Fiche 32 : L’apparition de Jésus au bord du lac de Tibériade (Jn 21)

Qui a de nouveau l’initiative de la rencontre entre Dieu et les hommes ? Conclusion avec Hb 13,8 ? Quel est le premier disciple qui intervient ? Pourquoi est-il une nouvelle fois cité en premier (cf. Mt 16,17-19) ? Combien de disciples avons-nous en tout ? Le chiffre sept étant symbole de perfection, qui représentent-ils ici ?

Que décident-ils de faire et pourquoi (cf. Mc 1,16-20) ? Quand agissent-ils ? Comment Jésus se présente-t-il en Jn 8,12 et 12,46 ? Mais ils ne prennent rien… En mettant ensemble les deux dernières réponses, retrouver le principe exprimé en Jn 15,5. Le message est identique en Lc 5,5… Nous avons ici le principe de la mission de l’Eglise tel qu’on le retrouve en Mc 16,20 ; Ac 14,27 ; 15,4 ; 21,19 ; Rm 15,15-19

Que nous dit-on au début du verset 4 ? Et de fait, qui intervient juste après ? Nous retrouvons symboliquement 1Jn 2,8… Les disciples le reconnaissent-ils (comme en Lc 24,15-16 ; Jn 20,14) ? Sa première parole en Jn 21,5 est surprenante (cf. Jn 13,33) : que suggère-t-elle (cf. Jn 1,3) ? Jésus les rejoint au cœur de leurs préoccupations, comme en Lc 24,17. Puis que fait-il en Jn 21,6 ? Et quelle est la réaction immédiate des disciples ? Nous retrouvons ici le principe de la vie chrétienne, lequel (cf. Ac 5,29.32 ; 6,7 ; Rm 1,5 ; 10,16 ; 15,18 ; 16,19.26 ; 2Co 7,15 ; 9,13 ; 10,5-6 ; Hb 5,9 ; Ph 2,12 ; 1P 1,1-2 ; 1,14.22…) ? Et quel est aussitôt le fruit porté (voir aussi Jn 2,7) ? On peut noter que Jean emploie ici deux mots grecs différents pour parler des poissons : ikhthus (21,6.8.11) et opsarion[1] ((21,9.13.10). Et les deux termes interviennent chacun trois fois. Or « trois » dans la Bible est le chiffre de Dieu en tant qu’il agit…

D’après les remarques données en note, cette pêche miraculeuse serait à nouveau centrée sur le Christ : manifestation du Christ Ressuscité toujours offert comme « la vraie nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jn 6,27). Les disciples en seront les premiers bénéficiaires et c’est cela qu’ils devront ensuite annoncer au monde entier pour sa plus grande joie (Jn 15,11). Ils vont donc passer ici du « poisson » très concrètement reconnu dans leurs filets (ikhthus) à cette vraie « nourriture », ce « morceau de choix » (opsarion) qu’est Jésus lui-même… Notons enfin que plus tard, les premiers chrétiens emploieront ce mot « ikhthus », ou le dessein correspondant, pour proclamer leur foi en Jésus. En effet, toutes les lettres de « ikhthus » font : « Iésous khristos théou uios sôter », soit « Jésus Christ, Fils de Dieu, Sauveur »…

Mais que rappelle également cet épisode (cf. Lc 5,1-10) ? Et à la lumière de Lc 5,10, que symbolisent ici les poissons ? Ce symbolisme est également présent en Jn 21,11 avec ces « 153 ikhthuôn ». En effet, « 153 » est, selon certains commentateurs, un chiffre qui renvoie à toutes les nations existantes sur cette terre… Nous retrouvons ainsi indirectement Mt 28,18-20 ; Mc 16,15 et Lc 24,47 car 1Tm 2,4… Et comme Jn 4,34, alors Jn 4,42 !

Tous ces faits sont des « Paroles en actes » de Jésus… Or de quoi est synonyme « garder la Parole » d’après Jn 14,23 ? Or, qui reconnaît ici Jésus (comme en 20,8…) ? Conclusion à la lumière de la réponse précédente ? Et plus largement, quelle attitude, quel type de regard nous permettra de reconnaître la Présence du Christ ressuscité dans notre vie ? Et tout ceci est un don de Dieu qui n’attend que notre « oui » de tout cœur… En effet, si la première moitié de Jn 14,23 se vérifie effectivement dans nos vies, que se passera-t-il alors d’après la fin de ce même verset ? Conclure avec 1Jn 1,5 ; Jn 8,12 ; 12,46 d’une part, et Ps 36(35),10 d’autre part… Heureusement, cette aventure est toujours possible pour nous grâce à Jude 1,21 ; Lc 5,31-32 ; 15,4‑7 ; Jn 1,29 ; 3,16-17… et Mt 28,20 ; 2Tm 2,13

Le disciple que Jésus aimait le reconnaît : « C’est le Seigneur », une affirmation répétée deux fois dans le texte. Quelle est la réaction immédiate de Pierre (comme en Jn 20,3-4…) et que manifeste-t-elle, notamment après son triple reniement ?

Jésus avait demandé : « Avez-vous quelque chose à manger ? », avec une formulation qui, dans le grec des Evangiles, demande une réponse négative. St Jean nous suggère donc qu’il connaissait déjà la réponse… En Jn 21,9, il a déjà tout préparé, mais que veut-il d’après Jn 21,10 ? Quel est donc le désir de Dieu pour tout ce qui concerne la vie des hommes et leur salut (cf. le début de 1Co 3,9 ; Mc 16,20 ; Ac 14,27 ; 15,4) ? Conclusion vis-à-vis de notre engagement personnel dans la mission que le Christ a confiée à son Eglise (Mt 28,16-20 ; Mc 16,15 ; Lc 24,46-49 ; Jn 20,21) ? Et le but poursuivi est que tous vivent Jn 20,31 ; 10,10 ; 14,27 ; 15,11 grâce à Jn 1,29 ; 4,42… Que signifie le geste accompli par Pierre en Jn 21,11 (cf. Mt 16,18-19) ?

Et comment Jésus apparaît au début de Jn 21,13 ? C’est comme cela qu’il était apparu pour la première fois dans l’Evangile en Jn 1,29… C’est ce qu’il ne cesse de faire dans la vie de chacun d’entre nous… Et pourquoi agit-il ainsi d’après la suite de Jn 21,13… Echo à Jn 6,11 qui annonçait Jn 6,35.48 ; Lc 22,19-20… Conclusion : que vivent en fait ici les disciples avec Jésus ?

 

L’avenir de Pierre (Jn 21,15-19)

Comment appelle-t-on la dernière partie de chacune de nos eucharisties, lorsque le Prêtre, au Nom de Jésus, nous dit : « Allez dans la paix du Christ ! » ? De fait, cet « allez » fait écho à Mt 28,19 ; Mc 16,15 mais aussi Mt 20,4.7 ; 22,9 ; Lc 10,3 ; Ac 5,20… Or, d’après Jn 21,15, à quel moment du repas sommes-nous ? Et que se passera-t-il par la suite ? Mais cet « allez » sera toujours pour chacun de nous un « suis‑moi » (Jn 21,19.22)… C’est Dieu qui dirige la mission de l’Eglise (cf. Ac 13,1‑5 ; 16,6-10…).

Dans le contexte de la Passion qui précède immédiatement, à quoi Jésus fait-il allusion par cette triple demande qu’il adresse à Pierre (cf. Jn 18,15-27) et que suggère-t-elle (cf. Lc 5,20) ? Or que se passera-t-il pour Pierre d’après Lc 7,47 ? Et de fait, quelle est la seule chose que lui demande Jésus dans l’accomplissement de sa mission ? Notons à quel point ces évènements de la Passion ont transformé Pierre… Maintenant, il ne dit plus « je » de manière orgueilleuse (Lc 22,33 ; Mc 14,31), mais « tu », « tu sais »… et il s’en remet désormais à Jésus qui le connaît plus que lui-même…

Notons à quel point Dieu espère, demande, attend notre libre assentiment… Et ce n’est que lorsque celui-ci est effectivement donné, qu’il confirme Pierre dans sa mission ; et quelle sera-t-elle ? Combien de fois apparaît-elle elle aussi ? Quel sens à cette triple répétition dans notre contexte (cf. 2Tm 2,13) ? Même message en Lc 5,10 après l’affirmation de Lc 5,8… Et de fait, de quoi les disciples devront-ils être les heureux témoins pour l’avoir expérimenté en eux-mêmes (cf. Lc 24,46-48 ; 1Tm 1,12-17) ? De plus, le chiffre trois renvoie dans la Bible à Dieu en tant qu’il agit. Conclusion : qui permettra à Pierre d’accomplir sa mission (cf. Rm 15,15-16 ; 1Co 15,10 ; 2Co 3,4-6) et qui sera le premier à agir au cœur de cette mission (cf. Jn 10,11-16.27-28 (noter comment Jésus appelle « les agneaux » ou « les brebis » en Jn 21,15-17) ; Rm 15,17-19 ; 1Co 3,5-10 ; 2Co 2,14 ; 5,17-21 ; 13,3) ? Avant de parler des brebis, Jésus évoque d’abord les agneaux, plus faibles, plus fragiles ; que dit-il ainsi à Pierre par rapport à cette communauté chrétienne sur laquelle il devra plus tard veiller en serviteur de l’Unique Pasteur (même message en Mt 18,6.10.14) ?

Qu’annonce ensuite Jésus à Pierre en Jn 21,18 (même annonce, voilée, en Jn 13,36) ? Et cette fois, qu’est-ce que cela manifestera de Pierre vis-à-vis de Jésus ? Qu’a vécu Jésus pour ses brebis d’après Jn 10,15.17-18 ; du parallèle de ce texte avec Jn 21,18, en déduire Lc 6,40 grâce à 1Co 15,10… Quelle finalité avait la mort de Jésus d’après la fin de Jn 17,1 ? Mais pour qu’il en soit ainsi, que demande juste avant Jésus ? Et il en sera de même pour Pierre : qui lui permettra d’aller jusqu’au bout du don de lui-même ?

Notons enfin que Jésus s’adresse à Pierre en l’appelant « Simon », comme il l’avait fait lors de leur première rencontre (Jn 1,42), et il lui redit ici ce qu’il lui avait dit alors (Mc 1,16-18 ; Mt 4,18-20 ; et… Lc 5,11 ; cf. Mc 2,14 ; 10,21 ; Mt 8,22 ; Jn 1,43) : « Suis-moi ! » Pierre est invité à vivre un nouveau départ…

Et, selon la tradition, Pierre mourra en 64 à Rome, crucifié la tête en bas, lors de la persécution déclenchée par l’empereur Néron. Son corps fut ensuite recueilli et déposé dans le cimetière qui bordait « le cirque de Néron ». Les chrétiens lui construiront une sépulture toute simple qui fut retrouvée sous le maître autel de la Basilique St Pierre lors des fouilles débutées en 1939 sous Pie XII…

 

L’avenir du disciple bien-aimé (Jn 21,20-23)

Remarquer la disposition des différents personnages. Qui est en tête ? Puis, qui trouve-t-on d’après la fin de Jn 21,19 ? Et qui intervient ensuite en Jn 21,20 ? Que retrouvons-nous ainsi indirectement du Mystère de l’Eglise ?

La suite du texte reflète le trouble de la communauté chrétienne au moment de la mort de Jean, certainement très âgé pour l’époque… Une croyance s’était répandue selon laquelle le Christ reviendrait en gloire avant la mort de Jean. Nous retrouvons ici un point caractéristique de la toute première communauté chrétienne : la conviction selon laquelle le retour du Seigneur, la Parousie, la fin du monde, était toute proche. Cette conviction intervient très souvent dans la 1° Lettre aux Thessaloniciens… Mais… Jean meurt « avant » le retour du Christ… Tout repose alors sur cette précision répétée par deux fois : « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne »… Manifestement, le Christ ne voulait pas… Voilà qui devait permettre à la communauté de retrouver la paix… Mais en se souvenant que la figure du Disciple bien-aimé renvoie en St Jean à tous les disciples de Jésus, on peut espérer qu’il y aura toujours sur la terre une Eglise vivante et priante lorsque le Christ reviendra… En ce sens-là, le disciple bien-aimé demeurera jusqu’à ce qu’il vienne… « Mais le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » (Lc 18,8).

 

Conclusion

Une notion revient par deux fois en Jn 21,24 (qui rappelle Jn 19,35), laquelle ? Nous retrouvons ici l’un des thèmes centraux de l’Evangile… Et c’est bien par cela que St Jean avait commencé en Jn 1,7-8… Et de fait, celui dont on parle en Jn 1,4 est venu pour que s’accomplisse Jn 10,10b ; 20,31 grâce à Jn 3,31-33 ; 8,14 ; 18,37… Or maintenant, à la fin de l’évangile, qui sont ceux qui peuvent dire « nous savons » ? Si tel est vraiment le cas, que se passera-t-il d’après la première moitié de Jn 3,11 ? En espérant que la seconde moitié sera cette fois positive, comme le Christ l’envisage en Jn 17,20… Alors, le Christ lui-même sera le premier à être « heureux » de ce que beaucoup seront « heureux » d’avoir cru sans avoir vu (Jn 20,29), « heureux » car comblés dès maintenant de sa Vie (Jn 6,35.47). Existe-t-il œuvre plus belle ? Puissions-nous tous y contribuer

                                                                                                                    D. Jacques Fournier

 

[1] On peut noter que ce dernier terme, « opsarion », n’intervient qu’en lien avec Jésus. Or son sens est « nourriture ; spécialement du poisson » (M. Carrez), « petit mets ; petit plat de poisson » (Bailly), « nourriture mangée avec du pain ; peut signifier « morceau de choix » ou spécifiquement « poisson » » (Bauer W.). En lien avec Jésus, ce terme peut suggérer à nouveau indirectement qu’il est « la vraie nourriture qui demeure en vie éternelle » (Jn 6,27). En effet, c’est justement ce terme que St Jean avait déjà employé en Jn 6,9.11 lors de cette multiplication des pains où Jésus se présentait en acte comme étant « la vraie nourriture » (voir aussi Jn 6,55)… Et en Jn 21,13, ce sera encore lui, en personne, qui donnera cet « opsarion » à manger à ses disciples, comme en Jn 6,11… Ce terme intervient en tout cinq fois dans l’Evangile : nouveau clin d’œil vers Jésus « vraie nourriture » par sa Parole ? Le chiffre 5 renvoie en effet dans la Bible à ses 5 premiers livres, « la Torah », la Loi, « la Parole de Dieu », un symbolisme repris également dans la multiplication des pains (5 pains pour 5000 hommes) en Jn 6,1-15.

Notons le terme employé dans la bouche de Jésus en 21,5 : « N’avez-vous pas quelque « prosphagion » ? », soit littéralement « ce qu’on mange en plus du pain » (M. Carrez). Et ce serait notamment de « l’opsarion »… Jésus serait donc à nouveau visé ici… Et de fait, ils ne l’ont pas encore reconnu ressuscité, ils se croient seuls, sans lui… De leur point de vue, ils ne l’ont plus comme « nourriture » offerte à leur foi… La manifestation du Christ Ressuscité va leur prouver le contraire…

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