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Dimanche de Pâques (Lc 24,13-35) – Diacre Jacques FOURNIER

« Christ est Ressuscité ! Le crois-tu ? »

Après les évènements de la Passion et de la mort de Jésus, deux disciples quittent Jérusalem pour un village appelé Emmaüs, distant d’environ une douzaine de kilomètres. Ils sont « tout tristes ». Mais le Christ Ressuscité les rejoint, et il entame la conversation avec eux… C’est bien lui, mais dans une condition « tout autre », insaisissable par nos seuls sens corporels. Pour le reconnaître, il faut un regard de foi, un regard du cœur…

Pour l’instant, ce n’est pas le cas… Ils ont pourtant bien entendu le témoignage des « femmes de leur groupe » qui les « ont remplis de stupeur. Dès l’aurore, elles sont en effet allées au tombeau et elles n’ont pas trouvé son corps ; elles sont ensuite venues leur dire qu’elles avaient même eu une vision : des anges, qui disaient qu’il est vivant ». Mais ils ne les ont pas crues… Les Apôtres eux aussi avaient trouvé leurs propos « délirants » !

« Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau », lui disent-ils, « et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit ; mais lui, ils ne l’ont pas vu. » Et comme eux, ils n’ont toujours pas cru…

Le Christ « leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? » Et, partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait ». Et pendant qu’il leur parlait, l’Esprit Saint, « l’Esprit de Vérité, lui rendait témoignage » (Jn 16,26), en communiquant à leur cœur un « quelque chose » propre à Dieu, un « quelque chose » de l’ordre de sa Vie, de sa Paix, de son Amour (1Jn 5)… Plus tard, ils s’en souviendront en disant : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? »

            Mais pour l’instant, s’ils vivent bien ce « quelque chose », ils ne le comprennent pas encore… Et pourtant quel bonheur d’être avec lui… Aussi, quand Jésus fit mine d’aller plus loin, ils le supplièrent : « Reste avec nous, le soir tombe »… Jésus n’attendait que cela… Comme lors de son dernier repas, juste avant sa Passion, « il prit le pain, prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. » Cette fois, « leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards ». Qu’importe ! Ils ont reconnu l’impensable : Christ est Ressuscité, il est avec eux jusqu’à la fin du monde. Et leur regard de foi, leur regard du cœur, désormais bien ouvert, saura reconnaître dorénavant sa Présence à leurs côtés, bien au delà des seules apparences…

                                                                        D. Jacques Fournier




Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur (Mc 14 ,21) par D. Alexandre ROGALA (M.E.P.)

« Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur » (Ph 2, 6-7)

Ce verset de la deuxième lecture résume très bien la logique de ce dimanche des rameaux. Nous avons commencé par entendre le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem qui est accueilli comme l’envoyé de Dieu par les paroles du Psaume 118 (LXX) : « Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur !  Béni soit le Règne qui vient, celui de David, notre père. Hosanna au plus haut des cieux ! » (Mc 11, 9-10).  Mais Jésus « ne retint pas », ou plutôt « ne se considéra pas » d’un rang d’égalité avec Dieu. Il n’a pas cherché la gloire des hommes, mais il a pris la « condition de serviteur » ; ou pour être plus proche du texte grec, Jésus s’est fait « esclave ». Cela se vérifie dans le récit de la Passion que nous venons d’entendre car la crucifixion est précisément le châtiment réservé aux esclaves et aux étrangers. La crucifixion avait pour but d’exclure le condamné de la communauté civique, et de faire comprendre à ses proches que le condamné à mort se situait en dehors de tout espace civilisationnel. Bref, la crucifixion était l’humiliation ultime.

Lorsque j’étais petit et que j’allais à la messe des rameaux, même si je savais pertinemment comment se terminait le récit de la Passion, j’espérais à chaque fois que les choses se passeraient autrement pour Jésus. J’avais envie de dire à Jésus : « défends-toi ! Ne te laisse pas faire ! Pilate est prêt à te relâcher. Tout n’est pas obligé de se terminer comme ça. »  Mais chaque année c’était la même chose : Jésus mourrait sur la Croix.

Jésus devait-il mourir de cette manière ignoble ? N’y avait-il pas d’autres solutions pour nous sauver ? Nous ne pouvons pas le savoir ici-bas. Ce qu’il est possible d’observer, c’est que les quatre évangélistes sont d’accord sur le fait que Jésus a choisi de se laisser condamner à mort.

Il est aussi quasiment certain que Jésus ait eu une meilleure compréhension de sa mission en lisant les Écritures. D’ailleurs au début du récit de la Passion que nous avons entendu, lors de son dernier repas, Jésus dit aux disciples :

« Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet » (Mc 14, 21)

Parmi les textes bibliques que Jésus lisait régulièrement, nous pouvons supposer il y avait le Livre du prophète Isaïe. Dans ce livre, à de nombreux endroits, il est question d’un mystérieux personnage : le « Serviteur du Seigneur », et il semblerait que Jésus ait compris sa mission comme un ministère de service. D’ailleurs, rappelons-nous qu’après avoir annoncé sa Passion pour la troisième fois, Jésus avait déclaré que « le Fils de l’homme n’était pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » (cf. Mc 10, 45).

Nous ignorons à qui pensait exactement le prophète Isaïe lorsqu’il parlait du « serviteur du Seigneur », mais il semblerait qu’en lisant certains de ces textes d’Isaïe dans lesquels il est question du « serviteur du Seigneur », Jésus ait su que ces textes parlaient de lui.

La première lecture que nous avons entendue (Is 50, 4-7), fait partie d’un ensemble de quatre textes poétiques consacrés à ce fameux serviteur. Et si nous lisons ces quatre poèmes les uns après les autres, nous sommes frappés par la ressemblance de ce serviteur et de notre Seigneur Jésus.

Dans le premier de ces poèmes au chapitre 42, Isaïe annonce que le Seigneur va faire surgir un homme, un « serviteur » sur qui repose « l’esprit du Seigneur », et qui va œuvrer au plan de Dieu. Par la plume d’Isaïe, Dieu parle ainsi de son serviteur : « Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations » (Is 42, 6).

Le « serviteur du Seigneur » est établi « alliance du peuple et lumière des nations ». Ce n’est donc pas un hasard, si Jésus lors de son dernier repas parle du « sang de l’Alliance versé pour la multitude » quand il prononce la parole sur la coupe (cf. Mc 14, 24). Le serviteur du Seigneur est partenaire et médiateur d’une alliance qui n’est pas limité à Israël, mais qui a une dimension universelle.

Dans ce premier poème (Is 42, 1-9), le serviteur fait preuve de courage et de persévérance dans sa mission : « Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité.  Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois » (Is 42, 3-4).

Dans le second poème (Is 40, 1-9a), la prédication du « serviteur » a échoué, et il exprime un certain découragement : « Et moi, je disais : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces. » Et pourtant, mon droit subsistait auprès du Seigneur, ma récompense, auprès de mon Dieu » (Is 49, 4).

Nous pouvons ici penser au ministère public de Jésus. Malgré sa prédication accompagnée de signes extraordinaires, ses contemporains l’ont rejeté. Dans le jardin de Gethsémanie, il est possible que Jésus ait pu se décourager et se dire « à quoi bon aller jusqu’au bout ? Les autorités religieuses du pays veulent m’éliminer, mes disciples vont m’abandonner, Pierre va me renier, Judas m’a trahi… ». Pourtant, Jésus, comme le « serviteur » dont parle Isaïe, va aller jusqu’au bout de sa mission.

Le troisième poème (Is 50, 4-9a) est celui que nous avons entendu en première lecture, et il parle des persécutions que subit le « serviteur du Seigneur ». Le rapprochement avec la Passion de Jésus est évident : « je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé. J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient, et mes joues à ceux qui m’arrachaient la barbe » (Is 50, 5-6). Jésus non plus lorsqu’il aurait pu potentiellement s’en sortir lors de son interrogatoire par Pilate par exemple, a choisi librement d’aller jusqu’au bout de sa mission.

Enfin, le dernier chant (Is 52, 13-53, 12) raconte la souffrance extrême du « serviteur du Seigneur » et sa mort : « Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris » (Is 53, 3-5).

Néanmoins, ce dernier poème ne s’arrête pas à la mort du serviteur, puisqu’à la fin du poème le « serviteur » est exalté : « Par suite de ses tourments, il verra la lumière, la connaissance le comblera. Le juste, mon serviteur, justifiera les multitudes, il se chargera de leurs fautes. C’est pourquoi, parmi les grands, je lui donnerai sa part, avec les puissants il partagera le butin » (Is 53, 11-12).

Ces poèmes du serviteur dont nous avons lu quelques extraits, faisaient sans doute partie des passages de la Sainte Écriture que Jésus a lu et médité quand il a commencé à rencontrer de l’opposition dans son ministère public, dans la mesure où ces « chants du serviteurs » donnaient du sens aux épreuves qu’il rencontrait, et à sa mise à mort qui devenait de plus en plus certaine au fil des jours. Ces textes du prophète Isaïe ont aussi donné à Jésus le courage d’aller jusqu’au bout de sa mission, en confirmant que malgré les apparences, sa mort ne signifiait pas l’échec définitif de sa mission.

Nous avons maintenant quelques éléments permettant de comprendre la raison pour laquelle, Jésus a accepté de donner sa vie sur la croix. Le premier poème du serviteur nous rappelle le ministère public de Jésus. Il proclamait que le Règne de Dieu s’était approché, il appelait à la conversion et en pardonnant les péchés, Jésus manifestait que l’Alliance annoncée par les prophètes (Jr 31 ; Ez 36…) avait été conclue par sa personne. Malheureusement, la Parole n’a pas été reçue par ses contemporains. À la lumière des deuxièmes et troisièmes chants du serviteur, Jésus a trouvé le courage de poursuivre sa mission, et le quatrième chant du serviteur lui a donné le sens de sa mort à venir.

En acceptant de mourir, l’alliance définitive entre Dieu et l’humanité que Jésus n’avait cessé d’annoncer pendant son ministère public restait possible…même après sa mort. En mourant sans se rebeller, Jésus permettait que les hommes adhèrent à sa prédication après sa mort.

Au contraire, si comme je l’espérais quand j’étais petit en entendant le récit de la Passion, Jésus n’avait pas accepté la mort, s’il s’était révolté et avait arrêté de prêcher à ses contemporains indignes, il aurait certes, échappé à la mort, mais il aurait en même temps, révoqué l’offre d’alliance que Dieu faisait à l’humanité, puisque comme nous l’avons vu, c’est lui que Dieu avait choisi pour être partenaire et médiateur de cette alliance.

Chers frères et sœurs, rendons grâce à Dieu le Père de nous avoir donné un tel sauveur, et redisons-lui dans notre cœur, notre désir d’entrer dans cette alliance avec lui ; alliance pour laquelle Jésus s’est battu jusqu’à la Croix. Amen !




Dimanche des rameaux et de la Passion Carême (Mc 11, 1-10) – par Francis COUSIN

« Image d’Évangile, vivant d’humilité,

il se rendait utile auprès du cantonnier. »

 

En relisant l’évangile des rameaux, j’ai repensé à ce chant de Hugues Auffray, dont les anciens se souviennent sans doute, et qui a fait les beaux jours des colonies de vacances et des camps scouts : ‘Le petit âne gris’, et surtout cette phrase ci-dessus qu’on n’a pas l’habitude d’entendre chez les chanteurs de variété …

C’est vrai que faire une chanson sur un âne, ce n’est pas courant non plus … l’âne a plutôt mauvaise presse : on le dit têtu, désobéissant …

Mais ici, ‘le petit âne gris’ est sympathique, serviable (il se met au service d’un cantonnier, un personnage que l’on regarde un peu de haut … ) et humble, à l’image de Jésus qui va envoyer deux de ses disciples en avant, au prochain village, pour en ramener un jeune âne « sur lequel personne ne s’est encore assis, » afin qu’il fasse son entrée à Jérusalem.

Un homme humble assis sur une monture humble

Jésus veut entrer dans Jérusalem, non pas comme on le faisait au temps des rois : « Alors des rois siégeant sur le trône de David entreront par les portes de cette maison, montés sur un char attelé de plusieurs chevaux, chacun avec ses serviteurs et son peuple. » (Jr 22,4), mais selon la prophétie de Zacharie : « Exulte de toutes tes forces, fille de Sion ! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient à toi : il est juste et victorieux, pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. » (Za 9,9).

C’est ainsi que Jésus entre à Jérusalem, sur un ânon, avec tous ses disciples, ceux d’avant qui le suivent depuis longtemps, depuis la Galilée, … et puis ceux qui rejoignent le cortège, attirés par les chants : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur … hosanna au plus haut des cieux ! » en agitant des branchages …

Il y avait foule pour accueillir le « Roi des cieux » …

Mais cela ne durera pas longtemps …

Il faut dire que Jésus n’a pas fait dans le demi-mesure : dès le lendemain il va dans le temple et saccage les étals des changeurs et des marchands d’animaux …

Déjà qu’il n’était pas le bienvenu chez les scribes, les pharisiens, les grands prêtres et autres lévites …

Cela n’a fait qu’empirer chaque jour jusqu’à ce que Judas décide de livrer Jésus aux grands prêtres, le soir du jeudi saint …

Après, cela a dérapé.

À Gethsémani, tous les disciples s’endorment alors que Jésus leur avait demandé de « veiller et prier ! »

Et quand les soldats viennent arrêter Jésus, à part l’un d’entre eux qui coupe l’oreille d’un serviteur du grand-prêtre, il n’y a pas eu de résistance : « Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous. Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter. Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu. ».

Même Pierre qui avait dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. ».

Et quand Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. ». Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.

On a bien vu ce qu’il en est advenu.

« L’esprit est ardent, mais la chair est faible. »

Et au Golgotha, il n’y avait aucun disciple … sauf Jean, dans son propre évangile.

À la fin du chant ‘Le petit âne gris’, il est dit :

« Dans le fond d’une étable, un soir il s’est couché

Pauvre bête de somme, il a fermé les yeux

Abandonné des hommes, il est mort sans adieu.

Il ne s’agit pas de faire un parallèle entre ‘Le petit âne gris’ et Jésus, ce serait malvenu.

Il n’empêche que dans les deux cas, ils meurent seuls, abandonnés des hommes …

Et ils ne sont pas les seuls à mourir ainsi, seuls, a abandonnés des hommes (des humains).

À réfléchir … surtout en ce moment où on parle beaucoup de la fin de vie, … pour ne pas dire euthanasie ou suicide assisté …

Et pourquoi pas … soins palliatifs, où là les gens ne sont pas abandonnés, mais au contraire accompagnés médicalement et psychologiquement pour leurs derniers instants ?

Mais il parait que c’est beaucoup plus cher …

Quel est le plus important : l’âme … ou l’argent ?

Seigneur Jésus,

Nous nous souvenons

de la dernière semaine de ta vie terrestre,

ô combien riche en toutes choses,

et qui finit par ta mort …

entouré par peu d’amis … avec ton Père.

Et nous, comment entourons-nous

nos amis qui meurent ?

 

                                                                                  Francis Cousin

 

 

 

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Dimanche des Rameaux et de la Passion – par le Diacre Jacques FOURNIER (Marc 14, 1-72 ; 15, 1-47)

 « La Croix, sommet de la Révélation de l’Amour » 

(Marc 14, 1-72 ; 15, 1-47)

La fête de la Pâque et des pains sans levain allait avoir lieu deux jours après. Les grands prêtres et les scribes cherchaient comment arrêter Jésus par ruse, pour le faire mourir.
Car ils se disaient : « Pas en pleine fête, pour éviter des troubles dans le peuple. »
Jésus se trouvait à Béthanie, dans la maison de Simon le lépreux. Pendant qu’il était à table, une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle lui versa le parfum sur la tête.
Or, de leur côté, quelques-uns s’indignaient : « À quoi bon gaspiller ce parfum ?
On aurait pu, en effet, le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent, que l’on aurait données aux pauvres. » Et ils la rudoyaient.
Mais Jésus leur dit : « Laissez-la ! Pourquoi la tourmenter ? Il est beau, le geste qu’elle a fait envers moi.
Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous, et, quand vous le voulez, vous pouvez leur faire du bien ; mais moi, vous ne m’aurez pas toujours.
Ce qu’elle pouvait faire, elle l’a fait. D’avance elle a parfumé mon corps pour mon ensevelissement.
Amen, je vous le dis : partout où l’Évangile sera proclamé – dans le monde entier –, on racontera, en souvenir d’elle, ce qu’elle vient de faire. »
Judas Iscariote, l’un des Douze, alla trouver les grands prêtres pour leur livrer Jésus.
À cette nouvelle, ils se réjouirent et promirent de lui donner de l’argent. Et Judas cherchait comment le livrer au moment favorable.
Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l’on immolait l’agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour que tu manges la Pâque ? »
Il envoie deux de ses disciples en leur disant : « Allez à la ville ; un homme portant une cruche d’eau viendra à votre rencontre. Suivez-le,
et là où il entrera, dites au propriétaire : “Le Maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?”
Il vous indiquera, à l’étage, une grande pièce aménagée et prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. »
Les disciples partirent, allèrent à la ville ; ils trouvèrent tout comme Jésus leur avait dit, et ils préparèrent la Pâque.
Le soir venu, Jésus arrive avec les Douze.
Pendant qu’ils étaient à table et mangeaient, Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : l’un de vous, qui mange avec moi, va me livrer. »
Ils devinrent tout tristes et, l’un après l’autre, ils lui demandaient : « Serait-ce moi ? »
Il leur dit : « C’est l’un des Douze, celui qui est en train de se servir avec moi dans le plat.
Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit à son sujet ; mais malheureux celui par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né, cet homme-là ! »
Pendant le repas, Jésus, ayant pris du pain et prononcé la bénédiction, le rompit, le leur donna, et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »
Puis, ayant pris une coupe et ayant rendu grâce, il la leur donna, et ils en burent tous.
Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude.
Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu’au jour où je le boirai, nouveau, dans le royaume de Dieu. »
Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.
Jésus leur dit : « Vous allez tous être exposés à tomber, car il est écrit : Je frapperai le berger, et les brebis seront dispersées.
Mais, une fois ressuscité, je vous précéderai en Galilée. »
Pierre lui dit alors : « Même si tous viennent à tomber, moi, je ne tomberai pas. »
Jésus lui répond : « Amen, je te le dis : toi, aujourd’hui, cette nuit même, avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. »
Mais lui reprenait de plus belle : « Même si je dois mourir avec toi, je ne te renierai pas. » Et tous en disaient autant.
Ils parviennent à un domaine appelé Gethsémani. Jésus dit à ses disciples : « Asseyez-vous ici, pendant que je vais prier. »
Puis il emmène avec lui Pierre, Jacques et Jean, et commence à ressentir frayeur et angoisse.
Il leur dit : « Mon âme est triste à mourir. Restez ici et veillez. »
Allant un peu plus loin, il tombait à terre et priait pour que, s’il était possible, cette heure s’éloigne de lui.
Il disait : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! »
Puis il revient et trouve les disciples endormis. Il dit à Pierre : « Simon, tu dors ! Tu n’as pas eu la force de veiller seulement une heure ?
Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. »
De nouveau, il s’éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles.
Et de nouveau, il vint près des disciples qu’il trouva endormis, car leurs yeux étaient alourdis de sommeil. Et eux ne savaient que lui répondre.
Une troisième fois, il revient et leur dit : « Désormais, vous pouvez dormir et vous reposer. C’est fait ; l’heure est venue : voici que le Fils de l’homme est livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous ! Allons ! Voici qu’il est proche, celui qui me livre. »
Jésus parlait encore quand Judas, l’un des Douze, arriva et avec lui une foule armée d’épées et de bâtons, envoyée par les grands prêtres, les scribes et les anciens.
Or, celui qui le livrait leur avait donné un signe convenu : « Celui que j’embrasserai, c’est lui : arrêtez-le, et emmenez-le sous bonne garde. »
À peine arrivé, Judas, s’approchant de Jésus, lui dit : « Rabbi ! » Et il l’embrassa.
Les autres mirent la main sur lui et l’arrêtèrent.
Or un de ceux qui étaient là tira son épée, frappa le serviteur du grand prêtre et lui trancha l’oreille.
Alors Jésus leur déclara : « Suis-je donc un bandit, pour que vous soyez venus vous saisir de moi, avec des épées et des bâtons ?
Chaque jour, j’étais auprès de vous dans le Temple en train d’enseigner, et vous ne m’avez pas arrêté. Mais c’est pour que les Écritures s’accomplissent. »
Les disciples l’abandonnèrent et s’enfuirent tous.
Or, un jeune homme suivait Jésus ; il n’avait pour tout vêtement qu’un drap. On essaya de l’arrêter.
Mais lui, lâchant le drap, s’enfuit tout nu.
Ils emmenèrent Jésus chez le grand prêtre. Ils se rassemblèrent tous, les grands prêtres, les anciens et les scribes.
Pierre avait suivi Jésus à distance, jusqu’à l’intérieur du palais du grand prêtre, et là, assis avec les gardes, il se chauffait près du feu.
Les grands prêtres et tout le Conseil suprême cherchaient un témoignage contre Jésus pour le faire mettre à mort, et ils n’en trouvaient pas.
De fait, beaucoup portaient de faux témoignages contre Jésus, et ces témoignages ne concordaient pas.
Quelques-uns se levèrent pour porter contre lui ce faux témoignage :
« Nous l’avons entendu dire : “Je détruirai ce sanctuaire fait de main d’homme, et en trois jours j’en rebâtirai un autre qui ne sera pas fait de main d’homme.” »
Et même sur ce point, leurs témoignages n’étaient pas concordants.
Alors s’étant levé, le grand prêtre, devant tous, interrogea Jésus : « Tu ne réponds rien ? Que dis-tu des témoignages qu’ils portent contre toi ? »
Mais lui gardait le silence et ne répondait rien. Le grand prêtre l’interrogea de nouveau : « Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni ? »
Jésus lui dit : « Je le suis. Et vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant, et venir parmi les nuées du ciel. »
Alors, le grand prêtre déchire ses vêtements et dit : « Pourquoi nous faut-il encore des témoins ?
Vous avez entendu le blasphème. Qu’en pensez-vous ? » Tous prononcèrent qu’il méritait la mort.
Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, couvrirent son visage d’un voile, et le giflèrent, en disant : « Fais le prophète ! » Et les gardes lui donnèrent des coups.
Comme Pierre était en bas, dans la cour, arrive une des jeunes servantes du grand prêtre.
Elle voit Pierre qui se chauffe, le dévisage et lui dit : « Toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »
Pierre le nia : « Je ne sais pas, je ne comprends pas de quoi tu parles. » Puis il sortit dans le vestibule, au dehors. Alors un coq chanta.
La servante, ayant vu Pierre, se mit de nouveau à dire à ceux qui se trouvaient là : « Celui-ci est l’un d’entre eux ! »
De nouveau, Pierre le niait. Peu après, ceux qui se trouvaient là lui disaient à leur tour : « Sûrement tu es l’un d’entre eux ! D’ailleurs, tu es Galiléen. »
Alors il se mit à protester violemment et à jurer : « Je ne connais pas cet homme dont vous parlez. »
Et aussitôt, pour la seconde fois, un coq chanta. Alors Pierre se rappela cette parole que Jésus lui avait dite : « Avant que le coq chante deux fois, tu m’auras renié trois fois. » Et il fondit en larmes.
Dès le matin, les grands prêtres convoquèrent les anciens et les scribes, et tout le Conseil suprême. Puis, après avoir ligoté Jésus, ils l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.
Celui-ci l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs ? » Jésus répondit : « C’est toi-même qui le dis. »
Les grands prêtres multipliaient contre lui les accusations.
Pilate lui demanda à nouveau : « Tu ne réponds rien ? Vois toutes les accusations qu’ils portent contre toi. »
Mais Jésus ne répondit plus rien, si bien que Pilate fut étonné.
À chaque fête, il leur relâchait un prisonnier, celui qu’ils demandaient.
Or, il y avait en prison un dénommé Barabbas, arrêté avec des émeutiers pour un meurtre qu’ils avaient commis lors de l’émeute.
La foule monta donc chez Pilate, et se mit à demander ce qu’il leur accordait d’habitude.
Pilate leur répondit : « Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs ? »
Il se rendait bien compte que c’était par jalousie que les grands prêtres l’avaient livré.
Ces derniers soulevèrent la foule pour qu’il leur relâche plutôt Barabbas.
Et comme Pilate reprenait : « Que voulez-vous donc que je fasse de celui que vous appelez le roi des Juifs ? »,
de nouveau ils crièrent : « Crucifie-le ! »
Pilate leur disait : « Qu’a-t-il donc fait de mal ? » Mais ils crièrent encore plus fort : « Crucifie-le ! »
Pilate, voulant contenter la foule, relâcha Barabbas et, après avoir fait flageller Jésus, il le livra pour qu’il soit crucifié.
Les soldats l’emmenèrent à l’intérieur du palais, c’est-à-dire dans le Prétoire. Alors ils rassemblent toute la garde,
ils le revêtent de pourpre, et lui posent sur la tête une couronne d’épines qu’ils ont tressée.
Puis ils se mirent à lui faire des salutations, en disant : « Salut, roi des Juifs ! »
Ils lui frappaient la tête avec un roseau, crachaient sur lui, et s’agenouillaient pour lui rendre hommage.
Quand ils se furent bien moqués de lui, ils lui enlevèrent le manteau de pourpre, et lui remirent ses vêtements. Puis, de là, ils l’emmènent pour le crucifier,
et ils réquisitionnent, pour porter sa croix, un passant, Simon de Cyrène, le père d’Alexandre et de Rufus, qui revenait des champs.
Et ils amènent Jésus au lieu dit Golgotha, ce qui se traduit : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire).
Ils lui donnaient du vin aromatisé de myrrhe ; mais il n’en prit pas.
Alors ils le crucifient, puis se partagent ses vêtements, en tirant au sort pour savoir la part de chacun.
C’était la troisième heure (c’est-à-dire : neuf heures du matin) lorsqu’on le crucifia.
L’inscription indiquant le motif de sa condamnation portait ces mots : « Le roi des Juifs ».
Avec lui ils crucifient deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche.
[…]

Les passants l’injuriaient en hochant la tête : ils disaient : « Hé ! toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, descends de la croix ! »
De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes, en disant entre eux : « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même !
Qu’il descende maintenant de la croix, le Christ, le roi d’Israël ; alors nous verrons et nous croirons. » Même ceux qui étaient crucifiés avec lui l’insultaient.
Quand arriva la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
Et à la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éloï, Éloï, lema sabactani ? », ce qui se traduit : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Voilà qu’il appelle le prophète Élie ! »
L’un d’eux courut tremper une éponge dans une boisson vinaigrée, il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire, en disant : « Attendez ! Nous verrons bien si Élie vient le descendre de là ! »
Mais Jésus, poussant un grand cri, expira.
Le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas.
Le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! »
Il y avait aussi des femmes, qui observaient de loin, et parmi elles, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques le Petit et de José, et Salomé,
qui suivaient Jésus et le servaient quand il était en Galilée, et encore beaucoup d’autres, qui étaient montées avec lui à Jérusalem.
Déjà il se faisait tard ; or, comme c’était le jour de la Préparation, qui précède le sabbat,
Joseph d’Arimathie intervint. C’était un homme influent, membre du Conseil, et il attendait lui aussi le règne de Dieu. Il eut l’audace d’aller chez Pilate pour demander le corps de Jésus.
Pilate s’étonna qu’il soit déjà mort ; il fit appeler le centurion, et l’interrogea pour savoir si Jésus était mort depuis longtemps.
Sur le rapport du centurion, il permit à Joseph de prendre le corps.
Alors Joseph acheta un linceul, il descendit Jésus de la croix, l’enveloppa dans le linceul et le déposa dans un tombeau qui était creusé dans le roc. Puis il roula une pierre contre l’entrée du tombeau.
Or, Marie Madeleine et Marie, mère de José, observaient l’endroit où on l’avait mis.

     

 

        

           « Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem ! Voici ton roi qui vient vers toi : il est juste et victorieux, humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Ce roi fera disparaître les chars de guerre et les chevaux de combat, il brisera l’arc de guerre, et il proclamera la paix aux nations » (Za 9,9-10)…

            La prophétie de Zacharie s’accomplit… Alors que Jésus entre à Jérusalem assis sur un petit âne, « les gens criaient : Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! » (Mc 11,9-10). Mais sa royauté va les dérouter…

            En effet, c’est au moment de la Passion que le titre de « roi », quasiment absent des Evangiles, va apparaître et se répéter. « Tu es le roi des Juifs », demandera Pilate ? « Tu le dis : je suis roi », répondra Jésus (Jn 18,37). « Voici votre roi… Voulez-vous que je vous relâche le roi des Juifs » (Jn 19,14 ; Mc 15,9), demandera Pilate à la foule ? « Salut, roi des juifs » (Mc 15,18), lui diront les soldats en le frappant… Puis, sur la croix, Pilate fera placer cet écriteau : « Jésus le Nazôréen, le roi des Juifs » (Jn 19,19)…

            Au moment de la Passion, le titre de roi peut en effet surgir sans aucune confusion possible. La royauté de Jésus, couronné d’épines, n’est manifestement pas de ce monde… Avec lui, ni « chars de guerre, ni chevaux de combat », mais seulement la Paix de l’Amour, « un Amour plus fort » (Ps 117(116)) que la haine la plus acharnée, un Amour que rien ni personne, pas même la pire cruauté, n’empêchera d’aimer… « Insulté sans rendre l’insulte, maltraité sans faire de menaces », il n’aura que des paroles bienveillantes envers tous ceux qui lui font tant de mal (1P 2,21-25)… « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34)…

            « Vous l’avez livré, vous l’avez renié devant Pilate. Vous avez chargé le Saint et le Juste ; vous avez réclamé la grâce d’un assassin », Barabbas, « tandis que vous faisiez mourir le Prince de la Vie », leur dira plus tard St Pierre. Mais, folie de l’Amour, « c’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et il l’a envoyé vous bénir du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,11-26). Et il en sera ainsi pour tous les pécheurs de tous les temps à qui Dieu ne demande qu’une seule chose : se repentir, en vérité et de tout cœur, de tout le mal qui peut habiter notre vie, et consentir à son Amour…         « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché » (Ps 51(50))…

                                                                                                                                          DJF




Dimanche des Rameaux et de la Passion du Seigneur ( Mc 14, 1 – 15, 47)- Homélie du Père Louis DATTIN

Jésus méconnu des siens

Mc 14, 1-15,47

Quelle cérémonie étrange que celle que nous venons de vivre ! Dans une première partie, nous étions en train d’acclamer un roi victorieux qui avance au milieu de la foule qui crie : « Hosannah – Vive Dieu ! Vive Jésus que Dieu nous envoie au nom du Très-Haut ! »

Fête de joie, fête populaire où le Christ est reconnu enfin pour ce qu’il est vraiment : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur : le ciel et la terre sont remplis de ta gloire ».

C’est le triomphe ! C’est l’enthousiasme de la foule. Tous, hommes et femmes, ils prennent des palmes pour l’accompagner, pour l’escorter dans son entrée dans sa capitale. C’est la fête pour la foule qui accueille Jésus : il apporte le règne de David. « Hosannah ! » Le salut est proche et nous-mêmes, nous sommes entrés dans cette église avec la joie au cœur. Notre Seigneur est enfin reconnu pour ce qu’il est vraiment ! « Il vient au nom du Seigneur ».

Et puis, après, juste après, la 1ère lecture vient nous choquer. Que dit-elle ? « Je n’en peux plus, je suis une victime qui s’est laissé prendre » « J’ai présenté mon dos à ceux qui me frappaient. Je n’ai pas protégé mon visage contre ceux qui m’injuriaient et crachaient sur moi ». L’antienne suivante nous fait chanter à notre tour :

 

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

 

 

 

 

 

Alors : « oui ou non ?» Est-ce un triomphateur ou une victime ? Est-ce le roi envoyé par Dieu ? Ou bien un imposteur, un malfaiteur que l’on torture avant de le mettre à mort ?
Devons-nous nous réjouir avec lui dans son triomphe ou pleurer avec lui dans son agonie ?

« Dis-nous qui tu es, Seigneur ? Le héros d’un jour de fête ou la victime d’un jour de deuil ? »

Nous-mêmes, après ces deux récits : celui d’un roi triomphateur ou celui de l’esclave que l’on cloue à la Croix, que disons-nous ? Que pensons-nous ? Que disons-nous de Jésus ?

« Fils de Dieu », oui, c’est notre foi. Mais Fils de Dieu totalement homme, c’est aussi notre foi ! Jésus est allé jusqu’au bout de nos propres questions les plus angoissées ! Dans notre vie, n’y a-t-il pas aussi ces moments de joie, d’exultation, de réussite et puis, aussi, ces temps de malheur, de désolation, de marasme noir et nous nous disons : « Dieu nous abandonne- t-il ? Qu’est-ce-que cela veut dire ? Pourquoi moi et pas un autre ? Pourquoi une telle épreuve, une telle catastrophe ? Dieu nous abandonne-t-il ? ». « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi nous as-tu abandonné ? »

C’est le cri même du Christ en Croix ! Dieu semble abandonner le malade du sida, la vieille maman atteinte de la maladie d’Alzheimer, les victimes des séismes, les chrétiens de Syrie. Serait-ce Dieu qui se retire ? Est-ce-que lui aussi nous laisse tomber ? C’est la question de Jésus sur la Croix. Oui, il a été jusque-là ! Jusqu’à vouloir éprouver lui-même nos moments de désespérance, nos doutes qui nous décapent, notre isolement dans le chagrin extrême, le naufragé qui sent sa dernière minute s’engager.

Alors, Dieu, que tire-t-il de tout cela ? Lui qui se dit créateur et Père ! Ne nous a-t-il mis sur la terre que pour nous faire sentir, un moment, le triomphe des rameaux, pour nous enfoncer ensuite dans le gouffre de la douleur et de la mort ? Tous nos « pourquoi » sont dans le cri de Jésus : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

C’est une question posée à son père. Il l’interroge et tant que, au fond de nos malheurs, nous continuerons à questionner Dieu, nous serons avec lui ! Qui nous dira un jour la Croix ? En attendant, elle est là, là pour Jésus, là pour nous aussi !

 Mais, nous chrétiens, nous savons déjà que ce mal n’est pas désespérance, que cette Croix n’est pas que la mort définitive :

 « J’attends la Résurrection des morts et la vie du monde à venir ».

La vie de Jésus ne  s’arrête pas là, elle  va rejaillir, rebondir dans l’éblouissement de Pâques, et Pâques, ce ne sera pas seulement le petit triomphe des Rameaux dans la ville de Jérusalem : la tueuse des prophètes. Ce sera le grand éclaboussement de la gloire définitive d’une vie plus forte que la mort, la naissance d’un monde nouveau comme le cri d’un premier né et non plus celui d’un agonisant !

La réponse au « pourquoi » de Jésus, la réponse à tous nos « pourquoi », c’est la Résurrection ! Ni Pilate, le sceptique, ni les juifs insulteurs, ni le centurion admiratif, ne pouvaient savoir ce qu’allait devenir ce crucifié. Nous, nous savons que le Christ est ressuscité: cela ne doit pas nous empêcher de l’accompagner pendant toute cette Semaine Sainte dans ses souffrances, dans ses angoisses.

Cela doit nous rappeler que la route de la Résurrection passe par là et quand, autour de nous, nous avons du mal à regarder la souffrance du monde, la souffrance de ceux que nous aimons, une seule pensée peut nous aider : Jésus, lui, le Fils de Dieu, lui aussi, est passé par là.

Une seule parole peut nous faire avancer : « Celui qui veut se mettre à ma suite, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive! »

Il vivra, lui aussi, totalement, définitivement ! AMEN




Homélie du Père Rodolphe EMARD avec Jn 11, 1-45

Homélie donnée par le P. Rodolphe Emard, responsable du Catéchuménat dans le diocèse de St Denis de la Réunion, à Ste Clotilde, en ce 5ième Dimanche de Carême.

L’Evangile choisi est Jn 11, 1-45, en conformité avec la démarche catéchuménale accomplie en ce jour

 

Nous venons de proclamer l’évangile qu’on intitule couramment « La résurrection de Lazare ». C’est l’évangile de l’année A que l’Église propose pour le 3ème scrutin des catéchumènes.

Un long récit du chapitre 11 de l’évangile de Jean, avec 45 versets. Nous sommes à Béthanie, un village proche de Jérusalem[1], à « quinze stades », un peu moins que 3 km, à une demi-heure de marche environ. Marthe et Marie sont les deux sœurs de Lazare. Elles font connaître à Jésus qu’il est malade.

Pour Jésus, je le cite : « Cette maladie ne conduit pas à la mort, elle est pour la gloire de Dieu, afin que par elle le Fils de Dieu soit glorifié. » D’où le fait qu’il tarde à venir. Ce ne sera que deux jours après que Jésus décidera d’aller à Béthanie, alors que Lazare sera décédé.

Arrivé à Béthanie, Marthe est déconcertée par son retard : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. » Mais la profession de Marthe est belle et bien précise : elle sait que Jésus vient de Dieu et que tout ce que Jésus demande à Dieu il lui sera accordé. Et elle a l’espérance en la résurrection « au dernier jour ». Elle croit que Jésus est « le Christ, le Fils de Dieu ».

Jésus va se présenter comme « la résurrection et la vie » et quiconque croit en lui « ne mourra jamais ». Jésus se révèle comme le Maître de la Vie. Il a pouvoir de ressusciter les morts et il va rendre la vie à Lazare : « Lazare, viens dehors ! »

Tu ne fais pas fausse route Johanna. Suite à ce miracle de Jésus, beaucoup de Juifs vont croire en Jésus. La foi en Jésus nous précède, d’autres ont cru avant nous. La foi est un don de Dieu, n’oublie jamais cela. Nous avons la foi parce que nous avons rencontré Jésus, nous avons fait l’expérience de Jésus.

Tous ceux qui ont nous ont précédé dans la foi et qui ont fait une réelle expérience de Jésus l’ont reconnu comme leur Seigneur, un Seigneur riche en compassion et plein de bonté. Cet évangile de la résurrection de Lazare est à la fois intriguant et touchant car on y découvre les sentiments profonds de Jésus. L’évangile nous donne plusieurs caractéristiques :

  • Jésus aimait Marthe, Marie et Lazare comme il t’aime sincèrement Johanna. Continue Johanna d’ouvrir ton cœur à son amour qui ne veut que ton bien et ton bonheur.

  • Jésus va pleurer devant le tombeau de Lazare : « Voyez comme il l’aimait ! » disaient les Juifs. Cela nous montre que Jésus est plein de compassion et de miséricorde et qu’il n’est insensible à aucune souffrance humaine : « Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotion, il fut bouleversé… »

Continue Johanna d’ouvrir ton cœur à cette compassion et à cette miséricorde de Jésus qui nous relèvent, qui nous poussent au large… Jésus ne nous enferme pas dans nos erreurs, dans nos échecs et dans nos péchés mais il nous en libère !

  • Jésus va aussi consoler Marthe pour l’amener à grandir dans la foi : « Ne te l’ai-je pas dit ? Si tu crois, tu verras la gloire de Dieu. » Alors Johanna laisse Jésus te consoler à chaque fois que tu en auras besoin, il saura te faire grandir dans le chemin de la foi.

Chers frères et sœurs, que ce 3ème scrutin pour Johanna nous aide à faire un pas de plus dans la foi. Le Carême touche pas à pas à sa fin, que cela contribue à faire vraiment fortifier notre foi. Jésus nous aime et personne ne peut nous aimer autant que lui. Jésus veut nous consoler, il veut nous secourir de nos morts intérieures, de nos morts spirituelles. Il peut ressusciter en nous ce qui nous semble mort !

Le nom « Lazare » était répandu au premier siècle. Ce nom est un abrégé de « Eléazar » qui signifie « Dieu l’aide ». Lazare nous rappelle que personne ne peut se suffire à lui-même ou s’en sortir tout seul. Nous avons besoin de l’aide de Dieu ! Alors laissons le Christ nous aimer, laissons-le nous ressusciter, il est la « la résurrection et la vie ».

 

N’aie pas peur,

laisse-toi regarder par le Christ

Laisse-toi regarder car il t’aime (bis).

 

 

 

[1] Béthanie se situe à l’Est du Mont des Oliviers.

 

 

 




Audience Générale du Mercredi 13 Mars 2024

PAPE FRANÇOIS

AUDIENCE GÉNÉRALE

Place Saint-Pierre
Mercredi 13 Mars 2024


Catéchèse – Les vices et les vertus – 11. La conduite vertueuse

Frères et sœurs, après un tour d’horizon sur les vices, notre réflexion sera centrée sur le chapitre des vertus, car le cœur de l’homme est fait pour le bien. L’exercice des vertus est le fruit d’une longue germination qui demande de l’effort et de la souffrance aussi. La personne vertueuse est celle qui est fidèle à sa vocation et qui se réalise ainsi pleinement. Nous faisons fausse route si nous pensons que les saints sont des exceptions de l’humanité. Les saints sont ceux qui réalisent la vocation de tout homme. Le Catéchisme de l’Église Catholique définit la vertu comme une disposition habituelle et ferme à faire le bien. La vertu est un habitus de la liberté. Comment faire pour la conquérir ? La première aide pour le chrétien est la grâce de Dieu. Selon la sagesse des ancêtres, la vertu grandit et peut être cultivée. Pour que cela se réalise, le premier don de l’Esprit que l’on peut demander est la sagesse. Ensuite il faut la bonne volonté, cette capacité de choisir le bien, de nous façonner avec l’exercice ascétique.

Je salue cordialement les pèlerins de langue française, en particulier les nombreux groupes scolaires venus de France.

Frères et sœurs, en ce temps béni de Carême, tournons-nous vers la Sainte Vierge, Siège de la Sagesse, afin que par son intercession nous nous mettions au service du bien.

Que Dieu vous bénisse !





5ième Dimanche de Carême (Jn 12, 20-33) – par Francis COUSIN

« Le grain de blé. »

Nous sommes au temps de la Pâque juive, et pendant cette période, beaucoup de juifs de la diaspora faisaient le déplacement depuis leurs lieux de vie vers Jérusalem « pour adorer Dieu. », mais aussi des étrangers attirés par la religion juive et qui venaient aussi pour sacrifier et adorer le Dieu des juifs.

C’étaient le cas de quelques grecs qui en arrivant à Jérusalem avaient entendu parler d’un certain Jésus et avaient été intrigués par ce qu’on disait de lui, et voulaient en savoir plus sur lui. Naturellement il se dirigent vers Philippe, de nom grec, et venant de Béthsaïde, au nord-est de la Galilée, là où le grec est parlé.

« Nous voulons voir Jésus. ».

Pas simplement voir … mais le rencontrer, discuter avec lui … comme le fit au début de l’évangile André et son compagnon au bord du Jourdain …

Alerté par Philippe et André de leur demande, la réaction de Jésus parait surprenante, puisqu’il semble ne faire aucun compte avec les grecs …

« L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. »

Jusqu’à présent Jean faisait dire à Jésus « mon heure n’est pas encore venue » (aux noces de Cana, Jn 2,4 ), ou « son heure n’était pas encore venue. » (Jn 7,30 et 8,20).

De quelle heure s’agit-il ? On ne le dit pas, même si pour les deux dernières références on peut penser à sa mort prochaine  de Jésus …

Maintenant l’heure est venue … : les grecs sont « d’autres brebis, qui ne sont pas de cet enclos », et juste avant, Caïphe « prophétisa que Jésus allait mourir pour la nation ; et ce n’était pas seulement pour la nation, c’était afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés» (Jn 11,51-52)

Cette fois, c’est bien l’heure de sa mort …

Et Jésus l’a bien compris puisqu’il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Phrase qui s’applique à tout le monde, mais surtout à Jésus.

Mais si le grain de blé doit mourir pour porter du fruit, il y a encore une chose à ajouter : mourir à soi-même … de manière à ce que nous fassions soit tourné vers les autres … ce qui nous permettra d’obtenir la vie éternelle !

Cela doit tourner dans la tête de Jésus … Il imagine ce qui va se passer … et cela l’angoisse … Alors il s’écrit : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? ».

Jean met ici ce que les autres évangélistes ont rapporté dans le jardin de Gethsémani, le soir du jeudi saint, de manière plus dramatique, avec l’injonction donnée aux apôtres : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation. » (Mt 26,41).

Pour Jean, la réponse à la question que Jésus se pose est beaucoup plus rapide … voire même instantanée. La question n’en est pas une ; ce n’est qu’une pensée fugace …

« Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! ».

Jésus se remet déjà entre les mains de son Père ! : « Père, glorifie ton nom ! ».

Il va jusqu’au bout de sa mission …

On remarquera que tout à l’heure, Jésus disait : « L’heure est venue où le Fils de l’homme doit être glorifié. » c’est-à-dire lui-même, Jésus … alors que maintenant il dit : « Père, glorifie ton nom ! ».

Le nom du Père sera glorifié quand il aura ressuscité son Fils … et celui-ci sera glorifié parce qu’il est ressuscité par son Père … parce qu’il a vaincu la mort … parce qu’il nous ouvre les portes de la vie éternelle !

Les deux, Père et Fils, sont glorifiés par une même action : la résurrection du Fils Jésus !

Seigneur Jésus,

on comprend que tu as été bouleversé

par cette ’’heure’’, celle de ta mort,

 et surtout celle de ta passion …

Beaucoup de gens actuellement

ont peur de la mort …

même des chrétiens !,

alors que tu nous as ouverts

les portes de la vie éternelle.

 Merci de nous avoir ouvert ces portes !

 

                                                                                  Francis Cousin

 

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5ième Dimanche de Carême (Jn 12, 20-33)- Homélie du Père Louis DATTIN

Le grain tombé en terre

Jn 12, 20-33

« Voici venir des jours où je conclurai une alliance nouvelle avec mon peuple. Ce ne sera pas une alliance comme celle que j’ai conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir d’Egypte : cette alliance-là, ils l’ont rompue. Voici quelle sera l’alliance que je vais conclure avec eux : je mettrai ma loi au plus profond de leur cœur. Je serai leur Dieu, ils seront mon peuple. Je leur pardonnerai leurs fautes. Je ne me rappellerai plus de leurs péchés”».

Ce que nous promet Jérémie dans cette nouvelle alliance, ce n’est pas un changement des clauses de l’alliance, changement du texte de l’alliance. C’est bien plus important : un changement du cœur de l’homme lui-même, un renouvellement de l’homme ; un cœur humain qui sera profondément accordé aux appels de Dieu sur lui.

« Je lui parlerai au cœur », c’est l’ambition de tout amoureux avec celui ou celle dont il veut partager la vie. C’est le cœur de l’autre qui doit être atteint. C’est jusque dans son cœur que ces paroles doivent pénétrer pour y résonner et atteindre la plénitude de leur portée.

 Tant que le cœur n’est pas atteint, il n’y a pas d’amour partagé : une alliance qui ne sera plus gravée sur des tables de pierre, mais qui sera gravée dans le cœur de chacun, non plus une alliance cosmique signifiée par l’arc-en-ciel, pas même une alliance suscitée par la main d’Abraham allant sacrifier son fils. Notre Père veut aller plus loin ; par son Fils, par Jésus-Christ, victime offerte, il désire nous faire entrer dans une connaissance intime de Dieu, faite d’une communion quotidienne à son amour et à sa volonté.

« Voici venir des jours ». Oui, ils arrivent ces jours, ils s’approchent ces heures où Jésus, par sa Passion et sa Croix, va opérer le renouvellement d’une alliance nouvelle et éternelle qui fera de notre relation avec Dieu non plus un contrat légaliste, pas même un pacte entre 2 partenaires, ni un accord entre deux amis, mais bien plus ! Un don de soi à l’autre, don irréversible : alliance définitive, don toujours offert, alliance toujours nouvelle.

Pâques 2024, sera-ce pour moi, une alliance ? Une alliance nouvelle, une alliance éternelle ? Est-ce-que je prépare, en ce moment, ce renouvellement de mon être dont a parlé le prophète Jérémie tout à l’heure, travail de Carême, effort préliminaire à toute résurrection personnelle ?

Est-ce-que, peu à peu, j’essaie d’accorder mon âme aux désirs de Dieu sur moi, tout comme on accorde, par essais successifs, un piano ou une guitare pour qu’ils puissent sonner juste à la mélodie de Dieu, m’accorder aux notes graves et déchirantes de la Passion et de la souffrance, m’accorder aux notes légères, allègres ou triomphantes de la Résurrection, m’accorder aux notes joyeuses de l’alléluia et de l’annonce de notre salut définitif ?

A cette approche des événements décisifs d’une alliance renouvelée entre Dieu et chacun d’entre nous, le Christ me tend la main, il désire me prendre par la main pour m’emmener avec lui : allons-nous nous laisser faire ? Allons-nous le suivre dans cette Passion, dans cette Résurrection qui sera la mienne aussi et qui sera le renouvellement de mon Baptême que je proclamerai dans la nuit du samedi au dimanche de Pâques ? Allons-nous le laisser tout seul poursuivre sa route vers la maison de Caïphe, dans le palais de Pilate, sur la montée du Calvaire ?

Serons-nous, là, avec Marie, avec Jean, au pied de la Croix, le Vendredi Saint ?

Serons-nous avec les Saintes femmes, le matin du dimanche de Pâques, pour écouter l’ange nous dire : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié ? Il est ressuscité ! Il n’est pas ici ! », ou bien partirons-nous sur la pointe des pieds, après Gethsémani, comme ces apôtres qui dormaient pendant l’agonie de Jésus et que l’on n’a plus revus jusqu’à le Résurrection, ou bien dirons-nous comme Pierre : « Non, cet homme, je ne le connais pas » ?

Le coq ne chantera pas trois fois ! Mais nous l’aurions renié une fois de plus ! La Passion du Christ, elle est toujours actuelle, sa Résurrection aussi, heureusement !

Si nous sommes sincères, si nous sommes, non seulement de bonne foi, mais avec une foi qui soit bonne, c’est-à-dire assez solide pour  accompagner le Christ n’importe où, nous dirons avec le psaume d’aujourd’hui :

« Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau », car il en faut du cœur et du courage pour te suivre là où tu souffres pour nous,

« Donne-nous, Seigneur, un « Esprit nouveau » » car cet Esprit-là, celui de ton Fils, il faut que, moi aussi, je le remette entre les mains du Père. Sommes-nous capable d’entendre le Christ présenter avec un grand cri et des supplications, à son Père qui pouvait le sauver de la mort, sa prière de détresse ? « Père, que ce ne soit pas ma volonté qui soit faite mais la tienne »

Nul, désormais, ne peut se dire solitaire ou abandonné dans sa peine. Jésus est toujours près de lui, compagnon de douleur qui lui apporte secours et miséricorde. Découvrir Jésus souffrant à côté de moi, c’est découvrir que mes propres souffrances, que mes épreuves personnelles ont, elles aussi, un sens et une valeur rédemptrice capable de sauver le monde.

Oh ! Si pendant ces jours saints, ceux qui sont dans l’épreuve pouvaient réaliser qu’ils sont en train de sauver le monde avec Jésus-Christ ! Qu’en offrant leurs douleurs et les unissant avec celles du Calvaire et de la Croix, ils jouent dans le monde un rôle bien plus important que n’importe quel chef d’état !

Ce n’est pas Pilate qui a changé le monde, ce n’est pas Hérode qui l’a sauvé, c’est Jésus, et Jésus en Croix ! « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, il est stérile et inutile, mais s’il meurt, il donne beaucoup de fruits, il devient fécond ».

Ces jours qui vont venir, seront-ils témoins des semailles de Dieu en nos cœurs ? Verront-ils se lever une moisson spirituelle parce que nous avons accepté de faire mourir en nous toutes nos forces d’égoïsme pour faire épanouir au soleil de Dieu toutes nos forces d’oubli de nous-mêmes et de générosité ?

Si oui, Jérémie pourra redire encore de la part de Dieu :

« Voici venir des jours où je conclurai une alliance nouvelle ». AMEN




4ième Dimanche de Carême (Jn 3, 14-21) par D. Alexandre ROGALA (M.E.P.)

« C’est bien par grâce que vous êtes sauvés »

(Ep 2, 5)

Lorsque je rencontre les parents qui souhaitent inscrire leur enfant au catéchisme ou à l’aumônerie, l’une des raisons qui motivent la demande des parents est que leur enfant apprenne les valeurs chrétiennes et qu’il apprenne à bien se comporter en toute situation.

De même, lorsque je discute avec de jeunes chrétiens, ils me demandent souvent si telle ou telle chose est un péché ; ou encore, s’il est permis ou défendu de faire ceci ou cela.

Depuis notre enfance, on nous a tellement rabâché que pour être un véritable chrétien, ce qui est le plus important c’est l’agir, que ce qui nous différencie des protestants, c’est que pour nous les catholiques, les bonnes œuvres participent à notre salut.

Mais à trop insister sur les « œuvres », nous réduisons d’une part, le christianisme à être un ensemble de pratiques permettant d’être en règle avec Dieu, et d’autre part, nous oublions l’essentiel : le salut est un don totalement gratuit que Dieu nous offre. Ce salut qui nous est donné sans condition est une bonne nouvelle pour nous car nous ne sommes pas meilleurs que les chefs des prêtres et du peuple dont parle la première lecture qui multipliaient les infidélités.

Celle-ci est la fin du Second Livre des Chroniques (2 Ch 36, 14-23) dont le schéma est la dégradation de la fidélité du peuple et de ses souverains qui aboutit à l’Exil à Babylone : « finalement, il n’y eut plus de remède à la fureur grandissante du Seigneur contre son peuple. Les Babyloniens brûlèrent la Maison de Dieu, détruisirent le rempart de Jérusalem, incendièrent tous ses palais, et réduisirent à rien tous leurs objets précieux. Nabucodonosor déporta à Babylone ceux qui avaient échappé au massacre ; ils devinrent les esclaves du roi et de ses fils jusqu’au temps de la domination des Perses » (2 Ch 36, 16-20).

Le psaume 136 que nous avons chanté en réponse à la première lecture, nous laisse imaginer à quel point l’Exil a dû être difficile pour le peuple hébreu : « Au bord des fleuves de Babylone nous étions assis et nous pleurions, nous souvenant de Sion… »

Voilà quel genre de grand malheur nous aurions mérité si nous étions encore sous le « régime de la Loi » et que le salut dépendait de nos œuvres. Heureusement, en Christ nous ne sommes plus sous le « régime de la Loi », mais sous le « régime de la grâce » (cf. Rm 6, 14)

C’est ce que nous rappelle l’auteur de la Lettre aux Éphésiens qui souligne que l’initiative vient de Dieu, et non pas de nos mérites : « C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, et par le moyen de la foi. Cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu. Cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil » (Ep 2, 89).

Cependant, si nous ne pouvons pas en tirer fierté, cela ne signifie pas que nous sommes dispensés d’accomplir de bonnes œuvres. Dieu les « a préparées d’avance
pour que nous les pratiquions » (Ep 2, 10). Autrement dit, nous ne sommes pas sauvés par la réalisation de bonnes œuvres, mais nous sommes sauvés pour la réalisation des bonnes œuvres.

Dans le texte d’évangile de ce dimanche (Jn 3, 14-21) Jésus nous enseigne la même chose, à savoir que nous sommes sauvés « par grâce au moyen de la foi ».

Jésus commence par faire référence à l’épisode du serpent d’airain pour parler de la Croix et de son exaltation auprès du Père. Il est utile que nous nous y penchions un moment. Jésus dit à Nicodème : « De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l’homme soit élevé, afin qu’en lui tout homme qui croit ait la vie éternelle » (3, 14).

Rappelons-nous qu’alors qu’ils étaient dans le désert, les hébreux avaient récriminé contre le Seigneur et contre Moïse, et Dieu avait permis que des serpents à la morsure brulante s’en prennent au Peuple. Quelques temps après, le peuple a reconnu son péché, Dieu a donné à Moïse la consigne suivante :

« Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet du mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu’il regardait vers le serpent de bronze, il restait en vie ! » (Nb 21, 8-9)

Il est surprenant que Dieu ait demandé à Moïse de fabriquer un serpent qui était justement la cause du mal en raison de leurs morsures venimeuses.

Le livre de la Sagesse qui a été écrit au tournant de l’ère chrétienne relira cet épisode du serpent d’airain ainsi :

« Quand s’abattit sur les tiens la fureur terrible de bêtes venimeuses, lorsqu’ils périssaient sous la morsure de serpents tortueux, ta colère ne persista pas jusqu’à la fin. C’est en guise d’avertissement qu’ils avaient été alarmés pour un peu de temps, mais ils possédaient un signe de salut, qui leur rappelait le commandement de ta Loi » (Sg 16, 5-6).

Il est intéressant de constater que l’auteur du Livre de la Sagesse appelle le serpent d’airain qu’a fabriqué Moïse : « signe de salut »

Revenons au texte d’évangile. Après s’être comparé au serpent d’airain, et avoir affirmé que la volonté de Dieu le Père est de sauver tous les hommes, Jésus parle quand même d’un jugement :

« Celui qui croit en lui échappe au Jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé, du fait qu’il n’a pas cru au nom du Fils unique de Dieu » (3, 18).

Nous constatons que le jugement porte sur l’incrédulité. À la lumière de la comparaison que fait Jésus de sa Croix et du serpent d’airain, nous pourrions dire que l’incrédule est jugé pour avoir refusé le « signe de salut » qu’est le Crucifié-Ressuscité.

Réécoutons maintenant ce que dit Jésus sur les œuvres : « Celui qui fait le mal déteste la lumière : il ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ; mais celui qui fait la vérité vient à la lumière, pour qu’il soit manifeste que ses œuvres ont été accomplies en union avec Dieu » (3, 20-21). 

Remarquons d’abord que les personnes sont distinctes de leurs œuvres, que celles-ci soient bonnes ou qu’elles soient mauvaises. En ce qui concerne celui qui commet le mal, le texte ne nous dit pas que s’il vient à la lumière il sera dénoncé et pointé du doigt. Le texte nous dit que le méchant « ne vient pas à la lumière, de peur que ses œuvres ne soient dénoncées ». Ce sont les œuvres qui sont visées, et non pas le pécheur. De même, les bonnes œuvres, puisqu’elles ont été accomplies « en union avec Dieu » ne peuvent pas devenir des motifs de mérite ou de fierté. Elles ne sont pas les œuvres de la personne qui les fait, mais elles sont en réalité, les « œuvres de Dieu » lui-même.

La semaine dernière les lectures nous ont mise en garde contre la quête de signes miraculeux. Cette semaine, les textes bibliques nous avertissent du danger de la quête aux bonnes œuvres. Peut-être que nous ne comprenons pas. Après tout, la réalisation de bonnes œuvres, n’est-elle pas positive ? En fait, ce ne sont pas les bonnes œuvres en tant que telles qui sont visées. Au contraire, celles-ci sont la conséquence logique du salut qui nous est offert. Ce dont notre Seigneur nous met en garde ce matin, c’est de croire que par les bonnes œuvres nous pourrions d’une certaine manière « mériter » notre salut. En plus d’être faux, penser que l’on mérite d’être sauvé parce que nous agissons bien est un péché d’orgueil.

Cher frères et sœurs, ayons l’humilité de reconnaître qu’en ce qui concerne notre salut, nous n’avons aucun mérite personnel, et qu’accomplir des bonnes actions n’est que la moindre des choses que nous pouvons faire pour manifester à Dieu notre reconnaissance.  Donc, pour la suite de ce temps de carême, poursuivons nos efforts, mais faisons-le avec humilité comme des « serviteurs inutiles qui n’ont fait que leur devoir » (Cf. Lc 17, 10).