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15ième Dimanche du Temps Ordinaire– par Francis COUSIN (Lc 10, 25-37)

« Que dois-je faire

pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

 

C’est la question que pose à Jésus un docteur de la loi …

C’est aussi une question que beaucoup de personnes se posent également aujourd’hui … peut-être pas de la même façon … sur la vie après la mort … ou non …

Jésus, en bon juif, répond à la question par une autre question : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? », c’est-à-dire comment interprètes-tu ce que tu lis, qu’est-ce que cela change dans ta vie, dans ta manière de vivre ?

Et Jésus dit cela dès le début, avant la réponse du docteur de la loi.

Le docteur de la loi répond du tac au tac par deux textes de la loi de Moïse qu’il rassemble dans une même phrase : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. » (Dt 6,5) et « ton prochain comme toi-même. » (Lv 19-18).

Il a bien appris la loi et la connaît … Mais cela ne reste que des mots … Il ne dit pas ce que cela change pour lui dans sa vie …

Jésus ne dit rien à ce propos, mais il l’encourage : « Fais cela et tu vivras. », et il attend …

Et la question vient : « Et qui est mon prochain ? »

Cela me fait penser à la parabole du pharisien et du publicain … « Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : “Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. » et il énumère ce qu’il fait de bien … alors que le publicain, tout penaud, marmonne en son cœur : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! ». (cf Lc 18,9+)

Pour le premier, tout va bien, il fait tout bien … mais il s’adresse à Dieu en ne pensant’ qu’à lui, et en plus il dénigre le publicain … En fait, on pourrait dire qu’il a tout faux … si on en croit la phrase de Jésus : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. Sinon, il n’y a pas de récompense pour vous auprès de votre Père qui est aux cieux. » (Mt 6,1). Il ne se remets pas en cause, il ne veut rien changer dans sa manière de vivre !

Comme le docteur de la loi !

Pourtant, ce docteur, qui connaît si bien la loi, devait aussi connaître cette parole de la première lecture : « Elle est tout près de toi, cette Parole, elle est dans ta bouche et dans ton cœur, afin que tu la mettes en pratique. »

Cette phrase est toujours vraie aujourd’hui !

Mais il faut bien reconnaitre que souvent, la Parole ne reste qu’au niveau de notre bouche (ou de nos oreilles), … et qu’elle n’arrive pas au niveau de notre cœur …

C’est le cœur qui nous fait changer, pas la bouche …

« Changez vos cœurs, croyez à la Bonne Nouvelle, changez vos vies, croyez que Dieu vous aime ! »

Et si nous changeons notre cœur, nous pouvons aussi changer celui des autres …

C’est ce que Jésus nous invite à faire en racontant la parabole du bon samaritain !

De tous ceux qui passent sur le chemin, ce ne sont pas le prêtre ou le lévite qui se préoccupent du blessé, pourtant des gens sensés connaître les écritures, mais un samaritain, quelqu’un que l’on dénigre parce qu’il ne suit pas la loi de Moïse …

À méditer !

J’ai besoin de mes yeux pour voir cet homme à terre,

j’ai besoin de l’ouïe pour l’entendre gémir,

j’ai besoin de mes mains pour lui prendre la sienne,

j’ai besoin de mes bras pour l’installer sur l’âne,

j’ai besoin de marcher pour lui donner un gite,

et  j’ai besoin d’un cœur pour payer l’aubergiste

et lui dire qu’au retour je paierai le surplus.

Dieu a besoin de nous ici sur cette terre

pour être son image auprès des plus petits.

Dieu nous demande à tous, de devenir prochain

de ceux qui nous entourent et sont dans le besoin.

 

                                                                                   Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le lien suivant : Image dim ord C 15




15ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Le Bon Samaritain

 Lc 10, 25

« Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force et tu aimeras le prochain comme toi-même ». Nous savons cela par cœur ! Mais n’oublions pas que le mot « amour » a plusieurs sens en français.

Connaissez-vous le petit poème de Prévert : « Tu dis que tu aimes les fleurs et tu les coupes, tu dis que tu aimes les oiseaux et tu les mets en cage, tu dis que tu aimes les poissons et tu les manges. Alors quand tu dis que tu m’aimes, j’ai peur ! »

Si tu m’aimes comme tu aimes les fleurs, pour t’en faire un ornement ; si tu m’aimes comme tu aimes les oiseaux, pour me garder en cage ; si tu m’aimes comme tu aimes les poissons ou les choux à la crème … je ne suis plus du tout d’accord !

« Que veux-tu dire au juste quand tu me dis « je t’aime » ? »

Et le Seigneur Jésus, que veut- il dire, au juste, quand il nous dit « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » ?

Une  première  réponse  se  trouve  dans  cette  belle histoire du « Bon Samaritain » imaginée par Jésus :

Aimer, ce n’est pas seulement affaire de belles paroles ou de bons sentiments ou de battements de cœur.

Aimer, c’est faire quelque chose pour les autres, c’est agir pour les autres, c’est se mettre au service des autres, quitte à y donner de son temps, de son imagination ou de son argent.

Regardez le Samaritain de la parabole : il s’approche du blessé qui est là, sur le bord de la route, il lui panse les plaies, il les désinfecte de son mieux, il le met sous la garde de quelqu’un de sûr qui prendra soin de lui… il avance l’argent nécessaire.

Au docteur de la loi qui l’interroge, Jésus  répond, deux  fois  de suite :

« Toi, aussi, fais ainsi » ; « Va, et toi aussi, fais de même ».

Il s’agit  toujours  d’agir, de  faire. Ce n’est  pas  seulement  dans ma tête que ma charité doit s’exercer, elle doit passer par mes mains ! Ce n’est pas simplement par des paroles que ma charité doit s’exercer, elle doit passer par des gestes précis, concrets.

D’ailleurs, même à propos de l’amour de Dieu, le Christ disait : « Il ne suffit pas de me dire  » Seigneur ! Seigneur ! Mais il faut faire la volonté de mon Père qui est aux cieux ».

* La prière, c’est bien, mais l’action, c’est mieux.

* L’intention, c’est bien, mais l’exécution, c’est mieux.

* La bonne volonté, c’est bien, mais la volonté tout court, c’est mieux.

Le chrétien n’est pas le rêveur d’un idéal impossible et inatteignable : il est d’abord l’exécutant du possible et du concret : cet homme-là, mourait, sur le bord de la route.

Dieu ne nous demande pas des exploits de romans de cape et d’épée, il désire le petit geste humble, quotidien, discret à l’égard de ceux qui sont proches de lui et qu’il appelle le « Prochain ». Un de mes amis me dit parfois : « Ce qui m’intéresse dans les gens que je rencontre, ce n’est pas ce qu’ils disent ou ce qu’ils pensent, c’est ce qu’ils font et spécialement ce qu’ils font pour les autres, pour leur entourage, pour la société, comment ils s’engagent pour faire progresser la vie ».

AIMER : ce n’est pas profiter pour soi, ni annexer, ni accaparer les autres. Cela, c’est tout le contraire de l’amour dont le Christ nous a donné l’exemple. Lui, le Christ, il n’a cessé d’agir pour les autres, de prendre parti et de se compromettre pour les plus pauvres et les plus humiliés.

Reportons-nous à ce beau texte du Deutéronome dans la 1ère lecture de notre liturgie : « Ce que je te demande, dit Dieu, n’est pas au-dessus de tes forces ni hors de ton atteinte, c’est simple, c’est facile à faire. La Loi de Dieu n’est pas réservée à des initiés ou à de grands savants, ni aux ceintures noires de la religion ; elle est à portée de tous, des petits enfants comme des adultes, des ignorants et des pauvres comme de ceux qui prétendent  tout  savoir. Elle n’est  pas  là-haut dans les  cieux, ni là-bas au-delà des mers. Cette Loi de Dieu, elle est tout près de toi, dans ta bouche, dans ton cœur et tu peux toujours la mettre en pratique ».

Notre religion, notre vie chrétienne, n’est pas un rêve impossible, pas une utopie irréalisable, pas même une loi extérieure. Elle est réalité quotidienne, à portée de mains, tout autour de moi. D’ailleurs quand on lit l’Evangile, on s’en aperçoit : ceux qui comprenaient le mieux l’enseignement de Jésus, c’étaient les gens simples, les pauvres, les sans culture et même, un jour. Jésus s’écria : « Je te dis merci, Seigneur Dieu, car tu as révélé toutes ces choses aux petits, aux ignorants, alors  que  les sages et les savants n’y ont rien compris ».

Il en a toujours été ainsi : les intellectuels et les savants cherchent dans la religion des choses compliquées, alors que les enfants et les gens simples vont d’instinct à l’essentiel à cause de leur foi, de leur humilité, de leur spontanéité, de leur fraicheur. C’est toute la théologie de la Vierge Marie, « le Magnificat » : il a regardé sa servante, dispersé les orgueilleux, jeté les puissants au bas de leurs trônes, il a élevé les humbles, comblé de biens les affamés ; les riches, il les a renvoyés les mains vides…

La voilà, la vraie révolution, annoncée par une jeune fille de 15 ans, dans un petit  village, il y a vingt siècles ! C’est bien plus subversif que les droits de l’homme ! Révolution de l’amour qui ne désire pas « qu’un sang impur abreuve nos sillons », qui ne nous met pas des armes dans les mains, sinon celles de la douceur, du pardon, de la bonté, de l’attention aux besoins des autres autour de nous. Nous ne formons pas en bataillons, sinon pour gagner la bataille de l’amour et non celle de la haine, de la vengeance expiatoire. Pratiquement, que faire ? Que faire pour aimer ? C’est à chacun de voir et de trouver et pour voir, il faut ouvrir les yeux, être attentifs à ceux qui nous entourent et à ce qui se passe autour de nous.

Alors, pour beaucoup d’entre nous, AIMER, ce sera :

.  Être toujours prêts à rendre service à celui qui est dans le besoin

.  Être attentifs à la personne âgée qui habite à côté

. Accueillir les enfants de la voisine qui n’est pas encore rentrée du travail.

Voyez-vous, Dieu ne nous demande pas de faire des prouesses, ni d’escalader des montagnes, mais de tirer parti de toutes les choses très simples de notre vie quotidienne : en famille, dans le quartier, à l’école ou au collège pour les enfants, au travail, partout…

Pour beaucoup, AIMER, ce sera : prendre position en faveur d’un collègue de travail qui passe une période difficile, ce sera s’engager dans une association contre la faim, contre le sida, contre la torture, pour les vieillards, pour les handicapés.

Pour certains, AIMER, ce sera s’engager dans une action politique, non pas par ambition, mais pour mettre ses compétences au service de la commune, de la région, du pays.

Et pour nous tous, petits et grands, AIMER, ce sera développer ses  talents, ses dons de toutes sortes : dons artistiques, dons scientifiques, dons  d’animateurs  pour  mieux  se  mettre  au service des autres dans la paroisse, le quartier, la commune,…

On découvre alors à quel point, aimer, c’est vivre, c’est vivre à pleins bords. « Aime et tu vivras », nous dit Jésus.

Plus je mettrai d’amour dans mon existence, plus celle-ci sera pleine, active, débordante.

Celui qui n’aime pas, qui vit replié sur lui-même, se contente de vivoter, il est comme un bouton de rose qui refuserait de s’ouvrir et de fleurir comme s’il voulait se garder pour lui-même. Voyez au contraire, tous les grands amoureux, tous ceux qui vivent pour les autres et qui s’engagent avec les autres, ce sont en même temps de grands vivants, plein de vitalité et qui rayonnent la vie, la joie, la joie de vivre.

« Aime et tu vivras », « Replie-toi et tu végèteras ».

Faisons de notre vie cette existence pleine, dynamique, ouverte et l’amour nous dilatera, faisant épanouir notre personnalité.

Alors, nous découvrirons la vraie vie, celle qui a sa source en Dieu puisque Dieu c’est l’amour.  AMEN

 

 




15ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 10,25-37)

Aime et tu vivras

(Lc 10,25-37)…

En ce temps-là, voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »
Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »
L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »
Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »
Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »
Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté.
De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.
Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion.
Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.
Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”
Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? »
Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

        

 

            Par la question qu’il pose à Jésus, ce Docteur de la Loi révèle son attitude de cœur vis à vis de Dieu : « « Maître, que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? ». Il s’agit donc avant tout pour lui de « faire », en obéissant à la Loi religieuse de l’époque. Et s’il « fait » bien, il aura en récompense, comme un dû, comme un salaire, cette vie éternelle qu’il pense mériter, après tous ses efforts ! Dans cette logique, Dieu n’a pas sa place. L’homme peut très bien se débrouiller tout seul et être son propre juge : « J’ai fait ceci et cela ; objectivement, c’est bien. Je suis quelqu’un de juste, un bon croyant. Je mérite donc la vie éternelle »… Dieu n’a rien à dire. Il ne peut qu’acquiescer et s’exécuter en silence en donnant ce qui lui revient : la vie éternelle. Telle est en fin de compte l’attitude de l’orgueilleux, seul avec lui-même.

            Finesse de Jésus. A sa question, il répond par une autre question, sur la Loi, et il sait très bien que ce Docteur de la Loi la connaît par cœur : « Dans la Loi, qu’y a-t-il d’écrit ? Comment lis-tu ? » Et il répond parfaitement bien : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. » Il ne s’agit donc pas de « faire » mais « d’aimer », de tout son être… Et le premier à « aimer », c’est Dieu, Lui qui, de son côté, ne cesse de nous aimer de tout son Être, puisqu’Il Est Amour (1Jn 4,8.16) : « Je trouverai ma joie à leur faire du bien, de tout mon cœur et de toute mon âme » (Jr 32,41). Notons le verbe employé : ici, c’est Dieu qui « fait », par amour, et non pas l’homme… Et que fait-il ? « Il nous a donné de son Esprit » (1Jn 4,13), un « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6), un « Esprit qui est vie » (Ga 5,25), vie éternelle…

            Dans un tel contexte, que faut-il donc faire pour avoir part à la vie éternelle ? Accepter la relation d’Amour que Dieu veut vivre avec chacun d’entre nous, nous laisser aimer tels que nous sommes, dans la vérité de notre être blessé, et le laisser agir en « médecin » (Lc 5,31), en « Bon Pasteur » : « La brebis perdue, je la chercherai ; l’égarée, je la ramènerai. Celle qui est blessée, je la panserai. Celle qui est malade, je lui rendrai des forces. Celle qui est grasse et vigoureuse, je la garderai » (Ez 34,16). Voilà qui est Dieu, et voilà comment « l’homme créé à son image et ressemblance » devrait être (Gn 1,26-28). Et c’est bien l’exemple que donne ici Jésus : un Samaritain, ennemi traditionnel d’Israël, « fut bouleversé de compassion » devant un Israélite blessé par des bandits. « Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin » Alors, « toi aussi : va, et, fais de même ! »                           DJF




Rencontre autour de l’Évangile – 15ième Dimanche du Temps Ordinaire

“ Que dois-je faire

pour avoir la vie éternelle ? ”

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Lc 10, 38-42)

Jésus est en route vers Jérusalem. Le chemin qu’il a pris pour se faire proche et solidaire de notre humanité de misère l’emmènera jusqu’au bout de l’amour.

Et soulignons les mots importants 

La Loi :  Dans la Bible, ce mot a un sens particulier : pouvons-nous le préciser ?

Docteur de la Loi : Nous connaissons les “ docteurs en médecine ”. On parle aussi de “ docteur en philosophie ou en théologie ” : que signifie ici le mot “ docteur ? ” Sur quoi porte sa question ?

Vie éternelle : Comment comprenons-nous ces deux mots ?

Tu aimeras … Nous pouvons partager sur la réponse du docteur de la Loi : comment la trouvons-nous ?

Prochain : Pour ce docteur de la loi et pour les juifs, qui était considéré comme “ le prochain ” ?

Un homme juste : Comment comprendre ce mot “ juste ” ?

Prêtre, lévite : quelles étaient les fonctions de ces personnages ?

Samaritain: rappelons-nous comment les juifs traitaient les gens de Samarie.

Il le vit : Ce verbe “ voir ” est employé pour les trois voyageurs. Mais quelle différence ! 

Fut saisi de pitié : Cette expression exprime un sentiment fort que Jésus a lui même éprouvé devant des gens malheureux ? Est-ce que nous pouvons citer quelques exemples dans l’évangile ?

Lequel a été le “ prochain ” ? Quelle est la manière nouvelle de comprendre le mot “ prochain ” que Jésus nous donne ?

Va et fais…

 

Pour l’animateur 

Dans la Bible le mot  Loi, en Hébreu, “ Torah ” (Enseignement) désigne les 5 premiers livres de la Bible : la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome. C’est le cœur de la Bible Hébraïque et au cœur de la Torah : le Décalogue (les Dix paroles de vie) et la première Parole : Ecoute Israël, le Seigneur Dieu est l’unique, tu aimeras….) C’est le fameux ‘Shéma Israël’ que tout juif pieux récite deux fois par jour.

Celui qui interroge Jésus éprouver ses connaissances, est un expert de la Torah, un sage et un savant,  et son rôle est de l’enseigner et de l’interpréter : il est Docteur de la Loi. Sa question porte sur le “ faire ” : “Que dois-je faire pour avoir part à la vie éternelle ? Cette vie en plénitude, c’est la Vie même de Dieu, cette vie qui est participation à l’Amour de Dieu, une “ vie pour toujours ”.

Et Jésus lui répond en l’interrogeant sur son interprétation de la Loi : “ Que lis-tu ? Comment lis-tu ? ” Le docteur de la Loi répond par le premier commandement et il ajoute le commandement de l’amour du prochain qu’il met au même niveau que l’amour de Dieu. Et Jésus le félicite et l’invite à mettre en pratique ce commandement d’amour à deux dimensions.

Mais dans l’interprétation des juifs de l’époque, le prochain était quelqu’un de la religion d’Israël, du même groupe religieux ou du même clan ; pas l’étranger, encore moins ces Samaritains qu’on traitait en plus d’hérétiques. Le docteur de la Loi veut montrer que sa vie est en accord avec la Loi, qu’il est un homme “ juste ”. C’est pourquoi il rebondit avec la question “ qui est mon prochain ? ”  Et Jésus répond par une  parabole qui va renverser complètement sa façon de voir les choses.

Jésus met en scène des personnages contrastés : d’un côté deux honorables serviteurs du Temple (prêtre et lévite) et de l’autre, un Samaritain, un étranger et un hérétique, puisqu’il ne reconnaît pas l’enseignement des autorités de Jérusalem. Quand à l’être humain à demi mort, c’est un anonyme !

Les trois le “ voient ”, mais Les deux premiers, soit disant “ juifs pratiquants ” sont indifférents et “changent de trottoir ”. Car c’est peut-être un cadavre, avec du sang : le toucher se serait se rendre impur ! Le Samaritain lui, le voit et est “ saisi de pitié ” : la pitié dont parle Jésus, c’est ce sentiment fort (pris aux entrailles)  qu’il a éprouvé lui-même devant la foule affamée, devant la veuve de Naïm, au tombeau de Lazare… Sentiment qui pousse à agir pour sortir l’autre de sa souffrance. Le Samaritain “ fait ” beaucoup de gestes qui expriment son amour, un amour qui se donne de la peine.

Et Jésus transforme la question du docteur de la Loi “ lequel des trois s’est montré le prochain de l’homme blessé ? ” Le prochain, ce n’est plus l’inconnu blessé, mais celui qui s’est fait “  proche ” de lui  et qui lui a manifesté de la miséricorde. Et le docteur de la Loi reconnaît que c’est le Samaritain, qu’il traite d’infidèle, qui s’est montré le véritable prochain. Jésus n’a plus qu’à lui dire d’inventer une pratique semblable s’il veut hériter de la vie de Dieu.

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

  • Nous regardons Jésus avec les yeux du cœur, en fermant les yeux du corps. Il accueille le docteur de la Loi, sa question. Il le félicite de sa réponse. Il se montre bienveillant à son égard.

Jésus se reconnaît dans le bon Samaritain qui s’est montré compatissant,  qui a aimé gratuitement, généreusement, sans calcul. Comme le Samaritain, Jésus est un “ étranger ”. La terre n’est pas son pays ! Il vient, et le cœur plein de miséricorde, s’approche du blessé. Et ce blessé, c’est nous, c’est moi, blessé par les difficultés de la vie, parfois abandonné…Il est seul à pouvoir me guérir de mes blessures profondes.

 

TA PAROLE DANS NOS MAINS

L’Evangile aujourd’hui dans notre vie

  • Le Docteur de la Loi pose la question “ Que dois-je faire ” pour avoir en moi la vie de Dieu ? Les auditeurs de Jean-Baptiste et ceux de Pierre et des apôtres le jour de la Pentecôte sera la même : “Que devons-nous faire ?” Car il ne s’agit pas de connaître, il s’agit de mettre en pratique.

Ce savant en Ecriture connaît parfaitement le grand commandement : mais dans la pratique, il sépare l’amour de Dieu et l’amour d’autrui, quel qu’il soit. Et nous ?

  • On dit qu’il n’y a pire aveugle que celui qui ne veut pas voir ! Le prêtre et le lévite ont “ changé de trottoir ” ! Jésus nous invite à être le prochain de tous ceux qui ont besoin de nous, sans nous occuper de connaître leur race, leur religion, leur caractère…

Qui sont mes frères ? N’ai-je pas tendance à réserver ce nom à des gens qui sont proches de moi, ceux de mon milieu, de mon ethnie, de ma religion…. ? Est-ce que nous aussi nous ne choisissons pas notre prochain : des gens bien, intéressants, reconnaissants… ?

  • Jésus, dans la parabole, a amené le docteur de la Loi à comprendre qu’il peut recevoir une leçon d’un Samaritain, qu’il traite de païen.

Est-ce que je suis prêt à reconnaître que des gens qui ne sont pas chrétiens, qui pratiquent une autre religion, peuvent être pour moi des modèles, des témoins de l’amour de Dieu ? Comment nous considérons la générosité, la solidarité, le désintéressement, des gens qui ne croient pas comme nous ou qui sont incroyants ?

 

ENSEMBLE PRIONS  

  • Seigneur, fais de nous les bons samaritains de ceux que tu mets sur notre route. Qu’à travers notre attitude, ils expérimentent ton amour plein de tendresse pour eux.

  • Tu nous appelles à un amour parfait de charité. Change toi-même notre cœur.

  • Tu veux que nous soyons le sel de la terre et la lumière du monde : prends pitié de nous.

  • Fais nous la grâce, Seigneur, de te chercher dans l’amour de nos frères, de découvrir ton nom dans leur visage, de te rencontrer ainsi au cœur de notre vie.

 

Chant : Pour aimer du plus grand amour (P.116, carnet paroissial)

 

 

 

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15ème dimanche du Temps Ordinaire

 

 




14ième Dimanche du Temps Ordinaire– par Francis COUSIN (Lc 10,1-12.17-20)

L’évangélisation …

 

Cela commence au temps de Jésus …

Avec des gens ordinaires … Comme nous !

Jésus envoie les soixante-douze disciples, « en avant de lui » … pour préparer le terrain … car ce n’est pas nous qui convertissons, mais lui, avec son Père, et l’aide de l’Esprit Saint : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire. » (Jn 6,44)

Il les envoie avec quelques consignes … relativement peu … qui nous concernent encore aujourd’hui.

– La première : « Vous, vous n’êtes pas tout seul … car seul, vous ne pouvez rien : Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson. ».

La première chose à faire est de se mettre en prière, prier le Père pour qu’il nous aide, et nous envoie l’Esprit Saint.

– La deuxième : « Attention ! Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups. ».

Et les loups sont féroces. Ils n’attaquent pas toujours … mais …

Le christianisme est la religion la plus persécutée en ce moment …

On a encore en mémoire le souvenir des deux jésuites assassinés au Mexique il y a une dizaine de jours … les massacres dans deux églises du Nigéria … et toutes les autres exactions effectuées en Inde, au Pakistan, en Afghanistan, en Chine … ou dans bien d’autres pays …

Mais Jésus refuse que l’on réponde à la violence par la violence … même en paroles … car c’est là souvent que nous nous laissons aller …

Nous devons être comme des brebis, comme Jésus lui-même l’a été, lui l’Agneau de Dieu !

– La troisième : « Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales ».

Passons sur les sandales … peu de gens actuellement marchent pieds nus …

Mais pour le reste, ne nous encombrons pas de choses inutiles … mais qui nous paraissent nécessaires …

Comptons sur la Providence, … en priant Dieu de nous aider de la manière qui lui semble la plus appropriée dans notre relation avec les autres pour les évangéliser, ou que les autres se laissent évangéliser …

C’est souvent très déroutant quand, par la suite, on voit comment les choses ont évoluées sans qu’on y soit pour quelque chose … mais Dieu était là … et œuvrait à notre insu …

Comptons aussi sur la bienveillance de ceux que nous rencontrons … pour la nourriture, pour le gite … cela ne nous concerne peut-être pas directement, mais il faut avoir à l’esprit que rien ne peut nous manquer … « Dieu pourvoira à l’agneau pour le sacrifice. » (Gn 22,8).

– La quatrième, qui peut nous paraître un peu incongrue : « Ne saluez personne en chemin. ».

Il ne s’agit pas d’être impoli, loin de là, mais de bien conserver l’esprit d’évangélisation. Car souvent nous perdons du temps en bavardant de choses et d’autres qui nous éloignent du but. Gardons le cap.

– La cinquième : « Dites d’abord : Paix à cette maison. »

Soyons des ambassadeurs de paix … Que la paix soit en nous pour que nous puissons la porter aux autres … dans chaque maison.

La paix qui nous fait aller vers les autres sans peur, sans complexe …

La paix qui nous vient de notre relation à Dieu.

– Enfin : « Guérissez les malades. »

Là, on est mal ! … parce-ce qu’on n’est pas médecin … et que Dieu seul peut guérir les malades !

Alors, on peut demander à Dieu d’intervenir pour guérir telle ou telle personne … mais peut-être que nous ne croyons pas assez à la puissance d’intercession auprès de Dieu pour cela …

Et pourtant, Jésus a dit : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » (Mc 16,18).

Et il n’y a pas que les guérisons physiques … mais aussi celles de l’esprit, ou de l’état d’esprit. On sait bien qu’après avoir vu un médecin, bien souvent on se sent soulagé, mieux en forme, avant même d’avoir pris un médicament …

On sait aussi qu’à Lourdes, s’il y a très peu de guérisons physiques reconnues, le nombre de guérisons psychiques ou de bien-être, bien qu’inquantifiables, sont de plusieurs centaines, voire milliers par an : des gens qui retrouvent la paix en eux …

Et cette paix-là, si on l’a en nous, on peut tous la donner aux autres …

En cette période où nous réfléchissons sur l’Église synodale, avec trois axes principaux : communion, participation, mission, l’évangélisation doit être totalement présente dans notre réflexion, au niveau interne (entre catholiques) et externe (vers les autres) … et à commencer par chacun de nous

Alors, nous pourrons entendre Jésus nous dire : « Réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

Seigneur Jésus,

pour beaucoup d’entre nous,

évangélisation rime avec

« aller loin, vers l’étranger… »

alors que la première personne

que nous devons évangéliser,

                                                                c’est nous-même !

Donne-nous de faire l’effort

de notre propre évangélisation !

                                                                                   Francis Cousin

 

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14ième Dimanche du Temps Ordinaire – par le Diacre Jacques FOURNIER (St Luc 10,1-12.17-20)

« Le Règne de Dieu est tout proche »

(Lc 10,1-12.17-20).

En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux, en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.
Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.
Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.
Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’
S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.
Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.
Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.
Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” »
Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites :
“Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.”
Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »
Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »
Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.
Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.
Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. 

        

     Peu avant, Jésus avait choisi les Douze parmi ses disciples et il les avait envoyés « proclamer le Règne de Dieu et faire des guérisons » (Lc 9,1‑6). Ici, « il en désigne encore soixante-douze » en leur disant : « Guérissez les malades et dites : « Le Règne de Dieu est tout proche de vous » ». Leur mission est donc identique. Or, les deux chiffres additionnés, douze et soixante douze, font en tout quatre vingt quatre, soit sept fois douze, et « sept » dans la Bible est symbole de Plénitude. C’est donc toute l’Eglise qui est envoyée en mission : ses responsables, les Douze, aujourd’hui nos Evêques et nos prêtres, et avec eux, nous tous ensemble, laïcs, diacres, religieux religieuses…

            Et ils sont envoyés ici « deux par deux » car, à l’époque, il fallait être deux au minimum pour témoigner de quoique ce soit (Dt 19,15 ; Mt 18,16). Jésus nous appelle donc à être les témoins de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu, en nous soutenant les uns les autres. Souvenons-nous de St Paul : « Il m’a été fait miséricorde, et la grâce de notre Seigneur a surabondé… Elle est sûre cette parole et digne d’une entière confiance : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier. Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1,12-17).

            L’Eglise est donc envoyée en témoin du Pardon de Dieu offert en surabondance à notre foi. Ici, le Christ demande le dépouillement : « Ni argent, ni sac, ni sandales » car il désire voir grandir la foi de ses disciples en cette Présence invisible du Père à leurs côtés, un Père qui sait très bien de quoi nous avons besoin avant même que nous ne lui demandions (Mt 6,8). Et il ne permettra pas que les ouvriers de sa moisson manquent du nécessaire (Lc 12,22‑32). « Avez-vous manqué de quelque chose », leur demandera Jésus plus tard ? « De rien », répondront-ils, ce qui est un nouveau témoignage de la proximité de Dieu et de son action efficace, par les uns, par les autres (Lc 22,35-38)…

            Puis il les libère de toutes les prescriptions alimentaires en vigueur à l’époque, car une seule chose compte : l’Amour reçu, l’amour donné…  « Messagers de la Paix, la moisson vous attend… Pour réconcilier le monde, n’emportez que l’Amour… A ceux qui vous accueillent, comme à ceux qui vous chassent, annoncez la Nouvelle : le Royaume de Dieu est là, tout près de vous »…                                                                                       DJF




14ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Envoi des disciples

Lc 10, 1-20

Quand nous parlons des « disciples du Seigneur », tout de suite, ce sont les apôtres qui nous viennent à l’idée, les douze : Pierre et Jean, Jacques et André, … et les huit autres.

Aujourd’hui, le Christ désigne parmi ses disciples 72. Il devait donc en avoir beaucoup plus, toute une foule de personnes qui l’accompagnait, peut-être plusieurs centaines et ceux-là on n’en parle jamais, alors qu’on voit Jésus les envoyer deux par deux dans toutes les villes et les localités où il devait passer, pour dire aux habitants : « Paix à cette maison », « Le règne de Dieu est arrivé jusqu’à vous »

Nous aussi, quand nous pensons à l’Eglise, il nous arrive très souvent de dire : « le Pape, les évêques, les prêtres… alors que l’Eglise, c’est vous, c’est d’abord vous, toute cette foule de laïcs baptisés qui suivent le Christ, qui l’entourent, qui l’écoutent, qui se mettent à sa suite, et c’est vous aussi, qu’il envoie auprès des autres pour leur dire la paix et la tendresse de Dieu et leur annoncer que le règne de Dieu est arrivé jusqu’à eux.

Est-ce-que nous n’avons pas eu longtemps l’impression que l’Eglise c’était tous ceux qui portaient autrefois la soutane … le Vatican, l’évêché, le presbytère et que les laïcs, n’étaient au fond que des sympathisants, un brave troupeau de brebis bêlantes, qui n’avaient guère de droits au chapitre, guère de droits sinon celui de dire « Amen » et de se faire tondre… et de suivre les autres.

 Il fallait obéir aux pasteurs, suivre leur itinéraire ou obéir à leurs caprices et il était difficile ou hasardeux de prendre des initiatives, à plus forte raison de se sentir responsables, dans ce monde clérical et hiérarchisé à l’extrême. Ce point de vue est maintenant bien dépassé et chaque chrétien doit « se sentir membre à part entière » de la dynamique de l’apostolat de l’Eglise du Christ.

De douze, nous passons à 72. Or ce chiffre, dans la Bible, correspond à « la totalité du monde à évangéliser « . La Bible pensait, en effet, qu’il y avait dans le monde 72 nations païennes : elles sont énumérées au chapitre 10 de la Genèse et si Jésus a choisi 12 apôtres, pensant aux 12 tribus d’Israël qui devaient apprendre la Bonne Nouvelle, il envoie également 72 disciples devant lui, nous rappelant par ce nombre que c’est le monde entier qui doit être le bénéficiaire de l’annonce du Christ. 72 = toutes les nations, tous les pays, tous les continents, le monde entier. Telle est l’ambition missionnaire du Seigneur. Voilà pourquoi il dit aussitôt: « La moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux » ; « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à la moisson ».

C’est non seulement l’univers tout entier qu’il désire sauver, mais aussi toutes les générations, les moissons successives, d’année en année, toutes les récoltes de siècle en siècle, toutes atteintes par l’annonce de la Parole de Dieu, toutes sauvées par elle.

Le Christ voit grand, le Seigneur voit loin. De 12, il passe à 72, il passe à la totalité des hommes : moisson abondante qui exige, à toutes les époques, des milliers et des milliers d’annonceurs de l’Evangile. Il est évident qu’il ne s’agit plus seulement d’évêques ni même de prêtres quand on parle « d’ouvriers pour la moisson » divine, mais de chaque chrétien baptisé et surtout confirmé.

Chacun doit se sentir investi de cette mission divine et tout laïc doit se sentir responsable de l’apostolat de l’Eglise et du travail de  l’évangélisation. Cette tâche n’est plus réservée à quelques-uns : elle  nous  concerne tous et tous, nous  avons  à la prendre en charge. Le Baptême déjà nous a appelé à participer aux pouvoirs du Christ : prêtre, prophète et roi ; la Confirmation, notre Pentecôte à nous, nous a rendus aptes à remplir ce rôle de témoins, de messagers de Dieu : l’Esprit Saint agit en nous.

Sommes-nous persuadés que, à nous, laïcs, chrétiens baptisés et confirmés, le Christ nous confie un rôle, une mission, une place irremplaçable ?

Et savons-nous quel est notre rôle ? Nous chantons : « Peuple de prêtres, peuples de rois, assemblée des saints, peuple de Dieu, chante ton Seigneur ! » Mais qui sont ces prêtres, ces rois, cette assemblée de saints, ce peuple de Dieu qui doit chanter son Seigneur ?

Frères et sœurs, c’est nous, c’est nous tous, c’est nous tous ensemble. L’apostolat, l’annonce de l’Evangile et du Royaume n’est pas réservé à quelques-uns, il est confié à chacun, et tous, nous devons nous en sentir responsables.

« Il les envoya devant lui dans toutes les villes et localités où lui-même devait aller pour y préparer sa venue ».

Or, que faisons-nous pour être ses envoyés ? Que faisons-nous pour préparer sa venue ?

Est-ce-que dans les milieux où nous vivons, dans les quartiers que nous habitons, auprès des personnes que nous fréquentons, nous sommes sûrs que Jésus y sera bien accueilli parce que nous serons déjà passés auparavant et que nous aurons tout fait pour préparer cet accueil ?

Est-ce-que nous ne faisons pas de notre foi, et de notre vie chrétienne, une affaire trop 30personnelle qui ne regarde pas les autres, une  pratique  à usage interne au lieu d’un témoignage à usage externe ?

Ne sommes-nous pas trop timides, trop réservés, trop hésitants dès qu’il faut annoncer notre couleur, dire nos convictions et exprimer notre foi ?

Sur le chemin qui nous a conduit au Christ et que d’autres peut-être pourraient prendre, n’avons-nous pas mis cette pancarte : « chemin privé », chemin secret et herbeux qui mène à une bicoque parce que je suis seul à l’habiter ?

Au lieu de cela, pensons à une foule qui, ayant remporté la victoire, passe massivement, glorieusement, sous l’Arc- de- Triomphe et descend les Champs-Elysées, à toute cette foule qui acclame et qui  suit leurs héros. C’est plutôt cela l’Eglise !

C’est ce Peuple de Dieu victorieux depuis Pâques et qui avance en clamant sa joie et qui entraîne avec elle tous ceux qui ont faim et soif de vrai bonheur.

Ne nous dit-on pas à la fin de l’Evangile, que « les 72 disciples revinrent tout joyeux et qu’ils étaient étonnés eux-mêmes de ce qu’ils avaient pu faire ». A quoi le Seigneur leur répond :

« Réjouissez-vous parce que vos noms sont déjà inscrits dans les cieux ».  AMEN

 

 




Rencontre autour de l’Évangile – 14ième Dimanche du Temps Ordinaire

“ La moisson est abondante, 

les ouvriers peu nombreux.

Priez le Maître de la moisson ”

TA PAROLE SOUS NOS YEUX

Situons le texte et lisons  (Lc 10, 1-12, 17-20)

Jésus vient de prendre avec courage la route de Jérusalem, et il prépare ses disciples au rôle missionnaire qu’ils auront à remplir après leur départ, auprès des nations païennes.

Et soulignons les mots importants 

Soixante douze : ce nombre a-t-il une signification particulière ?

Deux par deux : Que signifie pour nous cette consigne de Jésus ?

La moisson : Qu’est-ce que Jésus exprime par cette image de la moisson ?

Priez : On s’attendrait à ce que Jésus dise qu’il faut tout de suite organiser une opération pour trouver des ouvriers. Et voilà qu’il dit “ priez ”. Qu’est-ce que cela nous inspire comme réflexion ? Qu’est-ce que cela nous apprend de la relation de Jésus à son Père ?

Le maître de la moisson : Qu’est ce que cette expression nous dit du projet de Dieu ?

Allez ! Je vous envoie : Que signifient ces paroles de Jésus pour la mission de l’Eglise et pour les missions particulières dans l’Eglise ?

Paix : Ce mot dans l’Evangile est lié à l’envoi en mission. Que peut signifier ce mot qui semble si important pour Jésus ?

Guérissez : Les guérisons ont tenu une place importante dans le ministère de Jésus. Quelle est la signification profonde de ce mot “guérissez les malades” par rapport à l’annonce du Règne de Dieu ?

Le Règne de Dieu : Ce fut l’objet de la mission de Jésus et sa grande passion : ensemble partageons en quoi consiste ce “Règne” ou encore ce “Royaume de Dieu ”.

 

Pour l’animateur 

  • Les soixante-douze disciples sont un chiffre symbolique qui veut dire que la mission est grande et c’est l’affaire de toute l’Eglise, et pas seulement de quelques-uns (les Douze). Selon la Genèse (Gn 10) il y avait 72 peuples : l’Evangile est donc pour tous les peuples.

  • Deux par deux: Jésus souligne l’importance et la force de l’équipe pour la mission. D’autant plus que de son temps, pour qu’un témoignage soit valable, il fallait qu’il fût porté par deux témoins. (Cf Actes : Paul et Barnabé, Barnabé et Marc, Paul et Silas…)

  • Cela est valable pour nous: le témoignage d’une équipe qui vit l’évangile, qui parle d’une même voix pour annoncer Jésus Christ, aura plus de force qu’un témoignage

  • La moisson: dans la Bible la moisson est traditionnellement utilisée pour exprimer le jugement de Dieu et les moissonneurs représentent Dieu et ses anges

Or, dans cet évangile la moisson représente la mission et ce sont les disciples qui moissonnent. C’est le rassemblement des derniers temps qui commence. Pour que tous les hommes soient sauvés, il faut des ouvriers d’Evangile (semeurs et moissonneurs) afin que la moisson soit belle et  réussie pour tous.

  • Priez: Le projet de salut est d’abord l’affaire du Père. Jésus nous révèle que lui-même, l’Envoyé du Père, il ne fait rien sans le prier afin d’agir  toujours  selon sa volonté. Dans l’évangile, nous le voyons souvent plongé dans la prière avant d’entreprendre une action importante. La prière précède la mission. L’immensité de la tâche missionnaire, c’est d’abord l’affaire du Père. Le prier, c’est reconnaître que lui seul peut résoudre le problème du manque d’ouvriers.

Car le Maître de la moisson, c’est lui. Les ouvriers du Royaume ne travaillent pas pour leur compte, mais pour son compte à lui. Le reconnaître nous empêche de nous considérer comme les propriétaires : la mission, nous la recevons du Père par Jésus. Le Père est le Maître. Jésus est le contremaître qui envoie. Pareillement, dans l’Eglise on ne se donne pas soi-même une mission. On la reçoit du Christ par les pasteurs de son Eglise. Accueil et service dans l’humilité : voilà les attitudes qui conviennent..

Ce que le missionnaire annonce, c’est la paix : ce mot n’exprime pas seulement l’absence de conflit, mais la plénitude de vie que Jésus nous a obtenue et qui est le cœur de l’annonce de l’Evangile.

Cette plénitude de vie comprend aussi le rétablissement intégral de l’être humain dans sa dignité et la libération de tout ce qui l’empêche de se tenir “ debout ” : c’est le sens des guérisons faites par Jésus. Et des maladies, il y en de toutes sortes !  Jésus a demandé aux apôtres de poser, comme lui, des signes qui montrent que le Règne de Dieu, c’est un monde totalement libéré du mal et de tout ce qui diminue et détruit la personne humaine. Un monde rempli de cette plénitude de vie apportée par Jésus.

Nous disons  “Que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite !”

 

TA PAROLE DANS NOS COEURS

Ensemble regardons Jésus

En silence, regardons-le envoyer ses disciples. Ecoutons-le nous dire : “ La moisson est abondante…priez…Allez ! Je vous envoie…comme des agneaux au milieu des loups ”. Ce n’est pas une tâche facile que d’être les missionnaires du Règne de Dieu dans un monde d’argent et de violence. Ecoutons-le nous dire “Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison ”. Jésus souhaite que je sois un ami de la paix ”.

TA PAROLE DANS NOS MAINS

L’Evangile aujourd’hui dans notre vie

  • A l’image du Christ envoyé par le Père, à l’image des disciples envoyés par le Maître tout chrétien, baptisé et confirmé, est envoyé en mission par l’Eglise.

Est-ce que nous nous considérons vraiment comme des “ ouvriers ” du Règne de Dieu ? (On peut inviter des membres du groupe à donner un témoignage ; on peut aussi se donner des idées pour vivre en témoin de l’évangile dans sa famille, dans son quartier, dans son travail…)

Un ouvrier doit être qualifié : avons-nous le souci de nous former pour devenir  un bon témoin de l’Evangile ?

  • Etre missionnaire, ce n’est pas allé à la conquête pour convertir les gens, mais partir comme des agneaux, sans défense et avec un cœur de pauvre, pour être témoin de la paix du Christ. Est-ce que je suis un “ ami de la paix ? ”

Est-ce que nous nous montrons médiateurs de paix et éveilleurs de joie parmi nos frères ?

“ L’apostolat chrétien est moins l’effet de paroles retentissantes que de la puissance silencieuse de l’Amour.”

  • Notre Eglise manque vraiment “ d’ouvriers spécialisés ” : des prêtres, des religieux et religieuses, des diacres, des laïcs compétents pour l’animation des services diocésains (Catéchèse, Liturgie, Animation chrétienne des jeunes, Formation chrétienne des adultes, …) Est-ce que je me sens concerné par cette situation ? Est-ce que je prie pour les demander au Père ? N’est-ce pas cela prier pour les vocations ? Et puis, est-ce que j’encourage ceux qui veulent s’engager ? Et si c’était un de nos enfants ?

 

ENSEMBLE PRIONS   

Seigneur, fais de nous des ouvriers de paix.

Là où il y a de la haine, que je mette l’amour

Là où il y a l’offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l’union.

Là où il y a le désespoir, que je mette l’espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette la lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

 

 

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14ième Dimanche du Temps Ordinaire

 

 




13ième Dimanche du Temps Ordinaire– par Francis COUSIN (Lc 9, 51-62)

« Je te suivrai, Seigneur … »

 

Nous avons tous dit cela, à un moment ou à un autre … dans nos prières, … au moment de la première communion, … pour la confirmation, … et plusieurs fois encore … !

Et sans doute n’avons-nous pas compris tout ce que cela signifiait, dans l’immédiat …, mais surtout pour la suite !

Déjà, dans l’évangile de ce jour, Jésus répond à celui qui lui dit cela : « Les renards ont des terriers, les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer la tête. », manière de dire : « Tu ne sais pas à quoi tu t’engages. ». Plus tard, il dira : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16,24) …

Se mettre à la suite de Jésus demande une certaine exigence vis-à-vis d’un avenir que l’on ne connait pas …

Et Jésus nous dit encore : « Que votre parole soit “oui”, si c’est “oui”, “non”, si c’est “non”. » (Mt 5,37).

Il y en a qui ont répondu ’’oui’’ : les apôtres, … Matthieu, qui est surpris par l’appel de Jésus, mais qui le suit, et qui donne pour l’occasion « une grande réception dans sa maison ; il y avait là une foule nombreuse de publicains et d’autres gens attablés avec eux. » (Lc 5,29), ce qui fit scandale pour les juifs « Comment Jésus peut-il manger avec les pécheurs ? » … comme s’il n’y avait que les publicains qui péchaient !

Il y en a qui ont répondu ’’non’’ : par exemple le jeune homme riche, il faisait tout bien depuis sa jeunesse, mais quand Jésus lui dit : « Va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. », alors il partit car il avait de grands biens …

Mais souvent, dans le cœur des humains, il y a : « Oui … mais » ; et parfois « Non … mais ».

Déjà dans l’ancien testament on voyait cela : quand Elie va voir Élisée pour lui succéder, il jette son manteau vers lui, une manière de dire : « Viens, suis-moi, tu es à moi maintenant. ». Alors, quand Élisée lui dit « Laisse-moi embrasser mon père et ma mère. », Elie lui signifie qu’il n’y a rien entre eux : « Je n’ai rien fait. ».

Bien sûr, Elie aurait pu attendre le lendemain quand tout le champ aurait été labouré, puisqu’il était au dernier jour ! … mais la mission de Dieu n’attends pas !

Mais quand Elie voit que Élisée immole les deux bœufs avec le bois de l’attelage, et qu’il partage la viande du sacrifice avec les gens d’alentour, il l’attend parce que Élisée a d’abord pensé à Dieu, puis aux autres personnes !

À ceux qui disent « Oui … mais », Jésus leur répond : « Toi, pars, et annonce le règne de DieuQuiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu. ».

C’est une parole exigeante … que Jésus ne cesse de nous rappeler, de différentes manières, … en fonction des circonstances … et qu’il continuera à nous rappeler jusqu’à ce que nous acceptions d’entrer dans son amour, cet amour inconditionnel qu’il a pour tous les humains … jusqu’à ce que nous lui ouvrions la porte de notre cœur pour répondre à son amour …

            « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. » (Ap 3,20).

Garde-moi, mon Dieu :

j’ai fait de toi mon refuge.

J’ai dit au Seigneur : « Tu es mon Dieu !

Seigneur, mon partage et ma coupe :

de toi dépend mon sort.

Je garde le Seigneur devant moi sans relâche ;

il est à ma droite : je suis inébranlable.

Tu m’apprends le chemin de la vie :

devant ta face, débordement de joie !

À ta droite, éternité de délices !

                           Ps 15

 

                                                                                   Francis Cousin

 

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13ième Dimanche du Temps Ordinaire – Homélie du Père Louis DATTIN

Suis-moi

Lc 9, 51-62 

Il y a quelques années, frères et sœurs, nous étions en promenade paroissiale avec les fidèles de l’Assomption. Arrivés au pont de la « Rivière de l’Est », il nous a été proposé de nous lancer par-dessus le parapet, avec un élastique qui nous protégerait et nous rattraperait dans notre descente.

Nous sommes restés prudemment sur le pont, attendant de voir une ou deux personnes basculer, et puis, nous sommes repartis parce qu’elles attendaient trop longtemps pour prendre leur décision.

Tous les textes de ce dimanche nous proposent une aventure semblable : pour vivre à plein notre vie chrétienne, il nous faut, nous aussi, faire le saut, tenter l’aventure, lâcher nos petites sécurités et s’engager dans un risque que Jésus lui-même a assumé et qu’il nous propose à son tour. Mais, nous aussi, conscients de ce danger de la vie chrétienne qui doit passer par la Croix, par l’abandon de toutes certitudes humaines, de toutes nos sécurités matérielles, nous sommes là, sur le pont, à regarder s’il y en aurait peut-être un à se lancer, en attendant d’y aller nous-mêmes…

Reprenons la 1ière lecture : Elie, le prophète, est à la recherche d’un disciple pour lui succéder. Il croise Elisée, en train de labourer avec ses deux bœufs, il allait finir. Elie jette sur lui son manteau : c’est-à-dire, le choisit. Aussitôt, Elisée quitte ses bœufs, se met à courir derrière Elie et lui demande la permission d’aller embrasser son père et sa mère avant de partir ; demande bien naturelle, non ? Alors, Elie répondit : « Va, retourne à tes bœufs. Je n’ai rien fait ».

Le choix de Dieu, sa demande sur nous, est exigeante, immédiate, totalitaire. « Exécution immédiate ». Elisée comprend. Il sacrifie son gagne-pain, tue ses bœufs et les fait cuire avec le bois de la charrue et donne à manger à ses gens en signe de départ.

Tout choix de Dieu est un renoncement. Dieu ne veut, pas plus qu’Elie, d’un homme qui tergiverse, hésite, se donne et puis se reprend, un homme qui regarde son passé et qui attend avant de se lancer. Elisée renonce à sa profession pour suivre Elie, pour se lancer dans l’inconnu : inévitablement, l’appel de Dieu arrache l’homme à ses sécurités familiales, sociales, mutuelles, professionnelles. En notre siècle d’assurances renforcées,  de caisses de retraite, de réassurances et de protection de toutes sortes, Dieu exige pour l’homme qui le suit, une liberté totale, le saut dans l’inconnu de Dieu, sans même un élastique pour le retenir dans le vide.

Avons-nous fait, au moins une fois dans notre vie, cette expérience de lâcher nos sécurités pour suivre Dieu alors que notre raison et nos raisonnements nous prêchaient de faire le contraire ?

Dieu va-t-il trouver en chacun de nous cette disponibilité telle que dès sa demande, sans égoïsme, sans regard sur soi, sans regard sur le passé, je puisse lui répondre : « Oui, Seigneur, tout, et tout de suite ».

En  résumé  et  pour faire vite, posons-nous la question gênante : « Suis-je disponible à tout appel de Dieu ? Suis-je capable de lui  répondre « Bien sûr, Seigneur, je le fais immédiatement » ou vais-je me retirer, à pas feutrés, me mettre à réfléchir pour trouver des raisons  qui  vont  contrer  ma  générosité, des justifications de mon égoïsme et de mon inertie ?

Quand on vous demande un service, voyez-vous d’abord le service à rendre ou les obstacles qui vont vous empêcher ou vous permettre de ne pas rendre le service ? Toutes les raisons que nous trouvons et que nous accumulons pour faire écran à la demande de Dieu qui pourtant est insistante ?

 

 

 

Actuellement, sur le diocèse, il n’y a plus de séminaires, faute de vocations parait-il ! Je suis persuadé, que, des vocations, il y en a autant qu’avant et que bien des jeunes se sont entendus poser la question : « Veux-tu me suivre ? »

La question  est aussi présente et aussi pressante qu’autrefois. C’est la réponse qui fait défaut : « Oui, Seigneur, ce ne serait pas mal…mais, dans ton évangile, tu es trop exigeant, il faut tout quitter : mes bœufs, ma charrue, ma maison, mon écran, mes proches, ma petite amie, mon compte en banque et tout cela pour me conduire « Dieu sait où ? « Oui, « Dieu sait où » et nous, nous ne le savons pas ! C’est l’aventure, le risque, le pari de Pascal, le saut dans l’inconnu, la vie extraordinaire de St-Paul, d’un St-François d’Assise, d’un François Xavier, d’un père de Foucauld, de Martin Luther King, de la Vierge Marie qui a dit « Oui ».

Quant à Jésus, l’évangile de Luc nous dit : « Comme le temps approchait où il allait être enlevé de ce monde (et nous savons comment : par la Croix) il prit avec courage la route de Jérusalem : cette route, il sait où elle le mène : à Gethsémani, au prétoire de Pilate, au Golgotha, « il prit avec courage la route de Jérusalem ».

Si Dieu tient à vous, ce dont je suis sûr, et si vous, vous tenez à Dieu, ce qui  reste  à démontrer, malgré  votre bonne  volonté, il arrive toujours un moment, un moment crucifiant où il faut faire un choix : « le monde ou Dieu », « ma vie ou celle de Jésus ».

Est-ce un « chemin de promenade » ou la « route de l’aventure » ?

A voir certains chrétiens, si tranquilles, si peu inquiets du sort de leur société, si peu soucieux de leur avenir, on peut se demander :

– ou bien s’ils ont déjà fait ce choix et qu’ils ont tout largué,

– ou bien s’ils ne l’ont jamais fait et qu’ils ont tout gardé.

– S’ils ont eu le courage de dire oui et de tout laisser pour suivre le Seigneur, alors ils ont rompu les chaînes de l’esclavage dont nous parle St-Paul aujourd’hui. Ils  sont devenus des hommes libres car, oui, c’est vrai et nous devons le rappeler plus fortement à l’occasion de ce jubilé de la Miséricorde, le chrétien est un homme libéré par le Christ, au moment du Baptême. Alors, ne reprenons pas les chaînes de notre ancien esclavage : égoïsme, orgueil, mensonge, vengeance, rivalités, désunions, mépris des autres.

La véritable liberté intérieure, c’est dans l’Evangile, et c’est par la pratique évangélique que vous la trouverez. Ils me font sourire ceux qui croient que la liberté est une invention du 18e siècle et que les droits de l’homme datent de 1789 !

Il y a longtemps que le Christ et les chrétiens en vivent. Relisez l’évangile et St-Paul : vous y trouverez tous ces principes et ce n’est pas par hasard qu’ils ont été rédigés dans un pays qui a macéré dans 18 siècles de christianisme. Au pays d’un St-Irénée, St-Louis, Ste-Jeanne d’Arc, St-Vincent-de-Paul, d’un curé d’Ars, d’un frère Scubilion ou de l’abbé Pierre, de Jean Vanier, c’est facile de cueillir des fleurs sur l’arbre du christianisme et de les offrir au monde en disant : « Regardez comme c’est beau, c’est nous  qui  les  avons  produites : coupées  de  leurs racines, ces fleurs du christianisme que sont la liberté, l’égalité (vous êtes fils de Dieu), le fraternité (vous êtes tous frères), que vont-elles devenir sans l’esprit qui les anime ? Laïcisées, elles ne sont plus que des inscriptions gravées sur le fronton de nos mairies, avec en dessous, des hommes enchaînés, inégaux, et bien peu fraternels.

Contentons-nous, pour finir, de relire ce que St-Paul nous disait tout à l’heure : « Vous avez été appelés à la liberté », mais attention ! Que cette liberté ne soit pas un prétexte pour satisfaire votre égoïsme.

Au contraire : « Mettez-vous par amour au service les uns des autres car toute la loi atteint sa perfection dans un seul commandement : Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Si vous vous mordez, si vous vous dévorez les uns les autres, prenez garde…Vous allez vous détruire les uns les autres. Je vous le dis. « Vivez sous la conduite de l’Esprit,  « l’Esprit de Dieu », alors vous n’obéirez pas aux tentations égoïstes du monde ».

En effet, vous le savez, frères et sœurs, il y a en nous, et il y a entre nous, un frein qui nous empêche de faire ce que nous voudrions. Mais si vous répondez « oui » ,de tout cœur, à l’invitation de l’Esprit qui est en vous, à l’appel du Christ qui vous dit : « Viens et suis-moi », à l’appel d’un Dieu qui vous dit : « Vivez en frères, car vous êtes tous mes fils », alors, prenez la route, prenez votre bâton de pèlerin de la vie pour aller vous aussi, en compagnie du Christ jusqu’à la Jérusalem Céleste, celle qui est au-delà de la croix.

« En cours de route, un homme dit à Jésus :

Maître, je te suivrai partout où tu iras ».

Sommes-nous capable de dire et de faire comme lui ? AMEN