Dernier message de St Jean Paul II pour la fête de la Miséricorde divine.

Le Pape Jean Paul II est entré dans la Vie le samedi 2 avril 2005 à 21h 37… Or, depuis la fin de l’après midi, avec la Prière des Vêpres, l’Eglise était entrée dans la célébration de la Fête de la Miséricorde divine qu’il avait instituée le 30 avril 2000, jour où il avait canonisé Sr Faustine Kowalska. Le Christ lui était apparu le 22 février 1931, et il lui avait dit qu’il désirait que le premier dimanche après Pâques soit la Fête de la Miséricorde… St Jean Paul II exauça ce désir…

Et peu avant de mourir, il fait laissé des indications sur une déclaration à faire en ce dimanche 3 avril 2005… Ces mots résonnent maintenant comme son Testament spirituel.

Le Pape Jean-Paul II en effet avait indiqué le thème de la méditation pour la prière du “Regina Caeli” du IIe Dimanche de Pâques, Dimanche de la Divine Miséricorde. En conclusion de la concélébration eucharistique présidée sur la Place Saint-Pierre par le Cardinal Angelo Sodano, S.Exc. Mgr Leonardo Sandri a prononcé les paroles suivantes, avant de donner lecture du texte du Saint-Père : “J’ai été chargé de vous lire le texte préparé, sur ses indications explicites, par le Saint-Père Jean-Paul II. Je le fais en ressentant profondément cet honneur, mais également avec une grande nostalgie”.


Très chers frères et sœurs !

1. Le joyeux Alleluia de la Pâque retentit également en ce jour. La page de l’Évangile de Jean d’aujourd’hui souligne que le Ressuscité, le soir de ce jour, apparut aux Apôtres et “leur montra ses mains et son côté” (Jn 20, 20), c’est-à-dire les signes de la passion douloureuse imprimés de façon indélébile sur son corps, également après la résurrection. Ces plaies glorieuses, qu’il fit toucher huit jours plus tard à Thomas, incrédule, révèlent la miséricorde de Dieu, qui “a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique” (Jn 3, 16).

Ce mystère d’amour se trouve au centre de la liturgie d’aujourd’hui du Dimanche in Albis, dédié au culte de la Divine Miséricorde.

2. Le Seigneur ressuscité offre en don à l’humanité, qui semble parfois égarée et dominée par le pouvoir du mal, par l’égoïsme et par la peur, son amour qui pardonne, qui réconcilie et ouvre à nouveau l’âme à l’espérance. C’est l’amour qui convertit les cœurs et qui donne la paix. Combien le monde a besoin de compréhension et d’accueillir la Divine Miséricorde !

Jean Paul II offre son pardon à Mehmet Ali Ağca qui a tenté de l’assassiner le 13 mai 1981

Seigneur, Toi qui par ta mort et ta résurrection révèles l’amour du Père, nous croyons en Toi et nous te répétons aujourd’hui avec confiance : Jésus, j’ai confiance en Toi, aies pitié de nous et du monde entier.

3. La solennité liturgique de l’Annonciation, que nous célébrerons demain, nous pousse à contempler avec les yeux de Marie l’immense mystère de cet amour miséricordieux qui naît du cœur du Christ. Aidés par Elle, nous pouvons comprendre le sens véritable de la joie pascale, qui se fonde sur cette certitude : Celui que la Vierge a porté dans son sein, qui a souffert et qui est mort pour nous, est véritablement ressuscité. Alleluia !  




Recevoir le Don du Ressuscité (Jn 20,19-31 ; 2° Dimanche de Pâques – D. Jacques FOURNIER).

C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »
Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.
Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »
Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.
À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »
Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.
Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »
Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »
Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »
Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »
Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.
Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

Nous sommes le premier jour de la semaine, le lendemain du sabbat (samedi), ce qui correspond à notre Dimanche. Jésus est mort deux jours avant, dans un déchainement de haine et de violence. Ses disciples ont peur qu’il ne leur arrive la même chose. Ils se sont donnés rendez-vous quelque part à Jérusalem, et ils ont bien verrouillé les portes…

Et l’impensable se produit : « Jésus vint et se tint au milieu »… C’est Lui qui prend l’initiative de venir vers eux. Au tout début de l’Evangile, il était entré en scène exactement de la même manière : « Jean Baptiste voit Jésus venir vers lui » (Jn 1,29). Dieu désire rencontrer l’homme, et c’est toujours Lui qui fait les premiers pas… Mais comme il ne veut pas s’imposer, si nous y consentons, il nous invite à lui dire : « Viens, Seigneur Jésus »… C’est la toute dernière prière de la Bible (Ap 22,20)…

« Jésus vint et se tint au milieu et il leur dit : « Paix à vous ! » » Cette paix est le grand cadeau qu’il est venu apporter aux hommes, à tous les hommes : « Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne » (Jn 14,27), avec des mots si souvent contredits par les actes. Avec lui, cette paix est d’abord un acte, un don, qui nous rejoint au plus profond du cœur, sans parole, en silence… Dans la langue de Jésus, l’araméen, le mot est synonyme de Plénitude : Dieu veut que notre cœur soit rempli comme le sien ! Il veut nous donner d’avoir part à sa Plénitude, d’être nous aussi « Plénitude » tout comme Lui est Plénitude de toute éternité… C’est toute sa mission : « En lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9). Un seul mot suffit à résumer cette Plénitude : Esprit… En effet, « Dieu est Esprit », nous dit Jésus (Jn 4,24). Dieu nous associera ainsi à sa Plénitude en nous la donnant, tout simplement : « Il vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). Voilà ce qui se cache derrière ce « Paix à vous ! » car « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix » (Ga 5,22)… Au moment où il leur dit « Paix à vous ! », il leur donne l’Esprit Saint…

« Les disciples furent remplis de joie à la vue du Seigneur »… Il ne peut en être autrement, puisque, nous venons de le dire avec St Paul, « le fruit de l’Esprit est joie »… « Quant aux disciples, ils étaient remplis de joie et de l’Esprit Saint », écrit St Luc dans les Actes des Apôtres (Ac 13,52).

De plus, si « Dieu est Esprit », St Jean écrit aussi : « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5). Et le Psaume déclare : « En toi, Seigneur, est la source de vie, par ta lumière nous voyons la lumière » (Ps 35(35),10). Ainsi, tout comme nos yeux de chair ont besoin de la lumière du soleil, d’un feu ou d’une lampe pour voir, notre cœur a aussi besoin d’une Lumière venue d’en haut pour « voir » les réalités spirituelles invisibles à nos seuls yeux de chair. Cette Lumière est donnée avec le Don de l’Esprit, puisque cet Esprit est Lumière : « Daigne le Dieu de notre Seigneur Jésus Christ, le Père de la gloire, vous donner un Esprit de sagesse et de révélation, qui vous le fasse vraiment connaître ! Puisse-t-il illuminer les yeux de votre cœur pour vous faire voir quelle espérance vous ouvre son appel, quels trésors de gloire renferme son héritage parmi les saints, et quelle extraordinaire grandeur sa puissance revêt pour nous, les croyants, selon la vigueur de sa force, qu’il a déployée en la personne du Christ, le ressuscitant d’entre les morts et le faisant siéger à sa droite, dans les cieux » (Ep 1,15-20). C’est donc grâce à la Lumière de l’Esprit Saint qui règne dans leurs cœurs que les disciples peuvent « voir » le Ressuscité, « le Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8), le Seigneur dans sa Gloire…

Autrement dit, quand Jésus leur dit plus loin « Recevez l’Esprit Saint », ils l’ont déjà depuis le tout début de leur rencontre ! Cette Parole ne leur est donnée que pour qu’ils puissent prendre conscience, avec elle et grâce à elle, de cette réalité spirituelle qui les habite déjà, et qui leur est donnée, gratuitement, en surabondance, par ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3), et par cet « Astre d’en Haut », Jésus, le Fils, « qui nous a visités dans les entrailles de miséricorde de notre Dieu » (Lc 1,76-79)…

Et avec ce Don de l’Esprit, notre vocation s’accomplit… Dieu nous a en effet tous créés « en soufflant en nous » (Gn 2,4b-7) : « Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant ». Or le Souffle de Dieu est une image qui, dans la Bible, renvoie à l’Esprit Saint : « Ainsi parle Dieu, Yahvé, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le souffle au peuple qui l’habite, et l’Esprit à ceux qui la parcourent » (Is 42,5). Dieu nous a donc tous créés par un Don de l’Esprit qui nous a donnés d’être « esprit », « corps, âme et esprit » (1Th 5,23). Et notre vocation s’accomplira lorsque, ouverts de tout cœur à Dieu, dans l’Amour, notre esprit sera « rempli » par le Don de Dieu, le Don de l’Esprit Saint… C’est ce que le Christ suggère dans notre Evangile, en reprenant le geste créateur de Dieu dans le Livre de la Genèse, juste avant de dire une Parole, qui, à travers les disciples, s’adresse à l’humanité tout entière, à chacun d’entre nous : « Il souffla et leur dit : Recevez l’Esprit Saint »… « Hâte-toi », donc, « de devenir participant de l’Esprit Saint » (Grégoire de Naziance, 4° s)… car il est le Don gratuit de l’Amour, de ce Dieu qui “est Amour” (1Jn 4,8.16), un Amour qui face à notre misère ne cesse pas de prendre le visage d’une Miséricorde infinie… “Ne jamais désespérer de la Miséricorde de Dieu”, disait St Benoît… Alors, “béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit” (2Co 1,3-4)…

                                                                                               D. Jacques Fournier




2° Dimanche de Pâques, Fête de la Miséricorde (Homélie du P. S. Vaast)

Il est un personnage, dans l’Evangile, envers qui nous pouvons avoir beaucoup de reconnaissance, un personnage qui nous réconforte dans nos incertitudes : Il s’agit de l’apôtre Thomas. S’il n’avait pas été là, il manquerait quelque chose à cette merveilleuse histoire de résurrection, tellement belle que les hommes ont du mal à y croire. Que manquerait-il ? Il y manquerait quelqu’un, quelqu’un qui nous représenterait. Quelqu’un en qui nous pourrions nous reconnaître. Quelqu’un de « normal » : quelqu’un qui n’arrive pas à y croire. In moune i pran pas toute sak i brille pou de l’or.Quelqu’un à qui « on ne la fait pas », et qui n’a pas peur de mettre les pieds dans le plat. Quelqu’un qui n’a pas peur de mettre le doigt dans la plaie. Quelqu’un qui n’a pas peur d’appuyer là où ça fait mal…

Parce que, reconnaissons-le, en effet, cette histoire de résurrection de Jésus, ça nous dérange quelque part. C’est tellement invraisemblable ! N’aurait-il pas été plus simple en effet, si Jésus s’était contenté d’un petit bonjour à ses disciples, en passant, en vitesse, juste avant de remonter vers son Père… On aurait dit : « Ils ont eu une apparition, une vision… Après tout, une vision, ce n’est pas très important. Beaucoup de saints ont eu des visions, de saintes visions, des visions qui font du bien. Mais on ne va pas en faire toute une histoire ! On ne va pas en faire l’objet d’un credo ! Une vision, on ne va pas en faire une question de foi ! Mais non voyons, ce qui compte, c’est ce que Jésus a dit, ce qu’il a fait, ce qu’il a été durant sa vie terrestre, avant de mourir : ce signe d’amour extraordinaire qu’il a été, cette sagesse inouïe dans ses paroles, cette générosité unique qui a été jusqu’à donner sa vie pour nous ! Il est mort mais son esprit continue, son esprit est vivant. Cela suffisait largement pour fonder le christianisme ! » C’est bien ce que suggèrent, un certain nombre de livres ou de films.

Eh bien non, mes frères et sœurs, cela ne suffisait pas. Il fallait que Jésus ait réellement traversé la mort ; qu’il fût réellement entré dans la mort et réellement sorti de la mort, pour nous montrer que la vie est plus forte que la mort, que l’amour est plus fort que la haine, que le pardon est plus fort que la violence.

Et Thomas veut s’assurer que la vision du ressuscité n’est pas une hallucination ou une compensation imaginaire qui aurait pu monter dans l’esprit des disciples déçus, déprimés et probablement assez honteux de ce qui s’est passé. Thomas veut être sûr qu’il rencontre, bien vivant, celui-là même qui revient de la mort. Le même, vraiment le même qui a été crucifié et que tous les disciples ont abandonné.

Et cette certitude que c’est bien lui, Jésus, comment l’obtiendra-t-il ? Il ne l’obtiendra pas sur la couleur de ses yeux ou sa coupe de cheveux, mais par la trace de ce qu’ils ont vécu ensemble de plus intime : la marque de la crucifixion, la blessure des clous dans les mains, et le trou de la lance au côté.

Alors, merci Thomas d’avoir été là, pour être le témoin qui doute jusqu’à vouloir toucher. Merci d’avoir posé la question qui fâche. Merci d’avoir été le trouble-fête au milieu des disciples tellement stupéfaits qu’ils n’osent pas poser de questions. Grâce à toi et au cas où nous ne l’aurions pas compris plus tôt, le Christ ressuscité ne peut pas être pour nous une simple hallucination, une vision ou un esprit. Il est vraiment ressuscité !

Alors si nous avons imité Thomas dans ses doutes, puissions-nous aussi l’imiter dans sa foi. Soyons donc des Thomas jusqu’au bout. Car Thomas est un jumeau nous précise l’évangéliste. Mais un jumeau de qui ? Peut-être de chacun d’entre nous. Nous sommes tous invités à lui ressembler de manière à pouvoir, nous aussi, nous adresser au Christ ressuscité, et lui dire à la suite de Thomas « Mon Seigneur et mon Dieu ». Car quel écart entre cette acclamation émerveillée et la vérification que demandait Thomas avant la rencontre ! Oui, il a douté, mais sa foi est si grande maintenant qu’il donne à Jésus le titre le plus beau et le plus fort de tous les évangiles : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ».L’expérience de foi lui a fait franchir cet écart et l’a amené devant Dieu lui-même. La foi n’est jamais à la hauteur des preuves et des assurances que nous recherchons. La foi nous toujours fait aller au-delà, et bien plus loin que ce que nous demandons. La foi nous amène en présence du Dieu vivant. La foi nous ouvre à la joie. C’est pourquoi Jésus dit : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu ». Non pas heureux les crédules à qui l’on fait croire ce que l’on veut. Mais heureux ceux chez qui la confiance et le consentement ont creusé profond, ont travaillé le cœur et l’intelligence et ont traversé tout leur être pour jaillir dans la profession de foi : « Mon Seigneur et mon Dieu. »

Ainsi donc frères et sœurs, ne cherchons pas à expliquer la résurrection, mais acceptons de faire l’expérience du Christ ressuscité dans le quotidien nos vies. Demandons au Seigneur la grâce de fortifier notre foi en sa résurrection. Ainsi, tous nos doutes étant traversés, nous pourrons, nous aussi, proclamer devant le Christ du matin de Pâques : « Mon Seigneur et mon Dieu, Mon Jésus mon BonDié. »

 

                                              P. Sébastien Vaast (SJ)




« Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous … » (Jn 20,19-31 ; 2° Dimanche de Pâques – Francis COUSIN)

Evangile selon St Jean (20,19-31)

Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre. Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

Commentaire

Quand les apôtres racontèrent à Thomas qu’ils avaient vu le Seigneur, lui qui avait quitté le groupe après la mort de Jésus et n’était pas présent le soir de la résurrection, il n’en croyait pas ses oreilles … mais comme tout homme ’’de bon sens’’ ( ? ), il demande ’’à voir’’ …

Si un jour votre conjoint vous dit : « Houai ! on a gagné cent millions au loto ! », la première réaction est de dire : « Fais voir ! », à la fois les résultats sur le journal et le ticket du loto.

Il en est de même pour Thomas. Quand Jésus était mort, pour lui, c’était la fin … de la vie de Jésus, … de ses espoirs d’une vie meilleure avec lui …

Alors quand on lui dit que Jésus est ressuscité, il a du mal à le croire. Pourtant, peu de temps avant, il était avec Jésus quand celui-ci a rendu la vie à Lazare, il l’avait entendu dire à son Père : « Je le savais bien, moi, que tu m’exauces toujours ; mais je le dis à cause de la foule qui m’entoure, afin qu’ils croient que c’est toi qui m’as envoyé. » (Jn 11,42 » … Mais Jésus n’est plus là pour demander le miracle à son Père !

On a souvent montré Thomas comme celui qui doute… de la résurrection de Jésus, … mais surtout du témoignage des autres apôtres !

Et pourtant, il n’est pas le seul !

– « [Marie-Madeleine] partit annoncer la nouvelle à ceux qui, ayant vécu avec lui, s’affligeaient et pleuraient. Quand ils entendirent que Jésus était vivant et qu’elle l’avait vu, ils refusèrent de croire. Après cela, il se manifesta sous un autre aspect à deux d’entre eux qui étaient en chemin pour aller à la campagne. Ceux-ci revinrent l’annoncer aux autres, qui ne les crurent pas non plus. Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité» (Mc 16,10-14)

– « Marie Madeleine, Jeanne, et Marie mère de Jacques ; les autres femmes qui les accompagnaient disaient la même chose aux Apôtres. Mais ces propos leur semblèrent délirants, et ils ne les croyaient pas. » (Lc 24,10-11).

– « Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. » (Mt 28,16-17)

Ainsi donc, les quatre évangélistes ont tous montré, de différentes manières, que l’acceptation de la résurrection de Jésus n’est pas une chose évidente.

Même ceux qui l’ont vu vivant ne l’ont pas reconnu tout de suite. Car « leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. » (Lc 24,16), et il fallut à chaque fois une intervention de Jésus pour qu’il soit reconnu : « Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! »(Lc 24,39), « Avez-vous quelque chose à manger » (Lc 24,41), « Ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna. » (Lc 24,30), « Marie ! » (Jn 20,16).

Mais ce n’est pas tellement le fait de ne pas le reconnaître que leur reproche Jésus, mais comme il le dit dans l’évangile de Marc, c’est « qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité », ceux qui avaient témoigné de sa résurrection. Or, c’est ça qui est le plus important, croire les témoins oculaires et ceux qui ont mis par écrit ces témoignages.

Alors quand Jésus rejoint les apôtres, Thomas étant présent, et qu’il lui dit : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse de te montrer incroyant, mais croyant. », devançant la demande de Thomas, celui-ci voit, et il croit, et sans rien faire d’autre, il s’écrit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! », reconnaissant en celui qui lui apparaît non seulement son Maître et Seigneur, mais aussi qu’il est Dieu : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. » (Jn 1,1) « Le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30).

Et nous, si nous connaissons Jésus et son enseignement, si nous croyons en lui, c’est parce que depuis deux mille ans des personnes ont cru et rapporté les témoignages de ceux qui les ont précédés, et qui nous ont convaincus que leur « témoignage est véridique » (Jn 19,35). À commencer par nos parents et grands-parents, nos catéchistes, les prêtres que nous avons rencontrés, et tant d’autres personnes … qui ont fait tout ce qu’ils ont pu pour nous faire aimerJésus, nous faire aimer Dieu et son Saint-Esprit … et ainsi répondre à l’amour de Dieu pour nous.

Est-ce à dire que nous ne douterons jamais de Dieu ? de son existence ? de … ?

Certainement pas ! et nous en savons tous, je pense, quelque chose !

Et quand quelqu’un me dit qu’il n’a aucun doute … je doute …

Douter nous permet de réfléchir à notre foi, de faire le point sur notre amour de Dieu et des hommes… Souvent, et peut-être même tout le temps, c’est une intervention du Malin … et cela ne date pas d’hier (voir Gn 3,5).

Le doute n’est pas grave, c’est une tentation … L’essentiel est de ne pas y rester, comme l’a fait Jésus : « Maintenant mon âme est bouleversée. Que vais-je dire ? “Père, sauve-moi de cette heure” ? – Mais non ! C’est pour cela que je suis parvenu à cette heure-ci ! Père, glorifie ton nom !» (Jn 12,27-28), ou comme l’a fait Thomas …

Seigneur Jésus,

Tu sais tout de nous, de nos pensées,

et tu sais que parfois nous doutons,

comme saint Thomas.

Mais à chaque fois,

ton amour pour nous se fait plus fort

pour que nous reconnaissions ton amour

et que nous t’aimions davantage.

Merci d’être présent avec nous

chaque fois que nous doutons.

 

Francis Cousin

Si vous désirez accéder à la prière illustrée, il suffit de cliquer sur le titre suivant :

Prière dim Pâques A 2°




Messe de Pâques : homélie de Mgr Gilbert Aubry (12/04/2020)

Mot d’ouverture :

Bonjour à vous tous qui êtes devant votre télévision pour participer à cette eucharistie grâce à Réunion la 1èreet devant votre poste de radio grâce à Arc-en-ciel. Je salue aussi nos frères et sœurs de l’île Maurice et des autres Départements d’Outre-mer.

Dans cette messe de Pâques, nous prions pour toutes les familles de La Réunion. Nous avons une pensée spéciale pour les malades du Covid-19, pour leurs familles. Nous disons aussi notre reconnaissance et notre soutien à tout le personnel soignant du CHU, des autres hôpitaux, des cliniques et autres structures médicales. Vous êtes un peu les anges gardiens de notre population avec les forces de l’ordre et les pompiers. Que Dieu bénisse aussi ceux qui déploient une activité essentielle, une recherche, une inventivité pour que la vie soit possible pour tous avec la coordination de l’Etat et de nos deux grandes collectivités de la Région, du Conseil Départemental, des autres collectivités. Gardons-nous bien d’oublier ceux qui sont au chômage ou les sans-domicile-fixe. Il y a aussi les prisonniers et les personnels des établissements pénitentiaires. Nous demandons au Seigneur de vous bénir déjà maintenant. Nous lui demandons aussi de nous pardonner nos faiblesses, nos fautes et nos péchés et que nous soyons plus actifs et solidaires pour être davantage des frères et sœurs en humanité sous le regard de Dieu.

Proclamation de l’Evangile par le Diacre Expédit Albaret.

Homélie

PAQUES de LUMIERE ET d’ESPERANCE (Jn 20,1-9) !

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ,

Chers frères et sœurs en humanité,

Debout au pied de la croix se tenaient Marie, la maman de Jésus, femme forte de 48 ans au cœur déchiré uni au cœur transpercé de son Fils. Saint Jean est tout près d’elle. Il y a aussi Marie femme de Cléophas et Marie-Madeleine. Marie-Madeleine dont nous parle saint Jean aujourd’hui dans son Evangile.

Marie-Madeleine. Qui est Marie Madeleine ? Une femme pécheresse, provocatrice et tourmentée qui avait été délivrée des chaînes des démons de sa luxure par Jésus. Saint Jean et Marie-Madeleine sont vraiment attachés à la personne de Jésus. L’un rayonne l’innocence et la fraîcheur d’un jeune homme encore pur dans sa grâce d’aimer. L’autre, c’est la femme transfigurée, choisie par Dieu pour être la messagère de la résurrection, une flamme d’amour capable de déchirer les ténèbres des soi-disant bonnes consciences et des a priori.

Marie-Madeleine est secouée par le tourbillon d’événements qui gravitent autour de la mort de Jésus : la souffrance du Maître et de Marie, la trahison des disciples, les ténèbres qui écrasent la ville de Jérusalem, le tremblement de terre, le bouleversement de la nature. Son cœur est polarisé vers le cœur de Jésus. Elle veut prier à son tombeau. Elle y va. Seule.

Stupeur ! Le tombeau a été ouvert, la pierre a été roulée. Le tombeau est vide. Il n’y a personne dedans. Choc. Scandale. Elle va trouver Pierre et Jean : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau et nous ne savons pas où on l’a déposé ». Pas possible. Sur le champ, les deux disciples courent haletants au tombeau. Et finalement, qu’est-ce qu’ils voient ? « Les linges posés à plat ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place ».

Qu’est-ce que cela veut dire ? On n’a pas pu voler le corps de Jésus comme le pensait Marie-Madeleine. Les voleurs seraient partis avec la dépouille telle qu’elle était, avec les linges, les bandelettes et le suaire. D’ailleurs, il y avait des scellés sur la porte du tombeau et les soldats montaient la garde. Ce que Pierre et Jean vivent en ce moment unique, ce qu’ils voient c’est la signature de Jésus lui-même : le tombeau vide et le linceul. D’ailleurs, Jésus avait dit « Je suis la résurrection et la vie… » (Jn 11,25)… en ressuscitant lui-même Lazare.

Pierre et Jean rentrent chez eux. Ils viennent de comprendre les paroles de l’Ecriture selon lesquelles Jésus devait se relever d’entre les morts. Marie-Madeleine de son côté sera consolée par Jésus « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Marie-Madeleine ne reconnaît Jésus que lorsqu’il l’appelle par son prénom. Miracle de la re-connaissance. Une mission est alors confiée à cette femme, premier témoin de la résurrection : « Va trouver mes frères et dis leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu ».

Ensuite, Jésus va multiplier ses apparitions : apparition aux disciples d’Emmaüs qui vont le reconnaître à la fraction du pain, les cœurs brûlants. La rencontre avec les dix disciples puis avec les onze, Thomas étant alors présent. Et voilà que le mystère de Pâques, avec l’Ascension et la Pentecôte, lance toute l’Eglise dans la mission : Allez ! « Allez proclamer la Bonne Nouvelle… Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps » (cf. Mth 28, 19-20).

Alors, aujourd’hui, recherchons à tout resituer dans l’amour de Dieu avec le Christ. Si nous vivons par Lui, avec Lui en en Lui Jésus-Christ ressuscité, nous accueillons l’Esprit-Saint qui nous arrache aux ténèbres. Nous pouvons lutter contre le Mal. Le chemin de l’Espérance s’ouvre au cœur même de nos difficultés. Une porte s’ouvre qui nous fait sortir de nos tombeaux. La Lumière de Pâques rejaillit sur toute la vie. Elle nous donne la force d’aimer comme Jésus nous aime. Jusqu’au bout de l’amour. Nous sommes capables de faire attention les uns aux autres, de devenir solidaires, de nous soutenir les uns les autres, surtout en cette période de Covid-19. Appliquer les gestes barrière, vivre le confinement de manière stricte, c’est protéger la vie, c’est faire réussir la vie. Nous devenons les uns avec les autres la signature de Jésus dans l’Esprit de communion. Jésus est vraiment le Vivant de toute vie.

Dieu remet notre île entre nos mains. Et nous mettons nos mains dans les mains du Christ Ressuscité. Nous sommes sûrs que Dieu ne nous lâchera pas. Avec Lui, nous remporterons la victoire. Oui, le Christ est vraiment ressuscité. Je vous souhaite Pâques de Lumière et d’Espérance à vous et à tous ceux qui vous sont chers. Amen.

                                                                                                      Monseigneur Gilbert AUBRY

 




« Le Corps du Christ a le coronavirus » (Jeudi Saint 2020 ; Fr Manuel Rivero)

C’est la Pâque juive ! Des milliers de pèlerins sont montés à Jérusalem. Le peuple opprimé par le pouvoir romain attend le Messie libérateur. Les soldats de la légion romaine se montrent nerveux et craintifs. Pilate ne dort pas bien dans la crainte de la révolte. Des zélotes, résistants juifs, poignardent des soldats romains dans les ruelles de Jérusalem. L’empire romain les punit par la crucifixion publique qui terrorise la population. On pense que le Messie viendra pendant la fête de Pâques.

C’est la fête de Pâques ! Jésus a réuni ses disciples pour faire mémoire de la sortie d’Égypte, terre d’esclavage, vers la Terre promise. Juif observant la Loi, Jésus accomplit les rites de la Pâque tout en leur donnant une nouvelle signification : l’annonce de sa mort pour la rémission des péchés. Acte suprême d’amour qui unira l’humanité frappée par le mal et le malin à la sainteté de Dieu.

Le partage du pain et de la coupe annoncent la communion avec Dieu et la nouvelle fraternité entre les hommes.

Saint Jean, l’évangéliste, ne nous a pas transmis le récit de l’institution de l’Eucharistie comme les autres évangélistes ou saint Paul. En revanche, il nous a introduits dans le sens de la Cène en nous montrant Jésus, le serviteur, qui lave les pieds de ses disciples.

La Cène célébrée par Jésus manifeste son amour total envers Dieu le Père qui l’a envoyé et à l’égard des hommes qu’il purifie par son sang versé.

Dieu n’est pas le même pour tous

Il y en a qui disent : « Dieu est le même pour toutes les religions ». C’est vrai s’il s’agit de la foi en Dieu créateur. Ce n’est exact si nous pensons au Dieu sauveur révélé par Jésus-Christ. Judas qui a abandonné et trahi Jésus en est la preuve. Pourtant, Judas aimait Jésus et Jésus l’aimait. Mais Judas a été déçu. Il s’attendait à un autre Messie, à un autre Dieu, que celui qui allait mourir dénoncé par les autorités juives et exécuté par le pouvoir romain. Après avoir livré Jésus aux responsables de son Peuple, il s’est repenti en leur jetant les trente pièces d’argent à la figure et il s’est pendu. Le Dieu de Judas n’était pas le même que le Dieu de Jésus.

Encore aujourd’hui, la mentalité de Judas pénètre les esprits de l’homme contemporain, mieux disposé à croire en un Dieu tout-puissant et justicier, qu’en Jésus, doux et humble de cœur. Il n’y a pas que l’argent qui compte dans l’abandon de la pratique religieuse. Il y a aussi et surtout le manque de foi en l’humilité de Dieu.

Jésus, non violent, ne tue personne. Jésus, médecin des corps et des âmes, n’envoie des maladies à personne. Oui, Dieu, ne fait pas descendre le coronavirus sur la terre. Encore une fois, Dieu n’est pas le même selon que l’on croit en son pouvoir de nuire ou en son amour jusqu’à la mort.

La célébration de la Cène annonce le mystère pascal accompli par Jésus sur le Calvaire et dans sa victoire sur la mort.

Mystère de Communion

Jésus prend à rebrousse-poil notre individualisme. Il partage son Corps et son Sang aux apôtres rassemblés et non pas à un individu isolé.

La messe actualise ici et maintenant la mort et la résurrection de Jésus, mystère de Communion. Ce n’est pas sans raison que nous utilisons le même mot « Communion » pour désigner l’union entre les personnes et l’Eucharistie. La messe nous accorde la Communion avec Dieu et la communion fraternelle.

Il en va de même de l’utilisation de l’expression « Corps du Christ » qui renvoie au Corps de Jésus-Christ et à l’Église, Corps du Christ.

En recevant à la messe le Corps du Christ nous recevons son Corps, son Sang, son âme et sa divinité, la sagesse du Père dans l’amour unifiant de l’Esprit Saint. Dans l’eucharistie, la Trinité entre en nous et nous entrons dans la Trinité. Nous devenons les temples de la sainte Trinité. L’Église fait l’Eucharistie et l’Eucharistie fait l’Église. Le Corps de Jésus fait des baptisés l’Église, Corps du Christ. C’est pourquoi saint Augustin prêchait : « Devenez ce que vous recevez. Recevez le Corps du Christ et devenez le Corps du Christ ».

Saint Paul explique ce mystère de l’Église, Corps du Christ, où Jésus-Christ en est la Tête et les baptisés les membres. De la même manière que dans nos corps la tête reste inséparable des autres membres, le Christ et les fidèles ne font qu’un (cf. I Corinthiens 12,12s).

 

« Le Corps du Christ a le coronavirus »

Aussi pouvons-nous dire : « Le Corps du Christ a le coronavirus ». Ce n’est pas une hérésie mais l’application du mystère de l’Église à notre situation actuelle. Les baptisés forment le Corps du Christ, l’Église. Les malades sont membres du Corps du Christ. Dans quelle religion Dieu s’est-il fait aussi proche des hommes ? (cf. Deutéronome 4,7).  

Par le mystère de « son Incarnation, le Fils de Dieu s’est en quelque sorte uni lui-même à tout homme » (Concile Vatican II, Gaudium et Spes n°22). Par le baptême, les disciples de Jésus partagent la vie de la sainte Trinité. Dans la Communion eucharistique, le croyant communie à l’amour des Personnes trinitaires, le Père, le Fils et l’Esprit Saint. À l’image de l’amour qui circule au cœur de la Trinité où chaque personne vit pour l’autre, avec l’autre et dans l’autre, le chrétien qui communie s’engage dans une relation trinitaire de dialogue et d’amour.

« Faites ceci en mémoire de moi »

Ce trésor de la Communion divine et humaine, Jésus l’a confié à ses apôtres, ses collaborateurs dans l’œuvre du Salut. Désormais, Jésus parlera à travers la prédication des apôtres et Il répandra son Amour plus fort que la mort dans la célébration de la messe.

Mission sacrée confiée à des hommes fragiles et pécheurs. En ce Jeudi Saint, les chrétiens célèbrent particulièrement leur sacerdoce. Les laïcs, le sacerdoce commun des fidèles, en offrant le Sacrifice de l’autel en communion avec toute l’Église. Les laïcs ne sont pas des spectateurs passifs à la messe mais des célébrants du mystère pascal. C’est pourquoi, le prêtre déclare avant l’offertoire : « Prions ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église ». Dans l’Eucharistie, Jésus s’offre au Père ici et maintenant. Toute l’Église s’unit à Jésus pour devenir offrande à la gloire du Père.

Les évêques, successeurs des apôtres, et les prêtres, leurs collaborateurs, célèbrent leur sacerdoce ministériel, différent du sacerdoce commun des fidèles mais à son service. Dans la consécration du pain et du vin, le prêtre agit « in personna Christi capitis », c’est-à-dire en union avec la personne du Christ, Tête de l’Église. Dans l’Eucharistie, ce n’est pas le prêtre qui consacre mais le Christ lui-même. Les sacrements sont ainsi toujours saints indépendamment de la sainteté du ministre qui célèbre.

Sacerdoce commun et sacerdoce ministériel

Bonne fête à tous les baptisés et à tous les prêtres ! Soyons dans la joie et remercions le Seigneur Jésus qui nous a accordé une telle dignité. Les laïcs ont été consacrés dans le baptême. Les prêtres ont été consacré dans le sacrement de l’Ordre pour collaborer avec les évêques dans l’enseignement, la sanctification et le gouvernement. Nés de la Communion du Père, du Fils et de l’Esprit, tous les chrétiens ont reçu la mission de servir la Communion avec Dieu et avec les frères et les sœurs en humanité. La grandeur de chaque chrétien relève de son amour dans le service et non de la reconnaissance sociale des tâches accomplies. Tous, nous avons besoin les uns des autres.

L’évêque a besoin de ses prêtres et les prêtres ont besoin de leur évêque pour faire la volonté de Dieu et non leur volonté propre.

Un prêtre avait dit un jour : « L’évêque a besoin de moi mais je n’ai pas besoin de l’évêque ». Quel malheur ! Ce n’est rien comprendre au mystère de la Communion. Les ministères sont reçus au service de tous. On ne se donne pas un ministère, on le reçoit de Dieu à travers les responsables de l’Église.

Les enfants ont besoin des prêtres pour se réunir, apprendre à prier et à servir. Le prêtre a besoin des enfants qui lui révèlent Dieu. Les malades et les personnes détenues ont besoin du soutien des prêtres et les prêtres ont besoin de la prière et du témoignage des malades et des personnes détenues. Et la perfection se trouve dans l’amour. Ensemble, tous les chrétiens forment le Corps du Christ. La célébration de la messe, le plus grand des miracles, réalise par l’Esprit Saint cette merveille : « Quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l’Esprit Saint, accorde-nous d’être un seul corps et un seul esprit dans le Christ » (Canon eucharistique III).

« Le peuple porte ses prêtres »

En ce Jeudi Saint, demandons au Seigneur des vocations de prêtre. Soutenons et vénérons les prêtres ! La première fois que je suis venu prêcher à la Réunion en 1992, une personne m’avait surpris en me disant : « À La Réunion, le peuple porte ses prêtres plus que les prêtres ne portent leur peuple ». A priori j’aurais pensé le contraire, mais, au fond, cette attitude montre l’amour des Réunionnais envers les prêtres et cette synergie est belle !

En ce Jeudi Saint, ayons aussi une pensée pour les mamans des prêtres. La maman du père Lagrange, dominicain, fondateur de l’École biblique de Jérusalem, avait consolé une maman qui assistait à l’ordination presbytérale de son fils en pensant qu’elle le perdait : « Madame, ne soyez pas triste ! Une maman trouve sa plénitude de mère quand son fils devient prêtre ! ».

« Les âmes vont aux prêtres »

Le père Lagrange affirmait aussi par expérience : « Les âmes vont aux prêtres ! » Oui, les âmes vont aux prêtres qui leur transmettent la grâce de la Parole de Dieu et des sacrements.

Dieu a voulu avoir besoin des prêtres.

Célébrons le Pain vivant descendu du Ciel, dans la louange et l’adoration. Demandons à Dieu de nous délivrer de la pandémie et de soutenir le corps médical et tous ceux qui travaillent au service du bien commun en cette épreuve.

« À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien-au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen. » (Éphésiens 3,20).

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Fr. Manuel Rivero O.P.

Aumônier de la prison de Domenjod




Qu’est-ce que la Semaine Sainte ?

 

Qu’est-ce que le Triduum pascal ?

 

« Triduum » est un mot latin signifiant « un espace de trois jours ». Le Triduum pascal s’étend ainsi de la messe du soir du Jeudi saint au dimanche de Pâques inclus. Il est le cœur de l’année liturgique.

Du dernier repas de Jésus avec ses disciples, repas où il institua l’Eucharistie, à la Résurrection s’écoulent ces trois jours auxquels le Seigneur a souvent fait allusion dans l’Évangile et qui, ensemble, constituent le Mystère pascal.

Lors de ce dernier repas (la Cène), Jésus a offert son Corps et son Sang en nourriture à ses Apôtres. La célébration du Jeudi Saint fait aussi mémoire du Lavement des pieds qui eut lieu au cours de ce même repas. Mais seul St Jean nous le raconte (Jn 13). Les deux évènements, Institution de l’Eucharistie et Lavement des pieds, sont complémentaires : Jésus est venu, non pas pour être servi mais pour servir et offrir sa vie pour le salut du monde…

Le Vendredi Saint, nous méditons le mystère de la mort du Christ et nous adorons la Croix, sur laquelle l’œuvre du salut est accomplie.

Coffre où est conservé le Saint Suaire dans la cathédrale St Jean Baptiste à Turin

Suite à ce combat victorieux, l’Église contemple le Christ au tombeau, dans le « repos » du Samedi Saint. Elle est comme Marie, parfaite croyante qui conserva la foi et qui espéra contre toute espérance en la résurrection de Jésus.

Après la longue veille, samedi soir, dans l’obscurité de la nuit pascale, lors de « la Vigile pascale », l’Alléluia de la résurrection retentit. Le feu de l’amour de Dieu illumine la nuit : le Christ a vaincu la mort pour chacun d’entre nous… Si nous acceptons de le laisser agir dans nos cœurs et dans nos vies, sa victoire sera alors aussi la nôtre…

 

Qu’est-ce que la Messe Chrismale ?

 

La messe chrismale a lieu durant la Semaine Sainte : dans le rite catholique latin, la messe chrismale n’appartient pas, au sens strict, au Triduum pascal. Si elle a lieu le plus souvent le Jeudi Saint au matin, elle peut être transférée à un autre jour, pourvu qu’elle soit proche de Pâques. Beaucoup d’évêques, pour faciliter la participation des fidèles et des prêtres, choisissent un soir de l’un ou l’autre des jours saints, le lundi, le mardi ou le mercredi.

Durant la messe chrismale, l’évêque bénit les huiles saintes et consacre le Saint Chrême.

Les huiles saintes sont :

1 – L’huile utilisée lors du « Sacrement des malades » : appliquée par un prêtre sur le front des malades, elle est le signe du Don de l’Esprit Saint qui vient apporter Force, Paix, Consolation, Réconfort… « Quelqu’un parmi vous est-il malade ? Qu’il appelle les Anciens de l’Église et qu’ils prient sur lui après l’avoir oint d’huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient et le Seigneur le relèvera. S’il a commis des péchés, ils lui seront remis » (Jacques 5,14-15). Avec ce sacrement, le malade s’abandonne avec confiance entre les mains de celui qui a guéri tant de malades, comme nous le rapportent les Evangiles… Et « le Christ est le même, aujourd’hui comme hier, et comme il le sera à jamais » (Hébreux 13,8)… Avec Lui, tout est toujours possible…

2 – L’huile utilisée pour les Catéchumènes, c’est-à-dire les grands jeunes et les adultes qui ont demandé à recevoir le Sacrement du Baptême, qui ouvre à la vie chrétienne par le Don reçu de l’Esprit Saint, et les Sacrements de la Confirmation et de l’Eucharistie qui fortifient et nourrissent dans les cœurs ce Don de l’Esprit Saint… En recevant l’huile des Catéchumènes, ils sont encouragés et soutenus par ce même Esprit dans leur démarche de foi qui les conduira à la Plénitude du Baptême…

L’huile du Saint Chrême, quant à elle, est utilisée pour les Sacrements du Baptême, de la Confirmation, et de l’ordination des Prêtres et des Evêques. Elle symbolise encore et toujours l’action de l’Esprit Saint dans les cœurs, qui consacre les êtres à Dieu et leur donne d’accomplir le service auquel ils ont été appelés…

 

Au cours de cette messe chrismale qui manifeste l’unité de toute l’Église diocésaine rassemblée autour de son évêque, les prêtres renouvellent leurs promesses sacerdotales : vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus, chercher à lui ressembler, renoncer à eux-mêmes, être fidèles aux engagements attachés à leur charge, célébrer les sacrements, annoncer la Parole de Dieu avec désintéressement et charité.

 

Qu’est-ce que le jeudi saint ?

 

Jésus prend son dernier repas avec les douze Apôtres dans la salle dite du « Cénacle », à Jérusalem. Saint Paul (1° Lettre aux Corinthiens, 11,23-25) et les évangélistes Marc (Mc 14,22-25), Luc (Lc 22,19-20) et Matthieu (Mt 26,26-29) rapportent les récits de ce dernier repas, « la Cène », au cours duquel, en prenant le pain et le vin, le Christ rend grâce et offre son Corps et son Sang pour le salut des hommes.

Au cours de ce repas, Jésus va aussi se mettre à genoux devant chacun de ses disciples et leur laver les pieds (Jean 13,1-20). Il prend la tenue de serviteur et dit : « C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez vous aussi comme j’ai fait pour vous. » Au cours de la messe célébrée avec solennité, on répète le geste du lavement des pieds comme exemple de tous ces services que nous pouvons nous rendre les uns aux autres…

Après ce repas de la Cène, l’heure de l’épreuve approchant, le Christ se rend au jardin des Oliviers avec les apôtres pour veiller et prier.

Le Jeudi Saint, l’Église célèbre la messe « en mémoire de la Cène du Seigneur », puis le Saint Sacrement est déposé dans un lieu à part, appelé « le reposoir », l’autel est dépouillé, la croix est enlevée et voilée. Tout ce dépouillement symbolise le Christ entré dans sa passion, dépouillé de tout. C’est une nuit d’adoration. Les fidèles s’unissent à la prière du Christ ce soir-là, en veillant auprès du Saint Sacrement (le pain et le vin consacrés au cours de la messe) jusques tard dans la nuit.

 

Qu’est-ce que le vendredi saint ?

 

Trahi par son disciple Judas, le Christ est arrêté. Il est accusé de semer le désordre par ses enseignements et surtout d’usurper le titre de Messie, un mot qui vient de l’hébreu « mashiah », qui signifie « Oint, Celui qui a reçu l’onction ». Cette onction était tout simplement de l’huile versée par un prophète ou un prêtre sur la tête du nouveau roi pour signifier le fait que Dieu lui donnait la grâce de son Esprit pour qu’il puisse vivre au mieux sa fonction royale… A l’époque de Jésus, Israël attendait un nouveau Roi, le Messie, qui le délivrerait de l’occupant romain…

Interrogé par Ponce Pilate (gouverneur romain de la région), flagellé par les soldats, Il est condamné à être cloué sur une croix – supplice alors réservé aux criminels.

Chargé de la croix, le Christ gravit la colline du Golgotha (littéralement « Mont du crâne », appelé aussi « Calvaire ») et tombe plusieurs fois d’épuisement. Crucifié, Il expire au bout de quelques heures.

Descendu de la croix par ses proches, Il est enveloppé dans un linge blanc (le « linceul ») et mis au tombeau.

Les chrétiens sont appelés au jeûne (qui consiste à se priver de nourriture suivant l’âge et les forces du fidèle), démarche de pénitence et de conversion, expression de l’attente du Christ. L’office du Vendredi saint, appelé « célébration de la Passion du Seigneur », est centré sur la proclamation du récit de la Passion. Il est proposé aux fidèles un Chemin de croix qui suit les étapes de la Passion du Christ.

 

Qu’est-ce que la Vigile Pascale ?

 

La célébration de la nuit du Samedi Saint au dimanche de Pâques est « une veille en l’honneur du Seigneur » durant laquelle les catholiques célèbrent Pâques, passage des ténèbres à la lumière, victoire du Christ sur la mort.

C’est pourquoi, dans la nuit, le feu et le cierge Pâques sont allumés, puis la flamme est transmise aux fidèles.

C’est aussi durant cette veillée – ou Vigile pascale – que sont célébrés les baptêmes d’adultes. Ils sont l’occasion pour les fidèles de renouveler les promesses de leur baptême. À l’issue de leur chemin de catéchuménat, vécu depuis plusieurs années, cette nuit pascale constitue un sommet pour leur initiation chrétienne.

Au cœur de la vigile, les rites spécifiques aux sacrements d’initiation sont parlants : la plongée dans l’eau, qui symbolise la mort, puis la sortie de l’eau qui elle symbolise la naissance à une vie nouvelle… On est baptisé au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Matthieu 28,16-20).

Au sortir de l’eau, les nouveaux baptisés seront revêtus du vêtement blanc, une couleur qui renvoie à la Plénitude de la vie divine… Ils le porteront au cours de certaines célébrations du temps pascal. S’ils sont confirmés ce soir-là, il y aura le rite avec le Saint Chrême, la marque de l’Esprit Saint. Avec toute l’assemblée, ils recevront le cierge allumé, symbole de la Lumière de l’Esprit Saint. Tels des porteurs de la lumière de foi dans leur vie, ils participent à la liturgie eucharistique et communient pour la première fois.

Ce qui est beau à voir et non moins significatif, c’est la joie rayonnante de ces nouveaux baptisés. Cette émotion profonde et toute simple mais qui en dit long sur la transformation humaine et spirituelle qu’ils sont en train de vivre. Ils sont les mêmes hommes, les mêmes femmes qu’auparavant mais « tout autres » quand même puisque résolument disciples de Jésus de Nazareth.

 

Vous retrouverez tous ces éléments, avec, si vous le désirez, des petites vidéos pour chaque jour saint, sur le site de la Conférence des Evêques de France :

https://eglise.catholique.fr

 

 

 

 

 

 

 




“Christ est Ressuscité, pour donner la vie au monde !” (Jn 20,1-9 ; Dimanche de Pâques – D. Jacques FOURNIER)

       « Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau » de Jésus « de grand matin »…  Nous sommes donc ici au matin d’un lendemain de sabbat (samedi), ce qui correspond aujourd’hui à notre Dimanche.

La veille de ce sabbat, un vendredi donc, Jésus était mort sur une croix à l’heure où l’on égorgeait dans le Temple de Jérusalem tous les agneaux qui devaient être mangés lors de la fête de Pâque, qui tombait cette année-là un jour de sabbat. Jésus est bien « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). « Il a aboli le péché par son sacrifice », écrira plus tard l’auteur de la Lettre aux Hébreux (Hb 9,26). Puis, «  ayant offert pour les péchés un unique sacrifice », le sien, « il s’est assis pour toujours à la droite de Dieu », au jour de sa résurrection d’entre les morts (Hb 10,10), en « Sauveur du monde » (Jn 4,42)…

       Et il ne cesse de nous dire et de nous redire : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir » (Lc 5,31-32). Alors, puisque le péché ne sème derrière lui que « souffrance et angoisse » (Rm 2,9), « si quelqu’un a soif », soif de vrai Bonheur, de vraie Vie, « qu’il vienne à moi et qu’il boive celui qui croit en moi ! Comme il est écrit : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit », l’Esprit de Lumière et de Vie, « que devaient recevoir ceux qui croient en lui » (Jn 7,37‑39).

       Tel est le cadeau offert désormais aux pécheurs qui jour après jour, se détournant de leurs péchés et de leurs misères, avec le secours de sa grâce, se tournent de tout cœur vers le Christ Ressuscité, « Sauveur du monde », Lui qui offre inlassablement « le pardon des péchés » (Lc 1,76-79) à tous les cœurs repentants, en leur communiquant au même moment tout ce dont ils étaient privés par suite de leurs fautes : la Plénitude de sa Vie, de sa Lumière et de sa Paix… « Le salaire du péché, c’est la mort. Mais le Don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle, dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23).

En s’approchant du tombeau de Jésus, Marie de Magdala « s’aperçoit donc que la pierre avait été enlevée »…Il est ouvert ! Elle n’entre pas et « court alors trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait », certainement St Jean, « et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »

       « Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait », se mettent donc à courir vers le tombeau. Jean, certainement plus jeune, arrive le premier. Mais il n’entre pas. Il attend Pierre, et il le laisse entrer à l’intérieur… Tous les deux constateront ensuite qu’il était vide, « les linges gisant à terre, ainsi que le suaire qui avait recouvert sa tête, non pas avec les linges, mais roulé à part, dans un endroit », celui qu’il occupait en fait sur la tête de Jésus. Lors de la résurrection, le corps a comme disparu, et les linges qui l’entouraient se sont tout simplement affaissés, gardant la place qu’ils occupaient sur le corps de Jésus… Bref, si l’on avait voulu prendre son corps et lui seulement, il aurait fallu dénouer tous les linges, et les laisser en vrac sur le sol. Ce qui n’était pas le cas. C’est ce que St Jean constate : « Il vit et il crut » (Jn 20,1-10).

      Juste après ce récit, et donc toujours « le premier jour de la semaine », nous voyons Marie Madeleine rencontrer le Christ dans sa condition nouvelle de Ressuscité. Cela ne fait que trois jours qu’elle ne l’a plus vu, mais elle ne le reconnaît pas immédiatement. C’est pourtant bien le même, mais il est maintenant dans une tout autre condition… Et ce n’est que lorsqu’il va l’appeler par son nom, « Marie ! », que Marie Madeleine va le reconnaître : ce « tout autre », apparemment inconnu, connaît son nom, et sa Parole a la même résonance au plus profond de son cœur que toutes celles qu’elle a déjà entendues de Jésus… « Tu as les Paroles de la vie éternelle » (Jn 6,68)… Son amour le reconnaît : c’est Lui ! « Rabbouni ! », « mon Maître ! » «  Ne me touche pas », lui répond Jésus,« car je ne suis pas encore monté vers le Père. Mais va trouver mes frères et dis-leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ». Et c’est bien ce qu’elle fera…

       Et le Christ se manifestera à eux… « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie ; – car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1Jn 1,1-3).

       C’est pour faire mémoire de cet événement unique, la Résurrection du Christ, que la communauté chrétienne tout entière est invitée à se rassembler, notamment le Dimanche, autour de son Seigneur, pour le rencontrer dans la foi, dans un cœur à cœur où il s’agira de « vivre » d’une vie nouvelle, de « voir » une réalité spirituelle, invisible à nos seuls yeux de chair, et d’ « entendre » résonner à nos cœurs cet éternel « je t’aime » que le Père du ciel, « le Père des Miséricordes » (2Co 1,3), ne cesse d’adresser à chacun de ses enfants, et donc à tous les hommes… « Heureuxalors vos yeux parce qu’ils voient ; heureuses vos oreilles parce qu’elles entendent. En vérité je vous le dis, beaucoup de prophètes et de justes ont souhaité voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ! » (Mt 13,16‑17).

       Il s’agit donc « d’entendre », dans le silence de nos cœurs, ce « Je t’aime » que le Père dit déjà à tout homme, puisque nous avons tous été créés par amour… Il ne peut en être autrement, puisque « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16). Et ce « je t’aime » ne cesse de retentir, d’une manière ou d’une autre, tout au long de nos existences… « Le Père lui-même nous aime », nous dit Jésus. Et il faut que « le monde reconnaisse que tu les as aimés comme tu m’as aimé », dit-il encore (Jn 16,27 ; 17,23). Mais comment le Père aime-t-il le Fils ? En se donnant à Lui de toute éternité, gratuitement, par amour : « Le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout ce qu’Il Est, tout ce qu’il a (Jn 16,15 ; 17,10). Et c’est par ce Don total de Lui-même qu’il l’engendre en Fils, « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo).

      Le Père aime chacun d’entre nous « comme » il aime le Fils de toute éternité ? Cela signifie que le Père ne cesse de proposer à nos cœurs et à nos vies ce même Don qu’il fait au Fils de toute éternité, un Don par lequel il l’engendre en Fils « de même nature que le Père » (Crédo). Telle est l’aventure qui nous est proposée : accueillir nous aussi, dans notre condition de créatures, ce Don de Dieu, ce Don du Père, et il aura en nous les mêmes effets que ceux qu’il a dans le Fils de toute éternité : il nous engendrera nous aussi à la Plénitude même de Dieu,  nous donnant de participer par grâce à ce que  Dieu Est par nature de toute éternité (2P 1,3-4)… Nous vivrons alors de sa Vie, nous nous réjouirons de sa Lumière, nous connaîtrons sa Paix qui est Plénitude de Joie, de Bonheur profond… Alors, la volonté de Dieu sera accomplie sur chacun d’entre nous… Il suffit que nous acceptions de nous laisser aimer tels que nous sommes, laissant le Christ Sauveur du monde, le Christ médecin, accomplir en nous son œuvre de salut…

                                                                                           D. Jacques Fournier

Prions avec Charles de Boucaud, en pensant, en cette période de pandémie mondiale, à tous ceux et celles qui connaissent l’épreuve de la maladie, et à tous ceux et celles qui, chaque jour, se donnent sans compter pour les soigner… 

Mon Père, je m’abandonne à Toi, fais de moi ce qu’il Te plaira.

Quoi que Tu fasses de moi, je Te remercie, je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures,

je ne désire rien d’autre mon Dieu.

Je remets mon âme entre tes mains.

Je Te la donne, mon Dieu, avec tout l’amour de mon cœur,

parce que je T’aime,

et que ce m’est un besoin d’amour de me donner,

de me remettre entre tes mains sans mesure,

avec une infinie confiance, car Tu es mon Père.




« Il n’est pas ici, car il est ressuscité ! » (Mt 28,1-10 ; Dimanche de Pâques – Francis COUSIN)

La veille du sabbat, le vendredi que nous appelons saint, Jésus meurt sur la croix. Premier jour.

Le samedi, jour du sabbat, fête de la paque juive. Deuxième jour.

Le premier jour de la semaine, celui que nous appelons Dimanche, le jour du Seigneur, Jésus ressuscite. Troisième jour.

« Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; le troisième jour, il ressuscitera. » (Mt 20,18-19)

Des trois évangiles synoptiques, Matthieu est le seul à mettre son récit dans un style apocalyptique, aussi bien pour le vendredi saint que pour la Pâques. Le vendredi, si tous les trois auteurs parlent des ténèbres qui recouvre la terre de la sixième heure (midi) à la neuvième heure (15 h), et du voile du temple que se déchire de haut en bas, Matthieu est le seul à parler d’un tremblement de terre : « la terre tremblaet les rochers se fendirent. Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent, et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens. » (Mt 27,51-53). De même le jour de Pâques : « Et voilà qu’il y eut un grand tremblement de terre; l’ange du Seigneur descendit du ciel, vint rouler la pierre et s’assit dessus. ». C’est le signe de la manifestation la présence de Dieu, comme ce fut au mont Sinaï avec Moïse (Ex 19,18) ou à l’Horeb avec Elie ( 1R 19, 11-12).

Il est aussi le seul à parler de femmes qui viennent le matin de Pâques, Marie-Madeleine et l’autre Marie (Laquelle ?), non pour faire l’embaumement du corps de Jésus, mais simplement pour voirle tombeau, les mêmes qui étaient restées là, « assises en face du sépulcre », le vendredi. Comme nous le faisons quand nous ’’rendons visite’’ à nos proches dans un cimetière.

Que dit cet ange musclé qui roule la pierre du tombeau et saute dessus ? « Il n’est pas ici, car il est ressuscité, comme il l’avait dit. Venez voirl’endroit où il reposait. Puis, vite, allez direà ses disciples … »

Il demande aux femmes, d’abord de l’écouter, puis de vérifier ses dires en regardant, et enfin, en urgence, vite, d’aller annoncer la nouvelle aux disciples, de partagerce qu’elles viennent de vivre.

On remarquera que c’est un petit peu ce que nous vivons à la messe : on commence par écouterla Parole de Dieu et son explication, puis nous voyons(dans la foi) le pain et le vin changés en corps et sang du Christ, et ensuite nous sommes invités à aller partagernotre foi avec ceux que nous rencontrerons (sans le critère d’urgence …, mais …).

Ce qui n’est pas tellement surprenant puisque la messe est le « mémorial de la passion et de la résurrectionde Seigneur. » (CEC 1330)

Mais ce Jésus qui « n’est pas ici », il n’était pas bien loin, puisque, à peine les femmes parties du tombeau, « remplies à la fois de crainte (de Dieu, et non pas peur)et d’une grande joie », voilà qu’au détour du chemin, elles se trouvent nez à nez face à lui : « Soyez sans crainte (sans peur), allez annoncer à mes frèresqu’ils doivent se rendre en Galilée : c’est là qu’ils me verront. »

C’est la première fois que Jésus utilise ce vocabulaire (mes frères) en parlant de ses disciples. Peut-être utilise-t-il ce terme en pensant à ce qu’il a dit à sa mère Marie et à Jean sur le bois de la croix : « Voici ta mère … voici ton fils » (Jn 19, 26-27) …

Jésus est vraiment vivant, les femmes l’ont vu, l’ont touché, se sont prosternés devant lui …

Et il est toujours vivant, comme il l’a dit : « je suis avec vous tous les joursjusqu’à la fin du monde. » (Mt 28,20)

Jésus est ressuscité, il est toujours vivant. Soyons dans la joie. Alléluia !

Jésus est ressuscité

par la volonté de son Père.

La vie a vaincu la mort.

Il nous ouvre le chemin vers son Père.

Soyons dans la joie.

Alléluia !

                                                                                   Francis Cousin

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Prière dim Pâques A




“Aide-toi et le ciel t’aidera” (Interview de Mgr Gilbert Aubry).

1) Comment réagit l’Eglise de la Réunion face à la crise sanitaire, alors que les structures religieuses sont fermées au public et que les rassemblements sont interdits ? De quelle manière, les prêtres et autres représentants religieux continuent de venir en aide et en soutien à la population ? 

L’Eglise à La Réunion est très mobilisée face à la crise sanitaire mais du fait du confinement, le soutien par la présence physique n’est pas possible. Nous utilisons les outils numériques pour rester en contact avec la population via le site « eglisealareunion.org », la page Facebook « Diocèse de La Réunion », la chaîne YouTube « Eglise à La Réunion ». Notre Centre Diocésain d’Information est joignable par mail « diocesereunion@gmail.com ». Radio Arc-en-ciel fait un énorme travail de communication et propose aux auditeurs un site « radioarcenciel.re » et une page Facebook « Radio Arc-en-Ciel Réunion ». De plus en plus de paroisses ont adopté Facebook comme moyen pour rester en lien avec les paroissiens. Eglise 2.0, qui retransmet les messes des dimanches de 10 H à 11 H sur Réunion la 1ère, touche beaucoup de monde dont une bonne proportion de jeunes. Le Secours catholique (0693 46 74 07) répond aux demandes urgentes concernant les situations les plus précaires et les situations d’isolement.

2) Dans les difficultés, beaucoup de personnes vont habituellement chercher du réconfort auprès de l’église. Or, pour les raisons de sécurité sanitaire que l’on connaît, elles ne peuvent plus se rendre dans les établissements religieux. Que leur conseillez-vous pour les aider à surmonter les épreuves et leur peine ? Où et comment prier ? 

La prière n’est pas d’abord de réciter les mots d’une prière dans un lieu déterminé. La prière est d’abord un élan du cœur vers l’infini, vers Dieu. Cela peut-être une prière de louange, une prière de demande, une prière de demande de pardon à Dieu et aux autres. La meilleure prière nous est donnée par Jésus lui-même. C’est le Notre Père. La prière comme élan du cœur peut être dite en tout lieu. Quand nous prions dans une église, nous sommes dans un lieu qui invite au recueillement, où il y a un tabernacle avec la présence réelle et sacramentelle de Jésus Eucharistie. Ce lieu est le lieu de convocation de l’assemblée pour écouter la Parole de Dieu, pour célébrer la messe et les sacrements, pour l’envoi en mission surtout le dimanche, jour de la résurrection du Christ. Nous y venons avec nos joies et nos peines, nos besoins, nos désirs. Avec la foi et dans l’adoration nous venons y puiser l’Espérance. Et il ne faut pas oublier que la première église, le premier temple c’est le corps de chacun de nous en relation avec Dieu et avec les autres. Nous pouvons donc prier partout.

Aujourd’hui, pour aider à surmonter les épreuves et les peines, il y a la possibilité d’avoir des accompagnements spirituels personnalisés en s’adressant aux pères jésuites (0693 85 44 09) du lundi au samedi de 8h30 à 11h00, aux pères dominicains (www.lacathedrale.reou www.dominicains.re) , aux sœurs moniales dominicaines à Saint-Denis (0262 21 44 30), aux sœurs carmélites aux Avirons (0262 38 04 67).

3) Sans que ce ne soit lié au coronavirus, beaucoup de fidèles ont perdu des proches et n’ont pas pu faire leurs adieux comme ils l’auraient voulu en raison des nombreuses restrictions décidées par le Gouvernement. Certains ont même été privés de veillées et d’obsèques. Comment réussir à faire son deuil sans ces rituels ô combien importants ? 

Normalement les églises sont fermées. Elles ne sont ouvertes que pour les obsèques. Les prêtres ont reçu de ma part un protocole à cet effet. L’assemblée ne doit pas dépasser une petite vingtaine et les personnes doivent être disséminées dans l’église. En aucun cas, l’on ne doit toucher le cercueil. Il est de notre devoir et de notre responsabilité de respecter les restrictions décidées par le Gouvernement. C’est ainsi que nous contribuerons à enrayer la propagation de ce virus de la mort. Oui, les rituels sont importants, surtout pour ceux qui restent. Mais si nous ne pouvons pas aller à l’église, en restant chez nous, nous confierons au Seigneur notre Dieu l’être cher qui nous  a quittés. Demandons lui de le délivrer de tout mal, de le conduire au paradis où il n’y a plus ni deuil, ni larme, ni douleur mais la paix et la joie.  Nous implorerons aussi son aide pour nous qui sommes encore sur cette terre.  Que nous puissions prendre le chemin de l’espérance !

Et puis consolons-nous en sachant que, dans une messe que le prêtre célèbrera en privé, sans public, il priera plus spécialement pour notre défunt. Nous pourrons ainsi nous associer spirituellement à cette messe. Et à la fin de la période de confinement, une messe sera célébrée dans chaque paroisse pour tous les défunts décédés durant cette période. Les noms des défunts seront alors cités au memento des morts.

Danger mortel

4) C’est difficile de rester confiné à la maison. Que souhaitez-vous dire aux fidèles pour les aider à garder patience ? 

Tout d’abord, il faut prendre conscience du danger mortel véhiculé par le COVID-19. Le virus ne marche pas tout seul. Ce sont les personnes qui marchent et qui se rencontrent, qui font marcher le virus. Ces personnes se mettent et mettent les autres en danger de mort. Vous voulez vivre ou mourir ? Ne vous laissez pas aller. Occupez-vous. Réveillez votre instinct vital. Téléphoner à vos proches, à vos amis, aux personnes âgées. Soutenez-vous humainement, spirituellement. Branchez-vous sur radio Arc-en-ciel ou KTO. Repérez aussi les personnes âgées et isolées, les sans toit, les SDF et signalez-les aux CCAS, au Secours Catholique, à Saint-Vincent de Paul, à d’autres associations d’entraide.

5) Vous-même, êtes-vous déjà sorti ? Si oui, pour quelles raisons ? Et comment occupez-vous vos journées ?

Non. Je respecte le confinement et même si je ne me déplace pas, je travaille à mon bureau. Le téléphone et Internet fonctionnent plus que jamais.

6) Le président Macron parle de “guerre”. C’en est une, selon vous ? 

D’une certaine manière oui. Mais là, il s’agit d’un ennemi invisible où la victoire dépend toujours d’un élan commun capable de générer un sursaut du moral pour sortir de l’angoisse et de la déprime, être capable de positiver et engendrer une réelle solidarité de tous les jours qui préparera l’avenir. Après le confinement, il faudra, et le Gouvernement et chacun à sa place, faire un débriefing pour tirer les leçons et mieux nous armer contre les différentes formes d’adversité. Il y a une formule américaine qui dit : « Si tu cours ils marchent. Si tu marches ils piétinent. Si tu piétines ils s’asseyent. Si tu t’assieds ils se couchent. Si tu te couches ils s’endorment. Si tu t’endors ils sont morts ». Il nous faut choisir la vie et non la mort. Haut les cœurs !

7) Les hommes vont mal, mais la planète ne s’est jamais aussi bien portée que depuis que le virus est apparu. Selon vous, le coronavirus pourrait-il être un message, voire une punition de Dieu, et dans quel but ? 

Ne pensons pas Dieu comme un père fouettard ou un commandeur esclavagiste qui tomberait sur notre dos pour nous accabler de malheurs. Dieu ne veut jamais le mal, il ne désire pas le mal. Quand nous piétinons la biodiversité, quand nous pillons la planète, quand nous la polluons, quand les rythmes que nous nous imposons détruisent les rythmes qui harmonisent le végétal, le minéral, l’animal… et les humains… alors surgissent les virus mortels comme le COVID-19. En ce sens, nous sommes punis par là où nous avons péché. Nous nous punissons nous-mêmes. Mais la punition devient pédagogie parce qu’elle appelle à la prise de conscience et à la nécessité de développer une écologie intégrale dans laquelle doit s’inscrire chaque être humain, chaque peuple, tous les peuples. Si ce que nous vivons maintenant peut convaincre le plus grand nombre qu’il ne faut plus différer les changements qui s’imposent, alors ce drame porteur d’angoisse n’aura pas été traversé en vain. Dieu remet le monde entre nos mains. Avec Lui. « Aide-toi et le ciel t’aidera ».

8) Les gens ont peur. Pour eux-mêmes ou pour leurs proches. Que souhaitez-vous leur dire pour les aider à traverser cette épreuve ? 

De repenser à la veillée de prière avec le pape François seul, « confiné » sur la place Saint Pierre, le soir du vendredi 27 mars. Il nous a aidés à méditer l’évangile de la tempête apaisée (Marc chapitre 4, 35 à 41). Les disciples et Jésus sont pris dans la tempête. La barque est prête à couler. Jésus dort sur un coussin à l’arrière. Les disciples réveillent Jésus « cela ne te fait rien ? – Silence, tais-toi » dit Jésus à la mer. « Il se fit un grand calme » et Jésus de leur dire « Pourquoi avez-vous si peur ? » Le pape a comparé l’humanité qui a peur, qui est désemparée à ce groupe d’hommes rassemblés dans la barque et qui lance un SOS à Jésus. A la lumière de l’Evangile, soyons sûrs que Jésus est le Maître du navire et des flots. Nous traverserons cette épreuve, ensemble. La vie prendra une autre couleur parce que nous nous souviendrons. Mais nous ne ferons pas demain comme avant. Ce sera autrement. Avec le Maître du navire et des flots nous arriverons à bon port. C’est mon espérance pour moi, pour vous et tous les vôtres.

                                                                                    Monseigneur Gilbert AUBRY