Rencontre autour de l’Evangile – 26ème dimanche du Temps Ordinaire

 « Celui qui n’est pas contre nous est pour nous.”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

 (Mc 9, 38-48)

Après avoir instruit ses disciples, surtout ceux qui seront les premiers responsables de son Église, sur l’humilité et le service, Jésus donne plusieurs consignes à l’adresse de la communauté chrétienne.

Regardons-réfléchissons-méditons

Faire lire lentement le texte

La démarche de Jean auprès de Jésus

Qu’est-ce que Jésus n’approuve pas dans son attitude ?

Quel enseignement pour une communauté chrétienne ?

L’appartenance au Christ est-elle limitée à ceux qui font partie du groupe des disciples, à l’Église ?

Celui qui entraînera la chute

Le ton des paroles de Jésus devient plus grave : Pourquoi ? 

Ces petits qui croient en moi : Qui sont ces petits ?

Si ta main… si ton pied… si ton œil t’entraînent au péché, coupe-le, arrache-le : Pourquoi Jésus signale ces trois organes ? 

Comment interpréter ces paroles dures de Jésus ?

La géhenne :   Qu’est-ce que c’était au temps de Jésus ?

                          Comment l’interpréter au sens spirituel ?

 

  

Pour l’animateur

La démarche de Jean révèle une certaine intolérance du groupe des disciples de Jésus. Jésus n’approuve pas cet « esprit » de clocher. Il demande à ses disciples d’être ouverts au frère qui leur est proche. L’appartenance au Christ n’est pas le monopole de ceux qui sont de la communauté chrétienne. Ceux qui invoquent « le nom de Jésus » ne sont pas nécessairement en pleine communion avec l’Église.

Quand Marc écrit son évangile, la persécution pousse les chrétiens à se replier sur eux eux-mêmes. En se rappelant la parole de Jésus « qui n’est pas contre nous est pour nous », ils sont invités à l’ouverture envers ceux qui ne manifestent pas d’opposition. Il va même plus loin avec l’exemple du verre d’eau, si rafraîchissant et vital en Orient : le plus petit geste de charité en faveur d’un chrétien, même dans un climat d’opposition, prend toute sa valeur. Le Christ s’en souviendra au jour du jugement.

Jésus se montre sévère pour ceux qui « entraînent la chute » d’un petit qui croit en lui : Il ne faut pas « dresser d’obstacle » sur la route des croyants. C’est ce qu’on appelle le « scandale » qui met en danger la foi des « petits », c’est à dire ceux dont la foi naissante est encore fragile.

Jésus demande  à chaque frère de sa communauté de veiller à ses relations avec les autres : il faut absolument prévenir tout scandale.

Si ton pied…si ta main…si ton œil… ce sont les organes principaux de la communication. C’est toute la personne qui est engagée par chacun de ces organes : il est des cas où l’amputation d’un membre peut sauver l’homme tout entier.

Ne pas prendre à la lettre les paroles de Jésus : Il ne s’agit pas ici mutilation physique. Jésus pense à notre vie spirituelle et à notre destinée. Le chrétien doit savoir « couper court », c’est à dire prendre une décision radicale, pour se détacher de ce qui est mauvais en lui pour assurer son salut.

La géhenne, qui était un lieu sauvage, une décharge publique dans une vallée proche de Jérusalem : saletés et  pourritures de toutes sortes étaient la proie des vers et un feu y brûlait en permanence. Jésus utilise cette image qui pour ses contemporains évoquait le sort de ceux, dont le cœur est endurci et qui restent sourds à aux appels de Dieu. Se trouver privé de la communion divine, être séparé éternellement de l’Amour de Dieu, voilà le pire qui puisse arriver à l’homme ; ce serait la mort éternelle,  alors qu’il est fait pour « entrer dans la vie éternelle ».

L’enfer, certes est bien attesté dans l’Écriture ; mais il demeure néanmoins une réalité mystérieuse, difficile à relier avec le Dieu Amour.

  

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus, tu nous mets en garde contre tout comportement sectaire, et contre l’intolérance. Tu nous recommandes aussi de prendre soin de tous ceux qui ont encore une foi fragile et de veiller à nos comportements dans la communauté chrétienne. Donne-nous le courage, d’arracher de notre vie tout ce qui est mauvais en nous, même si cela nous demande un effort qui coûte. Oriente notre cœur vers les biens du Royaume de Dieu.

 TA PAROLE DANS NOTRE VIE

La Parole aujourd’hui dans notre vie

Ni un groupe fermé et intolérant, ni un groupe de purs qui méprisent les humbles, ni un groupe de tièdes qui font bon ménage avec le mal : Reconnaissons-nous notre communauté paroissiale ?

Jésus nous met en garde contre tout comportement sectaire et intolérant : Est-ce que nos groupes divers sont ouverts et accueillants ?

Aucun groupe ne peut prétendre avoir le monopole de l’Esprit Saint.

Nous ne sommes pas les seuls à faire de bonnes actions : Savons-nous les reconnaître quand elles sont posées par une personne qui ne croit pas tout à fait comme nous, un non-pratiquant, ou un croyant d’une autre religion,  ou par un incroyant ?

Avons-nous le respect des personnes à la foi fragile, à la conscience craintive, pour les aider patiemment en évitant de les choquer inutilement ?

Jésus nous adresse un appel urgent à la conversion : Avons-nous choisi résolument la vie avec le Christ ? 

ENSEMBLE PRIONS

Inviter le groupe à formuler des intentions de prière pour la paroisse, pour les groupes qui la composent.

Prier aussi pour tous  les « petits » dont parle Jésus.

Demander la grâce d’une conversion authentique par un choix radical de vie avec le Christ, ce qui implique rupture courageuse avec le mal.

Notre  Père

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




25ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 20 septembre 2015

Sagesse 2, 12.17-22 (Condamnons-le à une mort infâme)

Les impies qui se détournent de la sagesse prononcent ici un discours contre le juste, avant que l’auteur du livre dénonce leur erreur funeste, leur condamnation, et le triomphe des justes qui, passées les épreuves, goûteront une immortalité victorieuse (Sagesse 2, 21 – 3, 12).

  Notons le jeu subtil du pluriel et du singulier : le juste est seul dans l’épreuve ; « ceux qui méditent le mal » contre lui sont nombreux. Mais, dans l’heureux dénouement, « les âmes des justes » (Sagesse 3, 1) deviennent plurielles. Expérience des justes qui, en tous les temps, se sentent minoritaires et, cependant, gardent l’espérance. Le même jeu grammatical se trouve déjà dans le Psaume 1, avec le retournement final du verset 6.

  Le juste reproche à ses détracteurs d’avoir abandonné « la Loi » et, littéralement, leur « éducation ». Ce dernier mot revient plusieurs fois dans le livre, sous la plume de l’auteur qui écrit peu de temps avant notre ère dans la grande cité d’Alexandrie. Ceux qu’il dénonce ici ne sont donc pas des païens, mais des Juifs qui ont abandonné leurs traditions culturelles et religieuses au profit d’idéologies grecques matérialistes.

  Se comprend alors leur attitude. Dans « l’apostasie », dans l’abandon de la foi, il y a souvent une mémoire coupable du passé et une sorte de rancœur à l’égard de celui qui est resté fidèle à son « éducation ». Cette animosité se fait alors persécution cynique. Puisqu’il compte sur Dieu, testons-le ! Qui aura raison : lui qui compte encore sur un Être mythique ? Nous qui avons choisi une totale liberté ?

  Entre d’autres termes forts qui mériteraient l’examen, relevons cette proposition conditionnelle : « Si le juste est fils de Dieu… ». Parmi diverses significations de l’expression fils de Dieu dans l’Ancien Testament (le messie, Israël, les anges…), elle désigne ici le juste opprimé qui, comme un petit enfant jeté du haut d’un mur par des méchants, ne se confie que dans son père qui, en bas, le recevra forcément dans ses bras. C’est en ce sens qu’au Golgotha, selon Matthieu, les adversaires de Jésus ironisent sur son titre de fils de Dieu (Matthieu 27, 42). C’est aussi pourquoi la liturgie d’aujourd’hui prend le Livre de la Sagesse pour éclairer dans notre page d’évangile la deuxième annonce de la Passion.

Jacques 3, 16 – 4, 3 (C’est dans la paix qu’est semée la justice)

Peut-on résumer cette page de « l’encyclique » attribuée à Jacques (cf. Jacques 1, 1) ? Le lectionnaire a omis trois versets (Jacques 3, 13-15) insistant sur la différence radicale entre la sagesse divine et la sagesse humaine, un passage qui semble mettre en cause certains dirigeants des communautés auxquelles s’adresse l’auteur. Dans le texte d’aujourd’hui, nous distinguons deux vagues. La première conclut ce discours omis par la liturgie. La seconde, à partir de la question « d’où viennent les guerres », est une exhortation plus directe. La logique de l’ensemble présente un certain flou, car il puise dans des traditions catéchétiques antérieures.

  1. La première vague présente une liste de vices et de vertus qui s’inspire des exhortations apostoliques. Les défauts qui perturbent la vie communautaire se trouvent déjà en 2 Corinthiens 12, 20 ou Galates 5, 19-22. La vertu de ceux « qui font la paix » rappelle la béatitude de Matthieu 5, 9 ; mais le lien entre la justice et la paix relève aussi de l’Ancien Testament.

  2. Les « guerres » qu’évoque la seconde partie ne concernent pas les relations internationales, mais les rapports entre chrétiens. La convoitise et la jalousie qui déchirent la communauté sont par essence meurtrières, parce qu’elles recouvrent des désirs démesurés qui, irréalisables, entraînent la violence du dépit.

  Dans ce contexte, l’auteur introduit le motif de la prière. « Les prières sont mauvaises lorsque leur objet, au lieu d’être primordialement subordonné à la volonté de Dieu (…), vise les seuls désirs personnels ou égoïstes » (J. Cantinat). Le début de l’épître indiquait que la vraie prière est celle qui demande à Dieu la sagesse (Jacques 1, 5-8). La fin louera la prière en toute circonstance, « la supplication fervente du juste », et donnera pour modèle le prophète Élie (Jacques 5, 13-18).

Marc 9, 30-37 (Deuxième annonce de la Passion et appel à l’humilité)

Ici commence le grand moment de « la section du chemin » construite par Marc. Il s’agit d’un discours communautaire, l’invitation à une conversion des relations entre les disciples. Si autrefois les auditeurs de Jésus formaient un cercle (Marc 3, 32-35), ce cercle s’est brisé et la vie chrétienne devient un cheminement à la suite du Crucifié. Telle est l’orientation de ces chapitres (Marc 9, 30 – 10, 52) qui nous tiendront en haleine pendant six dimanches.

Le chemin

Notre texte mentionne deux fois un déplacement et deux fois « le chemin ». Ce sera un chemin de conversion proposant de sortir de l’aveuglement. De manière symbolique, cette mise en scène s’achèvera en épilogue par l’illumination de Bartimée : « Aussitôt l’homme se mit à voir et il suivait Jésus sur le chemin » (10, 52).

La Passion

Pour la deuxième fois Jésus annonce sa Passion. La troisième et dernière annonce se trouvera en Marc 10, 32-34, et tout le discours communautaire aura été construit entre ces deux annonces. Cet encadrement a un sens profond et reflète la théologie de saint Paul : pour vivre en chrétien, il faut mourir avec le Christ pour ressusciter avec lui (voir Romains 6, 5).

  Pour l’heure, c’est une confidence adressée aux seuls disciples proches, les Douze, puisque Jésus veut qu’on ignore son voyage à travers la Galilée ; mais ces derniers ne comprennent pas le message de mort et de vie qu’il leur délivre. Pire encore, ils ont peur, peur de l’interroger, un motif qui reviendra de manière plus dramatique en Marc 10, 32. En ménageant ce climat de crainte, l’évangéliste veut, à l’adresse de ses lecteurs, souligner le sérieux et la gravité du discours de Jésus.

  Constatons que Jésus ne dit pas : Je suis livré, mais « le Fils de l’homme est livré ». L’expression est volontairement ambiguë. Elle implique à la fois un « parce que » et un « bien que ». Parce que Jésus est un fils d’homme, appartenant pleinement au genre humain, il va vers la mort qui est l’issue commune. Mais l’expression « Fils de l’homme » désigne, dans les apocalypses juifs, un mystérieux personnage céleste à qui Dieu confie le jugement final de l’univers. Ainsi, bien que conscient de cette dignité, Jésus accepte sa mort.

Le plus grand ?

« En chemin », sur le chemin de l’enseignement de Jésus, les disciples ont discuté pour savoir lequel d’entre eux était le plus grand et, d’après leur silence devant la question de Jésus, ils en ont quelque honte. La déclaration de Jésus est solennelle, puisqu’il s’assied, en maître qui enseigne, et elle signifie un renversement des valeurs. Aux yeux de Dieu, le plus grand n’est pas celui que l’on considère comme tel ou qui veut être tel. La domination sur les autres doit se renverser en service de tous, à la dernière place. Dans le dialogue avec Jacques et Jean, en forme d’épilogue au discours communautaire, Jésus reprendra les mêmes formules et avancera son propre exemple : donner sa vie (Marc 10, 43-45).

  Ici, pour illustrer son enseignement, il place un petit enfant – « un petit gars », comme on pourrait traduire le mot grec – au centre du groupe des grands. L’enfant devient le centre… Relevons un détail : « il l’embrassa. » Dans le monde culturel ancien, un maître aussi célèbre que lui ne montre pas en public, sans faire rire, un signe gratuit d’affection pour les enfants. Dans certaines cultures d’aujourd’hui, on écarte à gentils coups de cailloux les gamins qui s’approchent trop d’une réunion d’adultes. Comparer la réaction des disciples en Marc 10, 13. La leçon est celle-ci : se faire le serviteur de tous peut s’exprimer par le renoncement du pouvoir attribué communément aux adultes vis-à-vis des petits, un pouvoir que Paul cite, sans moraliser, comme un fait avéré dans son monde sémitique : « Aussi longtemps qu’il est un enfant, l’héritier, quoique propriétaire de tous les biens, ne diffère en rien d’un esclave » (Galates 4, 1).

  Jésus ne donne pas une leçon de science pédagogique, en cette scène qui est une parabole. Il veut désarmer la volonté de puissance, de domination. Il se réfère à la notion d’accueil et, pour cela, il établit une certaine équivalence entre l’accueil bienveillant fait à l’enfant, à lui-même et à Dieu qui l’a envoyé pour délivrer ce message.

 

 

 

 

 




25ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (20 Septembre)

La grandeur du serviteur (Mc 9,30-37)…

En ce temps-là, Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu’on le sache,
car il enseignait ses disciples en leur disant : « Le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. »
Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l’interroger.
Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demanda : « De quoi discutiez-vous en chemin ? »
Ils se taisaient, car, en chemin, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand.
S’étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d’eux, l’embrassa, et leur dit :
« Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

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                       Jésus annonce de nouveau sa Passion et sa Résurrection prochaines… Mais dès qu’il parle de résurrection, les disciples ne comprennent pas… Comment est-il possible de revenir de la mort ? « Je vous le dis maintenant, avant que cela n’arrive, pour qu’au moment où cela arrivera, vous croyiez » (Jn 14,29). Et en effet, après le bouleversement provoqué par les évènements de la Passion, « quand il fut relevé d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela, et ils crurent à la parole qu’il avait dite » (Jn 2,22). Jésus construit donc ici la foi future de ses disciples, car ils auront à vivre toute leur mission dans la foi…

            Pour l’instant, ils ne comprennent pas et pensent toujours que Jésus sera le prochain roi d’Israël… Qui donc, parmi eux, aura alors la meilleure place ? « Qui est le plus grand », se demandent-ils ? Voilà bien l’échelle de valeurs qui règne dans le monde… Mais « mon Royaume n’est pas de ce monde », dira Jésus… Certes, « je suis Roi » (Jn 18,33-37), mais « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mc 10,45). Or « le serviteur n’est pas plus grand que son maître. Il suffit pour le disciple qu’il devienne comme son maître » (Mt 10,24-25). C’est pourquoi, dit-il ici, « si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous ». C’est ce qu’il fit Lui-même tout au long de sa vie, touchant un lépreux, l’être le plus impur qui soit à l’époque (Mc 1,40-45), mangeant au milieu des pécheurs (Mc 2,15-17), pour finalement mourir au milieu de deux « brigands » (Mc 15,27), à la dernière place… Jésus est en effet « l’Astre d’en haut qui nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,78), se mettant tout entier au service des hommes, et tout spécialement des pécheurs, ces « perdus » (Lc 15,1-7), ces souffrants (Rm 2,9), avec comme unique but, leur bien, leur salut…  

            « Si donc quelqu’un me sert, qu’il me suive et là où je suis, là aussi sera mon serviteur » (Jn 12,26). Ici, nous le voyons avec un « petit enfant », qu’il embrasse. Or, à l’époque, l’habitude des « bien pensants », des « sages », des « intelligents » (Lc 10,21-22), était de les mépriser. Mais non… Bien au contraire, « ce que vous avez fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 26,40), dira Jésus. Il nous montre ainsi le Chemin de la vraie Vie… A nous maintenant de le suivre… DJF

               

 

          




22ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 30 Août 2015

 

Deutéronome 4, 1-2.6-8 (« Vous n’ajouterez rien à ce que je vous ordonne… vous garderez les commandements du Seigneur. »)

 

Par la bouche de Moïse, c’est le prédicateur du Deutéronome qui exprime sa haute conception de la Loi de Dieu. Et, en réalité, il s’adresse à une génération d’Israélites qui sont devenus sédentaires depuis longtemps et dont certains mettent en cause la valeur d’une Loi divine devenue trop peu moderne, venue des temps du désert.

  Contre la tentation de modifier les commandements pour un intérêt égoïste de circonstance, on se gardera de n’y rien ajouter et de *n’y rien retrancher. Certes, les lois ont besoin d’adaptations aux situations nouvelles. C’est même ce que fait le Deutéronome lui-même. Mais on se méfiera d’une facilité qui affadit l’esprit de l’Alliance. En ce sens, Jésus critiquera « la tradition des anciens » qui néglige le commandement de Dieu (évangile).

  Chaque nation se vante d’avoir la constitution la plus sage qu’on puisse forger. Le prédicateur du Deutéronome n’échappe pas ici à cette fierté légitime. Mais il vise des gens tentés de dévaluer leur patrimoine religieux. À l’expérience, leur demande-t-il, ne percevez-vous pas combien ces lois sont « justes », adaptées ? Cette justesse ne prouve-t-elle pas que notre Dieu est proche, qu’il sait si bien ce qui nous convient ?

 

* N’y rien retrancher. La Loi divine, le Pentateuque, fut traduite en grec à Alexandrie, vers 250 avant notre ère. C’est la « Bible des Septante ». De cette traduction, la légende juive dit que rien ne doit être retranché (Lettre d’Aristée). La Loi de Dieu est infrangible, mais elle doit toujours être adaptée en des situations nouvelles.

 

 

Jacques 1, 17-18.21b-22.27 (“Mettez la Parole en pratique. “)

Dans ce manuel de vie chrétienne qu’il compose, l’auteur supposé, Jacques, « le frère du Seigneur » (Galates 1, 19) et premier chef de l’Église de Jérusalem (Actes 12, 17) s’exprime par des maximes dont l’enchaînement n’est pas toujours clair, moins encore quand les ciseaux de la liturgie tronçonnent le texte. Distinguons trois vagues.

  1. La valeur d’un don dépend de la qualité du donateur. Si nos dons viennent « d’en haut », le donateur est « le Père des lumières », des astres. Ceux-ci sont sujets à des variations périodiques. Le Créateur, lui, ne varie pas dans ses bienveillantes intentions.

  2. Le don qu’il nous fait est « sa parole de vérité », c’est-à-dire l’Évangile, « semé » en nous par le baptême, capable de nous sauver. Mais ce salut qui brille pour nous requiert une condition : « Mettez la Parole en *pratique» C’est le résumé de la Lettre. Paul l’avait dit : « Ce ne sont pas les auditeurs de la Loi qui sont justes devant Dieu, mais les observateurs de la Loi » (Romains 2, 13). Il rejoignait là l’orientation du Deutéronome (1ère lecture).

  3. Les expressions synonymes « pur et sans souillure » désignent souvent des dispositions intérieures. L’auteur ne l’entend pas ainsi : la vraie religion est un agir qui secourt les orphelins et les veuves, les deux principales catégories sociales défavorisées de l’époque. Le chrétien agira ainsi parce que Dieu est Père, Père des orphelins et des veuves.

  Les successeurs de Martin Luther avaient supprimé la Lettre de Jacques du canon des Écritures, en raison de son apparente opposition à la théologie de Paul (« la foi sans les œuvres » !). Les successeurs… des successeurs de Luther réhabilitèrent vite cet écrit dans le canon, tant il est vrai que cette épître brille par son souci des relations de justice sociale, un motif fondamental dans les Églises protestantes.

 * La pratique. « La parole est vivante, lorsque ce sont les actions qui parlent. Je vous en prie, que les paroles se taisent, et que les actions parlent. Nous sommes pleins de paroles, mais vides d’actions ; à cause de cela, le Seigneur nous maudit, lui qui a maudit le figuier où il n’a pas trouvé de fruits, mais seulement des feuilles (…) Il perd son temps à répandre la connaissance de la loi, celui qui détruit son enseignement par ses actions » (Saint Antoine de Padoue, 13e siècle).

 

  

Marc 7, 1-8.14-15.21-23 (“Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »)

 

Nous avions laissé Marc au seuil de la multiplication des pains (16e dimanche) pour nous plonger dans l’évangile de Jean, avec son discours sur le Pain de vie. Nous revenons à notre évangéliste de l’année B dans une section où Jésus associe plus étroitement ses disciples à son œuvre. Ces chapitres déboucheront sur la confession de foi de Pierre (24e dimanche).

La tradition des anciens sur la pureté cultuelle

En multipliant les pains, Jésus a ouvert la table de Dieu aux affamés d’Israël. Il a annoncé par là la table de l’eucharistie. Désormais, la question se pose aux chrétiens, sur l’arrière-fond des coutumes juives : quelle est la *pureté requise pour approcher de ce sacrement ? Dans quel but Marc a-t-il conservé cet épisode de la vie de Jésus ? On conçoit bien qu’après la résurrection de Jésus, certains chefs judéo-chrétiens, Jacques de Jérusalem, par exemple, se soient préoccupés de la pureté rituelle des chrétiens juifs de Galilée. Pour ses lecteurs chrétiens de Rome, peu familiers de telles questions, Marc se permet d’expliquer ces rites en une longue parenthèse. L’enjeu est « la tradition des anciens » qui définit ces règles de pureté. Cette tradition, entretenue par les pharisiens et leurs scribes, se donne pour objectif de traduire concrètement, dans les détails, ce que les commandements divins exigent de l’homme. Elle devient une casuistique qu’hélas, les autorités de toutes religions ne manquèrent jamais, au fil de l’histoire, de compliquer, au détriment de la vie toute simple des croyants.

Quel culte ?

Jésus oppose à ses interlocuteurs une citation d’Isaïe (29, 13). La tradition des anciens risque de devenir un ensemble de règles formelles, un jeu de pratiques, un code qui évite à l’homme de se situer personnellement, de cœur, devant Dieu. On dit que les commissions parlementaires noient les problèmes. De même, la casuistique religieuse peut devenir un écran de fumée qui empêche de rendre à Dieu le culte intérieur que celui-ci attend de l’homme. Le danger, en effet, est le suivant, celui de la satisfaction égocentrique du devoir accompli, celui de penser que l’on est en règle avec Dieu, lorsqu’on s’est acquitté des obligations rituelles.

Quelle pureté ?

Jésus joue sur la notion d’extérieur et d’intérieur. Il parle d’abord des aliments qui ne font que traverser le corps et n’affectent en rien la nature humaine. Nulle responsabilité morale en cela. En revanche, l’impureté véritable procède de ce que l’homme sort de lui-même, de son « cœur », de ses intentions profondes qui se traduisent par des actes. Comprenons bien l’argumentation. Ce ne sont pas les douze actes répréhensibles dénoncés, tous nuisibles au prochain, que Jésus condamne, mais l’intention perverse, « le dedans », qui conduit à de tels vices. Notons que cette dernière partie du discours s’adresse aux seuls disciples « à l’écart de la foule », pour leur donner les directives morales dans leur futur rôle de pasteurs des communautés chrétiennes.

  Il est facile de dénoncer les souillures extérieures visibles. Elles nous apitoient sur nous-mêmes, servent d’excuse et conduisent à l’irresponsabilité. Il est plus difficile de nous remettre en cause, dans les motivations profondes qui nous rendent impurs aux yeux de Dieu, mais que personne ne voit. N’oublions pas qu’ici, avec l’épisode suivant de la Syrophénicienne (Marc 7, 24-30) et la seconde multiplication des pains (8, 1-10) l’évangéliste sous-entend les conditions de la participation à l’eucharistie.

* Le mot « pureté » recouvre deux sens, de même que notre mot « saleté » désigne soit une tache morale soit une inconvenance hygiénique ou une souillure matérielle. De même, il y a une pureté « rituelle » qui se préoccupe de la fidélité aux pratiques religieuses, et il y a la pureté « morale » qui cherche à agir avec droiture envers Dieu et envers les hommes. Le risque de la religion, est de polariser le fidèle sur les catégories du permis et du tabou, de lui éviter ainsi un jugement moral responsable. Ce travers est au centre de la critique de Jésus dans cette page d’évangile.




22ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (30 Août)

« Vérité, humilité, miséricorde (Mc 7,1-8.14-15.21-23)…

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus,
et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.
– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ;
et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats.
Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »
Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.
C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.
Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »
Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »
Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres,
adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure.
Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

 dieu vous aime

            

            A l’époque de Jésus, les Pharisiens étaient très attachés à toutes sortes de pratiques qu’ils avaient reçues des générations précédentes. Ils étaient « fidèles à la tradition des anciens », persuadés d’être sur le seul et unique bon chemin, le leur, et ils critiquaient tous ceux qui n’agissaient pas comme eux : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens », demandent-ils ici à Jésus ? Pourquoi n’agissent-ils donc pas comme nous ? Parler ainsi, c’est dire : « Nous, nous avons raison. Nous, nous agissons bien. Nous, nous sommes sur le bon chemin parce que nous mettons en œuvre telle ou telle pratique. » Mais ce n’est pas cela que Dieu cherche en l’homme… Lui, il veut vivre avec chacun d’entre nous une relation vraie, en cœur à cœur. Et puisque nous sommes tous pécheurs (Rm 3,9-31 ; 5,12), cela ne peut se faire que dans la vérité de notre misère reconnue et offerte, mais aussi et surtout dans la Vérité de son Amour surabondant, inépuisable, toujours offert… Et cet Amour ne poursuit qu’un seul but, le bien de tout homme… « Je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien… Je trouverai ma joie à leur faire du bien, et cela de tout mon cœur et de toute mon âme » (Jr 32,37-41). Et Dieu est infini ! Puisqu’il n’est qu’Amour, Dieu ne cesse ainsi de nous suivre pour nous combler de ses bienfaits : « Tu couronnes une année de bienfaits ; sur ton passage, ruisselle l’abondance » (Ps 65,64),12). Or, « bien », « bienfaits », « bon », « bonheur », ne sont qu’un seul et même mot dans la langue de Jésus : pour Dieu, « nous faire du bien », c’est nous combler de « ses bienfaits », gratuitement, par amour, et cela ne peut qu’être synonyme pour nous que de « bonheur profond »…

            Dieu veut donc avant tout nos cœurs… Nos pratiques ne sont donc importantes que dans la mesure où elles expriment le cœur… En elles-mêmes, pour elles-mêmes, elles ne sont rien, sinon une occasion pour l’orgueilleux de se glorifier, et cela se fait toujours au détriment de ceux qui n’agissent pas comme lui : « Mon Dieu, je te rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes qui sont rapaces, injustes, adultères » (Lc 18,9-14)… Pour preuve, « je jeûne deux fois la semaine », je fais ceci ou cela, je m’habille comme ci ou comme ca… « Hypocrites », leur dit ici Jésus, « ce peuple m’honore des lèvres mais leur cœur est loin de moi ». Et il se désole, car ils ne peuvent qu’être malheureux, alors que Dieu nous appelle tous à partager sa joie (Jn 15,11) ! DJF

           

               

 

          




Rencontre autour de l’Evangile – 22ème dimanche du Temps Ordinaire

 « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Après la série de textes d’évangile selon saint Jean, retrouvons l’évangile selon saint Marc.

 Remarque

Nous gardons la méthode que nous avons suivie depuis quelques rencontres : la contemplation de Jésus. Nous sommes invités à fixer notre attention d’abord sur lui (ce qu’il fait, ce qu’il dit…) afin d’entrer dans ses pensées, son intention, selon le projet de l’évangéliste qui a écrit pour évangéliser catéchiser les lecteurs.

Regardons – réfléchissons – méditons

Regardons Jésus et écoutons-le.  

Où se trouve Jésus ? Avec qui est-il ?

Les pharisiens : Qui sont-ils ?

Quels reproches font-ils à Jésus ?

Quelle réponse leur fait Jésus ?

Jésus s’adresse à la foule :

Qu’est-ce qu’il lui dit d’important ?

 

Jésus s’adresse à ses disciples :

Quelle est l’importance son enseignement ?

Où est la racine du mal pour Jésus ? 

 

  

Pour l’animateur

Jésus est entouré de pharisiens et de scribes : Les pharisiens forment un groupe de juifs qui ont un idéal de pureté dans la pratique de la Loi, et de ce fait ils se mettent à part. Mais ils attachent tellement de rigueur aux pratiques extérieures et aux traditions qui se sont accumulées au point d’oublier que la vraie religion est celle du cœur. Et ils se considèrent comme des «purs» tout en critiquant ceux qui ne font pas comme eux. Ils critiquent les disciples de Jésus.

Jésus a condamné, non pas le pharisianisme, qui est ce mouvement de recherche d’une pratique parfaite de la Loi, mais le « pharisaïsme », c’est à dire la « religion du paraître », qui se soucient avec exagération des signes extérieurs de la religion et oublient que l’essentiel est au « dedans ».

 “Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. »

Jésus enseigne qu’au plan religieux, dans la relation avec Dieu et avec le prochain, la souillure ne vient pas de l’extérieur, mais du cœur de l’homme. L’essentiel n’est pas de se laver les mains, mais le cœur. Jésus nous alerte contre le danger de l’hypocrisie.

 C’est pourquoi, il a tout entrepris pour guérir le cœur et l’esprit de l’homme, le « dedans » de l’homme.

 Les scribes, savants de la Loi et des Écritures, sont souvent des pharisiens. Jésus a compté des amis parmi les pharisiens : Gamaliel, Nicodème. Plus tard, Paul dira non sans fierté qu’il était pharisien, fils de pharisien, disciple de Gamaliel.

 A la foule, Jésus enseigne que l’impur n’est pas un danger extérieur, mais un danger intérieur à l’homme quand il se détourne de Dieu pour suivre les inspirations de son cœur mauvais.

Aux disciples, Jésus expliquent ces pensées mauvaises qui, du dedans de l’homme, rendent l’homme impur et l’empêchent de «voir» Dieu. A l’opposé, Jésus dit « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. »

  

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus, tu ne regardes pas l’apparence, comme font les hommes. Tu sondes les reins et les cœurs. Fais-nous la grâce de ne pas régler notre vie d’après le regard que les autres portent sur notre extérieur, mais sur ton regard qui voit le fond des cœurs.

 TA PAROLE DANS NOTRE VIE

La Parole aujourd’hui dans notre vie

–     Être chrétien pratiquant, qu’est-ce que c’est ? C’est vivre selon les préceptes de sa religion. Par exemple, se rassembler le dimanche nous est demandé par l’Église.

–     Mais pratiquer sa religion, est-ce seulement une affaire de « pratiques religieuses » ? L’Evangile du Christ nous rappelle qu’il faut aller plus loin que les règles : le commandement de l’amour dépasse la loi. Pratiquer notre foi, c’est aussi pratiquer l’amour et le service du prochain.

–     La fidélité a des règles, sans amour, est-ce une vraie fidélité ? La loi sans le cœur, est-cela la vraie religion ? N’est-ce pas cela qui engendre les « purs et durs » qui n’ont plus aucune miséricorde et qui jugent et condamnent ?

–     Le danger, n’est-ce pas de chercher une pureté religieuse (des pratiques), mais qui n’engage pas une conversion profonde de notre manière de vivre ?

–     Est-ce que nous ne méritons pas souvent le reproche de Jésus : « ce peuple m’honores des lèvres, mais son cœur est loin de moi » ?

N’avons-nous pas à faire le ménage en nous-mêmes pour ne pas être complices de toutes les immoralités de notre monde ?

 

Ensemble prions

Dieu d’amour, tu as donné aux fils d’Israël les lois qui leur ont permis de mieux vivre pour toi et de mieux aimer leurs frères. Ton Fils Jésus est venu nous révéler que toute la loi consiste à t’aimer et à aimer son prochain. Donne-nous de savoir toujours nous tenir en vérité sous ton regard. Amen

 

Chant : Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




21ième dimanche du temps ordinaire par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Commentaires des Lectures du dimanche 23 Août 2015

Josué 24, 1-2a.15-17.18b (“Nous voulons servir le Seigneur, car c’est lui notre Dieu. “)

Le livre de Josué raconte la conquête de Canaan par les tribus israélites qui étaient descendues en Égypte et avaient vécu l’Exode et l’Alliance au Sinaï. D’autres tribus étaient restées parmi les Amorites païens et n’avaient pas connu la grande aventure religieuse. Au terme de la conquête, lors de l’assemblée à Sichem, tous doivent maintenant choisir : ou bien servir les dieux païens de la nature, les dieux mésopotamiens des ancêtres d’Abraham, ou bien le Seigneur, Dieu de l’histoire.

  Josué (« Jésus », dans la Bible grecque) est le successeur de Moïse. Il fait le lien entre l’aventure spirituelle de l’exode et l’ère nouvelle de la sédentarisation d’Israël (voir Deutéronome 31 et Josué 1). Son discours, reflet de liturgies ultérieures, qui clôt le livre portant le nom de Josué, manifeste que la foi est d’abord une prise de conscience : le Seigneur a choisi son peuple, il l’a sauvé. Pas de foi sans un travail de mémoire, de relecture des événements. La foi reconnaît aussi que Dieu demande à l’homme de choisir et de peser les enjeux de son choix. Enfin, la foi vécue se traduit par le verbe « servir » (six fois dans les versets retenus ici par la liturgie) qui, en hébreu, évoque à la fois l’obéissance au roi ou le culte envers la divinité, un rapport de vassal à suzerain, l’engagement à un culte exclusif, et un amour concret qui se dépense en service des intérêts de celui que l’on choisit. « Servir d’autres dieux », expression récurrente dans le Pentateuque, évoque à la fois des alliances politiques néfastes et, par là, une trahison du Dieu unique. Le passage retenu par la liturgie s’achève par une confession de foi qui rappelle celle de Deutéronome 26, 1-11

  Les chrétiens auront à faire un autre choix (évangile) : ou bien s’en tenir au souvenir d’une religion du passé, ou bien accueillir la nouveauté de Dieu dans l’humanité de Jésus, Pain de vie.

 

 

 

Éphésiens 5, 21-32 (« Ce mystère est grand : je le dis en référence au Christ et à l’Église. »)

 

L’apôtre Paul a rarement « converti » des familles. La foi chrétienne à son époque divisait plutôt les familles (cf. Luc 12, 51-53). Il a touché surtout des individus qui se réunissaient dans des maisons de croyants. Selon lui, au sein de ces communautés, tous font un dans le Christ Jésus, « il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme » (Galates 3, 28). Mais, à l’époque ultérieure où est écrite la Lettre aux Éphésiens, les Églises sont devenues un phénomène visible et, en leur sein, leurs relations fraternelles égalitaires font scandale dans une société païenne fortement hiérarchisée. Il fallut, en quelque sorte, « lâcher du lest ».

  C’est pourquoi les derniers écrits du Nouveau Testament intègrent des « codes domestiques » traitant les rapports entre épouse et époux, enfants et parents, esclaves et maîtres. Ainsi en Colossiens 3, 18 – 4, 1, un catalogue réadapté et enrichi par Éphésiens 5, 18 – 6, 9. Voir aussi 1 Pierre 3, 1-7. Ces codes s’inspirent des règles d’une société patriarcale. Mais nos écrits apostoliques y injectent comme une sorte de correction, à savoir les valeurs de réciprocité issues de l’Évangile. La lecture de ce jour ne retient que l’exposé sur la relation épouse/époux.

  Le mariage est un fait social, modelé par la diversité des cultures et des époques. L’épître n’entend pas régir cette institution qui, dans l’Antiquité, tient pour normale la soumission de l’épouse. Mais, en cette hiérarchie, l’auteur injecte la valeur évangélique de réciprocité : « Soyez soumis les uns aux autres. » Ainsi, au long de l’histoire d’une Église entendant régir toute la société, le mariage devint un sacrement signe visible et efficace de l’amour du Christ pour son Église.

  Si « le mari est la tête », l’Apôtre ne dit pas que le Christ est la tête du mari. Le Christ est la tête de l’Église. Et, si l’Église se soumet à lui, c’est parce qu’elle reconnaît en lui « le Sauveur » aimant. Le Christ ne rabaisse pas l’Église dans une soumission craintive. Au contraire, par le baptême, comparé au bain nuptial, il la met en valeur en lui offrant le rayonnement de sa propre sainteté. Tel est le modèle qui doit inspirer l’époux. Son épouse sera pour lui aussi précieuse que son propre corps qu’il aime et respecte. Notons que, dans les codes gréco-romains, on ne trouve guère le devoir pour l’époux « d’aimer sa femme ». Au contraire, l’homme qui manifestait en public de la tendresse pour sa femme passait pour un « mou ».

  Au reste, le projet biblique du mariage (Genèse 2, 24) suppose que l’homme s’arrache à l’emprise de son clan pour se consacrer à sa femme. Le but est celui d’une unité, littéralement« une seule chair », non d’une domination de l’un sur l’autre.

 

 

 

Jean 6, 60-69 (“Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. “)

 

A la fin de ce discours sur le Pain, « les Juifs » disparaissent. Le débat se concentre sur les réactions des disciples de Jésus eux-mêmes. En invitant à s’assimiler sa chair et son sang, Jésus n’a pas cessé de se présenter comme la Parole de Dieu qui apporte la vie. C’est maintenant l’heure du choix (cf. 1ère lecture).

  L’évangéliste joue sur deux tableaux. D’une part, il rappelle les oppositions que Jésus rencontra durant sa mission terrestre. D’autre part, il s’en prend à certains chrétiens de son temps dont la foi n’est pas à la hauteur de ce que l’on doit voir dans le Christ. Le débat, imputé aux autorités juives, a été lancé en Jean 5, 18 en cette accusation : Jésus « appelait Dieu son propre père, se faisant égal à Dieu ».

Les récriminations des disciples

Des récriminations des Hébreux du désert (Exode 16) et de celles de Juifs devant la révélation du Pain de vie, on aboutit à la fermeture de certains disciples. Dans le langage de Jean, ne pas « entendre », c’est refuser la foi. « Cela vous scandalise ? », demande Jésus. Une nouvelle idée surgit, la préscience de Jésus. Il sait qui ne croit pas et qui « le livrera », c’est-à-dire Judas, un proche, « l’un des Douze » (verset 71). Ce thème souligne que le Révélateur de Dieu se soumet à l’accueil et au refus des libertés humaines et que cette disponibilité d’amour inclura l’acceptation de la Passion.

L’ascension du Fils de l’homme

La Parole de Dieu ne retourne pas vers le ciel sans avoir accompli sa mission, disait Isaïe 55, 11. Ainsi le Fils de l’homme montera vers Dieu, « là où il était auparavant », dans son éternité (« au commencement était le Verbe », Jean 1, 1). Ce départ s’opérera par la croix, par une disparition, une absence. Dès lors le problème de la foi se posera avec plus d’acuité encore : comment pourrait-il prétendre apporter la vie, celui qui aura subi la mort et a disparu ? Jésus laisse à jamais la question ouverte.

Les paroles de Jésus, esprit et vie

Le tort des mal-croyants n’est pas de prendre les paroles du Maître comme une incitation à l’anthropophagie, mais de raisonner selon « la chair », c’est-à-dire selon leur condition terrestre, précaire et bornée. La parole du Christ vient d’en haut. Elle requiert une ouverture à l’Esprit de Dieu et au désir d’une vie qui nous libère à jamais des pesanteurs mortelles de la chair. Jésus accepte qu’on se ferme à son message. Et, rappelant le verset 44, il répète que nul ne peut venir à lui, sinon celui qui se sera ouvert au don de Dieu, au Père qui conduit les hommes vers son Fils. Il ne s’agit pas d’une prédestination, mais d’une action de grâce qui fait partie intégrante de la foi : celui qui croit en Jésus doit rendre grâce au Père qui l’a conduit vers Jésus, le Saint de Dieu.

La confession de foi de Simon-Pierre

C’est l’heure du choix. Jean songe aux chrétiens qui, de son temps, abandonnent l’Église par manque de foi devant le caractère déconcertant de l’Évangile. Ici, Pierre ne parle pas en chef de l’Église, à la différence de Matthieu 16, 16-19. Car, dans la communauté ecclésiale de Jean, il n’y a pas de chef. Ici, Simon-Pierre s’exprime comme le modèle des vrais croyants : « Nous croyons », déclare-t-il, au pluriel. Il adhère à Jésus, Parole de Dieu, « de la vie éternelle ». Il apporte la réponse que Jésus attendait. Il ne rabâche pas une foi apprise au Fils de l’homme ou au Messie. Il salue, à sa manière, « le Saint de Dieu », celui que Dieu a consacré pour sa mission (cf. Jean 10, 36 ; 17, 19). La liturgie s’arrête là. En réalité, le passage se conclut par l’annonce de la trahison de *Judas (versets 70-71). Car la foi doit aussi accepter la Passion et en comprendre le sens.

* Judas. « Sans doute un petit groupe demeure-t-il fidèle, mais en son sein se trouve un homme, un vrai diable, qui finira par trahir le Maître. À travers des auditoires successifs (foule, juifs, disciples, Douze), le narrateur présente une expérience toujours actuelle : la difficulté pour l’homme de demeurer ouvert à la nouveauté de Dieu. D’ordinaire, chez Jean, foi et non-foi signifient vie et mort. Ici Jésus éclaire le devenir de la foi en elle-même : celle-ci advient dans une rencontre, une synergie, entre Dieu qui attire et l’homme qui accueille » (X. Léon-Dufour).

 

 




21ième dimanche du temps ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER (23 Août)

« Tu as les Paroles de la Vie éternelle » (Jn 6,60-69)

En ce temps-là, Jésus avait donné un enseignement dans la synagogue de Capharnaüm. Beaucoup de ses disciples, qui avaient entendu, déclarèrent : « Cette parole est rude ! Qui peut l’entendre ? »
Jésus savait en lui-même que ses disciples récriminaient à son sujet. Il leur dit : « Cela vous scandalise ?
Et quand vous verrez le Fils de l’homme monter là où il était auparavant !…
C’est l’esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie.
Mais il y en a parmi vous qui ne croient pas. » Jésus savait en effet depuis le commencement quels étaient ceux qui ne croyaient pas, et qui était celui qui le livrerait.
Il ajouta : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. »
À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner.
Alors Jésus dit aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »
Simon-Pierre lui répondit : « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle.
Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu. »

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            Jésus vient de répéter par trois fois l’expression « manger sa chair, boire son sang », en insistant encore : « En effet, ma chair est la vraie nourriture, et mon sang est la vraie boisson ». Beaucoup de ses disciples trouvent alors « intolérables » ces Paroles : « On ne peut pas continuer à l’écouter », ce n’est plus possible… Comment peut-on manger sa chair et boire son sang !

            Mais ce sera l’occasion pour Jésus de leur donner la clé de tout son discours. « Je suis le Pain de Vie » avait-t-il commencé à leur dire, en se présentant ensuite comme « Pain de Vie par sa Parole », une Parole qu’il s’agit d’accueillir de tout cœur par sa foi (Jn 6,35-47). Puis, en reprenant cette même expression, « Je suis le Pain de Vie », il s’était présenté aussi comme « Pain de Vie par sa chair offerte », un pain à accueillir de nouveau de tout cœur par sa foi, mais avec une démarche publique qui engage cette fois non seulement le cœur mais encore le corps tout entier, puisqu’il s’agit de le « manger », de le « croquer », de le « mastiquer ». Et pour aider à ceux qui ont du mal à croire en lui, Jésus reprend ici ces deux parties, « le pain chair », « le pain parole », en une synthèse qui les unit dans une seule et même perspective de foi : « C’est l’Esprit qui fait vivre, la chair n’est capable de rien. Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles sont vie » (Jn 6,63). Autrement dit, dans les deux cas, que ce soit en recevant la Parole ou le pain consacré de tout cœur, on reçoit le Don de « l’Esprit qui fait vivre »…

            Quelle beauté ! Et pourtant, « à partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner ». Mystère de la relation « homme – Dieu », où l’homme ne peut rien sans Dieu : « Voilà pourquoi je vous ai dit que personne ne peut venir à moi si cela ne lui est pas donné par le Père. » Mais Dieu lui aussi ne peut rien faire en l’homme sans son accord… Il respecte infiniment la liberté de celui qui le refuse, mais sans jamais cesser de l’aimer, de s’occuper de lui du mieux qu’il peut, de frapper à la porte de son cœur, et cela, jusqu’à ce qu’elle s’ouvre (Ap 3,20 et Lc 15,1-7).

            « Tu as les Paroles de la vie éternelle », dit ici Pierre, ce pécheur qui a accepté l’Amour de Miséricorde de Jésus à son égard. « Je suis un pécheur », a dit le Pape François, « c’est la définition la plus juste… Je suis un pécheur sur lequel le Seigneur a posé son regard… » (Pape François, août 2013)… « Heureux ceux qui croient » !    DJF

               

 

          




Rencontre autour de l’Evangile – 21ème dimanche du Temps Ordinaire

” « Seigneur, à qui irions-nous ?
Tu as les paroles de la vie éternelle.”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

(Jn 6, 66-69)

Nous continuons à méditer le discours sur le pain de vie : après avoir affirmé qu’il est descendu du ciel, Jésus annonce que sa chair est la vraie nourriture et son sang la vraie boisson. Les gens qui l’entendent sont de plus en plus choqués. 

Remarque

La méthode proposée pour le partage est un peu différente : il s’agit d’une contemplation de Jésus. C’est pourquoi nous sommes invités à fixer notre attention d’abord sur lui (ce qu’il fait, ce qu’il dit…) afin d’entrer dans ses pensées, son intention, selon le projet de l’évangéliste qui a écrit pour évangéliser catéchiser les lecteurs. 

Regardons – réfléchissons – méditons

Regardons Jésus et écoutons-le.

Beaucoup des ses disciples s’en allèrent et cessèrent de marcher avec lui : Quels ont pu être les sentiments de Jésus à ce moment-là ? Jésus retire-t-il ses paroles qui ont produit un choc dans les esprits de ses auditeurs ?

Aller et marcher avec Jésus : cette expression peut-elle exprimer la foi du chrétien ?

Jésus dit aux Douze : Voulez-vous partir, vous aussi ? 

Quelle était la place des « Douze » parmi les disciples ?

Qu’est-ce que nous pensons de cette question de Jésus ? 

Simon-Pierre : Pourquoi est-ce lui qui prend la parole ? Bien regarder sa réponse. Au nom de qui fait-il cette profession de foi?  

Nous croyons et nous savons : Croire et savoir. Quelle est l’importance de ces deux verbes pour notre foi.

« Tu es le Saint, le Saint de Dieu » : Dans le livre du prophète Isaïe, Dieu est appelé « le Saint d’Israël ». Que veut dire ce titre donné par Pierre à Jésus ?

 

  

Pour l’animateur

Le discours de Jésus sur le Pain de vie a produit des effets désastreux : ce ne sont plus des juifs qui se détachent de Jésus, mais des disciples qualifiés. C’est une véritable crise dans les relations entre Jésus et ses disciples. 

Aller et marcher avec Jésus : deux verbes de mouvement qui expriment bien la foi du chrétien, qui est la fois s’attacher à Jésus et le prendre comme compagnon de route et le suivre.

Pourtant Jésus n’a rien retiré de la force des paroles de son enseignement sur le Pain de vie. Chaque lecteur, appelé à être disciple, peut ainsi mesurer les exigences de la foi et la place centrale de l’eucharistie dans le temps de l’Église. 

Parmi les disciples qui suivaient Jésus, les Douze avaient une place centrale. Ils avaient fait l’objet d’un choix spécial de la part du Maître. C’est pourquoi, dans la situation de crise où ils sont, comme les autres, tentés de s’en aller, Jésus demande à ses plus proches de faire leur choix. Suivre Jésus et continuer à lui faire confiance, c’est un acte de liberté. 

La question de Jésus aux Douze est dramatique, décisive. Leur réponse sera déterminante pour la suite de leur existence.

Simon-Pierre, porte parole des Douze, proclame son attachement à Jésus en disant « nous » : « Seigneur, à qui irions-nous ? » Avec ses compagnons, il reste parce que Jésus a « les paroles de la vie éternelle.». Par lui, les Douze disent solennellement leur foi, en donnant à Jésus un titre étonnant : « le Saint de Dieu », c’est à dire celui qui possède en propre la sainteté même de Dieu.

Nous croyons et nous savons :

–  connaître et savoir pour croire ;

–  croire pour continuer à chercher et à connaître mieux et savoir plus : telle est notre condition de disciples. Il est important de se former pour grandir dans notre foi. Mais nous abordons la Parole de Dieu et l’enseignement de l’Église en tant que croyants.

 

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Seigneur Jésus, à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. Quand notre foi défaille, quand le doute nous atteint et nous trouble, fais-nous la grâce de nous appuyer sur la foi des Apôtres, sur la foi de l’Église. Nous croyons et nous savons que tu es le Saint de Dieu, tu es Dieu, et que tu ne peux pas nous décevoir.

 

 TA PAROLE DANS NOTRE VIE

La Parole aujourd’hui dans notre vie

Aller et marcher avec Jésus :

Est-ce bien ainsi que nous comprenons notre foi de chrétiens ?

Est-ce que notre foi en l’Eucharistie est nette ou bien éprouvons-nous le besoin de donner à Jésus la réponse de Pierre ?

Peut-être que chacun de nous, à un moment ou à un autre de sa vie a entendu la question de Jésus : « Veux-tu partir, toi aussi ? » Telle crise de l’Église, les difficultés de l’existence, nos épreuves si lourdes parfois nous ont mis en tentation de tout lâcher. « Veux-tu partir ou veux-tu continuer à me suivre, à croire en moi ? »

Beaucoup de chrétiens ont cessé de fréquenter l’Église, les sacrements. Pour quelles raisons selon-nous ?

–    Ont-ils cessé de suivre le Christ ? Ont-ils abandonné à la suite d’une trop grande épreuve, d’un échec ?

–    Ou bien plutôt parce qu’ils ne savaient pas vraiment qui était Jésus ?

–    Ou bien encore parce qu’ils n’ont jamais été amenés à faire un choix personnel et libre ?

–    Qu’en pensons-nous ?

 

Ensemble prions

Seigneur, tu es notre Père et notre Dieu, et nous sommes ton peuple. Nous te demandons d’ouvrir nos cœurs aux paroles de Jésus ton Fils : elles sont pour nous Esprit et vie. Donne-nous de mettre nos pas dans les siens, car ils nous ouvrent les chemins de la vie éternelle, dès aujourd’hui et pour toujours. Amen

 

Chant : Tu es notre Dieu et nous sommes ton peuple

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Assomption de la Vierge Marie par P. Claude TASSIN (Spiritain)

  Messe du jour (samedi 15 août 2015)

 

Apocalypse 11, 19a ; 12, 1-6a.10ab (” Une femme, ayant le soleil pour manteau et la lune sous ses pieds. “)

Les apocalypses anciennes nous déroutent. Il faut en décoder le langage. Dans ce texte truffé d’allusions bibliques et culturelles juives anciennes, relevons cinq points.

  1. Le ciel s’ouvre, le Temple paraît. L’Arche d’Alliance, autrefois cachée par le voile dans le sanctuaire de Jérusalem et maintenant cachée dans les cieux, se rend visible. Traduisons : Dieu va révéler son projet.

  2. Voici la Femme. Vêtue de signes cosmiques (soleil, lune, étoiles), elle est la vie nouvelle, accouchant d’un monde nouveau (comparer Romains 8, 22).

  3. Voici le Dragon qui veut empêcher la naissance. L’Apocalypse l’identifie au serpent de la Genèse, qui tenta Ève. Il est « le Dragon, l’antique Serpent, le Diable, Satan » (Apocalypse 20, 2). Mais ce monstre aux sept têtes (les sept collines de Rome ?) et dix cornes (les rois vassaux de Rome, cf. Daniel 7, 7 ?) représente aussi l’Empire romain d’alors, persécuteur des Églises, et par lui, toutes les forces hostiles à l’Évangile au long de l’histoire.

  4. La Femme est à la fois l’Israël dont Jésus est né, et l’Église qui donne au monde son Sauveur. L’Enfant est bien le Messie, puisque son « sceptre de fer » évoque le Psaume 2, 9, une prophétie messianique. Il est enlevé auprès de Dieu (par son Ascension), tandis que l’Église Mère éprouve, au long de son histoire, le désert aride de l’Exode et des persécutions.

  5. Heureuse fin, car *le Ciel chante qu’en notre faveur, et selon un plan infaillible, « le pouvoir de son Christ » est assuré.

   Dans l’esprit de l’auteur, la Femme de l’Apocalypse échappant au Dragon n’est pas Notre Dame, mais le peuple des chrétiens. Mais, dans la destinée de Marie, se révèle l’avenir de notre Église qu’elle représente.

* Le Ciel chante. Les trois vers concluant la lecture ont l’allure d’un cantique liturgique, un cantique peut-être en usage dans les Églises d’Asie Mineure auxquelles s’adresse l’auteur. Effectivement, l’Apocalypse met souvent, dans la bouche des anges et autres personnages du ciel, des cantiques du répertoire de son Église. De ces cantiques, nos vêpres puisent de larges extraits. Ce procédé de l’Apocalypse souligne l’unité profonde entre la communauté chrétienne terrestre et ceux qui ont déjà passé la mort. « Dans le ciel où elle est déjà glorifiée corps et âme, la Mère de Jésus représente et inaugure l’Église en son achèvement dans le siècle futur » (Vatican II).

 

1 Corinthiens 15, 20-27a (En premier, le Christ ; ensuite, ceux qui lui appartiennent. ») 

Les Corinthiens auxquels s’adresse saint Paul admettaient mal l’idée d’une résurrection. Car les Grecs espéraient que l’âme sortirait de la prison du corps et s’envolerait vers le monde des Idées. Or l’Apôtre a affirmé que, s’il n’y a pas de résurrection, la foi chrétienne n’a plus de contenu (1 Corinthiens 15, 12-19). Dieu nous sauve entièrement, y compris notre corps appelé à une transfiguration, hors des pesanteurs biologiques (voir 1 Corinthiens 15, 50-51). Paul explique à présent, à partir de la figure d’Adam, en quoi la résurrection du Christ nous concerne. Selon le symbole de la chute originelle (Genèse 3), la première humanité s’est débranchée du courant de vie qui lui venait de Dieu ; elle a déclenché une histoire de mort dont nous héritons.

   Au contraire, par sa résurrection, le Christ ouvre une nouvelle histoire : Dieu lui a fait franchir l’impasse de la mort « en premier » et nous la fera franchir au temps voulu. Aujourd’hui, le Christ n’est pas inactif : Dieu lui ayant remis un pouvoir royal sur l’univers, il est en train de « détruire toutes les puissances du mal ». Il détruira la mort, et nous participerons pleinement à sa vie. Alors s’accomplira la promesse du psaume chanté tous les dimanches, aux vêpres et évoqué ici : « Je ferai de tes ennemis le marchepied de ton trône » (Psaume 109 [110], 1).

   Quand nous célébrons l’assomption corporelle de Marie, une expression pieusement naïve et énigmatique pour le commun des croyants, nous ne faisons que chanter en la personne de Notre Dame la « parfaite image de l’Église à venir » (préface de l’Assomption) des Vivants et la restauration de toute l’humanité née d’Adam.

 

Luc 1, 39-56 (“Le Puissant fit pour moi des merveilles : il élève les humbles. “)

Dans l’épisode de la Visitation, Marie représente la jeune Église habitée par le Christ. Elle se porte vers le vieil Israël, Élisabeth habitée en son sein par le dernier des prophètes, Jean Baptiste (cf. Luc 16, 16).

La confirmation d’une vocation

Marie voit son Annonciation, sa vocation (car, après tout, que signifie une intervention angélique ?) confirmée bien humainement par Élisabeth ; en d’autres termes, dans la pensée de l’évangéliste, l’Église voit sa mission confirmée par Israël, son aînée. La fête de l’Assomption met en relief le Cantique de Marie, le Magnificat, l’Assomption accomplissant ce verset : « Le Puissant fit pour moi des merveilles ». En fait, ce chant, mis sur les lèvres de Marie, vient sans doute du répertoire liturgique des premières communautés chrétiennes d’origine juive. Il s’inspire surtout du Cantique d’Anne (1 Samuel 2).

L’ouverture de la louange : Mon âme exalte le Seigneur

Dans la venue du Christ, Dieu se révèle comme Sauveur de son peuple. Appliquée à Marie, cette entrée en matière est un modèle de la prière. Ce n’est pas un « merci » égocentrique replié sur les événements qui nous arrivent. La louange vraiment chrétienne prend distance par rapport aux choses pour lire en elles la preuve que Dieu est celui qui accomplit ce qu’il dit, qui est fidèle à lui-même au long de l’histoire.

Les motifs de la louange

1) « Il s’est penché sur son humble servante. » Ce verset peut être ajouté par Luc au cantique primitif pour l’appliquer à Marie et rappeler son Annonciation. « Tous les âges me diront bienheureuse. » L’expression s’inspire du cri de joie de Léa, mère du patriarche Asher : « Pour mon bonheur ! car les femmes me diront bienheureuse » (Genèse 30, 13).

   Marie ne s’attribue aucun mérite. D’autres jeunes juives étaient sans doute aussi exemplaires qu’elle. Elle s’émerveille donc de ce que, gratuitement, Dieu a fait d’elle « l’humble servante » de son plus beau projet de salut.

2) « Le Puissant fit pour moi des merveilles » L’Église naissante, par la voix de Marie, reprend ici la parole, en mère par qui le Christ est enfanté pour ce monde. Avec cet enfantement, Dieu se révèle : Il est Puissant. Il est « saint », étranger à nos mesquineries. Il est plein « d’amour » pour ceux qui le craignent, c’est-à-dire ceux qui, avec un respect infini, ne comptent que sur sa puissance et sa sainteté.

   Mais le Puissant, le Saint, se manifeste en agissant : il « renverse » les situations au profit des humbles, des affamés. Toute la virulence du projet d’un Dieu qui a pris parti pour les pauvres, tout l’esprit des béatitudes (cf. Luc 6, 20-26) et le programme même de la mission de Jésus (voir Luc 4, 17-20), tout cela se trouve ici résumé, mis dans la bouche de Marie, dans la bouche de l’Église qui épouse les choix de son Christ en faveur des humbles et des affamés. Nous ne pouvons oublier, dans ce *cantique révolutionnaire, la force du choix divin de l’Église des humbles en Marie.

Conclusion : Il relève Israël

La puissance, la sainteté et l’amour divins tiennent en ceci : Dieu « se souvient » des promesses qui parsemaient l’Ancien Testament. Celles-ci se réalisent dans l’Église, d’abord par ceux de « la race d’Abraham » qui ont reconnu en Jésus le Messie, et par Notre Dame, fille d’Abraham, humble servante « élevée » dans les cieux.

* Un cantique révolutionnaire. « Il n’est guère étonnant que, dans la période récente, le Magnificat, en raison de son aspect subversif, ait pu prendre une si grande importance dans certains mouvements de pensée, comme celui de la théologie de la libération, qui l’a même considéré comme un véritable manifeste chrétien, propre à fortifier la foi et à soutenir l’espérance des peuples écrasés par l’exploitation économique et la dictature. En Argentine, sous la dictature militaire mise en place par le général Videla (1976-1983), le cantique de Marie était d’ailleurs amputé, par ordre du pouvoir en place, de ses versets les plus politiques, annonçant la ruine des puissants et des riches. Cette censure a même été maintenue lors de la visite de Jean-Paul II en 1982. Charles Maurras, maître à penser du mouvement d’extrême droite “l’Action française”, écrivait déjà, en 1894, qu’il était reconnaissant à l’Église d’avoir “mis aux versets du Magnificat une musique qui en atténue le venin”, c’est-à-dire l’accent trop révolutionnaire » (Stéphane Beaubœuf).