1

7ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 5,38-48).

« Aimez-vous les uns les autres

comme je vous ai aimés »…

En ce temps- là, Jésus disait à ses disciples : « Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Œil pour œil, et dent pour dent’.
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre.
Et si quelqu’un veut te poursuivre en justice et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau.
Et si quelqu’un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui.
À qui te demande, donne ; à qui veut t’emprunter, ne tourne pas le dos ! »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent,
afin d’être vraiment les fils de votre Père qui est aux cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, il fait tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.
En effet, si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense méritez-vous ? Les publicains eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d’extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n’en font-ils pas autant ?
Vous donc, vous serez parfaits comme votre Père céleste est parfait. »

« Écoutez ma parole », disait Lamek ; « j’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. Lamek est vengé soixante dix fois sept fois » (Gn 4,24) ! Pour un mal commis, aussi futile soit-il, la vengeance des hommes peut donc se montrer terrible et disproportionnée… La Loi du Talion visait à la contenir : « Œil pour œil, dent pour dent » (Dt 19,21). C’était un progrès.

            Mais le Christ invite à aller bien plus loin… Non seulement ses disciples ne doivent jamais répondre au mal par le mal, au coup reçu par un coup donné, mais ils doivent encore se tenir prêts à en recevoir d’autres en s’interdisant toujours de répondre à la violence par la violence… « Si quelqu’un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l’autre » (Mt 5,39). Mais cela ne veut pas dire pour autant  « subir sans réagir ». L’injustice doit être dénoncée avec force. Et le Christ donnera l’exemple au moment de sa Passion, lorsque les soldats le gifleront : « Un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant : « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre ! » Jésus lui répliqua : « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal ? Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? » (Jn 18,22-23).

            Vis-à-vis des biens de ce monde, il invite également à un détachement complet… « Si quelqu’un te prend ta tunique, laisse-lui encore ton manteau » (Lc 6,29). Il en est sûr, « votre Père sait bien ce qu’il vous faut avant que vous le lui demandiez » (Mt 6,8). Alors, « si vous cherchez » avant tout « son Royaume » d’Amour et de Paix, tout le reste, tunique et manteau, « vous sera donné par surcroît » (Lc 12,22-31)…

            « Aimez vos ennemis »… Et c’est bien ce que Jésus fait lorsqu’il appelle les scribes et les Pharisiens « ses amis et ses voisins » alors qu’ils murmurent et chercheront plus tard à le tuer  (Lc 15,1-7). « Priez pour ceux qui vous persécutent »… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font », dira-t-il sur la croix à l’intention de tous ceux qui, d’une manière ou d’une autre, ont contribué à sa mort (Ac 3,26)… Et plus tard, Pierre leur dira : « C’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Lc 23,34). « La pluie » de la bénédiction tombe ainsi sur « les justes et sur les injustes »… Accueillie par celles et ceux qui sont de bonne volonté, cherchant la justice et la paix, elle fera leur bonheur. Pour les autres, c’est par elle que Dieu frappe avec douceur à la porte des cœurs fermés (Ap 3,20). Car « il veut que tous les hommes soient sauvés », et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait », inlassablement, en se donnant à tous pour leur seul bien (1Tm 2,3-6 ; Ps 135,6)…  DJF




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Rodolphe EMARD (Mt 5,17-37)

Depuis le troisième dimanche du Temps ordinaire et jusqu’au septième dimanche, nous écoutons le Sermon de Jésus sur la montagne, dans l’évangile de Matthieu.
Le troisième dimanche, nous avons reçu les béatitudes. Le quatrième dimanche, Jésus a révélé à ses disciples qu’ils sont « sel de la terre » et « la lumière du monde ». Ce dimanche (le cinquième), nous entendons Jésus interpréter le décalogue, les dix paroles de vie que Dieu nous donne ; nous continuerons dimanche prochain.
Focalisons-nous sur le passage d’Évangile que nous venons de proclamer. Jésus commence son discours en affirmant qu’il n’est pas « venu abolir la Loi ou les Prophètes (…) mais accomplir ». La Loi est bonne mais il convient de bien la comprendre.


Jésus n’a jamais manqué de dénoncer les pratiques légalistes, hypocrites et intégristes des gens de son temps, surtout celles des scribes et des pharisiens. Jésus nous invite à ne pas en rester qu’au cadre extérieur dans la pratique de la Loi. Jésus nous invite à considérer la dimension intérieure de nos vies, celle du cœur.


Le Christ appelle à débusquer ce qui dans notre cœur nous empêche de répondre librement et sincèrement à la Loi du décalogue. Jésus aborde notamment l’interdit du meurtre et l’interdit de l’adultère.
Nous pouvons être surpris par la liberté de Jésus qui se présente comme un maître : « Eh bien ! moi, je vous dis ». Jésus manifeste son autorité de Fils de Dieu. Ce qu’il nous enseigne est nourri de sa relation intime avec son Père. Son enseignement est donc divin. Nous devons alors le prendre en compte afin de prendre le chemin de la vie et non celui de la mort.
Nous pouvons faire un écho à la première lecture tirée de Ben Sira le Sage, le choix qui nous donné : « La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix ». Il y a un choix à poser : accueillir ou refuser la Parole du Christ. Dieu ne nous contraindra jamais car il respecte profondément notre liberté.
Si nous abordons l’interdit du meurtre, Jésus nous invite à le considérer bien au-delà de l’acte physique. Insulter son frère, c’est déjà le tuer parce qu’on dénie ce titre de frère. C’est ainsi ne pas le reconnaître comme un enfant de Dieu et renier en quelque sorte cette relation filiale. Se mettre en colère contre son frère amène aussi à la mort, d’où la nécessité de la réconciliation : « va d’abord te réconcilier avec ton frère » avant même de « présenter ton offrande à l’autel ».


La réconciliation n’est pas un acte facile tant nos relations humaines sont parfois compliquées. Mais la réconciliation est indispensable pour soi et pour l’autre afin d’avoir une véritable paix intérieure et ne pas se laisser ronger par l’amertume et l’aigreur.
Dans cet interdit du meurtre, Jésus nous exhorte à faire attention aux paroles, aux mots que nous portons à l’encontre de notre prochain. Certains mots peuvent tuer une personne dans sa réputation et sa dignité. Certaines paroles peuvent tuer socialement…
En ce concerne l’interdit de l’adultère, Jésus pointe le péché de convoitise. Convoiter du regard est un péché car on ne voit plus la personne pour ce qu’elle est réellement, dans toute son histoire humaine. La personne convoitée est réduite à un objet de désir.


L’enseignement de Jésus est exigeant et il implique une véritable adhésion : « Que votre parole soit ‘oui’, si c’est ‘oui’, ‘non’, si c’est ‘non’ ». Suivre le chemin du Christ est certes exigeant mais il est nécessaire pour avoir la Vie éternelle. Il faut faire preuve de patience et savoir se remettre en cause. Patience et conversion sont de mise…
Pour suivre le chemin du Christ, il faut en tout premier lieu le vouloir et le désirer, même si nous savons que la tâche ne sera pas facile. C’est en désirant vraiment suivre le chemin que le Christ nous propose que nous saurons demander à Dieu les grâces dont nous avons besoin pour pouvoir mettre en pratique, accomplir ce qui nous est demandé.
Demandons au Seigneur au cours de cette Eucharistie que nous puissions mieux consentir à ses enseignements en vue d’atteindre le royaume de Dieu.
« Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ; à les garder, j’aurai ma récompense. Montre-moi comment garder ta loi, que je l’observe de tout cœur » (Ps 118, 33-34). Amen.




Dimanche 19 février : Rassemblement Diocésain « Un enfant dans la prière » à Cambuston, avec Mgr Gilbert AUBRY et Mgr Tomasz GRYSA, Nonce Apostolique

Pour bien visualiser l’affiche suivante, il suffit de cliquer sur elle :




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Mat 5, 17-37)

« Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes

et des pharisiens, vous n’entrerez pas

dans le royaume des Cieux.»

 

Il y va fort, Jésus, avec les scribes et les pharisiens !

Il faut dire que pour Jésus, ce qui est premier, c’est l’amour, l’amour de Dieu, de son Père, et l’amour des autres, de tous les autres sans exceptions.

Alors que pour les pharisiens et les scribes, ce qui est premier, c’est la Loi, celle de Moïse au départ, c’est-à-dire les dix paroles que Dieu lui avait données au Sinaï, mais une Loi qui avait été bien modifiée et amandée au fil du temps.

Eux s’en tiennent strictement à la Loi … mais une Loi qui est totalement extérieure à leurs pensées … une Loi qui ne permet pas de changer son cœur …

Je respecte la Loi … mais pourquoi ? … parce que c’est écrit !

Est-ce pour mon bien ou celui des autres ? Ce n’est pas le problème : c’est écrit !

Il y avait bien eu des prophètes qui avaient essayé de faire changer les choses, comme Ézéchiel : « Je leur donnerai un cœur loyal, je mettrai en eux un esprit nouveau : j’enlèverai de leur chair le cœur de pierre, et je leur donnerai un cœur de chair … Alors ils seront mon peuple, et moi je serai leur Dieu. » (Ez 11,19), et il le redira encore une autre fois …

Mais pourquoi changer ? C’est écrit !

Changer son cœur ! Avoir un cœur de chair, un cœur d’amour …

Vous avez reçu l’Amour de Dieu … Redonnez l’Amour de Dieu …

Comportez-vous comme si vous étiez Jésus … ou du moins, faites tout votre possible pour y arriver, voire simplement de vous en approcher …

« Que vaut d’être irréprochable à l’extérieur, si la convoitise ou la haine restent blotties à l’intérieur ? » (André Louf). « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. » (Mt 15,8).

Il nous arrive parfois d’être un peu comme les pharisiens … d’avoir notre cœur loin de Dieu ! ou un peu éloigné de Dieu … On aime Dieu, mais pas à fond, de tout cœur …

C’est souvent le cas quand nous avons une relation difficile avec quelqu’un, quelle que soit l’origine de celle-ci : de la personne ou de nous-mêmes, … mais qui nous met mal à l’aise vis-à-vis de Dieu …

Dans l’évangile, Jésus dit : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère. ».

Bien sûr, la liturgie du Temple de Jérusalem n’est pas la même que celle que nous vivons actuellement, et on verrait très mal des personnes quitter l’église pour se réconcilier avec quelqu’un qui est peut-être à dix mètres de lui dans l’église …

Mieux vaut se réconcilier avant …

C’est difficile … encore faut-il que la personne accepte de discuter … et de pardonner …

Mais nous avons quelqu’un pour nous aider : Dieu, toujours lui ! Lui qui est tout amour, et qui ne veut que l’amour entre nous … et puis aussi son Esprit Saint, qui fera tout ce qu’il peut pour favoriser la réconciliation.

Mais il faut se laisser aller au souffle de l’Esprit !

« Or, l’amour du Père pour le Fils, c’est l’Esprit Saint. L’amour du Fils pour ses frères, c’est le même Esprit Saint. Que ce même Esprit Saint soit en vous la source jaillissante de l’amour que vous aurez les uns pour les autres ! Vous recevrez l’Esprit Saint ; vous l’aurez en vous-mêmes ; ainsi vous ne vous aimerez pas les uns les autres selon vos possibilités humaines d’aimer, mais selon l’énergie d’amour, ou selon le pouvoir d’amour, la puissance d’amour (on peut traduire aussi le dynamisme d’amour) qui est celui de Dieu lui-même. » (François Varillon).

Seigneur,

qu’il est difficile de t’aimer à fond,

 tout le temps.

Qu’il est difficile d’aimer les autres,

tous les autres !

À cause de notre égoïsme, du leur …

à cause de notre maladresse,

de la leur …

Apprend-nous à nous laisser aimer par toi,

pour que nous puissions aimer les autres

comme toi tu les aimes !

Francis Cousin    

 

   

Pour accéder à l’image illustrée, cliquer sur le titre suivant : 

Prière dim ord A 6°




6ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

L’amour remplace le code

 Mt 5, 17-37

C’est un message extraordinaire que Jésus nous livre aujourd’hui. Jusqu’à lui, et, pour beaucoup, jusqu’à maintenant, on a cru qu’être religieux, faire partie d’une religion, c’était accomplir un certain nombre de gestes bien précis : ne pas tuer, ne pas commettre d’adultère, dire la vérité, offrir à Dieu, ne pas faire de faux serments ; bref, observer un code.

. Pour les juifs : ce seront les dix commandements donnés à Moïse par Dieu.

. Pour les musulmans : les cinq piliers que sont la prière, l’aumône, le pèlerinage, le jeune et la profession de foi.

Il n’y avait qu’à mettre cela en pratique et l’on « était quitte ». On était

 » en règle avec Dieu « , comme l’on disait : « Accomplissez un certain nombre de gestes prescrits et vous serez sauvés ». « Obéissez à un règlement, moyennant quoi on ne vous fera pas d’histoires ».

 Et voilà que Jésus vient nous dire aujourd’hui : « Attention, vous faites fausse route. Vous ne devez pas vous en tenir là ».

Ce ne sont pas tant les gestes que vous faites, qui comptent aux yeux de Dieu mais le cœur, l’intention, l’esprit avec lesquels vous accomplissez ces gestes. Un bon pratiquant qui se contenterait d’appliquer matériellement un ordre de Dieu ne serait pas un vrai chrétien. Obéir à un ordre, accomplir un commandement, exécuter une consigne, n’engage pas le cœur ; on peut le faire, sans être d’accord au fond de soi.

C’est ce que font les ouvriers à la chaîne, dans un atelier ; un serviteur à la voix de son maître ; une domestique à l’injonction de sa patronne : ils obéissent, ils font ce qu’on leur dit de faire : ça n’engage pas leur personne, ils le font et puis c’est tout ! Jésus dit aux chrétiens :

« La fidélité à des actes extérieurs ne suffit pas ! »

La vraie fidélité à Dieu va beaucoup plus loin : elle ne se contente pas d’observances extérieures, visibles, vérifiables. Elle doit venir du plus intime de notre cœur, du plus profond de nos désirs, de la plus droite de nos intentions, du plus exigeant de notre conscience, autrement dit, au lieu de faire ce que vous faites avec une mentalité de salarié qui fait son travail et pas plus, faites la même chose mais avec une  » mentalité de fils  » qui aime son père et qui travaille avec lui, à la même œuvre. Faites-le avec cœur, un cœur qui aime, faites-le, en vous engageant vous-même, en y mettant tout votre cœur, uni à l’Esprit même de Dieu qui agit avec vous.

Et cela change tout ! Transforme tout ! Rappelez-vous certaines tâches qu’il fallait que vous fassiez à tout prix et que vous n’aimiez pas faire : c’était une corvée, tandis que réaliser un projet qui vous tenait à cœur, avec quel enthousiasme vous le réalisiez !

C’est toute la différence entre une religion sans amour où l’on obéit à des commandements, par crainte, par calcul, où l’on paie sa redevance à une assurance vie-éternelle, et une religion  » vie de famille  » où chacun apporte aux autres et au Père, tout son amour, toute sa joie à faire le plus et le mieux possible !

Avec Jésus, nous passons de la religion du geste à la religion du cœur. C’est pourquoi dans cet Evangile, il répète :

« Vous avez appris qu’il a été dit, mais moi, je vous dis ».

Voilà pourquoi les commandements qui sont toujours valables sont de beaucoup dépassés par les Béatitudes.

« Je ne suis pas venu supprimer la loi, mais l’accomplir… », c’est-à-dire la transformer de telle façon qu’elle ne soit plus seulement une obéissance mais une preuve d’affection, un changement de mentalité, une exigence du cœur.

. Ne pas tuer ! Bien sûr ! Mais bien plus : repousser toute rancœur, colère et vengeance, pardonner, se réconcilier.

. Ne pas commettre d’adultère ! Bien sûr ! Mais encore : repousser tout désir, tout regard possessif qui tend à considérer la jeune fille ou la femme comme un objet à utiliser ou à consommer, alors qu’elle est une fille de Dieu à respecter et à aimer pour elle-même.

. Avoir un cœur pur, limpide, transparent : c’est voir toutes choses, ou tout être, avec le regard même de Dieu !

. Ne pas faire de faux serments ! Bien sûr ! Mais allez plus loin encore en étant d’une parfaite franchise dans nos rapports avec les autres et que votre  » oui  » soit un  » oui  » franc, net, droit ; et quand vous dites  » non « , que ce soit un  » non  » où il n’y ait pas de sous-entendus.

Notre religion, faut-il le redire, ce n’est pas d’observer un règlement, d’appliquer des consignes. Ce n’est pas être fidèle à une morale. C’est d’être fidèle par amour à Dieu lui-même qui voit jusqu’au fond de nos cœurs.

C’est parce que nous sommes des fils et non des serviteurs ou des clients de Dieu que nous agissons, pas seulement par des actions mais aussi par nos sentiments, par nos désirs personnels pour témoigner à notre Père, un amour filial et lui faire voir notre attachement.

Quand on a observé une loi, on s’est mis en règle avec la loi. On a la conscience tranquille, le sentiment du devoir accompli : point final… c’est terminé. Mais quand il s’agit de répondre à un appel de celui qui nous aime : notre Père du ciel, on ne cherche plus à se mettre en règle avec une loi mais on cherche à l’aimer, à se mettre en route avec lui, à le rejoindre, à s’attacher à lui.

Regardez comme Jésus se comportait à l’égard de son Père : « Ma nourriture, c’est de faire sa volonté ». « Je fais toujours ce qui lui plait ». Pour lui, c’était un besoin, une joie : ça n’était jamais fini !

Le monde de l’Ancien Testament était un ensemble de règles, fort bien faites pour faciliter la vie en commun, la vie en société. Jésus nous appelle maintenant à dépasser cet  » art de vivre ensemble  » pour adopter un « nouvel art de vivre  » : l’art de vivre « en fils, en filles de Dieu ».

Ainsi, c’est bien un monde nouveau qui commence, un monde où l’on ne se contente plus d’une fidélité extérieure, mais un monde où l’on vivra dans l’amour fraternel et dans l’amour filial de Dieu, un monde où l’on vivra sous le souffle de « l’Esprit de Dieu » qui est  » Esprit d’amour « .

C’est ce monde-là que Jésus, aujourd’hui, nous invite à bâtir, jour après jour, animés par son Esprit, dans la liberté, le choix.

Dieu, aujourd’hui, nous propose plus : il nous propose mieux. AMEN




5 ième Dimanche du Temps Ordinaire : Tous appelés, par la Miséricorde de Dieu, à être Lumière (D. Jacques FOURNIER ; Mt 5,13-16 ; Is 58,7-10).

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :

« Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade, comment lui rendre de la saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison.

De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux » (Mt 5,13-15).

Cet évangile de Matthieu est centré sur les croyants : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde… Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux »…

Mais lorsque St Matthieu a écrit son Evangile, il avait St Marc sous les yeux : « En ce temps-là, Jésus disait à la foule : « Est-ce que la lampe est apportée pour être mise sous le boisseau ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être mise sur le lampadaire ? Car rien n’est caché, sinon pour être manifesté ; rien n’a été gardé secret, sinon pour venir à la clarté. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » Et il leur disait encore : « Faites attention à ce que vous entendez ! » (Mc 4,21-24).

 

St Marc lance donc un appel à écouter de tout cœur Celui qui parle, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), Celui qui ne fait que dire en sa chair les Paroles qu’il a lui-même entendues du Père : « Je dis la vérité que j’ai entendue de Dieu » (Jn 8,40). « Ce que je dis, tel que le Père me l’a dit, je le dis » (Jn 12,50). « Père, les Paroles que tu m’as données, je les leur ai données » (Jn 17,8).

En effet, Jésus est la Révélation, dans la chair, du Mystère de Dieu : « Qui m’a vu a vu le Père », dit-il à Philippe (Jn 14,9). St Paul écrit à la fin de sa Lettre aux Romains : « Jésus Christ : révélation d’un Mystère gardé depuis toujours dans le silence, Mystère maintenant manifesté au moyen des écrits prophétiques, selon l’ordre du Dieu éternel, mystère porté à la connaissance de toutes les nations pour les amener à l’obéissance de la foi » (Rm 16,25-27).

« Qui m’a vu a vu le Père »… En effet, il est « Lumière née de la Lumière » en tant que « né du Père avant tous les siècles ». En effet, depuis toujours et pour toujours, « le Père aime le Fils et il a tout donné, il donne tout, en sa main », « tout ce qu’il a », tout ce qu’il est (Jn 3,35 ; 16,15 ; 17,10), de telle sorte que le Fils est l’éternel « engendré non pas créé, consubstantiel au Père », c’est-à-dire de même nature que le Père (Crédo)… Le Père « est Amour » ? Le Fils « est Amour » (1Jn 4,8.16). Le Père « est Lumière » ? Le Fils « est Lumière » (1Jn 1,5) en tant qu’il reçoit du Père de toute éternité d’être Lumière, comme le Père… Qui voit la Lumière du Fils voit donc la Lumière du Père, puisque c’est la même ! « Qui m’a vu a vu le Père »…

Voilà ce qui « a été manifesté », ce qui « est venu à la clarté ». « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12), et cette Lumière est celle de l’Amour qui ne cesse de toute éternité d’être Amour… Dieu ne peut pas ne pas Être ce qu’il Est. Nous sommes fidèles ? « Dieu est Amour »… Nous sommes infidèles ? « Dieu est Amour »… C’est ce qu’affirme St Paul lorsqu’il écrit : « Si nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2Tm 2,13), il ne peut pas ne pas être ce qu’il Est, et il « Est Amour » (1Jn 4,8.16)…

Or l’Amour, par nature, est Don de tout ce qu’il Est en Lui-même… « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35)… Ce Don est souvent évoqué dans la Bible avec l’image du Soleil, ou de la Lumière : « Le Seigneur Dieu est un Soleil… Il donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12) en donnant « l’Esprit de la grâce » (Hb 10,29), « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14), l’Esprit Saint (1Th 4,8 ; Jn 4,10-14 ; Ac 8,19-20), c’est-à-dire en donnant ce qu’il Est en Lui-même, car « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) et Dieu est Saint… Ce Don gratuit de l’Amour, ce Don de l’Esprit Saint, ce Don que le Père fait au Fils de toute éternité, Don par lequel il l’engendre en Fils, voilà ce que le Fils est venu nous communiquer pour que nous aussi nous soyons engendrés comme Lui à la Plénitude même de Dieu (Jn 1,12 ; 3,1‑8 ; Rm 8,28-30). Ce Don est aussi souvent évoqué avec l’image de l’Eau Vive : « Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, celui qui croit en moi ! selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’Eau Vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en Lui » (Jn 7,37-39).

Tel est le Don de Dieu, ce Don de l’Esprit Lumière, l’Esprit Eau Vive, qui est offert gratuitement à tout homme, quel qu’il soit, où qu’il soit : « Votre Père, qui est aux cieux, fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes » (Mt 5,45). « Le Verbe était la Lumière véritable, qui éclaire tout homme venant dans le monde » (Jn 1,9). Or, « la Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn1,5), les ténèbres ne l’ont pas empêchée de briller…

Autrement dit, le pécheur, qui « habite les ténèbres et l’ombre de la mort », s’il consent à recevoir le Don gratuit de l’Amour, cette Lumière de « l’Astre d’en Haut » (Lc 1,76-79), ce « Soleil de justice qui apporte la guérison dans ses rayons » (Ml 3,20) en mettant en œuvre « le pardon des péchés » au cœur du pécheur, ce pécheur « ténèbres » devient par Elle « Lumière » ! Merveille de l’Amour que nous, dans notre misère, nous appelons « Miséricorde »… « Jadis vous étiez ténèbres », écrit St Paul aux chrétiens d’Ephèse, « mais à présent », par votre foi, par l’obéissance de votre foi, en consentant à recevoir le Don gratuit de l’Amour, « vous êtes Lumière dans le Seigneur » (Ep 5,8), c’est-à-dire « Lumière » en tant qu’ils sont unis au Christ « Lumière du monde » (Jn 1,8) dans la Communion d’un même Esprit (2Co 13,13), dans « l’unité de l’Esprit » (Ep 4,3), un Esprit donné gratuitement par l’Amour, un Esprit reçu gratuitement dans l’Amour…

C’est cet Esprit qui est « Lumière » et « Vie » (Jn 8,12 ; cf. Rm 6,23) qui « brille » dans le Fils, le Fils le recevant du Père de toute éternité, ce même Esprit qui « brille » dans le croyant, ce pécheur qui consent à le recevoir du « Père des Lumières » (Jc 1,17), ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) qui s’est manifesté avec le Fils et par le Fils, Lui qui « nous a visités dans les entrailles de Miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79)…

Or cet « Esprit » est « Amour » (Jn 4,24 et 1Jn 4,8.16), et « le propre de l’Amour est de se répandre, de se donner » (Pape François, audience du 14 juin 2017). Reçu, il ne peut donc que pousser à donner… Il s’agit donc de recevoir, de donner et de continuer à donner en continuant à recevoir, et cela sur la base même de ce que l’on reçoit…

Telle est toute la dynamique évoquée en Is 58,7-10 : « Partage ton pain avec celui qui a faim,… Donne à celui qui a faim ce que toi, tu désires »… Donne de ton pain… « Couvre celui que tu verras sans vêtement », comme St Martin de Tours qui, légionnaire dans l’armée romaine, coupa sa cape de soldat en deux pour couvrir un pauvre qu’il croisait sur le chemin… Alors, « ta Lumière jaillira comme l’aurore »… Il ne peut pas en être autrement puisqu’elle est déjà là, Lumière de l’Amour qui pousse à donner… Et c’est vraiment cette Lumière gratuite de l’Amour qui est évoquée en Isaïe, puisqu’elle est donnée au pécheur au cœur même de ses ténèbres : « Ta Lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera Lumière de midi », Lumière resplendissante, la Lumière même de ce « Dieu » qui « Est lumière » (1Jn 1,5), « splendeur et majesté, puissance et beauté » (Ps 96(95),6)…

« Le péché m’a fait perdre mes forces » (Ps 31(30),11) ? « Tes forces », écrit Isaïe, que tu avais perdues par suite de tes fautes, « reviendront vite », car cette « Lumière » est celle de « l’Esprit » (1Jn 1,5 ; Jn 4,24), « l’Esprit de Puissance » (Lc 1,35 ; 4,14) et de « Force » (Ac 1,8 ; 1Tm 1,7)…

« Devant toi marchera ta justice » écrit encore Isaïe… Mais dans le Livre de l’Exode, c’était le Seigneur Lui-même qui marchait devant son Peuple : « Le Seigneur lui-même marchait à leur tête : colonne de nuée le jour, pour leur ouvrir la route – colonne de feu la nuit pour les éclairer ; ils pouvaient ainsi marcher jour et nuit » (Ex 13,21 TOB). Mais le prophète Jérémie l’appelle par deux fois : « Le Seigneur est notre justice » (Jr 23,5-6 ; 33,16). Il est, en effet, Celui qui justifie l’injuste, gratuitement, par amour (Rm 3,21-26 ; 5,1-11), et cela par le Don de l’Esprit qui justifie (1Co 6,11), « l’Esprit qui sanctifie » (2Th 2,13)…

Et si « le Seigneur marche devant », il est aussi Celui qui, dans le Livre de l’Exode, se tient « derrière » Israël, le protégeant ainsi de ses ennemis, les Egyptiens, qui s’étaient lancés à leur poursuite : « L’Ange de Dieu », Dieu Lui-même (cf. Ex 3,1‑6), « qui marchait en avant du camp d’Israël se déplaça et marcha derrière eux, et la colonne de nuée se déplaça de devant eux et se tint derrière eux » (Ex 14,19). Et c’est bien ce qu’écrit encore Isaïe : « Et la gloire du Seigneur fermera la marche »… « Alors, si tu appelles, le Seigneur répondra ; si tu cries », dans les souffrances, les détresses et les épreuves de la vie, « il dira : « Me voici » » car cela fait longtemps qu’il était déjà là ! « Je Suis, je Suis celui qui vous console » (Is 51,12) « car les montagnes peuvent s’écarter et les collines chanceler, mon amour ne s’écartera pas de toi, mon alliance de paix ne chancellera pas, dit le Seigneur qui te console » (Is 54,10)… Telle est la Bonne Nouvelle de cet « Amour Inconditionnel » (Pape François, audience du mercredi 14 juin 2017) que le Christ est venu nous révéler par tout son Être, toutes ses Paroles, toutes ses actions… « Et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai à moi tous les hommes… car je suis descendu du Ciel non pas pour faire ma volonté mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or, c’est la volonté de Celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné » (Jn 12,32 ; 6,38‑40)… Or, le Père a donné le monde entier à son Fils pour qu’il les sauve : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui » (Jn 3,16-17). Telle est sa volonté (cf. 1Tm 2,3-6), la volonté que le Christ a voulu accomplir en se donnant « jusqu’à l’extrême de l’Amour » (Jn 13,1) pour chacun d’entre nous… Puissions-nous tous consentir à le recevoir, quelle que soit la gravité et l’étendue de notre misère, car « si pour les hommes, c’est impossible, cela ne l’est pas pour Dieu : car tout est possible pour Dieu » (Mc 10,27)… Sa Miséricorde est à son échelle : infinie et Toute Puissante…

                                                   D. Jacques Fournier

 

 

 

 

 

 

 

 

 




Rencontre autour de l’Évangile – 6ième Dimanche du Temps Ordinaire

« Une invitation pressante à se repentir, 

et cela au plus profond du coeur.  »

 

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Ensemble lisons et comprenons les mots important (Mt 5, 17-37)

       L’Évangile de ce jour est parfois difficile. Il est comme un versant d’une montagne, inséparable du versant opposé.

       Face à un pécheur, le Dieu d’infinie Miséricorde n’a qu’un seul désir : lui pardonner, le relever, le combler et le fortifier, pour qu’il ne tombe plus et ne perde plus la Plénitude de la Vie, de la Paix, de la Joie. « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs au repentir ». Et Dieu cherchera le pécheur « jusqu’à ce qu’il le retrouve » (Lc 5, 31-32 ; 15,4-7), pour son seul Bien. S’il accepte de se laisser reprendre, relever, combler, « heureux » sera-t-il. Cet appel au Bonheur, neuf fois répété (les Béatitudes), précède notre texte. Tel est un versant de la montagne.

       Pardonné, relevé, fortifié, accompagné, le pécheur est invité maintenant à tout faire, avec le soutien de la grâce de Dieu, pour ne plus retomber et rester debout sur le Chemin de la Vie, pour son seul Bien… Tel est l’autre versant de la montagne, l’Evangile de ce jour…

 

Soulignons les mots importants

  • La Loi était une étape du cheminement vers la vérité tout entière. Voilà pourquoi Jésus ne l’abolit pas mais l’accomplit. Relire « les Dix Paroles » (Ex 20,1-17) puis ce texte de St Paul. En souligner avec lui la conclusion (Rm 13,8-10) : « Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel, car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la Loi. Ce que dit la Loi : Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne commettras pas de meurtre, tu ne commettras pas de vol, tu ne convoiteras rien ; ces commandements et tous les autres se résument dans cette parole : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. L’amour ne fait rien de mal au prochain. Donc, l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour ».

  • Quand Jésus parle de « rejeter» et « d’enseigner» puis « d’observer » et à nouveau « d’enseigner », qu’est-ce qui est toujours premier : l’acte ou la parole ? Conclusion pour chacun d’entre nous…

            Noter toutes les fois où Jésus passe de l’action extérieure, visible, à ce qui en fut d’abord la source : le cœur profond de l’homme. Qu’est-ce qui est donc important à ses yeux ? Où notre conversion doit-elle s’exercer en premier lieu ?

  • Maudire, c’est « la géhenne de feu », l’enfer. Mais alors, qu’est-ce que « le Ciel » ?

           • Qu’est-ce qui est premier pour Jésus : le culte ou le pardon fraternel ?

  • Jésus qui a guéri tant de malades et de pécheurs peut-il nous pousser à nous amputer de l’un quelconque de nos membres si ce dernier est pour nous une occasion de chute ? Que souligne-t-il en fait ? A travers toutes ces recommandations, si fortes ici, que veut-il nous éviter à tout prix ?

  • Souvenons-nous des deux versants de la montagne : à travers ces paroles, à interpréter dans le contexte de l’époque, à quoi Jésus invite ici les époux ?

 

       

Pour l’animateur 

  • Celui qui aime accomplit la Loi. Tous créés à l’image et ressemblance de ce Dieu qui n’est qu’Amour (Gn 1,26-27 ; 1Jn 4,8.16), nous sommes invités à nous aimer les uns les autres « comme» Dieu nous aime (Jn 13,34 ; 15,12). Et Il nous aime, nous, pécheurs, avec une Miséricorde infinie. Alors « heureux les miséricordieux » (Mt 5,7) qui donnent l’amour comme Dieu le donne, gratuitement, avec joie. « Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. Que celui qui exerce la Miséricorde le fasse donc avec joie. Heureux les miséricordieux » (Ac 20,35 ; Jn 15,11 ; Rm 12,8).

  • L’agir est toujours premier. Conclusion : ne jamais enseigner ce que nous ne sommes pas capables nous-mêmes de mettre en pratique (Mt 23,1-4).

  • L’important pour Jésus, ce n’est pas ce qui se voit, l’extérieur, la façade ; l’important, c’est le cœur, ce cœur que Dieu connaît encore mieux que nous-mêmes ! C’est là où nous sommes invités avec le secours de sa grâce, de sa miséricorde et de sa force, à nous convertir de tout cœur en rejetant tout ce qui est mauvaise pensée, avant qu’elle ne devienne parole, mauvais désir avant qu’il ne devienne acte… L’aventure est possible car la Miséricorde de Dieu est infinie : avec Lui, nous pouvons toujours recommencer et recommencer encore !

  • Le Ciel, c’est bénir. Dieu ne fait que bénir. En effet, « Dieu est Amour ». Or « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même », un principe à prendre pour Dieu au pied de la Lettre. Dieu ne cesse de donner ce qu’Il est en Lui-même… « Dieu est Esprit » ? Il donne l’Esprit… « Dieu est Lumière» ? Il donne la Lumière… « Dieu est Amour » ? Il donne l’Amour, et avec ce Don, la Force d’aimer comme Lui il aime. Et donner ainsi, gratuitement, par amour, c’est cela bénir… « Le Seigneur Dieu est un soleil, il donne la grâce, il donne la gloire » (Ps 84(83),12).

  • Le pardon fraternel est premier. Être chrétien n’est pas une « étiquette» : c’est une réalité de cœur qui engage toute la vie (Pape François).

  • Non, bien sûr, Jésus ne peut nous inviter à nous amputer, Lui qui veut que l’homme soit pleinement lui-même, dans toutes les dimensions de son être ! Il insiste ici avec force sur la nécessité de la conversion, car le péché nous prive de la Plénitude de la Vie et du Bonheur, pour nous plonger dans la géhenne de feu : « Souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui fait le mal» (Rm 2,9). C’est cela que Jésus ne veut pas, de toute la force de son Cœur ! 

  • Dieu invite ceux qu’il a unis dans son Amour par le sacrement du mariage, à tout faire, avec le soutien de sa grâce, pour rester fidèles l’un à l’autre, dans l’amour. Premier versant de la vie chrétienne. Mais si nous tombons, il fera tout pour nous relever et nous relancer. Tel est l’autre versant de la vie chrétienne, celui de la Miséricorde infinie de Dieu avec qui tout est toujours possible…

LA PAROLE DANS NOS MAINS

« Voici que Dieu est maintenant le seul qui compte. Il est au centre du monde… Il m’envahit tout entier et ma pensée ne peut plus éviter Sa rencontre. Une main puissante m’a retourné. Où est-elle, que m’a-t-elle fait ? Je ne sais, car son action n’est pas comme celle des hommes, elle est insaisissable et elle est efficace ; elle me contraint et je suis libre, elle transforme mon être et je n’ai pourtant pas cessé de devenir ce que je suis. Puis la lutte est venue, silencieusement tragique entre ce que je fus et ce que je suis devenu. Car la créature nouvelle qui a été greffée en moi implore de moi une réponse à laquelle je reste libre de me refuser. J’ai reçu le principe, il me faut passer aux conséquences. Mon regard a changé, mais mes habitudes de pensée et de conduite n’ont pas changé : Dieu les a laissées là où elles étaient. Il me faut abattre, adapter, reconstruire les installations intérieures et je ne puis être en paix que si j’accepte cette guerre. Je suis moi-même émerveillé et étonné du changement que la grâce a opéré en moi. Comme le dit Claudel, « l’état d’un homme qu’on arracherait d’un seul coup de sa peau pour le planter dans un corps étranger, au milieu d’un monde inconnu », est la seule comparaison que je puisse trouver pour exprimer cet état de désarroi complet. J’ai trouvé la paix, mais en même temps la lutte, lutte perpétuelle qui me fait progresser et plus je progresse, plus je m’aperçois de ma misère et du chemin infini qu’il me reste à parcourir. Si je reste stationnaire, je redescends. Dans cette expérience principale qui vient de bouleverser ma vie, je découvre pour finir une exigence permanente de réforme spirituelle. La conversion engendre un esprit, et cet esprit m’apprend que la religion n’est pas le confort, mais qu’elle sera toujours en un sens une conversion. Mais Dieu est là ; en Lui, j’ai la force d’apercevoir et d’accomplir ce que je dois être, à son image. »           

                              Jacques Fesch, condamné à mort et exécuté le 1° octobre 1957

 

 Pour lire ou imprimer le document en PDF cliquer ici :

6 Dimanche ordinaire A

 

 

 

 

 

 

 

 

 




6ième Dimanche du Temps Ordinaire par le Diacre Jacques FOURNIER

 

Aller avec Jésus aux racines de notre cœur 

(Mt 5,17-37)…

En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes : je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis : Avant que le ciel et la terre disparaissent, pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera un seul de ces plus petits commandements, et qui enseignera aux hommes à faire ainsi, sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux. Mais celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »
Je vous le dis en effet : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne commettras pas de meurtre’, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande.
Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Vous avez appris qu’il a été dit : ‘Tu ne commettras pas d’adultère.’
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui regarde une femme avec convoitise a déjà commis l’adultère avec elle dans son cœur.
Si ton œil droit entraîne ta chute, arrache-le et jette-le loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier jeté dans la géhenne.
Et si ta main droite entraîne ta chute, coupe-la et jette-la loin de toi, car mieux vaut pour toi perdre un de tes membres que d’avoir ton corps tout entier qui s’en aille dans la géhenne.
Il a été dit également : ‘Si quelqu’un renvoie sa femme, qu’il lui donne un acte de répudiation’.
Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui renvoie sa femme, sauf en cas d’union illégitime, la pousse à l’adultère ; et si quelqu’un épouse une femme renvoyée, il est adultère. »
Vous avez encore appris qu’il a été dit aux anciens : ‘Tu ne manqueras pas à tes serments, mais tu t’acquitteras de tes serments envers le Seigneur.’
Eh bien ! moi, je vous dis de ne pas jurer du tout, ni par le ciel, car c’est le trône de Dieu,
ni par la terre, car elle est son marchepied, ni par Jérusalem, car elle est la Ville du grand Roi.
Et ne jure pas non plus sur ta tête, parce que tu ne peux pas rendre un seul de tes cheveux blanc ou noir.
Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. Ce qui est en plus vient du Mauvais. »

 

           

              Après avoir donné sur la montagne la Loi Nouvelle de l’Alliance Nouvelle, ces huit Béatitudes qui révèlent le chemin du Vrai Bonheur (Mt 5,1-12), Jésus revient ici sur la Loi de Moïse, fondement de l’Ancienne Alliance (Ex 20,1-17 ; Dt 5,6-21). Et il va tout de suite affirmer que l’esprit de cette Loi est toujours valable… En ce sens, il n’est pas venu « l’abolir », la supprimer. Il est venu « l’accomplir », la porter à sa perfection. Certes, les rites vont changer, et Jésus, en instituant le sacrement de l’Eucharistie, fera bien du nouveau… Mais avec lui, le rite n’a de valeur que par l’amour qu’il exprime…

            Changer le précepte ne signifie donc pas « violer le précepte », lui faire violence, nier son intention… Un précepte nouveau, même s’il prend la place d’un plus ancien, peut inviter à un réel progrès. En reprenant la direction, l’intention de l’ancien, il peut conduire à aller beaucoup plus loin. Et celui qui acceptera de se laisser ainsi guider constatera par lui-même que l’ancien est non seulement accompli mais encore largement dépassé…

            Et Jésus va prendre le temps de multiples exemples… Le premier, avec « tu ne commettras pas de meurtre », est le plus fondamental, car il touche à la vie même de l’individu et à la sauvegarde de la société tout entière… Ce sommet de violence, quand il n’est pas généré par la folie ou l’intégrisme, commence souvent par des « insultes ». Jésus s’attaque ainsi aux tous premiers germes de violence pour les condamner aussitôt et il nous invite de suite à une attitude positive : quelque soit le motif de la discorde, va vers ton frère, parle lui, cherche à te réconcilier avec lui, autant qu’il t’est possible…

            Avec « tu ne commettras pas l’adultère », il sait bien que tout commence par un « regard » et un « désir » intérieur. Le laisser grandir, le cultiver, c’est risquer un jour de passer à l’acte… Une réelle ascèse du cœur, qui passe par la garde des sens, est donc indispensable… Il s’agit de couper net, dès le début, tout ce qui peut conduire au mal… 

            Jésus passe donc du regard extérieur sur tel ou tel précepte, accompli ou non, et telle est « la justice des Pharisiens », au regard intérieur… Il nous entraîne au plus profond de notre cœur, là où naissent les pensées, les impulsions, les désirs… Avec l’aide de l’Esprit, il est possible de prendre du recul par rapport à tout cela, pour discerner à sa Lumière ce qui est bon ou pas, et ensuite passer ou non à l’acte, avec le secours de sa Force… D’où l’invitation de St Paul : « Priez sans relâche, rendez grâce en toute circonstance : c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus. N’éteignez pas l’Esprit… mais discernez la valeur de toute chose. Ce qui est bien, gardez-le ; éloignez-vous de tout ce qui porte la trace du mal » (1Th 5,17-22).

                                                                                                                                              DJF




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (Mat 5, 13-16)

« Toi, t’es une lumière ! »

 

Il arrive que l’on emploie cette expression, mais dans deux sens différents, selon le ton avec lequel on la dit.

Si on la dit de manière terne ou morne, elle aura alors un sens péjoratif, voulant dire : « T’es nul ! ».

Si on la dit de manière enjouée, enthousiaste, elle aura alors un sens positif, signifiant : « Heureusement que tu étais là, tu nous sauves ! ».

Mais, de la manière dont Jésus parle à toute cette foule qui est là, sur le mont qu’on appelle maintenant le mont des Béatitudes, une foule qui le suit et qui l’écoute, des sympathisants … (et pas seulement les apôtres qui ne sont pas encore institués), la phrase qu’il utilise n’a qu’un sens qui n’a rien de péjoratif : « Vous êtes la lumière du monde. ».

Ce n’est pas une invitation, du genre : « Est-ce que vous pourriez devenir la lumière du monde ? ».

Non. C’est un constat, une obligation : « Vous m’avez suivi, vous adhérez à mes paroles, vous croyez en nom mon, vous êtes devenus enfants de Dieu (Jn 1,12), alors vous devenez la lumière du monde. Et cela a des conséquences : vous ne pouvez plus vivre comme avant. ».

 Et Jésus continue tout de suite : « Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. ».

Cela signifie qu’en suivant les Paroles de Jésus, on devient un exemple pour les autres … même si on ne s’en rend pas compte …

Mais si on ne les suit pas toujours, et c’est malheureusement souvent notre cas, … on devient un mauvais exemple : « Oh lui, c’est bien la peine d’aller à la messe, il ne vaut pas mieux que nous ! » …

C’est exigeant d’être chrétien … et on ne peut vivre en chrétien qu’en restant en relation avec Jésus de manière continue …

Être comme saint Paul qui pouvait dire : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Ga 2,20).

En fait, c’est ce que nous demande Jésus, lui qui a dit : « Moi, je suis la lumière du monde. » (Jn 8,12).

Il nous demande d’être ce que lui-même est.

Et c’est pour tout pareil : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé. » (Jn 15,12), « Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu’ils soient un en nous, eux aussi, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. » (Jn 17,21) …

« Le Verbe de Dieu s’est fait homme pour que nous devenions Dieu. » (St Athanase)

Être témoin de ce que nous croyons, non par « le prestige du langage ou de la sagesse » mais par l’exemple de notre vie, comptant sur « l’Esprit et sa puissance » (2° lecture) en cette occasion.

Cette lumière ne peut grandir en nous que par la connaissance active de la Parole de Jésus et par la prière.

« Alors, voyant ce que vous faites de bien, [les hommes] rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. ».

Seigneur Jésus,

Tu nous demande d’être

lumière dans notre monde,

alors que ce monde a plutôt tendance

à mettre en lumière certaines personnes,

pour le bien ou pour le moins bien …

Donne-nous la sagesse

de faire ce que toi tu veux,

et non ce que le monde veut.

 

Francis Cousin    

   

Pour accéder à l’image illustrée, cliquer sur le titre suivant : 

Prière dim ord A 5°




5ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN (Mt 5, 13-16)

Le sel de la terre

Mt 5,13-16

Il vous est certainement arrivé, un jour ou l’autre, d’avoir faim et de vous mettre à table avec entrain. Vous plongez la louche dans un potage qui parait particulièrement appétissant. Mais, dès la 1ère cuillerée  portée à votre bouche, vous n’allez pas plus loin… Oh !  On a oublié le sel ! Ce potage qui semblait si bon : il est fade ! II n’a pas de goût, sans saveur ; si bien que l’on ne sent pas, que l’on ne goûte pas toutes les bonnes choses qui ont été mises dedans.

C’est dommage : on a l’impression que tout y était, que rien n’y manquait et pourtant, déception ! C’est fade, neutre, sans saveur. C’est d’autant plus bête qu’il ne suffit que de quelques grains de sel, une pincée, pour que le tout soit transformé et que devienne délicieux ce que nous allons manger.

Le sel, voyez-vous, ça ne se consomme pas à la cuillère, ça ne se remarque pas dans les aliments, sauf s’il y en a trop, ou trop peu. C’est fait pour être mêlé à autre chose, pour donner sa saveur à autre chose…

Nous, les chrétiens, nous sommes le sel de cette terre. Nous, l’église avec sa saveur d’Evangile, nous devons donner au monde son vrai goût. Et toi, et chacun d’entre nous, tu es là comme le sel, non pas pour toi : du sel tout seul et mis à part, n’a aucune utilité. Tu n’es pas là pour toi-même, mais pour d’autres à qui tu dois porter ta saveur, à qui nous devons donner ou redonner le goût de vivre.

Un chrétien n’est pas un chrétien pour lui. Il est un chrétien pour les autres : pour donner du goût aux autres, pour relever la saveur du monde.

Aussi le sel n’est pas fait pour rester à part : il est fait pour être mélangé avec, enfoui, mis dedans, mis avec le reste. Nous n’existons que pour les autres. Un chrétien qui se replierait sur soi, qui s’isolerait, n’a plus aucun sens, aucun rôle, aucune mission : il est inutile, stérile. Du sel tout seul, c’est inutilisable. Un chrétien isolé, sans  contact  avec le monde, ça n’a pas de sens. Par contre, s’il est brassé avec le reste, s’il est versé dedans, bien mélangé, bien fondu avec et dans le reste, ah ! Alors ! Ça change tout ! Tout ce mets qui jusqu’ici semblait inodore et insipide et qui laissait notre goût insatisfait ; le voilà devenu délicieux, relevé parce qu’on a mis dedans quelques grains de sel ; le voilà qui fait chanter tous les autres ingrédients qui ont participé à la confection du plat.

Le message du Christ est clair : l’Evangile est le sel des hommes, le seul qui puisse leur faire trouver le vrai goût de la vie et si nous savons faire passer toute cette saveur évangélique au monde dans lequel nous vivons, alors nous accomplissons notre mission.

            Ce sont les chrétiens, ayant goût d’Evangile, qui donneront sa vraie saveur au monde, à condition, bien sûr, de vivre dedans. C’est cela être missionnaire.

« Oui, c’est bien joli tout cela, mais si, nous-mêmes, nous ne sommes pas imprégnés d’Evangile, si l’Evangile n’est pas la substance de notre vie intérieure et de notre comportement extérieur, alors quel est notre rôle ? »

Et le monde, avec quoi lui donnera-t-on son goût ? Son sens ? Et sa véritable saveur ? Et c’est là que nous pouvons mesurer notre responsabilité de chrétiens et de baptisés !

Comment donner saveur au monde si nous sommes insipides nous-mêmes ? Incolores, inodores et sans saveur ? Des chrétiens couleurs de muraille ! S’entendre dire que l’on est « sel de la terre », d’un côté, et entendre de l’autre : « Oh ! Ils ne sont pas meilleurs que les autres » : cela fait mal !

C’est vrai que souvent, nous sommes de bien piètres témoins de l’Evangile. Comment être pour Jésus-Christ cet écran sur lequel se reflète son visage de ressuscité ?

Comment faire pour que les hommes qui nous voient se demandent qui est notre Dieu ? Quel est ce Dieu qui nous fait vivre ?

A quoi sert notre foi ? Justement, à faire goûter aux autres la saveur de la vraie vie. L’homme moderne, plus  encore que dans les âges précédents, est immergé dans la banalité, dans la grisaille  quotidienne :

– gestes stéréotypés et insipides du travailleur à la chaîne ;

– visages blafards sous les lumières au néon, objets standardisés en plastique, platitude  de  tant  de  conversations  courantes : les « marques » ou  les « modes », ras le bol devant les idéologies et les courants politiques.

La vie a-t-elle encore du goût ? Si l’on parle tant de la qualité de la vie, ne serait-ce point précisément que nous l’avons perdue ?

Donner du sel, c’est donner du sens aux réalités quotidiennes en mettant le Royaume de Dieu : dedans ; c’est relever le défi de tous ces athéismes qui ne cessent de proclamer que « la vie est absurde et n’a pas de sens ».

Avec Jésus, tout peut « prendre du sens », du « goût », même la souffrance, même la vieillesse, même la mort.  Si le sel se dénature… il n’est plus bon à rien… Si notre foi n’a plus goût de Dieu, s’il n’y a plus d’Evangile dans notre vie, alors, à quoi servons-nous ?

C’est Claudel qui clamait, lui qui avait toute la générosité et la virulence d’un converti : « L’Evangile, c’est du sel et vous en avez fait du sucre ».

Avec force, Jésus nous met en garde : notre foi risque de s’affadir, de s’affaiblir et peut-être perdons-nous toute la force corrosive du sel de l’Evangile.

Si  le  chrétien  n’est  plus  du  sel, il  ne  sert  plus  à  rien. Vous savez, le « chrétien caméléon » qui adopte toutes les modes, toutes les mentalités du monde païen, qui prend la couleur de son milieu de vie : « Puisque tout le monde pense ainsi… puisque ça se fait partout … mais tout le monde le fait…», ceux qui s’affadissent, deviennent peu à peu un vague résidu, incolore, inodore, sans saveur.

Or, Jésus nous dit aujourd’hui : « Vous devez être différents du monde, si vous voulez être  pour  lui, du sel ».  Exigence  pour  de nous, “ de passer au monde, ce que Dieu a fait en nous ‘’.  AMEN