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26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN (St Luc 16, 19-31)

Commentaire du samedi 24 et Dimanche 25 septembre 2022

 

 Amos 6.1, 4–7 ; 1·Timothée 6.11–16 ; Luc 16.19–31

Nous avons deux personnages, un pauvre appelé Lazare, et un riche anonyme, qui ne se sont jamais rencontrés alors que Lazare vivait au portail de l’homme riche. Il s’agit de deux mondes totalement différents, le pauvre regardant le riche passer et repasser sans jamais rien lui demander et le riche passant devant lui sans jamais dire du mal du pauvre, et sans jamais l’aider en quoi que ce soit. Le pauvre, malade, couvert d’ulcères, aurait bien voulu manger les restes du riche, restes qui allaient finir à la poubelle. Il aurait aimé que le riche fasse un geste en sa faveur. Le texte ne dit pas que ce riche est un mauvais riche, qu’il se moque du pauvre, rien de tout cela. Mais le riche ne le regarde jamais, il l’ignore totalement. Il est dans son monde de riche et ne semble pas vouloir entrer en contact du pauvre qui, pour lui, n’existe pas. Nous sommes là devant deux mondes qui ne se mélangent pas. Mais il n’y a pas que ces deux mondes là qui ne se mélangent pas, il y en a d’autres : les snobs et les simples, ceux qui réussissent et ceux qui ont échoué, ceux qui décident et ceux qui se soumettent, ceux qui ont les honneurs et ceux qui ignorés de tous etc… C’est une situation qui est toujours d’actualité. Le texte d’Amos, 1ère lecture d’aujourd’hui, met en garde les riches notables : « 1 Malheur à ceux qui sont tranquilles en Sion, à ceux qui sont confiants sur la montagne de Samarie, ces notables des prémices des nations, à qui va la maison d’Israël ». Autrement dit, malheur à ceux qui sont tranquilles, installés dans leur orgueil et qui se sentent en sécurité pensant que Dieu n’existe pas ou n’agira pas. « 4 Couchés sur des lits d’ivoire, vautrés sur leurs divans, ils mangent les agneaux du troupeau et les veaux pris à l’étable. 5 Ils improvisent au son de la harpe, comme David, ils inventent des instruments de musique; 6 ils boivent le vin dans de larges coupes, ils se frottent des meilleures huiles, mais ils ne s’affligent pas de la ruine de Joseph! ». Ils se disent que le malheur des autres ne les intéresse pas, que cela ne les concerne pas. Et le texte se termine par « c’en est fait de l’orgie des vautrés » parce qu’Amos annonce la venue du « Jour de Yahvé » où Dieu demandera des comptes à son peuple, et où le Fils de l’Homme rendra à chacun selon ses œuvres (Mt 16,27) et « il y aura des pleurs et des grincements de dents » ((Mt 8,12). – Les deux personnages meurent. Lazare est accueilli par les anges au sein d’Abraham, il est donc considéré comme un juste, accepté par Dieu. « Il participe déjà, d’une certaine manière, au festin du bonheur éternel, dans l’intimité du Seigneur, en compagnie des patriarches et de tous les justes » (Michel Hubaut). Le riche, lui, se trouve dans l’Hadès, un lieu sans Dieu. Deux mondes totalement séparés. V.26 : « entre nous et vous, un grand abîme a été fixé ». Jésus, lorsqu’il dit « aimez-vous les uns les autres, ne veut pas de cet abîme entre les personnes. Il désire l’entraide, l’amour, la fraternité, la solidarité.  Cet abîme que le riche et le pauvre ont connu de leur vivant, se retrouve également après leur mort. C’est maintenant, après leur mort, que le riche, en proie à des tortures, se tourne vers Lazare par Abraham interposé. « Il lève les yeux et voit de loin Abraham, et Lazare en son sein ». Ce n’est que lorsqu’il se trouve au plus mal, lorsqu’il souffre, qu’il se tourne vers Lazare. Et là, impossible de s’entraider, impossible de se tendre la main. C’est trop tard! V.24 : « Alors il s’écria :  Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper dans l’eau le bout de son doigt pour me rafraîchir la langue, car je suis tourmenté dans cette flamme. 25 Mais Abraham dit :  Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie, et Lazare pareillement ses maux; maintenant ici il est consolé, et toi, tu es tourmenté ». Et il est impossible à Lazare de franchir cet abîme qui « a été fixé afin que ceux qui voudraient passer d’ici chez vous ne le puissent, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous ». C’est sur terre, de notre vivant, qu’il faut établir des ponts entre les gens, qu’il se tourner les uns envers les autres, qu’il faut s’entraider, se donner la main, après ce sera trop tard. Sur terre, Lazare aurait voulu se tourner vers le riche même si c’était pour lui demander de lui donner les restes, mais le riche ne l’a jamais regardé, il l’a totalement ignoré.

C’est cela qui a creusé l’abîme: ne jamais penser aux autres lorsqu’il était encore temps. Et quand on dit « penser aux autres », c’est toujours dans le sens de l’entraide, de soutien, de faire grandir l’autre, et tous doivent s’entraider. Ceux qui établissent des ponts entre les personnes seront donc, comme Lazare « consolés » par Dieu. L’Evangile d’aujourd’hui montre l’importance de nos choix de vie qui vont déterminer notre avenir dans l’au-delà. C’est maintenant qu’il faut se décider à mettre en application les enseignements du Christ : ne créons pas des abîmes infranchissables entre nous, entre les personnes et dans le monde. – Le riche pense alors à ses cinq frères qui vivent encore sur terre. Il demande à Abraham d’envoyer Lazare sur terre pour leur porter son témoignage de ce qui se passe dans l’au-delà, afin que ses frères puissent éviter le même sort que lui. Réponse d’Abraham : ils n’ont qu’à écouter Moïse et les Prophètes. Moïse et les Prophètes désignent tout l’Ancien Testament. Il faut le lire et appliquer les recommandations divines. Et le riche insiste car pour lui, si quelqu’un qui revient de chez les morts pour tout leur expliquer, ses frères se repentiront. Parler de la Résurrection, c’est parler du Nouveau Testament, c’est parler du Christ. Réponse d’Abraham : « Du moment qu’ils n’écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu’un ressuscite d’entre les morts, ils ne seront pas convaincus ». Et effectivement, Quelqu’un est revenu de chez les morts, c’est Jésus-Christ, mort et ressuscité. Et bon nombre de personnes ne croient toujours pas en Lui. Abraham nous dit donc qu’il faut écouter la parole de Dieu dans notre vie, appliquer ses commandements, faire la volonté de Dieu, et surtout aimer Dieu et son prochain. Ecouter la Parole de Dieu suppose qu’on soit informé de ce qui est dit dans la Bible, soit par les homélies du prêtre, soit par la formation donnée par l’évêché. Sur le panneau d’affichage à l’entrée de l’église, un Centre de formation de l’évêché parmi d’autres est annoncé, c’est le SEDIFOP. Faites-vous inscrire. D’une manière ou d’une autre, il faut se former et connaître le contenu des enseignements bibliques, tout au moins en partie, afin que nous puissions appliquer les commandements de Dieu de manière cohérente. – C’est ce que nous rappelle le deuxième texte d’aujourd’hui : « Pour toi, homme de Dieu…poursuis la justice, la piété, la foi, la charité, la constance, la douceur, combats le bon combat de la foi, se mettre à la conquête de la vie éternelle… Garde le commandement sans tache et sans reproche, jusqu’à l’apparition de notre Seigneur Jésus Christ, le seul qui possède l’immortalité, qui habite une lumière inaccessible, que nul d’entre les hommes n’a vu ni ne peut voir ». Notre vie doit donc être avec le Christ, en Lui et par Lui. Il n’y a pas d’autre chemin pour la vie éternelle.

Poursuivre la justice, c’est passer sa vie à s’ajuster sur Dieu, à être toujours en accord avec Dieu, à ne pas s’éloigner de Lui et donc à lutter constamment contre nos propres défauts. Poursuivre la piété, c’est rendre à Dieu le culte qui lui est dû (piété religieuse) non seulement à l’église au moment de la messe mais aussi à la maison avec nos prières, nos lectures bibliques et dans les actions de notre vie quotidienne. Voici ce que nous dit 1 Tm 2,1-4.8 : « Je recommande donc, avant tout, qu’on fasse des demandes, des prières, des supplications, des actions de grâces pour tous les hommes, 2 pour les rois et tous les dépositaires de l’autorité, afin que nous puissions mener une vie calme et paisible en toute piété et dignité. 3 Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, 4 lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité…8 Ainsi donc je veux que les hommes prient en tout lieu, élevant vers le ciel des mains pieuses, sans colère ni dispute ». 1Tm5,4.8 : … il faut avant tout leur apprendre à pratiquer la piété envers leur propre famille et à payer leurs parents de retour. Voilà ce qui plaît à Dieu. …8 Si quelqu’un ne prend pas soin des siens, surtout de ceux qui vivent avec lui, il a renié la foi : il est pire qu’un infidèle ». Il s’agit là de la piété familiale. Il nous faut donc prier pour tout le monde et les respecter tous sans exception . – Poursuivre la foi, c’est adhérer au Christ en permanence, qui, avec et par le Saint Esprit, nous mène au Père. Poursuivre la charité, c’est aimer sans cesse et Dieu et le prochain, autrement dit ne jamais créer la discorde, la division, la mésentente qui est l’œuvre de l’Esprit du Mal. Poursuivre la constance, c’est persévérer, s’obstiner, persister, même quand tout va mal, à croire en Dieu, à lui faire une confiance totale, sans discussion possible, à l’exemple même de Job.  Poursuivre la douceur, c’est être bon, aimable, gentil, bienveillant, faire preuve d’humanité, ne jamais s’emballer, ne pas se mettre en colère, et être capable de s’abandonner au Christ pour tout remettre en ses mains. – Les moyens pour tout cela, ce sont la parole de Dieu, ses commandements, les prières, les sacrements et principalement l’Eucharistie où Jésus se donne pour que l’humanité entière soit sauvée et le tout, fait par amour envers Dieu et son prochain. Cela se résume par l’expression : « combats le bon combat de la foi ».

C’est la foi qui sauve. Elle suppose qu’on accepte la Révélation divine, exprimée dans la Bible, et une grâce d’adhésion à une personne divine, en l’occurrence Jésus-Christ. Et pour connaitre Dieu qui s’est révélé, il n’y a pas d’autre moyen que de lire la Bible, de se former, de s’informer pour devenir disciple du Christ par divers moyens : pratiquer ses commandements, participer aux rites religieux, recevoir les sacrements, le tout par amour de Dieu et du prochain. Et tout ce que nous faisons de bien, de bon est grâce de Dieu. Tout est grâce. Voici quelques grâces citées par Sainte Marguerite Marie Alacoque dans une neuvaine pour les âmes du Purgatoire : « régénération chrétienne, vocation, sacrements, Parole de Dieu, inspirations saintes, bons exemples, faveurs insignes de pardon après la chute »…Ep 2,5 : « c’est par grâce que vous êtes sauvés » ; Rm 4,16 : « la foi est le chemin et tout est don (grâce de Dieu) [La Bible des peuples] ; Ph 1,29 : « Dieu vous a fait la grâce, à l’égard du Christ, de croire en Lui » ; 2Co 12,9 : « Ma grâce te suffit : car la puissance se déploie dans la faiblesse »; Jc 4,6 : « aux humbles, Dieu donne la grâce » (Osty) et on pourrait encore continuer ainsi à citer bien d’autres versets. Père Gabriel Amorth (« Le démon ne peut rien contre la Miséricorde de Dieu – P. 127) nous dit : « La mission de la Vierge…est cohérente avec son rôle de médiatrice universelle de toutes grâces”. Ces grâces données par Dieu en la personne de Jésus-Christ passent toutes par les mains de Marie. Marie a les mêmes pouvoirs que Jésus: Jésus a tous les pouvoirs divins par nature, Marie les a tous par grâce divine, par don de Dieu. C’est Saint Louis-Marie Grignion de Monfort qui nous l’affirme (§74 – Dévotion à Marie) : « Ce que je dis absolument de Jésus-Christ, je le dis relativement de la Sainte Vierge, que Jésus-Christ…lui a donné par grâce…tous les mêmes droits et privilèges qu’il possède par nature ». Il nous faut, le plus souvent possible, sinon en permanence, être en lien avec le Christ mais aussi avec Marie, elle nous protègera comme n’importe quelle mère qui protège ses enfants.

Le chapelet nous met en lien avec le Père, le Fils, le Saint Esprit. C’est pourquoi, même si cela n’est pas obligatoire, il est important de dire le chapelet, le rosaire, si possible tous les jours pour que notre foi en Jésus grandisse et que nous puissions appliquer plus facilement, avec toutes les grâces reçues, les commandements de Dieu et ne pas créer de fossé entre nous, entre les peuples, entre les pays et que la paix de Dieu règne dans le monde. Merci Marie de prier avec nous et pour nous.




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 16, 19-31)

« N’oublie pas les pauvres ! »

Cette phrase que le cardinal Hummes a soufflée à son voisin le cardinal Bergoglio lors du dernier consistoire qui a élu ce dernier pape, a eu une influence considérable sur celui-ci : d’abord son nom : François, comme le « poverello » et sur sa manière de diriger l’Église.

L’évangile de ce jour nous parle de deux personnes, un pauvre et un riche, dans leur vie terrestre, puis dans leur vie après la mort.

Serait-ce un reportage sur l’au-delà ?

Non ! loin de là !

Mais plutôt un enseignement sur notre manière de vivre sur cette terre : ici et maintenant !

Jésus est venu sur cette terre pour les pauvres, les malades, les affamés … les pécheurs, pour leur donner la vie éternelle.

Mais ici et maintenant, il y a toujours des pauvres … et des pécheurs.

D’ailleurs lui-même l’a dit, lors d’un repas chez Simon le lépreux : « Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous. », mais il ajoute aussitôt « mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. » (Jn 12,8), donc Dieu, Jésus, doit toujours être mis en premier. Ce qu’on retrouve dans l’évangile de ce jour : « Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! ». Ce sont ceux qui parlent de Dieu …

Cet évangile fait suite à celui de la semaine dernière, et l’invitation de Jésus : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête… » et nous montre ce qui risque de nous arriver si nous ne suivons pas ce conseil.

Le riche, dont on ne connaît le nom … mais qui peut être moi, … ou toi …, vit dans l’opulence : « vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. ».

Il ne voyait pas le pauvre Lazare (qui signifie « Dieu aide » … et la suite du récit montre comment il sera aidé, non pas dans sa vie terrestre, mais dans la vie la plus importante pour Dieu, la vie éternelle.).

Ou peut-être le voyait-il, mais comme un élément du décor, comme un arbre … Il ne faisait pas attention à lui ! Il l’avait ’’oublié’’ !

Seuls les chiens s’intéressaient à lui ! … et Dieu !

Les deux meurent !

L’un va au paradis, l’autre en enfer !

Mais les rôles sont inversés !

Celui qui vivait dans l’opulence n’a même pas une goutte d’eau pour se rafraichir dans la fournaise de l’enfer … et celui qui était abandonné se retrouve entourés d’amis dans le ciel … dans les demeures éternelles …

« N’oublie pas les pauvres ! »

Cet appel est d’autant plus important, pour chacun de nous, que souvent nous vivons dans notre monde, égoïstement, et ne faisons pas tellement attention aux plus démunis, ceux qui sont pauvres … et pas seulement financièrement …

Il y a tellement de sortes de pauvretés, … et les pauvretés morales, intérieures, de cœur, sont souvent invisibles … et on ne les remarque que quand il est trop tard (dépressions, divorces, suicides …)

« N’oublie pas les pauvres ! »

Et pas seulement les victimes de la mousson au Pakistan … ou de la famine à Madagascar ou ailleurs …

Mais ceux qui sont proches de toi … dans ta famille, tes amis, ton quartier …

« Prête l’oreille de ton cœur ! »

Et tu verras qu’il y en a plein autour de toi !

« Les pauvres ne sont pas des personnes “extérieures” à la communauté, mais des frères et sœurs avec qui partager la souffrance, pour soulager leur malaise et leur marginalisation, pour qu’on leur rende la dignité perdue et qu’on leur assure l’inclusion sociale nécessaire. Par ailleurs, on sait qu’un geste de bienfaisance présuppose un bienfaiteur et quelqu’un qui en bénéficie, tandis que le partage engendre la fraternité. L’aumône est occasionnelle ; tandis que le partage est durable. La première risque de gratifier celui qui la fait et d’humilier celui qui la reçoit ; la seconde renforce la solidarité et pose les conditions nécessaires pour parvenir à la justice. Bref, les croyants, lorsqu’ils veulent voir Jésus en personne et le toucher de leurs mains, savent vers qui se tourner : les pauvres sont un sacrement du Christ, ils représentent sa personne et nous renvoient à lui. » (Pape François, Message pour la 5e Journée mondiale des pauvres)

Mais il n’y a pas que les autres qui sont pauvres.

Nous tous nous devons nous considérer comme des pauvres : « Jésus a besoin de vous pour sauver le monde. Il est venu pour nous les pauvres, les petits, les blessés de la vie, les amers, pour nous combler de son amour. Si nous nous reconnaissons pauvres, nous reconnaissons un manque, alors Dieu pourra venir dans ce manque ». (Pape François, 15-11-21)

Seigneur Jésus,

souvent pour nous,

les pauvres sont les autres.

Nous aurions tellement honte

de nous considérer comme pauvres !

Et pourtant,

nous avons tellement besoin

que tu viennes en nous !

 

Francis Cousin

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26ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le riche et Lazare

Lc 16, 19-31

Si on lisait superficiellement ce récit, on pourrait simplement dire «  l’homme riche a eu tort de ne pas porter secours à Lazare  ».

Mais vous sentez bien que Jésus n’aurait pas raconté cette longue histoire tout simplement pour nous dire de nous occuper des malheureux…

Elle va beaucoup plus loin, cette parabole.  Je pense que la phrase-clé de ce récit est celle-ci : « Un grand abîme a été mis entre vous et nous » et qui l’a creusé ce grand abîme ? C’est le riche.

Jésus, lorsqu’il est venu sur la terre, n’avait qu’un désir : que tous les hommes soient « frères », qu’ils soient tous sur le même pied. Il voulait établir une nouvelle alliance entre lui et nous, mais aussi entre nous : devenir des frères. Il a voulu faire œuvre de rassemblement et les prières de la messe nous le rappellent :

« Conduis-nous vers l’unité parfaite » dans une communion de cœur et d’esprit toujours plus profonde.

Si Jésus est le Rassembleur, l’argent, lui, est le diviseur.

La recherche perpétuelle du gain, du confort, du bien-être, nous rend sourds aux appels des autres et nous rend étrangers et même hostiles les uns aux autres.  Tenez : un petit exemple significatif. Dans une commune du Limousin, le maire a interdit le ramassage des champignons à ceux qui ne sont pas de la commune… les bagarres et les conflits que ça a pu faire ! Parce que ça rapporte… Dans cette commune, un homme a dénoncé son propre frère aux gendarmes, oui, son propre frère, et pour des  champignons, ça n’a pas de sens !

Oui, l’amour de l’argent est le grand diviseur, au point que, pour Jésus, c’est un peu comme un « anti dieu ». « Vous ne pouvez pas servir en même temps Dieu et l’argent ». Le « mur de l’argent » : obstacle à la fraternité.

Dans la parabole, on nous parle plutôt d’un fossé : un fossé permet de voir… mais empêche de passer et ce sera la conclusion dramatique  de l’existence  du riche. Pendant  sa vie, il y a eu les murs de sa belle maison, avec en plus, un barreau derrière lequel se tenait Lazare, mais il empêchait de voir.

On ne dit pas du riche qu’il était mauvais, on dit simplement qu’il n’a pas vu Lazare. Aveuglé par sa richesse, ses soucis d’argent, il n’avait pas remarqué, à sa porte, le pauvre qui souffrait. Sans s’en rendre compte, il vivait, enfermé dans son milieu social, c’était son univers.

Un abîme le séparait du reste du monde ; mais loin de l’excuser, c’est précisément cela qui le condamnait car cet abîme creusé entre lui et les autres était en même temps un abîme creusé entre lui et Dieu… C’est ce double abîme qui le jugeait… Ce n’est pas Dieu, (relisez la parabole), qui l’a condamné : Dieu ne fait que prendre acte de cette distance infranchissable que cet homme avait laissé s’établir entre lui et les autres.

Sans doute allait-il chaque Sabbat à la synagogue écouter Moïse et les prophètes. « Ça ne suffit pas ». Si quelqu’un ressuscitait d’entre les morts et revenait pour le leur dire… peut-être se convertirait-il ? C’est ce qu’a fait Jésus-Christ : il est ressuscité. Croyez-vous que pour autant, depuis la Résurrection du Christ, la richesse aveugle moins les hommes ?

A la messe, nous entendons Moïse et les prophètes, le Christ et ses apôtres témoins de sa résurrection : ne restons-nous pas encore aveuglés par notre souci d’avoir plus, notre profit, nos aises ; richesses, pas  seulement  de  notre  argent,  mais  aussi  de notre culture, de nos amis, de nos relations, alors que nous rencontrons, sans les voir vraiment, tant de « Lazares » autour de nous ? Lazare, aujourd’hui : c’est plus du tiers de l’humanité couchée à notre porte occidentale : tous ces migrants…Que faisons-nous ? Quel cri d’alerte poussons-nous ? Quel partage de nos biens avons-nous entrepris ?

            Pour ne pas rester sur une note pessimiste, je voudrais vous citer quelques gestes faits par des chrétiens pour les autres et qui nous feront voir qu’il ne nous est pas impossible, nous aussi, de nous  occuper des autres :

. Voici un faire-part de Baptême reçu, il y a quelques mois, de l’un de mes amis : « Nous sommes très heureux de vous annoncer la naissance de notre fils Pierre. Pierre est bien habillé, il a tout ce qu’il lui faut. Aussi, si vous aviez l’intention d’offrir un cadeau, vous pouvez en verser le prix à des enfants comme Pierre, dont la vie ne commence pas si bien. Au bas du faire-part, il y avait le N° du CCP de l’UNICEF, l’Organisation Mondiale qui s’occupe des enfants en détresse ».

. Voici une lettre reçue par le CCFD d’un chanteur assez connu et qui touche de gros cachets : « Je vous envoie une somme de 9 000 euros pour la campagne de Carême. Cette somme correspond à ce que j’ai reçu pour avoir donné deux récitals de mes chansons à Grenoble. Si mes chansons servent déjà à ça, ce n’est pas si mal ? »

. Le propriétaire d’une entreprise anglaise « Scott Bader Commonwealth » a mis toute son usine en copropriété avec tous les  ouvriers  et  employés ; elle  se  porte  bien, elle dégage  des bénéfices : une partie est réinvestie.

Tout le reste distribué non seulement en salaires, mais à des organisations extérieures. Ils refusent que les bénéfices soient attribués à un tout petit nombre de personnes : c’est aller à contre-courant mais c’est possible.

. J’ai lu l’histoire d’un homme, en Vendée, qui apprend, qu’une femme veuve et ayant trois enfants à charge, allait être licenciée, alors qu’elle n’avait aucune ressource : il a offert sa démission pour permettre à cette femme de continuer à travailler à sa place.

. Paul, marié, deux enfants de cinq ans et quatre mois, avec une maison neuve sur le dos à payer pendant vingt ans ; il a eu un double salaire puisque sa femme travaille elle aussi. Il réfléchit puis, à 14 heures, il téléphone à sa femme et, un peu ému, lui dit ce qu’il désire faire. Elle savait que ça le travaillait depuis quelques jours ; elle lui a simplement répondu : « Si tu es sincère, fais-le ». Paul va chercher un autre travail, même temporaire en attendant un stage de formation professionnelle.

. Dernier fait : deux jeunes mariés des « Deux-Sèvres » ont fait part récemment à leurs parents et amis qu’ils refusaient leurs cadeaux  de  mariage, mais que chacun pouvait mettre dans une enveloppe la somme qu’il comptait consacrer à cet heureux événement. Il était précisé que le montant des cadeaux serait affecté à ceux qui ne possédaient rien. Ce jeune ménage a adressé au Secours catholique de Niort, un chèque de 2 500 euros.

Ce sont tous ces gestes qui fondent une véritable fraternité. Dans tous ces cas, il n’y a plus d’abîme, de distance entre nous et les autres, plus de fossé, plus de mur. Alors, nous serons tous ensemble dans le Royaume où le Seigneur accueillera, non seulement tous les « Lazares » du monde, mais aussi tous ceux qui auront lié solidarité avec eux.

AMEN




26ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 16, 19-31)

Aimer son frère, c’est aimer Dieu

(Lc 16,19-31)

En ce temps-là,  Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux.
Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères.
Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra.
Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise.
– Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance.
Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père.
En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent !
– Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.”
Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »

        

           En invitant à « se faire des amis avec l’Argent trompeur » (Lc 16,1-13), Jésus s’adressait juste avant aux « Pharisiens, amis de l’argent » (Lc 16,14). Et pourtant, ils avaient la réputation d’être des hommes religieux : « Vous êtes, vous, ceux qui se donnent pour justes aux yeux des hommes ». Mais tout cela n’était qu’apparence : « Malheureux êtes-vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous ressemblez à des tombeaux blanchis à la chaux : à l’extérieur ils ont une belle apparence, mais l’intérieur est rempli d’ossements et de toutes sortes de choses impures. C’est ainsi que vous, à l’extérieur, pour les gens, vous avez l’apparence d’hommes justes, mais à l’intérieur vous êtes pleins d’hypocrisie et de mal » (Lc 16,15 ; Mt 6,2 ; Mt 23,27-28).

            Pourtant, ces Pharisiens étudiaient la Loi de Moïse et les Prophètes tous les soirs, après leur travail… Et il est pourtant bien écrit, dans le Livre du Deutéronome, le Livre de la Loi par excellence : « Se trouve-t-il chez toi un pauvre, d’entre tes frères, dans l’une des villes de ton pays que le Seigneur ton Dieu t’a donné ?  Tu n’endurciras pas ton cœur ni ne fermeras ta main à ton frère pauvre, mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras ce qui lui manque ». Notons que le texte ne parle ici que de « prêter », mais peu après, il lance une invitation libre à aller plus loin, à donner, avec la perspective d’une récompense, pour encourager à l’action : « Quand tu lui donnes, tu dois lui donner de bon cœur, car pour cela le Seigneur ton Dieu te bénira dans toutes tes actions et dans tous tes travaux ». Quoiqu’il en soit : « Tu dois ouvrir ta main à ton frère, à celui qui est humilié et pauvre dans ton pays » (Dt 15,7-11).

            Or Jésus met ici en scène « un homme riche », nouvelle allusion aux Pharisiens, « qui portait des vêtements de luxe  et faisait chaque jour des festins somptueux. » Et « couché devant son portail, couvert de plaies », gisait « un pauvre Lazare » que cet « homme riche » ne pouvait que voir et revoir lorsqu’il sortait de chez lui ou y rentrait. Et il ne lui donna jamais rien ! Fermé à son prochain, son cœur ne pouvait qu’être aussi fermé à Dieu, une attitude qui demeure au moment de la mort… Incapable de recevoir cette Plénitude que Dieu veut donner à tout homme, il souffre terriblement : il lui manque le vrai Bonheur, d’autant plus que dès lors, il n’a plus accès à ses « vêtements de luxe » et à ses « festins somptueux »… Et pourtant, s’il avait vraiment écouté Moïse et les Prophètes (Am 6,1-7 ; Ez 16,49 ; Za 7,10), des Paroles de Dieu reprises par Jésus, il serait avec le pauvre Lazare, tous les deux comblés par cette Joie que le Père veut voir régner en tous ses enfants !                                                DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 26ième Dimanche du Temps Ordinaire

« Le pauvre mourut…

le riche mourut aussi… »

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Lc 19-31)

Au chapitre 16 de l’évangile de Luc, nous entendons Jésus dénoncer l’usage l’égoïste des richesses, la séduction de l’argent, devenu pour beaucoup d’hommes une idole, un dieu. La Parabole du riche et de pauvre Lazare que nous allons méditer  termine ce chapitre.

Et soulignons les mots importants 

Un homme riche : noter les mots qui décrivent la richesse.

Un pauvre nommé Lazare : comment est décrit sa pauvreté?

Est-ce que Jésus dans cette parabole porte un jugement sur le riche et le pauvre ?

Qu’est-ce qui est commun aux deux ?

Séjour des morts: Relever les mots qui décrivent ce séjour des morts. Est-ce que Jésus veut nous décrire ce que nous appelons “ l’enfer ” ?

Auprès d’Abraham : Que représente Abraham dans cette parabole ?

Un grand abîme : Qui est-ce qui a creusé cet abîme qui sépare le riche défunt et le Lazare ?

Ecouter “ Moïse et les prophètes ” : Que veut dire cette expression ?

Si quelqu’un vient de chez les morts…: Le riche réclame un miracle pour que ses frères se convertissent. Pour Jésus, qu’est-ce qui conduit à la conversion ?

Au fait de quelle conversion s’agit-il dans cette parabole ?

Pour l’animateur 

  • Le riche dans la parabole est un personnage anonyme : il est seulement dit qu’il vit dans le luxe (vêtements de luxe et tous les jours de grands festins). C’est un profiteur égoïste du luxe et des richesses.

  • Le pauvre a un nom “Lazare”, un nom qui veut dire à peu près en hébreu “Dieu vient en aide”. Il est couvert de plaies et il connaît la famine. Jésus ne dit pas que le riche est mauvais et que Lazare est bon. Mais il n’y a pas de point de rencontre entre eux. Le seul point commun aux deux : leur condition mortelle.

  • Au lieu de les rapprocher, la mort scelle définitivement la séparation: un grand abîme les sépare pour toujours. Le pauvre est emporté auprès d’Abraham : c’est à dire à la place d’honneur auprès du plus grand des témoins de la foi de l’ancien testament. Il est dans le bonheur. Le riche, lui, se retrouve là où séjournent les morts que leurs fautes condamnent à être torturés par la chaleur brûlante et la soif (image très parlante pour celui qui connaît les déserts du Moyen-Orient).

  • Dans cette parabole, Jésus ne donne pas une description de l’au-delà. La leçon est claire : le malheur du riche vient de sa richesse : c’est elle qui lui a fermé les yeux et le cœur sur la pauvreté et les besoins de tous les Lazare qu’il a rencontré au cours de son existence terrestre. Il s’est jugé lui-même: l’infranchissable distance qui le sépare d’Abraham et de Lazare, n’est rien d’autre que celle qu’il a jadis. “Dieu comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides.” (Magnificat)

  • Jésus renvoie ceux qui l’écoutent aux Ecritures (La Loi et les Prophètes) : c’est la Parole de Dieu qui indique clairement ce que Dieu veut : se servir de son argent pour créer des liens de justice et de fraternité, et faire disparaître les fossés entre ceux qui ont tout et plus qu’il n’en faut et ceux qui n’ont rien.

  • Réclamer un miracle, un signe venant du ciel pour se convertir, c’est faire fausse route, dit Jésus. Recevoir dans la foi le message de la Loi et des Prophètes, c’est à dire la Parole de Dieu, c’est cela qui conduit à la conversion : plutôt que de subir un renversement catastrophique à la mort, mieux vaut pour le riche faire un “ renversement ” bénéfique dans cette vie, en partageant avec celui qui a faim.

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

Après la lecture et le partage, inviter les participants à faire silence.

Chacun, dans son cœur, est invité à demander à l’Esprit-Saint toute la lumière pour discerner ce qui doit changer dans sa vie et la force nécessaire pour le faire.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie 

“ A l’affamé appartient le pain que tu gardes, à l’homme nu le manteau que tu conserves dans ton coffre ” (Saint Basile).

Etre chrétien, c’est sortir de l’égoïsme, de l’indifférence.

Où est-ce que nous en sommes dans notre vie personnelle, dans nos quartiers, dans notre communauté chrétienne ?

Quels sont les Lazare qui se trouvent à notre porte aujourd’hui ?

Aujourd’hui, nous avons plus que les prophètes; nous avons Jésus ressuscité, toujours vivant. Son enseignement est sous nos yeux.

Qui de nous n’a jamais rêvé de signes enfin visibles et bien concrets de  ce que Dieu veut pour nous ?

Ne sommes-nous pas tentés d’attacher une plus grande importance à un phénomène merveilleux qu’à l’Evangile du Ressuscité et au témoignage des apôtres,  qui sont pourtant là,  jour et nuit, à notre portée pour nous faire changer de vie ?

Dans les Actes des apôtres en parlant de la première communauté chrétienne saint Luc nous dit qu’elle vivait dans la communion fraternelle et que parmi les chrétiens, personne n’était dans le besoin.

Et dans notre communauté paroissiale ?

 

ENSEMBLE PRIONS 

Chant : Laisserons-nous à notre table. Carnet des paroisses p.151

 

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26ième Dimanche du Temps Ordinaire 

 




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 16, 1-13)

« Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête,

afin que ces amis vous accueillent

dans les demeures éternelles. »

Voilà un évangile que l’on a bien du mal à comprendre, surtout après avoir entendu la diatribe du prophète Amos dans la première lecture contre ceux qui sont prêts à tromper leurs clients, pensant en eux-mêmes : « Nous pourrons acheter le faible pour un peu d’argent, le malheureux pour une paire de sandales… », et qui se termine par cette phrase : « Le Seigneur le jure par la Fierté de Jacob : Non, jamais je n’oublierai aucun de leurs méfaits. »

Jésus aurait-il oublié la promesse de son Père quand il dit : « Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté. » ?

Certainement pas ! Dieu n’oublie pas les méfaits, mais les pardonne !

Si le maître fait l’éloge de cette personne, ce n’est pas parce qu’il a fait une action malhonnête, bien entendu, mais parce qu’il a été habile, finaud. En réduisant les quantités que les débiteurs devaient à son maître, il s’en fait des amis (ou du moins l’espère-t-il !) qui pourront l’aider plus tard quand il sera dans le besoin.

D’autant que les historiens nous apprennent qu’en fait, le gérant avait la totale main sur la gestion du domaine et pouvait la faire à sa guise, à condition de verser une certaine somme au maître. Ce qu’il fait n’est donc pas véritablement une escroquerie vis-à-vis de son maître : en réduisant les dettes, le gérant ne puisait pas sur les ressources de son maître mais sur ses propres revenus.

Et Jésus se sert de cette parabole pour nous dire : « Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles. »

Jésus n’est pas opposé à l’argent, comme souvent on le croit. Mais il est opposé à une certaine utilisation de l’argent : celle où l’argent ne sert que pour sa propre personne, une utilisation égoïste, où on ne regarde pas autour de soi les besoins de ceux qui nous entourent.

Pour lui, en plus de nos besoins matériels personnels, il est bon d’utiliser l’argent dont on dispose pour le donner à des amis, qu’on n’est pas obligé de connaitre personnellement, des pauvres, des malades, des exclus … en individuels, ou par le biais d’associations de bienveillance.

Ce sont eux qui nous accueillerons dans les demeures éternelles.

« “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?’’ (…)  Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.” » (Mt 25,37.40).

Jésus nous demande d’utiliser notre argent en vue du Royaume des Cieux, de partager notre argent par amour pour lui à travers les autres.

Mais il n’y a pas que l’argent, ou l’aumône, qui compte. C’est nécessaire (quand on le peut) mais ce n’est pas suffisant.

Une autre chose est nécessaire, que nous rappellent le psaume et la deuxième lecture : la prière.

« Louez, serviteurs du Seigneur, louez le nom du Seigneur !

Béni soit le nom du Seigneur, maintenant et pour les siècles des siècles !

Du levant au couchant du soleil, loué soit le nom du Seigneur ! » (psaume 112)

« J’encourage, avant tout, à faire des demandes, des prières, des intercessions et des actions de grâce pour tous les hommes, pour les chefs d’État et tous ceux qui exercent l’autorité, afin que nous puissions mener notre vie dans la tranquillité et le calme, en toute piété et dignité. Cette prière est bonne et agréable à Dieu notre Sauveur, car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » (1 Tm 2,1-4)

Seigneur Jésus,

 donne-nous d’utiliser notre argent

pour ceux qui en ont besoin,

et aussi de prier pour eux

et pour tous ceux qui ont une autorité, politique ou économique,

même si nous ne sommes pas d’accord avec leurs décisions.

 

Francis Cousin

 

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25ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Dieu ou l’argent

Lc 16, 1-13

            Cette manière de raconter une histoire crapuleuse, dans le but de nous donner à penser, est tout à fait d’actualité et  devrait nous convenir : en effet, la télévision, le cinéma, les romans nous ont habitués à ces récits de truanderie où l’argent, l’amour et les calculs ne s’embarrassent pas de considérations morales, encore moins spirituelles. Pour bien comprendre cette histoire, il faut d’abord nous souvenir qu’une parabole est une histoire destinée à proposer une leçon et une seule.

Tous les auditeurs, comme nous-mêmes aujourd’hui, avons entendu cette histoire : un gérant magouilleur qui essaie de s’en sortir par des combines malhonnêtes. Alors, maintenant, nous  attendons la morale de l’histoire : la condamnation de cet homme et la nécessité de se montrer honnête. Aussi quelle est notre étonnement quand nous entendons Jésus faire son éloge ! Quoi ! Cet escroc, Seigneur, tu l’approuves, mais alors où va-t-on ? Non, rassurez-vous, le Seigneur n’approuve pas sa malhonnêteté, mais plutôt son « astuce » pour se tirer d’un mauvais pas. Effectivement, il s’est montré habile : placé devant une situation critique, exigeant une décision rapide, il a su, sans retard, faire son choix pour assurer au mieux son avenir. Jésus veut faire comprendre à ses auditeurs la gravité, l’urgence de la situation et du choix pour le chrétien : que l’on se décide tout de suite, sans attendre qu’il soit trop tard, votre bonheur et votre avenir en dépendent.

Attention, nous rappelle Jésus, vous disposez sur la terre, de biens matériels : ces biens-là, vous ne les aurez pas toujours. Alors  qu’allez-vous en faire ? Les consommer pour vous, sans souci de l’avenir, sans perspective du futur ou bien, avant qu’il ne soit trop tard, dépêchez-vous d’employer cet argent habilement, en vue de l’avenir, « faites-en un instrument au service de la relation fraternelle, de la solidarité, au lieu d’en faire un moyen de domination ou d’asservissement », « Donnez le à d’autres qui pourront vous être plus utiles au moment où l’argent n’aura plus aucune valeur, au moment où vous devrez quitter ce monde ».

L’argent que j’ai gardé pour moi me portera malheur. Qu’en as-tu-fait ? L’as-tu accumulé ou bien l’as-tu partagé, distribué au service de l’amour, du partage, de la solidarité ? Si tu as su bien l’utiliser, c’est-à-dire le mettre au service de l’amour, donné à de plus pauvres que toi, alors, il peut devenir le gage de ton bonheur dans les demeures éternelles. Tu seras jugé plus tard sur l’argent que tu as gardé et sur l’argent que tu as donné : celui que tu as gardé pour toi, te condamnera ; celui que tu as donné aux autres, te sauvera !

Autrement dit : plus tard, je serai pauvre de l’argent que j’ai gardé et je serai riche de l’argent que j’ai donné. C’est exactement le contraire du discours que vous tiennent les économistes et les financiers.

C’est pourquoi, le Seigneur, qui est parfaitement conscient de cette différence entre l’esprit du monde et l’esprit de Dieu à l’égard de l’argent, nous dit tout de suite après : « Vous ne pouvez pas, à la fois, servir Dieu et l’argent ». Ce sont deux valeurs contraires.

« Si vous vous attachez à l’argent, vous mettrez Dieu de côté ; si vous vous attachez à Dieu, vous mépriserez l’argent. Vous n’en ferez qu’un moyen secondaire au service de la charité, du partage, de la  solidarité. Aucun  serviteur  ne  peut  servir  deux maîtres : ou bien il détestera le premier et aimera le second ou bien il s’attachera au premier et méprisera le second ».

Je ne sais plus qui a dit : « L’argent peut être un bon serviteur mais il est toujours un mauvais maître ».

Oui, si  votre  argent  ne  joue pour vous qu’un rôle de service, un moyen, et non pas un but, alors il est non seulement utile, mais il peut être pour vous l’occasion de faire beaucoup de bien. Mais si cet argent devient pour vous un maître, c’est vous qui devenez son serviteur. Vous êtes motivés par l’argent, vous ne pensez plus qu’à lui, vous vous mettez à son service, alors vous devenez peu à peu son esclave : ce n’est plus vous qui tenez l’argent, c’est l’argent qui vous tient.

Dans notre société où l’argent est roi, nous ne voyons autour de nous que des esclaves de l’argent-roi : on fait  tout  pour  l’argent. On  est  prêt  à  toutes  les  combines, à  tous  les dessous  de  tables, pots  de vin, revendications, prêt à écraser son collègue et lui passer dessus, prêt à jouer au loto et ruiner sa famille, au casino, au tiercé.

Je me rappelle encore, cet homme sur son lit de mort, épuisé par toutes ses heures supplémentaires, il voulait gagner plus, mais son organisme avait craqué. Il me disait : « Mon père, à quoi bon tous ces efforts pour gagner une prime de plus à la fin du mois ! » Rappelons-nous encore une fois, que nos faux amis : Mr « coffre-fort », Mr « compte en banque », Mme  « valeur boursière », ni même Mr « loto » ne seront pas là pour suivre notre corbillard et qu’ils ne pourront jamais intervenir auprès de Dieu.

Et toi, quel est ton maître ? Que préfères-tu : Dieu ou ton portefeuille ? Que répondez-vous : « Les deux, j’aime bien l’argent, mais je t’aime toi aussi, Seigneur! » et vous entendez le Seigneur vous répondre : « Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et l’argent ».

Alors l’argent à quoi sert-il ? (le Seigneur nous répond par cette parabole) « Se faire des amis, développer l’amitié, faire de l’amitié, mettre de l’amour dans les relations ». Voilà un aspect révolutionnaire de l’Evangile : faire de l’argent un instrument de partage et d’amitié. Vous le savez bien : l’argent n’est pas mauvais en soi, ce qui est mauvais ou bon, c’est l’usage que l’on en fait et si tu as bon cœur, ton argent risque d’être une bonne chose, mais si tu es égoïste, mauvais cœur, ton argent risque d’être un moyen détestable. St-François d’Assise l’appelait le « crottin du Diable ».

En fait, tout dépend de notre cœur, de notre détachement ou de notre attachement. Et toi, que fais-tu de ton argent ? Crées-tu du bonheur avec ou pourris-tu le cœur des autres et le tien avec ? Cet Evangile peut être une bonne nouvelle pour les riches, riches ou pauvres, pour tous. Il y a moyen  de se sauver  à  condition  de ne pas tomber dans le piège de l’argent « trompeur » comme dit Jésus. « Trompeur », il l’est parce qu’il donne une fausse sécurité provisoire, il ne faut pas s’y fier.

En soi, voyez-vous, l’argent est neutre, il n’est ni bon ni mauvais, tout dépend de notre cœur à son égard, tout dépend de l’usage que l’on en fait : il peut être puissance maléfique ou puissance bénéfique.

Bien avant Karl Marx, Jésus avait mis en garde contre cette aliénation de l’homme par l’argent :

« Rappelez-vous : l’argent n’est pas votre vrai bien. La richesse ne fait pas qu’un homme devienne bon, intelligent, heureux. La valeur véritable est ailleurs : nous pouvons posséder de l’argent à condition de ne pas nous laisser posséder par lui, ce qui est vite fait ».

La vraie richesse de l’homme est au-delà de l’homme, elle est en Dieu. A nous, comme cet intendant de l’Evangile, de nous montrer habiles, clairvoyants, en discernant les vraies valeurs, celles qui ne passent pas, celles dont il nous sera demandé compte, de celles qui passent et qui ne nous seront d’aucune utilité dans l’avenir divin : faisons de nos biens un bon usage.

Le partage est plus qu’un mode de vie :

il est témoignage de foi.  AMEN




25ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 16, 1-13)

Dieu, seule Source du Bien Véritable

(Lc 16,1-13)

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !”
Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

        

        Formidable liberté de Jésus. Il prend ici un de nos si nombreux faits divers, un cas de malhonnêteté financière, pour inviter ses disciples à être « habiles ». Mais c’est clair, ce « gérant » est « trompeur » au même titre que « l’Argent trompeur » qu’il a servi au mépris de toute justice. Et l’appel de Jésus est sans équivoque : « Faites-vous des amis avec l’Argent trompeur, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles ». L’argent appartient à ce monde qui passe, et il passera avec lui… Par contre, l’amitié vraie est appelée à durer éternellement. L’argent doit donc être un instrument d’amitié au service de l’homme, car ici-bas, lui seul a « une âme immortelle » (CEC 990 ; 1022). Et si « tout passe, l’amour seul demeure » (Ste Thérèse d’Avila).

            Contrairement à ce gérant qu’il a pourtant pris en exemple, Jésus invite ensuite à « être digne de confiance » aussi bien dans « une toute petite affaire » que « dans une grande ». En effet, ce n’est pas « l’affaire » en elle-même qui est importante, mais la manière, l’état d’esprit, le cœur avec lequel elle est traitée. « Qui vole un œuf, vole un bœuf ». Dans l’un ou l’autre cas, il s’agit toujours d’un vol…

            « Si vous n’avez pas été dignes de confiance avec l’Argent trompeur, qui vous confiera le bien véritable ? » « Le bien véritable » est en définitive ce qui appartient au « Dieu véritable » (Jn 17,3 ; 1Th 1,9 ; 1Jn 5,20), ce qui lui est propre : la Plénitude de son Esprit qui Est Lumière et Vie. Dieu, qui « Est Esprit » (Jn 4,24), a en effet créé tout homme « esprit », lui donnant ainsi de partager sa condition éternelle et donc immortelle. Et il l’a créé « esprit » pour le combler de la Plénitude de son Esprit, gratuitement, par Amour. Puisque tel est le projet de Dieu, on peut dire que, de son côté, cet Esprit nous est déjà donné. Et il est déjà pleinement « nôtre » au sens où nous avons tous été faits pour Lui… Mais ce Trésor qui fera notre Bonheur éternel ne vient pas de nous : il est un Don de Dieu que nous sommes appelés à recevoir… Et ceci ne pourra se réaliser que si nous acceptons, en toute liberté, de nous tourner de tout cœur vers Lui et de nous laisser aimer, de nous laisser combler… Or, se tourner vers Dieu, c’est au même moment se détourner du mal, se convertir. Il ne peut en être autrement. D’où cette si belle formule de Jésus : « Si vous n’avez pas été dignes de confiance pour des biens étrangers », en ne gérant pas correctement les biens de ce monde, et donc en se détournant de cœur de Dieu,  « le vôtre », ce Bien véritable qui est appelé à être pleinement vôtre, celui qui, du côté de Dieu vous est déjà donné, « qui vous le donnera ? »

   DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 25ième Dimanche du Temps Ordinaire

« Vous ne pouvez pas servir

à la fois Dieu et l’Argent »

(Lc 16,1-13) !

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Lc 16, 1-13)

Il semble que la notion de « biens » ait servi à St Luc de fil conducteur : que nos biens ne nous empêchent pas de répondre à Dieu qui nous invite tous au Festin du Royaume (Lc 14,15-24). « Quiconque ne renonce pas à tous ses biens ne peut pas être mon disciple » (14,33). Puis le Père « partagera son bien » avec ses deux fils, et le plus jeune « dissipa son bien en vivant dans l’inconduite ». Mais le Père, en l’accueillant à son retour, lui donnera à nouveau autorité sur tous ses biens. « Tout ce qui est à moi est à toi » dit-il en fait à tous ses fils (15,11-32). Et l’enseignement se poursuit ici sur l’attitude juste à avoir vis-à-vis de l’argent.

Et soulignons les mots importants 

  • L’Evangile commence par l’image d’un homme riche et du gérant qui s’occupait de ses biens. Mais que faisait-il en fait ? Comment est-il appelé par la suite ? Noter l’expression pour la seconde partie de notre Evangile : de quoi n’a-t-il pas été digne ? Et quelle décision son maître prend-il à son égard ?

  • Ce gérant fait le bilan de ce qu’il sait faire… Que décide-t-il et dans quel but ? Quelle qualité Jésus désire-t-il ici mettre en valeur ? Qu’est-ce qui devient le plus important maintenant pour ce gérant : l’argent ou les relations humaines ? Et de fait, quelle invitation Jésus donne-t-il en conclusion ? Que suppose-t-elle sur les relations que nous avons commencé à construire ici-bas ?

  • Dans la seconde partie de l’Evangile, une expression revient quatre fois, laquelle ? A quoi Jésus nous appelle-t-il dans le concret de notre vie ?

            Jésus parle par deux fois « d’une petite affaire » puis « d’une grande », une fois de manière positive, une autre fois de manière négative. Puis il parle « de l’argent trompeur » et « du bien véritable ». D’après ce parallèle, quelle importance l’argent a-t-il à ses yeux ? Et quel est ce « bien véritable » ?

            Noter ensuite les deux expressions qu’il emploie : « des biens étrangers », quels sont-ils ? « Le vôtre », à quoi cela renvoie-t-il ? En renversant cette phrase au sens positif, « le vôtre », notre vrai bien, qui nous le donnera ? Conclusion : l’homme peut-il s’accomplir tout seul, peut-il trouver le vrai bonheur par lui-même ? Dans quelle direction doit-il chercher et pourquoi ? On peut se souvenir de ce que le Père en Lc 15,11-32 disait à ses deux fils…

  • A travers l’argent, que cherche l’homme ? Pense-t-il alors à autre chose que lui‑même ? Comment qualifier une telle démarche ? Est-elle compatible avec la recherche de Dieu ? Si non, pourquoi ?

Pour l’animateur 

  • Le gérant « gaspillait les biens » de son maître. Jésus le qualifie de « gérant trompeur ». Il n’a pas été digne de confiance… Son maître décide de le licencier.

  • Ce gérant n’a pas la force de travailler la terre, et il aurait trop honte de mendier. Il va continuer à tromper la confiance de son maître, une attitude que Jésus dénoncera fortement par la suite, mais il va se montrer « habile» en faisant en sorte que beaucoup « l’accueillent » quand il sera « renvoyé » : il leur fait cadeau d’une grande partie de leurs dettes. Bientôt, il n’aura plus d’argent : ce seront alors ses amis qui l’aideront.

            Jésus part de ce contexte négatif, encore une fois clairement dénoncé par la suite, pour nous inviter à mettre à la première place dans notre vie les relations humaines, pour qu’elles deviennent le plus possible des relations d’amitié et d’entraide… Mais si tel est le cas, s’entraider implique de savoir puiser dans ses biens pour aider l’autre. Le plus important devient alors celui que l’on peut aider et non le bien matériel que nous pouvons avoir… L’argent, nécessaire à la vie, ne doit pas devenir une fin en soi, mais il doit être mis au service des relations humaines, pour qu’elles soient vraiment humaines et d’amitié, chacun ayant le souci, dans la mesure du possible, du bien de l’autre…

            « Faites vous des amis avec l’argent trompeur »… L’amitié vraie, contrairement à l’argent, ne trompe pas, ne déçoit pas… Elle fait partie ici-bas des vrais biens de cette vie… Et si nos vrais amis nous accueilleront dans les demeures éternelles, Jésus souligne à quel point l’amitié vraie, l’amour vrai, a valeur d’éternité pour ce Royaume de Dieu où l’Amour seul règnera… Et nos relations vraies, construites ici-bas, continueront « là-haut » avec une Plénitude qui sera celle-là même de Dieu !

  • « Etre digne de confiance » intervient quatre fois, ce qui suppose de ne pas être « trompeur» (trois fois ici, deux fois précédemment). L’attitude du gérant est donc clairement condamnée par Jésus… Cet appel à la confiance rejoint tous les aspects de notre vie : les exemples concrets ne peuvent manquer !

            Pour Jésus, l’argent est « une petite affaire ». La « grande » est ce « bien véritable » que Dieu veut nous donner et pour lequel il nous a tous créés. Voilà pourquoi Jésus dit que c’est le « nôtre » au sens où nous ne serons pleinement nous-mêmes que lorsque ce « bien véritable » sera véritablement « nôtre ». Et quel est-il ? Rien de moins que ce que Dieu Est en Lui-même : Plénitude d’Amour (1Jn 4,8.16), d’Esprit (Jn 4,24), de Lumière (1Jn 1,5) et de Vie (Jn 1,4). Or « Dieu est Amour » et « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux ; Jn 3,35), une expression à prendre pour Dieu au pied de la lettre. Dans son Amour, Dieu est éternellement Don de Lui-même… Et il nous a tous créés pour que nous soyons comblés par ce Don qu’il ne cesse de faire de Lui-même (cf. Lc 1,15.41.67 ; 4,1 ; Ac 4,8 ; 6,5 ; 9,17…).

Nul ne peut donc s’accomplir par lui-même… Notre bien véritable ne peut venir que du Père qui nous le donne par Amour et il est heureux de nous le donner, pour notre plus grand bien. Ainsi Est l’Amour qui ne pense qu’au bien de l’autre et qui se réjouit que l’autre soit bien (So 3,17 ; Lc 15,7.10.23-24.32)…

  • A travers l’argent, l’homme se recherche lui-même, et cela parfois au détriment des autres… Ne penser qu’à soi-même : tel est l’égoïsme. L’Amour au contraire est ouverture à l’autre, pur regard vers l’autre dans la seule recherche de son bien. Ainsi est Dieu, Lui qui n’est qu’Amour et qui n’a qu’un seul désir : nous combler de ce qu’il Est en Lui-même, et cela pour notre seul Bien.

            Nous sommes pécheurs, blessés… Mais si nous acceptons de nous laisser aimer jour après jour, tels que nous sommes, ce Don, petit à petit, va nous guérir et nous apprendre à aimer, à nous ouvrir à l’Autre et aux autres dans la recherche de leur seul bien…

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

            « Je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien… Je trouverai ma joie à leur faire du bien ». «  Si tu savais le Don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’Eau Vive », l’Eau Vive de l’Esprit Saint dont le fruit dans les cœurs  est « amour, joie, paix ». « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite ». « Convertissez-vous et croyez en la Bonne Nouvelle » (Jr 32,40-41 ; Jn 4,10 ; 7,37-39 ; Ga 5,22 ; Jn 15,11 ; Mc 1,15).

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie

             – Jésus nous appelle ici à être « dignes de confiance » notamment pour ce qui est de gérer l’argent, et cela à notre travail, dans nos familles, nos communautés paroissiales. Avons-nous pris son appel au sérieux ?

            – Dans la gestion de notre vie quotidienne, n’y a-t-il pas du gâchis ou des dépenses inutiles que nous pourrions éviter ?

            – Avons-nous trouvé avec Jésus la joie de donner, de partager, de semer de la joie autour de nous ?

 

ENSEMBLE PRIONS 

Seigneur Jésus, toi qui es venu nous arracher à nos égoïsmes pour nous introduire dans ton Royaume d’Amour et de Paix, que le Don de ton Esprit et de ta Vie nous aide à ne rien préférer à ton Amour. Que ta grâce triomphe en nous de tout mal pour que nous trouvions avec toi la joie de nous donner sans retour. Par Jésus, le Christ, notre Seigneur. Amen.

 

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25ième Dimanche du Temps ordinaire 1

 




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 15, 1-32)

Consentir à ce Dieu et Père qui nous cherche tous (Lc 15,1-32)…

En ce temps-là, les publicains et les pécheurs venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui : « Cet homme fait bon accueil aux pécheurs, et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Si l’un de vous a cent brebis et qu’il en perd une, n’abandonne-t-il pas les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller chercher celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve ?
Quand il l’a retrouvée, il la prend sur ses épaules, tout joyeux, et, de retour chez lui, il rassemble ses amis et ses voisins pour leur dire :

“Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé ma brebis, celle qui était perdue !”
Je vous le dis : C’est ainsi qu’il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. »
Ou encore, si une femme a dix pièces d’argent et qu’elle en perd une, ne va-t-elle pas allumer une lampe, balayer la maison, et chercher avec soin jusqu’à ce qu’elle la retrouve ?
Quand elle l’a retrouvée, elle rassemble ses amies et ses voisines pour leur dire : “Réjouissez-vous avec moi, car j’ai retrouvé la pièce d’argent que j’avais perdue !”
Ainsi je vous le dis : Il y a de la joie devant les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit. »
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit : “Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”
Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.” Et ils commencèrent à festoyer.
Or le fils aîné était aux champs. Quand il revint et fut près de la maison, il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs, il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit : “Ton frère est arrivé, et ton père a tué le veau gras, parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
Alors le fils aîné se mit en colère, et il refusait d’entrer. Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père : “Il y a tant d’années que je suis à ton service sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu après avoir dévoré ton bien avec des prostituées, tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
Le père répondit : “Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé !” »

        

              Trois récits s’enchaînent ici : la brebis « perdue » et « retrouvée » (Lc 15,4-7), la pièce de monnaie « perdue » et « retrouvée » (Lc 15,8-10), puis l’épisode de ce plus jeune fils qui, ayant choisi au début un chemin de perdition, décide de se repentir et de revenir chez son Père (Lc 15,11-32). Et ce dernier dira en l’accueillant les bras grands ouverts : « Mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé ».

            Trois récits, et pourtant, juste avant le premier, St Luc écrit : « Jésus leur dit cette parabole », au singulier… Autrement dit, tout ce qui suit est comme une seule parabole. Ces trois récits renvoient donc à une seule et même réalité…

            Or, dans les deux premiers, le pasteur et la femme sont deux images qui renvoient à Dieu, ce « Père » qui nous aime avec des « entrailles » de Mère (Is 63,15‑17). Entre Dieu et l’homme pécheur qui l’a abandonné et si souvent offensé, c’est Dieu qui a l’initiative et qui, le premier, le « cherche avec soin, jusqu’à ce qu’il le retrouve ». Voilà comment il se comporte envers tout homme sur cette terre, car  « il veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4) ! Nous sommes donc tous des « cherchés par Dieu », des « voulus par Dieu », car il est notre Père à tous, un Père qui aime infiniment chacun de ses enfants. Non, « ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés, et il a envoyé son Fils en sacrifice de pardon pour nos péchés ». (1Jn 4,10). « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs » (Rm 5,8).

            « Je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien, je trouverai ma joie à leur faire du bien » (Jr 32,40-41). Voilà ce que fait Dieu vis-à-vis de l’homme, quel qu’il soit, qui se perd dans les ténèbres de son péché… Et quand ce dernier dresse enfin l’oreille de son cœur, il ne peut qu’entendre la Voix de Celui qui n’a cessé de le suivre pour lui offrir toute sa Tendresse, son Amour et sa Miséricorde infinie… S’il accepte de se laisser rejoindre, de se laisser aimer tel qu’il est, il s’entendra dire alors : « Je t’ai suivi jusqu’à maintenant dans tous tes errements. Maintenant, lève-toi, détourne-toi de tout ce qui en fait te détruit, et suis-moi ! ». Et au même moment Dieu lui offrira la Force de son Esprit sans laquelle il ne peut rien… Avec Elle et par Elle, c’est Lui qui le portera et le ramènera à la Maison (les deux premiers récits). Mais rien ne se fera sans le consentement libre et responsable de ce fils perdu (le troisième récit), qui, une fois retrouvé par son Dieu et Père, décide de consentir à cet Amour qui le précède : « Je vais retourner chez mon Père, et je lui dirai : « Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi »… Et il se retrouvera aussitôt dans les bras de son Père, « couvert de baisers », et vite revêtu de « la plus belle robe » de la Maison du Père, celle du Père Lui-même, une Robe de Splendeur, de Majesté, de Lumière et de Gloire…       DJF