Rencontre autour de l’Évangile – 24ième Dimanche du Temps Ordinaire

” Quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ?

 

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mt 18, 21-35)

Dans le « Discours sur l’Eglise » Jésus nous enseigne aujourd’hui le pardon et la miséricorde, un pardon sans calcul, à la mesure du pardon et de la miséricorde immense de Dieu.

Soulignons les mots importants

Après la lecture, chacun note ce  qui a retenu son attention, ce qui l’a frappé.

Pour entrer dans le texte :

  • C’est Pierre qui reprend la parole : Pourquoi lui ?

  • Pardonner « jusqu’à 7 fois?»  Pour ce chiffre « 7 » ?

  • Comment interpréter la réponse de Jésus : « Jusqu’à soixante dix fois 7 fois » ? (l’animateur pourrait lire ce qui est dit au livre de la Genèse 4,24 à propos de la vengeance et montrer que Jésus prend le contre-pied de la vengeance)

  • « le  Royaume des cieux » : est-ce qu’on peut le mériter ou non ?

  • Pourquoi Jésus met-il une si grande différence entre la dette que le roi remet à son serviteur et la dette que ce serviteur  exige de son compagnon? Que veut-il nous faire comprendre ?

  • Qu’est-ce que nous admirons dans l’attitude du Roi ?

  • Qu’est-ce qui nous attriste dans l’attitude du « mauvais serviteur » ?

  • « Pardonner à son frère  de tout son cœur» : qu’est-ce que Jésus demande à ses disciples, qui sont comme lui fils du « Père du Ciel »?

 

Pour l’animateur  

  • Pierre reprend la Parole, parce que son rôle sera de transmettre à la communauté l’enseignement livré par Jésus sur le pardon.

Certes les frères doivent se pardonner mutuellement, mais faut-il aller jusqu’au chiffre parfait, « 7 fois » ?

  • Jésus répond « jusqu’à soixante dix fois sept fois », en se rappelant un poème cruel de la Bible (Gn 4, 24) où il est dit que Lamek, un descendant de Caïn doit être vengé « soixante dix fois sept fois. A la réaction en chaîne de la vengeance et de la violence sans fin, Jésus oppose une fraternité disposée à un pardon sans limite.

  • Dans cette parabole Jésus présente le Royaume des Cieux comme une réalité que nous ne pourrons jamais revendiquer comme un mérite, un droit. Nous sommes des débiteurs insolvables envers Dieu qui nous aime gratuitement et qui nous offre une miséricorde infinie alors que nous sommes pécheurs.

  • La différence énorme entre la dette que le Roi réclame à son serviteur insolvable et la dette minime que le serviteur réclame à son compagnon souligne la petitesse, la mesquinerie de notre cœur quand nous refusons de donner un pardon par rapport à la générosité infinie du Père du Ciel envers nous.

  • Mais peut-être que nous ne réalisons pas la gravité de nos fautes, le poids énorme de nos dettes d’amour envers notre Père des cieux et nos frères, comme le triste individu de la parabole qui par son attitude impitoyable n’a pas du tout compris la grâce qui lui était faite.

  • Jésus au lieu de revenir sur le nombre de fois où il faut pardonner préfère revenir à la prière du Notre Père : celui qui a entendu l’Evangile et s’est lié à Jésus est comme un débiteur insolvable qui doit sa vie à la seule grâce de Dieu. S’il ne pardonne pas à « son frère », sans calcul, « du fond du cœur » il se montre indigne du Père céleste qui au terme, ne fera pas une comptabilité de ses actes de pardon, mais jugera ses efforts en ce sens.

TA PAROLE DANS NOS CŒURS :

Jésus, tu nous révèles que Dieu ton Père est patient envers nous, et que son pardon nous est toujours et totalement offert. Il attend de nous un pardon sans calcul et sans réserve à l’égard de nos frères. Tu connais l’étroitesse et la dureté de nos cœurs. Donne-nous un cœur nouveau. Tourne nos cœurs vers ta croix.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

La Parole aujourd’hui dans notre vie  

Vis-à-vis de Dieu nous sommes dans la situation de ce serviteur qui doit à son Maître une somme énorme. Par un amour incompréhensible, Dieu nous a remis notre dette.

Comment se fait-il que nous soyons si exigeants et si durs à pardonner quand quelqu’un nous a offensés ? 

Notre pardon est-il large, sans calcul, sans arrière-pensée, sans mesure ?

Quand nous sommes dans une situation où nous avons à pardonner,  avons-nous le réflexe de regarder du côté de Dieu pour être capables de pardonner. 

Savons-nous reconnaître tout ce que nous devons à Dieu et que nous ne pourrons jamais rembourser (la vie, notre personnalité, la liberté notre famille, le monde dans lequel nous vivons… et  tous les bienfaits reçus de sa grâce) ?

 

Ensemble prions 

Chant : Dieu de tendresse  p. 257  c. 1 et 3

Père, dans ton immense bonté, regarde-nous, nous ces serviteurs de la parabole qui doivent à leur maître une somme énorme et se voient pourtant remettre toute leur dette.

A peine avons-nous reçu cette faveur, que nous saisissons à la gorge ceux qui ne nous doivent presque rien, pour commander qu’ils nous remboursent tout ; immédiatement.

Père, nous désapprenons vite que Tu nous nous as tout pardonné. Nous sommes des débiteurs à la mémoire courte, qui deviennent en un instant des créanciers impitoyables, exigeant d’être payés jusqu’au dernier sou.

Garde-nous, Père, d’une telle arrogance et d’un tel oubli, car Tu nous as tout pardonné. Amen.  (Cardinal Danneels)

 

 Pour lire ou imprimer le document en PDF cliquer ici :  24ième Dimanche du Temps Ordinaire

 

 

 

 

 

 

 




24ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

 Le pardon

 Mt 18, 21-35

A la fin d’une réunion publique, l’orateur donne souvent la parole à la salle. Alors, quelques fois, des auditeurs posent des questions, parfois longues et compliquées, auxquelles l’orateur répond aussi de manière longue et compliquée. Résultat : un ennui poli dans la salle.

Et puis, parfois, surgit une question si simple, si naïve qu’elle fait sourire et voilà que le conférencier, pour rester dans le ton, donne une réponse, si simple, si limpide, qu’on se dit que ce naïf a rendu service à toute l’assemblée. Merci donc à St-Pierre, aujourd’hui, d’avoir posé cette question à Jésus. Pour nous, chrétiens de vieille souche, la question prête à sourire :

« Combien de fois dois-je pardonner à mon frère ? »

Quelle idée de compter les pardons ! Mais la question n’est pas sotte, puisque nous-mêmes, sans vouloir calculer, nous disons à l’autre : « C’est la dernière fois que je te le dis ! », « Pour une fois, je passe, mais gare à toi maintenant ».

Autrement dit, dans notre langage, nous donnons au pardon une chance, peut-être deux. Mais notre patience a des limites. Nous ne voulons pas passer pour des poires. Nous ne voulons pas être des dupes. Il arrive, comme on dit “que le vase déborde” : « Non, c’est assez. Je t’avais prévenu, tu vas me payer ça ! »

Il m’est arrivé, à propos des absences au catéchisme, de dire « une fois ça passe ; deux fois, ça lasse ; trois fois, ça casse ». Je n’ai pas été jusqu’à trois fois !

Alors, « oui, Seigneur, jusqu’où devons-nous aller ? » Ce serait facile d’avoir un règlement et un compteur à pardons… au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valable. Or, Jésus nous répond : « Soixante-dix-sept sept fois sept fois ! » autant dire « encore et encore, sans cesse et sans limite, indéfiniment ».

L’énormité de la somme qu’il remet totalement à celui qu’il convoque : 10 000 talents = 60 millions de francs or, somme fantastique, extravagante. Pour vous donner un point de repère, l’historien Flavius Joseph estime qu’au temps de Jésus, les deux provinces de Galilée et de Pérée payaient 200 talents d’impôts, c’est-à-dire le 50e du chiffre cité par Jésus.

Quel est donc ce roi pour avoir des débiteurs d’une telle somme ? Avec de telles dettes, il n’y a plus qu’une chose à faire, selon la loi païenne du temps : qu’on le vende lui-même, sa femme, ses enfants, ses biens ; l’enfer, quoi ! Le serviteur, inconscient, on ne sait, ou bien renseigné sur la bonté de son maitre, demande et obtient grâce ! Remise totale : « C’est fini ! On n’en parle plus ! »

Deuxième acte : voici notre homme libéré, pardonné, qui rencontre un homme qui lui doit cent pièces, une broutille ! Parlons en euros : 0 million d’un côté, 100 euros de l’autre.

On voit le rapport ! L’autre ne peut pas rembourser : en prison !

Troisième acte : le scandale éclate. On va dire au roi ce qui vient de se passer. Le coupable est châtié après avoir été gracié :

 « Ainsi fera Dieu à l’égard de celui qui ne pardonne pas à son frère ».

Qui donc est Dieu qui exige le pardon de l’autre pour pardonner à son tour et à tout coup ? Il est celui qui peut annuler la dette aussi considérable soit-elle, aussi énorme que soit la faute.

Pour Dieu, il n’y a de faute qu’il ne consente à remettre, qui ne reçoive pas son pardon : encore faut-il le demander, encore faut-il surtout montrer soi-même sa capacité de pardonner aux autres.

« Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ” ».

Dans la première lecture, Sirac le sage disait la même chose : « Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait, alors, à ta prière, tes péchés te seront remis » et il nous explique cela par l’alliance, cette Alliance nouée entre nous et Dieu :

« Pense à l’Alliance du Très-Haut et oublie l’erreur de ton prochain ».

Curieuse alliance, si l’on y réfléchit bien: habituellement, une alliance est un traité d’assistance et de défense mutuelles. Mais Dieu n’a nul besoin d’être assisté ni défendu mais il a besoin que l’amour qu’il donne soit répercuté. Les termes de l’Alliance sont donc les suivants :

« Je t’aime, et toi, si tu m’aimes, prouve-le en aimant ton prochain ».

« Je te pardonne, et toi, prouve ta reconnaissance en pardonnant à ton tour, aux autres ».

Au fond, dans cet Evangile, il n’est question que de 2 vérités essentielles : le pardon de Dieu et le pardon des autres.

* Tout d’abord : le pardon de Dieu. La 1ère vérité est que l’homme a besoin du pardon de Dieu, comme nous le disons au début de chaque messe :

« Reconnaissons que nous sommes pécheurs »,

« Seigneur, prends pitié ! »,

« O Christ, prends pitié ! »,

« Dis seulement une parole et je serai guéri ».

Devant le Seigneur, prêt à nous pardonner, est-ce que nous reconnaissons notre péché ? Est-ce-que nous connaissons même notre péché ? Ou bien est-ce-que nous vivons de compromis louches : « Les affaires sont les affaires », ou bien « Y’a pas de mal à ça », « Les autres en font autant, pourquoi pas moi », « Dieu n’en demande pas tant » ?

Dans un mouvement de réconciliation, allons-nous vers le Seigneur lui demander son pardon dans la prière, dans le Sacrement de Pénitence ? Le péché abaisse, le remords tue, mais le repentir libère et le pardon remet debout. Pour retrouver la paix et la liberté intérieure, nous avons besoin du pardon de Dieu.

* 2e vérité aussi importante que la précédente : si l’homme a besoin du pardon de Dieu, il a aussi besoin du pardon des autres. Le pauvre malheureux, avec sa petite dette de 100 euros, a besoin, lui aussi, d’être pardonné. S’il n’a pas obtenu, à son tour, le pardon de l’autre, il reste enchaîné et sa vie est brisée : nécessaire pardon d’homme à homme, de créature à créature.

Est-ce-que nous le pratiquons avec la même générosité que Dieu ? Cherchons-nous à pardonner comme Dieu pardonne à nous-mêmes ? Savons-nous répercuter sur les autres, sur nos proches, la grâce que Dieu nous a faite ?

 Voyez-vous, avoir été pardonné par Dieu (et cela vous est arrivé combien de fois ? Plus de sept fois ?), c’est, pour vous, devenir responsable du pardon des autres parce que nous avons été pardonnés nous-mêmes, nous sommes porteurs de pardon pour l’autre.

Si un jour ou un autre, vous consultez en vous-même pour décider si vous ne calez pas ou si vous pardonnez, à ce moment-là, rappelez-vous tout ce qu’a fait le Père pour vous !

Rappelez-vous la Croix de Jésus pour vous : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ».

Rappelez-vous toutes ces absolutions reçues, à chaque fois que vous êtes allés vous réconcilier avec Dieu… et alors, que nous pardonnions « comme nous sommes pardonnés », nous qui avons beaucoup plus à nous faire pardonner par Dieu qu’à pardonner aux autres.

C’est vrai, ce n’est pas facile car ce n’est pas humain, c’est divin. « Soyez bons, vous autres, parce que moi je suis bon ! » Adoptons, peu à peu, les mœurs de Dieu. Entrons dans sa mentalité, c’est le meilleur moyen de devenir comme lui.

Comme lui, ayons plus d’amour que de mémoire.

Aimons assez pour tout oublier comme lui. AMEN




Audience Générale du Mercredi 2 Septembre 2020

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 2 Septembre 2020


Chers frères et sœurs, bonjour !

Après tant de mois, nous reprenons notre rencontre face à face et non devant un écran. Face à face. C’est beau ! L’actuelle pandémie a mis en évidence notre interdépendance : nous sommes tous liés, les uns aux autres, tant dans le mal que dans le bien. C’est pourquoi, pour sortir meilleurs de cette crise, nous devons le faire ensemble. Ensemble, pas tout seuls, ensemble. Seuls non, parce que l’on ne peut pas ! Ou on le fait ensemble, ou on ne le fait pas. Nous devons le faire ensemble,  tous, dans la solidarité. Je voudrais souligner ce mot aujourd’hui : solidarité.

En tant que famille humaine, nous avons notre origine commune en Dieu ; nous habitons dans une maison commune, la planète-jardin, la terre dans laquelle Dieu nous a placés ; et nous avons une destination commune dans le Christ. Mais quand nous oublions tout cela, notre interdépendance devient dépendance de certains à l’égard d’autres – nous perdons cette harmonie de l’interdépendance dans la solidarité – qui accroît l’inégalité et la marginalisation ; le tissu social s’affaiblit et l’environnement se dégrade. Toujours la même chose. La même façon d’ agir.

C’est pourquoi, le principe de solidarité est aujourd’hui plus que jamais nécessaire, comme l’a enseigné saint Jean-Paul II (cf. Enc. Sollicitudo rei socialis, nn. 38-40). Dans un monde interconnecté, nous faisons l’expérience de ce que signifie vivre dans le même « village global ». Cette expression est belle : le grand monde n’est autre qu’un village global, parce que tout est lié. Mais nous ne transformons pas toujours cette interdépendance en solidarité.  Il y a un long chemin entre l’interdépendance et la solidarité. Les égoïsmes – individuels, nationaux et des groupes de pouvoir – ainsi que les rigidités idéologiques alimentent au contraire des « structures de péché » (ibid., n. 36).

« Le mot “solidarité” est un peu usé et, parfois, on l’interprète mal, mais il désigne beaucoup plus que quelques actes sporadiques de générosité. C’est plus que cela ! Il demande de créer une nouvelle mentalité qui pense en termes de communauté, de priorité de la vie de tous sur l’appropriation des biens par quelques-uns » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 188). Cela signifie solidarité. Il ne s’agit pas seulement d’aider les autres – c’est bien de le faire, mais c’est plus que cela –  il s’agit de justice (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, nn. 1938-1940). L’interdépendance, pour être solidaire et porter des fruits, a besoin de fortes racines dans l’humain et dans la nature créée par Dieu, elle a besoin du respect des visages et de la terre.

Dès le début, la Bible nous avertit. Pensons au récit de la Tour de Babel (cf. Gn 11, 1-9), qui décrit ce qui se produit quand nous cherchons à atteindre le ciel – notre objectif – en ignorant le lien avec l’humain, avec la création et avec le Créateur. C’est une façon de dire : cela arrive chaque fois que l’on veut monter, monter, sans tenir compte des autres. Moi seulement ! Pensons  à la tour. Nous construisons des tours et des gratte-ciels, mais nous détruisons la communauté. Nous unifions les édifices et les langues, mais nous mortifions la richesse culturelle. Nous voulons être les maîtres de la Terre, mais nous détruisons la biodiversité et l’équilibre écologique. Je vous ai raconté au cours d’une autre audience l’histoire de ces pêcheurs de  San Benedetto del Tronto qui sont venus cette année et qui m’ont dit : « Nous avons récupéré de la mer 24 tonnes de déchets, dont la moitié était du plastique ». Imaginez ! Ces hommes capturent des poissons, oui, mais ils ont aussi l’idée de capturer les déchets et de les extraire pour nettoyer la mer. Mais cette [pollution] signifie détruire la terre, ne pas avoir de solidarité avec la terre qui est un don et l’équilibre écologique.

Je me souviens d’un récit médiéval qui décrit ce « syndrome de Babel », qui se produit quand il n’y a pas de solidarité. Ce récit médiéval  dit que, lors de la construction de la tour, quand un homme tombait – c’étaient des esclaves – et mourait, personne ne disait rien, au mieux : « Le pauvre, il s’est trompé et est tombé ». Mais si une brique tombait, tous se plaignaient. Et si quelqu’un était coupable, il était puni ! Pourquoi ? Parce qu’une brique coûtait cher à fabriquer, à préparer, à cuire. Il fallait du temps et du travail pour fabriquer une  brique. Une brique valait plus que la vie humaine. Que chacun de nous pense à ce qui se produit aujourd’hui. Malheureusement, aujourd’hui aussi, quelque chose de ce genre peut se produire. Le marché financier perd quelques points – nous l’avons vu sur les journaux ces jours-ci – et la nouvelle est rapportée par toutes les agences. Des milliers de personnes tombent à cause de la faim, de la misère, et personne n’en parle.

En opposition totale à Babel, nous trouvons la Pentecôte, nous l’avons entendu au début de l’audience (cf. Ac 2, 1-3). L’Esprit Saint, en descendant d’en haut comme le vent et le feu, investit la communauté enfermée au cénacle, lui insuffle la force de Dieu, la pousse à sortir et à annoncer à tous le Seigneur Jésus. L’Esprit crée l’unité dans la diversité, il crée l’harmonie. Dans le récit de la Tour de Babel, il n’y avait pas l’harmonie : il y avait le fait d’aller de l’avant pour gagner de l’argent. Là, l’homme n’était qu’un simple instrument, une simple « force de travail », mais ici, avec la Pentecôte, chacun de nous est un instrument, mais un instrument communautaire qui participe de tout son être à l’édification de la communauté. Saint François d’Assise le savait bien et, animé par l’Esprit, il donnait à toutes les personnes, et même aux créatures, le nom de frère ou sœur (cf. LS, n. 11; cf. Saint Bonaventure, Legenda maior, VIII, 6: FF 1145). Même le frère loup, rappelons-nous.

Avec la Pentecôte, Dieu se fait présent et inspire la foi de la communauté unie dans la diversité et dans la solidarité. Diversité et solidarité unies dans l’harmonie, telle est la voie. Une diversité solidaire possède les « anticorps » afin que la particularité de chacun – qui est un don, unique et irrépétible – ne tombe pas malade à cause de l’individualisme, de l’égoïsme. La diversité solidaire possède également les anticorps pour guérir les structures et les processus sociaux qui ont dégénéré en systèmes d’injustice, en systèmes d’oppression (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise, n. 192). La solidarité est donc aujourd’hui la voie à parcourir vers un monde après la pandémie, vers la guérison de nos maladies interpersonnelles et sociales. Il n’y en a pas d’autre. Ou nous allons de l’avant sur la voie de la solidarité ou les choses seront pires. Je veux le répéter : on ne sort pas pareils qu’avant d’une crise. La pandémie est une crise. On sort d’une crise meilleurs ou pires. Nous devons choisir. Et la solidarité est précisément une voie pour sortir meilleurs de la crise, pas avec des changements superficiels, avec un coup de peinture comme ça tout va bien. Non ! Meilleurs !

Au milieu de la crise, une solidarité guidée par la foi nous permet de traduire l’amour de Dieu dans notre culture mondialisée, non pas en construisant des tours ou des murs – et combien de murs se construisent  aujourd’hui – qui divisent mais ensuite s’écroulent, mais en tissant des communautés et en soutenant des processus de croissance véritablement humaine et solide. C’est pour cela que la solidarité peut aider. Je pose une question : est-ce que je pense aux besoins des autres ? Que chacun réponde dans son cœur.

Au milieu des crises et des tempêtes, le Seigneur nous interpelle et nous invite à réveiller et à rendre active cette solidarité capable de donner une solidité, un soutien et un sens à ces heures où tout semble sombrer. Puisse la créativité de l’Esprit Saint nous encourager à engendrer de nouvelles formes d’accueil familial, de fraternité féconde et de solidarité universelle. Merci.


Je salue cordialement les pèlerins de langue française.

En ces temps difficiles que nous traversons je vous encourage à répondre dans la foi aux appels que l’Esprit-Saint nous adresse à faire preuve de solidarité envers les personnes que nous rencontrons et qui comptent sur notre soutien fraternel.

Que Dieu vous bénisse !




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Claude WON FAH HIN

Ézékiel 33 7–9 ; Romains 13 8–10 ; Matthieu 18 15–20

 

Les textes d’aujourd’hui ont en commun de parler de la communauté qu’est l’Eglise, et des petits groupes de chrétiens au sein de l’Eglise. Et dans une communauté ou même des groupes, il y a des règles du vivre ensemble. Ces règles sont établies par les responsables hiérarchiques quand il s’agit de l’Église, et il y a tout simplement des règles du savoir-vivre ensemble que les gens d’une même région ou du même quartier connaissent sans que cela soit clairement indiqué. En tout cas, concernant les chrétiens qui se rassemblent, toutes les règles n’ont qu’une fin : union, solidarité, entre aide, paix, bonne entente et tout cela, en toile de fond, le commandement du Christ : « aimez-vous les uns les autres ». Et c’est en suivant les commandements de Dieu qu’on reconnaît celui qui aime Jésus. Jn 14,21 : « Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime; or celui qui m’aime sera aimé de mon Père; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui ». Et c’est parce qu’on oublie les commandements de Dieu et les enseignements du Christ que l’on finit par ne regarder que ses propres intérêts. On finit alors par s’éloigner du Christ, à commettre des fautes, à semer la mésentente. Le fait d’oublier le Christ, d’oublier ses commandements, d’oublier l’Eglise, nous amène à ne s’occuper que de nous-mêmes, bien égoïstement. Egoïstement parce qu’on est toujours bien attaché au monde et non pas à Dieu ou au Christ. Grignion de Monfort : §75 – « Cette sagesse du monde (qui concerne ceux qui délaissent Dieu) est une conformité parfaite aux maximes et aux modes du monde; c’est une tendance continuelle vers la grandeur et l’estime; c’est une recherche continuelle et secrète de son plaisir et de son intérêt, non pas d’une manière grossière et criante, en commettant quelque péché scandaleux, mais d’une manière fine, trompeuse et politique; autrement ce ne serait plus selon le monde une sagesse, mais un libertinage. §76 – Un sage du siècle (c’est-à-dire quelqu’un qui semble ne pas avoir besoin de Dieu) est un homme qui sait bien faire ses affaires, et faire réussir tout à son avantage temporel, sans quasi paraître vouloir le faire; qui sait l’art de déguiser et de tromper finement sans qu’on s’en aperçoive; qui dit ou fait une chose et pense l’autre; qui n’ignore rien des airs et des compliments du monde; qui sait s’accommoder à tous pour en venir à ses fins, sans se mettre beaucoup en peine de l’honneur et de l’intérêt de Dieu; qui fait un secret mais funeste accord (ou un mélange) de la vérité avec le mensonge, de l’Evangile avec le monde, de la vertu avec le péché, de Jésus-Christ avec Bélial (2Co 6,15 :  c’est-à-dire avec le diable); qui veut passer pour un honnête homme, …. Enfin, un sage mondain est un homme qui, ne se conduisant que par la lumière des sens et de la raison humaine, ne cherche qu’à se couvrir des apparences de chrétien et d’honnête homme, sans se mettre beaucoup en peine de plaire à Dieu, ni d’expier, par la pénitence, les péchés qu’il a commis contre sa divine Majesté ». Voilà pourquoi dans une communauté, et particulièrement dans une communauté chrétienne, des règles sont là pour que le « vivre ensemble » se passe au mieux. Mais parce que l’homme est souvent encore attaché aux choses du monde et pas assez à Dieu, les règles du « vivre ensemble » de la communauté peuvent ne pas être respectées. C’est alors le trouble au sein même de l’Eglise. En cas de conflit, une procédure est à observer. La première démarche consiste à rencontrer en tête à tête la personne conflictuelle et qui pose problème au sein du groupe. Le but est de se comprendre. Dans tous les cas, il faut être diplomate et y aller avec douceur.

Premier cas : Si la personne pêche directement contre Dieu et que l’on soit au courant, il faut essayer d’accompagner, seul à seul, le pécheur avec suffisamment de tact et d’intelligence pour qu’il prenne conscience de son péché et puisse s’en sortir. Des textes tirés de la Bible ou des exemples pris dans la vie courante peuvent fortement contribuer à faire prendre conscience de la gravité du péché. Là encore, la formation biblique peut aider le pécheur à progresser dans son union au Christ et par conséquent dans son attitude à avoir dans la communauté ou dans un groupe.

Deuxième cas, si la personne pêche contre nous, c’est-à-dire nous fait du tort. Là aussi, de manière diplomate, on sera amené à faire comprendre, seul à seul, avec douceur, à la personne le tort qu’il nous a fait personnellement ou au groupe de manière. Si cette première démarche se montre infructueuse, on aura alors recours à la communauté ou au groupe pour corriger fraternellement le fautif. Si, même dans ce cas, ce dernier ne se corrige pas, alors cela peut aller jusqu’à la coupure de certains liens d’ordre social pour que le groupe puisse continuer sereinement sa mission, ou, à un autre niveau si les cas est extrêmement grave, aller jusqu’à l’excommunication par la hiérarchie. C’est ce qui s’est passé il y a quelques années lorsque l’évêque de la Réunion a fait afficher dans chaque église un communiqué pour dire qu’à la Réunion une personne a été excommuniée de l’Église. Dans tous les cas, comme tout péché, c’est toujours une affaire en rapport avec les commandements de Dieu : aimer Dieu et aimer son prochain, mais aussi d’obéissance de la foi. Parce que nous avons foi en Dieu, cette foi nous amène à l’obéissance des commandements de Dieu. Et tout péché est une désobéissance. Ne pas aimer son prochain c’est une manière aussi de dire qu’on ne pense pas aux autres et qu’on pense surtout à soi-même. Comme dit le créole : « A moins même mon maître ». Or, tout l’enseignement du Christ est de nous dire qu’il faut aimer Dieu et son prochain. Il ne nous demande pas d’être amoureux de tout le monde mais d’aimer tout le monde. Et aimer, cela commence souvent par « des petits riens » qui peuvent faire plaisir aux autres : un regard, un bonjour, un petit signe de la main, ne pas se mettre en colère alors même qu’il y aurait toutes les raisons de l’être, éviter la critique, ne rien dire à ceux qui vous regardent de travers, etc…Dans tous les cas, le chrétien peut toujours se conduire en chrétien, et il le pourra à la seule condition d’avoir le regard fixé sur le Christ. Mi 6,8 : « On t’a fait savoir, ô homme, ce qui est bien, ce que Yahvé réclame de toi : rien d’autre que d’accomplir la justice, d’aimer la bonté et de t’appliquer à marcher avec ton Dieu ». Accomplir la justice, c’est se comporter de manière à rester en accord avec les commandements de Dieu tout en vivant dans le monde, dans une communauté ou dans un groupe de chrétiens. Ce qui signifie que Celui qui est à la suite du Christ doit être capable de garder son sang-froid, son calme, avec une paix intérieure qui ne le quitte pas parce son regard intérieur est fixé sur le Seigneur alors même, qu’il subit toutes sortes de vexations ou de critiques et être capable de reconnaître qu’il a tort dans certains cas.  “Le Seigneur ne demande rien d’extraordinaire à l’homme, mais seulement d’agir de manière droite en évitant le péché (c’est le sens de l’expression “pratiquer le droit”), aimer et pratiquer la miséricorde (hesed), et enfin vivre humblement avec Dieu. Voilà la conduite de l’homme qui plait à Dieu. On n’a pas besoin de tout retenir de la Bible, mais une seule expression : « Celui qui aime autrui a de ce fait accompli la Loi », ce qui signifie que tant que vous aimez le prochain, quel qu’il soit, vous ne péchez pas et tout ce qui est dit dans la Bible vous êtes en train de l’accomplir parce que vous avez de l’amour pour les autres. L’amour ou la charité c’est la même chose, et « la charité est la Loi dans sa plénitude ». Saint Augustin nous dit : « aime et fais ce que tu veux ».

Autrement dit, en aimant le prochain, vous accomplissez toutes les lois qui se trouvent dans la Bible et donc les dix commandements dont certains ont été repris par le deuxième texte d’aujourd’hui : « Tu ne commettras pas d’adultère, tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, tu ne convoiteras pas, et tous les autres se résument en cette formule : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. 10 La charité ne fait point de tort au prochain. La charité est donc la Loi dans sa plénitude ». Et la correction fraternelle dont parle l’Evangile, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est une manière d’exercer la charité, l’amour, pour aider le pécheur à rectifier sa conduite de manière à plaire à Dieu. Le 1er texte d’aujourd’hui s’adresse au prophète qui doit avoir un rôle de guetteur. Le prophète n’est pas quelqu’un qui prédit l’avenir, son rôle est de dire la parole de Dieu. Tout chrétien, d’une certaine manière, est capable de dire la parole de Dieu, et donc d’être prophète à son niveau. Dieu donne donc la parole aux prophètes que sont les chrétiens pour faire passer ses lois, ses messages d’amour et de paix. Au prophète Jérémie (Jr 1,9) voici ce que Dieu lui dit : 9 … Voici que j’ai placé mes paroles en ta bouche ». Cet homme que Dieu inspire a le devoir de dire la parole de Dieu lorsque c’est nécessaire. Ézékiel nous dit: « Si je dis au méchant :  Méchant, tu vas mourir, et que tu ne parles pas pour avertir le méchant d’abandonner sa conduite, lui, le méchant, mourra de sa faute, mais c’est à toi que je demanderai compte de son sang. 9 Si au contraire tu as averti le méchant d’abandonner sa conduite pour se convertir et qu’il ne s’est pas converti, il mourra, lui, à cause de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie ». L’Évangile d’aujourd’hui dit la même chose : 15 « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et reprends-le, seul à seul. S’il t’écoute, tu auras gagné ton frère ». S’il n’écoute pas, cela retombera sur lui-même, il mourra de sa faute mais le chrétien qui l’aura conseillé sera quitte devant Dieu parce qu’il aura fait un geste d’amour envers le fautif pour essayer de le ramener à Dieu. C’est ce qu’on appelle la « correction fraternelle ». Et la correction fraternelle » est un devoir pour tout chrétien. Jc 5,20 : « celui qui ramène un pécheur de son égarement sauvera son âme de la mort et couvrira une multitude de péchés ». 1P4,8 : « conservez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés ». Que Marie nous aide à répandre autour de nous l’amour de Dieu.




23ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 18, 15-20) – Francis COUSIN)

 « Si ton frère a commis un péché contre toi … »

 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous montre, non seulement l’importance du pardon, de la réconciliation, mais aussi une manière de faire pour obtenir cette réconciliation, en trois étapes :

– D’abord seul à seul, discrètement, sans grand bruit. Et si cela fonctionne, « Tu as gagné ton frère ».

– Ensuite, avec « un ou deux témoins » qui pourront certifier que la réconciliation est faite.

– Enfin, devant toute « l’assemblée de l’Église », afin que chacun soit témoin du tort effectué et de la réparation éventuelle. (La plupart des traductions actuelles parle de l’Église, ce qui un peu anachronique, et il semble préférable de traduire par communauté ou assemblée)

Et si aucun accord ne se fait, il faut considérer que la personne s’exclut de la communauté et doit être mise au rang des païens.

L’intérêt de ce passage est de montrer la dimension collective de la faute, qui est pourtant individuelle, et ce de deux manières. Dans la faute, il y a celui qui fait la faute, le pécheur, et celui qui subit la faute, la victime.

La faute établie une injustice entre deux membres de la communauté, ce qui fait que les liens entre tous les membres ne sont plus les mêmes : il y a un dés-accord qui joue sur l’harmonie de la communauté toute entière.

Pour ré-accorder l’harmonie entre les membres, il y a donc nécessité que chacun participe, au final, à la mise en œuvre de la réconciliation à l’intérieur de la communauté.

Pécheurs, nous le sommes tous. C’est pourquoi au début de nos célébrations nous nous reconnaissons pécheurs, en pensée, en paroles, par action et par omission, chacun pour soi, mais nous demandons aussi à la communion des saints et à tous nos frères présents de prier pour [nous] le Seigneur notre Dieu. C’est la dimension collective de la réparation des fautes.

Mais cette dimension collective n’exclut pas la dimension individuelle de prier pour les pécheurs, ainsi que le demandait Notre-Dame à Bernadette, à Lourdes : « Priez pour la conversion des pécheurs ».

Et ce que Dieu dit à Ézéchiel dans la première lecture peut aussi s’appliquer à chacun de nous : « Si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sangAu contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Pourtant, cette manière de penser n’est pas vraiment entrée dans les mœurs.

Quand on parle d’un pécheur, la première réaction est bien souvent de l’exclure … et de dire du mal de lui. Et peut-être d’en rajouter … surtout si on n’est pas concerné par la faute …

C’est ce qu’on appelle ici des ladi-lafé, ailleurs des commérages, des cancanages …

Ce à quoi le pape François disait : « Nous sommes habitués aux commérages, aux ragots, et souvent nous transformons nos communautés et même notre famille en un « enfer » où se manifeste cette forme de criminalité qui conduit à « tuer son frère et sa sœur avec sa langue » (Sainte Marthe, 2/9/2013), en s’appuyant sur le texte de saint Jean : « Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier, et vous savez que pas un meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. » (1 Jn 3,15).

Peut-être que nous devrions nous poser la question : Est-ce que, dans nos communautés, paroissiales ou de mouvements, nous laissons courir les ragots, voire même nous les alimentons en en rajoutant une couche ? Ou est-ce que nous faisons, avec les autres, tout notre possible pour atténuer au maximum les différents qui peuvent se faire jour parmi nous en essayant de réconcilier les personnes concernées ?

Jésus a dit, en parlant de nos communautés : « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35). Mais on pourrait dire aussi : « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous êtes capables de vous pardonner les uns les autres ».

Car c’est dans ces conditions-là, le pardon de tous dans la communauté, que l’amour se fera montrer.

En effet, on pourrait dire :

Le pardon est la condition de la réalisation de l’amour, et

L’amour est la condition de la réalisation du pardon.

Les deux sont indissolublement liés.

Seigneur Jésus,

tu nous invites à aller vers les autres

pour proposer le pardon,

mais tu insistes aussi

sur la responsabilité collective de la communauté

pour que le pardon soit effectif entre tous,

et qu’ainsi l’amour règne entre tous.

Mais on l’oublie souvent.

 

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 23°




Rencontre autour de l’Évangile – 23ième Dimanche du Temps Ordinaire

“Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux.”

 

 

 TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons (Mt 18, 15-20)

La chapitre 18 de l’Evangile de Matthieu est intitulé « Discours sur l’Eglise ». L’évangéliste a regroupé certains enseignements de Jésus pour que la communauté chrétienne présente un visage qui soit conforme à l’image que « le Père qui est au cieux » se fait d’elle. Dans le passage que nous allons méditer, il est question de la « correction fraternelle ».

Soulignons les mots importants

Faire lire une première fois, puis une deuxième fois le passage. Chacun note ce qui le frappe.

Pour entrer dans le texte :

  • Si ton frère a commis un péché : Puisqu’il s’agit de la communauté « Eglise», comment les chrétiens doivent se traiter entre eux ? et de quel péché parle Jésus ?

  • Quelles sont les différentes étapes indiquées par Jésus pour pratiquer la correction fraternelle ?

  • Quand on a tout essayé, que faire quand un tel frère devient insupportable ?

  • Pourquoi l’expression « comme un païen et un publicain» ?

  • Les mots « lier/délier» qui étaient utilisés pour exprimer l’autorité de Pierre sont appliqués à qui dans ce passage ?

  • Qu’est-ce que Jésus demande à la communauté pour que la correction fraternelle réussisse ?

  • Quelle assurance Jésus donne-t-il à la communauté dans les questions difficiles ?

 

Pour l’animateur  

Les péchés envisagés par Jésus ne sont pas ceux de ce qui se passe dans le secret des consciences, mais ceux, qui à l’intérieur, perturbent la vie communautaire ou à l’extérieur, entraînent les « la di la fé » sur le groupe. En fait il s’agit de comportements scandaleux qui nuisent à l’Eglise. Il s’agit donc d’une communauté locale bien concrète qui vit dans un monde imparfait.

Les principales étapes de la démarche pour essayer de « ramener » tel frère dans le droit chemin sont

  • dans la discrétion, « seul à seul », un frère lui fait les remontrances nécessaires.

  • Si le frère échoue, un nouvel entretien avec « deux ou trois témoins». L’apôtre Paul dit que cela se pratique dans la communauté de Corinthe (cf 2Co 13,1)

  • Si ces démarchent n’aboutissent pas, on prend alors toute la communauté à témoin : « dis-le à la communauté de l’Eglise». La communauté mettra le frère devant ses responsabilités.

  • Si rien n’y fait, c’est l’exclusion. Le frère devra comprendre que son comportement est étranger à la communauté de Jésus, comme celui d’un païen (qui ne connaît pas Dieu) ou un publicain (symbole de celui qui n’a pas sa place dans la communauté).

La communauté qui pratique la correction fraternelle en respectant ces étapes se voit approuvée par Dieu dans sa décision : l’exclusion (ce qu’elle lie) ou la réintégration (ce qu’elle délie). C’est donc une lourde responsabilité qui incombe à la communauté puisque son autorité s’exerce avec l’aval du Père qui est aux cieux.

Dans son difficile dialogue avec le pécheur, l’Eglise n’agira pas en se fiant à sa propre sagesse : elle se mettra à l’écoute de Dieu en priant pour que la correction fraternelle réussisse.

Parce que c’est Jésus, son nom, qui rassemble les chrétiens et dans la mesure où ils se réunissent justement pour agir en son nom dans les questions difficiles, ils sont assurés de sa présence active et efficace.

Matthieu tient donc pour un devoir des communautés chrétiennes à la pratique de la « correction fraternelle ». Il insiste sur le climat de prière et sur la volonté d’agir « au nom » du Christ qui doivent souder ensemble tous ceux qui s’impliquent dans cette démarche.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS :

Seigneur Jésus, tu nous invites à nous comporter comme des frères d’une même famille. Et tu nous demandes de nous aimer jusqu’à pratiquer entre nous la correction fraternelle. Tu as vu toi-même comment cela était difficile dans ton groupe d’apôtres. Ce que tu nous demandes est difficile. C’est pourquoi tu insistes pour que la communauté prie afin que ce soit ton Esprit qui nous anime, et non nos propres sentiments. Merci de nous assurer de ta présence.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS :

La Parole aujourd’hui dans notre vie  

Jésus dit : si « ton frère » a commis une faute …Dans la pensée de Jésus, comment les chrétiens doivent se considérer entre eux ? Où en sommes-nous dans nos groupes de chrétiens ou dans nos communautés chrétiennes ?

Est-ce que la « correction fraternelle » peut se pratiquer aujourd’hui : où ? à quelle condition ?

Aujourd’hui, le sacrement de réconciliation avec la confession personnelle à un prêtre garde la trace de ce schéma de réconciliation avec la communauté représentée par le prêtre.

Quelle place tient ce sacrement dans notre vie ?

Avons-nous ce respect pour le pécheur, qui est le premier geste de l’amour sauveur qu’à Jésus Christ pour nous ?

Prions-nous pour nos frères pécheurs ?

 

Ensemble prions 

Seigneur, fais de moi un instrument de votre paix

Là où il y a la haine, que je mette l’amour

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a l’erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance

Là où il y a les ténèbres, que je mette votre lumière

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

 

 Pour lire ou imprimer le document en PDF cliquer ici :  23ème Dimanche Temps Ordinaire

 

 

 

 

 

 

 




23ième dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

La communion des Saints

Mt 18, 15-20

Le plus souvent, frères et sœurs, lorsque nous écoutons l’Évangile, nous avons l’impression que Jésus s’adresse à chacun d’entre nous, que c’est ” personnellement ” qu’il nous adresse tel conseil ou tel enseignement et c’est encore personnellement que nous réfléchissons et que nous prenons décision de modifier tel ou tel aspect de notre vie.

Aujourd’hui, Jésus s’adresse à la communauté, en tant que telle, à l’Église, famille de Dieu, au groupe de chrétiens qui vit ensemble et il nous rappelle tout d’abord que le chrétien est quelqu’un qui “vit ensemble”, avec d’autres, dans une communauté, qu’il est solidaire de ceux qui vivent avec lui et qu’il doit se sentir responsable de ceux qui sont à côté de lui. Jamais un chrétien ne peut et ne doit se sentir un isolé ; s’il l’est, c’est :

– soit de sa faute parce qu’il se coupe des autres ;

– soit de la faute de sa communauté qui ne le considère pas assez comme un membre à part entière du groupe dont il fait partie.

Nous sentons-nous responsables des autres dans toutes les communautés dont nous faisons partie : travail, quartier, immeuble, famille, paroisse, associations ou activités dans lesquelles nous sommes engagés ? Attention : ce n’est pas facultatif pour un chrétien.

Depuis notre Baptême, depuis que, ensemble, si souvent, nous communions au Christ : nous sommes tous branchés sur le Christ et nous sommes tous branchés les uns sur les autres, même ceux qui l’ignorent, même ceux qui n’y croient pas !

« Nul n’est une île ». Cette solidarité spirituelle, cette fraternité qui nous lie parce que nous sommes tous de la même famille par notre Baptême, que nous vivons de la même vie et de la même nourriture par l’Eucharistie, cela s’appelle la ” communion de Saints “. Vous le dîtes chaque dimanche dans le “Je crois en Dieu” : « “Je crois à la communion des Saints” ». Le pécheur donne la main au Saint et le Saint donne la main au pécheur et tous ensemble, l’un tirant l’autre, ils remontent jusqu’à Jésus : “Celui qui ne donne pas la main n’est pas chrétien”. Autrefois, vous avez chanté : « Je n’ai qu’une âme qu’il faut sauver ».

Non ! C’est faux ! Nous n’avons pas qu’une âme à sauver, la nôtre, mais aussi celle des autres, autour de nous. C’est ensemble, en groupe, en famille, en Église que nous nous sauverons, ou pas du tout ! Un chrétien ne peut pas retirer son épingle du jeu : il fait partie d’une famille qu’il doit aider et qui doit l’aider : les deux à la fois.

Je dois pouvoir compter sur l’aide des autres, tout comme ils peuvent compter sur la mienne.

– Il ne faut pas sauver son âme comme on sauve un trésor. Il faut se sauver ensemble et faire arriver le bateau jusqu’au port malgré la tempête, grâce à l’énergie et au concours de tout l’équipage, depuis le capitaine jusqu’au plus jeune des mousses.

– Le chrétien ne se définit pas par le niveau de ses vertus ou de ses mérites, mais par sa faculté de communion avec les autres dans tous les groupes dont il fait partie. Notre rôle n’est pas de juger nos frères, encore moins de les condamner, mais de leur tendre la main. 

Un jour, le Seigneur ne me demandera pas « Est-ce-que tu t’es assez isolé des méchants et des mauvais pour ne pas te contaminer et garder ta vertu intacte ? ». Par contre, il me dira : « Qu’as-tu fais de ton frère ? »

Ai-je le souci d’aider les autres, plus encore que de progresser moi-même ? C’est ensemble, avec les autres, en communion, en communauté avec toute l’Église que j’ai quelque chance d’accéder à cet amour de Dieu qui est d’abord ‘’oubli de soi’’, “vie offerte”, au profit de son peuple. Jésus n’hésite pas à mourir seul pour tous.

« Il y a plus de joie dans le ciel pour un homme qui retrouve l’Église, c’est-à-dire la communauté que pour les 99 qui s’y trouvent déjà ».

Avons-nous la hantise des autres à sauver, à aider ? Ce souci-là est-il plus fort en nous que le souci de notre propre salut ?

 

Écoutons de nouveau ce que Dieu dit à Ézéchiel : « Je fais de toi ‘’un guetteur ’’ pour la maison d’Israël ». Oui, nous devons devenir des guetteurs, être à l’affût, des hommes et des femmes clairvoyants sur ce qui se passe autour de nous, des chrétiens attentifs à toute souffrance à soulager, attentifs au voisin qui a besoin d’aide, au collègue de travail qui subit une injustice ; un homme prêt à discerner les pièges où l’on risque de se laisser prendre et il y en a tant à notre époque, tant d’occasions de se laisser piéger :

 

  • par les médias,

  • par les slogans,

  • par les idées toutes faites,

  • par une mentalité païenne à laquelle on ne réagit plus parce qu’on oublie les exigences de l’Évangile.

Très souvent, nous manquons d’esprit critique à propos de tout ce qui se dit autour de nous, à propos du racisme, à propos des victimes du chômage, de la drogue ou du sida, par rapport à cette mentalité individualiste qui actuellement se répand partout et qui nous pousse au ‘’chacun pour soi’’.

Être un guetteur, c’est sentir tout cela et avoir le courage d’avertir les autres, de rappeler la direction à prendre, d’apporter un peu de lumière à ceux qui n’y voient plus.

« Si tu ne dis rien au pécheur, si tu ne l’avertis pas, si tu n’as pas le courage de lui rappeler où est le bon chemin, il mourra de son péché. Mais, à toi aussi, je demanderai compte de sa vie. Par contre, si tu as eu le courage et assez d’amour pour le mettre en garde, tu pourras le sauver et, toi aussi, tu auras sauvé ta vie ».

N’oublions pas ce qu’est le péché “d’omission” : tout ce que nous aurions pu faire pour les autres, pour les aider, pour les sauver et que nous n’avons pas fait en bien pèsera peut-être plus lourd devant Dieu que ce que nous avons fait de mal.

C’est sur ce positif de notre vie et le bien que nous avons pu faire aux autres que nous serons sauvés, beaucoup plus que par le mal que nous n’avons pas fait et qui nous a gardé, peut-être aseptisés, mais sans rien à présenter au Seigneur qui soit “actes d’amour”. Surtout ne croyons pas que ce souci des autres soit facultatif. St-Paul dans la 2e lecture nous rappelle que c’est un devoir, et il dit plus : « C’est une dette », c’est même la seule dette que nous devons avoir avec les autres.

« Ne gardez aucune dette envers personne, sauf la dette de l’amour mutuel », « car celui qui aime les autres a parfaitement accompli la loi ».  AMEN

 




23ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER

Travailler, ensemble, à “gagner nos frères”

(Mt 18, 15-20)

  En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples :
« Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seul à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère.
S’il ne t’écoute pas, prends en plus avec toi une ou deux personnes afin que toute l’affaire soit réglée sur la parole de deux ou trois témoins.
S’il refuse de les écouter, dis-le à l’assemblée de l’Église ; s’il refuse encore d’écouter l’Église, considère-le comme un païen et un publicain.
Amen, je vous le dis : tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel.
Et pareillement, amen, je vous le dis, si deux d’entre vous sur la terre se mettent d’accord pour demander quoi que ce soit, ils l’obtiendront de mon Père qui est aux cieux.
En effet, quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. »

                    

             « Libre à l’égard de tous », écrivait St Paul, « je me suis fait l’esclave de tous, afin de gagner le plus grand nombre… Je me suis fait faible avec les faibles, afin de gagner les faibles. Je me suis fait tout à tous, afin d’en sauver à tout prix quelques-uns » (1Co 9,19‑22), car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4-6)…

            Alors, « si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul », pour lui éviter d’être humilié devant les autres, « et montre lui sa faute » sans jamais oublier que nous sommes tous pécheurs, d’une manière ou d’une autre. Et « s’il t’écoute » avec simplicité et humilité, « tu auras gagné ton frère », et alors quelle joie ! Et un jour peut-être, c’est lui qui, à son tour, viendra te « gagner »…

            Aussi, « frères, même dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ. Car si quelqu’un estime être quelque chose alors qu’il n’est rien, il se fait illusion » (Ga 6,1-3)…

            Et « s’il ne t’écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes » en espérant que le poids « plus lourd » de votre charité commune pourra percer l’écorce de son cœur… S’il refuse encore, que « toute l’Eglise » unisse ses forces et sa prière, car, « nous tous qui avons été abreuvés d’un même Esprit, nous ne formons qu’un seul Corps » (1Co 12,13). C’est pourquoi, si un membre est malade, c’est le Corps tout entier qui souffre (1Co 12,26). Et si un membre manque à l’appel, il manque à tous, car nous avons tous besoin les uns des autres pour que l’Eglise soit pleinement elle-même…

            En effet, cette Eglise, du point de vue de Dieu, a en fait la dimension de l’humanité tout entière, cette famille incroyablement nombreuse de ses enfants « créés à son Image et Ressemblance » (Gn 1,26-28). Qu’un seul manque à l’appel, et Dieu « s’en ira après celui qui est perdu jusqu’à ce qu’il le retrouve » (Lc 15,4-7). Puisque l’Eglise est « le Corps du Christ », il est impossible qu’elle n’adopte pas la même attitude envers tous, et surtout envers les plus petits… C’est pourquoi Jésus a repris cette parabole de la brebis perdue pour l’appliquer, juste avant notre passage, à l’Eglise car «  on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ces petits se perde » (Mt 18,14). Quiconque prie le « Notre Père » en disant « que ta volonté soit faite », ne peut donc que travailler, d’une manière ou d’une autre, au salut de tous, sans aucune exception… DJF




Audience Générale du Mercredi 26 Août 2020

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 26 Août 2020


Chers frères et sœurs, bonjour !

Face à la pandémie et à ses conséquences sociales, de nombreuses personnes risquent de perdre l’espérance. En ce temps d’incertitude et d’angoisse, j’invite chacun à accueillir le don de l’espérance qui vient du Christ. C’est Lui qui nous aide à naviguer dans les eaux tumultueuses de la maladie, de la mort et de l’injustice, qui n’ont pas le dernier mot sur notre destination finale.

La pandémie a souligné et aggravé les problèmes sociaux, en particulier l’inégalité. Certains peuvent travailler à la maison, tandis que pour de nombreux autres, cela est impossible. Certains enfants, en dépit des difficultés, peuvent continuer à recevoir une éducation scolaire, tandis que pour de très nombreux autres, celle-ci s’est brusquement interrompue. Certains pays puissants peuvent émettre de la monnaie pour affronter l’urgence, tandis que pour d’autres, cela signifierait hypothéquer leur avenir.

Ces symptômes d’inégalité révèlent une maladie sociale ; c’est un virus qui vient d’une économie malade. Nous devons le dire simplement : l’économie est malade. Elle est tombée malade. C’est le fruit d’une croissance économique inique – voilà la maladie : le fruit d’une croissance économique inique – qui ne tient pas compte des valeurs humaines fondamentales. Dans le monde d’aujourd’hui, quelques  personnes très riches possèdent plus que tout le reste de l’humanité. Je répète cela parce que cela nous fera réfléchir : quelques personnes très riches, un petit groupe, possèdent plus que tout le reste de l’humanité. C’est une pure statistique. C’est une injustice qui crie au ciel ! Dans le même temps, ce modèle économique est indifférent aux dommages infligés à la maison commune. On ne prend pas soin de la maison commune. Nous allons bientôt dépasser un grand nombre des limites de notre merveilleuse planète, avec des conséquences graves et irréversibles : de la perte de biodiversité et du changement climatique à l’élévation du niveau des mers et à la destruction des forêts tropicales. L’inégalité sociale et la dégradation de l’environnement vont de pair et ont la même racine (cf. Enc. Laudato si’, n. 101) : celle du péché de vouloir posséder, de vouloir dominer ses frères et sœurs, de vouloir posséder et dominer la nature et Dieu même. Mais cela n’est pas le dessein de la création.

« Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité » ( Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 2402). Dieu nous a demandé de dominer la terre en son nom (cf. Gn 1, 28), en la cultivant et en en prenant soin comme un jardin, le jardin de tous (cf. Gn 2, 15). « Alors que “cultiver” signifie labourer, […] ou travailler, “garder” signifie protéger, [et] sauvegarder » ( LS, n. 67).  Mais attention à ne pas interpréter cela comme une carte blanche pour faire de la terre ce que l’on veut. Non. Il existe « une relation de réciprocité responsable » ( ibid.) entre nous et la nature.  Une relation de réciprocité responsable entre nous et la nature. Nous recevons de la création et nous donnons à notre tour. « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder » ( ibid.). Les deux choses.

En effet, la terre « nous précède et nous a été donnée » (ibid.), elle a été donnée par Dieu « à tout le genre humain » (CEC, n. 2402). Il est donc de notre devoir de faire en sorte que ses fruits arrivent à tous, et pas seulement à quelques-uns. Et cela est un élément-clé de notre relation  avec les biens terrestres. Comme le rappelaient les pères du Concile Vatican II, « l’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aussi aux autres » (Const. past. Gaudium et spes, n. 69). En effet, « la propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence pour le faire fructifier et en communiquer les bienfaits à autrui » (CEC, n. 2404). Nous sommes administrateurs des biens, pas les propriétaires. Administrateurs. « Oui, mais ce bien est à moi ». C’est vrai, il est à toi, mais pour l’administrer, par pour le garder de façon égoïste pour toi.

Pour assurer que ce que nous possédons apporte de la valeur à la communauté, « l’autorité politique a le droit et le devoir de régler, en fonction du bien commun, l’exercice légitime du droit de propriété » (ibid., n. 2406)  (Cf. GS, 71; Saint Jean-Paul II, Lett. enc. Sollicitudo rei socialis, n. 42; Lett. enc. Centesimus annus, nn. 40.48). La « subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens […] est une “règle d’or” du comportement social, et le premier principe de tout l’ordre éthico-social » (LS, n. 93) (Cf. S. Jean-Paul II, Lett. enc. Laborem exercens, n. 19).

Les propriétés, l’argent sont des instruments qui peuvent servir à la mission. Mais nous les transformons facilement en fins, individuelles ou collectives. Et lorsque cela a lieu, on porte atteinte aux valeurs humaines essentielles. L’homo sapiens se déforme et devient une espèce d’homo œconomicus – dans le mauvais sens du terme – individualiste, calculateur et dominateur. Nous oublions que, étant créés à l’image et ressemblance de Dieu, nous sommes des êtres sociaux, créatifs et solidaires, avec une immense capacité à aimer. Nous oublions souvent cela. De fait, nous sommes les êtres les plus coopératifs parmi toutes les espèces, et nous nous épanouissons en communauté, comme on le voit bien dans l’expérience des saints (« Florecemos en racimo, como los santos »: une expression commune en espagnol). Il y a un dicton espagnol qui m’a inspiré cette phrase, et qui dit :  Florecemos en racimo, como los santo. Nous nous épanouissons en communauté, comme on le voit dans l’expérience des saints.

Quand l’obsession de posséder et de dominer exclut des millions de personnes des biens primaires ; quand l’inégalité économique et technologique est telle qu’elle déchire le tissu social ; et quand la dépendance vis-à-vis d’un progrès matériel illimité menace la maison commune, alors nous ne pouvons pas rester impassibles. Non, cela est désolant. Nous ne pouvons pas rester impassibles ! Avec le regard fixé sur Jésus (cf. He 12, 2) et la certitude que son amour œuvre à travers la communauté de ses disciples, nous devons agir tous ensemble, dans l’espérance de donner naissance à quelque chose de différent et de meilleur. L’espérance chrétienne, enracinée en Dieu, est notre ancre. Elle soutient la volonté de partager, en renforçant notre mission en tant que disciples du Christ, qui a tout partagé avec nous.

Et cela, les premières communautés chrétiennes, qui comme nous, vécurent des temps difficiles, l’ont compris. Conscientes de former un seul cœur et une seule âme, elles mettaient tous leurs biens en commun, en témoignant de la grâce abondante du Christ sur elles (cf. Ac 4, 32-35). Nous vivons actuellement une crise. La pandémie nous a tous plongés dans une crise. Mais rappelez-vous : on ne peut pas sortir pareils d’une crise, ou bien l’on sort meilleurs, ou bien l’on sort pires. C’est l’option qui se présente à nous. Après la crise, est-ce que nous continuerons avec ce système économique d’injustice sociale et de mépris pour la sauvegarde de l’environnement, de la création, de la maison commune ? Réfléchissons-y.  Puissent les communautés chrétiennes du vingt-et-unième siècle retrouver cette réalité – la sauvegarde de la création et la justice sociale : elles vont de pair –  en témoignant ainsi de la Résurrection du Seigneur. Si nous prenons soin des biens que le Créateur nous donne, si nous mettons en commun ce que nous possédons de façon à ce que personne ne manque de rien, alors nous pourrons véritablement inspirer l’espérance pour faire renaître un monde plus sain et plus équitable.

Et pour finir, pensons aux enfants. Lisez les statistiques : combien d’enfants, aujourd’hui, meurent de faim à cause d’une mauvaise distribution des richesses, d’un système économique que j’ai évoqué auparavant ; et combien d’enfants, aujourd’hui, n’ont pas droit à l’école, pour la même raison. Que cette image, des enfants dans le besoin à cause de la faim et du manque d’éducation, nous aide à comprendre que nous devrons sortir meilleurs de cette crise. Merci

 




22ième Dimanche du Temps Ordinaire – par Père Rodolphe EMARD

Homélie (Mt 16, 21-27)

Frères et sœurs, le passage d’Évangile que nous venons de proclamer est la suite de celui de dimanche dernier. Souvenons-nous de cette belle profession de foi de Pierre en Jésus :

« Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ! » (Mt 16, 16) ; Et ce que Jésus a déclaré de Pierre : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. Je te donnerai les clés du royaume des Cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » (Mt 16, 18-19).

Dans l’Évangile de ce jour, le ton change, Jésus rabroue Pierre : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » Il y a un contraste ! Pierre a très certainement tiré des leçons de cette réprimande de Jésus.

« Passe derrière moi, Satan ! » : Jésus ne rejette pas Pierre mais par cette injonction, il l’invite à reprendre sa juste place de disciple, à sa suite. Il lui demande de ne pas être un Satan, c’est-à-dire un adversaire de Dieu qui s’oppose à sa volonté. Jésus appelle à nouveau Pierre à le suivre, celui-ci est appelé à être une pierre de fondation et non pas une pierre qui fait trébucher.

Et pour suivre le Christ, Pierre doit convertir sa mentalité. Comme la plupart des Juifs de l’époque, Pierre pensait que le Messie annoncé dans les Écritures renverserait les romains qui étaient au pouvoir. Une conception purement terrestre !

Nous aimons beaucoup l’apôtre Pierre car il nous est si proche dans son côté zélé et fougueux. Comme lui, nous pouvons également avoir notre propre conception du Christ. Le risque est réel de créer un Christ selon nos idées, selon ce que nous voudrions qu’il soit… Dans la piété populaire réunionnaise, nous devons aussi relever certaines pratiques magico-spirituelles qui ne sont pas toujours bien ajustées à la foi chrétienne.

Jésus échappe à nos conceptions terrestres. Pierre nous l’a bien annoncé :  il est le Christ, le Fils du Dieu vivant. Il est bien le Messie mais un Messie qui devra passer par la souffrance et par la mort pour sauver l’humanité de la mort et du péché. Le disciple n’étant pas plus grand que le Maître, il doit prendre le même chemin.

Suivre le Christ c’est renoncer à soi-même, c’est-à-dire renoncer à nos projets et nos ambitions purement terrestres (la recherche exclusive du profit ou des biens matériels). Suivre le Christ, c’est aussi prendre sa croix, c’est accepter de passer par les souffrances et les épreuves qu’engendre le combat chrétien. Suivre le Christ, c’est s’engager à lutter, avec lui, contre le péché et cela ne se fait pas sans heurt.

Suivre le Christ, c’est enfin perdre sa vie à cause de lui, parce qu’il nous ouvre à l’espérance de la Vie éternelle. Le Messie souffrant et crucifié triomphera de la mort par la force de sa Résurrection.

Suivre le Christ, c’est vivre cette espérance que nos souffrances et nos épreuves n’auront pas le dernier mot. Pour accéder au Royaume des cieux, il n’y a pas d’autre chemin que celui du Christ.

Un dernier point que j’aimerais vous exposer. Avant de se faire reprendre par Jésus, Pierre avait invoqué Dieu de façon maladroite : « Dieu t’en garde, Seigneur ! » Dieu lui sert rapidement d’échappatoire. Invoquer Dieu ne signifie pas que Dieu va résoudre aussitôt nos problèmes, sans notre engagement. L’invoquer ne signifie pas qu’il va gommer ou effacer ce qui relève de la responsabilité humaine.

Là encore, nous sommes comme Pierre : on invoque Dieu pour bien des situations et on aimerait bien qu’il puisse tout résoudre sans notre implication. Dieu ne fera rien sans nous ! La prière est une réelle force mais elle n’est pas magique. Pour qu’elle puisse porter ses fruits, nous devons aussi nous impliquer.  Si nous souhaitons qu’une situation change, nous devons donner de nous-même.

Et bien frères et sœurs, demandons au Seigneur que nous puissions mieux comprendre sa volonté afin de pouvoir mieux le suivre. C’est l’appel même de saint Paul dans la deuxième lecture : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent, mais transformez-vous en renouvelant votre façon de penser pour discerner quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, ce qui est capable de lui plaire, ce qui est parfait. » (Rm 12, 2).

Que le Seigneur lui-même nous éduque, qu’il nous bénisse et qu’il nous garde dans son amour.

 

Père Rodolphe Emard.