Fête de la Toussaint avec Ste Thérèse de Lisieux : la petite voie de l’amour…

Thérèse Martin entre au Carmel de Lisieux le 9 avril 1888. Neuf ans plus tard, rongée par la tuberculose, elle « entre dans la vie », le 30 septembre 1897 à l’âge de 24 ans. Deux ans auparavant, en janvier 1895, sur l’ordre de sa sœur Pauline, carmélite elle aussi depuis 1886, Ste Thérèse a commencé à écrire sur un petit cahier ce qui deviendra plus tard « Histoire d’une Ame », l’histoire de son âme. Elle écrira aussi des lettres, des poèmes…

Mais avant d’écrire, Ste Thérèse a beaucoup lu. Et son livre de référence était la Bible, et surtout le Nouveau Testament avec les quatre Evangiles. « C’est par‑dessus tout l’Evangile qui m’entretient pendant mes oraisons », écrit-elle. « En lui je trouve tout ce qui est nécessaire à ma pauvre petite âme. J’y découvre toujours de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux »[i]

Un jour, elle découvre que Ste Cécile, honorée à Rome dès le 5°s comme vierge et martyre, portait toujours l’Evangile sur son cœur. Pourquoi n’en ferait-elle pas autant ? Aussitôt, elle demande à sa sœur Céline, qui la rejoindra plus tard au Carmel en 1894, de lui faire relier les quatre Evangiles. Mais comme cette première « édition » se révèle encore trop grande, elle en fera une autre, plus petite (115mmx75). Désormais, l’Evangile reposera sur son cœur. A la fin de sa vie, elle écrira au Père Roulland : « L’image que vous m’avez donnée repose toujours sur mon cœur dans le Livre des Evangiles qui ne me quitte jamais »[ii]. Personne au Carmel de Lisieux n’avait eu cette idée avant elle. Mais beaucoup l’imiteront par la suite…

Cette intuition de Ste Thérèse de Lisieux rejoint tout à fait l’invitation que le Concile Vatican II a lancé à toute l’Eglise. En 2012, nous fêterons le 150° anniversaire de son lancement, le 11 Octobre 1962, par le Pape Jean XXIII. Son successeur Paul VI le conclura trois ans plus tard, le 8 décembre 1965. Et à la fin de la Constitution dogmatique « Dei Verbum », « la Parole de Dieu », on peut lire : « Il appartient aux saints évêques ” chez qui se trouve la doctrine apostolique ” de former opportunément les fidèles qui leur sont confiés à un usage judicieux des Livres divins, surtout du Nouveau Testament, et en tout premier lieu, des Evangiles, au moyen de versions des textes sacrés, qui soient munies d’explications nécessaires et vraiment suffisantes, pour que les fils de l’Eglise fréquentent les Ecritures en toute sécurité et de manière profitable, et se pénètrent de leur esprit » (DV & 25).

Ste Thérèse de Lisieux nous offre un magnifique exemple de cette lecture assidue et attentive « du Nouveau Testament, et en tout premier lieu, des Evangiles ». Or la Parole de Dieu ne fait que nous révéler ce que Dieu veut faire au cœur de chacun d’entre nous : nous communiquer sa propre Vie pour que nous soyons en communion avec lui. Dei Verbum commence ainsi : « Quand il écoute religieusement et proclame hardiment la Parole de Dieu, le saint Concile obéit aux paroles de saint Jean : ” Nous vous annonçons la vie éternelle, qui était auprès du Père et qui nous est apparue : ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous soyez vous aussi en communion avec nous, et que notre communion soit avec le Père et avec son Fils Jésus‑Christ ” (1 Jn 1, 2-3).

Or le Christ déclare en Jn 3,34 : « Celui que Dieu a envoyé », et c’est lui, Jésus Christ, « proclame les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure ». Autrement dit, l’Esprit Saint se joint toujours à la Parole de Dieu. Ouvrir son cœur à la Parole c’est ouvrir son cœur à l’Esprit Saint, qui, par sa simple Présence, vient la dire au plus profond de nous-mêmes. Il accomplit alors en nous, très concrètement, ce que la Parole nous dit… Or, le premier fruit de l’Esprit est de nous communiquer la Vie de Dieu : « C’est l’Esprit qui vivifie », nous dit Jésus. « Les Paroles que je vous ai dites sont Esprit et elles son Vie » (Jn 6,63). Autrement dit, accueillir la Parole de Dieu, c’est accueillir avec elle l’Esprit, « l’Esprit qui vivifie », l’Esprit qui donne la Vie. St Pierre l’avait bien reconnu lorsqu’il dit à Jésus : « Tu as les Paroles de la Vie éternelle » (Jn 6,68). En écoutant Jésus, il vivait quelque chose d’unique, quelque chose qu’il n’avait jamais vécu auparavant avec personne d’autre… Et ce « quelque chose » était de l’ordre de la vie, d’une Plénitude de Vie, la Vie même de Dieu… « Je suis venu pour qu’on ait la Vie et qu’on l’ait en abondance », nous dit Jésus (Jn 10,10). Et ce désir de Dieu se réalise dès que nous accueillons le Don de l’Esprit : « Si quelqu’un a soif », disait-il encore, soif de Plénitude et de Vie, « qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi. Selon le mot de l’Ecriture : « De son sein couleront des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui avaient cru en lui » (Jn 7,37-39)… « Recevez l’Esprit Saint », dira-t-il, ressuscité, à ses disciples (Jn 20,22)…

« Celui que Dieu a envoyé », Jésus Christ, « proclame les Paroles de Dieu car il donne l’Esprit sans mesure » (Jn 3,34), « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Ce bon parfum de la Vie, qui est tout en même temps Plénitude, Paix et Joie profonde, voilà ce que Ste Thérèse de Lisieux expérimentait lorsqu’elle ouvrait son petit livre des Evangiles… Et là était tout son Bonheur… Et lorsqu’elle évoque ce Bonheur en termes de Lumière et de « parfum de la vie », notons toutes les allusions et citations qu’elle fait des Evangiles, et notamment de l’Evangile selon St Luc. Elles prouvent à quel point elle se nourrissait de la Parole de Dieu et de l’Esprit qui se joint toujours à elle… Puissions-nous aujourd’hui, nous aussi, faire de même…

« Puisque Jésus est remonté au Ciel (Lc 24,50-51 ; Mc 16,19) », écrit-elle, « je ne puis le suivre qu’aux traces qu’Il a laissées, mais que ces traces sont lumineuses, qu’elles sont embaumées ! Je n’ai qu’à jeter les yeux dans le Saint Evangile, aussitôt je respire les parfums de la vie de Jésus et je sais de quel côté courir… Ce n’est pas à la première place, mais à la dernière que je m’élance (Lc 14,7-11) ; au lieu de m’avancer avec le pharisien, je répète, remplie de confiance, l’humble prière du publicain (Lc 18,9‑14) ; mais surtout j’imite la conduite de Madeleine, son étonnante ou plutôt son amoureuse audace qui charme le Cœur de Jésus (Lc 7,36-50), séduit le mien. Oui je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui (Lc 15,11-32) »[iii].

Jésus, au cœur de son cœur…

Dès sa plus tendre enfance, Ste Thérèse avait ouvert son cœur à Dieu. Elle le priait, elle le cherchait, elle voulait lui faire plaisir en accomplissant le mieux possible sa volonté. Bref, elle vivait avec Lui un cœur à cœur où « elle pressentait » le bonheur et la plénitude de Vie que Dieu désire offrir à tous les hommes : « Toutes les grandes vérités de la religion, les mystères de l’éternité, plongeaient mon âme dans un bonheur qui n’était pas de la terre… Je pressentais déjà ce que Dieu réserve à ceux qui l’aiment (non pas avec l’œil de l’homme mais avec celui du cœur) » (cf. 1Co 2)…

« Je comprends et je sais par expérience “Que le royaume de Dieu est au-dedans de nous” (Lc 17,21). Jésus n’a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes ; Lui, le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles… Jamais je ne l’ai entendu parler, mais je sens qu’Il est en moi, à chaque instant, Il me guide et m’inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j’en ai besoin des lumières que je n’avais pas encore vues, ce n’est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu’elles sont le plus abondantes, c’est plutôt au milieu des occupations de ma journée »…

La vie de Thérèse, à la lumière de la Parole de Dieu…

Ste Thérèse avait bien du mal à trouver les mots justes pour exprimer ce qu’elle pressentait en son cœur. A sa sœur aînée Marie, devenue au Carmel Sr Marie du Sacré Cœur, elle écrit en 1896 : « O ma Sœur chérie ! vous voudriez entendre les secrets que Jésus confie à votre petite fille, ces secrets Il vous les confie… Je vais essayer de balbutier quelques mots, bien que je sente qu’il est impossible à la parole humaine de redire des choses que le cœur humain peut à peine pressentir »… Oui, « je sens mon impuissance à redire avec des paroles terrestres les secrets du Ciel et puis, après avoir tracé des pages et des pages, je trouverais n’avoir pas encore commencé »…

Et ailleurs, elle écrit : « La vie est bien mystérieuse. Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ».

Alors, comment faire pour exprimer ce qui échappe au pouvoir des mots ? La Parole de Dieu va venir à son secours car cette Parole correspond parfaitement à ce que Dieu fait dans sa vie. En lisant certaines phrases, elle ne peut que dire : « Oui ! C’est çà ! » Aussi va-t-elle puiser abondamment dans les Livres Saints pour exprimer ce qu’elle vivait : Ah ! Si je pouvais exprimer ce que je comprends… « mais hélas ! je n’ai que des bégaiements enfantins à vous faire entendre… Si les paroles mêmes de Jésus ne me servaient pas d’appui, je serais tentée de vous demander grâce et de laisser la plume… Mais non, il faut que je continue par obéissance ce que j’ai commencé par obéissance »[iv]

« A moi Il a donné sa Miséricorde infinie »…

Dans l’Evangile selon St Jean, on peut lire (3,16-17) :

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils Unique,

afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

(17) Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par Lui ».

Et de fait Jésus dira (Jn 10,10) :

« Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance »…

Ste Thérèse va chanter cette Vie qu’elle sait recevoir gratuitement de la Miséricorde de Dieu, et elle la chantera comme des centaines d’années avant elle le psalmiste lui aussi la chantait :

O ma Mère chérie ! après tant de grâces ne puis-je pas chanter avec le psalmiste : “Que le Seigneur est BON, que sa MISÉRICORDE est éternelle.”[v] Il me semble que si toutes les créatures avaient les mêmes grâces que moi, le Bon Dieu ne serait craint de personne, mais aimé jusqu’à la folie, et que par amour, et non pas en tremblant, jamais aucune âme ne consentirait à Lui faire de la peine… A moi Il a donné sa Miséricorde infinie c’est à travers elle que je contemple et adore les autres perfections Divines!… Alors toutes m’apparaissent rayonnantes d’amour, la Justice même (et peut-être encore plus que toute autre) me semble revêtue d’amour… Quelle douce joie de penser que le Bon Dieu est juste, c’est-à-dire qu’Il tient compte de nos faiblesses, qu’Il connaît parfaitement la fragilité de notre nature. De quoi donc aurais-je peur ? Ah ! le Dieu infiniment juste qui daigna pardonner avec tant de bonté toutes les fautes de l’enfant prodigue (Lc 15,11-32), ne doit-Il pas être juste aussi envers moi qui “suis toujours avec Lui” ? »

Ste Thérèse a donc découvert combien « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), un Amour qui ne désire qu’une chose : se donner pour combler ses créatures et les conduire ainsi à la Plénitude du bonheur et de la Vie. Oui, elle en est sûre, « Il ne désire que notre bonheur »[vi]. Alors, « votre Amour méprisé va-t-il rester en votre cœur ? » N’y aura-t-il personne pour l’accueillir ? Pourtant, « il me semble que vous seriez heureux de ne point comprimer les flots d’infinies tendresses qui sont en vous »…

« Ma Mère chérie, vous qui m’avez permis de m’offrir ainsi au Bon Dieu, vous savez les fleuves ou plutôt les océans de grâces qui sont venus inonder mon âme… Ah ! depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché »[vii]

Toute sa vie Ste Thérèse ne cessera de s’appuyer sur cet Amour absolument inébranlable de Dieu. Rien ne peut l’empêcher de nous aimer. Forte de cette certitude, elle ne se découragera jamais de ses faiblesses, de ses imperfections. Bien au contraire, elle les offrira à Celui qui est venu appeler non pas les justes mais les pécheurs (Mt 9,10‑12), et elle laissera le Dieu Sauveur la réconcilier et l’unir à Lui dans sa Miséricorde infinie…

« Oui je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les péchés qui se peuvent commettre, j’irais, le cœur brisé de repentir, me jeter dans les bras de Jésus, car je sais combien Il chérit l’enfant prodigue qui revient à Lui (Lc 15,20-24) »[viii].

« O Jésus ! laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette Folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle des bornes ? »…

« O Jésus ! je sens que si par impossible tu trouvais une âme plus faible, plus petite que la mienne, tu te plairais à la combler de faveurs plus grandes encore, si elle s’abandonnait avec une entière confiance à ta miséricorde infinie. Mais pourquoi désirer communiquer tes secrets d’amour, ô Jésus, n’est-ce pas toi seul qui me les a enseignés et ne peux-tu pas les révéler à d’autres ?… Oui, je le sais, et je te conjure de le faire »…

Mais ce Dieu qui nous aime a soif de notre amour : « Voilà tout ce que Jésus réclame de nous ; il n’a pas besoin de nos œuvres, mais seulement de notre amour »… Lorsque Jésus demandait un peu d’eau à la Samaritaine, « il avait soif… Mais en disant : “Donne moi à boire” (Jn 4,6-13), c’était l’amour de sa pauvre créature que le Créateur de l’univers réclamait. Il avait soif d’amour… Ah ! je le sens plus que jamais Jésus est altéré », mais hélas ! il trouve peu de cœurs qui se livrent à lui sans réserve, qui comprennent toute la tendresse de son Amour infini »[ix].

La petite voie

« Se livrer à Jésus sans réserve ». Voilà le secret de Ste Thérèse. Elle reprend d’ailleurs cette attitude de cœur dans ce qu’il est coutume d’appeler « la petite voie », mais elle l’exprime cette fois-ci en fixant son regard sur Dieu le Père  :

« Jésus se plaît à me montrer l’unique chemin qui conduit à cette fournaise Divine, ce chemin c’est l’abandon du petit enfant qui s’endort sans crainte dans les bras de son Père » (cf. Ps 127(126),2)[x]

Tout repose donc sur cette certitude que Dieu est Père, un Père dont « la tendresse de son Amour infini » peut être comparée à une vraie « fournaise »…

Après avoir donné le principe de sa petite voie, Ste Thérèse va abondamment citer la Parole de Dieu pour asseoir en elle le fondement de notre confiance :

« “Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi” (Pr 9,4) a dit l’Esprit Saint par la bouche de Salomon et ce même Esprit d’Amour a dit encore que “La miséricorde est accordée aux petits.” (Sg 6,7). En son nom, le prophète Isaïe nous révèle qu’au dernier jour “Le Seigneur conduira son troupeau dans les pâturages, qu’il rassemblera les petits agneaux et les pressera sur son sein” (Is 40,11), et comme si toutes ces promesses ne suffisaient pas, le même prophète dont le regard inspiré plongeait déjà dans les profondeurs éternelles, s’écrie au nom du Seigneur : “Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous caresserai sur mes genoux” (Is 66,12-13). O Marraine chérie ! après un pareil langage, il n’y a plus qu’à se taire, à pleurer de reconnaissance et d’amour… Ah! si toutes les âmes faibles et imparfaites sentaient ce que sent la plus petite de toutes les âmes, l’âme de votre petite Thérèse, pas une seule ne désespérerait d’arriver au sommet de la montagne de l’Amour, puisque Jésus ne demande pas de grandes actions, mais seulement l’abandon et la reconnaissance»[xi].

Elle ne recommandera pas autre chose à l’Abbé Bellière dans une de ses lettres : « Quand je serai au port, je vous enseignerai, cher petit Frère de mon âme, comment vous devez naviguer sur la mer orageuse du monde : avec l’abandon et l’amour d’un enfant qui sait que son Père le chérit et ne saurait le laisser seul à l’heure du danger… la voie de la confiance simple et amoureuse est bien faite pour vous »[xii].

Et les tout derniers mots de son œuvre maîtresse, « Histoire d’une Ame » sont : « je m’élève à Lui par la confiance et l’amour »[xiii].

L’ascenseur pour s’élever jusqu’à Jésus

« Se livrer à Jésus sans réserve », tout lui donner, le bien comme le mal, s’abandonner totalement entre ses mains, se laisser aimer, se laisser prendre, telle est à nouveau l’attitude de cœur que Ste Thérèse exprime avec une image qui correspond à notre monde moderne, celle de l’ascenseur…

Ste Thérèse a le désir d’être sainte… Mais lorsqu’elle se compare aux Saints dont on raconte la vie et les actions héroïques, elle se sent incapable de les imiter. Et pourtant, elle aussi, elle veut aller au ciel…« Au lieu de me décourager, je me suis dit : le Bon Dieu ne saurait inspirer des désirs irréalisables, je puis donc malgré ma petitesse aspirer à la sainteté ; me grandir, c’est impossible, je dois me supporter telle que je suis avec toutes mes imperfections, mais je veux chercher le moyen d’aller au Ciel par une petite voie bien droite, bien courte, une petite voie toute nouvelle. Nous sommes dans un siècle d’inventions, maintenant ce n’est plus la peine de gravir les marches d’un escalier », les ascenseurs les remplacent avantageusement. « Moi je voudrais aussi trouver un ascenseur pour m’élever jusqu’à Jésus, car je suis trop petite pour monter le rude escalier de la perfection ».

Pour trouver cet ascenseur, elle va aussitôt se mettre à chercher dans la Parole de Dieu : « Alors j’ai recherché dans les livres saints l’indication de l’ascenseur, objet de mon désir, et j’ai lu ces mots sortis de la bouche de la Sagesse éternelle : “Si quelqu’un est tout petit, qu’il vienne à moi” (Pr 9,4). Alors je suis venue, devinant que j’avais trouvé ce que je cherchais et voulant savoir, ô mon Dieu ! ce que vous feriez au tout petit qui répondrait à votre appel, j’ai continué mes recherches et voici ce que j’ai trouvé : “Comme une mère caresse son enfant, ainsi je vous consolerai, je vous porterai sur mon sein et je vous balancerai sur mes genoux !” (Is 66,12-13). Ah ! jamais paroles plus tendres, plus mélodieuses, ne sont venues réjouir mon âme. L’ascenseur qui doit m’élever jusqu’au Ciel, ce sont vos bras, ô Jésus ! Pour cela je n’ai pas besoin de grandir, au contraire il faut que je reste petite, que je le devienne de plus en plus »[xiv].

Demandons à Ste Thérèse de marcher à sa suite et de nous abandonner nous aussi de tout cœur entre les mains de Jésus… Offrons au Seigneur toute notre vie, le bien comme le mal. A l’exemple de St Paul, laissons-nous « saisir » (Ph 3,12) par le Christ et il réalisera ce qui est impossible à nos seules forces humaines (Mt 19,25-26) : « Lorsque je serai allé, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où Je Suis, vous aussi vous soyez »… Alors, pour nous tous, ce sera : « Rendez-vous au ciel ! ».

                                                                                                                     D. Jacques Fournier

Notes

[i] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame (Editions du Cerf 1995) p. 176.

[ii] GAUCHER Guy, dans l’introduction à La Bible avec Ste Thérèse de Lisieux (Editions du Cerf et Desclée de Brouwer, 1997) p. 20-21.

[iii] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 257.

[iv] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 230.

[v] Psaume 118 (117),1.

[vi] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 114 et p. 178, elle écrit : « Je sais que Jésus ne peut désirer pour nous de souffrances inutiles ».

[vii] Id p. 177.

[viii] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 257.

[ix] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 187.

[x] Id p. 186.

[xi] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 186.

[xii] Id p. 265.

[xiii] Id p. 257.

[xiv] Ste THÉRÈSE, Histoire d’une Ame p. 206.

 

 

 

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