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Marche blanche en hommage au Père Jacques Hamel : « Marchons ensemble, vivons ensemble ».

Dimanche 31 juillet, le Groupe de Dialogue Interreligieux a organisé une marche blanche en hommage au Père Jacques Hamel assassiné. « Nous ne pouvons pas rester chez nous calfeutrés. Il faut vaincre la peur et tisser des relations de fraternité avec tous ceux qui nous entourent. Marcher ensemble, c’est déjà vivre ensemble, c’est dire publiquement que nous nous engageons à mieux vivre ensemble ».

Environs deux mille personnes, peut-être plus, ont répondu à cet appel. Le cortège a démarré devant la mosquée de St Denis de la Réunion, rue du Maréchal Leclerc, pour ensuite emprunter la Rue de Paris et arriver devant la cathédrale.

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Arrivée Rue de Paris                       

 

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A droite de Mgr Gilbert Aubry, Evêque de la Réunion, Mr Idriss Issop Banian, Président du Groupe de Dialogue Interreligieux de la Réunion ; à sa gauche, Mr Houssen Amode, Président du Conseil Régional du Culte Musulman.

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Arrivée au parvis de la Cathédrale de St Denis  

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A gauche de la photo de droite :

Mme Nassimah Dindar, Présidente du Conseil Général de la Réunion

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Lecture d’une prière commune:

Seigneur Dieu,

Créateur et Maître de tous les univers,

Origine et fin de toute vie,

Tu es la source de nos vies.

Grâce à toi, nous ne formons qu’une seule et même famille humaine.

Arrache de nos coeurs toute pensée fratricide

et fais de nous des artisans de paix.

Libère-nous des passions mauvaises

et tiens-nous dans la Lumière.

Donne-nous le courage de faire la vérité dans nos relations

afion que la justice soit le fruit de ton Amour en nous,

entre nous et autour de nous.

Nous Te prions pour toutes les victimes des conflits et des guerres

dans le monde.

Nous te prions aussi pour les Chefs d’Etat, pour les diplomates

et les militaires.

Anime-les de l’Esprit de Paix.

Qu’en étant au service de leurs peuples,

ils assurent en même temps le bien commun de toutes les nations.

Nous te demandons cela pour la Réunion et pour le monde entier.

Maintenant et pour les siècles sans fin. Amen.

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Puis il y eut une minute de silence en mémoire du Père Jacques Hamel.

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Et tous furent invités à prendre les mains de leurs voisins en signe de fraternité.

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Toute l’assemblée a ensuite applaudi longuement avant de se séparer.

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Photos : Noéline Fournier.

 




Assassinat du Père Jacques Hamel : « Le summum de l’odieux » (Déclaration de Mr Houssen Amode, Président du Conseil Régional du Culte Musulman ; 27 juillet 2016).

A Monseigneur Gilbert Aubry, Evêque de la Réunion

 

Monseigneur,

La récente prise d’otages à l’église de Saint-Etienne du Rouvray par deux terroristes, avec le meurtre du Père Jacques HAMEL, a été revendiquée par le groupe Etat Islamique (Daech).

La violation d’un espace sacré destiné à la prière et au recueillement, constitue déjà en soi une atteinte grave aux valeurs et sentiments les plus élevés de toute une communauté de croyants.

Là où le summum de l’odieux est atteint c’est l’assassinat du curé de la paroisse en plein office religieux, et qui par ailleurs, comble de la barbarie, était très âgé et vulnérable.

La perte d’une vie humaine est toujours dramatique. Elle est encore plus incompréhensible et regrettable lorsque la victime est un homme de foi et de paix, ayant consacré sa vie à Dieu et à son prochain, et prônant le dialogue et la concorde entre tous les hommes, quelles que soient leurs appartenances.

Au nom des composantes musulmanes Sunnites et Chiites de La Réunion, toutes représentées au sein du CRCM, nous condamnons de façon ferme et unanime ces exactions qui constituent un palier de plus dans l’horreur, encore jamais atteint en France.

Nous avons une pensée émue pour le disparu et nous souhaitons également témoigner de notre solidarité avec sa famille, avec les autres otages dont certains ont été blessés et meurtris, ainsi qu’avec tous les habitants de Saint-Etienne du Rouvray.

Nous tenons enfin à vous remercier pour vos paroles d’apaisement, si précieuses en ces périodes troublées et propices à la surenchère et aux affrontements.
Dans leur immense majorité les catholiques, et plus globalement les français, ont su, malgré la douleur et l’inquiétude, appeler à la raison, et ainsi éviter les amalgames et les réactions violentes, qui seraient de nature à faire imploser notre société, but d’ailleurs recherché par ces terroristes qui abusivement se prévalent d’agir au nom de l’Islam et des Musulmans.

En vous réitérant notre amitié et bien respectueusement,

Saint-Denis le 27 Juillet 2A16

Houssen Amode

Président du Conseil Régional du Culte Musulman

CRCM Message à Mgr Gilbert Aubry : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au message de Mr Houssen Amode en format PDF

Prière en hommage au pretre jacques Hamel assassine

Prière en hommage au Père Jacques Hamel




18ième Dimanche du Temps Ordinaire- Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS, paroisse Saint-Jean-de-Malte (Aix-en-Provence)

Nous sommes exposés à l’amour de Dieu

amour de dieu

Cet homme riche est traité d’insensé, c’est-à-dire qu’il manque de sagesse. En relisant cette parabole, en la méditant, je me disais ceci : au fond, à première lecture, cette parabole nous rappelle simplement cette vieille sagesse sémitique qui a le sens de la fragilité de toute chose. Tout, dans l’histoire humaine, est pratiquement imprévisible, ou presque. Parce que nous savons que les projets que nous faisons, la plupart du temps sont contrecarrés, sont modifiés par des événements, des circonstances. Parce que nous éprouvons, dans notre propre vie, cette fragilité fondamentale de notre désir, de notre vouloir qui n’arrivent jamais à se réaliser pleinement et complètement. Parce qu’aussi nous voyons sans cesse dans notre vie la fragilité de cette vie physique, biologique que nous possédons et qui, à un certain moment, disparaît. Nous avons ce regard sur toute chose qui est que chaque chose n’a pas sa plénitude et sa consistance propre, qu’elle n’arrive pas à se tenir debout toute seule de manière stable et définitive. Dans toute la Bible, les affirmations concernant soit la nature, le monde créé, soit notre propre existence, vont sans cesse dans ce sens : le monde ne tient pas debout tout seul. Heureusement que Dieu l’a fixé sur des colonnes, autrement il s’écroulerait sans cesse. Et puis, « l’homme, ses jours sont comme l’herbe. Comme la fleur des champs il fleurit, un coup de vent passe et il n’existe plus ! »

Dans d’autres cultures, dans d’autres civilisations, dans d’autres philosophies, on l’avait déjà pressenti. Dans la tradition philosophique, on appelle cela la contingence, c’est-à-dire le fait que toute chose n’arrive pas à tenir dans une sorte d’autosuffisance. Elle ne s’explique pas toute seule. Elle ne tient pas debout absolument toute seule. Même si Dieu lui a conféré une autonomie, en réalité, elle est vouée à un moment ou l’autre, à une mort, à une destruction.

Et l’on pourrait croire que cette petite parabole que le Christ nous livre en ce jour, ne veut dire que cela. Au fond, cet homme avec ses richesses, tout le blé qu’il a engrangé et qu’il projette encore d’enfermer dans ses granges qu’il envisage d’agrandir est le symbole de ce désir de vouloir tenir, tout seul, dans l’existence, de se donner à soi-même sa propre sécurité, sans pouvoir y arriver. Cela c’est la face négative de cette parabole.

Mais je me disais en même temps, qu’il y a quelque chose d’extrêmement consolant dans toute cette affaire. Car cette fragilité et cette inconsistance du monde n’ont-elles pas aussi une face positive ? En effet, dire que ce monde est fragile, dire que nous ne pouvons pas nous assurer la vie par nous-mêmes et pour nous-mêmes, cela ne veut-il pas dire que Dieu prier_Dieu_Lumi_re_dans_nos_vieest si proche qu’à tout instant, il peut faire irruption dans nos vies ? Est-ce que, au fond, dans la vie de cet homme qui était en train de se construire une sorte d’énorme barrage vis-à-vis de ses propres projets, vis-à-vis des autres, vis-à-vis de Dieu, est-ce qu’il n’y a pas là le signe que cette fragilité même de sa vie et de ses projets, et qui montre que Dieu, à tout instant, est proche de lui et peut intervenir au cœur de sa propre vie, même s’il s’agit de ce moyen radical qui est de le rappeler à Lui ?

En réalité, si notre vie est fragile, il faut que nous sachions que cette fragilité signifie deux choses. Elle est sans cesse un rappel de ce que nous ne pouvons pas tenir en nos propres mains notre existence. Mais, en même temps, elle est le signe qu’en réalité, comme le dit saint Paul, « rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu ! » Si fortes que soient les barrières dont nous voulons nous prémunir, si fortes que soient les richesses dont nous croyons nous assurer, si grandes que soient les sécurités morales ou spirituelles que nous voulons essayer de nous bâtir et qui, la plupart du temps, sont fausses parce qu’elles sont l’ouvrage de nos mains, en réalité, cette fragilité profonde de notre vie fait que, sans cesse, nous sommes exposés à l’amour de Dieu.

Alors, je crois qu’il est bon de rendre grâces, à certains moments, pour cette fragilité que Dieu nous a donnée. C’est vrai qu’elle est une sorte d’ascèse et de pénitence car il s’agit sans cesse de remettre nos vies entre les mains de Dieu. Mais, en même temps elle a quelque chose d’extrêmement beau et éblouissant, c’est de dire que la lumière de Dieu est si proche qu’elle nous est cachée, simplement, par un voile, le voile de l’obscurité de notre regard, le voile de notre dureté de cœur, mais qu’à tout moment Dieu peut briser ce voile et nous dire : « Voici, je viens ! » Amen.ESPRIT SAINT 1




Rencontre autour de l’Évangile – 18ieme dimanche du temps ordinaire

« Vous êtes ressuscités avec le Christ…

Tendez vers les réalités d’en-haut, et non pas vers celles de la terre.  »

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Luc 12, 13-21)            

Jésus est en route vers Jérusalem. Après l’enseignement de Jésus sur la prière, Luc place divers épisodes où l’on voit Jésus attaqué par ses adversaires qui le traitent de possédé parce qu’il a pratiqué un exorcisme, par les pharisiens et les docteurs de la Loi a qui Jésus fait de vifs reproches sur leur comportement. Et Jésus met en garde ses disciples et la foule contre leurs enseignements, et il leur demande de prendre parti pour lui et pour Dieu son Père qui prend soin d’eux. Dans l’évangile que nous allons méditer, il met ses auditeurs en garde contre le danger des richesses. 

Soulignons les mots importants

L’animateur demande à chacun de noter les mots qui lui semblent importants ou pour lesquels il voudrait une explication. 

Héritage : C’est un mot qui est souvent source de problèmes dans nos familles. Pourquoi ?

Qui m’a établi pour faire vos partages ? : En demandant à Jésus d’intervenir dans un problème d’héritage, cet homme ne se trompe-t-il pas de porte ! Que pensons-nous de la réponse de Jésus ?

Âpreté au gain : Comment comprenons-nous cette expression ? Trouver des mots de chez nous qui veulent dire la même chose.

Richesses : Quel sens Jésus donne à ce mot dans cet évangile ?

“ mange, bois, jouis ” : Derrière ces mots quelle conception de la vie ? Est-elle d’actualité dans notre société ?

“ Tu es fou ” : De quelle folie s’agit-il ici ?

Etre riche en vue de Dieu : Que propose ainsi Jésus à celui qui veut être son disciple ?

 

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Ensemble regardons Jésus 

En silence, nous écoutons Jésus parler à  notre cœur : “ La vie d’un homme ne dépend pas de ses richesses ”. Lui-même s’est fait pauvre pour nous enrichir : par lui et en lui nous vivons de la vie de Dieu avec toutes les richesses pour grandir dans cette vie : sa Parole, l’Eglise, les sacrements, l’amour des frères…Grâce à l’Esprit Saint que le Père nous a donné, nous pouvons aimer, partager, servir, fraterniser, réconcilier, nous donner …en un mot “ être riche en vue de Dieu ”.

 

   

Pour l’animateur 

  De tout temps, le partage de l’héritage familial a été source de problèmes, de conflits, de divisions.

  Le rôle des rabbis était précisément de s’occuper d’affaires légales. Jésus n’est pas un rabbi comme les autres. La tâche de Jésus est d’annoncer la Bonne Nouvelle du Règne, autrement dit de “ s’occuper des affaires de son Père ”, comme il l’a dit un jour à ses parents, d’appeler à la conversion et de nous aider à vivre l’Evangile. A la racine du problème entre les deux frères, c’est justement un changement radical du cœur (conversion) qui est nécessaire.

  L’âpreté au gain, c’est ce désir d’avoir toujours plus, désir jamais satisfait. Il y a un mot que le dieu-argent ne dit jamais : “ Assez ! ” D’ailleurs cette avidité, cette cupidité, ne menace pas seulement celui qui a beaucoup de biens ou beaucoup de moyens. Il y a de grandes richesses et des petites richesses. Mais c’est au niveau du cœur que se situe la soif d’avoir toujours plus, quand l’argent devient le seul moteur de la vie. Les biens égoïstement accumulés n’ont rien à voir avec la vraie vie de l’homme. L’existence humaine ne se gère pas comme un bien d’héritage !

  Nous vivons dans une société de consommation et de jouissances, où l’argent est roi (et non pas le client ! comme on veut faire croire). La publicité est partout présente et souvent agressive pour nous faire avoir toujours plus de choses, parfois d’utilité douteuse. Les nombreux jeux d’argent aux sommes énormes font rêver et nourrit dans les cœurs le désir de “ gagner des millions ” ! Les valeurs spirituelles, les richesses du cœur sont au second plan ou même oubliées !

  La parabole du riche insensé (“tu es fou ”) permet à Jésus d’illustrer son enseignement : ce fermier est “ fou ” parce qu’il a perdu le vrai sens des choses de ce monde : il pense que la vraie sécurité est l’entassement des biens matériels. Il ne prend pas en compte sa mort. Il est entièrement préoccupé d’une réalisation égoïste qui ne table que sur la vie présente, au lieu d’être riche en vue de Dieu, c’est à dire faire un bon usage de ses biens pour aider ses frères les plus pauvres, pour partager et s’assurer ainsi un bonheur solide en se faisant un “ trésor dans le cieux ”.

       

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

L’Evangile aujourd’hui dans notre vie

Souvent les mésententes et divisions dans nos familles naissent avec des problèmes d’héritage. Pourquoi ?

Jésus ne met pas en garde contre l’argent lui-même, il sait bien qu’il en faut pour vivre, mais contre la croyance que l’argent fait le bonheur. L’argent est souvent un obstacle sur la route du Royaume. Jésus ne prêche pas l’imprévoyance ni la négligence dans la gestion de nos biens. Il veut au contraire des hommes et des femmes libres et responsables.

Dans cette société de consommation, ne sommes-nous pas victimes de cette attirance irrésistible vers les biens matériels, en espérant y trouver la douceur de vivre ? Est-ce que nous restons libres par rapport aux biens matériels ?

Quelle est notre attitude par rapport à la publicité ? Par rapport aux jeux d’argent ? Comment faire pour rester libres ? Comment faire pour consommer de manière responsable ?

Pourtant, plus nous avançons dans la vie, nous savons que la mort, à chaque instant, peut tout balayer. Dans la parabole de cet évangile Jésus nous le rappelle fortement.

Quelles conséquences devons-nous en tirer pour notre vie de tous les jours ?

Les véritables greniers se remplissent avec les richesses du cœur.

Pour être riche, en vue de Dieu ” autrement dit pour développer les richesses du cœur, quelle conversion avons-nous à faire : avoir un cœur libre de toute attache à l’argent ? Une plus grande disponibilité de vie pour aider ? Respect des plus pauvres ? Participer à des associations humanitaires, etc. ? 

Ensemble prions.

Seigneur Jésus, tu as dit “ heureux les pauvres, car le Royaume des cieux est à eux ”, donne-nous l’esprit de pauvreté et d’humilité.

Seigneur Jésus, tu as dit “ heureux ceux qui ont faim et soif car ils seront rassasiés ”, donne-nous une âme assoiffée de justice et d’amour.

Nous redisons ensemble la prière du disciple, prière du pauvre : Notre Père.

 

 

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17e dimanche ordinaire – Année C – Claude WON FAH HIN

Évangile : Luc 11, 1–13

Jésus en prière1Jésus prie quelque part. Il prie en réalité partout où il se trouve et il est constamment en relation avec son Père. C’est une prière continuelle. De même, pour nous, il nous faut faire une prière continuelle pour rester en contact avec le Christ. –  Mais dire ou réciter une prière ne suffit pas pour rester en lien avec Jésus.  Ce n’est pas le fait de réciter ou de lire une prière qui fait la prière, il faut vraiment le dire avec cœur, avec sincérité, en vérité, en prenant son temps. Il faut même aller encore plus loin et le Pape François nous dit (« Méditations quotidiennes – P.242) : « si l’on veut obtenir quelque chose de Dieu, il faut avoir le courage de négocier » avec Lui à travers une prière insistante et convaincue, faite de peu de mots. Faire comme Abraham, avec sa manière de parler avec Dieu, exactement comme s’il était en train de négocier avec un autre homme ; Il a insisté auprès de Dieu à Sodome et Gomorrhe et est passé de cinquante à dix justes. Si une personne veut que le Seigneur lui accorde une grâce, elle doit aller avec courage et faire ce qu’a fait Abraham, avec insistance ». Cette insistance va jusqu’à ce que l’on ait obtenu la grâce demandée, et ne comptez pas la durée, cela peut être très rapide comme cela peut être très long, sur plusieurs années. Mais si vous voulez absolument une grâce, il faut prier aussi longtemps que nécessaire sans jamais douter que vous l’obtiendrez. 1 Jn 5,14-15 : « 14 Nous avons en Dieu cette assurance que, si nous demandons quelque chose selon sa volonté, il nous écoute. 15 Et si nous savons qu’il nous écoute en tout ce que nous lui demandons, nous savons que nous possédons ce que nous lui avons demandé ». « Et si Dieu semble tarder à nous réponde (P.251 – «  Grâce et Miséricorde » – Michel Hubaut), ce n’est pas par indifférence, mais pour nous laisser le temps d’arriver là où il veut que nous allions ». Cela fait partie de ses desseins de salut pour nous. Quand nous prions Dieu, Dieu ne vient pas à nous, c’est nous qui allons vers Lui, « ce n’est pas Dieu qui se plie à mes projets, à mes désirs mais ce sont mes désirs qui rejoignent peu à peu le Désir de Dieu ». Et c’est pour cela que Dieu semble parfois prendre du temps pour nous exaucer, le temps pour nous d’arriver là où Dieu veut nous conduire.

personne en prière

Un de ses disciples lui demande de leur apprendre à prier. Jésus nous rappelle que nous sommes les enfants de Dieu. Et parce qu’il est notre Père, nous devons avoir recours à Lui autant de fois que nous avons besoin de Lui, comme un petit enfant a besoin de son Père, sinon il se sent perdu. Et c’est parce qu’on ne fait pas assez appel au «  Père », que nous nous perdons dans la vie de tous les jours.   Adorer le Père nous fait renaitre à sa Vie en tant qu’enfants de Dieu. Saint Ambroise nous dit : «  Dis «  Notre Père » pour mériter d’être son fils » (CEC 2783). Etre fils adoptif de Dieu implique de notre part une conversion continuelle et une vie nouvelle de chaque instant (CEC 2784). Nous ne pouvons pas appeler notre Père le Dieu de toute bonté si nous gardons en nous un cœur cruel et inhumain envers les autres, car à ce moment-là nous n’avons plus en nous la marque de la bonté du Père. L’expression « Notre Père » laisse entendre que tous ceux qui le disent forment un seul et même peuple. Nous sommes « son » peuple et il est « notre » Dieu, « notre » Père. C’est pourquoi, malgré les divisions des chrétiens, prier le « Notre Père », c’est participer à la prière de Jésus pour l’unité de ses disciples. – « Que ton Nom soit sanctifié ». Il dépend de notre manière de vivre et de notre prière que son Nom soit sanctifié. CEC 2814 Nous demandons que ce Nom de Dieu soit sanctifié en nous par notre vie, par notre manière de vivre. Car si nous vivons bien, c’est-à-dire si nous nous comportons en vrai chrétien,  le Nom de Dieu est béni par tous ceux qui ont une foi tiède ou par ceux qui ne connaissent pas Dieu (et qui nous regardent vivre en tant que chrétiens); mais si nous vivons mal, c’est-à-dire si en tant que chrétien, nous nous comportons mal,  le Nom de Dieu est blasphémé, selon la parole de l’Apôtre : ‘Le Nom de Dieu est blasphémé à cause de vous parmi les nations (Rm 2, 24 ; Ez 36, 20-22).  Ceux qui ne sont pas chrétiens ne sont pas des aveugles, ils voient bien comment les chrétiens se comportent. notre père2Et selon leur comportement, le Nom de Dieu sera sanctifié ou  non par eux–mêmes et aussi par nous.   « Que ton règne vienne » : Dans la prière du Seigneur, il s’agit principalement de la venue finale du Règne de Dieu par le retour du Christ (cf. Tt 2, 13). Mais ce désir du retour du Christ à la fin des temps ne distrait pas l’Église de sa mission dans ce monde présent, il l’y engage plutôt. Car depuis la Pentecôte, la venue du Règne est l’œuvre de l’Esprit du Seigneur  » qui poursuit son œuvre dans le monde et achève toute sanctification.   Que le règne de  Dieu arrive dans le monde et dans nos cœurs pour que nous soyons tous sanctifiés en Dieu. Les trois dernières demandes concernent les intérêts de l’homme. – Dans cette prière, le disciple se situe  comme un pauvre qui reçoit tout de Dieu, aussi bien sur le plan matériel (le pain de chaque jour)  que sur le plan spirituel (le pardon  des péchés). Enfin, cette prière exprime l’humilité du fils qui n’a pas la présomption de croire qu’il peut se réaliser tout seul et qui demande à son Père la force de ne pas céder aux tentations du Mal et surtout d’avoir la force de les affronter, comme Jésus, l’épreuve de la souffrance et de la mort.  « Notre pain quotidien » – CEC 2831 Le drame de la faim dans le monde appelle les chrétiens qui prient en vérité à une responsabilité effective envers leurs frères, tant dans leurs comportements personnels que dans leur solidarité avec la famille humaine. CEC 2835 Cette demande, et la responsabilité qu’elle engage, valent encore pour une autre faim dont les hommes dépérissent :  » L’homme ne vit pas seulement de pain mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu  » (Dt 8, 3 ; Mt 4, 4), c’est-à-dire sa Parole et son Souffle. Les chrétiens doivent mobiliser tous leurs efforts pour  » annoncer l’Evangile aux pauvres « . Il y a une faim sur la terre,  » non pas une faim de pain ni une soif d’eau, mais d’entendre la Parole de Dieu  » (Am 8, 11). C’est la mission du chrétien que de faire connaître notre Dieu au monde et de les baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.  « Notre pain de ce jour » c’est aussi le sacrement de l’eucharistie. L’Eucharistie est notre pain quotidien. C’est une force d’union : elle nous unit au Corps du Sauveur et fait de nous ses membres afin que nous devenions ce que nous recevons… Ce pain quotidien est encore dans les lectures que vous entendez chaque jour à l’Église, dans les hymnes que l’on chante et que vous chantez.

pardonner– « Pardonne-nous nos péchés ».  CEC 2838 : notre demande ne sera exaucée que si nous avons d’abord répondu à une exigence, celle de pardonner nous aussi à ceux qui nous ont offensés.  CEC 2810 « …Nous ne pouvons pas aimer le Dieu que nous ne voyons pas si nous n’aimons pas le frère, la sœur, que nous voyons (cf. 1 Jn 4, 20). Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme, sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père ; dans la confession de notre péché, notre cœur est ouvert à sa grâce. Souvent, le chrétien, celui qui ne reconnaît jamais son manque de pardon, continue à réciter « pardonne-nous comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé », tout en sachant parfaitement que cela n’est pas vrai dans sa vie quotidienne.  Cela s’appelle l’hypocrisie et il est toujours possible de changer cette attitude avec la grâce de Dieu.  Dans la parabole du débiteur impitoyable (Mt 1821-35),  celui qui n’a pas pardonné est livré à des tortionnaires. CEC 2843 : Mt 18,35 :  » C’est ainsi que vous traitera mon Père céleste, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur « . C’est là, en effet,  » au fond du cœur  » que tout se noue et se dénoue. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession ». L’esprit Saint a le pouvoir de nous convertir.

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–  « Ne nous laisse pas entrer en tentation » (Michel Hubot : « Grâce et Miséricorde » – P.147) : « Ce que nous demandons à Dieu, c’est de nous donner la force de ne pas céder à la tentation,  de ne pas céder à la séduction du Mal, au découragement dans les épreuves, à ne pas pactiser avec le Malin qui cherche à défigurer l’homme et à le détourner de sa vocation de fils de Dieu ». CEC 2846. Nos péchés sont les fruits du consentement à la tentation. Nous lui demandons de ne pas nous laisser prendre le chemin qui conduit au péché. Nous sommes engagés dans le combat  » entre la chair et l’Esprit « . Cette demande implore l’Esprit de discernement et de force. CEC 2847 : «  L’Esprit Saint nous fait discerner entre l’épreuve, nécessaire à la croissance de l’homme intérieur (cf. Lc 8, 13-15 ; Ac 14, 22 ; 2 Tm 3, 12), et la tentation, qui conduit au péché et à la mort (cf. Jc 1, 14-15). Nous devons aussi discerner entre  » être tenté  » (qui n’est pas un péché) et  » consentir  » à la tentation (qui est un péché). Dans notre prière, demandons le discernement de la tentation (afin de reconnaître toute tentation qui peut nous mener au péché) et aussi la force de lutter immédiatement contre cette tentation qu’on a pu discerner. Le discernement démasque le mensonge de la tentation : apparemment, son objet est  » bon, séduisant à voir, désirable  » (Gn 3, 6), alors que, en réalité, son fruit est la mort ». Le tentateur nous fait miroiter de bonnes choses agréables, pour  mieux nous mener au  péché. Tout le monde sait que l’on n’attrape les mouches avec du vinaigre. CEC 2849 Or un tel combat et une telle victoire ne sont possibles que dans la prière. C’est par sa prière que Jésus est vainqueur du Tentateur, dès le début (cf. Mt 4, 1-11) et dans l’ultime combat de son agonie. Et le Pape François le sait très bien quand il nous dit dans ses « Méditations quotidiennes » (2/9/2013) : « Pour qu’il y ait la paix dans une communauté, dans une famille,  dans un pays, dans le monde,  nous devons commencer par être avec le Seigneur (c’est-à-dire le Christ, et personne d’autre). Et là où se trouve le Seigneur, il n’y a pas d’envie, il n’y a pas de criminalité, il n’y a pas de jalousies (dans le cas contraire, c’est que le Seigneur n’est pas avec vous). Là où il y a le Seigneur, il y a fraternité ».  CEC 2849 La vigilance du cœur  est rappelée avec insistance. Mc 13,9 : « soyez sur vos gardes » ; 13,23 : « Pour vous, soyez en garde : je vous ai prévenus de tout »; 13,33 : « Soyez sur vos gardes, veillez, car vous ne savez pas quand ce sera le moment ». L’Esprit Saint cherche à nous éveiller à cette vigilance  (1Co  16,13) : « Veillez, demeurez fermes dans la foi, soyez des hommes, soyez forts »; Col4,2 : « Soyez assidus à la prière; qu’elle vous tienne vigilants, dans l’action de grâces ; 1Th 5,6 : « ne nous endormons pas, comme font les autres, mais restons éveillés et sobres » ; 1P5,8 : « Soyez sobres, veillez. Votre partie adverse, le Diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer ».  On ne peut pas dire que nous ne  sommes pas prévenus.

–  C’est une invitation à persévérer dans la prière, à être « têtu dans la prière », comme il est dit dans l’Évangile d’aujourd’hui,  jusqu’à ce que nous  nous ayons ce dont nous avons besoin.  Dieu ne nous accordera pas toujours aussi facilement les dons, les grâces ou les bienfaits que nous lui demandons. Surtout après chaque prière, n’allez pas vérifier dans les jours qui suivent si vos prières ont été exaucées. Priez et oubliez. Priez de nouveau et oubliez. Prier encore et oubliez. Cela signifie que vous faites une confiance totale en Dieu qui finira par vous exaucer un jour ou l’autre, mais à sa manière. C’est Lui qui décidera du moment où Il nous exaucera et de quel type de grâce nous avons besoin. Priez tant que votre prière n’est pas exaucée à condition que ce que vous demandez s’accorde avec la volonté de Dieu. Jc 5,16 : « La supplication fervente du juste a beaucoup de puissance ».perséverez




Quel projet d’Église en détention ? (Fr Dominique CHARLES – OP)

Il n’est pas si simple d’imaginer l’Église que nous sommes amenés à construire en prison. Il y a beaucoup d’obstacles et de difficultés que nous ne pouvons pas ignorer. Il y a aussi de vraies chances à ne pas manquer, pour faire advenir un type de communauté chrétienne, sinon nouvelle, du moins plus proche de ce que furent celles dont nous parlent les Actes des Apôtres et du projet que Jésus a essayé de réaliser avec ses disciples et les foules qui venaient à lui.

L’Église invitée à renaître

En prison, nous avons une chance de faire naître un visage d’Église renouvelé. Car nous n’y sommes pas perçus comme serviteurs d’une Église instituée ; nous y sommes au service d’une Église à naître. Nous y rencontrons, au hasard, des gens de toutes origines et de toutes religions. C’est un des rares lieux, avec l’hôpital, où les frontières sont perméables. Permettez-moi d’évoquer cette histoire évangélique de la pèche infructueuse. Simon et ses proches revenaient épuisés après une nuit de travail. Les filets étaient vides. Alors Jésus surgit, monte dans la barque et les invite à recommencer, à lancer les filets en sa présence (Lc 5,4) « Nous avons peiné toute la nuit sans rien prendre, dit Simon, mais sur ton ordre je vais jeter les filets. » N’oublions pas cette leçon. Rappelons-nous que nous travaillons en présence de Jésus, avec lui dans la barque. C’est lui le maître de la pèche. Nous ne travaillons jamais seuls ! Nous sommes au service d’une mission qui nous dépasse, celle de l’Église. Jésus en est la tête. Ce n’est pas notre mission ! Nous ne faisons que collaborer à la sienne. C’est lui qui nous a appelés et c’est lui qui nous envoie.

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J’interrogerai notre choix d’être aumônier de prison, avec ces mots de Pierre Claverie, l’ancien évêque d’Oran, assassiné en 1996, qu’il adressait aux chrétiens de son diocèse dans l’éditorial du numéro d’octobre 1994 du lien, le journal diocésain d’Oran : « Viens, suis-moi ! Rappelons-nous que Jésus ne nous a pas promis un bonheur facile. Il nous met en garde contre l’évasion hors de notre condition humaine et de l’histoire concrète où elle se déroule. Dans cette existence concrète, il nous avertit de ne pas accrocher notre espérance et notre raison d’être à la « gloire qui vient des hommes » et à nos succès humains. Lui-même n’a pas pris ce chemin et l’Église se trompe si elle croit qu’elle peut faire l’économie de la Croix en se contentant d’être une multinationale de la charité, avec ses œuvres et ses volontaires tout-terrain. Lorsque le sens se dérobe et que paraît l’échec, Jésus nous appelle à ne pas renoncer au don de notre vie, avec lui. En deçà de ce moment, il n’y a que confiance en soi. Au-delà, et au-delà seulement, commence la foi. (…) L’avenir, alors, n’a plus rien de terrifiant. Quel qu’il soit, quels qu’en soient les passages, il est le lieu d’une rencontre qui se renouvelle et s’approfondit à la mesure de notre confiance et de notre abandon. (…) Par où la foi en Jésus a-t-elle saisi notre vie et jusqu’où sommes-nous prêts à aller dans la confiance et l’abandon[1] ? »

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Nous serons au service de l’Église en prison en nous remettant, quoi qu’il arrive, dans cette confiance au Christ que nous avons décidé de servir : il nous accompagne en détention et c’est lui que nous rencontrons en chaque personne détenue : « J’étais en prison, et vous êtes venus vers moi » (Mt 25,36). Il importe pour un aumônier d’avoir cette attitude de remise profonde en Dieu. Si vous n’en êtes pas convaincus, écoutez ce passage de l’impressionnante « confession de foi » que fit Mgr Guy-Marie Riobé, huit jours avant sa mort : « (…) Je crois que Dieu nous accompagne tous dans notre aventure humaine et que seule sa présence est éternelle, et non pas les structures, les paroles, les images que, peu à peu, au fil des siècles, nous avons adoptées pour nous signifier à nous-mêmes son compagnonnage. Notre Église n’a rien à redouter des critiques qui lui viennent d’ailleurs quand elle sait les écouter comme un appel de Dieu. Elle ne saurait verrouiller les portes pour disposer plus sûrement d’elle-même. Elle se reçoit à chaque instant de Dieu pour être sans cesse envoyée, immergée dans le monde, pauvre, modeste, fraternelle, messagère de joie, donnant sa voix aux pauvres, aux hommes que l’on torture ou que l’on tue, à tous ceux-là qui nous crient silencieusement l’Évangile. (…) C’est bien l’humanité tout entière qui a rendez-Jésus christvous avec Dieu : à sa naissance ? À certains moments de son histoire ? À l’apogée de son évolution ? Que m’importe, c’est le secret de Dieu et non le mien, mais je crois qu’il est et sera là, de manière inattendue aux rendez-vous de l’histoire humaine, comme il est et sera aux rendez-vous de chacune de nos histoires personnelles. Il me suffit de retrouver dans cette immense espérance une grande part de l’Évangile. C’est alors que je me souviens de Jésus de Nazareth. Je le retrouve aujourd’hui au cœur de tout ce peuple des chercheurs de Dieu. Oui, je crois que Jésus est vivant, ressuscité, source de l’Esprit, qu’il est une personne présente, qu’il peut être l’ami des hommes et que cette amitié peut faire le but de toute une vie. Être chrétien, après tout, n’est-ce pas accepter de se recevoir continuellement du Christ comme on se reçoit de tout regard d’amour ? Tous les jours, il me semble rencontrer le Christ pour la première fois[2]. »

Il est bon d’écouter ces paroles de prophètes de notre temps. Ils croyaient en l’Église au service de laquelle ils se sont donnés. Si Mgr Riobé invitait à « une Église du courage », le pape actuel nous invite à une « Église en sortie » (Evangelii gaudium 24). Cela peut sembler paradoxal de se penser au service d’« une Église en sortie » en rassemblant des personnes détenues ! Pourtant, l’« Église en sortie » et l’« Église du courage » sont des modèles qui me semblent féconds pour penser une aumônerie en détention.

Le sens du mot « Église »

foulePardonnez-moi de faire ce petit détour sémantique. Vous savez que le mot « Église » vient du grec ekklèsia, un terme qui a une longue histoire biblique. Dans la Bible grecque des Septante, en effet, il traduit le plus souvent le mot hébreu qahal, qui signifie « assemblée ». On trouve souvent ce mot dans l’expression « assemblée du Seigneur[3] ». Ekklèsia vient du verbe grec kaléô qui signifie « appeler, convoquer ». Le mot « Église » suggère ainsi une action de Dieu semblable à celle du mot hébreu, lui-même apparenté au substantif qôl qui désigne la « voix » : l’Église c’est donc l’assemblée de ceux qui ont entendu l’appel ou la convocation du Seigneur, et qui lui ont répondu par la foi. Le mot « église » ne se trouve qu’une fois dans les évangiles (Mt 16,10). Il est surtout présent dans les Actes des Apôtres, les lettres pauliniennes et l’Apocalypse. En le choisissant pour caractériser leur assemblée, les premiers chrétiens ont probablement voulu marquer la rupture avec le judaïsme : la Bible grecque des Septante traduit également le mot qahal par sunagôguè ; ils ont aussi voulu marquer la continuité avec la tradition héritée du Premier Testament qui impliquait de fonder l’existence de la communauté dans une initiative de Dieu qui rassemble lui-même son peuple et dans une réponse active de ceux qui ont reconnu sa voix et ont répondu à son appel.

BonPasteurSi le mot « église » ne se trouve pas dans les évangiles, la réalité de l’appel s’y trouve bien. Tout particulièrement dans les paraboles de Jésus où il est question des repas, surtout dans saint Luc. En effet, si le verbe kaléô signifie « appeler », il peut aussi se traduire par « inviter ». Vous vous souvenez de ces paraboles des invités qui se mettent à la première place ou qui se dérobent parce qu’ils ont d’autres occupations prévues (Lc 14). Je crois que nous nous retrouvons bien dans la seconde, où « le maître de maison dit à son serviteur : « Vas vite par les places et les rues de la ville, et introduis ici les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux. » (Lc 14,21). On pourrait ajouter à la liste les détenus et tous les exclus de notre société. Notre mission est justement celle du serviteur de la parabole. Nous sommes envoyés au nom d’un autre qui veut rassembler à son repas tous ceux qui acceptent son invitation.

L’Église que nous voulons former en prison est donc faite de ceux que Dieu appelle, en faisant une expérience personnelle de conversion intérieure, ou en répondant à l’invitation que nous pouvons faire en son nom. Nous sommes « serviteurs » du « Maître ». Ces mots employés dans la parabole évoquent ceux du lavement des pieds en Jn 13. Je vous laisse prolonger la méditation de ce rapprochement entre « Église » et « serviteur ».

Le projet de Jésus et le nôtre

Jésus n’a pas cessé d’appeler ceux qu’il a rencontrés sur les routes de Galilée, de Samarie et de Judée. Certains ont répondu à son appel et l’ont suivi. D’autres non. Il a constitué une petite « Église », avec les disciples et les femmes. Ce qu’ils ont vécu se résume dans la formule « être avec lui » (Lc 8,1-2). Faire Église, c’est avancer ensemble avec Jésus ; c’est cela que nous essayons de réaliser en prison.

Pape François - jeudi saint en prison

Pour nous, aumôniers en détention, il est un passage qui fonde notre activité en prison. Jésus ouvre sa mission en lisant solennellement dans la synagogue de Nazareth le chapitre 61 d’Isaïe : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle (euangélizô)[4] aux pauvres. Il m’a envoyé (apostellô) annoncer (kèrussô) aux captifs la délivrance (aphésis) et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer (apostellô) en liberté (aphésis) les opprimés, proclamer une année d’accueil par le Seigneur » (Lc 4,18-19). Jésus dit qu’il est « envoyé » pour « évangéliser » les pauvres ; et il explique ce que cela veut dire : libérer les captif, guérir les malades, proclamer la grâce et l’accueil du Seigneur pour tous les pauvres.

Jésus commence sa mission en commentant la Parole de Dieu et en invitant la communauté à s’ouvrir, à élargir ses frontières. Il fait comprendre que l’Évangile demande qu’on se convertisse pour accueillir tous ceux qui « sont perdus ». La réaction de la communauté de Nazareth est caricaturale et instructive : elle rejette Jésus ! On peut voir ici l’intention de Luc d’annoncer la passion qui ponctuera la mission de Jésus. Mais on peut aussi en conclure qu’il est difficile pour une communauté de s’ouvrir à l’étranger, à celui qui est du dehors. En prison, nous vivons l’enjeu de l’ouverture de la mission de l’Église ! Il nous sera toujours difficile de faire comprendre cela dans les communautés chrétiennes, en dehors de nos prisons ; pourtant, cela fait partie de notre mission. Comme celle du Christ, elle consiste à aller à la rencontre de gens qui sont le plus souvent des étrangers de nos communautés d’Église, ou qui s’en sont éloignés.

prodigueD’une certaine manière, ceux qu’un comportement déviant a éloignés de l’Église ressemblent à l’enfant prodigue : le milieu carcéral, comme la famine de la parabole, provoque une « rentrée en soi-même » (Lc 15,17) qui rend possible une vraie prise de conscience de la situation sans issue dans laquelle ils se sont mis. Nous sommes souvent témoins de ce retournement, de ces itinéraires de conversion ; un changement de vie est vraiment souhaité, pas seulement rêvé. C’est l’occasion de faire l’expérience d’un Dieu miséricordieux qui n’enferme pas le pécheur dans la situation où il s’est mis lui-même, mais qui accueille sans condition ses enfants perdus qui reviennent vers lui, comme le Père de la parabole. Notre mission est sans doute d’aider de telles personnes à découvrir ce vrai Dieu, qui sait toujours redonner une chance, qui réintroduit le fils converti dans sa maison. Perçu comme un ami du Christ, qui va vers ceux qui sont abandonnés, perdus, pécheurs, l’aumônier renvoie à ce Dieu miséricordieux. Le plus important dans sa mission est sa disponibilité à l’écoute. Dans la parabole, le Père ne pose aucune question au fils qui revient. Simplement il va à sa rencontre et il l’accueille en silence. Il l’habille avec de beaux vêtements et fait préparer un repas de fête. Il accueille sans prononcer un seul reproche, sans même demander ce qui s’est passé ! N’est-ce pas le premier rôle de l’aumônier que d’être là, simplement pour l’accueil ! Être signe, par la présence, du Dieu miséricordieux, et du Christ dont la mission est de chercher tous ceux qui sont perdus.

Le document de janvier 2009 Accompagner des coupables souligne que l’aumônier est au service de tout détenu qui appelle, sans distinction : « Nous devons répondre présent quand quelqu’un nous appelle, quel que soit l’acte qu’il a commis. Nous nous interdisons de l’enfermer dans la condamnation sans appel, plaquée sur lui, y compris à l’intérieur d’un monde carcéral sans pitié pour les auteurs présumés ou avérés de certains actes criminels. À ceux-ci, nous essayons d’être particulièrement attentifs : les indéfendables, eux aussi, font partie des exclus ! » (p. 2). À l’aumônerie, toute personne doit pouvoir se sentir accueillie sans préjugé. Accueillir comme Jésus n’est pas facile ! Lui-même s’est heurté à des réactions st jeannégatives quand il accueillait des prostituées (Lc 7,37-39), mangeait avec des publicains ou s’invitait dans la maison de Lévi après l’avoir appelé à sa suite (Lc 5,29-32) ou dans celle de Zachée (Lc 19,7). Comme Dieu, dont on dit qu’il « ne fait pas acception des personnes », qu’il est « impartial » (cf. Ac 10,34-35 ; Rm 2,11 ; Ep 6,9 ; Col 3,25 ; 1 P 1,17), Jésus ne juge pas les personnes d’après leurs actes ou leurs conduites (cf. la femme adultère en Jn 8,10-11) ; quand ils les rencontrent, elles se trouvent rétablies dans leur dignité et décident de changer de vie ! Jésus ne leur impose aucune conversion ; s’il invite à un changement de vie, il laisse toujours la liberté, comme on le voit pour le jeune homme riche (Lc 18,22-23). Ayant rencontré Jésus, beaucoup décident librement de changer de vie, souvent de suivre Jésus, tel Bartimée, l’aveugle de Jéricho (Lc 18,42-43).

Le document Accompagner des coupables dit encore : « Quand bien même un condamné aurait causé l’irréparable, il mérite notre attention et notre respect. Nous avons à aider cette personne qui compte sur nous, sur ce que notre ministère représente pour elle » (p. 2). Au fond, ce qui importe avant tout c’est la façon dont les membres de l’aumônerie accueillent les Pape françois et jeune enfantdétenus et sont disponibles pour écouter leurs détresses et leurs souffrances. Nous pouvons nous référer à ce beau passage de Gaudium et spes : « De nos jours surtout, nous avons l’impérieux devoir de nous faire le prochain de n’importe quel homme et, s’il se présente à nous, de le servir activement : qu’il s’agisse de ce vieillard abandonné de tous, ou de ce travailleur étranger, méprisé sans raison, ou de cet exilé, ou de cet enfant né d’une union illégitime qui supporte injustement le poids d’une faute qu’il n’a pas commise, ou de cet affamé qui interpelle notre conscience en nous rappelant la parole du Seigneur : ‘Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait’ (Mt 25,40) » (n° 27 § 2).

Il me semble que les fondements d’une Église en prison sont très bien exprimés dans ces mots de Pierre Claverie, prononcés dans une homélie en 1981 : « Nous sommes et nous Dieu-Amourvoulons être des missionnaires de l’amour de Dieu tel que nous l’avons découvert en Jésus-Christ. Cet amour, infiniment respectueux des hommes ne s’impose pas, n’impose rien, ne force pas les consciences et les cœurs. Avec délicatesse et par sa seule présence, il libère ce qui était enchaîné, réconcilie ce qui était déchiré, remet debout ce qui était écrasé, fait renaître à une vie nouvelle ce qui était sans espoir et sans force. Cet amour, nous l’avons connu et nous y avons cru : nous l’avons vu à l’œuvre dans la vie de Jésus et de ceux qui vivent de son Esprit. Il nous a saisis et entraînés. Nous croyons qu’il peut renouveler la vie de l’humanité pour peu qu’elle le reconnaisse. Mais comment le reconnaîtrait-elle si elle n’était mise en présence d’authentiques témoins ? Dieu nous a donné de connaître son Christ pour que nous soyons ces témoins. »

Pourquoi l’Église en prison ?

Quelques semaines avant sa mort, le même Pierre Claverie disait avec insistance que la mission de l’Église du Christ est avant tout de se tenir au pied de la croix, où Jésus meurt, abandonné des siens. Il ajoutait : « Je crois que l’Église meurt de ne pas être assez proche de la croix de son Seigneur. Sa force et sa fidélité, son espérance et sa fécondité viennent de là et de nulle part ailleurs. » S’il y a une justification théologique de la présence de l’Église en prison, il faut donc la chercher dans cette présence silencieuse de la Mère et du disciple au pied de la croix. En étant dans les lieux de détention, nous nous tenons au pied de la croix du Christ, parce que nous sommes dans des lieux où des femmes et des hommes souffrent. C’est une place difficile et humble que de se tenir au pied de la croix. Cela nous demande une attitude spirituelle qui consiste à confier, à celui qui est sur la croix et qui est vainqueur du mal, chaque détenu que lui seul peut rejoindre dans le mystère de sa personne, un mystère qui nous reste inaccessible. La justification de l’aumônerie en détention est donc principalement théologique, avant même d’être pastorale.

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Pour finir, j’aimerais vous lire un texte assez ancien qui a été écrit par un détenu du Centre de Détention de Mulhouse, sous la forme d’une lettre de Jésus, intitulée « Lettre de Jésus aux hommes abandonnés ».

Tu n’es pas seul entre tes quatre murs.

Avec toi, je suis là.

Je partage ta peine.

Chaque jour de ton enfer, je pleure avec toi.

Ton angoisse, je la connais.

Je l’ai vécue comme toi.

Moi aussi, j’ai été abandonné de tous.

C’est pour cela que je te dis

que je suis avec toi,

car si je ne connaissais pas ta peine,

comment pourrais-je dire

que je suis avec toi ?

 

Croix de Lumière

N’écoute pas ceux qui t’ont parlé de moi.

Ils ne me connaissent pas.

Car pour me connaître,

il faut être comme moi,

seul et abandonné de tous.

Ta peine, ils ne la porteront pas,

car ils ne savent pas.

Non tu n’es pas seul dans ta cellule.

Car, sache-le, je te vois.

Dans cette ombre où seul retentit

le bruit des clefs et des portes.

Dans ce lieu

où l’on t’a jeté et rejeté,

moi je suis là.

Désormais dis-toi

que tu as un ami.

Ton Dieu aime

les plus pauvres de ce monde

et les plus abandonnés.

Et moi, Jésus,

je suis mort sur une croix

où comme pour toi,

plus personne n’était là…

Signé : Jésus.

[1] Lettres et messages d’Algérie, Karthala, 1996, p. 155.

[2] Le Monde, 9-10 juillet 1978.

[3] Voir Michel Trimaille, Cahiers Évangile 39, p. 13-16.

[4] Littéralement : « évangéliser ».




Audience Générale du Mercredi 22 Juin 2016

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 22 Juin 2016


 

Frères et sœurs, la supplication du lépreux de l’Evangile, qui demande à être purifié, nous montre que, lorsque nous nous présentons devant Jésus, peu de paroles suffisent ; mais elles doivent être accompagnées d’une totale confiance envers lui, en sa toute-puissance, en sa bonté. Tout dépend de sa volonté et, nous devons, avec foi, oser nous mettre à genoux devant lui et l’appeler « Seigneur ». De même qu’il s’est laissé toucher par cet homme, Jésus a pitié de nous : « Je le veux sois purifié ». La grâce nous guérit en profondeur et nous guide sur le chemin de la sainteté. Elle ne recherche pas le sensationnel, mais elle modèle lentement et discrètement notre cœur sur celui de Jésus. Nous aussi, reconnaissons nos misères avec sincérité et sans hypocrisie. Seul avec Jésus, sachons nous agenouiller devant lui et implorer sa miséricorde.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les personnes engagées dans la société civile, accompagnées de Monseigneur Dominique Rey.

De même que Jésus a touché le lépreux pour le guérir, osons toucher les personnes pauvres que nous voulons aider. Ce geste de charité nous guérit de l’hypocrisie et nous remet une multitude de péchés.

Que Dieu vous bénisse !

 

 

 



 

 




« Serviteurs du Christ » (Homélie du Pape François pour le Jubilé des Diacres, 29/05)

« Serviteur du Christ » (Gal 1, 10). Nous avons entendu cette expression, par laquelle l’apôtre Paul se définit, en écrivant aux Galates. Au début de la lettre il s’était présenté comme « apôtre », par volonté du Seigneur Jésus (cf. Gal 1, 1). Les deux termes, apôtre et serviteur, vont ensemble, ils ne peuvent jamais être séparés ; ce sont comme deux faces d’une même médaille : celui qui annonce Jésus est appelé à servir et celui qui sert annonce Jésus.

Le Seigneur nous l’a montré le premier : Lui, la Parole du Père, Lui, qui nous a apporté la bonne nouvelle (Is 61, 1), Lui, qui esten lui-même la bonne nouvelle (cf. Lc 4, 18), il s’est fait notre serviteur (Ph 2, 7), « il n’est pas venu pour être servi mais pour servir » (Mc 10, 45). «  Il s’est fait le diacre de tous », a écrit un Père de l’Église (Saint Polycarpe, Ad Phil. V, 2). Comme il a fait Lui, ainsi nous sommes appelés à être ses annonciateurs. Le disciple de Jésus ne peut aller sur un chemin différent de celui du Maître, mais s’il veut annoncer il doit l’imiter, comme a fait Paul : aspirer à devenir serviteur. En d’autres termes, si évangéliserest la mission confiée à chaque chrétien dans le baptême, servir est le style avec lequel vivre la mission, l’unique manière d’être disciple de Jésus. Est son témoin celui qui fait comme Lui : celui qui sert les frères et les sœurs, sans se lasser du Christ humble, sans se lasser de la vie chrétienne qui est vie de service.

Par où commencer pour devenir « serviteurs bons et fidèles » (cf. Mt 25, 21) ? Comme premier pas, nous sommes invités à vivre la disponibilité. Le serviteur apprend chaque jour à se détacher du fait de disposer de tout pour soi et de disposer de soi comme il veut. Il s’entraîne chaque matin à donner sa vie, à penser que chaque jour ne sera pas le sien, mais sera à vivre comme une remise de soi. Celui qui sert, en effet, n’est pas un gardien jaloux de son propre temps, au contraire il renonce à être le patron de sa propre journée. Il sait que le temps qu’il vit ne lui appartient pas, mais que c’est un don qu’il reçoit de Dieu pour l’offrir à son tour : seulement ainsi il portera vraiment du fruit. Celui qui sert n’est pas esclave de l’agenda qu’il établit, mais docile de cœur, il est disponible à ce qui est non programmé : prêt pour le frère et ouvert à l’imprévu, qui ne manque jamais et est souvent la surprise quotidienne de Dieu. Le serviteur est ouvert à la surprise, aux surprises quotidiennes de Dieu. Le serviteur sait ouvrir les portes de son temps et de ses espaces à celui qui est proche et aussi à celui qui frappe en dehors des horaires, au risque d’interrompre quelque chose qui lui plaît ou le repos qu’il mérite. Le serviteur néglige les horaires. Cela me fait mal au cœur quand je vois un horaire, dans les paroisses : « De telle heure à telle heure ». Et ensuite ? Il n’y a pas de porte ouverte, il n’y a pas de prêtre, il n’y a pas de diacre, il n’y a pas de laïc qui reçoit les gens… Cela fait mal. Négliger les horaires : avoir ce courage, de négliger les horaires. Ainsi, chers diacres, en vivant dans la disponibilité, votre service sera privé de tout profit et évangéliquement fécond.

L’Évangile d’aujourd’hui nous parle aussi de service, nous montrant deux serviteurs dont nous pouvons tirer de précieux enseignements : le serviteur du centurion, qui est guéri par Jésus, et le centurion lui-même, au service de l’empereur. Les paroles que celui-ci envoie rapporter à Jésus, afin qu’il ne vienne pas jusque chez lui sont surprenantes et sont souvent le contraire de nos prières : « Seigneur, ne prends-pas cette peine, car je ne suis pas digne que tu entres sous mon toit » (Lc 7,6) ; « je ne me suis pas autorisé moi-même à venir te trouver » (v. 7) ; « moi, je suis quelqu’un de subordonné à une autorité » (v. 8). Devant ces paroles, Jésus reste admiratif. La grande humilité du centurion, sa douceur, le frappent. Et la douceur est une des vertus des diacres. Quand le diacre est doux, il est serviteur et il ne joue pas à « singer » les prêtres, non, il est doux. Devant le problème qui l’affligeait, il aurait pu s’agiter et prétendre à être exaucé, faisant valoir son autorité ; il aurait pu convaincre avec insistance, même contraindre Jésus à se rendre dans sa maison. Au contraire il se fait petit, discret, doux, il n’élève pas la voix, et ne veut pas déranger. Il se comporte, peut-être sans le savoir, selon le style de Dieu, qui est « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Dieu en effet, qui est amour, va par amour jusqu’à nous servir : avec nous il est patient, bienveillant, toujours prêt et bien disposé, il souffre pour nos erreurs et cherche le chemin pour nous aider et nous rendre meilleurs. Là sont aussi les traits doux et humbles du service chrétien, qui est d’imiter Dieu en servant les autres : les accueillant avec un amour patient, les comprenant sans nous lasser, faisant en sorte qu’ils se sentent accueillis, à la maison, dans la communauté ecclésiale, où ce n’est pas celui qui commande qui est grand mais celui qui sert (cf. Lc22, 26). Et jamais réprimander, jamais. Ainsi, chers diacres, dans la douceur, murira votre vocation de ministres de la charité.

Après l’apôtre Paul et le centurion, dans les lectures d’aujourd’hui, il y a un troisième serviteur, celui qui est guéri par Jésus. Dans le récit on dit qu’il était très cher à son patron et qu’il était malade, mais on ne sait pas quelle était sa grave maladie (v. 2). D’une certaine façon, nous pouvons nous aussi nous reconnaître dans ce serviteur. Chacun de nous est très cher à Dieu, aimé et choisi par lui et il est appelé à servir, mais il a surtout besoin d’être guéri intérieurement. Pour être aptes au service, il nous faut la santé du cœur : un cœur guéri par Dieu, qui se sente pardonné et qui ne soit ni fermé ni dur. Cela nous fera du bien de prier avec confiance chaque jour pour cela, demander d’être guéris par Jésus, de lui ressembler lui qui « ne nous appelle plus serviteurs mais amis » (cf. Jn 15, 15). Chers diacres, vous pouvez demander chaque jour cette grâce dans la prière, dans une prière où présenter vos peines, vos imprévus, vos fatigues et vos espérances : une prière vraie, qui porte la vie au Seigneur et le Seigneur dans la vie. Et quand vous servez à la table eucharistique, vous y trouverez la présence de Jésus, qui se donne à vous afin que vous vous donniez aux autres.

Ainsi, disponibles dans la vie, doux de cœur et en dialogue constant avec Jésus, vous n’aurez pas peur d’être serviteurs du Christ, de rencontrer et de caresser la chair du Seigneur dans les pauvres d’aujourd’hui.




MESSE D’ACTION DE GRACE DES 40 ANS D’EPISCOPAT 5 MAI 2016

 Ascension de Notre Seigneur Jésus-Christ

Esplanade de l’église du Chaudron

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SOULEVER LA REUNION JUSQU’AU CIEL !

Dans le diocèse de La Réunion, la fête de Pâques prend de plus en plus d’importance. Le triduum pascal est vécu avec ferveur. La messe chrismale anticipée, le Jeudi Saint avec la cène de Notre Seigneur, le Vendredi Saint avec la célébration de la passion et de la mort de Jésus qui prend sur lui toutes nos croix quotidiennes, le Samedi Saint avec la résurrection du Christ et la joie de la nuit pascale où il y a de plus en plus de baptêmes d’adultes ou de recommençants grâce aux équipes du Catéchuménat. Mais il nous faut aller plus loin en prenant conscience que nous ne pouvons pas séparer Pâques de l’Ascension et de la Pentecôte.

l'ascension de jésus

Résurrection – Ascension – Pentecôte

Aujourd’hui, nous célébrons la fête de l’Ascension. Cette fête arrive quarante jours après la résurrection de Jésus. Jésus prend le temps d’éduquer ses disciples, de les préparer à une forme de sa présence où il est toujours lui-même mais d’une autre manière. Pâques ? Souvenez-vous de Marie Madeleine, d’Emmaüs, de la rencontre avec les onze, de l’incrédulité de Thomas. « Si je ne mets pas mon doigt dans son côté, si je ne vois pas la marque des clous, non, je ne croirai pasThomas, avance ta main, ne sois pas incrédule mais croisparce que tu as vu, tu crois, heureux ceux qui croient sans avoir vu » (Jn 20). C’est ainsi que tous les baptisés confirmés sont les héritiers de cette béatitude de Jésus : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Toi, sois heureux de croire. J’ai confiance en toi, dit Jésus à travers Sœur Faustine… Viens à ma suite et dans ma miséricorde infinie, je te donnerai une juste confiance en toi et dans les autres. Oui, Marie Madeleine, Emmaüs, les onze, Thomas et puis saint Paul le géant, terrassé avant de devenir l’Apôtre des Nations et les cinq cents frères à la fois, tous témoins du Christ ressuscité.

 

DSC_0710Aujourd’hui, l’évangile selon saint Luc nous rappelle que Jésus a dit que la conversion serait proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations jusqu’au bout du monde. Les disciples avaient été mis en demeure de se préparer à accueillir l’Esprit-Saint. A l’Ascension, Jésus lève les mains, bénit ses disciples et se sépare d’eux, emporté au ciel avec son corps de lumière, lumineux comme au jour de la Transfiguration. Ils se prosternent, ils retournent à Jérusalem en grande joie. En grande joie alors que Jésus n’est plus là ? Les disciples sont dans la joie parce que se réalise pour eux ce que Jésus leur avait dit. Tout d’abord, Jésus leur avait annoncé sa résurrection, ils n’y croyaient pas. Et puis, il est vraiment ressuscité. Jésus leur avait dit aussi « Mon Père enverra l’Esprit Saint en mon nom et vous enseignera toutes choses et vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit… Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre. Vous l’avez entendu et je vous ai dit. Je m’en vais et je viens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais vers le Père car le Père est plus grand que moi. Je vous ai parlé dès maintenant, avant l’événement afin que lorsqu’il arrivera, vous croyiez » (Jn 14, 28 à 29).

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Les apôtres se réjouissent du départ de Jésus vers le ciel parce qu’Il retourne vers Dieu son Père et Notre Père. « Vous vous réjouiriez de ce que je retourne vers le Père ». Ce départ du corps physique du Ressuscité du monde visible de la terre est la condition de l’envoi de l’Esprit Saint pour la mission de l’Eglise à la Pentecôte. Les retrouvailles du Père et du Fils ressuscité dans sa chair humaine venant de la chair de Marie sont un débordement de joie réciproque entre le Père et le Fils, entre le Fils et le Père. Cette joie du Fils retrouvant son Père comble Dieu le Père du retour du Fils qui a rempli sa mission jusqu’au bout de l’amour. Le débordement de la joie de Dieu en Dieu à travers la chair du Christ glorifiée devient la joie des disciples qui ont reçu cette grâce de partager l’intimité du Christ et l’intimité du Père par le Christ : « En ce jour-là vous connaîtrez que je suis en mon Père et que vous êtes en moi et moi en vous » (Jn 14, 20). Les disciples comprendront alors au fur et à mesure que toute chair humaine est portée au cœur du Père par Jésus ressuscité avec sa chair humaine. Ils comprendront que le Jésus de l’Histoire et le Jésus Fils éternel du Père, c’est tout un inséparablement. Ils comprendront que le Jésus, Fils éternel du Père, c’est aussi et en même temps le Verbe de Vie par lequel Dieu le Père fait tout exister, hier, aujourd’hui et demain.

Ils comprennent que tout existe par Lui, avec Lui et en Lui, que nous soyons chrétiens catholiques, orthodoxes, protestants, évangéliques. Que nous soyons musulmans, hindous, athées, agnostiques. Cela ne veut pas dire que tous croient en ce que je viens de dire. Nous devons respecter les différences et reconnaître des oppositions, ne pas récupérer et ne pas chercher à assimiler. Mais nous connaissons la source de l’Espérance. Nous voudrions partager le trésor de cette résurrection qui nous ressuscite déjà et qui leur est destinée aussi parce que nous connaissons le Verbe de Vie qui les fait vivre, qui nous fait vivre tous. Chacun a une part de vérité mais Jésus a dit « Nul ne va au Père que par moi ». Et puis « Je suis le Chemin la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), et « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Jn 14,2). Voilà la mission des chrétiens aujourd’hui : Révéler l’Amour du Père par le Christ ressuscité pour que la vie soit fraternelle dans l’Esprit et que tous sachent de quel amour ils sont aimés par le Père.

Logo année de la Miséricorde - détail

Le temps de la miséricorde

La foi de l’Eglise est la même partout, à La Réunion, à Maurice, à Rodrigues, aux Seychelles, aux Comores, à Madagascar. Partout nous proclamons l’incarnation, la vie, la passion, la mort de Jésus, sa descente aux enfers de l’Humanité, sa résurrection, l’envoi de l’Esprit Saint pour le pardon des péchés, son retour dans la gloire pour les cieux nouveaux et la terre nouvelle. N’oublions pas que l’auteur de l’épître aux Hébreux nous dit : « Comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude. Il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché mais pour le salut de ceux qui l’attendent ». Alors il faut préparer ce salut avec la grâce de l’Ascension. Ne pas attendre pour nous convertir et appeler le salut du Christ.

En cette année de la Miséricorde, en cette joie de Pâques qui s’épanouit dans la joie de l’Ascension, faisons nôtres les paroles de saint Maxime de Turin dans une de ses homélies : « Mes frères, nous devons tous exulter en ce saint jour. Que personne ne se soustraie à la joie commune parce qu’il a conscience de ses péchés, que personne ne soit écarté des prières communes par le fardeau de ses fautes ! En un tel jour, même le pécheur ne doit pas désespérer du pardon ; c’est en effet un grand privilège. Si le malfaiteur a obtenu le paradis, pourquoi le chrétien n’obtiendrait-il pas le pardon ? » (Bréviaire p. 631) Le temps de la miséricorde, l’Année de la Miséricorde est importante. Le catéchisme de l’Eglise Catholique souligne pour nous l’importance du combat spirituel « Seigneur, délivre-nous du Mal ».

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Les premiers apôtres, avant l’Ascension, au cours d’un repas que Jésus partageait avec eux, ont posé à Jésus cette question « Seigneur, est-ce maintenant que tu vas rétablir le Royaume (pour Israël) ? » Et Jésus de répondre « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité » (Ac 1, 1 à 11). Les apôtres pensaient encore en termes de pouvoir. Le catéchisme de l’Eglise Catholique précise « Le Royaume ne s’accomplira pas par un triomphe historique de l’Eglise selon un progrès ascendant mais par une victoire de Dieu sur le déchaînement du Mal qui fera descendre du ciel son épouse. Le triomphe de Dieu sur la révolte du Mal prendra la forme du jugement dernier après l’ultime ébranlement cosmique de ce monde qui passe » (n° 677)

Certains pourraient penser que ce n’est pas réjouissant. Mais c’est la réalité à laquelle nous n’échapperons pas un jour. Jésus nous a dit que le disciple n’est pas au-dessus du Maître. Que la Croix fait partie de la vie mais que la victoire sur le Mal est déjà remportée pour ceux qui, avec Lui, essayent de vivre dans la foi, l’espérance et l’amour. Peu importe le jour et l’heure de notre passage terrestre à une vie au-delà de ce que nous pouvons imaginer. Peu importe l’heure de la Transfiguration de cette terre par des événements qui dépasseront l’entendement humain dans la Miséricorde infinie de Dieu. Jésus nous a dit « Soyez prêts ». La fête de l’Ascension pour nous est la fête de la joie, présente et en devenir.

Construire notre communauté de destin

DSC_0918Dans le diocèse, nous avons l’habitude de célébrer symboliquement l’Ascension sur une montagne ou une colline. Cette année, à l’occasion de mon 40e anniversaire d’Episcopat, ce pèlerinage se passe ici, à proximité de l’Eglise du Saint-Esprit au Chaudron. Je remercie Dieu pour tout le parcours de vie que nous avons fait ensemble pendant quarante ans. Je remercie mes frères prêtres, religieux, religieuses, consacrés et aussi les familles chrétiennes, les enfants. Un grand merci aussi à tous ceux et toutes celles qui, dans l’exercice de leur profession ou de leur engagement dans les associations, les quartiers, les municipalités, les collectivités œuvrent pour le bien commun. Tout est dans l’amour de Dieu qui écoute notre prière. Alors,  demandons à Dieu de soulever notre terre de La Réunion avec tout ce peuple qui vit ici et de nous prendre tous dans son Amour. Que nous, chrétiens, prenions conscience de notre dignité fondamentale d’êtres humains et d’enfants de Dieu pour pouvoir cheminer avec les autres et pour construire notre communauté de destin par la construction du bien commun ici à La Réunion, dans chacune de nos îles et entre nos îles. Ce que nous ferons dans nos îles, ensemble et en Indianocéanie dépend d’abord de ce que nous voulons en faire, avec le respect de nos légitimes différences mais avec cette volonté spirituelle, citoyenne et politique d’établir des partenariats de complémentarité où chacun apportera aux autres ce qu’il a de meilleur.

La manifestation de Dieu à l’Ascension nous fait entendre sa Parole : Galiléens, Réunionnais, Mauriciens, Rodriguais, Seychellois, Comoriens, Malgaches, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé d’auprès de vous reviendra de la même manière que les apôtres l’ont vu s’en aller vers le ciel. Ce que vous avez fait au plus petit des miens, c’est à moi que vous l’avez fait. Ne restez pas sur vos acquis, dans des situations figées. Refusez tout repli identitaire stérile. Il faut s’ouvrir aux autres pour la construction du bien commun. Comme le dit notre pape François dans Laudato si :

 

Obligation de promouvoir le bien commun

40 Mrg Aubry

« L’écologie humaine est inséparable de la notion de bien commun, un principe qui joue un rôle central et unificateur dans l’éthique sociale. C’est « l’ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu’à chacun de leurs membres, d’atteindre leur perfection d’une façon plus totale et plus aisée ».

 

« Le bien commun présuppose le respect de la personne humaine comme telle, avec des droits fondamentaux et inaliénables ordonnés à son développement intégral. Le bien commun exige aussi le bien-être social et le développement des divers groupes intermédiaires, selon le principe de subsidiarité. Parmi ceux-ci, la famille se distingue spécialement comme cellule de base de la société. Finalement, le bien commun requiert la paix sociale, c’est-à-dire la stabilité et la sécurité d’un certain ordre, qui ne se réalise pas sans une attention particulière à la justice distributive, dont la violation génère toujours la violence. Toute la société – et, en elle, d’une manière spéciale l’Etat – a l’obligation de défendre et de promouvoir le bien commun. » 

« Dans les conditions actuelles de la société mondiale, où il y a tant d’inégalités et où sont toujours plus nombreuses les personnes marginalisées, privées des droits humains fondamentaux, le principe du bien commun devient immédiatement, comme conséquence logique et inéluctable, un appel à la solidarité et à une option préférentielle pour les plus pauvres. Cette option implique de tirer les conséquences de la destination commune des biens de la terre mais comme j’ai essayé de l’exprimer dans l’exhortation apostolique Evangelii gaudium, elle exige de considérer avant tout l’immense dignité du pauvre à la lumière des convictions de foi les plus profondes. Il suffit de regarder la réalité pour comprendre que cette option est aujourd’hui une exigence éthique fondamentale pour la réalisation effective du bien commun. »  

« La notion de bien commun inclut aussi les générations futures. Les crises économiques internationales ont montré de façon crue les effets nuisibles qu’entraîne la méconnaissance d’un destin commun, dont ceux qui viennent derrière nous ne peuvent pas être exclus. On ne peut plus parler de développement durable sans une solidarité intergénérationnelle. Quand nous pensons à la situation dans laquelle nous laissons la planète aux générations futures, nous entrons dans une autre logique, celle du don gratuit que nous recevons et que nous communiquons. Si la terre nous est donnée, nous ne pouvons plus penser seulement selon un critère utilitariste d’efficacité et de productivité pour le bénéfice individuel. Nous ne parlons pas d’une attitude optionnelle, mais d’une question fondamentale de justice, puisque la terre que nous recevons appartient aussi à ceux qui viendront. » 

« Quel genre de monde voulons-nous laisser à ceux qui nous succèdent, aux enfants qui grandissent ? Cette question ne concerne pas seulement l’environnement de manière isolée, parce qu’on ne peut pas poser la question de manière fragmentaire. Quand nous nous interrogeons sur le monde que nous voulons laisser, nous parlons surtout de son orientation générale, de son sens, de ses valeurs. Si cette question de fond n’est pas prise en compte, je ne crois pas que nos préoccupations écologiques puissent obtenir des effets significatifs. Mais si cette question est posée avec courage, elle nous conduit inexorablement à d’autres interrogations très directes : pour quoi passons-nous en ce monde, pour quoi venons-nous à cette vie, pour quoi travaillons-nous et luttons-nous, pourquoi cette terre a-t-elle besoin de nous ? C’est pourquoi il ne suffit plus de dire que nous devons nous préoccuper des générations futures. Il est nécessaire de réaliser que ce qui est en jeu, c’est notre propre dignité. Nous sommes, nous-mêmes, les premiers à avoir intérêt à laisser une planète habitable à l’humanité qui nous succédera. C’est un drame pour nous-mêmes, parce que cela met en crise le sens de notre propre passage sur cette terre.» (§ 156 à 160)

Jeunes, l’amour vaincra !

DSC_0172Et vous les jeunes, restez jeunes ! Devenez jeunes ! Gardez votre capacité d’émerveillement et de créativité. Vous avez des talents à faire fructifier. Fermez vos oreilles à ceux qui vous disent « de notre temps c’était mieux ». Vous ne pouvez pas dire c’était mieux puisque vous n’avez pas vécu le passé. Aujourd’hui, il y a davantage de commodités et aussi plus de contraintes. Ne devenez pas vieux avant l’âge en vivotant blasés. Je souhaite que vous ayez autour de vous des adultes qui vous aiment vraiment et qui soient capables de vous résister parfois pour que vous puissiez devenir forts et aimants à votre tour. C’est vous-mêmes qui allez réussir votre vie, pas nous. Ayez un peu d’audace pour sortir des formatages convenus en essayant de progresser, pas à pas, jour après jour. Ne restez pas seuls.

Apprenez à faire équipe et que nous puissions vous accompagner pour vous aider à faire équipe. Il faut penser juste. Il faut vouloir juste. Il faut agir juste. Ayez le goût de ce qui est beau, de ce qui est bon, de ce qui est vrai. Soyez toujours en recherche sinon vous ne trouverez jamais. Maîtrisez les langues, les technologies qui évoluent très vite, le numérique. N’en devenez pas les esclaves. Développez l’humain avec le respect des conditions de la vie pour tous : la qualité de l’air, de l’eau, pouvoir se nourrir sainement, se loger dignement, fonder une famille, trouver sa vocation, pouvoir se déplacer, aller et venir dans le respect des consciences avec l’exercice de la liberté et de la responsabilité. Ici à La Réunion. Et allez voir ailleurs aussi.

Devenez des Réunionnais du monde, des citoyens du monde. Puis, revenez-nous si vous le pouvez pour nous enrichir de votre formation, de vos expériences et développez ce pays qui compte tellement sur vous et pour vous. Je vous en prie, n’ayez pas peur de prendre sur vous pour vous engager dans ce que vous pourrez dire ou faire. Devenez des hommes et des femmes d’engagement. Partout où vous serez, ménagez-vous des temps de silence pour la respiration de la prière, de l’élévation spirituelle avec les autres. Cela donne du souffle et du courage. Et si l’on vous méprise, continuez et aimez quand même, toujours, jusqu’au bout de l’amour. L’amour vaincra et tu donneras fidélité à l’amour. Tu trouveras le chemin de ton amour.

*

Chers amis, ce que je souhaite, c’est que la vie danse en vous, que notre peuple soit un peuple de fierté. Comme disait le Père René Payet « non pas un peuple qui attend mais qui prétend ». Qui prétend construire avec l’aide du Ressuscité. Belle fête de l’Ascension !

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                                                                                  Monseigneur Gilbert AUBRY




« Recevez l’Esprit Saint du Père des Miséricordes »…

« Soyez miséricordieux comme le Père est miséricordieux »

Dieu Père (Giovanni Battista Cima) 2

Que Dieu soit Père et qu’il soit Miséricordieux, le prophète Jérémie l’affirmait dès le 6° siècle avant JC :

« Reviens rebelle Israël, oracle du Seigneur, car JE SUIS miséricordieux.

Reconnais seulement ta faute (il la connaît donc déjà parfaitement

                                                                             et Israël va l’apprendre de sa bouche…) :

tu t’es révoltée contre le Seigneur ton Dieu,

et tu n’as pas écoutée ma voix.

Et moi qui m’étais dit : comment te placerais-je au rand des fils ?

          Je te donnerai une terre de délices, l’héritage le plus précieux d’entre les nations.

          Je me disais : « Vous m’appellerez « Mon Père »,

          et vous ne vous séparerez pas de moi. »

          Mais non… Ils m’ont abandonné, ils ont encensé d’autres dieux,

          Ils se sont prosternés devant l’œuvre de leurs mains…

          Et maintenant, vois ta terre en solitude, tes villes incendiées…

          N’as tu pas provoqué cela pour avoir abandonné le Seigneur ton Dieu,

          alors qu’il te guidait sur ta route ?

          Comprend et vois comme il est mauvais et amer

               d’abandonner le Seigneur ton Dieu.

          Ai-je été un désert pour Israël, ou une terre ténébreuse ?

          Pourquoi mon Peuple dit-il : « Nous vagabondons, nous n’irons plus à toi ? »

          Une vierge oublie-t-elle sa parure, une fiancée sa ceinture ?

          Mais mon peuple m’a oublié depuis des jours sans nombre…

          Ah ! Comme tu t’es tracée un bon chemin pour quêter l’amour ! » (Jr 2-3)

Dieu-Amour

     Et Jésus ne fera que nous rappeler que « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), Amour Créateur, Amour Pur, Amour qui ne fait que poursuivre le bien de l’être aimé, Amour qui se réjouit de sa joie, Amour qui s’attriste de ses peines…

     Et c’est bien ainsi dont les prophètes Jérémie et Sophonie parlaient déjà de l’Amour :

« Je vais les rassembler de tous les pays où » ils se sont égarés par suite de leurs fautes.

« Je les ramènerai en ce lieu et les ferai habiter en sécurité.

Ils seront mon peuple, et moi, je serai leur Dieu.

Je leur donnerai un seul cœur, un seul chemin, afin qu’ils me craignent chaque jour, pour leur bonheur et celui de leurs fils après eux.

Je conclurai avec eux une alliance éternelle :

je ne cesserai pas de les suivre pour les rendre heureux

et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent pas de moi.

J’aurai de la joie à les rendre heureux ;

en vérité, je les planterai dans ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme. »

          Oui, ainsi parle le Seigneur : « De même que » leurs fautes ont fait venir sur eux

          « tout ce grand malheur,

          de même, je fais venir sur eux tout le bonheur dont je parle » (Jr 32,37-42).

« Pousse des cris de joie, fille de Sion ! Éclate en ovations, Israël !

Réjouis-toi, de tout ton cœur bondis de joie, fille de Jérusalem !

Le Seigneur a levé les sentences qui pesaient sur toi, il a écarté tes ennemis.

Le roi d’Israël, le Seigneur, est en toi. Tu n’as plus à craindre le malheur.

Ce jour-là, on dira à Jérusalem : « Ne crains pas, Sion ! Ne laisse pas tes mains défaillir !

Le Seigneur ton Dieu est en toi, c’est lui, le héros qui apporte le salut.

Il aura en toi sa joie et son allégresse, il te renouvellera par son amour ;

il exultera pour toi et se réjouira, comme aux jours de fête. »

J’ai écarté de toi le malheur, pour que tu ne subisses plus l’humiliation.

Me voici à l’œuvre contre tous tes oppresseurs.

En ce temps-là je sauverai la brebis boiteuse, je rassemblerai celles qui sont égarées…

          En ce temps-là je vous ramènerai, en ce temps-là je vous rassemblerai…

          je ramènerai vos captifs, et vous le verrez, – dit le Seigneur » (So 3,14-20).

BonPasteur

          D’un côté, Dieu est donc « Père » de tous les hommes, « lui qui les a tous créés à son image et ressemblance » (Gn 1,26-28), pour qu’ils vivent en relation avec Lui, comblés par Lui. En effet, ce « Père » est « Amour » : il ne cesse de désirer, de vouloir, de poursuivre le bien de tous ces hommes, ses enfants, qu’il a créés par Amour pour qu’ils connaissent le Bonheur en accueillant, en leur cœur, la Plénitude de ses Bienfaits…

     Mais les hommes se sont détournés de lui, et du même coup, ils se sont privés du Don de Dieu. « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rm 3,23). « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui commet le mal » (Rm 2,9). « Souffrance, angoisse » et « tristesse », comme pour ce jeune homme riche qui ne répond pas à l’appel que lui avait lancé Jésus, « Suis-moi ! », car il avait de grands biens. Alors, « il repartit, tout triste » (Lc 18,18-23)…

     Mais rien n’empêche Dieu d’Être, de son côté, ce qu’Il Est depuis toujours et pour toujours : « Dieu est Amour » et il veut, encore plus, le bien de l’homme pécheur qui souffre et qui est triste par suite de ses fautes : « Quand nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle, car il ne peut se renier Lui-même » (2Tm 2,13), écrit St Paul, et Il Est Amour, Il n’Est qu’Amour et donc recherche inlassable du bien de l’autre…

     Telle est ce que nous appelons « la Miséricorde de Dieu » : la découverte, infiniment heureuse, du fait que nous sommes aimés au cœur même de notre misère et de notre indignité par « Quelqu’un » qui, de son côté, ne poursuit, ne désire, ne travaille qu’à notre Bien le plus profond.

Esprit Saint

     Nous avons tous été créés pour être « comblés » par le Don de Dieu, le Don gratuit de l’Amour, un Don qui Est Plénitude de Vie, de Paix, de Joie ? C’est ce que Jésus, le Fils éternel du Père, vient nous proposer au Nom de son Père, et cela gratuitement, par amour, pour notre seul bien : « Si tu savais le Don de Dieu » dit-il à cette femme samaritaine qui vivait maritalement avec un homme, et c’était, déjà, son sixième ! Et pour nous aider à l’accueillir, il ca commencer par nous proposer d’effacer tout notre passé d’infidélités par son pardon offert en surabondance, sans regarder à la dépense, son seul but étant notre bonheur. Alors si quelque chose nous inquiète, quoique ce soit, aussi énorme cela puisse-t-il être, Jésus nous invite à l’offrir à ce Dieu immense, infini, Lui qui a créé l’infini de l’Univers qui nous entoure, Lui qui est Amour, tout aussi infini… Et nous serons pardonnés, nos fautes disparaîtront, il n’y aura plus rien, car Jésus est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29), tous les péchés, de tous les hommes, de tous les temps, et cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant en sacrifice sur le bois de la Croix pour chacun d’entre nous, pour nous tous. Infini de l’Amour qui rendra possible, si nous y consentons, l’accomplissement total de la volonté de Dieu : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. En effet, il n’y a qu’un seul Dieu ; il n’y a aussi qu’un seul médiateur entre Dieu et les hommes : un homme, le Christ Jésus, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). Alors, « j’ai vu une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre
fouleDieu qui siège sur le Trône et à l’Agneau ! »Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, et le servent, jour et nuit, dans son sanctuaire. Celui qui siège sur le Trône établira sa demeure chez eux. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, ni le soleil ni la chaleur ne les accablera, puisque l’Agneau qui se tient au milieu du Trône sera leur pasteur pour les conduire aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux
» (Ap 7,9-17).

Coeur de Jésus- Paray le Monial     Jésus, le Fils, est donc « l’Agneau » qui se propose d’être « le Pasteur » de tous les hommes « pour les conduire aux sources des eaux de la vie ». Et quelles sont-elles ? Ce sont les Sources de l’Amour qui ne cesse de se donner gratuitement, de se proposer gratuitement, de s’offrir gratuitement à toutes ses créatures, pour leur seul bien, leur seul bonheur, leur seule joie. Le Pape François dit ainsi : « L’amour de Dieu est gratuit. Il ne nous demande rien en échange ; il demande seulement de l’accueillir » (Juin 2015). Ecoutons ce que Jésus dit à la Samaritaine : « Si tu savais le Don de Dieu, et qui est celui qui te dit : « Donne-moi à boire », c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’Eau vive » (Jn 4,10). Et quelle est-elle cette « Eau Vive ». St Jean lui-même nous donne la clé de cette image au chapitre sept de son Evangile, lorsque Jésus, debout, cria : « « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : De son cœur couleront des fleuves d’eau vive. » En disant cela, il parlait de l’Esprit Saint qu’allaient recevoir ceux qui croiraient en lui » (Jn 7,37-39). Et de fait, Ressuscité, il dira à ses disciples : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22).

     Tel est le Don de Dieu par excellence, le Don de l’Amour, offert gratuitement à notre foi, un Don qui est appelé à devenir en nous la Source de notre vrai bonheur, de notre vraie vie, de notre Plénitude, inégalée, incomparable, car elle est celle de Dieu Lui-même : « Quiconque boira de l’eau que moi je lui donnerai n’aura plus jamais soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle » (Jn 4,13-14).

  Jésus Sr Faustine   Cette vie n’est rien de moins que celle que Jésus reçoit du Père de toute éternité. « Si tu savais le Don de Dieu », dit-il à la Samaritaine. Il le connaît bien, Lui, car c’est par ce Don que le Père l’engendre en Fils de toute éternité. « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même. Je vis par le Père » (Jn 5,26 ; 6,57), et cela, depuis toujours et pour toujours, en « Fils né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, engendré non pas créé » (Crédo), « engendré » par ce Don du Père, le Don de « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), cet « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), « Eau Vive »… Alors si nous acceptons de recevoir à notre tour ce Don par lequel le Père engendre son Fils, nous serons nous aussi engendrés à cette même Plénitude, et notre vocation de créatures « appelées à reproduire l’image du Fils » (Rm 8,29) s’accomplira…

     « Quand vous priez, dites : Père » (Lc 11,2). Avec moi, tournez-vous vers le Père (Jn 1,18) pour recevoir avec moi le Don du Père, et avec Lui, la Plénitude de ma vie, de ma paix, de ma joie… « De même que le Père, qui est vivant, m’a envoyé, et que moi je vis par le Père, de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi… Amen, amen, je vous le dis : il a la vie éternelle, celui qui croit… Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne… Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite… Recevez l’Esprit Saint » (Jn 6,57.47 ; 14,27 ; 15,11 ; 20,22)…

                                                                                                                             D. Jacques Fournier