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La Sainte Trinité par Claude Won Fah Hin (Matth 28, 16-20)

Homélie du samedi 29/5/21 et Dimanche 30/5/2021

Aujourd’hui, c’est la sainte Trinité.  Le Catéchisme de l’Eglise Catholique nous dit que « la Trinité (§237) est un mystère de foi au sens strict, un des ” mystères cachés en Dieu, qui ne peuvent être connus s’ils ne sont pas révélés d’en haut ” (Cc. Vatican I : DS 3015) … L’intimité de Son Être comme Trinité Sainte constitue un mystère inaccessible à la seule raison… ». Sœur Faustine nous dit (Petit Journal §30) : Ce qu’est Dieu dans son être, personne ne peut le saisir, en profondeur, ni l’esprit angélique, ni l’esprit humain ». Jésus me dit : « Fais la connaissance de Dieu par la contemplation de ses attributs ». « Connaître Dieu par ses attributs » signifie le connaître selon ses particularités, ce qui lui est propre, ses qualités, ses prérogatives etc…Et cela tombe bien puisqu’aujourd’hui, nous avons trois lectures dont la première nous parle du Père, la seconde de l’Esprit Saint et la troisième, celle de l’Evangile, concerne l’envoi en mission par Jésus-Christ.

Le texte du Deutéronome nous parle du Père. « Interroge donc les anciens âges qui t’ont précédé », autrement dit « revois l’histoire du peuple de Dieu ; interroge sur ton passé et tu verras qui est ce Dieu ». D’abord Il nous a créé. Dieu est créateur, Il a créé l’homme et Il l’a créé pour l’aimer. Au fil des temps, des peuples se sont formés. Et Dieu a choisi son peuple (Ex 3,7-8) : «7 J’ai vu la misère de mon peuple en Egypte et je l’ai entendu crier sous les coups de ses chefs de corvée ». Oui, je connais ses souffrances. 8 Je suis descendu pour le délivrer de la main des Egyptiens et le faire monter de ce pays vers un bon et vaste pays, un pays ruisselant de lait et de miel… ». Et Dieu est venu chercher cette nation par des épreuves, des signes (c’est-à-dire des miracles), des prodiges et des combats. Il a employé les grands moyens. Ex 3,20 : « … j’étendrai la main et je frapperai l’Égypte par les merveilles de toute sorte que j’accomplirai au milieu d’elle ; après quoi, il vous laissera partir. » Ex 7,3 : « …j’endurcirai le cœur de Pharaon et je multiplierai mes signes et mes prodiges dans le pays d’Égypte » et Dieu finit par envoyer les fléaux d’Egypte : l’eau changée en sang, l’envahissement du pays par les grenouilles, les moustiques, la vermine, la peste du bétail, les furoncles, la grêle, les sauterelles, les ténèbres pendant trois jours et enfin le dernier fléau : la mort des premiers-nés d’Egypte avec une protection spéciale pour les enfants premiers-nés du peuple Juif au moment de la Pâque juive, celle du sang de l’agneau offert en sacrifice à Dieu et appliqué sur les montants et le linteau de la porte de leur maison. – Le renvoi au souvenir de la libération d’Israël n’est pas qu’un simple souvenir, mais un mémorial de son salut : le peuple de Dieu peut de nouveau avoir recours à son Dieu, qui, lui, est toujours fidèle, pour avoir sa protection, et ainsi jusqu’à la fin des temps. Si Dieu a choisi ce peuple, l’a libéré de l’esclavage par de grands moyens, c’est pour que ce peuple le reconnaisse comme l’unique Dieu : c’est « Yahvé qui est Dieu », aussi « garde ses lois et ses commandements que je te prescris aujourd’hui, afin d’avoir, toi et tes fils après toi, bonheur et longue vie sur la terre que Yahvé ton Dieu te donne pour toujours ». Dieu, le Dieu d’Israël, et Dieu des Chrétiens révélé par le Christ, est l’unique Dieu et il n’y en a pas d’autre. Tous passeront par Jésus qui est le seul médiateur entre le Père et nous et l’unique porte pour le Royaume de Dieu.

Le troisième texte, situé à la fin de l’Évangile de Matthieu, nous parle du Christ. Après la mort et résurrection de Jésus, les onze disciples (les Apôtres) se retrouvent en Galilée suite à l’annonce rapportée par les femmes aux disciples, comme Jésus le leur avait demandé. Ce lieu n’est sans doute pas choisi par hasard, puisque c’est une région qui « a encore une apparence d’indépendance sous la férule du roi Hérode-Antipas, une région semi-étrangère méprisée par les Juifs » (« Pour Lire la Bible » – Bagot et Dubs – P.115). C’est là qu’Il leur dit trois choses : d’abord que « Tout pouvoir lui a été donné au ciel et sur la terre », pouvoir venant de son Père ; C’est pourquoi Jésus peut envoyer ses Apôtres en mission comme lui-même a été envoyé par le Père pour nous sauver du péché et de la mort. Une mission est toujours donnée par quelqu’un qui a autorité pour l’envoi en mission, on ne décide pas tout seul d’aller en mission. Dans l’Eglise Catholique, c’est l’évêque qui envoie en mission, ou son représentant en accord avec l’évêque. C’est pour cela qu’il ne faut pas suivre les personnes, non envoyés par l’évêque ou même le curé et qui s’improvisent missionnaires pour parler de Dieu. Ainsi, on évite les faux prophètes. – Ensuite, concernant le baptême, si Jésus semble insister sur le baptême, c’est parce que (CEC 265) : « Par la grâce du baptême ” au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit “, nous sommes appelés à partager la vie de la Bienheureuse Trinité, ici-bas dans l’obscurité de la foi, et au-delà de la mort, dans la lumière éternelle ». Voilà pourquoi le baptême est important : il nous permet de vivre en lien constant avec la Trinité. Et Jésus lui-même le dit : « Je suis avec vous pour toujours jusqu’à la fin des temps ». Cette présence du Christ avec nous, chaque jour, est nécessaire pour vivre notre vie de chrétien. Tout le monde connaît cette prière de Padre Pio « Reste avec moi, Seigneur » pour de multiples raisons : pour que je ne t’oublie pas, parce que je suis faible, parce que tu es toute ma vie, parce que je suis sans ferveur ; parce que tu es ma lumière, et je suis dans les ténèbres ; pour faire connaître ta volonté ; parce que je désire t’aimer davantage ; pour que je te sois toujours fidèle…et bien d’autres raisons encore. Il nous appartient à nous de ne pas nous éloigner de Jésus. Lui est très fidèle à son engagement, mais nous, nous avons beaucoup de faiblesses et nous risquons de nous éloigner de Lui « en pensée, en parole, par action et par omission ».  Mais malgré tout, le Ressuscité envoie les siens prêcher l’Évangile en tout temps et en tout lieu, pour que la foi en lui se répande en tout point de la terre. – Pour évangéliser, il faut être soi-même enthousiasmé par l’Evangile et se nourrir aussi de la vie des saints.  Et c’est parce qu’on y apprend de très belles choses et qu’on y adhère avec conviction, ou qu’on a vécu intérieurement ces belles choses de Dieu qu’on a envie de les transmettre à d’autres. Vous ne pouvez pas transmettre ce que vous ne savez pas ou ce que vous n’avez pas vécu. Quelqu’un qui évangélise est aussi et d’abord un témoin de Dieu et cela lui donne l’envie de dire les choses de Dieu à d’autres. Le Pape François (Joie de l’Evangile- 266) nous dit : Cette conviction…est soutenue par l’expérience personnelle, constamment renouvelée, de goûter son amitié (celle du Christ) et son message. On ne peut persévérer dans une évangélisation fervente, si on n’est pas convaincu, en vertu de sa propre expérience, qu’avoir connu Jésus n’est pas la même chose que de ne pas le connaître, que marcher avec lui n’est pas la même chose que marcher à tâtons, que pouvoir l’écouter ou ignorer sa Parole n’est pas la même chose, que pouvoir le contempler, l’adorer, se reposer en lui, ou ne pas pouvoir le faire n’est pas la même chose. Essayer de construire le monde avec son Évangile n’est pas la même chose que de le faire seulement par sa propre raison. Nous savons bien qu’avec lui la vie devient beaucoup plus pleine et qu’avec lui, il est plus facile de trouver un sens à tout. C’est pourquoi nous évangélisons. Le véritable missionnaire, qui ne cesse jamais d’être disciple, sait que Jésus marche avec lui, parle avec lui, respire avec lui, travaille avec lui. Il ressent Jésus vivant avec lui au milieu de l’activité missionnaire. Si quelqu’un ne le découvre pas présent au cœur même de la tâche missionnaire, il perd aussitôt l’enthousiasme et doute de ce qu’il transmet, il manque de force et de passion. Et une personne qui n’est pas convaincue, enthousiaste, sûre, amoureuse, ne convainc personne. (§23) …il est vital qu’aujourd’hui l’Église sorte pour annoncer l’Évangile à tous, en tous lieux, en toutes occasions, sans hésitation, sans répulsion et sans peur. La joie de l’Évangile est pour tout le peuple, personne ne peut en être exclu ». Et, en effet, l’évangile est une vraie grande joie pour celui qui se nourrit de la parole de Dieu, pour celui qui aime Dieu et qui veut le faire connaître aux autres. Ne vous contentez pas de la messe du dimanche, même si c’est déjà une très bonne chose que d’y participer. Il faut porter la Bonne Nouvelle à d’autres. (Joie de l’Evangile 264 🙂 « Si nous ne ressentons pas l’intense désir de …communiquer (la Bonne Nouvelle), il est nécessaire de prendre le temps de…demander à Dieu, dans la prière, qu’il vienne nous séduire. Nous avons besoin d’implorer chaque jour, de demander sa grâce pour qu’il ouvre notre cœur froid et qu’il secoue notre vie tiède et superficielle. Mais le Pape ne parle seulement aux fidèles mais aussi aux communautés (ecclésiales) (§25) : « J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une « simple administration » dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un « état permanent de mission ».

Et pour pouvoir participer pleinement à l’action missionnaire, le deuxième texte nous parle de l’Esprit Saint qui nous est donné pour animer notre cœur et faire de nous des « fils de Dieu », c’est-à-dire des « vivants » parce l’Esprit Saint donne la vie, c’est le souffle de vie qui nous fait avancer, nous met en mouvement afin de vivre pleinement dans la paix du Christ alors que nous sommes en pleine pandémie du Covid. Nous n’avons « pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte » car la crainte vient de l’absence de Dieu dans nos vies. L’Esprit Saint nous donne la vie, la paix, l’amour et bien d’autres vertus mais aussi la force pour agir et faire connaître le Christ. « 16 L’Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. 17 Enfants, et donc héritiers ; héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ…». Parler d’héritage dans l’Ancien Testament, c’est parler de la Terre Promise. Dans le Nouveau Testament, l’héritage c’est la vie éternelle, le Royaume de Dieu, c’est la vie avec Dieu pour toujours. Mais la contrepartie de cette vie éternelle dans la Royaume de Dieu est la souffrance dont parle le verset 17 : héritiers de Dieu, et cohéritiers du Christ puisque nous souffrons avec lui pour être aussi glorifiés avec lui ». Et cela nous renvoie à Paul qui nous dit (2Co 4,7-12 – Le N.T. en français courant) : « 7…nous portons ce trésor spirituel en nous comme en des vases d’argile, pour qu’il soit clair que cette puissance extraordinaire vient de Dieu et non de nous. 8 Nous sommes accablés de toutes sortes de souffrances, mais non écrasés ; inquiets mais non désespérés ; 9 persécutés, mais non abandonnés ; jetés à terre, mais non anéantis. 10 Nous portons sans cesse dans notre corps la mort de Jésus, afin que sa vie se manifeste aussi dans notre corps. 11 Bien que vivants, nous sommes sans cesse exposés à la mort à cause de Jésus, afin que sa vie se manifeste aussi dans notre corps mortel. 12 Ainsi, la mort agit en nous pour que la vie agisse en vous ». Restons toujours sous la protection de Marie pour qu’elle nous apprenne aussi à garder tout cela en silence, dans le secret notre cœur.




Le Mystère de la Trinité (1) : « Le Père et le Fils, en face à face, unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit. »

 

            « Si Dieu était votre Père », dit Jésus à ses adversaires, « vous m’aimeriez, car c’est de Dieu que je suis sorti et que je viens ; je ne viens pas de moi-même ; mais lui m’a envoyé » (Jn 8,42), « et celui qui m’a envoyé est avec moi ; il ne m’a pas laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui plaît » (Jn 8,29). « Celui qui ma envoyé », le Père, « est avec moi », dit Jésus, et cela « toujours », car Jésus « fait toujours ce qui lui plaît ». Accueillir le Fils, « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), celui que les hommes pouvaient voir avec leurs yeux de chair, « c’est donc au même moment accueillir le Père », « toujours » avec le Fils, mais invisible à nos yeux de chair, car « Dieu est Esprit », dit Jésus à la Samaritaine (Jn 4,24).

            Nicodème avait reconnu que Jésus n’était pas seul : « Rabbi, nous le savons, tu viens de la part de Dieu comme un Maître : personne ne peut faire les signes que tu fais, si Dieu n’est pas avec lui » (Jn 3,2). C’était Dieu le Père, en effet, qui, avec lui et par lui, accomplissait des miracles, signes et prodiges pour aider les foules à croire en son Fils : « Jésus le Nazôréen, cet homme que Dieu a accrédité auprès de vous par les miracles, prodiges et signes qu’il a opérés par lui au milieu de vous », dit St Pierre à la foule (Ac 2,22). Et Jésus lui-même disait : « Les œuvres que le Père m’a donné à mener à bonne fin, ces œuvres mêmes que je fais me rendent témoignage que le Père m’a envoyé » (Jn 5,35). En effet, « le Père demeurant en moi fait ses œuvres » (Jn 14,10), car « le Fils ne peut rien faire de lui-même qu’il ne le voie faire au Père ; ce que fait le Père, le Fils le fait pareillement car le Père aime le Fils et lui montre tout ce qu’il fait » (Jn 5,19‑20).

            Le Fils est donc tout d’abord entièrement « tourné vers le sein du Père » (Jn 1,18). Dans la foi, en « Verbe fait chair », vrai Dieu (Jn 1,1 ; 20,28) mais aussi vrai homme, « Fils de l’homme » (Mc 9,31), il le regarde, il le voit, il l’écoute. En serviteur du Père, il fait ce qu’il voit faire au Père, il dit ce qu’il a vu auprès du Père, et aussi ce que le Père lui dit : « Je dis ce que j’ai vu chez mon Père » (Jn 8,38), « je dis ce que le Père m’a enseigné » (Jn 8,28).

            Le compagnonnage de Jésus avec son Père est donc au cœur de son Mystère. Jésus est tout entier tourné vers le Père, il ne cesse de le regarder, de l’écouter, il est tout entier à son service, ne cherchant qu’une seule chose : accomplir sa volonté, dans une obéissance parfaite… « Et Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6)…

            Mais ce Mystère d’un « être avec… », « d’un être auprès de… », « d’un être tourné vers » un Autre que Lui-même, Jésus en parle aussi avec d’autres expressions qui peuvent sembler incompatibles avec les premières. En effet, Jésus le Fils, « l’Unique Engendré » (Jn 1,18), est le seul à être « qui » il est. Le Fils n’est pas le Père, et le Père n’est pas le Fils. A ce titre, le Père et le Fils, en tant que Personnes divines uniques, sont toujours en face à face. De ce point de vue, le Père n’est pas dans le Fils, et le Fils n’est pas dans le Père : le Père, lui qui est le seul à être le Père, est face à face avec un autre que Lui-même, le Fils, qui, de son côté, est lui aussi le seul à être le Fils. Et pourtant, Jésus nous dit : « Le Père », ce Père que je ne suis pas, ce Père qui est un autre que moi-même, « est en moi et moi, je suis dans le Père ». C’est ce qu’il affirme par deux fois à Philippe après lui avoir déclaré : « Nul ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaîtrez aussi mon Père ; dès à présent vous le connaissez et vous l’avez vu. Philippe lui dit : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. » Jésus lui dit : Voilà si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? Qui m’a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : Montre-nous le Père ! ? Ne crois-tu pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de moi-même : mais le Père demeurant en moi fait ses œuvres. Croyez-m’en ! je suis dans le Père et le Père est en moi. Croyez du moins à cause des œuvres mêmes » (Jn 14,6-11).

           Le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père ; à ce titre, ils sont toujours en face à face… Et pourtant, « le Père est dans le Fils, et le Fils est dans le Père », nous dit Jésus plusieurs fois. Comment donc harmoniser ce qui semble si contradictoire ? Nous touchons ici aux conséquences éternelles de l’engendrement éternel du Père par le Fils, « dès avant la fondation du monde » (Jn 17,24), « avant tous les siècles » (Crédo), et donc avant que le temps n’existe… « Comme le Père a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir la vie en lui-même… Ainsi, je vis par le Père » (Jn 5,26 ; 6,57), nous dit Jésus. Et pourquoi ? « Car le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35), tout, tout ce qu’il est, tout ce qu’il a : « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15 ; 17,10). Le Père est Dieu ? Le Père aime le Fils, et de toute éternité, il se donne à lui, lui donnant ainsi gratuitement, par amour, d’être « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu » (Crédo). « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) ? Le Père aime le Fils, se donne totalement à lui, en tout ce qu’Il Est, lui donnant ainsi, gratuitement, par amour, d’être « Lumière née de la Lumière » (Crédo). Qui voit la Lumière du Fils voit donc la Lumière du Père, car il s’agit dans les deux cas de la même réalité spirituelle. C’est ainsi que Jésus peut dire : « Qui m’a vu a vu le Père » (Jn 14,9), alors même que le Père n’est pas le Fils et que le Fils n’est pas le Père… « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) ? « Tu es mon Fils Bien Aimé », lui dit le Père, « en toi j’ai mis tout mon amour » (Mc 1,11), tout ce que Je Suis. Ainsi, par ce Don total que le Père ne cesse de faire au Fils, tout ce qu’Est le Père, le Fils l’Est aussi en tant qu’il le reçoit du Père. Jésus peut alors dire : tout ce qui Est « en moi », tout ce qui me constitue, ma Plénitude d’Être et de Vie, tout cela Est aussi « en toi », Père, puisque le Fils reçoit tout du Père en « Unique Engendré » (Jn 1,18), « engendré non pas créé, né du Père avant tous les siècles » (Crédo). A ce titre, même si le Père n’est pas le Fils, et si le Fils n’est pas le Père, tout ce qui Est dans le Père Est dans le Fils, en tant que le Père le donne au Fils de toute éternité. Et tout ce qui Est dans le Fils Est dans le Père, en tant que le Fils le reçoit du Père de toute éternité… En considérant donc cette Plénitude d’Être et de Vie qui le constitue tout entier, le Fils peut  dire qu’il Est dans le Père et que le Père Est en Lui, alors même qu’ils sont toujours tous les deux en face à face…

            Le talent de St Jean est tel qu’il n’a besoin que de quelques mots pour exprimer ce Mystère de Communion du Père et du Fils, bien distincts l’un de l’autre, mais dans l’unité d’un même Esprit (cf Ep 4,3) : « Moi et le Père, nous sommes un » (Jn 10,30). En français, nous avons deux genres : le masculin et le féminin. En grec, il en existe trois : le masculin, le féminin et le neutre. Le masculin renvoie à des personnes de sexe masculin, avec énormément d’exceptions… Le féminin renvoie à des personnes de sexe féminin, avec énormément d’exceptions… Le neutre renvoie au domaine des choses, des réalités non personnifiées, avec énormément d’exceptions… Et en Jn 10,30, pour écrire « un », St Jean n’a pas utilisé le masculin, ce qui aurait voulu dire que le Père et le Fils n’auraient en fait été qu’une seule et même Personne, mais un neutre qui renvoie donc à une réalité non personnifiée, ici, ce que sont le Père et le Fils de toute éternité : « Amour » (1Jn 4,8.16), « Esprit » (Jn 4,24), « Lumière » (1Jn 1,5). Le Père et le Fils sont « un » en tant qu’ils sont unis l’un à l’autre dans la Communion d’un même Esprit, d’une même Lumière, d’un même Amour, en un mot d’une même Plénitude divine d’Être et de Vie, le Père la donnant au Fils de toute éternité, le Fils la recevant du Père de toute éternité…

            Ainsi, le Père et le Fils sont bien l’un en face de l’autre, l’un auprès de l’autre, l’un avec l’autre, bien distincts l’un de l’autre, et pourtant, ils sont unis au niveau de leur Être même dans la communion d’une même Plénitude spirituelle (« Dieu est Esprit » (Jn 4,24), le Père la donnant au Fils, gratuitement, par Amour, l’engendrant ainsi en Fils, le Fils la recevant gratuitement du Père, dans l’Amour. La relation qui existe ainsi entre les deux est vitale, existentielle, le Fils n’étant rien sans le Père…

            Alors, si, à un instant du temps, le Fils a assumé notre nature humaine, « corps, âme et esprit » (1Th 5,23), son esprit d’homme était pleinement uni à sa Plénitude spirituelle éternelle, mais cette réalité, invisible par nature à nos yeux de chair, ne se laisse percevoir qu’au regard du cœur, au regard de la foi… Et bien sûr, là où est le Fils, là est le Père, avec lui, auprès de lui, uni à lui dans la communion d’un même Esprit… Ainsi, « celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille mais celui qui m’a envoyé »…

D. Jacques Fournier

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Un mot, une piste de réflexion : RENIEMENT (Roger et Joëlle GAUD)

RENIEMENT

– Le mot « reniement »… Alors, disons-le tout de suite ! Voila un mot qu’on n’aime pas trop croiser tant il est lourd de connotations négatives ! … Mais il faut quand même s’y arrêter …

– Oui ! D’abord parce que, pendant la Semaine Sainte, les textes de la liturgie évoquent le reniement de Pierre, et nous invitent à réfléchir  en quoi ça nous concerne, nous aussi. Et puis parce que ce mot, si chargé négativement, peut nous permettre de mieux réaliser la grandeur de l’Amour de Dieu pour nous.

   Alors : Voyons déjà un premier point. Il part d’une constatation, c’est que la société occidentale européenne a basculé, depuis quelques décennies, dans une déchristianisation contre laquelle l’Eglise a bien du mal à lutter, malgré tous ses efforts. La pratique religieuse est devenue un phénomène marginal en France. Et je dirai même que, dans certains milieux, des Chrétiens hésitent parfois à s’afficher comme tels, de peur de passer pour des simples d’esprit !

–   Là : Tu exagères !

–   Pas tant que ça ! Combien de nos contemporains adoptent envers nous une attitude, sinon agressive, du moins condescendante, et nous regardent avec un petit sourire ironique ! Mais … je te l’accorde, ici, à La Réunion, les choses se passent mieux : Beaucoup de personnes ont une pratique religieuse régulière, qu’elle soit chrétienne ou autre. Et nous vivons tous en bonne intelligence.

–  Bon ! Admettons que ton analyse n’est pas totalement fausse … mais je persiste à penser que ceux qui nous regardent de haut …, dans le fond, nous envient d’avoir la foi !

–  Oui ! C’est vrai ! Et à titre personnel, je peux témoigner qu’il m’est arrivé plus d’une fois que ceux-là mêmes qui m’avaient moucaté(e), quand je leur avais dit que j’étais Chrétien(ne), sont venus par la suite me dire, on ne peut plus clairement, qu’ils m’enviaient !

–  Ça a dû te faire plaisir, non ?

–  Bien sûr ! Non seulement ça m’a fait plaisir, mais en plus ça m’a encouragé(e) à continuer à témoigner, dès que l’occasion m’en était donnée ! Parce qu’il ne faut se faire aucune illusion : Je sais bien que le Christ, je le renie cent fois par jour. Je lui dis que je veux le suivre, mais à la première difficulté, je le renie ! Alors, si de temps en temps, j’arrive à témoigner de ma foi, j’essaye de saisir l’occasion !

–  J’ai l’impression que tu es en train de nous dire que tu es (que nous sommes !) un peu tous comme Saint Pierre : tout feu, tout flamme … mais capables de craquer à la première occasion !

– Oui ! C’est ça ! Notre bonne volonté ne suffit pas ! Et il est infiniment plus facile de renier, ou du moins de taire notre foi que de l’affirmer ! Mais ce n’est sans doute pas ce que le Seigneur attend de nous !!

– Entre taire sa foi et renier le Christ, il y a quand même une différence !

– Oui ! Oui ! Mais à une époque où le monde qui nous entoure est de plus en plus déchristianisé, à une époque où notre Pape exhorte chaque chrétien à être non seulement disciple, mais disciple-missionnaire, je crois qu’on ne peut pas faire l’impasse de réfléchir à ce problème du reniement.

–  Humm ! J’ai l’impression que tu cherches presque à nous culpabiliser !

–  Non pas du tout ! Ce que je cherche, c’est à nous faire prendre conscience du fait que nous pouvons tous, même si ce n’est pas aussi flagrant que Saint Pierre, nous pouvons tous renier notre Seigneur. Et que… si ça nous arrive, il serait absurde d’entrer dans un excès de culpabilité.

–  Selon toi, qu’est-ce qu’il faudrait faire dans ce cas-là ?

– Je crois que ce qu’il faut faire dans ce cas-là, c’est bien sûr prendre conscience du mal qu’on a fait, de la blessure qu’on a infligée à Dieu qui nous aime infiniment… Et ensuite le regretter de façon sincère…. Et enfin demander à Dieu de nous pardonner ! Si on arrive à faire ça, ça nous évitera de rester bloqués dans un remords qui serait totalement stérile.

–  Et ça nous permettra peut-être de mesurer la grandeur de la miséricorde de Dieu ?

– Exactement ! D’un mal (de notre reniement), Dieu peut toujours tirer un bien : en l’occurrence nous aider à comprendre que son amour pour nous est infini … et qu’aucun péché ne pourra l’empêcher de nous aimer et de nous pardonner ! Face à ce problème d’un éventuel reniement de notre part, je pense qu’on peut demander au moins deux choses à Dieu : de nous protéger pour que nous ne tombions pas dans un tel péché. Et puis Lui demander que, s’il nous arrivait de tomber, nous ne doutions jamais de sa miséricorde, si nous l’implorons sincèrement !




Solennité de la Trinité (Mtth 28, 16-20) – Francis Cousin

« Au nom du Père, et du Fils,

et du Saint-Esprit. »

« Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre (…) et le souffle de Dieu planait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit. » Et la lumière fut. » (Gn 1,1-3)

La Trinité en tant que telle : un seul Dieu en trois personnes, est déjà contenue dans ce passage, au tout début de notre Bible (mais ce n’est pas le plus ancien texte de l’Ancien Testament). On y voit déjà l’action des trois personnes de la Trinité, de manière intuitive, ou inspirée :

– Le Père : Dieu créateur

– L’Esprit : le souffle de Dieu, la ruah hébraïque, souvent traduit l’Esprit de Dieu

– Le Fils : le Logos de Dieu, la Parole de Dieu quand il parle

Mais Dieu se révèle petit à petit.

Dans la première lecture, on voit Moïse s’émerveiller devant l’action de Dieu : un Dieu qui lui parle du milieu du buisson ardent sans qu’il ne meure, qui se choisit un peuple, et qui fait tout pour le sortir de l’esclavage des égyptiens à grand renfort de signes et de prodiges : les dix plaies d’Égypte, la traversée de la mer Rouge, la manne … Et il insiste que Dieu est l’unique Dieu, « il n’y en a pas d’autre », et qu’il faut suivre ses commandements, « afin d’avoir, toi et tes fils, bonheur et longue vie sur la terre ».

Pendant tout l’Ancien Testament, Dieu parle, soit en songe, soit par des anges, soit par des hommes, les prophètes.

Moïse ne pouvait pas le savoir, mais « Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son fils unique » (Jn 3,16), un humain, Dieu et homme, né de la Vierge Marie : « L’ange lui répondit : ’’ L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.’’ » (Lc 1,35).

C’est le Nouveau Testament qui commence. Pour une nouvelle alliance entre Dieu et les hommes …

Et cette nouvelle alliance sera réalisée par le Fils : Jésus-Christ.

Au début de sa vie publique, Jésus est annoncé par le Père, lors du baptême de celui-ci par Jean-Baptiste, à lui-même : « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. » (Mc 1,11) et à tous ceux qui étaient présent lors de son baptême : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. » (Mt 3,17).

C’est lors de cet événement que seront présentées ensemble pour la première fois les trois personnes de la Trinité : Le Père, dont la voix surgit des cieux ouverts ; le Fils qui vient d’être baptisé ; et l’Esprit-Saint qui descend des cieux, comme une colombe, et se positionne au-dessus de Jésus.

Et Jésus devient alors véritablement le logos, le verbe du Père, la voix du Père qui s’exprime par Jésus car « le Père lui-même, qui m’a envoyé, m’a donné son commandement sur ce que je dois dire et déclarer. » (Jn 12,49). Il en est de même pour les actions « le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père ; ce que fait celui-ci, le Fils le fait pareillement. » (Jn 5,19).

Dieu le Père reste caché aux yeux des hommes : « Dieu, personne ne l’a jamais vu. » (Jn 1,18), et Jésus est celui qui va amener les hommes au Père : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité et la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14,6).

Jusqu’ici, l’Esprit n’a pour le moment été en lien qu’avec le Père et Jésus. Mais avant de quitter le terre, Jésus explique à ses apôtres qu’il va demander à son Père de leur envoyer l’Esprit : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous : l’Esprit de vérité … et il sera en vous. » (Jn 14,16-17).

Après la mort et l’ascension de Jésus, c’est l’Esprit qui continuera à amener les hommes vers le Père : « Le Défenseur, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. »  (Jn 14,26). À partir de là, les apôtres, dans le souffle de l’Esprit, iront dans toutes les nations pour annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus, et baptiser dans l’eau et l’Esprit ceux qui se convertiront : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. ».

Ce qui fait la Trinité, c’est avant tout l’amour entre les personnes qui la composent et l’unité entre eux : « Le Père et moi, nous sommes UN. » (Jn 10,30), et l’Esprit qui procède du Père et du Fils ne peut faire qu’un avec les deux autres, dans le même amour, qui est de toujours.

Seigneur Jésus,

ce qui fait la force de la Trinité,

c’est l’unité dans l’amour

entre les trois personnes.

Nous prions avec toi

pour que nous devenions

UN comme vous êtes UN,

laissant de côté

nos sentiments égoïstes.

                                     Francis Cousin

 

 

 

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Prière dim Trinité B




La Sainte Trinité – par le Diacre Jacques FOURNIER (Mt 28, 16-20)

 “Dieu est Trinité éternelle…”

(Mt 28, 16-20)

 

          En ce temps-là, les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.
Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.
Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.
Allez ! De toutes les nations faites des disciples : 20
apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

 

                  

 

               Le Crédo d’Israël était : « ECOUTE, Israël ! Le Seigneur notre Dieu est le Seigneur UN » (Dt 6,4). Le Nouveau Testament proclame lui aussi « le Dieu unique », soit en reprenant ce Crédo (Mc 12,29), soit par exemple, lorsque Jésus s’adresse à ses adversaires : « Comment pouvez-vous croire, vous qui ne cherchez pas la gloire qui vient du Dieu unique » (Jn 5,44). St Paul écrira lui aussi : « Nous savons qu’il n’est de Dieu que le Dieu unique » (1Co 8,4)…

            Mais, comme le précise Xavier Léon Dufour, « l’unicité de Dieu ne requiert pas sa réduction à celle d’un individu ». Telle sera la grande révélation du Nouveau Testament présentée par St Jean dès le premier verset de son Evangile : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». Le premier emploi du mot « Dieu » désigne « le Père », tandis que le second évoque le fait « d’être Dieu », c’est-à-dire de posséder pleinement ce qui est propre à Dieu et à Dieu seul, ce que Dieu est en lui‑même, sa nature divine. St Jean l’évoque en trois versets : « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5).

            St Jean nous présente également les Trois Personnes divines (Jn 14,15-17) : « Si vous m’aimez », disait Jésus, « vous garderez mes commandements. Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur », sous entendu que moi, et l’on ne peut comparer au Fils Personne divine (« Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28)), qu’une autre Personne divine : « l’Esprit de Vérité », l’Esprit Saint, « qui sera pour toujours avec vous, car il demeure auprès de vous ».

            Ces Trois Personnes sont toujours en face à face, tournées l’une vers l’autre, et chacune est pleinement « Dieu » au sens où chacune est pleinement ce que Dieu seul est en lui-même : Amour, Esprit, Lumière… Et nous avons toujours à bien faire la distinction entre les Personnes divines, éternellement en face à face, chacune étant la seule à être « qui » elle est, et leur nature divine qui, elle, est partagée par les Trois… Petite précision supplémentaire : les mots « Esprit » et « Saint » peuvent être employés ou bien pour former un Nom propre, et désigner ainsi une Personne divine unique, « l’Esprit Saint » ou « le Saint Esprit », ou bien en tant que simples nom commun et adjectif pour évoquer ce que Dieu est en lui-même, sa nature divine : « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), Dieu est Saint (Lv 19,2). Et voilà ce qu’il nous donne : « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22).

            Et les relations qui unissent les Trois sont des relations d’Amour, le Père ayant une primauté éternelle. « Le Père aime le Fils, et il donne tout en sa main », l’engendrant ainsi en Fils éternel, « avant tous les siècles », en « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière »… Et c’est du Don commun du Père et du Fils, dans ce même Amour, que procède l’Esprit Saint : « Il reçoit ce qui est de moi », dit Jésus (Jn 16,15), une réalité éternelle… Et l’Esprit Saint « Seigneur », vrai Dieu, sera lui aussi Amour et donc « Don éternel de lui-même ». De toute éternité, il reçoit la vie du Père et du Fils ? « Je crois en l’Esprit Saint qui est Seigneur et qui donne la vie », qui nous donne sa vie…

DJF




La Pentecôte – par le Diacre Jacques FOURNIER

 «L’Esprit de Vérité vous guidera

vers la Vérité tout entière ….»

Jn 15, 26-27.16,12-15

 

          En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Quand viendra le Défenseur, que je vous enverrai d’auprès du Père, lui, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.
Et vous aussi, vous allez rendre témoignage, car vous êtes avec moi depuis le commencement.
J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter.
Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière. En effet, ce qu’il dira ne viendra pas de lui-même : mais ce qu’il aura entendu, il le dira ; et ce qui va venir, il vous le fera connaître.
Lui me glorifiera, car il recevra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître.
Tout ce que possède le Père est à moi ; voilà pourquoi je vous ai dit : L’Esprit reçoit ce qui vient de moi pour vous le faire connaître. »

 

                     

 

            Jésus sait que l’heure de sa mort est désormais toute proche. Bientôt, il reviendra au Père d’où il est venu. Mais que ses disciples se rassurent : ils ne se retrouveront pas tout seuls… « Je vous enverrai d’auprès du Père le Défenseur, l’Esprit de Vérité qui procède du Père »… « L’Esprit Saint », Troisième Personne de la Trinité, sera donc là, à leurs côtés… Un peu avant, il leur avait déjà dit : « Si vous m’aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Moi, je prierai le Père et il vous donnera un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous, l’Esprit de Vérité » (Jn 14,15-17)…

            Envoyés en mission dans le monde entier, ils auront à rendre témoignage au Christ mais là encore, ils ne seront pas seuls : « l’Esprit de vérité rendra aussi témoignage en ma faveur », leur dit Jésus. C’est notamment en agissant ainsi qu’il sera pour eux un « Défenseur », travaillant avec eux pour que l’Evangile soit accueilli, et ceci avec d’autant plus de force qu’ils pourront rencontrer des difficultés, des épreuves, des persécutions…           

            « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant, vous n’avez pas la force de les porter. Quand il viendra, lui, l’Esprit de Vérité, il vous guidera vers la vérité tout entière », c’est-à-dire vers le Mystère de Dieu Lui-même, ce Dieu qui nous a tous créés pour que nous entrions nous aussi dans son Mystère éternel de Communion (1Co 1,9), dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,3 ; 2Co 13,13), un Esprit (Jn 4,24) qui est tout à la fois Amour (1Jn 4,8.16), Lumière (1Jn 1,5), Vie (2Co 3,6), Paix (Ga 5,25), Joie (1Th 1,6)… Comment l’Esprit de Vérité s’y prendra-t-il donc pour « faire connaître ce qui va ainsi venir » pour chacun d’entre nous ? « Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître »… La TOB a traduit : « Il recevra de ce qui est à moi et il vous le communiquera ». Or, « ce qui est à moi », c’est tout ce qui fait que Jésus est « vrai Dieu » et il l’est en tant que Fils « né du Père avant tous les siècles, engendré non pas créé » (Crédo)… Autrement dit, Jésus reçoit de toute éternité du Père ce qu’Est le Père, sa « nature divine », ce qui fait qu’il est Dieu. Voilà pourquoi il peut dire : « Tout ce qui appartient au Père est à moi ». Et c’est justement « cela » que l’Esprit de Vérité nous « communiquera »…

            L’Esprit Saint « nous guidera ainsi vers la vérité tout entière, il nous fera connaître ce qui va venir » dans la mesure où il nous donnera d’avoir part dès maintenant, dans la foi et par notre foi, à ce qu’Est Dieu de toute éternité : une Plénitude d’Esprit, d’Amour, de Lumière et de Vie… Nous connaîtrons ainsi le Dieu Communion non pas de manière purement intellectuelle, mais en vivant dès maintenant ce Mystère de Communion, dans cet instant présent qui peut, grâce à Lui, prendre déjà parfois le goût d’éternité… Tel est le Trésor, la Perle de grand prix (Mt 13,44-46) qui est déjà offerte à notre foi (1Jn 2,8 ; 3,1-2 ; 5,13)… Aujourd’hui, « le Père des Miséricordes » (2Co 1,3) ne se donne pas à voir mais à vivre…                                                                   DJF

                                            




La Pentecôte – Homélie du Père Louis DATTIN

Recevez l’Esprit Saint

Jn 15,26-27 ; 16, 12-15

 

« Soudain, il vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent. Toute la maison où ils se tenaient en fut remplie ». C’était la dernière chose à laquelle ils s’attendaient, ces douze hommes peureux, qui s’étaient enfermés, toutes portes closes et verrouillées. Ils étaient bien, là, tous ensemble, au chaud, calfeutrés dans une pièce du premier étage ; c’est plus sûr, avec toutes ces foules qui viennent pour la fête. Ils ne sont pas rassurés du tout : ils ont encore dans leurs oreilles, ces cris du vendredi Saint « A mort ! A mort ! Crucifie-le ! »

 

 

Pierre entend la servante lui reprocher : « Mais, toi aussi, tu étais avec Jésus de Nazareth ! »

« Non ! Non ! Je ne le connais pas ».

Quand on a peur, c’est bien connu, on se rassemble, on se réunit dans la même pièce et l’on se met à prier ensemble.

Et voilà, maintenant, cet énorme souffle qui secoue toute la maison, ce vent qui se moque des portes et des fenêtres…

Et les voilà, nos douze apôtres comme emportés par ce souffle.

Ils sont toujours là, non plus assis, mais debout ; non plus recroquevillés sur eux-mêmes, mais allant ouvrir portes et fenêtres et Pierre, le chef, va sur le perron qui domine la foule : il doit vouloir se sauver ! Mais non ! Il reste sur ce podium et se met à haranguer la foule, à rassembler tous ces étrangers qui montent vers le Temple et leur annoncer :

« Vous savez, ce Jésus que vous avez crucifié, il est ressuscité ! Il est vivant ! Convertissez-vous ! Recevez le Baptême et vous aussi, vous recevrez le Saint-Esprit ».

Ils furent trois mille ce jour-là qui se joignirent à eux. L’Esprit-Saint ne fait pas de détail, aussi bien par la force de son souffle que par le nombre des convertis !

Que s’est-il passé ? Un souffle, un énorme souffle, intérieur et extérieur, qui bouscule nos petites habitudes, nos calculs, nos beaux projets, nos courbes et nos statistiques, nos assurances-vie : vol, accidents, incendie et tierce collision !

Un vent, ce n’est pas palpable. On ne peut pas le garder dans sa main, on ne peut le retenir ; de plus, on ne sait pas d’où il vient, ni où il va ! On est environné par lui, il s’infiltre partout, immatériel, on est comme emporté par lui…

Ceux qui ont eu l’expérience d’un cyclone le savent bien, malgré toutes nos sécurités, on est bien peu de chose. Nous ne sommes plus les maîtres et c’est bien ce qui se passe à la Pentecôte ! Nous ne sommes plus les maîtres.

C’est l’Esprit désormais qui va nous emporter, nous diriger, nous pousser en avant dans une aventure qui nous dépasse et que nous n’avions pas prévue.

Emportée au souffle de l’Esprit, notre vie chrétienne est-elle comme ce grand voilier qui tend ses voiles au grand vent du large et qui, larguant ses amarres, a le courage de sortir du port pour affronter le grand large ? Ou bien n’est-elle que cette petite chaloupe désarmée, couchée sur le sable et solidement amarrée aux anneaux du quai ? « Oui, “le souffle de Dieu”, rappelait Jésus à Nicodème, “nous mène où il veut” et c’est le moment de le dire “Dieu sait où” » peut-être même dit Jésus à St-Pierre « là où tu ne voudrais pas ! »

« Si nous nous livrons au souffle de l’Esprit, notre vie n’est plus à nous-mêmes, nous rappelle St-Paul, mais au Christ et à Dieu ».

Julien Green, au moment de sa conversion, notait dans son journal : « Introduire le surnaturel dans sa vie, c’est rompre la digue qui nous protège contre Dieu, c’est se vouer à une tragédie sans nom. Or, toute notre éducation moderne tend à nous armer contre le spirituel, à déjouer les ruses de ce perpétuel assiégeant qu’est Dieu. On lui oppose une invincible médiocrité, mais si on cède sur un point, alors c’est le ciel entier qui se rue en nous ».

Au siècle des assurances, des “caisses de sécurité” et des “pensions de retraite”, non seulement Dieu n’est pas une “assurance-vie”, mais pire encore, nous ne sommes pas assurés contre lui ! L’Esprit-Saint, comme un souffle violent est un danger permanent : il est capable de balayer nos projets, de brûler nos plans, de démanteler notre petit “quant à soi”.

Les apôtres, et tant de chrétiens après lui, en ont fait la terrible, mais exaltante expérience ! Allons-nous nous amarrer et nous raidir pour résister au souffle de Dieu et maintenir tant bien que mal notre petit équilibre ? Ou bien nous laisser emporter dans une expédition spirituelle qui nous dépasse ? « Le vent, nul ne sait où il va », mais il fera nous dépasser nous-mêmes et mener une vie qui aura une toute autre dimension.

Telle est l’ambition de l’Esprit-Saint pour nous : vent violent et irrésistible comme l’ouragan, vent léger et discret comme un murmure insistant « On ne sait d’où il vient, on ne sait par quelles routes il nous pousse vers des continents nouveaux » :

  • le vent de Dieu jette Paul par terre sur le chemin de Damas, puis l’envoie dans tous les pays de l’Empire Romain

  • il pousse St-François Xavier jusque sur les rives de la Chine et du Japon

  • envoie Charles de Foucault dans le désert de Hoggar

  • va faire asseoir St-Vincent-de-Paul sur les bancs des galériens

  • oriente mère Theresa à Calcutta

  • le père Laval à Maurice

  • St-Thomas aux Indes et Ste-Thérèse dans un carmel.

  • Il arrache à la somnolence des rives, à la douceur des plages et fait se lever une foule immense, celle de l’Eglise en marche vers une terre nouvelle « car mes voies, dit le Seigneur, ne sont pas vos voies et mes pensées ne sont pas vos pensées ».

D’où la nécessité pour nous, de nous ouvrir à l’Esprit, sans arrière-pensées, sans manœuvres, sans résistances de notre part. Parce que Dieu est Dieu, on ne lui demande pas d’assurances, de garanties. Notre vie de chrétien est une aventure basée sur la foi en Dieu et la force de son Esprit.

L’ange disait à Marie : « Rien n’est impossible à Dieu ». Alors, elle a dit « Oui » à l’Esprit. Le lieutenant Dupouey écrivait à sa femme : « Si je venais à disparaître, ne te préoccupe pas du lendemain : certains combinent toute leur vie dans leur cervelle, ils n’ont pas, comme nous, partie liée avec Dieu ».

On a peut-être trop parlé de vie spirituelle mais pas assez du souffle de l’Esprit, du vent de Dieu. Nos voiles sont-elles tendues pour être gonflées par ce vent ? Ne sont-elles pas aussi mal orientées ? Y a-t-il plus de sagesse à les amener et à les plier qu’à les maîtriser ?

Plus que tout, il leur faut le vent de Dieu, vent de création et d’aventure, s’exposer au vent de Dieu, hisser les voiles pour les gonfler de son souffle de vie. AMEN




Rencontre autour de l’Evangile – La Pentecôte

“Quand viendra le Défenseur que je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur.”

 

TA PAROLE SOUS NOS YEUX 

Situons le texte et lisons (Jn 15,26-27) ; 16, 12-15 
Dans le discours après la Cène, après avoir prévenu ses disciples que leur mission dans le monde ne sera pas plus facile qu’elle n’a été pour lui, Jésus leur promet l’assistance de l’Esprit-Saint. 
Le sens des mots
Le Défenseur :
Pourquoi les disciples auront-ils besoin d’un défenseur ?
Que je vous enverrai d’auprès du Père ?
Pourquoi faut-il que Jésus soit auprès du Père pour envoyer l’Esprit-Saint ? 
J’aurai encore beaucoup de choses à vous dire :
Comment comprendre cette parole de Jésus ? 
L’Esprit de vérité :
Pourquoi Jésus nomme t-il ainsi l’Esprit ? 
Il rendra témoignage :
Quel sera le rôle de l’Esprit par rapport à Jésus ? 
L’Esprit vous guidera vers la vérité tout entière, Il fera connaître ce qui va venir : Que veut dire Jésus ? 
Il reprendra ce qui vient de moi pour vous le faire connaître : Quel sera le rôle principal de l’Esprit Saint auprès des apôtres ?

 

Pour animateur 

L’Esprit, le Défenseur (15, 26-27). Les disciples doivent savoir que dans les persécutions, ils ne seront pas seuls ; Le Défenseur sera à leur côté, l’Esprit de vérité qui témoigne pour Jésus. Comme les disciples porteront le même témoignage, on peut en déduire que c’est par les croyants que l’Esprit pourra porter ce témoignage.
Jésus doit passer par la mort et être glorifié dans la résurrection et l’Ascension, pour pouvoir communiquer aux hommes l’Esprit Saint. Dans sa condition terrestre, Jésus n’a pas encore la plénitude de l’Esprit pour pouvoir le donner.
L’Esprit, guide des disciples (16, 12-15) Jésus a donné l’essentiel de sa révélation. La richesse de son message est inépuisable. Il y a encore beaucoup de choses à découvrir dans ce qu’il a dit. L’Esprit fera comprendre ce qui s’est passé. Il conduira vers la vérité en faisant découvrir au fur et à mesure tout le contenu de la Bonne Nouvelle et la manière d’en vivre, de la mettre en pratique, dans l’existence quotidienne. Évoquons simplement Philippe qui, guidé par l’Esprit, donne à l’eunuque de relier Is 53,7-8 à Jésus (Ac 8,29).
L’Esprit fera connaître ce qui va venir, non en prédisant l’avenir ou en apportant une nouvelle révélation inutile après Jésus, mais en éclairant l’avenir à l’aide du mystère de Jésus. 
En définitive, l’Esprit poursuit ce que Jésus a fait : révéler aux hommes le mystère de Dieu. Jésus a été le dernier mot de Dieu aux hommes : mais la personne de Jésus reste en partie une énigme pour les hommes, tant que l’Esprit ne nous ouvre pas à l’intelligence profonde de son mystère. L’Esprit reprend ce que le Fils a été et ce qu’il a apporté, et tout cela vient du Père. C’est dans le Christ, interprété par l’Esprit, que le mystère de Dieu se dévoile.
Plus que personne, les parents de petits enfants savent combien l’être humain est fragile. Un banal refroidissement, une infection, une indigestion, cela suffit parfois, le pire peut arriver. La Bible nous le rappelle : nous sommes faits d’une chair fragile, la vie ne tient qu’à un fil. Il en est de même pour nos sentiments, car l’amour, lui aussi, est fragile. Comment pouvons-nous triompher du mal, alors que nous sommes si exposés ?
Mais Jésus nous a donné un Défenseur, son Esprit, présent à tout son Peuple et à chacun de nous. L’Esprit nous ouvre l’intelligence à l’enseignement du Christ et nous rend capables de porter sa Parole et d’y trouver la Vérité de toute chose, qui est la présence du Dieu d’amour. 
La Pentecôte proclame ainsi que toute l’œuvre du Christ aboutit à une guérison de la faiblesse humaine. Lui-même a insufflé aux apôtres défaits le souffle d’une nouvelle création, son Esprit.

 

TA PAROLE DANS NOS CŒURS

 Seigneur notre Dieu, nous te rendons grâce pour le don de ton Esprit. Qu’il nous aide à vivre selon la Parole de Jésus ton Fils. Qu’il nous conduise jour après jour à une meilleure connaissance et à un plus grand amour de Jésus. Que sa force nous permette de vaincre nos peurs pour que nous soyons en ce monde difficile ses témoins.
 

TA PAROLE DANS NOTRE VIE

Est-ce que je réalise que sans l’Esprit-Saint ma relation avec le Christ et avec son Père est impossible ? Sans l’Esprit-Saint je ne peux pas être « chrétien », c’est-à-dire appartenir au Christ et vivre de sa vie. 
Qu’est-ce que la « vie spirituelle » ? Un moment de prière par-ci par là, une cérémonie religieuse, telle dévotion… ? Et mon travail, ma famille, tout ce qui remplit mes journées… tout cela serait-il étranger à l’Esprit qui habite en nous ? C’est toute notre vie de baptisé qui doit être une vie « dans l’Esprit » : c’est toute notre vie alors qui est « spirituelle », si nous sommes dociles à l’Esprit qui nous inspire ce qui est bien, ce qui est vrai, ce qui est juste, ce qui est amour.
L’Esprit-Saint fait de nous des fils et des filles du Père, des apôtres, des témoins de Jésus. Où en sommes-nous ?
L’Esprit-Saint est l’âme de l’Église. Comment je considère l’Église ? Comme une simple organisation pour nos besoins religieux ou comme le Peuple de Dieu, le Corps du Christ et le Temple de l’Esprit ? 

 

ENSEMBLE PRIONS
Esprit-Saint, dès l’origine à l’œuvre sur la terre, tu parlais autrefois par la voix des prophètes. Puis tu vins sur Marie… C’est toi qui dirigeais tous les pas de Jésus. Par toi, Souffle de vie, Christ est ressuscité : les siens l’ont reconnu. Au jour de Pentecôte tu descendis sur eux dans le vent et le feu ; et le timide Apôtre Témoigne au monde entier de la gloire de Dieu. Tu a fais naître l’Église. Dans le cœur du croyant tu choisis ton séjour. Sans toi, nous ne pouvons nommer Dieu « notre Père », ni Jésus « le Seigneur ». Tu fais de nous des fils ; l’étranger devient frère et le monde est meilleur. En nous c’est toi qui pries, et par toi le disciple annonce Jésus Christ. Viens répandre ta vie. Viens ! Le temps de l’Eglise est le temps de l’Esprit.
 
 

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La Pentecôte (Jn 15, 26-27 ; 16, 12-15) – Francis Cousin

« Quand arriva le jour de la Pentecôte … »

« Ils se trouvaient réunis tous ensemble. »

Mais qui étaient ces ’’Ils’’ ?

Saint Luc ne le dit pas précisément. On pense bien sûr aux apôtres qui étaient redevenus douze avec la désignation de Matthias, à un groupe élargi « avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères. », ou encore au groupe « des frères qui étaient réunis au nombre d’environ cent vingt personnes » (Ac 1,14-15) pour la désignation de Matthias …

Les avis divergent, et on ne le saura sans doute jamais … et cette divergence se retrouvent dans l’iconographie, avec cependant une majorité d’image présentant les apôtres seuls (11 ou 12) avec presque toujours la Vierge Marie.

Mais l’important est l’irruption de l’Esprit sur le groupe : « Soudain un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière. Alors leur apparurent des langues qu’on aurait dites de feu, qui se partageaient, et il s’en posa une sur chacun d’eux. »

La manifestation de l’Esprit est toujours soudaine. On ne s’y attend jamais … et même des fois, on ne s’en rend compte qu’après coup, en se posant la question « Mais qu’est-ce qui s’est passé ? ».

Dans le nouveau testament, la première manifestation de l’Esprit survint lors de l’annonciation à Marie : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. » (Lc 1,35). Marie ne s’attendait pas à cette annonce.

La deuxième manifestation vint au baptême de Jésus, où « L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus » (Lc 3,22), puis l’envoya dans le désert pour se préparer à l’annonce du Royaume des Cieux. Là aussi inattendue.

Et puis celle dont nous parlons aujourd’hui, à la Pentecôte, où l’Esprit vint sur les disciples pour qu’ils aient la force d’annoncer à tous les peuples la Bonne Nouvelle de Jésus Ressuscité : « Ils se mirent à parler en d’autres langues, et chacun s’exprimait selon le don de l’Esprit. ».

Rien que ces trois exemples nous donnent une des missions de l’Esprit : l’aide à l’annonce de l’Évangile.

Lors de l’annonciation, l’Esprit est celui qui permet que Marie devienne mère de Jésus, celui qui est le ’’Logos’’, la Parole du Père, permettant à ceux qui l’écoutaient d’entendre la Bonne Nouvelle donnée par Jésus, qui est la Parole du Père.

Au baptême de Jésus, l’Esprit est un support de la parole de Père qui reconnait en Jésus son Fils : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé » (Lc 3,22) qui ne peut dire que la Parole de son Père car « le Fils ne peut rien faire de lui-même, il fait seulement ce qu’il voit faire par le Père » (Jn 5,19).

Et le jour de la Pentecôte, l’Esprit permet aux disciples de parler dans les différentes langues de tous ceux qui étaient présent, et qui pouvaient les écouter. C’est la première manifestation de l’Esprit : permettre à tous ceux qui écoutent les disciples de pouvoir les comprendre dans leur « propre dialecte ». C’est l’universalisation de la Parole de Dieu le Père qui n’est plus réservée aux seuls juifs : « Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans son propre dialecte, sa langue maternelle ? »

Et c’est cela le grand bouleversement de la Pentecôte : permettre que chacun puisse entendre la Parole de Dieu quel que soit son origine.

Cette promulgation de la Parole de Dieu n’a depuis jamais cessé de se faire, sans doute de manière moins spectaculaire, avec parfois des difficultés, sur tous les continents, dans toutes les langues, avec bien entendu des actions, des œuvres en accord avec la Parole.

Permettre le développement de la Parole n’est pas le seul bienfait de l’Esprit, mais c’est la première action qu’il a permis aux disciples de mettre en œuvre.

« Par toute la Terre s’en va leur message et la bonne nouvelle aux limites du monde »

Seigneur Jésus,

le jour de Pentecôte,

le Père et toi avaient envoyé

l’Esprit Saint sur les disciples

pour qu’ils répandent la Bonne Nouvelle

de ton Évangile à toutes les nations.

Permet que chacun de nous

 poursuive cette mission

là où nous sommes.

                                     Francis Cousin

 

 

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Prière dim Pentecôte B




Un mot, une piste de réflexion : PAROLE (Roger et Joëlle GAUD)

PAROLE

 

–         La Parole de Dieu est vivante et efficace  nous dit la lettre aux Hébreux… Fini le temps où lire la Bible était interdit aux chrétiens ou du moins réservé à quelques-uns. Nous sommes tous aujourd’hui appelés à prendre connaissance régulièrement de la Parole de Dieu pour nous en nourrir.

–         Et le Pape François a même institué un dimanche de la Parole de Dieu en janvier pour que le peuple du Seigneur grandisse dans l’assiduité familière avec les Saintes Écritures.

–         Oui, car la Bible n’est pas une simple « collection » de livres d’histoire pour quelques « privilégiés » estime le pape François, non, elle appartient avant tout « au peuple convoqué pour l’écouter et se reconnaître dans cette parole ».

–         Pourquoi est-il si important de prendre connaissance de la Parole de Dieu?

–         Pour de nombreuses raisons, je ne sais pas si nous allons en faire le tour, mais, plus que d’en prendre connaissance, je dirais, pourquoi est-il si important de se nourrir de la Parole de Dieu?

–         Tu vas de nouveau me parler de rumination?

–         Oui, nous avons dit que Saint Augustin disait que la lecture des Ecritures est comme manger quelque chose, et que la méditation est comme ruminer quelque chose. Dei Verbum, une des constitutions promulguées par le Concile Vatican II, déclare que l’Église honore la Sainte Ecriture, comme elle le fait avec le Corps du Christ. La sainte Ecriture est pour les chrétiens, la nourriture de leur âme et la source de leur vie spirituelle.

          Et le Pape Benoît XVI a même écrit que « La proclamation de la Parole de Dieu dans la célébration du banquet eucharistique implique la reconnaissance que le Christ lui-même est présent et s’adresse à nous pour être écouté ».

  –       On comprend que Saint Jérôme ait dit “Ignorer les Écritures, c’est ignorer le Christ ». Donc, je comprends bien que la Parole de Dieu nous nourrit spirituellement. Ceci dit, j’ai déjà entendu “C’est difficile à comprendre, dans la Bible, il y a tant de textes compliqués”. Que dire alors?

 –         C’est l’Esprit Saint qui nous apprend à comprendre et à méditer la Parole de Dieu. C’est Lui qui nous permet d’entrer en communication avec la Parole dans le silence de notre coeur profond. Il existe vraiment un travail souterrain de la grâce.

 –        Isaïe 55,11 “La Parole qui sort de ma bouche ne revient pas à moi sans effet, sans avoir accompli ma volonté et réalisé ce pour quoi je l’ai envoyée.”

–         C’est important d’étudier la parole de Dieu, de la remettre dans son contexte, de comprendre comment la Bible a été rédigée, mais c’est capital de se laisser toucher au cœur et de percevoir en quoi la parole de Dieu contenue dans la Bible me concerne directement.

          A propos du fait que la parole de Dieu fait invisiblement son travail, je voudrais raconter une histoire des Pères du désert. Un jour, un jeune moine était en train de laver une salade quand un frère, voulant le mettre à l’épreuve, lui demanda : « sauras-tu répéter ce que l’ancien a dit sur l’Évangile de ce matin ?      – Je ne m’en souviens plus, avoua le jeune moine. L’autre lui demanda: – Pourquoi écoutes-tu les paroles de l’ancien sur l’Évangile, si tu ne te les rappelles plus ?         Le jeune moine répondit – Regarde, frère : l’eau qui lave la salade ne reste pas dans les feuilles et pourtant, ma salade est parfaitement lavée. »

 –        Voilà qui nous déculpabilise quand nous oublions…  Je crois qu’un contact régulier, avec la Parole de Dieu, nous permet au fil du temps, d’en faire notre boussole quand nous nous sentons perdus. S’imprégner peu à peu de cette parole, nous transforme.

–        La Parole de Dieu est une lettre d’amour. C’est un livre de bonheur. Il est écrit 42 fois “heureux” dans l’AT et 49 fois dans le NT. En hébreu, heureux, c’est ashrè:  אשׁר   la racine, c’est marcher, s’avancer, être heureux. André Chouraqui a traduit “En marche”. La Bible nous met en marche… nous donne la vie, nous recrée, la Parole nous fait grandir dans l’amour, nous guérit, la Bible est remplie des promesses que Dieu me fait.

 

 

 –        C’est pour ça qu’il est important de prendre le temps de méditer la Parole de Dieu avec d’autres, en Eglise. Parfois aussi, la parole de Dieu peut nous donner un certain nombre de repères, en particulier quand nous avons à prendre des décisions importantes.

 –        Mais attention, ouvrir la Bible au hasard et pointer son doigt sur un passage n’est pas forcément conseillé ni constructif. C’est vraiment au fil des jours, en persévérant dans une lecture et une méditation suivies, que cette Parole va pouvoir être sur notre bouche et dans notre coeur, pour que nous puissions la mettre en pratique.(Dt 30,14)