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« Pendant mon coma, j’ai vu un homme entouré d’une lumière apaisante. »

Alors qu’il était dans le coma, après avoir été grièvement blessé par arme blanche, Emmanuel, un Dionysien de 46 ans, affirme avoir traversé un long tunnel et rencontré un vieil homme baignant dans une lumière apaisante. On lui a refusé l’accès à l’au-delà, mais au vu de ses blessures, son retour parmi les vivants est considéré comme « miraculeux », même au sein du milieu médical.

Emmanuel, 46 ans, se souviendra toute sa vie de cette fameuse journée d’octobre de l’année 2002. A l’époque, il était un jeune homme insouciant, qui se passionnait pour l’humour et le théâtre, ainsi que pour les séries télévisées américaines. En se réveillant ce matin-là, il ne se doutait pas que sa vie allait basculer dans l’horreur… En voulant s’interposer entre deux personnes qui se bagarraient, il a reçu de multiples coups de couteau dans toute la partie haute du corps : deux ont touché le cœur, deux autres un poumon, un le pancréas, un autre le foie… Tous les organes vitaux sont atteints !

« Je n’ai pas réalisé toute de suite que j’avais été blessé à l’arme blanche, confie-t-il. Pendant la bagarre, avec l’adrénaline, j’avais senti comme des coups de poing, pas la lame qui me transperçait… Ce n’est lorsque j’ai vu le sang couler que j’ai compris que j’avais été touché beaucoup plus sérieusement que je ne le pensais ».

Emmanuel n’a pas sombré dans l’inconscience dans l’immédiat. Aidé par les témoins de la scène, il s’est assis sur le sol et a attendu les secours dans cette position.

« J’étais toujours assis quand le Samu est arrivé, poursuit-il. Je n’aurai peut-être pas dû garder cette position car j’avais perdu tellement de sang, que mon corps était devenu rigide et il était impossible de m’allonger sur un brancard pour me déplacer. Dès qu’on me touchait, je hurlais de douleur. Les pompiers qui étaient également présents, ont donc eu l’idée de m’installer sur une chaise pour pouvoir me faire entrer dans le véhicule et c’est ainsi que j’ai été transporté jusqu’aux urgences de Bellepierre. Chaque trou, chaque dos d’âne sur la route étaient un supplice pour moi… »

A l’intérieur du véhicule, on le stimulait pour le garder éveillé, mais une fois aux portes de l’établissement de santé, il a fini par se laisser engloutir par l’obscurité. Transporté en urgence au bloc opératoire, il a subi plusieurs opérations chirurgicales qui ont duré 13 heures. Dans le compte-rendu de l’hôpital que nous a confié Emmanuel, il est d’ailleurs précisé qu’au moment de l’opérer, il avait déjà perdu 3 litres de sang !

AU BOUT DU TUNNEL, LA LUMIERE

Le jeune est ensuite resté dix jours dans le coma. Pendant que les médecins s’évertuaient à le maintenir en vie, lui se souvient d’avoir marché très longtemps dans un tunnel…  « Je ne peux pas dire précisément combien de temps, j’ai marché, si c’était pendant des heures ou des jours… Je sais simplement que ça a duré longtemps, dit-il. Au bout d’un moment, j’ai fini par apercevoir une lumière et là j’ai compris que j’étais arrivé à destination ».

Emmanuel raconte être arrivé dans une salle plongée dans la lumière. A l’intérieur, se tenait un homme qui semblait l’attendre. Il le décrit comme grand, vêtu d’une longue robe blanche et portant de longs cheveux blancs et une longue barbe blanche. Derrière lui, se dressait une immense porte dont les battants en bois étaient entrouverts.

« J’étais incapable de voir ce qu’il y avait au-delà des deux battants, mais la lumière jaillissait de cette porte entrouverte et inondait toute la pièce, assure Emmanuel. Je me sentais tellement bien, apaisé, réconforté… comme si tous mes problèmes avaient cessé d’exister d’un seul coup. »

A côté de l’homme en blanc, il se souvient qu’il y avait une table sur laquelle était posé un livre imposant, « semblable aux gros livres de contes pour enfants, comme on peut voir dans les films », décrit-il. Sans un mot, l’homme qui lui faisait face lui a tendu un stylo et lui a montré le livre des yeux.

« Je savais instinctivement que je devais écrire dedans, dit-il. J’ai pris le stylo et j’ai ouvert le livre, qui n’était rempli que de pages blanches. J’ai voulu écrire quelque chose… Ne me demandez pas quoi, je n’en ai plus la moindre idée ! Mon prénom peut-être… Toujours est-il que je n’ai pas pu inscrire quoi que ce soit : le stylo ne fonctionnait pas ! Je l’ai rendu au vieil homme, qui s’est aussitôt évaporé sous mes yeux. En même temps, les battants derrière lui se sont refermés. Une immense tristesse s’est abattue sur moi, car j’avais vraiment envie de passer cette porte. Une image s’est alors imposée à moi : celle de ma mère et de ma sœur, toujours vivantes, assises côte à côte sur un banc. C’est à ce moment-là que je me suis réveillé et que je suis sorti du coma. »

L’HOMME EN BLANC : SAINT-PIERRE ?

Plus tard, sa sœur lui apprendra que, pendant qu’il était dans le coma, elle venait avec leur mère lui rendre visite à l’hôpital. Toutes deux avaient l’habitude de s’asseoir un moment sur le banc de la cour devant l’entrée principale, en attendant l’autorisation d’accéder à la chambre. Depuis, il en est convaincu : c’est pour qu’il reste aux côtés de ces deux femmes très dépendantes de lui, qu’il n’a pas été autorisé à gagner l’au-delà. C’est lui en effet, qui s’occupe de leurs courses, qui gère toutes leurs démarches administratives… « Si on m’avait laissé le choix, je ne serais pas revenu, avoue-t-il. Ce monde est redoutable et je me sentais si bien, si heureux là où j’étais… »

Après son réveil, Emmanuel est resté un mois supplémentaire à l’hôpital. Pour le personnel soignant qui s’est occupé de lui, son cas relevait tout simplement d’un miracle. « Même les médecins qui m’avaient opéré n’en revenaient pas de me voir si bien portant, dit-il. Ils me disaient qu’avec toutes les blessures que j’avais reçues, il était extrêmement improbable que j’en ressorte vivant. »

A sa sortie, le jeune homme a quand même été contraint de suivre des séances de rééducation chez le kinésithérapeute, notamment pour récupérer en capacités pulmonaires. Le professionnel exerçant à côté d’une église, il s’est un jour décidé à passer les portes de la bâtisse pour discuter de ce qu’il avait vécu pendant qu’il était dans le coma avec un prêtre. « Je n’arrêtais pas de penser à ce vieil homme en blanc et je me demandais ce que ça pouvait signifier, explique-t-il. Comme beaucoup de Réunionnais, je suis né dans une famille catholique, j’ai été baptisé… mais je n’ai jamais été un fervent pratiquant. A l’adolescence, j’en avais même tellement marre de ces histoires avec Jésus, que je ne suis pas allé au bout du catéchisme. J’ai donc rencontré ce curé en n’ayant aucune référence religieuse. Au début j’avais peur de m’ouvrir à lui, car je me disais qu’il allait me prendre pour un fou. Finalement, après m’avoir écouté attentivement, il m’a avoué que j’étais la deuxième personne au cours de toutes ses années de sacerdoce, à lui rapporter une telle histoire. Il m’a aussi indiqué que dans la religion catholique, cet homme en blanc qui fait passer les défunts par les portes du paradis est traditionnellement regardé comme étant Saint Pierre.

On peut aussi penser au récit de l’apparition à St Jean du Christ Ressuscité, les deux interprétations ne pouvant qu’être complémentaires. Le Christ, en effet, est l’Unique « Sauveur du monde » (Jn 4,42), l’Unique Médiateur entre Dieu et les hommes : « Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6).

Lisons quelques extraits de ce récit ouvrant le Livre de « l’Apocalypse de Jésus Christ, Ἀποκάλυψις Ἰησοῦ Χριστοῦ, apokalupsis Iêsous Khristou », ce qui, dans la langue du Nouveau Testament, le grec, signifie : « Révélation de Jésus Christ » (Ap 1,1)…

               « Moi, Jean, votre frère, partageant avec vous la détresse, la royauté et la persévérance en Jésus, je me trouvai dans l’île de Patmos à cause de la parole de Dieu et du témoignage de Jésus. Je fus saisi en esprit, le jour du Seigneur, et j’entendis derrière moi une voix forte, pareille au son d’une trompette. Elle disait : « Ce que tu vois, écris-le dans un livre et envoie-le aux sept Églises : à Éphèse, Smyrne, Pergame, Thyatire, Sardes, Philadelphie et Laodicée. »

               Je me retournai pour regarder quelle était cette voix qui me parlait. M’étant retourné, j’ai vu sept chandeliers d’or, et au milieu des chandeliers un être qui semblait un Fils d’homme, revêtu d’une longue tunique, une ceinture d’or à hauteur de poitrine ; sa tête et ses cheveux étaient blancs comme la laine blanche, comme la neige, et ses yeux comme une flamme ardente ; ses pieds semblaient d’un bronze précieux affiné au creuset, et sa voix était comme la voix des grandes eaux ; il avait dans la main droite sept étoiles ; de sa bouche sortait un glaive acéré à deux tranchants. Son visage brillait comme brille le soleil dans sa puissance.

               Quand je le vis, je tombai à ses pieds comme mort, mais il posa sur moi sa main droite, en disant : « Ne crains pas. Moi, je suis le Premier et le Dernier, le Vivant : j’étais mort, et me voilà vivant pour les siècles des siècles ; je détiens les clés de la mort et du séjour des morts. Écris donc ce que tu as vu, ce qui est, ce qui va ensuite advenir. Quant au mystère des sept étoiles que tu as vues sur ma main droite, et celui des sept chandeliers d’or : les sept étoiles sont les anges des sept Églises, et les sept chandeliers sont les sept Églises » (Ap 1,9-20).

UNE VIE APRES LA MORT

               Lui qui n’avait jamais été vraiment porté sur la religion s’est satisfait de ces explications. Et a retrouvé foi en l’église. « Jusque-là, je ne m’étais jamais posé de questions sur une possible vie après la mort, dit-il. Je menais ma petite existence comme tous les jeunes de mon âge, sans me soucier de ce genre de préoccupations. Cette E. M. I. (expérience de mort imminente, NDLR) m’a ouvert les yeux sur le monde et ma vie. J’ai conscience que, pour certaines personnes, ce que j’ai vécu ne peut-être réel. Elles diront que j’ai rêvé, trouveront une explication rationnelle… Mais moi, je sais que la vie ne s’arrête pas l’arrêt du cœur et qu’il y autre chose après la mort. Je ne vais rien faire pour la précipiter, mais maintenant je l’attends avec sérénité. Et cette fois, j’espère que je passerai cette porte ! »

               Depuis cette expérience, Emmanuel s’évertue à faire le bien autour de lui, à ne plus commettre de mauvaises actions envers autrui…  « J’ai ma théorie sur ce tunnel que nous devons traverser avant d’arriver à la lumière, explique-t-il. Je pense que plus on a de choses à se faire pardonner, plus on erre dans l’obscurité. Donc, depuis, je fais tout pour être quelqu’un de bien qui fait de bonnes actions. » 

Article paru dans le Journal de l’ïle du Dimanche 29 novembre 2020.




« J’ai vu le Ciel »… Témoignage de Christine après son double AVC…

Jésus dit à ses disciples, (Ac 1,7-8) : «  Il ne vous appartient pas de connaître les temps et moments que le Père a fixés de sa seule autorité. Mais vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins Jusqu’aux extrémités de la terre. »

Sans entrer dans les détails de ce qui s’est passé ce jour-là, Christine a accepté de témoigner de la miséricorde de Dieu pour elle et pour chacun de nous.

 

Voici son histoire.

Début décembre 2020, j’ai perdu un fils de 25 ans qui s’est suicidé…

Le 1er Janvier 2021, je fais un double AVC… C’était la troisième fois et j’ai failli y passer. Mais le plus étonnant, c’est ce qui s’est passé et ce que j’ai vécue pendant ce temps de souffrance.

En effet, mon fils était le dernier de mes enfants qui était encore à la maison.

Depuis qu’il est parti, son père était souvent dans sa chambre. Ce jour-là, il était assis sur son lit, quand tout à coup, il se cassa sec en plein milieu. Sortant de la chambre pour me prévenir, il me trouve allongée sur le sol. Il appelle le Samu qui arrive en cinq minutes. Mon état était critique puisque j’entendais les médecins dire que c’était fini… Je ne pouvais plus bouger, mais c’est par le clignement de mes yeux qu’ils ont compris que je n’étais pas morte…

Le lendemain, ma sœur et mon beau-frère sont allés à l’hôpital et le médecin leur a dit que mon état était très, très critique. Mon pronostic vital était engagé… Il fallait attendre au moins une semaine pour avoir une réponse et si jamais je m’en sortais, ce qui n’était pas sûr, j’avais toutes les chances d’être, comme on dit, « un légume »…

J’avais deux points de saignement dans la tête, mes poumons étaient infectés parce que j’avais vomi pendant le transport et tout son contenu acide était descendu dans mes poumons… En plus, toute une partie de mon cœur ne fonctionnait plus ; bref, j’ai été plongée dans le coma puisque je ne pouvais plus respirer seule. J’étais donc en réanimation, respirant artificiellement.

Ma famille a prié pour moi et fait dire des messes un peu partout. Leur but était que la volonté de Dieu se fasse, qu’il m’arrive ce que Dieu pense être le mieux pour moi.

Et puis, tout à coup, j’ai senti comme quelque chose qui appuyait sur ma joue, comme si quelqu’un m’embrassait très très fort…

J’ai ouvert les yeux et là j’ai vu mon fils décédé qui quittait ma chambre. Il était beau, bien habillé. J’ai essayé de lui parler, mais il ne s’est pas retourné. Il partait en silence.

J’ai aussi vu le Ciel, « Jésus » qui était d’une beauté et d’une blancheur éclatante ; à côté de lui, la « Vierge Marie », très belle jeune femme, resplendissante, toute simple, avec ses cheveux retombant sur ses épaules… Il n’y a pas de mots pour expliquer, tellement c’était beau…

J’ai voulu parler à mon fils, mais j’étais intubée et j’avais les deux mains attachées. Alors, je m’y suis repris à deux fois, mais j’ai réussi à déchirer  le lien qui entourait mes poignets et j’ai arraché tous les tubes qui étaient dans ma gorge… L’alarme a sonné, l’infirmière est arrivée, puis le médecin, et ils m’ont remis de l’oxygène sous le nez car j’avais du mal à respirer.

Qu’elle n’est pas ensuite la surprise du médecin en arrivant le matin, de me trouver assise sur mon lit, leur disant que j’ai faim, alors que je ne pouvais pas manger. On me donna un yaourt que je réussis à avaler tant bien que mal…

Les médecins m’on fait faire tous les examens possibles et le résultat est que mes poumons sont guéris, mon cœur fonctionne de nouveau normalement, un peu faible c’est vrai, et surtout, il n’y a plus de traces des deux saignements que j’ai eu dans ma tête… Et maintenant, je n’ai aucune séquelle. Je vis seule chez moi, j’ai recommencé à faire mon ménage et de la marche. Merci Seigneur.

Je sais que c’est Dieu qui m’a guérie et c’est la raison pour laquelle je témoigne aujourd’hui. Et, je sais aussi que mon fils est heureux là où il est, puisqu’il est avec Dieu. S’il n’a pas pu trouvé le bonheur sur cette terre, et lui seul en connaît la raison, maintenant, il est heureux, dans la lumière de l’Amour. Et, cette certitude, m’a fait retrouver la paix intérieure. La vie continue… avec la Grâce de Dieu.

 




COMMEMORATION DE TOUS LES FIDÈLES DÉFUNTS

                 Où vont nos morts ?

             Paradoxalement, on n’a jamais vu autant la mort que ces temps derniers : au travers des informations télévisées, où rien ne nous est caché, souvent avec une totale impudeur. Avec la surabondance des films violents, sans parler des jeux vidéo, où l’on est autorisé à tuer son adversaire. La mort virtuelle est omniprésente dans chaque foyer. Et l’on peut jouer avec elle, cela semble tout naturel à nos jeunes.

            Cette banalisation de la mort ne la rend pas pour autant moins effrayante pour l’homme. D’autant que cette banalisation est de plus en plus dangereuse, incitant les jeunes à des conduites outrancièrement risquées, tel le tristement jeu du foulard, qui a déjà fait de nombreuses victimes.

            On va jusqu’à la frôler cette mort, on flirte avec elle, et, trop souvent, ce côtoiement, cette intimité de plus en plus poussés, conduisent à la catastrophe sans retour.

            De même que l’on meurt de plus en plus violemment, que ce soit d’accident, de guerre, de catastrophe naturelle, d’agression par autrui ou soi-même, la maladie est aussi une agression violente.

            Alors, on la cache et surtout, on se la dissimule à soi-même.

            Nous nous posons la question de savoir si les croyants meurent « mieux » que les autres. L’expérience nous apprendra que non.

            Comme dans la population courante, il y a des personnes qui meurent sereinement, d’autres difficilement. Entre ces deux extrêmes, toute une gamme infinie de nuances, suivant la personnalité du sujet, la façon dont il a vécu, sa culture, ses lectures, ses croyances.

            Tout d’abord, à quoi correspond l’expression « bien mourir » ?

            Pour la plupart des gens, cela signifie ne pas souffrir, partir le plus rapidement possible. Là encore l’idée de mort reste dans le flou. On a l’image d’un évanouissement dans le néant.

            Et si la mort représentait bien autre chose ? Réfléchissons.

           La naissance est un phénomène reconnu, nous pouvons dire, pour employer le jargon à la mode, « hypermédiatisé ».

            En effet, bébé est attendu, par la famille, bien sûr, mais aussi par la société, qui l’entoure avant même qu’il paraisse.

            Les visites médicales, la préparation de la chambre, le choix du prénom, tous ces actes posent la naissance comme un événement important, l’enfant à naître est reconnu en tant que personne dès sa conception.

            En tant qu’être neuf, on attend de lui des miracles d’amour, de tendresse, de réussite. Les parents se projettent en lui, vont souvent vivre à travers lui, par procuration, les rêves qu’ils n’ont pas pu réaliser par eux-mêmes.

            L’enfant deviendra le réceptacle, en même temps que le rédempteur, de toutes les frustrations, toutes les erreurs accumulées au cours de l’existence de ses géniteurs.

            Dans ce contexte plein d’attente, de fièvre parfois, il est bien évident qu’une naissance est un phénomène d’une extrême importance, puisqu’elle représente un début, le commencement d’une grande aventure, que l’on espère heureuse pour toute la cellule familiale.

            Qu’en est-il de la mort ?

            Celui qui part a fini sa vie, s’il est âgé, ses parents ne sont plus. S’il est jeune, sa mort signifie la fin des espoirs de ses parents. La mort d’un jeune est toujours vécue comme un échec, quel que soit l’âge de l’enfant. Les parents qui perdent un enfant se sentent coupable de ne pas avoir réussi à le protéger, à l’éduquer jusqu’à l’âge d’homme.

            La disparition d’une personne âgée représente autre chose. Quel que soit le degré d’attachement que l’on avait pour elle, son évolution terrestre est accomplie, elle a, pour employer l’expression populaire, « fait son temps ».

            Certaines familles ressentent plutôt du soulagement devant la fin des souffrances et la déchéance de la personne âgée.

            D’autres encore, se réjouissent secrètement de toucher enfin l’héritage… Comportements humains, parfois discutables, mais bien réels.

            La mort, au contraire de la naissance, n’apparaît pas, dans nos civilisations occidentales, comme un phénomène important, puisqu’on fait tout pour l’occulter. POURQUOI ?

             Tout d’abord, parce qu’elle représente une fin, contrairement à la naissance.

            Ensuite, la peur de l’inconnu semble la cause la plus évidente, ainsi que ses corollaires : peur de perdre les êtres chers, les biens terrestres, la fortune, la liste peut s’allonger à l’infini.

            La naissance est un phénomène connu, dès qu’elle survient, mais avant, où se situe l’humain ?

            « Nul ne se donne à soi-même sa vie, c’est toujours à partir de la vie que s’engendre la vie, même lorsque la vie particulière d’un embryon est procurée par une manipulation in vitro.

             La vie ne vient jamais de nulle part, que l’on naisse d’un acte d’amour, ce qui est le plus humain, ou que l’on naisse d’une éprouvette, c’est d’une vie déjà existante que la vie, notre vie, surgit.

            La vie se révèle toujours dans un vivant qui en est le support, l’expression. Puisque la vie s’engendre elle-même dans un vivant dans lequel elle s’exprime, et que pas un de ces vivants ne se donne la vie à lui-même, on peut en conclure, en remontant l’origine de la vie, qu’il y a nécessairement « la vie capable de s’engendrer elle-même, celle que le christianisme appelle Dieu ».

            C’est ainsi qu’en christianisme, la Vie auto-engendrée est le Père, et le Vivant Éternellement Engendré qui exprime la vie est le Verbe ou encore le Fils. »

                                   Michel AUPETIT.

            La mort est connue également au moment où elle a lieu, mais après, que devient cette part intangible que l’on appelle âme ? 

            Ce sont ces deux grandes questions, apparemment impossible à résoudre hors de la Foi, qui angoissent tellement la plupart des gens.

            Quand un malade sent venir le grand voyage, il n’est pas rare  qu’il se tourne vers la spiritualité. Même ceux qui ont été, au cours de leur vie, exclusivement matérialistes, commencent à s’interroger, sauf bien sûr quelques irréductibles.

            Par contre, paradoxalement, ceux qui, toute leur vie, ont pratiqué une religion, qu’elle soit chrétienne ou non, ne meurent pas plus facilement que les autres, contrairement à ce que l’on pourrait croire. Bien au contraire !

            Ce sont souvent eux qui doutent, alors que les néophytes en la matière font les découvertes essentielles, à savoir la Foi et l’Amour des autres.

            Dans l’esprit de bien des gens, religion et foi sont mêlées, alors qu’il s’agit de deux domaines, certes intriqués, mais très différents.

            LA RELIGION est le lien, le véhicule qui amène la créature au Créateur ; elle est souvent empreinte de rites, de dogmes, qui ne conviennent  qu’à très peu de gens.

           La FOI est, au contraire, libératrice, et très personnelle. Elle relève du domaine de l’Espérance, de l’Amour. Elle permet à l’humain de se rattacher aux autres, au cosmique, à l’univers, aux règnes animaux et végétaux.

            C’est grâce à la Foi que l’homme trouve un sens à sa vie. L’essentiel est d’admettre ce qui nous dépasse. Malheureusement, c’est la notion la plus difficile à partager…

            Ceux qui manifestent de l’aigreur sont rares, et leur cas est doublement dramatique.

            Atteinte d’une maladie qui ne leur laisse que très peu de temps, leur caractère difficile les empêche de se lier, de savourer des moments de sympathie, d’amitié, d’attachement affectif. D’où une souffrance aggravée.

            Quand on perd un être cher, on se pose souvent la question :

            Pourquoi lui, qui n’a jamais fait de mal à personne ?

            Cette question hante parfois durant des années les personnes en deuil.

            Malheureusement, nul ne détient la réponse, et il importe de le dire aux endeuillés.

            Pourquoi certains partent avant d’autres, alors que, comme la plupart des humains, ils ne sont « ni meilleurs ni pires » ?

            La mort nous touche tous, que l’on soit bon ou méchant, jeune ou vieux. Elle est toujours perçue comme une injustice, quel que soit l’âge du départ.

Voici le témoignage de Claudie GUIMET, aumônière en milieu hospitalier.

            Julie est une belle jeune fille Antillaise. Grande, mince, des yeux profonds, chaleureux et remplis d’amour.

            Atteinte d’une leucémie, on a tenté sur elle une greffe de moelle osseuse, qui a échoué.

Aide-soignante de son métier, elle n’ignore rien de son cas, et sait qu’elle n’en a plus pour longtemps. Elle ne souffre pas, ses cheveux commencent à repousser après une chimiothérapie très éprouvante. Le seul symptôme qu’elle éprouve, pour l’instant, est une grande fatigue, contre laquelle elle lutte avec un courage stupéfiant. Chaque jour, elle se force à de longues promenades dans les bois. Elle aime particulièrement un lac de montagne, situé en contrebas de l’hôpital, qu’on appelle « lac vert ».

Elle revient de ces expéditions exténuée, mais pas question pour elle d’y renoncer, tant est grand son émerveillement devant cette sublime nature montagnarde.

Dans cette farouche volonté, on discerne aussi un besoin de se dépasser, de se lancer un défi. Nombreux sont les malades qui, au quotidien, dans le vouloir, donnent aux bien portants ces leçons de courage phénoménal.

Julie la jolie a pris froid. Blottie dans son lit, fiévreuse, les yeux brillants dilatés, elle grelotte, malgré les médicaments et la couverture supplémentaire.

La veille, elle a voulu se rendre, comme d’habitude au lac Vert, malgré une météo instable. Les orages en montagne sont très violents, elle est revenue sous une pluie diluvienne.  Je la gronde pour son imprudence, elle me répond, avec une ironie très aristocratique qui me laisse confondue :

            « Au point où j’en suis, quelle importance ?

Je caresse son front brûlant de fièvre. Elle me sourit gentiment, comme pour me consoler. Les larmes me viennent aux yeux, et je me détourne pour faire semblant de me moucher.

Cette enfant des îles, merveilleuse d’humanité, de tendresse, va bientôt nous quitter. On ne s’habitue pas à tant d’injustice…

Julie me demande de lui faire écouter un peu de musique, et ne peut s’empêcher de remuer doucement, au creux de ses draps, au rythme du zouk. Sa situation pour le moins dramatique ne l’empêche pas de manifester la joie intérieure que rien ni personne ne pourront lui enlever. Elle rayonne d’une flamme intense, faite d’amour pour la vie, de compassion pour ses congénères malades, de Foi en Dieu et dans les hommes.

C’est moi qu’elle réconforte !

Peu à peu, la chambre se remplit. Le téléphone arabe a fonctionné, chacun est averti du malaise de Julie. Tout ceux qui l’aiment viennent la voir, et ils sont nombreux.

Elle a tellement donné d’elle-même, réconfortant les plus tristes, riants avec les plus gais, préparant des friandises pour ceux qui n’avaient plus d’appétit. Longtemps sa voix a résonné dans les couloirs, voix douces chantant les merveilles de son pays de soleil. Ils sont tous là, jeunes et vieux, unis dans leur amour pour cette jeune femme rayonnante.

Elle passe une très mauvaise nuit malgré les somnifères et, le lendemain, m’annonce que sa mère va venir de Saint-Pierre de la Martinique.

            « Pour des vacances bien mérités », me précise-t-elle, souriante. Je sais bien qu’elle n’est pas dupe. Le médecin a prévenu la famille que la jeune fille vivait ses derniers jours.

            La maman arrive le surlendemain, grise d’angoisse sous la peau sombre.

            Après un grand moment passé près de sa fille, elle me dit qu’elle est un peu rassurée : Julie lui semble moins malade qu’elle ne l’aurait cru. C’est qu’elle s’entend à donner le change, notre Julie !

Qui la croirait malade, la voyant toujours gaie, souriant, plaisantant, chantant et s’activant tout la journée en salle commune ?

Pour accueillir sa mère, elle s’est levée, est même parvenue à la conduire dans la pièce de réunion, où elle l’a présentée à tous ses amis.

Chacun lui ayant chanté les louanges de sa précieuse fille, elle est ravie, et affiche une fierté non usurpée. Pendant la sieste de Julie, elle me rejoint dans la pièce réservée aux visiteurs et, devant un bon café, me confie.

« Julie, petite fille indépendante dès ses premières années, avait toujours rêvé de vivre en métropole. C’était sa grande ambition. Elle aurait voulue être médecin, mais… la case familiale se remplissait chaque année d’un nouveau-né, la jeune fille n’avait pu faire que de modestes études d’aide-soignante, et encore en les payant soi-même. Ne trouvant pas de travail sur son île, elle est venue en métropole, mais avec l’arrière-pensée, toujours, de mener à bien des études d’infirmière, de regagner un jour sa terre natale pour s’y rendre utile auprès des souffrants. »

Je découvre une Julie tenace, volontaire, allant jusqu’au bout de ses projets. Ce caractère entier lui a sans doute permis ce dépassement de soi lors de sa maladie.

Nous retournons près d’elle. Elle règle elle-même sa pompe à morphine, et ne souffre pas. Ses yeux rieurs nous accrochent, comme pour nous dire de ne pas nous inquiéter, que ce qu’elle traverse n’est pas grave. Son regard ferme, volontaire, nous supplie de ne pas nous apitoyer. De concert, la maman et moi trouvons quelques plaisanteries à échanger, le cœur serré, en espérant qu’elle ne remarquera pas nos yeux embués… Je les laisse.

La maman, le soir, me dit que Julie est prête à partir, elle a promis de « veiller, de là-haut, sur sa famille, particulièrement ses petits frères qu’elle chérit plus que tout. »

Je raconte le courage extraordinaire de la jeune fille, ses promenades, sa disponibilité à aider les plus malades qu’elle.

Quand nous retournons dans la chambre, Julie s’est endormie, un léger sourire aux lèvres, comme si elle se promenait déjà dans la contrée accueillante qu’elle va bientôt rejoindre, du moins nous l’espérons.

Le lendemain matin, quand j’arrive dans le service,  j’entends des lamentations, des pleurs lancinants. Comprenant tout de suite que Julie est partie, je vais dans sa chambre. La maman se balance d’avant en arrière sur sa chaise, et se lamente. Le personnel, complice dans son chagrin, la laisse s’épancher.

La jeune fille, étendue sur son lit, est extraordinaire de beauté et de sérénité.

D’après sa maman, au moment de partir, elle a eu un regard et un sourire lumineux et a murmuré :

            –  « Maintenant, je me sens bien »…

Paroles qui en disent long sur les souffrances que, durant de longues semaines, elle s’est ingéniée à nous cacher, avec un courage qui confine à l’héroïsme !

Quand la pauvre mère en deuil est plus calme, nous parlons longuement de ce fameux passage dans une dimension dont nous ignorons tout.

            Elle est persuadée qu’elle reverra sa fille, et que celle-ci se trouve à présent heureuse dans une contrée où la maladie et le malheur n’existent plus. Cette pensée va la soutenir durant de mois, facilitant son travail de deuil.

           La Foi aide puissamment lors d’un deuil.

            Tout d’abord, l’Espérance, voire la certitude, de retrouver l’être cher adoucissent le chagrin, atroce les premiers jours. Une fois passée la période de stupeur, de déni, la personne va essayer de chercher consolation là où elle peut. La famille, les amis, l’entourage d’une façon générale peuvent réconforter, bien sûr. Mais rien  ne remplace  la Foi, cette Confiance en un Dieu d’Amour qui accueille chacun en son sein, une fois la période d’épreuves sur terre achevée.

                                               « Dernières joies avant la mort ». Edition du Cerf.

                                                                       Noéline FOURNIER

 

 




Jean Marie, Juif Orthodoxe, rencontre le Christ…

            Sr P. m’invite à passer la Pentecôte au monastère avec toute la famille (Jean-Marie est veuf et c’est lui qui s’occupe de ses six enfants) … Vous imaginez, une famille juive pratiquante avec six enfants qui passe trois jours dans un monastère contemplatif, en plein Paris ! Qui suit toute la liturgie catholique et qui mange casher ! Pour les Sœurs aussi ce n’était pas rien !… Mais cette fois-ci, je décline l’invitation car les garçons risquent de tourner en rond. Sœur P. me propose alors d’aller chez d’autres Sœurs de Bethléem qui sont installées à Nemours : elles ont un jardin et les garçons pourront jouer dehors…

Le coup de grâce

En arrivant au monastère le jeudi soir, soyons franc, je ne suis pas tourmenté par mon questionnement spirituel : je suis épuisé ! J’ai préparé les bagages des six enfants pour quatre jours, puis nous sommes partis tous les sept de chez nous jusqu’à la Gare de Lyon pour prendre le train jusqu’à Nemours. Là-bas, une Sœur nous attendait en camionnette pour nous conduire au monastère. Bref, mon conflit intérieur a été enseveli sous des préoccupations très prosaïques et la fatigue physique ! Je ne pense à rien ! Nous nous installons pour la nuit. Nous sommes logés dans deux petits ermitages séparés par un oratoire.

Le vendredi matin, je me réveille tôt. Il fait jour. Comme les enfants dorment encore, je me rends à l’oratoire. En entrant dans la chapelle, j’aperçois, au fond, une croix byzantine. A droite de cette croix, il y a une grande icône de Marie et à gauche, un tableau de la Sainte Face du Saint-Suaire, à côté d’une fenêtre qui donne sur le ciel. Je m’approche et je m’assois. Très vite, mon regard est attiré par la peinture de la Sainte Face. Soudain, je me mets à ressentir les mêmes frissons que ceux qui m’ont envahi autrefois sur la plage et dans ma chambre ! Je pressens dans ma chair qu’il va se passer quelque chose. Et tout à coup, je vois les yeux de la Sainte Face s’ouvrir ! Je plonge alors dans une béatitude absolument indicible ! Puis, après un certain temps qui m’a semblé assez long, les yeux de la Sainte Face se referment et les choses reviennent à la normale. Je reprends lentement mes esprits et je regarde le ciel. Brusquement, je réalise ce qui vient de se passer et je prends peur ! Je me dis que je suis en train de perdre complètement la tête ! Je m’inquiète terriblement pour mes enfants ! Eux qui ont déjà perdu leur mère, il ne manquerait plus que leur père soit envoyé dans un hôpital psychiatrique ! Je me demande ce qui m’arrive, tout est flou dans ma tête. Je mets très longtemps à redescendre sur terre.

Puis je retourne mes yeux vers la Sainte Face. Là, c’est décidé, je ne bougerai plus ! Même si les enfants débarquent, je ne bougerai plus jusqu’à ce que j’aie une réponse claire. J’en ai assez de ce Dieu qui joue à cache-cache ! Je n’en peux plus ! Je ne suis pas maso ! Cette fois, ça passe ou ça casse, je veux qu’on en finisse maintenant ! Alors, Ses yeux s’ouvrent de nouveau. Et, à ce moment précis, c’est l’illumination ! Je bascule totalement C’est un retournement complet ! Enfin ! Aussi incroyable que cela puisse paraître, en un instant, je suis prêt à jeter la Loi juive à la poubelle ! Je n’ai plus envie de manger casher. C’est le coup de grâce ! Moi, Juif orthodoxe, j’atteste que sans cette Grâce, jamais je n’aurais pu abandonner la pratique de la Loi ! Je comprends si bien ce que saint Paul a vécu dans sa chair.

La première conséquence de cette illumination est un changement total de repères. Avant, j’avais le désir du Christ. Maintenant j’ai une foi aimante en la personne même de Jésus. Avant, mes références étaient la Bible, le Talmud et les maîtres que j’ai eus au cours de ma formation rabbinique. J’essayais de faire entrer le Messie dans mes cases talmudiques ou dans mes références mystiques juives, et s’il n’y entrait pas, je le refusais ! Subitement, Il est devenu la référence, le fondement, la source de tout. Aucun théologien ne peut convaincre quelqu’un de renoncer à sa façon de voir le monde, à ce qu’il pense, à ses valeurs. Il n’y a que la Grâce. Le Père O. – qui m’accompagnait alors – ne pouvait me donner ce que Jésus seul peut donner.

Ensuite, je découvre l’Ecriture à travers une nouvelle lumière. Je comprends l’Ancien Testament à travers le Christ. Le magistère de l’Eglise dira que dans toutes les Ecritures, il n’y a qu’une seule parole, c’est le Verbe. Maintenant, quand je lis l’Ancien Testament, je vois le Verbe partout, et pas seulement dans les passages prophétiques qui annoncent la venue de Jésus. En effet, je vois des passages où des personnes ont eu une relation avec la deuxième personne de la Trinité. Plusieurs passages dans le Nouveau Testament attestent de ces relations avec Jésus. Par exemple, dans l’Evangile de Saint Jean (8, 56), Jésus dit aux pharisiens : « Abraham, votre père, exulta à la pensée qu’il verrait mon Jour. Il l’a vu et fut dans la joie. » Ou encore, saint Pierre, dans les Actes des Apôtres (2, 31), dit de David : « Il a vu d’avance la résurrection du Christ. » Je m’aperçois que toute l’Ecriture parle du Dieu Trinité. Oui, le Seigneur m’a réellement ouvert l’intelligence aux Ecritures ! Comme dit saint Paul, un voile était devant mes yeux, et il est tombé. Tout devient clair !…

Je comprends maintenant que le Nouveau Testament est dans l’Ancien comme un fils dans sa mère. Tant qu’il est dans son ventre, on ne le voit pas. A sa naissance, pour qu’il puisse vivre et croître, il faut couper le cordon pour le séparer de sa mère. Pourtant, il reste son fils. Il va apporter quelque chose de « nouveau », opérer une rupture et, en même temps, il donne une autre dimension à sa mère, il la renouvelle. Ainsi, le Nouveau Testament naît de l’Ancien et apporte quelque chose de nouveau comme le Dieu trinitaire, qui ne se voyait pas clairement comme le Dieu qui se fait chair.

Enfin, la dernière conséquence de cette illumination est que je me sens appelé à devenir un serviteur de l’Eglise. Quand je ressors de l’oratoire, une seule chose m’intéresse : Lui, Jésus, Dieu fait homme ! Mais je ne dis rien à personne, ni aux enfants ni aux Sœurs. Je reste très naturel et pendant toute la semaine, je ne change rien à notre mode de vie. Je continue à manger casher. C’est le soir du shabbat, de retour à la maison, que le miracle se produit. Comme tous les vendredis soir, je mets en route la minuterie pour que les lumières s’éteignent toutes seules sans que j’aie besoin de les actionner, car dans la religion juive, on n’a pas le droit d’éteindre les lumières de shabbat. Comme d’habitude, nous chantons et nous mangeons notre repas festif. C’est alors que je me lève pour appuyer sur l’interrupteur. J’éteins la lumière. Je suis moi-même surpris par ce que je viens de faire, moi qui étais jusqu’alors si scrupuleux dans le respect des lois juives ! Je la rallume aussitôt. Les enfants me regardent stupéfaits. Je les fais se rasseoir et je m’explique. Je m’explique en leur racontant mon histoire avec Jésus, depuis ses débuts.

Du jour au lendemain, il n’y a plus ni shabbat ni casher à la maison. C’est terminé ! Les enfants, qui m’ont toujours connu habillé en rabbin, me voient maintenant vêtu comme tout le monde, en jean, chemise ou t-shirt ! Vous pensez probablement qu’ils doivent être choqués par ce changement très rapide ? Eh bien, non, pas du tout : la façon dont ma conversion est acceptée par mes enfants, qui eux n’ont pas vécu d’illumination, est un miracle ! Pour moi, cela ne fait aucun doute. De même, la façon dont moi-même je vis les choses est une grâce. En effet, ma conversion aurait pu être un choc pour moi aussi, j’aurais pu me déconnecter de la réalité ! Mais non, je reprends une vie normale et je garde les pieds sur terre. Je reste un homme équilibré. Le surnaturel ne vient pas détruire le naturel.

Nouvelle vie

 

On me demande parfois ce que cette conversion a changé dans ma vie. Au début, en fait, je voulais devenir prêtre mais on m’a expliqué gentiment qu’avec sept enfants, ça n’était pas possible ! Quoi qu’il en soit, je suis appelé à servir l’Eglise à travers l’apostolat de la prédication. « Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, comme de bons gérants de la grâce de Dieu sous toutes ses formes : si quelqu’un a le don de parler, qu’il dise la parole de Dieu ; s’il a le don du service, qu’il s’en acquitte avec la force que Dieu communique », écrit saint Pierre dans sa première Lettre. Chacun sa vocation. Néanmoins, quel que soit le don qu’on ait reçu, c’est bien pour le mettre au service des autres. Quand je donne un enseignement, je m’efforce toujours d’être au service de ceux qui m’écoutent.

Ce que ma conversion a transformé fondamentalement, c’est ma façon de vivre avec les autres. Premier changement, notable pour un Juif orthodoxe : je suis maintenant sensible à la souffrance de tous, même s’ils ne sont pas Juifs, et je prie pour tous ceux qu’on confie à ma prière, même si je ne les connais pas. Je ne vois plus les autres comme des goys ou des étrangers indifférents. J’ai plus de tendresse et d’attention envers l’autre quel qu’il soit. Cela change complètement mon attitude envers lui.

Enfin, le conflit qui opposait mon cœur et ma raison est désormais derrière moi : je suis totalement prêt à franchir le pas !

Je suis baptisé le 14 septembre 2008, le jour de la Croix Glorieuse, chez les Sœurs de Bethléem…

 

                                                                     Jean-Marie Elie SETBON

                                                   « De la Kippa à la Croix » (Editions Salvator)




Un clin d’oeil de Ste Thérèse de Lisieux…

J’ai attendu environ un an et demi avant de m’inscrire au Cycle Long proposé par le Sédifop, car je voulais, si je commençais ce parcours, aller jusqu’au bout.

 

Lors de la dernière rencontre commune à Noël, une jeune femme, lors de l’intercession a dit :  » Je remercie soeur Marguerite du Carmel des Avirons grâce à qui je fais le Sédifop ». Là, j’ai été frappée, car j’ai réalisé que c’est après avoir passé trois jours au Carmel que j’ai pris ma décision de faire la formation… Je n’avais jamais fait le rapprochement auparavant…

 

 

A la fin de la journée, lors de la remise des cadeaux, il devait y en avoir dans les deux cents, j’ai reçu « Histoire d’une âme », de Ste Thérèse de Lisieux, carmélite…

Cela m’a bouleversée…

Cadeau final : lors d’une représentation de Jean Claude Genada, je vois qu’il est le trente et un décembre au Carmel. Evidemment, j’y suis allée, et dans ce lieu empli de spiritualité, j’ai fini l’année en chansons, et commencé l’autre par l’eucharistie…

Que demander de plus…

                                                                                                             Anita




« Trouver dans ma vie ta présence » ( Jean-Marie Elie SETBON)

Je voudrais insister sur un point capital à mes yeux : le surnaturel passe dans nos vies par le naturel. Il n’y a pas un espace et un temps pour Dieu d’un côté et nos vies de l’autre. Il y a une connexion entre les deux. D’ailleurs, avec l’Incarnation, Dieu a assumé toutes nos vies. Il nous rejoint par des intermédiaires les plus anodins, et par des personnes humaines ! (…)

Je me sens vraiment conduit. C’est ça la vie charismatique, et ce n’est pas réservé à une communauté ou à un courant d’Eglise dit « charismatique ». La vie charismatique consiste à se laisser faire et guider par l’Esprit Saint dans la vie de tous les jours, en toutes circonstances. C’est comme si on était un bateau : on va beaucoup plus vite si on hisse les voiles pour que le vent de l’Esprit y souffle. Sinon, on rame, et on passe à côté des personnes qu’il place sur notre route, des signes qu’il nous adresse. Chaque chrétien est appelé à vivre ainsi avec l’Esprit Saint dans sa vie de famille ou de travail, dans sa vie sociale, et pas seulement en le priant lors de moments dévolus à la vie spirituelle. La vie spirituelle ne fait qu’un avec la vie naturelle, même si les temps consacrés à l’oraison ou à d’autres formes de prières sont vitaux…

Jean-Marie Elie SETBON (extrait de son livre “De la Kippa à la Croix ; conversion d’un Juif au Catholicisme, aux éditions Salvator).




« Et là, c’est inexplicable, je suis attiré par le Christ ! » (Jean-Marie Elie Setbon)

Né en 1964 à Paris, Jean-Marie Elie Setbon, non seulement Juif, mais Rabbin et Juif Orthodoxe a découvert la profondeur du Mystère du Christ et a été baptisé dans l’Eglise Catholique le 14 septembre 2008… « Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes », avait promis Jésus avant de vivre sa Passion (Jn 12,32)… C’est ce qu’il a vécu… « Jésus m’a travaillé au corps pendant plus de trente ans ! Depuis que je suis petit garçon, alors que je ne connaissais rien à Dieu ni à la religion, puisque ma famille ne pratiquait pas , Il m’attire à Lui »… Voici un extrait de son témoignage :

« C’est en Bretagne, pendant les vacances d’été, qu’a lieu ma première rencontre avec Jésus. J’ai huit ans et, dans ma chambre, une croix est accrochée au mur. Et là, c’est inexplicable, je suis attiré par le Christ !

Pourtant, je ne sais même pas qui Il est ! Bien sûr, je reconnais la croix qu’on voit sur le clocher des églises, le lieu où se réunissent les chrétiens, mais je n’y vois rien de très précis. Je deviens complètement obsédé par cette croix qui m’attire à elle comme un aimant. Dans la journée, je retourne souvent dans ma chambre et je reste là, à la contempler ! Evidemment, j’y vais quand je suis seul, pour ne pas être surpris par les autres. Je sais bien que ma famille n’est pas chrétienne et j’ai vaguement l’impression de transgresser quelque chose. Mais c’est plus fort que moi : devant la croix, je me sens tellement bien que je pourrais y rester des heures !

L’été suivant, nous partons en vacances aux Sables-d’Olonne. Sur les routes de Vendée, je remarque, à chaque carrefour, d’immenses calvaires, très imposants. Je suis subjugué ! Alors, en cachette, après le déjeuner, pendant que les autres font la sieste, je vais me promener pour rencontrer l’homme sur la croix. Dès que j’arrive à un calvaire, je m’arrête et le vide se fait autour de moi. Je reste planté là, à regarder le Christ. Je suis complètement sous le charme ! Je l’admire, je le contemple, je l’aime. Il m’arrive de lui parler, mas pas toujours. Ensuite, quand je retourne à la maison où nous séjournons, je m’allonge sur le large mur qui borde la terrasse et, les bras en croix, je pense à Jésus.

Déjà à cette époque, je sens que Jésus m’appelle. Et moi, je le cherche ! Quand je suis chez moi, à la Courneuve, la nuit, j’attends que tout le monde s’endorme et là, dans le silence que j’aime tant, au pied de mon lit, je fais mon signe de croix, lentement. J’adore faire le signe de croix. Toute la journée, j’attends ce rendez-vous ! Je suis comme amoureux du Christ sur la croix, cette croix qui deviendra pourtant un scandale à mes yeux quand je serai Juif orthodoxe. Petit garçon, cette attirance, qui vient du plus profond de mon cœur ou de mon âme, je ne la définis pas. Je ne suis en contact avec aucun chrétien qui pourrait m’expliquer ce que représente la croix. Mais je ne me pose pas encore de questions. Je me contente de le vivre. Je peux passer des heures à regarder un crucifix. Ce que je vis en présence de Jésus sur la croix est exceptionnel. A aucun moment, je n’associe la souffrance ou au sang (même si, objectivement, Jésus souffre). Je ne vois même pas ce qu’elle représente : ce que je ressens est d’un autre ordre. J’ai vraiment l’impression d’être en contact avec une personne. Il s’agit d’une présence divine, très puissante, qui pardonne, qui réconcilie, qui donne la paix et qui m’apporte un bien être intérieur profond. C’est comme si j’étais devant la porte du Ciel ! Mais tout cela reste secret, dans mon cœur d’enfant. »

 

Jean-Marie Elie SETBON (extrait de son livre « De la Kippa à la Croix ; conversion d’un Juif au Catholicisme, aux éditions Salvator).




A la Salette, Marie me dit de reconstruire ma famille…

Je me présente, Marcel 56 ans à ce jour, marié un enfant.
J’ai grandi dans une famille catholique. Je suivais les traditions religieuses (Messes, chorale) sans vraiment connaître Dieu. Je rencontre ma femme dans la chorale.
Après 18 ans de mariage, notre couple traverse une période troublée, on se sépare. Je me perds un peu, je rencontre d’autres femmes, espérant retrouver le bonheur perdu. Je retrouve des joies éphémères mais pas ce que j’attendais. Après 10 ans de séparation je demande le divorce, pour être vraiment libre et reconstruire ma vie.

Six mois après notre divorce mon ex-épouse et moi nous nous retrouvons à nouveau. On s’aime toujours. Je lui fais comprendre, sérieusement, que je ne me marierai plus… Une fois ça va !.

On fait un pèlerinage Marial en métropole et là, à Notre-Dame de la Salette en Isère, je me vois en songe prosterné devant l’autel en pleurant, et Marie me dit de reconstruire ma famille.

Au retour du voyage je fais ma demande de mariage sans réfléchir. On repasse devant Mr le maire et nous renouvelons nos vœux. Six mois après, notre fille nous annonce qu’elle va se marier elle aussi.
Je me rends compte aujourd’hui que je ne connaissais pas Jésus et sa miséricorde, Lui qui frappait à la porte de mon cœur fermé. Marie est intervenue pour me guider.

Depuis, on suit des formations pour approfondir notre foi, et par notre témoignage faire connaître Jésus.

Tout ce qu’on doit faire, c’est tout donner à Jésus. Qu’on le laisse entrer dans notre cœur et il fera le reste…

Marcel.




Joie d’avoir rencontré Dieu et de le servir…

Bonjour,

Je me présente, je m’appelle Sylvie. En ce mois extraordinaire des missions avec Ste -Thérèse de l’Enfant Jésus, la Patronne des missionnaires, je profite pour partager avec vous mon émerveillement de servir le CHRIST. Baptisée un mois après ma naissance le 31 janvier 1965 j’étais aux yeux  de mes parents un enfant protégé par tous ce qui est mal car ils ont accepté de me donner un cadeau:  » le sacrement du  baptême ».

Vient ensuite le temps du catéchisme : je me souviens des difficultés  de dessiner ce petit homme sur une croix avec des clous dans les mains et les pieds ; souvent dans mon enfance je me disais pourquoi tant de méchancetés et de souffrances.

A l ‘âge de  23 ans j’ai trouvé ma vocation : le sacrement du mariage. Nous sommes jeunes, nous avons un emploi. Mon époux et moi faisions la fête « humainement » et non la fête avec le Seigneur. Je partais à l’Eglise seulement lors des fêtes religieuses. 15 années ont passée lorsque mon premier enfant m’annonce de sa rentrée au lycée. J’ai été très ravie et en même temps je savais que cette annonce , cette Joie, c’est Dieu qui me les donnait car je n’avais pas vu défiler toutes ces années et à ce moment là  j’ ai ressenti  une chaleur profonde au fond de mon coeur, un silence… Je suis entrée dans ma chambre, j’ai allumé une bougie, je suis restée dans le silence, je sentais les larmes qui coulaient le long de mes joues et j’ai prié le Notre Père et le Je vous Salue Marie.

J’ai été habitée d’une soif d’approfondir ma foi en Jésus-Christ , Fils de Dieu. Je participe alors à  quelques mouvements de prière dans l’église. Ma famille chrétienne me rejoint pour me parler de la Parole de Dieu ; nous sommes heureux de cet échange. Je continue de découvrir Dieu en m’inscrivant à la Formation du SEDIFOP, se former pour découvrir Le Mystère du Christ et le Mystère de l’Eglise. Je suis remplie de Joie ; j’avais soif de découvrir  Jésus ; était-il noir, était -il blanc, avait-il de long cheveux, des yeux bleus ?

Deux ans après la formation , je priais le Seigneur de me donner la Grâce de servir l’Eglise. Je me suis engagée à enseigner le catéchisme aux enfants, je participais à la lecture lors de la messe et le partageais la prière du temps Présent…

Le SEIGNEUR est BON et continue ses oeuvres; il m’accorde le service de Sacristine et  de donner la Communion.

Ma joie se trouve dans mon réveil matinal pour louer le Seigneur, Le remercier pour le souffle de la vie qu’il me donne  chaque matin, ouvrir les portes de l’Eglise pour recevoir tous ses enfants , préparer le service de la messe.

Je suis RICHE,RICHE de la tendresse du SEIGNEUR qui me sauve dans mes angoisses, mes difficultés et je me souviens du Psaume 117 :  » Mieux vaut s’appuyer sur le Seigneur que de compter sur les hommes « 

Comme l’Apôtre  Thomas je trouve ma force de servir l’Eglise  en répétant  : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

A vous tous je vous encourage à chercher comment servir le Christ, à trouver une heure dans la semaine  pour participer à un service : à la chorale, faire la lecture, rejoindre l’équipe de nettoyage, préparer les fleurs, enseigner le catéchisme, partager l’Evangile,..

Ne pas avoir peur de s’abandonner à la Providence. S’encourager à servir nos frères et soeurs. Ecoutons le Seigneur qui nous dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson (Luc 10,1-12). Se tourner de tout coeur vers Dieu pour être remplis de son Esprit dès maintenant, par le OUI de notre foi, puisque « c’est l’Esprit qui vivifie » dans (Jn 6,63). Nous découvrirons vraiment en Lui notre Vie (Ga 5,25).

Prions les uns pour les autres afin de découvrir le service/ la mission que Dieu attend de nous dans notre Eglise.

Sylvie




Comme c’est beau ce que je vois !

Voici un témoignage du Père Hubert LELIEVRE :

« J’entre dans la chapelle et trouve un homme à genoux, effondré.

Je m’approche de lui. Il s’assoit. Je fais de même.

Je reste en silence.

Il pleure. Longuement.

J’ai l’impression qu’à côté de moi le monde vient de s’écrouler sur les épaules d’un homme. Presque physiquement, le poids du monde semble ne s’être déchargé « que » sur ses épaules. Il est là. Totalement abattu, anéanti.

Je pose ma main sur son épaule et demeure en silence. Je prie.

Je demande à la Vierge Marie de l’envelopper de sa tendresse de Mère.

Après plus d’une demi-heure, j’entends le son de sa voix :

« Pour une nuit… Une nuit » martèle-t-il ! Il pleure à nouveau.

Puis il reprend : « Tu te rends compte ?… une nuit ! »

Avant de poursuivre : « Merci d’être là. »

Comment t’appelles-tu ?

« Luigi… Tu sais ce qui m’arrive ? »

Non.

« Depuis un moment, je n’étais pas bien. Alors j’ai fait des examens de sang. Et le médecin m’a proposé de faire le test du sida. Je l’ai fait. »

Et maintenant ?

« Je sors de chez le médecin. Il vient de m’annoncer que j’ai le sida. C’est terrible. Pour une nuit… Ça me coûte cher ! »

Luigi pleure à nouveau.

Veux-tu qu’on en parle ?

« J’avais 20 ans lorsque je me suis laissé entraîner un soir, dans une discothèque. Je m’ennuyais. Avant, je n’avais jamais été en discothèque. Et puis, j’ai bu un verre. Puis deux, trois, etc. Tu te laisses entraîner, tu sais. Tout est fait là dedans pour te détruire, t’entraîner même là où tu ne voudrais pas aller. J’ai eu tort d’y mettre un pied. En entrant, tu te dis « ça, je ne le ferai pas ! » Mais en fait, tu te laisses prendre par l’ambiance, les couleurs, la boisson, la musique à fond. Tu n’es plus toi-même. »

Peut-être y avait-il quelque chose au fond de ton verre…

« De la drogue ? »

Oui

« Pour d’autres c’est arrivé. On me l’avait raconté.

Pour moi, je ne pense pas. Je me suis retrouvé dans les bras d’une fille, entraîné, aliéné par l’alcool… puis dans un lit. Et, le lendemain matin, j’ai trouvé sur le pare brise de ma voiture une carte de visite. »

Qu’est-ce qui était écrit dessus ?

« Bienvenue au club ! » Je ne voulais pas y croire.

Maintenant, tout s’éclaire d’un coup.

Mon Père… c’est terrible. Je suis croyant. J’ai été baptisé. J’ai fait ma première Communion. Puis, très vite, plus rien. Tu te laisses prendre par la vie, les amitiés, etc. Mais au fond de moi, je crois. J’ai toujours cru en Dieu. Mais je ne vivais pas ma foi. J’ai cependant continué de prier, même si ça fait bien longtemps que je ne vais plus à la Messe. J’ai travaillé jusqu’à ce jour. Et puis, me voilà avec le sida. Pourquoi moi »

Alors, pourquoi toi, je ne sais pas.

« Quelle aurore pour vaincre la mort »

Tu sais, Luigi, cette aurore existe. Elle porte un nom. C’est une personne : c’est Jésus.

Cette aurore est le Matin de Pâques. Jésus ayant offert Sa vie détruit la mort par Sa propre mort, définitivement. Pour nous ouvrir à la vie. Définitivement. Sa Résurrection, même si je ne peux pas tout comprendre de ce Mystère, est un fait concret qui ouvre notre cœur, notre vie quotidienne à l’Espérance.

« Confesse-moi ! »

Cette aurore, ce matin : c’est pour toi, aujourd’hui…

« Maintenant ? »

Oui

« Avec mon sida ? »

Et alors ?

« Aide-moi à me confesser. Cela fait plus de 20 ans, je crois. Voilà, je m’accuse et demande pardon à Dieu du fond de mon cœur, pour »…

Va en paix.

« Merci mon Père. Comme je suis heureux.

Tu crois que ce sera beau au Ciel ? »

Oui, j’en suis certain.

Luigi aime passer de longues heures dans la Chapelle, chaque jour. Il prie son chapelet devant la belle statue de Notre-Dame portant l’Enfant Jésus dans ses bras.

Il restait cinq à six heures chaque jour pour l’Adoration Eucharistique. Un jour, je lui ai demandé pourquoi il restait autant de temps. Il m’a répondu :

« Il me guérit. »

L’état de santé de Luigi ne cesse de s’aggraver. Je lui porte désormais la Communion dans sa chambre.

Le 13 août, l’aube est à peine levée lorsque Luigi m’appelle. Il me dit :

« Aujourd’hui, j’irai au paradis, reste avec moi. »

En fait, je reste un moment avec lui puis je fais ma tournée du matin, car d’autres malades sont à l’agonie. Je reviens un peu plus tard.

Il est 11h30. Luigi me demande de prier le chapelet.

Trois membres de sa famille sont présents. Ave après Ave nous prions la Mère de Dieu, d’être présente « maintenant et à l’heure de notre mort ». Luigi murmure les Ave, lentement. Puis, le dernier « Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit. »

Les yeux de Luigi se ferment, paisiblement.

Son visage s’éclaire de la Lumière dont son âme est désormais revêtue.

Dans mon cœur, je l’entends me dire : « Comme c’est beau ce que je vois ! »

Dehors, les cloches sonnent.

C’est l’Angélus. »

 

Extrait du livre du Père Hubert LELIEVRE, « Je veux mourir vivant », Editions de l’Emmanuel

Troisième prêtre d’une famille de 7 enfants, Hubert Lelièvre fait ses études en France et est ordonné prêtre pour le diocèse de Rome, par le Cardinal Ugo Poletti, en la fête du Rosaire, le 7 octobre 1989.
Il est nommé vicaire dans la paroisse Saint François d’Assise, dans le quartier romain d’Acilia, une paroisse pauvre et ouvrière, très touchée par la drogue. Ensuite il sera nommé vicaire dans le quartier de Cineccittà assurant les premiers pas d’une nouvelle paroisse. En septembre 1995, il rejoint l’hôpital romain des malades du Sida, et rencontre plus de 3000 visages rencontrés au cours d’une expérience unique.

Témoignage découvert et retranscrit par Noéline FOURNIER.