envoie des messagers devant lui. Délicatesse du Christ qui prévient de sa venue et ne s’impose pas. Mais en apprenant qu’il se « dirige vers Jérusalem », ils refusent de l’accueillir. Réaction immédiate et si humaine des disciples : colère, violence, que « le feu tombe du ciel et les détruise ». Mais Jésus les interpelle vivement : pas question… Eux aussi sont ses bien-aimés… Il reviendra plus tard, avec son Eglise « Corps du Christ » (1Co 12), pour leur proposer à nouveau avec elle et par elle son Amour, sa Paix, sa Lumière, sa Vie et sa Joie… Ressuscité, il dira en effet à ses disciples : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Et il est le premier à espérer que cette fois, ils accepteront de l’accueillir, pour leur seul bien. Car « à tous ceux qui l’ont accueilli, il leur a donné de pouvoir devenir » pleinement ce qu’ils sont déjà : « des enfants de Dieu » (Jn 1,12), « créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28) et appelés à vivre de la Plénitude de sa Vie…
 Jésus va ensuite inviter ses disciples à le suivre avec encore plus de proximité. Qu’ils se dépouillent de tout attachement aux biens matériels, car « le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. »  Qu’ils veillent avant tout à « annoncer le Règne de Dieu », car « là » est le vrai Trésor. « Le Royaume des Cieux est en effet justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), « l’Esprit qui vivifie » et apporte avec lui le vrai bonheur… DJF       




Rencontre autour de l’Évangile – 13ieme dimanche du temps ordinaire

“Suis-moi ?”

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 9, 51-62)           

             Peu avant notre passage, Jésus a demandé à ses disciples : « Pour vous, qui suis-je ? » « Le Messie de Dieu » a répondu Pierre au nom de tous. Et Jésus a aussitôt commencé à leur enseigner comment il serait le Messie : non pas glorieusement, en triomphateur, à la manière humaine, mais « en souffrant beaucoup, en étant rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, en étant tué et en ressuscitant » (Lc 9,22). Et il rajoutera ensuite : « Le Fils de l’Homme va être livré aux mains des hommes » (Lc 9,44)…

Le sens des mots 

  • A quel événement renvoie donc la première phrase de notre Evangile : « Comme le temps approchait où Jésus allait être enlevé de ce monde » ? Et pourquoi St Luc précise-t-il que Jésus « prit avec courage la route de Jérusalem » ?

  • Les Juifs habitaient soit la Galilée, au Nord de la Palestine, soit la Judée, au sud, avec Jérusalem, sa capitale… Entre les deux, la Samarie… A la mort du Roi Salomon (931 av JC), fils de David (1010-970 av JC) le Royaume d’Israël s’était divisé en deux, le Nord et le Sud. Les Samaritains sont les lointains héritiers de cet ancien Royaume du Nord. Et avec le temps, la haine s’était établie entre Juifs et Samaritains. Pourquoi Jésus fait-il exprès de passer en territoire Samaritain ?

            « On refusa de le recevoir ». Il fallait s’y attendre… Les disciples veulent que le feu du ciel descende, comme pour Elie autrefois (2R 1). Mais « Dieu est Amour » (1Jn 4,8) et Il n’Est qu’Amour. Répond-il au mal, par le mal ? Que fera Jésus, sur la Croix, pour ceux qui le tuaient (Lc 23,34) ?

  • Trois conseils sont ensuite adressés à quiconque désire suivre Jésus. Si « le Fils de l’Homme n’a pas où reposer la tête», qu’en sera-t-il donc du disciple ? Quel style de vie doit-il être prêt à accepter ? Mais pour nous qui avons souvent charge de famille, comment traduire cette invitation dans les circonstances concrètes de notre vie ? A quelle attitude Jésus nous invite-t-il vis-à-vis des biens matériels ?

  • « Honore ton père et ta mère » disait la Loi (Ex 20,12). « Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l’accomplir» dit Jésus (Mt 5,17) ! Est-il donc interdit à un disciple de Jésus d’aller enterrer son père ? Bien relire la réponse de Jésus : quelle invitation pressante lance-t-il ici en fait ?

  • Est-il donc également interdit de « faire ses adieux aux gens de sa maison » si l’on désire suivre Jésus ? Là aussi, bien relire la réponse de Jésus : contre quel danger met-il en fait en garde celui ou celle qui a décidé de se mettre à sa suite ?

 

 

Pour l’animateur

  • Luc fait allusion à la mort de Jésus à Jérusalem, mais le vocabulaire employé a volontairement un double sens : les hommes, en tuant Jésus, vont « l’enlever de ce monde». Mais le Père, trois jours après, le ressuscitera d’entre les morts en déployant en Lui la Toute Puissance de l’Esprit Saint. Et il « l’enlèvera de ce monde » en le faisant asseoir à sa droite dans les cieux… St Luc nous racontera d’ailleurs l’Ascension de Jésus : « il emmena » ses disciples « jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (cf. Lc 24,50-53).

            Et Jésus « prend avec courage la route de Jérusalem » car il sait qu’il va beaucoup y souffrir…

  • « Dieu a tant aimé le monde qu’il a envoyé son Fils Unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger (condamner) le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». « C’était Dieu, en effet, qui dans le Christ se réconciliait le monde » en lui offrant de « connaître la salut par la rémission de ses péchés grâce aux entrailles de Miséricorde de notre Dieu dans lesquelles nous a visités Jésus, l’Astre d’en Haut » (Jn 3,16-17 ; 1Co 5,19 ; Lc 1,76-79). Toute sa mission consiste donc à réconcilier les hommes avec Dieu et entre eux, leur apprenant le seul langage qui existe au Ciel, celui de l’Amour… Et dès que cet Amour circule entre les hommes, le Royaume des Cieux est là…

            L’Ancien Testament, dans son imperfection, présente parfois un Dieu vengeur ou violent. Les disciples connaissent bien cet épisode de la vie d’Elie où les envoyés d’Ochozias, un roi infidèle, le somment de venir au chevet de leur maître blessé. Et Elie de leur répondre : « Si je suis un homme de Dieu, qu’un feu descende du ciel et vous dévore », ce qui arriva, d’après le texte… Mais non, Dieu n’agit pas ainsi. Nous en avons la confirmation avec la réaction de Jésus, vrai Dieu et vrai homme… Il n’est pas accueilli ? Il va plus loin, et il reviendra plus tard, d’une manière ou d’une autre, pour leur offrir son Amour…

            Dieu est Amour, et il ne sait qu’aimer… Il répondra toujours au mal par l’Amour, ne cessant de chercher le meilleur pour celui qui fait le mal. Or le péché tue d’abord celui qui le commet en le privant de la Plénitude de la Vie divine pour laquelle nous avons tous été créés. D’où angoisses et souffrances profondes (Rm 2,9), ce que Dieu ne veut pas, Lui qui ne poursuit que le Bien de tous ses enfants. Il fera donc du bien à quiconque fait le mal en l’aidant à prendre conscience que ce qu’il fait est mal, en l’invitant à ne plus agir ainsi, de tout cœur, et en lui donnant en surabondance le pardon de toutes ses fautes passées. Il pourra ainsi repartir dans une Vie nouvelle, toute remplie de sa Paix et de sa Joie. Sur la Croix, Jésus priera ainsi pour tous ceux qui font le mal, tous ceux qui le tuent : « Père pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)…

  • Le disciple aussi risque bien de ne rien avoir pour reposer sa tête… Pensons aux missionnaires de l’Evangile qui ont tout quitté pour annoncer le Christ. Avec Jésus se révèle le Trésor de la Vie divine, Trésor d’Amour et de Paix qui ne demande qu’à remplir les cœurs. Face à ce Trésor, tout le reste devient fade… Certes, nous sommes tous pécheurs, mais le disciple de Jésus ne peut que montrer par la simplicité de sa vie, ou du moins par un certain détachement vis-à-vis des biens matériels, qu’il a trouvé avec Jésus ce Trésor de Paix et de Vie qui commence à le combler dès maintenant, par sa foi et dans la foi…

  • Non, le disciple de Jésus n’a pas à rejeter ses parents, bien au contraire ! Et Jésus donnera l’exemple en s’occupant de Marie, sa Mère, jusqu’au bout : juste avant de mourir, il l’a confiera à Jean, son disciple très cher (Jn 19,25-27). Ici, Jésus souligne l’urgence d’annoncer la Bonne Nouvelle du Don Gratuit de la Vie que Dieu veut accorder largement à tous les hommes, et cela d’autant plus qu’ils en sont privés par suite de leurs fautes : « Le salaire du péché, c’est la mort ;  mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). En recevant ce Don, ils trouveront enfin le Bonheur qu’ils cherchaient en empruntant les chemins du mal. Or, c’est justement ce mal qui les en privait, sous ses apparences trompeuses d’abondance et de bien-être…

• Enfin, Jésus connaît bien l’attachement si humain, si normal, si humainement normal que nous pouvons ressentir pour nos proches et nos amis. Les quitter pour le suivre est un réel sacrifice. Et comme le rencontrer, c’est répondre à l’appel d’une vie radicalement nouvelle, revenir en arrière peut aussi être synonyme de retourner à des comportements contraires au Royaume de Dieu. Non, le disciple de Jésus fait tout, avec le soutien de sa grâce, pour garder le regard de son cœur tourné vers Lui, en rejetant au même moment tout ce qui lui est contraire…

         

TA PAROLE DANS NOS CŒURS  

  

  • Notre réaction face au mal, répondre par la force ? Où en sommes-nous ?

  • Suivre Jésus en choisissant une vie simple, en annonçant le plus largement possible autour de nous le Don de sa Vie, une Vie qui nous appelle nous aussi à changer notre vie : où en sommes-nous ?

ENSEMBLE PRIONS

                Tu as voulu, Seigneur, que la puissance de l’Evangile travaille le monde à la manière d’un ferment ; veille sur tous ceux qui ont à répondre à leur vocation chrétienne au milieu des occupations de ce monde : qu’ils cherchent toujours l’Esprit du Christ, pour qu’en accomplissant leurs tâches d’hommes, ils travaillent à l’avènement de ton Règne. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur 

 

 

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12ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

De la confession de foi à la vie dans la foi

 

Pour vous qui suis-je« Pour vous, qui suis-Je ? » Pierre répondit : “Le Christ de Dieu”». Mais lui leur enjoignit et prescrivit de ne le dire à personne. « Le Fils de l’homme, dit-il, doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter ».

Je pense qu’il nous est difficile d’imaginer l’éclair de lumière qui a traversé le cœur de Pierre au moment même où il a prononcé ces paroles. Quand Pierre, au nom des apôtres, répond à la question du Christ : « Pour vous, qui suis-je ? » et qu’il Lui dit : « Tu es le Christ de Dieu », il dit ce qui constitue le cœur même de notre foi, il touche pour ainsi dire la réalité la plus profonde et la plus essentielle qu’un homme est capable de dire concernant Celui qui vient nous sauver, concernant le Christ. Cela dépasse infiniment toutes les opinions, toutes les appréhensions que pouvaient en avoir les gens, les foules qui côtoyaient le Christ et qui, sur la base de tel témoignage, de tel miracle ou de telle réflexion assez avisée ou acérée que Jésus renvoyait aux pharisiens, pouvaient juger de ce qu’Il était : un prophète ou un annonciateur éminent du Royaume.

En fait quand Pierre dit : « Tu es le Christ », il entre désormais dans une économie nouvelle et c’est pour cela que Pierre est Pierre, il est le roi et fondateur, il entre dans l’économie du regard même de la foi. Il sait discerner dans Celui-là même qu’il côtoie depuis quelques années, et peut être simplement depuis quelques mois, il sait discerner et confesser le cœur même de Celui qui vient parmi les hommes, pour les sauver.4ième dimanche de paques1

Pourtant, il est tout à fait remarquable que le Christ, à ce moment-là, coupe court en leur demandant de n’en parler à personne. Il y a beaucoup d’hypothèses sur ce silence que le Christ demande à ses disciples de respecter absolument concernant sa propre personne. La plus vraisemblable c’est que si, à ce moment-là, avait commencé à se répandre le bruit que le Christ était le Messie, sa mission risquait de dégénérer dans une aventure politique extrêmement hasardeuse du fait qu’Il vivait dans un contexte particulier : les foules qui le suivaient vivaient dans une ambiance politique et sociale plutôt effervescente, les juifs étaient excités contre le pouvoir romain, enthousiasmés par différents messianismes de restauration d’Israël qui pratiquement chaque fois se soldaient par des révoltes et des bains de sang. Bref Jésus-Christ ne voulait pas entrer dans ce jeu-là. Pourtant, est-ce simplement cela dont il s’agit ? Immédiatement après, Jésus leur dit qu’Il doit aller à Jérusalem, être maltraité, mourir et ressusciter.

Il me semble qu’il y a entre, d’une part, cette attitude du Christ vis-à-vis de la foi de Pierre si droitement, si pleinement et entièrement confessée, et d’autre part, le déploiement réel de sa mission de Sauveur par la mort et la Résurrection, une relation qui, pour comprendre notre foi, est absolument indispensable. Lorsque nous croyons, nous pouvons d’abord confesser, et c’est nécessaire, que le Christ est Fils de Dieu. Mais après ? Après, c’est vrai, nous pouvons en rester là. Nous pouvons nous dire simplement : « Je crois qu’il y a vingt siècles, un homme est mort et qu’Il est le salut du monde ». Mais à quoi cela nous servirait ? Ça serait sans doute, et c’est peut-être encore pour beaucoup d’hommes, une grande consolation et une grande espérance.

Pardon 1Mais fondamentalement, pourquoi est-Il mort ? Pourquoi est-Il venu ? Pourquoi est-Il ressuscité ? Est-ce simplement pour nous “faire voir” ce qu’Il fait en notre faveur, afin que nous l’apprenions et que nous le sachions ? Je ne le crois pas. Même si la foi confessant droitement le Christ comme Messie de Dieu est absolument indispensable, il faut sur ce fondement et sur ce roc, bâtir quelque chose, non pas par nous-mêmes, mais par la grâce du Christ en nous. Et c’est là que commence l’aventure personnelle de chaque croyant, à l’intérieur même et sur la base même de la confession de foi. C’est comme si le Christ disait à Pierre : « Tu as vu juste, mais tu ne peux pas te contenter d’une vue juste. Ce qui dans ton intelligence et ton cœur a été révélé par l’œuvre de la grâce de mon Père en toi, cela constitue le fondement : mais tu ne peux pas en rester là. Il faut désormais que Je t’entraîne dans une aventure où Moi-même, que tu reconnais comme ton Christ et ton Sauveur, Je vais progressivement te faire entrer dans la compréhension de ce que Je suis : Celui qui meurt pour toi et qui ressuscite pour toi ». L’aventure de la grâce est donc cette histoire dans laquelle le Christ s’emparant de celui qui confesse : « Tu es Seigneur », lui fait découvrir dans sa propre existence et dans sa propre chair ce que veut dire : « Jésus est le Seigneur mort et ressuscité pour moi ».

Nous passons du stade de la confession à l’histoire personnelle qui se déploie dans l’économie d’une vie humaine, par laquelle le Christ progressivement s’empare de tout nous-mêmes, dans notre être le plus profond, dans notre intelligence, dans notre désir et dans notre volonté, progressivement Il façonne cela même que nous sommes dans l’économie de sa Mort et de sa Résurrection. Voilà ce que nous voyons petit à petit se réaliser en répondant à ce travail du Christ, de l’Esprit Saint et de la grâce en notre cœur. Nous passons progressivement de ce que nous confessons en toute vérité à une transformation de notre existence même, par l’apprentissage d’une mort et d’une résurrection qui, au lieu de s’accomplir dans la solitude, est entrée dans la mort avec le Christ qui meurt pour nous, dans la résurrection qui, loin d’être simplement une aspiration à une survie et à un bonheur sans fin est une résurrection par laquelle le Christ nous ressaisit dans tout notre être et nous fait participer progressivement à sa vie éternelle.

Logo année de la Miséricorde - détail

Il y aura toujours un décalage entre les deux stades, il y a un décalage entre l’acte par lequel nous confessons la foi et l’œuvre de la grâce qui s’accomplit progressivement en nous. Nous ne pouvons pas dire en vérité et en plénitude que le Christ est Seigneur si nous n’entrons pas progressivement dans un mystère de mort et de résurrection. Si la foi était simplement un accord de notre intelligence à donner, accord nécessaire, ce serait totalement insuffisant. Cette foi-là ne pourrait constituer à elle seule une source de salut. Il faut que la manière même dont le Christ, par sa grâce, s’empare réellement de nous et nous fait réaliser comment, progressivement nous entrons dans une mort à nous-mêmes comme Lui-même est mort pour nous, nous fasse progressivement entrer dans une vie pour Lui, car Lui aussi vit pour nous.

Tel est le chemin de notre foi. Sur la base d’une confession véritable qui est portée par l’Église, qui est portée par tous nos frères, qui est sans cesse gardée par le magistère apostolique du Collège des évêques avec Pierre à sa tête, sur la base de cette foi, c’est une multitude d’aventures personnelles dans lesquelles chacun découvre ce que signifient sa propre mort et sa résurrection par et dans le Christ.

main de dieuCes réflexions rejoignent très concrètement la manière dont nous devons vivre. En effet, pourquoi vivons-nous un certain nombre d’années sur la terre ? Au fond, cela pourrait être beaucoup plus simple si à partir du moment où nous avons confessé droitement la foi de notre baptême, tout rénovés, nous soyons immédiatement sauvés par le Christ dans sa Résurrection. Vous me direz peut-être que vous n’en avez pas tellement envie, mais au fond ce ne serait peut-être pas si mal d’entrer directement dans la vision de la gloire de Dieu immédiatement après avoir confessé la vérité même de la foi.

Pourquoi donc y a-t-il un temps ? Pourquoi Dieu n’a-t-il pas renié ce caractère très progressif de notre existence, ce caractère très lent de l’épanouissement de notre intelligence et de notre cœur et de tout ce que nous sommes ? C’est pour la raison que nous avons dite. Il nous a apporté la vérité même du salut, mais Il veut, et c’est le sens de notre vie chrétienne, que cette vérité même du salut, s’incorpore progressivement à nous-mêmes. Au plan des relations humaines, nous savons bien que, lorsque nous découvrons la réalité même du cœur de quelqu’un, par exemple pour des parents le fait de s’émerveiller devant la naissance de leur enfant, ce premier regard et ce premier instant sont comme une illumination qui doit se déployer au jour le jour lorsque les parents, progressivement, façonneront le cœur de l’enfant pour que s’épanouisse en lui la plénitude de sa vie humaine, de sa pensée et de son désir. De la même façon, quand le Christ nous saisit par la grâce de la foi, il pose le fondement et ensuite Il nous dit : « Il faut que tu suives mon chemin à Jérusalem, il faut que tu entres dans le mystère même de ma Résurrection ». Cet itinéraire n’est pas à opposer aux grandes vérités de la foi, il est fondé en elles, mais la plupart du temps nous avons un peu tendance à nous “endormir” sur ces grandes vérités et à nous dire que puisque nous avons le minimum vital et essentiel, cela nous suffit. Et nous ne savons pas laisser faire en nous le travail de la grâce de Dieu qui, progressivement, fait que les grandes vérités fondatrices de notre foi et de notre existence, deviennent notre propre chair, notre propre cœur et notre propre intelligence tournés vers Dieu dans et par le Christ. Amen.jesus-christ-0305




12ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 « Mourir à soi-même pour vivre de Dieu (Lc 9,18-24) ! »  

      En ce jour-là, Jésus était en prière à l’écart. Comme ses disciples étaient là, il les interrogea : « Au dire des foules, qui suis-je ? »
Ils répondirent : « Jean le Baptiste ; mais pour d’autres, Élie ; et pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. »
Jésus leur demanda : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Alors Pierre prit la parole et dit : « Le Christ, le Messie de Dieu. »
Mais Jésus, avec autorité, leur défendit vivement de le dire à personne,
et déclara : « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »
Il leur disait à tous : « Celui qui veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix chaque jour et qu’il me suive.
Car celui qui veut sauver sa vie la perdra ; mais celui qui perdra sa vie à cause de moi la sauvera. »

Pour vous qui suis-je

Jésus va bientôt prendre « avec courage la route de Jérusalem » (Lc 9,51), et il connaît les souffrances qui l’attendent. Mais il va les accueillir librement, et continuer de manifester à travers elles, et cela avec une intensité unique, que « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) et qu’il n’est qu’Amour. A tout ce mal que lui feront les hommes, il ne répondra en effet que par l’Amour, offrant silencieusement sa vie pour notre salut à tous, et notamment pour ceux là mêmes qui s’acharneront sur lui… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

            L’heure est donc venue de faire le point avec ses disciples. Si les foules n’ont qu’une connaissance très vague de son Mystère, eux, que disent-ils ? Tu es « le Messie de Dieu », « l’Oint de Dieu »… La réponse est bonne, car Jésus est bien ce Fils Unique qui reçoit du Père, de toute éternité, cette Onction de l’Esprit par laquelle il est engendré en Fils. Mais eux pensent encore « le Messie » en termes politiques. Ils le voient comme celui qui restaurera la royauté en Israël (Ac 1,6) en chassant l’envahisseur romain… Aussi Jésus leur annonce-t-il ici sans détours ses souffrances prochaines. Il sera « rejeté par les Anciens, les Chefs des Prêtres », les responsables d’Israël. La perspective humaine qu’il leur offre est donc celle d’un échec apparent qui, pourtant, manifestera le triomphe de l’Amour…

            Bien plus, si quelqu’un veut le suivre, Jésus l’invite à « renoncer à lui-même ». Mais « nous avons déjà tout laissé », « maison, frères, sœurs, mère, père, enfants et champs », « et nous t’avons suivi » (Mc 10,28-30 ; Ac 4,34)… Le renoncement est déjà grand, mais Jésus invite à aller encore plus loin. Il s’agit ici de « prendre sa croix chaque jour », de « le suivre », de « perdre sa vie » et cela afin de « la sauver ».

            Heureusement, le but est bien de vivre, et de vivre pleinement… Jésus nous appelle en fait ici à mourir à tout ce qui nous empêche de participer à la Plénitude de sa Vie : notre orgueil, notre amour propre, notre égoïsme et toute forme de recherche de nous-mêmes. En effet, « le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23).

            Il s’agit donc de « renoncer » au « péché » qui nous tue spirituellement pour pouvoir accueillir « le don de la vie éternelle », par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63) ! Mais quel combat ! « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu, car tout est possible à Dieu. » Alors heureux qui lui offre sa confiance, il ne sera pas déçu (Ps 22(21)). L’Amour, petit à petit, sera aussi en lui vainqueur de tout mal et la Vie de Dieu finira par triompher !                           DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 12ieme dimanche du temps ordinaire

“Pour vous qui suis-je ?”

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 9, 18-24)           

Les disciples de Jésus ont déjà vécu beaucoup de choses avec Lui… Ils l’ont entendu prêcher aux foules la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux. Ils l’ont vu accomplir quantité de guérisons en signe de sa Présence effective au milieu des hommes. Les Douze sont même partis un temps en mission tous seuls, avec l’ordre exprès de Jésus de ne rien prendre pour la route. Il voulait qu’ils fassent ainsi l’expérience de l’efficacité de la Providence divine. Et dès leur retour, ils vivront avec lui une multiplication des pains. Il est temps maintenant de faire un premier bilan de tout cela…

Le sens des mots

  • Où sommes-nous au début de cet Evangile, et que fait Jésus ? Vous souvenez-vous d’autres épisodes où St Luc nous le présente dans la même attitude ?

  • Jésus a beaucoup sillonné la Palestine et parlé aux foules… L’ont-elles reconnu dans son Mystère ? Que disent-elles de lui ?

            St Luc raconte l’arrestation de Jean-Baptiste (Lc 3,19-20), mais à la différence de St Matthieu, il ne nous raconte pas les circonstances de sa mort. Nous l’apprenons simplement de la bouche du Roi Hérode, juste avant notre passage : « Jean moi, je l’ai fait décapiter » (Lc 9,7-9). Jean est donc mort. En reprenant les trois réponses de la foule, quel élément commun ont-elles entre elles ? Qu’est-ce que les foules ont donc malgré tout perçu en Jésus ?

  • Et les disciples, que disent-ils eux de Jésus ? Lors de ses premières apparitions, ils lui demanderont encore : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » (Ac 1,6 ; on se souvient qu’à l’époque la Palestine était occupée par les Romains). Et la mère de Jean et Jacques lui avait déjà dit, peu avant sa Passion : « Voilà mes deux fils : ordonne qu’ils siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume » (Mt 20,21). Quel sens a donc le mot Messie pour les disciples ?

  • Tel était de fait le sens donné à ce titre de Messie à l’époque… Mais Jésus le sera autrement : bien noter tous les éléments de sa réponse. Par quelle révélation se termine-t-elle ? Se souvenir de ce que les foules avaient perçu en Jésus, même si c’était de manière confuse…

  • Jésus maintenant s’adresse à ses disciples. La perspective nous fait frémir… mais écoutons bien : à quoi s’agit-il de renoncer ? Et dans quelle logique se trouve en fait celui qui ne pense qu’à « sa vie » ? A quoi s’agit-il donc ici de mourir ? Et qui nous aide dans ce combat (cf. Mt 11,28-30) ?             

 

Pour l’animateur

  • Nous sommes à l’écart, dans un endroit désert, et Jésus prie. St Luc aime nous donner en exemple Jésus en prière : au moment de son baptême par Jean (3,21), dans les déserts (5,16), dans la montagne, toute la nuit, pour choisir les Douze Apôtres (6,12), ici, à l’heure d’un premier bilan, puis à nouveau sur la montagne au moment de sa Transfiguration (9,28-29), au moment d’enseigner la prière du Notre Père (11,1-2), pour que la foi de Pierre tienne bon (22,32), à l’agonie (Lc 22,41-44), sur la Croix, pour ses persécuteurs (23,34)… Et c’est Lui qui nous donne ces conseils : « Veillez et priez en tout temps » (21,36), « Priez pour ne pas entrer en tentation» (22,40 et 22,46).

  • Non, les foules n’ont pas vraiment perçu « qui » est Jésus : pour certains « Jean Baptiste ; pour d’autres, Élie ; pour d’autres, un prophète d’autrefois qui serait ressuscité. » Le point commun entre ces trois réponses : toutes les trois supposent un Mystère de vie après la mort. Hérode vient en effet d’exécuter Jean-Baptiste ; Elie, monté vivant au ciel sur un char de feu (2R 2,11-12), et qui était censé en redescendre au Jour de l’intervention décisive du Seigneur (Ml 3,23-24), une prophétie accomplie en fait par Jean-Baptise qui « marcha avec l’Esprit et la Puissance d’Elie » (Lc 1,17 ; Mt 17,12) ; et enfin « un prophète ressuscité ». Perception encore confuse d’un Mystère de Vie éternelle en Jésus…

  • Pierre au nom de tous reconnaît en Jésus « le Messie de Dieu ». Le mot Messie vient de l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament. « Massah » signifie « asperger, oindre », et « massiah » ou « messiah », « celui qui a reçu l’onction ». Dans l’Ancien Testament, le roi était « l’Oint du Seigneur » par excellence, celui que Dieu avait « élu » pour gouverner son Peuple. L’onction d’huile lui était appliquée par un homme de Dieu, prophète ou prêtre. Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Sm 16,1-13) : Samuel prit une corne remplie d’huile et la versa sur la tête du jeune David. Dès lors, « l’Esprit du Seigneur fondit sur David ». L’huile en elle-même n’a aucune importance : elle est le signe visible de la Présence de l’Esprit invisible de Dieu qui vient pénétrer le cœur du jeune David comme l’huile pénètre dans la peau. Par le don de cet Esprit, Dieu communiquait au roi toutes les grâces nécessaires pour le bon accomplissement de sa mission. En effet, le roi n’était que l’instrument par lequel Dieu régnait sur son Peuple. Les disciples pensent donc que Jésus est le Roi promis par Dieu, mais ils ne voient que l’aspect terrestre, politique : ils le voient chasser les Romains hors du pays et leur donner les places d’honneur dans son ‘gouvernement’.

  • Non, la Royauté de Jésus est d’un autre ordre : avec Lui, c’est l’Amour qui est Roi, l’Amour de Dieu, un Amour infini qui se révèlera pleinement sur la Croix : « Père, pardonne-leur ». Jésus prie pour ceux qui le tuent, ne cherchant pour eux que le meilleur… Ainsi est l’Amour de ce Dieu qui n’est qu’Amour (1Jn 4,8.16).

  • La réponse de Jésus à ses disciples évoque ses souffrances, son rejet, sa mort et sa résurrection… Oui, là, vraiment, il sera ressuscité, vivant de la Plénitude de la Vie de cet Amour qui, en Lui, se sera révélé plus fort que la souffrance, la haine et la mort !

    • « Renoncer à soi », « perdre sa vie » c’est renoncer en fait à son égoïsme pour se tourner non pas vers soi, dans un mouvement de repli sur soi, mais vers les autres dans un mouvement d’ouverture aux autres. Cette attitude est loin d’être facile, pour nous, pécheurs. Mais Jésus Lui-même, par la force de l’Esprit, vient nous rejoindre dans notre combat pour nous donner d’en sortir vainqueurs. « Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau », sous le poids de votre péché, « et moi, je vous procurerai le repos ». Si nous acceptons en effet d’offrir à Jésus jusqu’à notre péché, c’est Lui qui viendra le porter avec nous. Notre fardeau deviendra « son fardeau », et pour Lui, le Tout Puissant, ce fardeau ne pourra qu’être « léger »…

         

TA PAROLE DANS NOS CŒURS          

  • L’Evangile de ce Dimanche ne peut que nous renvoyer, à nous aussi, cette question de Jésus : « Pour vous, qui suis-je ? ». Interrogeons notre cœur, interrogeons notre vie : sur la base de tout ce que nous avons vécu jusqu’à présent avec Lui, dans la Foi, que pouvons-nous dire à son sujet ? Qui est-il réellement, concrètement, pour nous ?

  • Prenons aussi le temps de réfléchir sur notre conversion personnelle, notre renoncement à nous-mêmes… Il se vérifiera avant tout dans notre relation aux autres, notre ouverture aux autres, notre écoute des autres, notre engagement pour les autres… Quels sont les domaines où nous pourrions mieux nous donner au service des autres ? Sans jamais oublier que la Miséricorde de Dieu nous accompagne sans cesse pour nous relever et nous relancer sans cesse…

 

ENSEMBLE PRIONS

            Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur, dans l’amour et le respect de ton saint nom, toi qui ne cesses de guider ceux que tu enracines solidement dans ton amour. Nous te le demandons par Jésus ton Fils notre Seigneur, Lui qui règne avec toi dans l’unité d’un même Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen.

   

 

 

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11ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Un geste provocant, appel au pardon…

pardon force qui libére

Frères et sœurs, nous nous trouvons là, même si notre habitude et nos réflexes un peu polis ont complètement érodé la rudesse de ce texte, nous sommes là devant un des textes les plus provocants du Nouveau Testament. La plupart du temps on pense à la scène de la fille d’Hérodiade qui danse devant le roi Hérode pour obtenir la tête de Jean-Baptiste, ici, nous avons quasiment une scène de séduction qu’on pourrait qualifier de provocante !

Aujourd’hui tout cela nous paraît très lointain, et peut-être que notre culture actuelle est devenue beaucoup plus libre en matière de conventions sur les relations affectives entre les hommes et les femmes, mais à cette époque-là, être le témoin de la scène qui vient de nous être décrite dans l’évangile de Luc, était proprement insupportable. D’abord, une chose qui ne se faisait pas : quand on est dans une réunion d’hommes, de savants, il ne convient pas qu’une femme si éduquée soit-elle, si savante soit-elle en matière de Loi, puisse entrer dans le milieu que constitue cette convivialité du repas. Cela ne se fait pas… A plus forte raison quand cette femme a une certaine réputation comme on nous le dit dès le début du texte puisqu’on nous signale que c’est une femme de la ville, cela ne veut pas dire qu’elle n’est pas rustique, c’est une femme publique.

pecheresse-chez-simonDéjà ce détail est très choquant. Jamais, au grand jamais dans un repas, une réunion publique, une femme n’aurait fait ce qu’a fait cette femme. En effet, et Jésus d’ailleurs compare les deux rituels de rencontre et d’accueil, celui du pharisien comme il aurait dû le faire et la femme comme elle l’a fait, et il tient à noter toutes les différences et les oppositions radicales qui existent entre les deux comportements. Quand quelqu’un arrive dans une maison, habituellement on peut lui laver les pieds avec de l’eau, et surtout pas avec du parfum, et le plus qu’on puisse faire avec le parfum, c’est le répandre sur la tête. Or cette femme prend exactement le contre-pied. Elle arrive, va vers Jésus (c’est un repas à la romaine et manifestement les convives sont allongés sur des divans), la femme survient à l’improviste, en cachette, peut-être même que les serviteurs n’ont pas pu l’empêcher d’entrer, elle se met près du divan sur lequel était étendu Jésus, elle commence une scène qu’on pourrait interpréter comme étant une scène de séduction. C’est d’ailleurs ce que pense Simon : « S’il savait qui est cette femme et ce qu’elle est en train de faire ! » Il n’arrive même pas à penser que Jésus se rende compte de la situation. Or, que fait cette femme ? Elle fait ce qui est au maximum de la séduction érotique de l’époque, elle délie sa chevelure, ce qui est le summum de la provocation, elle commence à verser le parfum sur les pieds de Jésus, ce qui ne se passait peut-être que dans des maisons closes ! Il fallait vraiment une sorte de volonté de séduction pour verser du parfum sur les pieds de quelqu’un. Le parfum sur les pieds, accompagné de larmes, qui sont interprétables dans les deux sens, ou bien les larmes de l’amoureuse éperdue ou bien les larmes de la pécheresse, c’est un signe ambigu, et sacrifier son brushing en essuyant le parfum huileux avec ses cheveux, c’est très cher comme séduction.

De l’avis de tous les exégètes, ce texte a certainement fait du bruit dans le petit territoire de la Galilée autour de la maison de Simon le pharisien. Ce geste est vraiment une provocation érotique qui est inadmissible en public. Normalement, Jésus aurait dû mourir de honte. C’est ce que le pharisien s’empresse de dire de façon voilée : « S’il savait… il ne pourrait pas rester à table ». Ce genre de situation aurait dû mettre Jésus dans l’embarras, et c’est le paradoxe, Jésus n’est pas du tout gêné ! Il est parfaitement à l’aise, il laisse faire la femme, il est accueillant à ce geste, et du côté des convives qui sont tous des docteurs de la Loi, petit à petit cela crée un froid est c’est peut-être dans ce sens que la réaction de Simon nous est rapportée. On veut bien que cela ait eu lieu, mais on va s’empresser d’oublier et de continuer à discuter des choses plus sérieuses, sur la Loi.

A ce  moment-là, Jésus renverse la situation de façon assez étonnante. Pourquoi ? Luc dans son récit prend un malin plaisir à souligner l’ignorance de Jésus. « S’il savait ! » Il n’est sûrement pas un prophète, sûrement pas un docteur, sûrement même pas un homme ordinaire puisqu’il n’a pas la perspicacité des gens ordinaires qui pourraient se rendre compte de la signification du geste de la femme. L’impression qu’a Simon au fond de son cœur, c’est que Jésus est complètement ignare. Le pharisien prend soin de souligner l’ignorance de Jésus et son mauvais comportement qui laisse faire face au comportement de la femme. Pardon 1La parabole que Jésus propose à ce moment-là est une parabole où d’une part Jésus commence à faire comprendre à Simon non seulement qu’il a compris le geste de la femme, mais qu’il a compris ce que Simon avait dans son cœur. Il a deviné la réflexion de mépris et d’embarras du pharisien par rapport à la scène. Il a compris sans explication, l’attitude de Simon, mais petit à petit il va montrer que le sens même de la scène est totalement l’inverse de ce que le pharisien croyait avoir perçu.

Autrement dit, cette scène commence par une sorte d’affirmation massive de l’ignorance de Jésus face à l’incongruité de la scène, et à travers la parabole des deux débiteurs Jésus montre que la situation était tout autre. Désormais c’est celui qu’on croyait ignorant qui a compris ce qui se passait, et que c’est celui qui croyait savoir qui en réalité n’a rien compris. C’est ce qui fait le côté saisissant du récit de Luc. On n’en a pas autant dans le récit de Jean et des autres synoptiques. Luc souligne vraiment que Jésus qu’on tenait pour celui qui ne sait pas, celui qui ne comprend pas, celui qui se comporte mal et à la limite est complice avec le geste de la femme, est en réalité celui qui a compris le jugement du pharisien et lui a montré qu’il ne comprenait rien.

Qu’est-ce que Jésus a compris ? Une chose assez simple mais très belle. Il a compris que cette femme l’aimait. Cela demandait déjà de la part de Jésus une véritable perspicacité. Reconnaissez-le, cette femme a voulu manifester son amour à Jésus avec ses moyens personnels. Comme c’était une femme “de métier”, elle a cru qu’en en rajoutant un peu, ce serait d’autant plus touchant. Jésus voit bien qu’elle se comporte vis-à-vis de lui comme une prostituée. Mais il conseille au pharisien de ne pas la juger pour cela, elle fait ce qu’elle peut.amour du christ Le comportement de cette femme vis-à-vis de Jésus si ambigu soit-il ne manifeste qu’une chose : « Elle a beaucoup aimé ». Et à l’inverse Jésus dit à Simon qu’il avait tout ce qu’il fallait pour l’honorer selon les rites qui sont les siens, plus convenables et beaucoup moins chers, mais il ne l’a pas fait ! Il n’a même pas fait les rites qui auraient pu être ceux de l’accueil étant donné sa condition et s’il avait vraiment voulu l’honorer. Autrement dit, il ne l’a jamais vraiment aimé ! Il n’a même pas respecté les rites normaux d’accueil à ta table. Il a invité Jésus sans l’honorer, alors que cette femme l’a honoré avec des moyens sans doute contestables et discutables, mais elle a essayé de faire le maximum pour l’honorer.

C’est le ressort profond de cette parabole. C’est le retournement à partir de la perspicacité pardonnante de Jésus, c’est à partir de cette perspicacité, de cette capacité de lire au fond du cœur du pharisien que Jésus retourne complètement la situation. Il montre que ceux qui croyaient savoir, interpréter les signes et les gestes étaient à côté, et ceux qui ne savaient pas se servir exactement des gestes comme il l’aurait fallu, en réalité à cause de leur désir et de leur besoin de pardon étaient exactement dans la démarche qu’il fallait pour obtenir la miséricorde.

Frères et sœurs, il est étonnant que ce texte soit entré dans la tradition et qu’il ait pu trouver cette formulation dans l’évangile de Luc. Je pense que cela nous donne quelques repères. Il est vrai que toutes les religions et tous nos comportements sociaux, culturels, religieux sont des comportements dont la signification est généralement admise et comprise par tous. Mais il arrive que dans l’histoire des personnes, des signes soient posés qui sont complètement à l’envers. Cela veut-il dire à partir du moment où la personne ne rentre pas dans le cadre exact du comportement religieux qu’elle doit être rejetée du festin du Royaume ? Rien n’est moins sûr. En fait, ce que Jésus, à travers cet évangile, nous demande, c’est une fois de plus de comprendre comment fonctionnent les signes du Royaume. Certes, pour beaucoup d’entre eux ils rentrent dans notre manière d’être, notre culture, mais il ne faudrait pas que l’habitude des signes religieux ferme notre cœur aux gestes les plus étonnants, les plus contrariants, et aux signes les plus provocants qui pourtant manifestent en vérité la venue du Royaume dans le cœur de cette femme. AmenDieu est amour 2




11ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 « C’est la miséricorde que je désire »

(Lc 7,36-8,3 ; Mt 9,13)… »  

En ce temps-là, un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table.
Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum.
Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : «Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse.»
Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. »
Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante.
Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? »
Simon répondit : «Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison», lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme et dit à Simon : «Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux.
Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds.
Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds.
Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour.
Il dit alors à la femme : «Tes péchés sont pardonnés.»
Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : «Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ?»
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »
Ensuite, il arriva que Jésus, passant à travers villes et villages, proclamait et annonçait la Bonne Nouvelle du règne de Dieu. Les Douze l’accompagnaient,
ainsi que des femmes qui avaient été guéries de maladies et d’esprits mauvais : Marie, appelée Madeleine, de laquelle étaient sortis sept démons,
Jeanne, femme de Kouza, intendant d’Hérode, Suzanne, et beaucoup d’autres, qui les servaient en prenant sur leurs ressources.

la foi   

            Les Pharisiens étaient des hommes comme tout le monde, avec leur famille, leur travail, etc… Mais ils vivaient ensemble pour pouvoir mieux pratiquer leurs traditions : « Ils ne mangent pas au retour de la place publique avant de s’être aspergés d’eau, s’être lavés les bras jusqu’au coude » (Mc 7) pour se purifier d’éventuels contacts avec des êtres impurs. Et nous apprenons ici de Jésus que le rituel habituel pour accueillir les invités consistait tout d’abord à « verser de l’eau sur leurs pieds » pour enlever la poussière des chemins et leur permettre ainsi de marcher sur tapis et de s’asseoir sur les coussins sans ressentir de gêne. Puis l’hôte « embrassait » ses invités en témoignage d’amitié, et il « versait du parfum sur leur tête » en signe d’honneur et de respect…

            Simon n’a rien fait de tout cela pour Jésus. Il ne l’a pas invité par amour, mais pour vérifier par lui-même qu’il n’est pas un prophète… Et l’entrée inattendue de cette prostituée semble lui donner raison. En effet, il ne sait manifestement pas « qui » elle est, une femme impure, sinon il ne se serait pas laissé toucher par elle car maintenant, lui aussi est impur, tout comme elle… 

            Mais Jésus est bien plus qu’un prophète… « Il connaît » le cœur de cette femme (Jn 2,23-25), et « il perçoit les pensées » de Simon (Lc 5,22), comme Dieu seul peut le faire : « Le cœur est plus rusé que tout, et pervers, qui peut le pénétrer ? Moi, le Seigneur, je scrute le cœur, je sonde les reins » (Jr 17,9-10). Et par une parabole, à laquelle Simon va lui-même participer par ses réponses, Jésus va répondre à ses pensées et lui montrer ainsi qu’il est bien plus qu’un prophète…

            Il va aussi reconnaître son zèle… C’est vrai, sa dette à l’égard de Dieu est petite sans être négligeable : il prend l’image de cinquante journées de salaire. La femme, elle, en devrait cinq cents… Mais l’important est que les deux, de peu ou de beaucoup, sont pécheurs et doivent adopter la même attitude d’humilité devant Dieu : le reconnaître, le regretter, espérer en sa Miséricorde et son pardon… La femme a déjà vécu tout cela, et sa reconnaissance envers Jésus est d’autant plus grande qu’elle a pris conscience de l’étendue de sa misère. Elle n’ose pas se présenter de face, mais, « se plaçant par derrière, à ses pieds, tout en pleurs, elle se mit à lui arroser les pieds de ses larmes ; elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers, les oignait de parfum ». Le Pharisien la regardait de haut ? Jésus loue son attitude et il la lui donne en exemple : elle, au moins, a accueilli le Dieu d’Amour et de Tendresse, avec une magnifique hospitalité…                              DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 11ieme dimanche du temps ordinaire

“Ta foi t’a sauvée”

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 7, 36-8,3)

            Après le retour à la vie du fils de la veuve de Naïm, la question de la foi ou non en Jésus se pose. Jean-Baptiste lui-même, emprisonné par le roi Hérode, semble avoir des doutes. Il envoie en effet deux de ses disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » Puis Jésus dira à la foule : « Jean Baptiste est venu ; il ne mange pas de pain, il ne boit pas de vin, et vous dites : ‘C’est un possédé !’ Le Fils de l’homme est venu ; il mange et il boit, et vous dites : ‘C’est un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs.’ » Beaucoup ne croient donc pas ni en Jean Baptiste ni en Lui… Et Jésus va se heurter à nouveau ici aux murmures d’un Pharisien. Mais une femme pécheresse et repentante saura, elle, sans un mot, lui offrir le plus beau témoignage de foi et d’amour qui soit…

Le sens des mots

  • Qu’étaient ces Pharisiens à l’époque de Jésus ?

  • L’hospitalité est une tradition sacrée dans les pays orientaux. Invité à manger par Simon le Pharisien, « Jésus entra chez lui et prit place à table. » Simon ne fait rien de particulier à son égard. D’après la parole même de Jésus, qu’aurait dû-t-il faire, lui, ou au moins ses serviteurs ?

  • Pour Simon, cette femme pécheresse est impure et elle rend impure tous ceux et celles qu’elle touche. Relire son murmure intérieur : selon lui, si Jésus était vraiment un prophète, sans que cette femme ne dise rien, qu’aurait-il dû savoir, et qu’aurait-il dû lui interdire de faire ?

  • Simon ne dit rien… et pourtant Jésus va lui répondre… Que va-t-il ainsi lui prouver ?

  • L’exemple que Jésus lui propose est plutôt bienveillant pour lui : qui, en effet, doit très peu à Dieu et qui lui doit beaucoup ? Cette image de la dette vis-à-vis de Dieu renvoie à quelle réalité ? Que ce soit de peu ou de beaucoup, que peut-on dire en fait de ces deux personnes? Simon a traité cette femme de « pécheresse». Que devrait-il dire aussi de lui ? Mais qu’est-ce qui l’en empêche ?

  • Le parfum était rare et très cher à l’époque. Que prouve le geste de cette femme vis-à-vis de Jésus ? Quelle démarche a-t-elle acceptée de faire ? Qu’a-t-elle reçu aussitôt ? Qu’a-t-elle expérimentée ? Jésus ne peut que constater : « Tes péchés sont remis ». Quelle est aussitôt la réaction des amis de Simon ? Que dit enfin Jésus à cette femme ?  Parle-t-il ainsi au Pharisien et à ses amis ? Conclusion…

             

 

Pour l’animateur

  • A l’époque de Jésus, les Pharisiens étaient des Juifs qui voulaient vivre le mieux possible selon la Loi et leurs traditions. Ils travaillaient comme tout le monde, avaient femme et enfants, mais vivaient regroupés, « séparés» (sens du mot Pharisien) des autres, par souci, du moins à leurs yeux, de fidélité à Dieu…

  • Simon – ou au moins ses serviteurs – aurait du accueillir Jésus en commençant par délier la courroie de ses sandales pour les lui enlever (cf. Mc 1,7) et aller les laver. Puis, ils lui auraient lavé les pieds. Simon l’aurait embrassé pour lui manifester sa joie de le recevoir, puis il lui aurait versé un peu d’huile parfumée sur la tête en signe de fête et de bienvenue…

  • Jésus perçoit les pensées de Simon… Or Dieu seul « scrute les cœurs et les reins ». Ce savoir ne peut donc venir que de Lui : Jésus prouve ainsi à Simon qu’il est vraiment un prophète, Lui, qui, de fait, est bien plus qu’un prophète…

  • Un denier correspondait au salaire d’un ouvrier agricole pour une journée. Cinq cents deniers représentent donc presque une année et demie de salaire ! Tandis que cinquante deniers renvoient à un mois et demi de travail, ce qui n’est tout de même pas rien ! Dans l’exemple de Jésus, Simon a donc le beau rôle, mais il « doit » quand même lui aussi quelque chose : il est pécheur comme cette femme. Encore faut-il qu’il accepte de le reconnaître, une tâche que son orgueil ne lui facilitera pas ! Il a donc besoin lui aussi de se convertir, de se repentir, de recevoir le pardon de toutes ses fautes, et de changer de vie avec la grâce de Dieu, pour aimer davantage Dieu et son prochain…

  • Le geste de la femme prouve à Jésus, sans un mot, qu’elle a accepté, elle, de tout cœur, de se reconnaître pécheresse. Son acte de repentir l’a ouverte à l’infini de la Miséricorde et de la Tendresse de Dieu. Ce fut pour elle un immense bonheur que de se découvrir ainsi tant aimée, alors qu’humainement parlant, elle se savait très bien digne de tout le contraire… Mais Dieu est ainsi… Les pécheurs sont toujours ses enfants, et un pécheur est avant tout un grand souffrant suite au mal qu’il commet : « Détresse et angoisse pour tout homme qui fait le mal, d’abord le Juif, et aussi le païen » (Rm 2,9). Et un enfant souffrant bouleverse d’autant plus le cœur du Père qu’il souffre davantage. Les plus grands pécheurs sont ainsi ceux pour qui il éprouve la plus grande compassion, et donc ceux pour qui il se propose d’agir avec encore plus de Tendresse, de Délicatesse, d’Attentions et de Miséricorde. « Miséricorde Toute Puissante » : voilà ce que Marie chante dans son Magnificat (Luc 1,49-50). Et ce sont bien sûr ceux qui bénéficieront le plus cet Amour totalement gratuit qui témoigneront le plus leur reconnaissance (cf. Mc 5,19 ; Lc 5,8-11 ; 1Tm 1,12-17). Ce sont ceux-là qui, au Ciel, aimeront le plus ! Ce seront donc eux les « premiers », les plus grands !

 

         

TA PAROLE DANS NOS CŒURS 

            « Dieu est Amour » (1Jn 4,8 .16), « Dieu n’est qu’Amour. Tout est dans le « NE QUE ». Dieu est-il Tout-Puissant ? Non, Dieu n’est qu’Amour, ne venez pas me dire qu’il est Tout-Puissant. Dieu est-il, Infini ? Non, Dieu n’est qu’Amour, ne me parlez pas d’autre chose. Dieu est-il Sage ? Non. A toutes les questions que vous me poserez, je vous dirai : non et non, Dieu n’est qu’amour…

            Je réintègre les attributs de Dieu (toute-puissance, sagesse, beauté…) mais ce sont les attributs de l’amour. D’où la formule que je vous propose : « L’amour n’est pas un attribut de Dieu parmi ses autres attributs mais les attributs de Dieu sont les attributs de l’amour. » L’amour est : Tout-Puissant, Sage, Beau, Infini…

            Qu’est ce qu’un amour qui est tout puissant ? C’est un amour qui va jusqu’au bout de l’amour. La toute-puissance de l’amour est la mort : aller jusqu’au bout de l’amour c’est mourir pour ceux qu’on aime. Et c’est aussi leur pardonner…

            Qu’est ce qu’un amour qui est infini ? C’est un amour qui n’a pas de limites. Moi, je me heurte à des limites dans mon humain, dans mes amitiés humaines. L’Infini de Dieu n’est pas un infini dans l’espace, un océan sans fond et sans rivage, c’est un amour qui n’a pas de limites !

  1. François Varillon (Joie de croire, joie de vivre).

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie

            « Dieu est Amour », il n’est que Bienveillance à notre égard, il ne recherche toujours et partout que notre bien, nous donnant ce qui correspond à nos besoins : nous l’abandonnons, il nous rejoint ; dans les ténèbres, il nous éclaire ; dans la faiblesse, il nous fortifie ; nous sommes souillés, il nous purifie ; dans l’épreuve, il nous encourage; dans la tristesse, il nous console…

            Et il nous invite à nous aimer les uns les autres comme lui nous aime, avec cette même bienveillance, dans la seule recherche du bien de ceux et celles qui nous entourent, quels qu’ils soient… Osons-nous l’aventure ?

ENSEMBLE PRIONS

            Tu nous appelles tous, Seigneur, à t’aimer et à nous aimer les uns les autres comme toi tu nous aimes. Mais tu connais nos faiblesses et nos misères, et tu sais bien que cela dépasse nos forces humaines. Que ta grâce, Seigneur, règne dans nos cœurs et nous apprenne à aimer. Alors et alors seulement nous pourrons répondre à ton appel, par Jésus ton Fils notre Seigneur. Amen.

 

 

 

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10ieme Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

« Lève toi (Lc 7, 11-17) »  

En ce temps-là, Jésus se rendit dans une ville appelée Naïm. Ses disciples faisaient route avec lui, ainsi qu’une grande foule.
Il arriva près de la porte de la ville au moment où l’on emportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule importante de la ville accompagnait cette femme.
Voyant celle-ci, le Seigneur fut saisi de compassion pour elle et lui dit : « Ne pleure pas. »
Il s’approcha et toucha le cercueil ; les porteurs s’arrêtèrent, et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lève-toi. »
Alors le mort se redressa et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère.
La crainte s’empara de tous, et ils rendaient gloire à Dieu en disant : « Un grand prophète s’est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple. »
Et cette parole sur Jésus se répandit dans la Judée entière et dans toute la région.

   fils de Naïm

 

         Jésus arrive pour la première fois « près de la porte de la ville de Naïm », au sud de la Galilée,« au moment où l’on transportait un mort pour l’enterrer ; c’était un fils unique, et sa mère était veuve. Une foule considérable accompagnait cette femme ». Mais nul ne le connaît, et donc personne ne peut croire en lui, personne ne lui demande quoi que ce soit… Mais en « voyant » cette femme et sa souffrance, « le Seigneur fut », littéralement, « bouleversé jusqu’au plus profond de ses entrailles », « il ressentit une viscérale compassion » (P. C. Spicq). Nous avons ici un terme de la même famille que celui employé dans le Cantique de Zacharie où il est écrit que Jésus, « l’Astre d’en Haut, nous a visités dans les entrailles de miséricorde de notre Dieu », pour donner aux hommes de pouvoir faire l’expérience du salut par le pardon de leurs péchés, et pour illuminer ainsi ceux qui habitent les ténèbres et l’ombre de la mort (Lc 1,68-79)… Et c’est bien ce que va faire ici Jésus« Lumière du monde », Lui qui vient à Naïm pour la première fois, afin de manifester et de donner aux habitants de cette ville « la Lumière de la vie » (Jn 8,12).

            Et tout jaillit de sa seule initiative, dans un acte de pur Amour, de pure gratuité… Insistons sur le fait que personne ne le connaît, personne ne se tourne vers lui et ne lui demande quoi que ce soit… Et pourtant, il va intervenir, car il est bouleversé intérieurement par la souffrance et la détresse de cette veuve. Il ne peut rester sans rien faire… Tous les miracles de Jésus sont nés d’un cœur bouleversé devant la détresse des hommes, devant notre détresse… Et le Christ Ressuscité est « le même hier et aujourd’hui comme il le sera à jamais » (Hb 13,8). Il agit ici comme Dieu le fera pleinement pour chacun d’entre nous par delà notre mort : « Il essuiera toute larme de leurs yeux : de mort, il n’y en aura plus ; de cri et de peine, il n’y en aura plus, car l’ancien monde s’en est allé » (Ap 21,4).

            « Les porteurs s’arrêtèrent et Jésus dit : « Jeune homme, je te l’ordonne, lèvetoi ! » Alors le mort se redressa, s’assit et se mit à parler. Et Jésus le rendit à sa mère. » « Le salaire du péché, c’est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c’est la Vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). Alors, « réveille-toi, ô toi qui dors, relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5,14), gratuitement, par amour…            DJF


 

             

  DJF

           




Rencontre autour de l’Évangile – 10ieme dimanche du temps ordinaire

“Jeune homme, lève-toi”

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 7, 11-17)

Sur le Mont des Béatitudes, proche du Lac de Tibériade, Jésus a donné la Loi Nouvelle du Royaume des Cieux, un Chemin de Joie profonde pour les pauvres qui accepteront d’accueillir la Présence du Seigneur, offerte dès maintenant à la foi par le Don de l’Esprit Saint. Puis il insistera sur l’amour et la miséricorde à mettre en œuvre largement dans toutes nos relations. Un serviteur d’un centurion romain de Capharnaüm sera ensuite guéri, en signe d’ouverture au monde entier du salut donné par Dieu. Puis Jésus arrive ici, à Naïm, à 35 km à vol d’oiseau au sud ouest de Capharnaüm. Le fils d’une veuve va revenir à la vie, et préparer ainsi la réponse de Jésus aux envoyés de Jean-Baptiste : « Les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres » (Luc 7,18-23)…

Le sens des mots

  • Jésus arrive très certainement pour la première fois à Naïm et s’approche de « la porte de la ville». A ce moment là sort un cortège funèbre : une veuve, « accompagnée d’une foule considérable », va enterrer son « fils unique ». Ces gens connaissent-ils Jésus ? Croient-ils en Lui ? Lui demandent-ils quelque chose ? Que peut-on déjà dire de tout ce qui arrivera par la suite ?

  • Avant qu’il ne parle ou n’agisse, que se passe-t-il dans le Cœur de Jésus et pourquoi ? Les disciples interviennent-ils en quoi que ce soit ?

  • A qui s’adresse-il en premier et que dit-il ? Qu’elle est donc la volonté de Dieu à notre égard ? Relire Jean 15,11 et 1Thessaloniciens 5,16-18.

                – « Je te l’ordonne »… Jésus a autorité, d’où lui vient-elle ? Jésus est Roi, mais qui l’a fait Roi (cf. Luc 22,29 ; 1Corinthiens 15,24-28) ? Et d’après ce qui se passe ici, de quelle Royauté parle-t-on ?

                – « Lève-toi ! » Ce même verbe retentira en cri de victoire à la fin de l’Evangile, mais cette fois, de quoi s’agit-il (cf. Luc 24,6 et 24,34) ? Mais ici, c’est un jeune homme qui revient à la vie : qu’est-ce que cela signifie pour nous tous ?

  • Que fait ensuite Jésus ? Quel était donc le but premier de tout ce qui est arrivé ?

  • « Un grand prophète s’est levé parmi nous ». Jésus n’est-il qu’un grand prophète ? Que leur reste-t-il donc à découvrir ? « Dieu a visité son peuple ». Retrouver cette expression dans le Cantique de Zacharie, en Luc 1,68 et 1,78 : « L’Astre d’en haut nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » et dans quel but d’après les versets 77 et 79 ? Est-ce bien ce que confirme notre épisode ?

 

Pour l’animateur

  • Non, ces habitants de Naïm ne connaissent pas encore Jésus. Ils ne peuvent donc croire en Lui, et bien sûr, ils ne vont rien lui demander… Tout ce qui arrive ici vient de la seule initiative de Jésus et manifeste ainsi la totale gratuité de Dieu à l’égard de tous les hommes qu’il aime. Et beaucoup, aujourd’hui, ne le connaissent pas encore ! Mais « Jésus Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité » (Hébreux 13,8). Et il est présent à la vie de tous les hommes sur cette terre. Telle est bien la Bonne Nouvelle à annoncer au monde entier, en reprenant les premiers mots qu’il a Lui-même utilisés au tout début de sa Mission : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Marc 1,15).

                Jésus continue donc d’agir aujourd’hui comme il le faisait autrefois sur les routes de Palestine, avec la même gratuité, la même bonté, envers tous ceux et celles qui ne le connaissent pas encore, qui suivent peut-être d’autres chemins religieux, ou qui peuvent même dire ne pas croire en Dieu parce qu’ils ont en eux-mêmes une image déformée de Dieu… La guérison de l’infirme au bord de la piscine de Bezatha en est un autre bel exemple de cette totale gratuité (Jean 5,1-9).

                Ainsi, Dieu est présent à notre vie à tous puisqu’il est Notre Père à tous et que nous sommes tous ses enfants… Il nous aime tous, il agit gratuitement pour tous. Il suffit d’être de bonne volonté, ouvert de cœur au bien, au droit, au vrai… pour que son action puisse effectivement rejoindre nos vies…

    • « Le Seigneur fut saisi de pitié pour elle », littéralement, « il fut bouleversé jusqu’au plus profond de ses entrailles», « il ressentit une viscérale compassion » (Père C. Spicq). La souffrance de cette femme le touche au plus profond de Lui-même… Peut-être pense-t-il aussi à la souffrance que vivra Marie au pied de la Croix, lorsqu’elle verra mourir son Fils Unique devant elle, elle qui était aussi très certainement veuve à ce moment-là puisque Joseph, après les récits de l’enfance de Jésus, disparaît totalement des Evangiles et du Livre des Actes des Apôtres… L’Amour et la Compassion qui l’habitent sont donc les seules raisons qui le poussent à agir. Les disciples n’interviennent en rien : ils le suivent, le regardent, l’écoutent… Il en est toujours de même aujourd’hui…

    • « Ne pleure pas ! » Dieu veut notre joie, notre bonheur profond. Quelqu’un pleure-t-il ? Aussitôt, il le console (cf. 2Corinthiens 1,3-11), et travaille, au cœur, à « essuyer toute larme de ses yeux » (Apocalypse 7,9-17 ; 21,1-4).

                – L’autorité de Jésus vient de son Père. Il est son Serviteur. C’est Lui qui l’a fait Roi, Royauté de l’Amour sur le péché, de la Vie sur la mort, de la Lumière sur les ténèbres.

                – On pourrait aussi traduire : « Ressuscite ! » Mais il s’agit ici d’un retour à la vie, qui sera suivi à nouveau d’une mort ; tandis que la Résurrection, elle, sera une manière d’être et de vivre totalement nouvelle. Ce retour à la vie de ce jeune homme est en tout cas le signe de notre résurrection à tous… 

  • Jésus rend ensuite ce jeune homme à sa mère, en lui donnant ainsi le bonheur et la joie que l’on imagine ! C’est ce que fera aussi le Père en ressuscitant son Fils d’entre les morts par la Puissance de l’Esprit Saint. On imagine le bonheur et la joie de Marie devant le Mystère de la Résurrection de son Fils !

  • Jésus est prophète mais aussi bien plus qu’un prophète : il est le Fils Unique de Dieu, « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père » (Crédo) !

            Dans le Cantique de Zacharie (Luc 1,68-79), Dieu visite les hommes pour les libérer de tout ce qui les opprime, pour nous délivrer de la main de tous nos ennemis. Telle est la Mission de Jésus : nous offrir le pardon de tous les péchés que nous avons pu commettre, nous libérer du mal et nous révéler, littéralement, « les entrailles de Miséricorde de notre Dieu ». C’est en elles qu’il nous a visités. Tout dans la vie de Jésus – ses attitudes, ses paroles, ses actions – manifeste l’infinie Miséricorde de Dieu pour nous, son incroyable Tendresse, son Amour inconditionnel, inlassable… Si nous acceptons de le laisser agir dans nos cœurs et dans nos vies, le résultat ne pourra qu’être la Victoire de sa Lumière sur toutes nos ténèbres, de sa Vie sur toutes nos morts. Et avec Lui, nous trouverons la vraie Paix du cœur, synonyme de Plénitude et de Bonheur profond…

 

L’ Évangile aujourd’hui dans notre vie 

            « Jésus Christ, hier et aujourd’hui, est le même, il l’est pour l’éternité » (Hébreux 13,8). Il est venu nous révéler un Dieu présent à la vie de tout homme, « Lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (1Timothée 2,3-6). Avons-nous ce regard de foi en ce Père Unique dans toutes les rencontres que nous pouvons vivre ? Savons-nous reconnaître la Présence de ce Dieu d’Amour et de Miséricorde dans la vie de tous les hommes de bonne volonté, quels qu’ils soient ? Et avons-nous le désir de témoigner le plus largement possible autour de nous de cet Amour Inconditionnel pour que le plus grand nombre puisse le reconnaître, l’accueillir en rejetant tout ce qui lui est contraire, et trouver avec Lui la Plénitude de la Vie ? 

ENSEMBLE PRIONS

            Dieu qui veut la guérison de tous les hommes, agis en nous selon la Toute Puissance de ton Amour, libère-nous par ta Miséricorde inépuisable de tous nos penchants mauvais, et oriente toute notre vie vers toi, le seul Bien et la Source de tout Bien. Nous te le demandons par Jésus, ton Fils, notre Seigneur.

 

 

 

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