Solennité du Christ, Roi de l’Univers – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 23, 35-43)

L’Amour Tout Puissant, Roi de l’univers

(Lc 23,35-43)

En ce temps-là, on venait de crucifier Jésus, et le peuple restait là à observer. Les chefs tournaient Jésus en dérision et disaient : « Il en a sauvé d’autres : qu’il se sauve lui-même, s’il est le Messie de Dieu, l’Élu ! »
Les soldats aussi se moquaient de lui ; s’approchant, ils lui présentaient de la boisson vinaigrée,
en disant : « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même ! »
Il y avait aussi une inscription au-dessus de lui : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
L’un des malfaiteurs suspendus en croix l’injuriait : « N’es-tu pas le Christ ? Sauve-toi toi-même, et nous aussi ! »
Mais l’autre lui fit de vifs reproches : « Tu ne crains donc pas Dieu ! Tu es pourtant un condamné, toi aussi !
Et puis, pour nous, c’est juste : après ce que nous avons fait, nous avons ce que nous méritons. Mais lui, il n’a rien fait de mal. »
Et il disait : « Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume. »
Jésus lui déclara : « Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. »

            Deux logiques s’affrontent au pied de la Croix. La première est celle de l’orgueilleux qui croit tout savoir et pouvoir juger de tout. Fier de son indépendance d’esprit, du pouvoir de sa position sociale, qu’il soit « chef » du Peuple ou « soldat », il reproche à Jésus de ne pas partager sa logique qui, à l’évidence, est la seule valable en ce monde… « Les chefs ricanaient »… « L’orgueil est leur collier, la violence, l’habit qui les couvre… Ils ricanent, ils prônent le mal, de très haut, ils prônent la force » (Ps 73(72)) car ils comprennent tout en terme de « pouvoir » et donc de « force »… Pour eux, si Jésus a soi-disant accompli des miracles, « sauvé » telle ou telle personne, il le devrait à sa propre force, à la mise en œuvre d’un pouvoir qui serait le sien… « Une force sortait de lui » (Lc 6,19)… S’il est vraiment si fort que cela, qu’il agisse donc pour lui-même, c’est le moment ou jamais ! Ils verront alors de leurs propres yeux et ils ne pourront que croire en l’évidence… « Si tu es le Messie de Dieu, l’Elu », si la force du Dieu Tout Puissant est avec toi, « sauve-toi toi‑même ! » Mais non, à l’évidence, il est là, crucifié, « à bout de force »  (Ps 6,3)…

            Mais la Puissance qui se déployait en Jésus ne venait pas de lui, mais de son Père… Lui il est « doux et humble de cœur », il est « le Serviteur » du Père (Mt 11,20 ; Ac 3,13.26 ; 4,27.30).  Il ne peut « rien faire de lui-même, sinon ce qu’il voit faire au Père, car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5,19-20)… De plus, la Toute Puissance de Dieu, avec laquelle l’univers visible et invisible a été créé, n’est pas de l’ordre d’une force qui renverse l’adversaire, domine et écrase… Elle est la Toute Puissance de l’Amour. « On dit parfois : Dieu peut tout ! Non, Dieu ne peut pas tout, Dieu ne peut que ce que peut l’Amour. Car il n’est qu’Amour » (P. François Varillon, « Joie de croire, joie de vivre »). Et l’Amour Tout Puissant est respect infini de l’autre… Il ne fait rien sans son consentement : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » demande un jour Jésus à un aveugle. « Rabbouni, que je recouvre la vue ! «  lui répondit-il, « et aussitôt, il recouvra la vue » (Mc 10,46-52). Un autre jour, il vit un « homme, infirme depuis trente huit ans, » qui espérait sa guérison de rituels magiques… Il s’approcha et lui dit : « Veux-tu guérir ? » (Jn 5,1-9). Dieu ne fera jamais en effet le meilleur pour nous sans notre consentement… « Je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai » (Ap 3,20)… Sinon, il restera à la porte et continuera à frapper…

            Ici, les cœurs des chefs du Peuple, des soldats et de l’un des malfaiteurs resteront fermés. Et pourtant, Jésus leur a déjà manifesté la Toute Puissance de l’Amour en leur pardonnant (Lc 23,34). Et une fois ressuscité, c’est vers eux qu’il se tournera en premier pour leur offrir sa bénédiction, s’ils acceptent de se repentir (Ac 3,26). Le bon larron l’a fait ; aussitôt il a été accueilli par l’Amour Tout Puissant, par la Miséricorde sans limite : « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le paradis ».         DJF




Rencontre autour de l’Évangile – Solennité du Christ, Roi de l’Univers

« Jésus, souviens-toi de moi

quand tu viendras inaugurer ton Règne.»

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Lc 23, 45-43)

Ce passage d’évangile fait partie du récit de la Passion selon saint Luc. Jésus est en croix. Au dessus de sa tête, une inscription : « Celui-ci est le roi des Juifs ».

Et soulignons les mots importants 

«Le Messie de Dieu, l’Elu» : Comment comprenons-nous ces deux titres donné à Jésus ?

«Si tu es le roi des juifs, sauve-toi toi-même» : Est-ce que cette parole des soldats et de l’un des malfaiteurs, comme les moqueries des chefs religieux, ne nous rappellent pas une manœuvre du Diable lors des Tentations de Jésus au désert ?

«Crainte de Dieu » : Que veut dire ici « craindre Dieu » ?

«Il n’a rien fait de mal » :   Durant le procès de Jésus, qui avaient déjà donné ce témoignage sur l’innocence de Jésus ?

« Jésus, souviens-toi de moi » : Que penser de cette prière du «bon larron» ? Qui représente-t-il dans cette supplication à Jésus crucifié ?

 «Quand tu viendras inaugurer ton Règne» : Quelle est la foi du second malfaiteur par rapport à Jésus qui est crucifié à côté de lui ?

 «Aujourd’hui» : Nous avons rencontré ce mot dans l’évangile de Zachée. Quelle est son importance ici dans la bouche de Jésus ?

«avec moi » … «le  Paradis » : Etre avec le Christ et être dans le Paradis, n’est-ce pas deux manières de dire la même chose ?

Pour l’animateur  

Les moqueries prennent la forme d’une triple tentation : celle des chefs juifs, celle des soldats Romains et celle du malfaiteur. Tous ils lancent à Jésus le défi de se sauver lui-même par un acte de puissance à son profit « s’il est le Christ, le Fils de Dieu, l’Elu ». Luc nous rappelle ici qu’à travers ces moqueries,  le Tentateur de Jésus au désert revient à la charge, au moment du combat final qui se joue sur la croix. Jésus est le Messie, celui qui a été ‘consacré’, qui a reçu l’onction (Christ) par l’Esprit pour sa mission de Sauveur, celui qui est ‘le Bien-aimé’ du Père, l’Elu.

Sa mission est celle du Serviteur souffrant, et non celle d’un Messie triomphant par la force et le prestige. C’est cela la volonté du Père. Jésus est fidèle. Durant la Passion et sur la croix, le Père ne fait aucun miracle pour sauver Jésus. Mais, le grand miracle par lequel il va le sauver et avec lui toute l’humanité dont il est solidaire, ce sera la Résurrection. « Dieu l’a souverainement élevé » dit saint Paul et l’a fait « Seigneur » (Phi 1,9).

Sans le savoir, le second malfaiteur, appelé couramment le « bon larron », à la suite de Pilate et d’Hérode, témoigne que ce crucifié, nommé Jésus, est innocent et n’a rien fait qui mérite la condamnation. Mais lui, contrairement aux autorités, pauvre condamné, reconnaît ses fautes et professe sa foi en la puissance de la réconciliation que Jésus nous obtient. Il réagit comme un véritable « converti ». Il voit l’inscription « Jésus roi des Juifs » : il lui fait confiance.

La crainte de Dieu, c’est reconnaître que Dieu est Dieu et s’en remettre à lui, avec confiance et humilité.

« Aujourd’hui », le salut est arrivé pour l’humanité : le salut promis au malfaiteur repentant, c’est le salut que Jésus obtient pour toute l’humanité par sa mort sur la croix. Jésus inaugure son Règne, « aujourd’hui » même, sur la croix, qui est son « trône ».

Le Paradis dont parle Jésus nous fait penser au ‘paradis’ la Genèse, où se trouve  l’arbre de vie. Le Paradis, ou le Ciel, c’est être avec le Christ, celui qui est la Résurrection et la Vie. C’est lui, avec sa croix glorieuse, qui est le véritable arbre de Vie. Etre avec Jésus, c’est avoir sa vie, sa gloire. Dès maintenant, celui qui reconnaît Jésus est « roi » avec lui. « Là où est le Christ, là est le Royaume. » (St Ambroise)

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Jésus, tu es sur la croix, et c’est le trône où nous te reconnaissons notre Roi : un Roi d’amour, un Roi serviteur, un Roi qui donne sa vie pour rassembler dans l’unité tous les hommes tes frères, un roi de Paix. Aujourd’hui, tu es élevé dans la gloire auprès de ton Père. Ton Royaume, c’est aujourd’hui, quand nous nous aimons, quand nous oeuvrons pour la paix, pour rapprocher ceux qui sont séparés, pour unir ceux qui sont divisés, quand nous donnons notre vie pour un monde meilleur, plus juste et plus fraternel. Prends pitié de nous.

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie 

Jésus a manifesté sa royauté en se faisant serviteur, en se faisant solidaire de notre humanité de faiblesse et de péché, en donnant sa vie, en pardonnant, en réconciliant les pécheurs avec Dieu son Père…

Et nous ?

Nous ne sommes-nous pas surtout préoccupés d’affirmer nos droits, de rechercher nos intérêts, d’imposer nos idées, de nous accorder aux ambitions du monde ?

Si le Christ règne dans nos relations, dans nos cœurs, dans nos actes d’amour, il régnera dans nos sociétés.

Que faire pour que la Royauté de Jésus s’installe dans nos cœurs ? Dans notre famille ? Dans notre entourage ? Dans notre paroisse ?

Et la croix de Jésus, qui a manifesté que sa Royauté est un Règne d’amour, d’humilité et de service, comment est-elle plantée dans nos cœurs et dans nos vies ?

ENSEMBLE PRIONS 

Tous : Règne sur nous Seigneur

Christ, notre Dieu et notre Roi,

gouverne ton peuple et donne-lui ta vie.

Toi, le vrai Berger, qui meurt pour tes brebis,

rassemble nous dans l’unité.

Toi, le Roi de l’univers,

restaure en toi toute la création.

Toi, qui rends témoignage à la vérité,

sois le maître des esprits et des cœurs.

Toi, le Juge éternel,

donne-nous part au Royaume préparé pour nous.

Toi, le Prince de la paix,

délivre-nous de la guerre.

Toi, le premier-né d’entre les morts,

reçois nos frères défunts dans ton Royaume.

 

 

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Christ-Roi

 




Audience Générale du Mercredi 13 Novembre 2019

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 13 Novembre 2019


Frères et sœurs, nous suivons saint Paul dans la nouvelle étape de son voyage missionnaire : Corinthe, une ville commerciale et cosmopolite. L’Apôtre y rencontre un couple de juifs venus de Rome, Priscille et Aquila. Pratiquant envers Paul l’art chrétien de l’hospitalité, ils lui ouvrent généreusement leurs portes et accueillent, en même temps que lui, l’Evangile du Christ que celui-ci annonce. Leur maison devient le lieu de réunion de la communauté, lieu d’écoute de la Parole de Dieu et de célébration de l’Eucharistie. Priscille et Aquila partagent également avec Paul, la même profession : ils fabriquent des tentes. Le travail manuel est pour Paul un lieu privilégié de témoignage de la foi, en même temps que le moyen de subsister sans être à la charge des autres. Parmi les nombreux collaborateurs qu’a eus saint Paul, Priscille et Aquila apparaissent comme des modèles de vie conjugale, engagés au service de toute la communauté chrétienne. Ils nous rappellent que, grâce à la foi et à l’engagement de nombreux laïcs dans l’évangélisation, le christianisme est parvenu jusqu’à nous. Pour que la foi s’enracine dans un peuple, le terreau qu’offre l’engagement des époux et des familles chrétiennes est nécessaire.

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier le Conseil du Vicariat du Brabant Wallon, avec Monseigneur Jean-Luc Hudsyn, et les pèlerins venus du Liban et de France. Demandons au Seigneur de répandre son Esprit sur les couples et les familles chrétiennes, afin qu’ouvrant généreusement leurs portes au Christ et aux frères, ils rendent un vrai témoignage d’une vie empreinte de foi, d’espérance et de charité. Que Dieu vous bénisse !




HÉGÉSIPPE DE JÉRUSALEM par Yannick LEROY

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HÉGÉSIPPE DE JÉRUSALEM

 

          Hégésippe de Jérusalem – à l’instar de Papias de Hiérapolis – est un personnage notable en raison de l’importance de ses écrits hélas perdus de nos jours. Les fragments qui nous sont parvenus sont rapportés par Eusèbe de Césarée – entre autres – dans son Histoire Ecclésiastique. Les renseignements dont nous disposons nous permettent d’établir que Hégésippe serait né en Palestine vers 110 et serait mort vers 180, probablement à Rome. Converti issu du judaïsme d’obédience pharisienne, il se serait rendu dans la capitale de l’Empire sous le pontificat de l’épiscope Anicet et y serait demeuré jusqu’à l’avènement du pontificat d’Éleuthère. En dehors de ces quelques miettes biographiques, nous ne disposons d’aucune autre information détaillée concernant sa vie. Il n’en reste pas moins que son œuvre constitue l’une des plus importantes de l’époque postapostolique.

          Hégésippe fut l’auteur d’un ouvrage intitulé Hypomnèmata (que l’on peut traduire par « mémoires »), vraisemblablement composé en cinq livres. Eusèbe nous en transmet plusieurs extraits dont l’intérêt est immédiat aux yeux du lecteur averti. On peut y trouver notamment des renseignements concernant Jacques le « frère du Seigneur » et sa fin sur ordre du Sanhédrin en 62. Hégésippe évoque également le processus de succession de Jacques, concerté entre les disciples et les parents de Jésus encore vivants à cette époque. C’est également lui qui mentionne le fait que Siméon – ledit successeur – est cousin du Christ, étant fils de Clopas qui serait selon lui frère de Joseph de Nazareth. Une tradition relative aux frères et sœurs de Jésus (influente dans le christianisme oriental, notamment syriaque) découle des affirmations de Hégésippe qui considère cette fratrie comme descendant de Marie et Joseph. Elle sera remise en cause aux IVè – Vè siècles par Epiphane de Salamine et Jérôme qui feront de ces frères des cousins dans le but de préserver le dogme de la virginité perpétuelle de Marie (tradition latine). Hégésippe nous rapporte également l’existence d’évangiles tels que l’Evangile selon les Hébreux ou encore celui rédigé en caractères « syriens ». Cette mention demeure énigmatique. Il est néanmoins certains qu’il a pu évoquer de nombreux détails relatifs aux Nazaréens, ces Chrétiens demeurés dans le judaïsme bien après la scission entre Eglise et Synagogue. Cette séparation transparaît notamment dans la description qu’il donnedes premières hétérodoxies chrétiennes, provenant selon lui des diverses sectes judaïques existant en Palestine avant la chute du Temple en 70. Le caractère capital de l’œuvre provient de sa situation chronologique en pleine période de séparation du Christianisme et du judaïsme, moment à propos duquel de nombreuses questions demeurent à ce jour sans réponse.

          Bien que les fragments n’aient aucune portée théologique ou spirituelle, il est indéniable que l’œuvre de Hégésippe est d’une importance capitale pour les historiens et les exégètes en raison des multiples anecdotes qu’elle a pu contenir. On ne peut que déplorer sa disparition et espérer une heureuse découverte…

Yannick Leroy

Bibliographie élémentaire

  • Hypomnèmata, S. MORLET (trad.), in Premiers écrits chrétiens, Gallimard, La Pléiade, Paris, 2016, p. 983-990.

  • N. HYLDAHL, “Hegesipps Hypomnemata”, in Studia Theologica XIV, 1960, p. 70-113.

  • E. NORELLI, C. MORESCHINI, Histoire de la littérature chrétienne ancienne grecque et latine, T. I, Genève, Labor et Fides, 2000 pp. 232-233.

  • X. LEVEILS, “Étude historique du récit d’Hégésippe sur la comparution des petits-fils de Jude devant Domitien“, in Revue des études juives CLXXIII, 2014, p. 297-323.

 

Extraits

           Le frère du Seigneur, Jacques, reçut l’administration de l’Église avec les Apôtres. Depuis les temps du Seigneur jusqu’à nous, tous l’appellent le Juste, puisque beaucoup portaient le nom de Jacques. Cet homme fut sanctifié dès le sein de sa mère ; il ne but ni vin, ni boisson enivrante ; il ne mangea rien qui eut vécu ; le rasoir ne passa point sur sa tête ; il ne s’oignit pas d’huile et ne prit pas de bains. A lui seul était permis d’entrer dans le sanctuaire, car il ne portait pas de vêtements de laine, mais de lin. Il entrait seul dans le Temple et il s’y tenait à genoux, demandant pardon pour le peuple, si bien que ses genoux s’étaient endurcis comme ceux d’un chameau, car il était toujours à genoux, adorant Dieu et demandant pardon pour le peuple. A cause de son éminente justice, on l’appelait le Juste et Oblias, ce qui signifie en grec rempart du peuple et justice, ainsi que les Prophètes le montrent à son sujet. Quelques uns donc des sept sectes qui existaient dans le peuple et dont nous avons parlé plus haut dans les Mémoires, demandèrent à Jacques quelle était la porte de Jésus et il leur dit qu’il était le Sauveur. Quelques uns d’entre eux crurent que Jésus était le Christ. Mais les sectes susdites ne crurent ni à sa résurrection, ni à sa venue pour rendre à chacun selon ses œuvres : tous ceux qui crurent le firent par le moyen de Jacques. Beaucoup donc, et même des chefs, ayant cru, il y eut un tumulte parmi les Juifs, les Scribes et les Pharisiens qui disaient : « Tout le peuple court le risque d’attendre en Jésus le Christ. »  Ils allèrent ensemble auprès de Jacques et lui dirent : « Nous t’en prions, retiens le peuple, car il se trompe sur Jésus, comme s’il était le Christ. Nous t’en prions, persuade tous ceux qui viennent pour le jour de la Pâque, au sujet de Jésus : car nous tous avons confiance en toi. Nous te rendons en effet témoignage, ainsi que tout le peuple, que tu es juste et que tu ne fais pas acception de personne. Toi donc, persuade à la foule de ne pas s’égarer au sujet de Jésus. Car tout le peuple et nous tous, nous avons confiance en toi. Tiens-toi dons sur le pinacle du Temple, afin que de là-haut, tu sois en vue et que tes paroles soient entendues de tout le peuple. Car à cause de la Pâque, toutes et les tribus et même les Gentils se sont rassemblés. » Les susdits Scribes et Pharisiens placèrent donc Jacques sur le pinacle du Temple et lui crièrent en disant : « Juste, en qui nous devons tous avoir confiance, puisque le peuple se trompe au sujet de Jésus le crucifié, annonce-nous quelle est la porte de Jésus. Et il répondit à voix haute : Pourquoi m’interrogez-vous sur le Fils de l’Homme ? Il est assis au ciel à la droite de la Grande Puissance et il viendra sur les nuées du ciel. » Beaucoup furent entièrement convaincus et glorifièrent le témoignage de Jacques en disant : « Hosannah au Fils de David ! » Alors, par contre, les mêmes Scribes et Pharisiens se disaient les uns aux autres : « Nous avons mal fait de procurer un tel témoignage à Jésus. Montons donc et jetons-le en bas, afin qu’ils aient peur et ne croient pas en lui. » Et ils crièrent en disant : « Oh ! Oh ! Même le Juste a été égaré ! » Et ils accomplirent l’Ecriture inscrite dans Isaïe : « Enlevons le Juste parce qu’il nous est insupportable : alors ils mangeront les fruits de leurs œuvres. » Ils montèrent donc et jetèrent en bas le Juste. Et ils se disaient les uns aux autres : « Lapidons Jacques le Juste. » Et ils commencèrent à le lapider, car lorsqu’il avait été jeté en bas, il n’était pas mort. Mais s’étant retourné, Jacques se mit à genoux en disant : «  Je t’en prie, Seigneur Dieu Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Tandis qu’ils lui jetaient ainsi des pierres, un des prêtres, des fils de Réchab, fils de Réchabim, auxquels Jérémie le Prophète a rendu témoignage, criait en disant : « Arrêtez ! Que faites-vous ? Le Juste prie pour vous ! » Et quelqu’un d’entre eux, un foulon, ayant pris le bâton avec lequel il foulait les étoffes, frappa sur la tête du Juste ; et ainsi celui-ci rendit témoignage. Et on l’enterra dans le lieu-même, près du Temple et sa stèle demeure encore auprès du Temple. Il a été un vrai témoin pour les Juifs et les Grecs, que Jésus est le Christ. Et bientôt après, Vespasien les assiégea.

EUSEBE DE CESAREE, Histoire Ecclésiastique II, 23

 

 

          Après le martyre de Jacques et la destruction de Jérusalem qui arriva en ce temps, on raconte que ceux des apôtres et des disciples du Seigneur qui étaient encore en ce monde vinrent de partout et se réunirent en un même lieu avec les parents du Sauveur selon la chair (dont la plupart existaient à cette époque). Ils tinrent conseil tous ensemble pour examiner qui serait jugé digne de la succession de Jacques, et ils décidèrent à l’unanimité que Siméon, fils de ce Clopas dont parle l’Évangile, était capable d’occuper le siège de cette église : il était, dit-on, cousin du Sauveur : Hégésippe raconte en effet que Clopas était le frère de Joseph. 

EUSEBE DE CESAREE, Histoire Ecclésiastique III, 11

 

 

         Il y avait encore, de la race du Sauveur, les petits-fils de Jude, qui lui-même était appelé son frère selon la chair : et on les dénonça comme étant de la race de David. L’huissier les amena devant Domitien César, car celui-ci craignait la venue du Christ, comme Hérode. Et il leur demanda s’ils étaient de la race de David et ils dirent que oui. Alors il leur demanda combien de propriétés ils avaient et de quelles richesses ils étaient les maîtres. Ils dirent qu’à eux deux ils possédaient seulement neuf mille deniers et que chacun d’eux en avait la moitié, et ils ajoutèrent qu’ils n’avaient même pas cela en numéraire, mais que c’était l’évaluation d’une terre de trente-neuf plèthres sur lesquels ils payaient des impôts et qu’ils cultivaient eux-mêmes pour vivre. Puis ils montrèrent aussi leurs mains, comme preuve de leur travail personnel, ils alléguèrent la rudesse de leurs corps ; ils présentèrent les durillons incrustés dans leurs propres mains par suite de leur labeur continuel. Interrogés sur le Christ et sur son royaume, sur sa nature, sur les lieux et temps de sa manifestation, ils donnèrent cette réponse que ce royaume n’était pas de ce monde, ni de cette terre, mais céleste et angélique, qu’il arriverait à la consommation des siècles, lorsque le Christ viendrait dans la gloire, jugerait les vivants et les morts et rendrait à chacun selon les œuvres. Domitien, là-dessus, ne les condamna à rien, mais il les dédaigna comme des hommes simples, les renvoya libres et fit cesser par édit la persécution contre l’Eglise. Lorsqu’ils furent délivrés, ils dirigèrent les Eglises, à la fois comme martyrs et comme parents du Seigneur, et, la paix rétablie, ils restèrent en vie jusqu’au règne de Trajan.

EUSEBE DE CESAREE, Histoire Ecclésiastique III, 20

 

Après que Jacques le Juste eut rendu son témoignage comme le Seigneur et pour la même doctrine, le fils de son oncle, Siméon, fils de Clopas, fut établi épiscope : tous le préférèrent comme deuxième épiscope parce qu’il était cousin du Seigneur. L’Eglise était encore appelée vierge parce qu’elle n’avait pas été souillée par de vains discours. Ce fut Thébouthis, parce qu’il n’était pas devenu épiscope, qui commença à la souiller parmi le peuple, à partir des sept sectes juives dont il était aussi membre : de ces sectes sortirent Simon, le père des Simoniens ; Cléobius, le père des Cléobiens ; Dosithée, le père des Dosithéens ; Gortheios, le père des Gorathéniens, et les Masbothéens. De ceux-ci viennent les Ménandrianistes, les Marcianistes, les Carpocratiens, les Valentiniens, les Basilidiens, les Satorniliens, qui, chacun pour sa part et d’une manière différente, avaient introduit leur propre opinion. De ces hommes sont venus de faux Christs, de faux prophètes, de faux apôtres, qui ont divisé l’unité de l’Eglise par des discours corrupteurs contre Dieu et contre son Christ.

EUSEBE DE CESAREE, Histoire Ecclésiastique IV, 22




33ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 21, 5-19)

 

« Cela vous amènera à rendre témoignage »

 

En cette fin d’année liturgique, les évangiles sont plutôt tournés vers la fin du monde actuel, celui où nous vivons, et nous amènent à penser à la Vie Éternelle.

Celui d’aujourd’hui est carrément pessimiste à première vue, avec l’annonce de cataclysmes, la destruction du temple de Jérusalem : « Des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. » …

Pour les juifs et les premiers chrétiens, c’était une catastrophe, la fin d’un monde, d’une vision de la vie. Et cela était déjà arrivé, puisque la destruction du temple a eu lieu en 70 de notre ère alors que l’écriture de l’évangile de Luc a eu lieu après cet événement. Et sans doute aussi tous ces événements concernant les chrétiens, les disciples de Jésus, que les juifs orthodoxes considéraient comme responsables de la ruine du temple, et qui ont été exclus des synagogues à l’assemblée de Jamnia à la même époque de l’écriture de l’évangile de Luc : « On portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom. »

Mais de toutes ces catastrophes, Jésus tire deux conséquences, qui sont surtout ce qu’on doit retenir à notre époque :

« Cela vous amènera à rendre témoignage »

C’est ce que nous devons tous faire au nom de notre baptême. Et c’est ce que le pape François nous a rappelé pendant tout ce mois d’octobre, pendant le Mois Missionnaire Extraordinaire : « Baptisés et envoyés : l’Église du Christ en mission dans le monde ». Rendre témoignage, c’est être en mission.

Mais Jésus nous explique tout de suite que ce ne sera pas facile : « Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous. Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom. »

Mais nous n’oublions pas ce qui nous a été rappelé le jour de la Toussaint : « Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux» (Mt 5,11-12)

Rendre témoignage, cela peut nous amener loin, plus loin que ce que l’on voudrait, et pour certains nous amener au martyr (c’est la même racine grecque), ce que signale Jésus. Certains diront : « Le martyr, c’était dans l’ancien temps, maintenant, cela n’existe plus ! Et puis, ici, à La Réunion, ça n’arrivera pas ! »

C’est sans doute vrai pour nous à La Réunion, … mais cela peut arriver ailleurs ! Tous les ans il y a une trentaine (voire plus) de prêtres, de religieux, de religieuses ou de catéchistes, qui sont assassinés dans le monde, à cause de leur foi ; Et qui aurait pensé qu’un prêtre, le père Jacques Hamel, serait assassiné le 26 juillet 2016, en France, alors qu’il célébrait la messe …

Bien sûr, il ne faut pas faire une fixation sur le martyr qui pourrait nous empêcher d’accomplir notre mission de chrétien que Dieu nous demande … parce que Dieu est toujours avec nous, et qu’il nous aidera particulièrement si nous avons des problèmes et que nous avons à répondre de notre foi : « Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. »

N’ayons donc pas peur de « proclamer la Parole, d’intervenir à temps et à contretemps » (2Tim 4,2) pour que la Bonne Nouvelle de Jésus soit connue de tous, même dans les difficultés. Car, et c’est la deuxième conséquence apportée par Jésus : « C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

Jésus ne dit pas de quelle vie il s’agit, mais nous comprenons bien qu’il s’agit de la Vie Éternelle : « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perd sa vie à cause de moi la trouvera. » (Mt 16,25).

 

Seigneur Jésus,

tu nous invites à rendre témoignage

de la Bonne Nouvelle que tu nous as donné,

et à le faire avec persévérance,

quelles que soient les difficultés,

parce que tu es toujours avec nous,

et que tu ne nous laissera jamais tomber.

 

Francis Cousin

  

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Prière dim ordinaire C 33°




33ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

La “fin d’un monde”

Lc 21, 5-9

L’année liturgique est bientôt terminée. Vous savez que l’on  recommence  une autre année avec le 1er dimanche de l’avent qui se situe environ un mois avant Noël. Et traditionnellement,  nos derniers dimanches ordinaires insistent sur le futur, sur ce que nous appelons “la fin du monde” et que j’appellerai plutôt “la fin d’”un monde” et  la naissance d’un “nouveau monde”.

 

Certains, pensant  à cette fin du monde, sont affolés, ont peur ! Pour eux, “fin du monde” égale : catastrophes, ténèbres, panique générale et il est vrai que le Christ lui-même nous parle, pour ce moment-là, de guerres, de conflits, d’épidémies, de faits terrifiants et de grands signes dans le ciel. Or, le Christ nous dit : « Ne vous effrayez pas ! » Bien sûr, il faut que cela arrive ! Mais ce sera pour nous, chrétiens, l’occasion de “porter témoignage” et il ajoute : « Mettez-vous dans la tête que vous n’avez pas à préparer votre défense… que ce sera l’Esprit Saint  qui vous inspirera un langage et une sagesse à  laquelle vos adversaires ne pourront opposer ni résistances ni contradictions ». Saint Luc, d’ailleurs, met l’accent sur le caractère actuel de la crise, son caractère intérieur et il décourage les questions sur l’avenir.

La fin du monde n’est pas un lointain mystérieux : elle fait déjà partie de notre histoire, déjà le combat est engagé, autour de nous, et en nous, entre le bien et le mal, entre Jésus et Satan, entre la lumière et les ténèbres.

Déjà Jésus, par sa Passion et sa Résurrection,  nous  a  dit comment tout se terminera : il y aura certes, comme pour lui, l’agonie, la passion, l’échec apparent du Vendredi Saint, mais surtout Pâques, et la victoire finale, …

La “fin du monde”, ce sera la Passion de Jésus que nous vivrons à notre tour et aussi et surtout “le triomphe de la Résurrection”, la vie définitive et glorieuse ; le mal étant écrasé une fois pour toutes…

Tout ce qui est arrivé à Jésus, nous arrivera à nous aussi : persécutions, trahison, mort… mais aussi la victoire dans la persévérance : « Par où est passé le maitre, le disciple passera aussi »  et de même que nous ne pouvons pas séparer ” la Passion” de “la   Résurrection”, nous ne pouvons pas non plus séparer les épreuves de la fin du monde d’avec son aboutissement heureux : son issue finale qui est la joie et le bonheur de tous dans un monde divin, enfin libéré du mal, du péché et de toute menace. C’est pourquoi, ce texte, aussi bien que celui de l’Apocalypse, est gorgé d’espérance et de sérénité.

Bien loin de nous  affoler, ce temps, pour les chrétiens, est un “temps de grâce” et l’occasion de manifester davantage encore de notre foi et notre témoignage.

            Aussi, Jésus  nous donne-t-il quelques conseils applicables, non seulement pour “la fin des temps”, mais pour tout temps, y compris le nôtre, conseils applicables dès aujourd’hui dans notre vie quotidienne.

Le 1er est « Ne vous laissez pas égarer » : à la fin des temps, comme maintenant, nous avons à discerner le “vrai” du “faux”. Il y a tellement de faux prophètes, de fausses théories, de propagandes, de mensonges, de publicités que les gens sont intoxiqués et qu’ils sont prêts à suivre n’importe qui, dans des sectes, des mouvements, des partis. On ne sait plus “ est la vérité ?”, “où est le faux ?” C’est ce que l’on appelle à présent : la “désinformation”. Systématiquement, on lance de fausses nouvelles pour désorienter d’abord et embrigader ensuite des populations entières. Nous, chrétiens, ayons de la jugeote, du sens critique et tout simplement du  “bon sens” en jugeant d’après l’idéal que le Seigneur nous a proposé dans l’Evangile.

Le 2e conseil : « Ne vous effrayez pas » : bien sûr, les temps sont durs, et ils le seront encore ; il a des crises : morales encore plus qu’économiques. Mais pensons au cri de Saint Jean-Paul II : « N’ayez pas peur », ne cédez pas à la peur, ne paniquez pas, d’ailleurs la peur est pourvoyeuse de haine et de mal. A travers la dureté des temps, les nôtres et ceux de la fin, nous avons à faire confiance. La victoire est au bout, comme la Résurrection, celle du Christ et la nôtre. D’ailleurs Jésus ne nous a t-il pas dit : « Désormais, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps », et « s’il est avec nous, qui sera contre nous ? », uniquement les ennemis de Dieu. Il est vainqueur avec nous, alors qu’avons-nous à craindre ?

3e conseil relevé dans cet évangile : « Ne vous souciez pas de votre défense ». Dès que nous sommes en conflit, nous cherchons tout de suite quels sont les arguments que je vais avancer, quelles sont les preuves que je vais produire, quelles sont mes justifications personnelles.  Là, le Seigneur nous dit :

« Ne vous en faites pas, ne préparez pas à l’avance une plaidoirie en votre faveur ».

Vous n’avez pas à préparer votre défense, vous aurez en vous “l’Esprit Saint” que l’on appelle aussi “le Paraclet” qui veut dire, en grec, l’avocat : un autre parlera pour vous et parlera bien mieux que vous ! Il mettra dans votre bouche, un langage qui sera bien supérieur au vôtre et auquel vos adversaires ne pourront pas répondre grand-chose…

4e remarque du Christ à notre égard, pour les temps difficiles : « Je vous inspirerai une sagesse ». Ce langage, cette sagesse n’est pas fixée une fois pour toutes : on ne la trouve dans aucun livre, elle vient en nos cœurs, “par l’Esprit Saint” et celui-ci le réinvente tout au long de l’histoire, s’adaptant à notre temps, à notre mentalité, à notre contexte historique. Si nous portons l’Esprit de Dieu en nous, celui-ci saura bien nous inspirer la conduite à tenir.

5e et dernière remarque adressée à tous les chrétiens :     « C’est  par votre persévérance que vous obtiendrez la vie ».  

A travers toutes les crises, au travers de tous les évènements douloureux ou perturbés de notre monde, une seule chose nous fera tenir debout, une seule qualité nous fera traverser la tourmente : notre fidélité qui prouve la solidité de notre foi.

Il faut durer, persévérer, ne pas changer de cap ;

alors, nous arriverons, malgré les tempêtes,

jusqu’à la rive de Dieu.  AMEN

 




33ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 21, 5-19)

Triompher des épreuves avec le Christ

(Lc 21,5-19)

En ce temps-là, comme certains parlaient du Temple, des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient, Jésus leur déclara :
« Ce que vous contemplez, des jours viendront où il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera détruit. »
Ils lui demandèrent : « Maître, quand cela arrivera-t-il ? Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
Jésus répondit : « Prenez garde de ne pas vous laisser égarer, car beaucoup viendront sous mon nom, et diront : “C’est moi”, ou encore : “Le moment est tout proche.” Ne marchez pas derrière eux !
Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne soyez pas terrifiés : il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »
Alors Jésus ajouta : « On se dressera nation contre nation, royaume contre royaume.
Il y aura de grands tremblements de terre et, en divers lieux, des famines et des épidémies ; des phénomènes effrayants surviendront, et de grands signes venus du ciel. »
Mais avant tout cela, on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ; on vous livrera aux synagogues et aux prisons, on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs, à cause de mon nom.
Cela vous amènera à rendre témoignage.
Mettez-vous donc dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense.
C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer.
Vous serez livrés même par vos parents, vos frères, votre famille et vos amis, et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom.
Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

            En 66, Israël se soulève contre l’occupant romain… Le 29 août 70, Titus, le fils de l’empereur Vespasien, prend la ville de Jérusalem… Le Temple est incendié, détruit… Il est encore possible aujourd’hui de voir  les énormes pierres qui tombèrent au pied de ses murs d’enceinte… Les premières paroles de Jésus font ici allusion à cette catastrophe : « Il n’en restera pas pierre sur pierre : tout sera jeté bas »…

            A cette même époque, les Juifs qui n’avaient pas reconnu en Jésus le Messie, persécuteront leurs compatriotes devenus chrétiens. Le Grand Prêtre Caïphe avait en effet crié au blasphème lorsque Jésus avait fait allusion à sa dignité de rang divin (Mt 26,64-66). Etienne sera lapidé (Ac 7,55-60), Paul et ses compagnons « ravageaient l’Eglise ; allant de maison en maison, ils en arrachaient hommes et femmes et les jetaient en prison » (Ac 8,3). Les chrétiens seront exclus des synagogues. Nous en trouvons un écho dans l’Evangile de Jean écrit à la fin du 1° siècle : « Les parents (de l’aveugle né) avaient peur des Juifs ; car déjà les Juifs étaient convenus que, si quelqu’un reconnaissait Jésus pour le Christ, il serait exclu de la synagogue » (Jn 9,22). « On vous persécutera, on vous livrera aux synagogues et aux prisons », dit ici Jésus. « Vous serez livrés même par vos père et mère, vos frères, vos proches et vos amis ; on fera mourir plusieurs d’entre vous »…

            Mais les chrétiens persécutés pour leur foi ne seront pas abandonnés à eux-mêmes. « Ce sera l’occasion pour vous de rendre témoignage… Je vous inspirerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront opposer ni résistance ni contradiction », dit ici Jésus. « Quand on vous livrera, ne vous tourmentez donc pas pour savoir ce que vous direz ni comment vous le direz : ce que vous aurez à dire vous sera donné à cette heure-là. Car ce n’est pas vous qui parlerez, c’est l’Esprit de votre Père qui parlera en vous » (Mt 10,19-20). « Heureux alors serez-vous quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement contre vous toute sorte d’infamie à cause de moi. Soyez dans la joie et l’allégresse », « car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous » (Mt 5,11-12 ; 1P 4,14). Tel est en effet le grand cadeau que Dieu propose à tout homme de bonne volonté pour le soutenir, le réconforter, le consoler dans ses épreuves (2Co 1,3-7). Grâce à Lui, il est possible de traverser l’épreuve, toujours difficile humainement parlant, avec « quelque chose » qui, envers et contre tout, est de l’ordre de la joie, « la joie de l’Esprit Saint » (1Th 1,6).

                                                                                                                                              DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 33ième Dimanche du Temps Ordinaire

« On vous persécutera…

Ce sera pour vous l’occasion

de rendre témoignage. »

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Lc 21, 5-19)

Le Temple de Jérusalem était considéré comme l’une des Sept merveilles du monde antique. Il était d’une richesse et d’une beauté qui provoquaient l’admiration des visiteurs et des pèlerins. Il a été détruit le 30 août 70 par l’armée romaine de Titus. Aujourd’hui quand les juifs prient devant le « Mur des lamentations » ils sont devant les fondations de ce Temple. Pour les chrétiens du début de l’Eglise, la ruine de Jérusalem et du Temple était étroitement associée au Retour glorieux du Christ à la fin des temps venant juger l’univers et instaurer le Règne de Dieu de façon définitive. Voilà le contexte de l’évangile que nous allons méditer.

Et soulignons les mots importants 

Une question générale 

Quelles sont nos réactions après avoir lu cet évangile ? (il est important que les gens disent librement leur ressenti. Cela les aidera à entrer dans une compréhension plus juste de l’enseignement de Jésus.)

Jésus vient d’annoncer que le Temple de Jérusalem sera détruit. Les disciples surpris et inquiets voudraient bien savoir le signe qui annoncera l’événement. Jésus ne répond pas mais il avertit ses disciples :

Prenez garde… ne marchez pas derrière eux : Contre qui Jésus met-il ses disciples en garde ? La tentation n’est-elle pas grande aussi pour beaucoup de gens de notre temps de croire à des faux prophètes qui prétendre annoncer la fin du monde ?

« Guerres, tremblements de terre, épidémies, famines, de grand signes dans le ciel » : Est-ce que Jésus en disant cela veut nous donner des signes qui annoncent la fin du monde ?

« devant les rois et gouverneurs » : Qui les premiers ont été traînés devant ces autorités ? (Luc en parle dans son Evangile et dans les Actes des Apôtres)

 « on vous persécutera »: Quand Luc écrit son évangile dans les années 80, le Temple est détruit et les chrétiens depuis longtemps déjà font l’expérience de la persécution. Que nous enseigne Jésus ?

« rendre témoignage » : Que veut nous faire comprendre Jésus ?

« Moi-même je vous inspirerai un langage et une sagesse. » : Au chap.12, 12 Jésus annonçait que la défense des disciples serait assurée par l’Esprit-Saint. Ici qui est-ce qui intervient pour défendre les disciples ? Quelle réflexion cela nous inspire ?

« Vous serez livrés même   par vos parents, vos frères, vos amis… » Jésus a déjà prévenu que sa personne provoquera des divisions même parmi nos proches (Lc 12,51) ici il va encore plus loin.. !

« détestés à cause de mon Nom » :  Que signifie le Nom dans la Bible ?

« Pas un cheveu de votre tête… » : Dans quel but Jésus dit cela ? « Persévérance » : Que veut dire ce mot ?

Pour l’animateur  

  • Dans la Bible, certains discours ou récits sont écrits dans une forme qu’on appelle « apocalyptique ». Bien que le mot apocalypse veut dire « révélation », ces écrits restent obscurs ou énigmatiques pour le lecteur moderne. Dans la Bible il y a une conviction fondamentale : l’histoire des peuples est conduite par Dieu vers un but soigneusement préparé. (voir Ap 21, 3-4). Tout ce qui appartient au monde ancien (larmes, tristesses, douleur, deuil…ne seront plus). Un Monde nouveau sera définitivement là : tel est le salut qui constituera le terme éternel de l’histoire de l’humanité. « Dieu sera tout en tous » dit saint Paul. 1Co 15, 28)

  • Ce discours de Jésus ne nous raconte pas la fin, mais nous dit en termes imagés la marche de l’humanité vers sa libération. Le but de saint Luc c’est d’insuffler au lecteur la force de tenir la tête haute au milieu des épreuves, de lui rappeler que le temps présent est le lieu où Dieu lui fait signe pour qu’il lui fasse confiance.

  • Au temps de Jésus, il y avait, comme aujourd’hui, des personnages qui prétendaient annoncer avec précision la fin du monde ; certains se présentaient comme le grand Prophète des derniers temps ou même le Messie. Jésus demande à ses disciples de ne pas tenir compte des prophètes de malheur qui interprètent les bouleversements et les catastrophes comme des signes de la fin du monde.

  • Par contre, Jésus prévient les chrétiens qu’ils auront à subir le choc des persécutions : il les rassure en leur disant qu’il sera là, lui le Ressuscité, à côté d’eux pour prendre leur défense. Lui-même, la source de l’Esprit, mettra dans leur cœur et dans leur bouche les mots qu’il faut pour qu’ils soient de fidèles témoins de sa Personne (son Nom) et de sa Résurrection.

  • Jésus dévoile aussi que les persécuteurs ne seront pas tous des étrangers, mais se recruteront à l’intérieur même du groupe des intimes ; et que la persécution peut aller jusqu’à la mort. (Quand Luc écrit son Evangile, Etienne a déjà été lapidé, Jacques le responsable de la communauté de Jérusalem a été décapité, Pierre et Paul ont été exécutés, et bien d’autres chrétiens…). Mais Jésus utilise le proverbe des cheveux pour assurer ses disciples que Dieu ne cesse de protéger ceux qui sont attachés à son Fils.

  • La persévérance, c’est justement cette fidélité à toute épreuve qui permet de recevoir la vie véritable. C’est aller jusqu’au bout de la foi et de l’amour.

TA PAROLE DANS NOS MAINS

La Parole aujourd’hui dans notre vie 

Jésus médite sur la fragilité de toutes choses. Tout ce qui est construit de main d’homme finit par tomber en ruine. A quoi notre cœur est-il attaché ?

 Jésus nous invite à vivre, jour après jour, sans savoir la date, sans nous laisser séduire par les faux-messies, sans nous laisser effrayer par les faits terrifiants de l’histoire.

Comment, en tant que chrétiens, nous réagissons devant les grands bouleversements qui secouent notre monde ? (les massacres, les génocides, les guerres, le déferlement du terrorisme…et les cataclysmes naturels) Est-ce que nous percevons dans tous ces événements des appels à réajuster notre vie sur l’essentiel, sur le Christ et l’Evangile ? A témoigner de notre espérance en Dieu qui, à travers tous ces événements, conduit son Projet qui est de sauver ce monde qu’il aime ?

La condition des chrétiens en ce monde est de se trouver continuellement en butte aux moqueries à cause de leur foi : c’est une occasion de porter témoignage au Christ. Il nous a promis de nous assister.

Croyons-nous que les obstacles et les moqueries que rencontre notre vie chrétienne sont pour nous une occasion de porter témoignage du Christ ?

Est-ce que nous comptons sur le secours du Christ quand nous avons à rendre compte de notre foi et de notre espérance dans des circonstances difficiles ?

Persévérer dans la foi et la charité, jour après jour, rester attachés à Jésus Christ dans notre société, c’est difficile : quels moyens prendre pour tenir ?

Comment aidons-nous les jeunes, les nouveaux baptisés, les jeunes confirmés, à persévérer dans leur attachement à Jésus-Christ ?

 

ENSEMBLE PRIONS 

Heureux ceux qui sont persécutés parce qu’ils croient au message d’amour et de liberté. Heureux ceux qui sont critiqués et subissent des moqueries à cause de leur fidélité au Nom de Jésus.

Seigneur Jésus, lorsque notre foi est mise à l’épreuve, donne-nous de croire que tu es près de nous pour nous inspirer les mots justes, afin que notre témoignage touche les cœurs.

 

 

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33ème Dimanche du Temps Ordinaire

 




Audience Générale du Mercredi 6 Novembre 2019

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 6 Novembre 2019


Frères et sœurs, poursuivant notre « voyage » dans le livre des actes des Apôtres, nous rencontrons saint Paul à Athènes. Il veut entrer en contact avec cette ville, qui conservait encore la primauté de la culture, et fréquenter les personnes et les lieux les plus significatifs, rencontrant toutes sortes de gens aux cultures diverses. Il ne regarde pas Athènes et le monde païen avec hostilité, mais avec le regard de la foi. Il cherche à annoncer Jésus-Christ aux adorateurs d’idoles non pas en les agressant mais en construisant des ponts. Dieu est déjà présent. Il ne se cache pas à ceux qui le cherchent avec un cœur sincère, même si c’est à tâtons. N’y a-t-il pas dans la ville un autel dédié au « dieu inconnu » ? C’est cette présence que l’Apôtre cherche à révéler : « Celui que vous vénérez sans le connaître, voilà que, moi, je viens vous l’annoncer ». Cependant, la prédication de Paul, bien accueillie jusque-là, rencontre un écueil : la mort et la résurrection du Christ qui semble être une folie et provoque la dérision. La tentative de Paul semble avoir échoué, cependant quelques-uns adhèrent à sa parole et s’ouvrent à la foi.

Je salue cordialement les personnes de langue française, en particulier les jeunes du diocèse de Paris. Frères et sœurs, demandons à l’Esprit Saint de nous apprendre à construire des ponts avec ceux qui ne croient pas. Que nous sachions toujours leur témoigner de notre foi, en portant sur eux un regard d’amour qui touche même les cœurs les plus endurcis. Que Dieu vous bénisse !




32ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Francis COUSIN (St Luc 20, 27-38)

 « Il n’est pas le Dieu des morts,

mais des vivants. »

Comme le dit l’évangile, les saducéens ne croient pas à la résurrection des morts. Mais l’histoire qu’ils inventent pour mettre Jésus dans l’embarras est pour le moins particulière : Ils partent d’un précepte de la loi de Moïse qui existe pour inventer une fable : sept frères épousant l’un après l’autre une femme qui ne peut pas avoir d’enfant … « à la résurrection, cette femme-là, duquel d’entre eux sera-t-elle l’épouse ? »

Jésus ne répond pas directement à la question, mais il donne plusieurs indications : « ceux qui ont été jugés dignes d’avoir part au monde à venir et à la résurrection d’entre les morts ne prennent ni femme ni mari ».

S’il n’y a « ni femme ni mari », cela laisse à penser que les liens établis sur terre n’auront plus lieu dans la vie éternelle. Il y aura peut-être des hommes et puis des femmes, mais rien n’est sûr, mais si c’est le cas il n’y aura aucune attirance des hommes vers les femmes et vice-versa, parce que ce n’est pas le lieu : la seule attirance à laquelle on peut penser, c’est celle vis-à-vis de Dieu, et elle se manifeste par la louange vis-à-vis de lui : « ils ne cessent de dire : ’’ Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur Dieu, le Souverain de l’univers, Celui qui était, qui est et qui vient’’. » ou encore : « Tu es digne, Seigneur notre Dieu, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance. C’est toi qui créas l’univers ; tu as voulu qu’il soit : il fut créé. » (Ap 4,8.11).

Le problème avec la Vie Éternelle, c’est qu’on ne sait pas comment cela sera.

Et on imagine que ce sera comme la vie actuelle, mais pour tout le temps. Sauf qu’il n’y aura plus de temps !

Et comment serons-nous ? On ne le sait pas, et ce n’est pas important.

Quel âge aurons-nous ? L’âge de notre mort terrestre ? Sans doute pas, puisqu’il n’y aura plus de temps, donc plus d’âge … et puis, qu’on soit mort à cent ans ou mort-né, on sera dans la Vie Éternelle : pourquoi parler d’âge dans un « état » sans âge ?

Jésus ne donne qu’une indication : « ils sont semblables aux anges, ils sont enfants de Dieu et enfants de la résurrection. »

On ne peut pas en dire plus. Car on ne peut pas imaginer ce que sera notre vie hors de notre monde, hors de notre temps et hors de l’espace. Et la Vie Éternelle ne peut pas être imaginée par nos esprits mortels.

Ce dont on est sûr : Jésus nous promet la Vie Éternelle, il dit même qu’il part pour nous y préparer une place (Jn 14,2). Et que nous y serons vivants : « Il n’est pas le Dieu des morts, mais des vivants. »

De toute façon, la seule chose que l’on peut dire concernant cette vie éternelle, c’est que ce sera mieux que tout ce qu’on peut imaginer !

Seigneur Jésus,

On ne peut pas imaginer

ce que sera la Vie Éternelle

après notre résurrection,

et finalement, ce n’est pas important.

La seule chose qui est sûre,

C’est que tu nous l’as promise,

Et que tu tiens toujours tes promesses !

 

Francis Cousin

  

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