Fiche N° 18 : Jésus, le Bon Pasteur venu donner la Vie (Jn 10,1-21)

Dans l’Ancien Testament, Dieu lui-même a été appelé très tôt « Pasteur d’Israël », mais il est intéressant de noter que ce titre n’intervient explicitement que quatre fois (Gn 48,15; 49,24 ; Ps 23,1 ; 80,2). Le Psaume 23 était un des textes préférés de Ste Thérèse de Lisieux :

Ps 23(22 ; traduction liturgique) :

1 –     Le Seigneur est mon berger :

je ne manque de rien.

2 –     Sur des prés d’herbe fraîche,

il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles

3 –     et me fait revivre ;

il me conduit par le juste chemin

pour l’honneur de son nom.

4 –     Si je traverse les ravins de la mort,

je ne crains aucun mal,

car tu es avec moi :

ton bâton me guide et me rassure.

5 –     Tu prépares la table pour moi

devant mes ennemis ;

tu répands le parfum sur ma tête,

ma coupe est débordante.

6 –     Grâce et bonheur m’accompagnent

tous les jours de ma vie ;

j’habiterai la maison du Seigneur

pour la durée de mes jours.

Si le titre de Pasteur n’intervient donc que quatre fois pour Dieu, l’image est par contre très souvent reprise pour décrire le soin attentif de Dieu, « gardien d’Israël » (Ps 121,4), qu’il regarde comme le « troupeau de son bercail » (Ps 79,13; 95,7; 100,3) : il marche devant lui (Ps 68,8), il le conduit (Ps 28,9) par la main de Moïse et d’Aaron (Ps 77,21), il l’amène vers son saint territoire (Ps 78,52s)…

Le mouvement prophétique reprendra ce thème en des textes où transparaît toute la tendresse de Dieu pour les hommes (Is 40,10-11) :

Is 40,10-11 : Voici le Seigneur, il vient avec puissance…

(11)                Comme un pasteur, il paîtra son troupeau ;

par son bras, il rassemblera les agneaux

et réconfortera les brebis qui doivent mettre bas.

            Le prophète Jérémie (Vocation : 627 av JC) avait déjà employé cette image (23,3 ; cf 31,10) et dénoncé les pasteurs à qui Dieu avait confié son peuple : ils ne se sont pas occupés du troupeau. Pire, ils ont chassé les brebis et les ont dispersées (Jr 23,2) ; Ezéchiel (vers 590 av JC) reprendra et développera cette critique sévère : les pasteurs n’ont fait que rechercher leurs propres intérêts sans se soucier de celui du troupeau qu’ils ont régi avec violence et dureté, frappant des reins et de l’épaule, donnant des coups de cornes à toutes les brebis souffrantes (34,1-6.21) de telle sorte qu’elles se sont éparpillées, faute de pasteur ; elles sont devenues la proie de toutes les bêtes sauvages, et nul ne se met à leur recherche (34,6.22) ! Ils se sont ainsi nourris de lait, ils se sont vêtus de laine, ils ont sacrifié les brebis les plus grasses (34,3), et non contents de se repaître dans de bons pâturages, non contents de boire une eau limpide, ils ont foulé aux pieds ce qu’il pouvait rester d’herbe tendre et souillé l’eau pure… Aussi, les quelques brebis qui sont restées auprès de ces pasteurs infidèles doivent-elles brouter ce que leurs pieds ont foulé et boire l’eau que leurs pas ont troublée (34,17‑19). C’est pourquoi, annonce Ezéchiel, le Seigneur va leur reprendre son troupeau, il va arracher ses brebis de leur bouche afin qu’elles ne soient plus pour eux une proie (34,7-10). Désormais, « ainsi parle le Seigneur Dieu » (Ez 34,11-16 (TOB)):

            «  Je viens chercher moi-même mon troupeau pour en prendre soin.

(12)    De même qu’un berger prend soin de ses bêtes

le jour où il se trouve au milieu de ses brebis éparpillées,

ainsi je prendrai soin de mon troupeau ;

je l’arracherai de tous les endroits

où il a été dispersé un jour de brouillard et d’obscurité.

(13)    Je le ferai sortir d’entre les peuples,

je le rassemblerai des différents pays et je l’amènerai sur sa terre ;

je le ferai paître sur les montagnes d’Israël,

dans le creux des vallées et dans tous les lieux habitables du pays.

(14)    Je le ferai paître dans un bon pâturage,

son herbage sera sur les montagnes du haut pays d’Israël.

C’est là qu’il pourra se coucher dans un bon herbage

et paître un gras pâturage, sur les montagnes d’Israël.

(15)    Moi-même je ferai paître mon troupeau,

moi-même le ferai coucher – Oracle du Seigneur DIEU.

(16)    La bête perdue, je la chercherai ;

celle qui se sera écartée, je la ferai revenir ;

celle qui aura une patte cassée, je lui ferai un bandage ;

la malade, je la fortifierai.

            Mais la bête grasse, la bête forte, je la supprimerai ;

            je ferai paître mon troupeau selon le droit. »

            L’avant dernière ligne fait allusion notamment à ces faux Pasteurs qui « s’engraissaient » au détriment du troupeau qui leur était confié… La justice et le droit finiront toujours par triompher…

            Voilà donc quelques aspects de ce contexte général de la notion de pasteur, appliquée à Dieu dans l’Ancien Testament… Jésus la reprendra largement… « En débarquant, il vit une foule nombreuse et il fut bouleversé jusqu’au plus profond de lui-même, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont pas de berger, et il se mit à les enseigner longuement » (Mc 6,34). Et à ces scribes et à ces Pharisiens qui refusaient d’entrer dans la fête des pécheurs pardonnés, Jésus leur adressera cette parabole, largement inspirée du prophète Ezéchiel (Lc 15,4-7) : « Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une, n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée ? Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit : Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue ! C’est ainsi, je vous le dis, qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir ». En parlant ainsi, Jésus espérait que ces spécialistes des Ecritures, qu’il appelle indirectement « ses amis et ses voisins » reconnaîtraient dans sa Parole, dans sa vie, dans ses actions, l’accomplissement de la volonté de Dieu et qu’ils accepteraient enfin de se joindre eux aussi à la fête…

            Jn 4,34 : « Ma nourriture » disait Jésus

« est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé

et de mener son œuvre à bonne fin. »

 

Introduction au chapitre 10 de St Jean (Jn 10,1-6)

Jn 10,1-6 (TOB) : «  En vérité, en vérité, je vous le dis,

celui qui n’entre pas par la porte dans l’enclos des brebis

mais qui escalade par un autre côté,

celui-là est un voleur et un brigand.

(2)       Mais celui qui entre par la porte est le berger des brebis.

(3)       Celui qui garde la porte lui ouvre,

et les brebis écoutent sa voix ;

les brebis qui lui appartiennent,

il les appelle, chacune par son nom,

et ils les emmène dehors.

(4)       Lorsqu’il les a toutes fait sortir,

il marche à leur tête et elles le suivent parce qu’elles connaissent sa voix.

(5)       Jamais elles ne suivront un étranger ;

bien plus, elles le fuiront parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers. »

(6)       Jésus leur dit cette parabole, mais ils ne comprirent pas la portée de ce qu’il disait.

            Qu’est-ce qui caractérise les faux pasteurs, les faux prophètes (cf. Jr 23,21 et 23,32 ; Jn 7,18 ; l’attitude contraire de celle indiquée en 1Co 10,24, 10,33 et 13,5) ? Quelle expression Jésus emploie-t-il en Jn 10,1 pour les décrire ? Ces faux pasteurs, d’après Jn 8,44, font le jeu de qui ? Et quelle en est la conséquence la plus grave ? La retrouver en Jn 10,10 ; et d’après ce même verset, pourquoi le Fils s’est-il fait chair, pourquoi est-il venu en ce monde ? Retrouver les deux dernières réponses en Rm 6,23, en n’oubliant jamais que nous parlons ici de vie spirituelle, d’intensité de vie, d’accomplissement de toutes les potentialités de vie que Dieu désire voir s’épanouir en nous, la signature de son action étant la paix du cœur (cf. Col 3,15 ; Ph 4,7 ; Rm 16,20).

            Jésus est donc « le berger des brebis » et « il entre par la porte » « dans l’enclos des brebis ». St Luc reprend cette image de la porte en l’appliquant à St Paul et à son apostolat : « À leur arrivée, Paul et Barnabé réunirent l’Église et se mirent à rapporter tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi » (Ac 14,27). Obéissant à la mission qui lui avait été confiée (Ac 26,15-18), « envoyé en mission par le Saint Esprit » (Ac 13,4), guidé sur les routes par ce même Esprit (Ac 16,6‑8), Paul annonçait l’Evangile. Dieu agissait avec lui par la puissance de l’Esprit car « nul ne peut dire « Jésus est Seigneur » si ce n’est par l’Esprit Saint » (1Co 12,3). C’est ainsi que « Dieu ouvrait aux païens » qui l’écoutaient « la porte de la foi ». Nous en avons un exemple avec Lydie :

            Ac 16,11-15 : « Nous gagnâmes Philippes, cité de premier rang de ce district de Macédoine et colonie. Nous passâmes quelques jours dans cette ville, puis, le jour du sabbat, nous nous rendîmes en dehors de la cité, sur les bords de la rivière, où nous pensions qu’il y avait un lieu de prière. Nous étant assis, nous adressâmes la parole aux femmes qui s’étaient réunies. L’une d’elles, nommée Lydie, nous écoutait ; c’était une négociante en pourpre, de la ville de Thyatire ; elle adorait Dieu. Le Seigneur lui ouvrit le cœur, de sorte qu’elle s’attacha aux paroles de Paul. » Et sur le champ, elle fut « baptisée ainsi que les siens »…

            Il en est de même ici, dans l’Evangile selon St Jean… Lorsque Jésus annonce la Parole de Dieu, lorsqu’il redonne à ceux et celles qui l’accueillent les Paroles qu’il a lui-même reçues de son Père (Jn 17,8), que fait le Père (cf. Jn 5,37) ? Et par qui le Père agit-il (cf. Jn 15,26) ? N’oublions jamais que Dieu est un Mystère de Communion de Trois Personnes distinctes, unies l’une à l’autre dans la communion d’un même Esprit (Jn 4,24) qui est tout à la fois Amour (1Jn 4,8 et 4,16), Lumière (1Jn 1,5), Paix, Vie… Les Trois agissent toujours ensemble, l’un avec l’autre, l’un par l’autre et c’est l’Amour qui est le secret de leur unité dans la diversité de ces Trois Personnes divines… Souvenons-nous également que si l’expression « Esprit Saint » peut être employée comme nom propre pour désigner la Troisième Personne de la Trinité, ces deux mots « Esprit » et « Saint » peuvent aussi évoquer la nature divine, c’est-à-dire ce que Dieu est en lui-même, ce que chacune des Trois Personnes divines est en elle-même… Lorsque Jésus nous donne la Parole de son Père, ce dernier lui rend ainsi témoignage par l’action de l’Esprit Saint Personne divine. Et cette action se déploie dans nos cœurs… Quel est son contenu, en quoi consiste-t-elle ? Elle est communication, d’une manière ou d’une autre, selon « l’insondable richesse » de Dieu (Ep 3,8), de ce que Dieu est en lui-même, de « sa nature divine » : Esprit, Amour, Lumière, Vie, Sainteté, Paix… « Les précieuses, les plus grandes promesses nous ont été données, afin que vous deveniez ainsi participants de la divine nature, vous étant arrachés à la corruption qui est dans le monde, dans la convoitise » (2P 1,4). Nous retrouvons avec la fin de ce verset la nécessité de la conversion, aussi ferme que possible, et toujours offerte par ce « Père des Miséricordes » (2Co 1,3) qui, face au péché, n’a qu’une seul désir : l’enlever pour nous en purifier, et nous communiquer au même moment ce dont il nous privait, sa Vie, sa Paix, sa Lumière… A nous d’accepter de nous laisser faire, de nous laisser prendre par Dieu, de nous laisser détourner du mal par la Puissance de son Esprit pour recevoir de ce même Esprit la grâce d’être comblés de toutes les richesses de l’Esprit !

            A ceux et celles qui acceptent ainsi avec bonne volonté d’ouvrir leur cœur et leur vie au Fils, le Père rend témoignage à la Parole de son Fils par l’action de l’Esprit Saint Personne divine qui communique à ces cœurs un Don qui est de l’ordre de la nature divine : Esprit, Amour, Lumière, Vie, Paix… En écoutant la Parole de Jésus ils vivent alors au même moment « quelque chose » d’unique qui vient de l’Esprit : ils vivent comme ils n’avaient encore jamais vécu, ils expérimentent une Paix insoupçonnée, leur cœur peut parfois brûler d’un Amour (Lc 24,32) et d’une Douceur dont ils ne voudraient plus jamais être privés… Mais sur cette terre, nous cheminons dans la foi et non dans la claire vision, il faut l’accepter (1Co 13,12). St Paul, qui a vécu de telles expériences (cf. 2Co 12,1-4 ; 43 ap JC), bien après celle de sa conversion (Ac 9,1-19 ; vers 34 ou 36 ap JC), n’hésitait pas à écrire que s’il ne tenait qu’à lui, il préfèrerait « s’en aller et être avec le Christ »… « Je me sens pris dans cette alternative : d’une part, j’ai le désir de m’en aller et d’être avec le Christ, ce qui serait, et de beaucoup, bien préférable ; mais de l’autre, demeurer dans la chair est plus urgent pour votre bien. Au fait, ceci me persuade : je sais que je vais rester et demeurer près de vous tous pour votre avancement et la joie de votre foi » (Ph 1,23-25)…

Résumons-nous :

1 – Envoyé par le Père, Jésus n’est pas un voleur ou un brigand… Il ne cherche pas son propre intérêt, mais la Gloire de Dieu et le vrai bien de tous ceux et celles qu’il rencontre…

2 – Pour cela, il va leur annoncer la volonté du Père sur tous les hommes : qu’ils soient sauvés et qu’ils participent gratuitement, par amour, à la Plénitude de sa vie.

3 – Jésus accomplit donc sa mission d’envoyé du Père chargé d’annoncer la volonté du Père, c’est-à-dire ce que le Père veut faire pour chacun d’entre nous. Alors, « le portier lui ouvre » : le Père rend témoignage à sa Parole par l’Esprit Saint Personne divine. Et l’action de l’Esprit sera, au cœur de tous ceux et celles qui consentent à accueillir le Fils, synonyme de participation à cette nature divine qui est Vie, Paix, Douceur, Lumière… Cette Vie est unique : c’est celle de Dieu Lui-même. Et nous pourrions dire la même chose de sa Paix, de sa Lumière…

4 – Telle est donc « la voix » de Jésus. Tous ceux et celles qui l’accueilleront avec simplicité et bonne volonté feront avec lui une expérience unique. En « écoutant sa voix » de chair, ils percevront au même moment en leur cœur « la voix » de l’Esprit Saint, synonyme de Vie, de Paix, de Douceur et de Lumière. « L’Esprit souffle… et tu entends sa voix » (Jn 3,8) en vivant cette Vie, en expérimentant cette Paix, en percevant « quelque chose », dans la foi, de la Lumière d’en haut… « Jamais homme n’a parlé comme cela », diront les soldats venus arrêter Jésus (Jn 7,46). « Tu as les Paroles de la Vie éternelle », lui disait St Pierre (Jn 6,68), car au moment où il l’écoutait, il vivait « quelque chose » de cette Vie, « quelque chose » d’unique qui faisait tout son bonheur et toute sa joie… Et c’est bien pour cela qu’il avait tout quitté pour le suivre (Mc 10,28)…

5 – C’est ce que St Jean appelle ici « connaître la voix » de Jésus : l’expérience spirituelle unique d’un « quelque chose » insaisissable qui vient de l’Esprit et qui remplit le cœur de Paix profonde et de Joie lorsqu’on écoute Jésus… Dieu seul est à l’origine d’une telle expérience de foi. Mais si quelqu’un parle sans avoir été envoyé par Dieu, s’il cherche sa propre gloire, son propre intérêt, s’il proclame le mensonge et non la vérité, Dieu, bien sûr, ne pourra pas lui rendre témoignage et sa parole sera vide de cette Présence de l’Esprit. « Le portier » (BJ), le Père, ne lui ouvrira pas la porte… Il ne le peut pas car il n’est que Lumière et Vérité, « en lui point de ténèbres » (1Jn 1,5). C’est ainsi qu’ « il garde la porte », simplement parce qu’Il Est ce qu’Il Est et que le mal ne peut tenir en sa Présence, tout comme les ténèbres en Présence de la Lumière… Les deux sont radicalement incompatibles. Impossible à celui qui fait le mal d’entrer dans le Royaume de l’Amour et de la Paix… C’est pourquoi, dit Jésus, les brebis qui l’écoutent « ne suivront pas cet étranger ; elles le fuiront au contraire, parce qu’elles ne connaissent pas la voix des étrangers », une voix qui est vide de la Présence de l’Esprit. Tout ceci demande bien sûr vigilance et discernement, en Eglise, à la Lumière de ce même Esprit, car le mensonge déploie tous ses talents à nous tromper (cf. Mt 24,23-25)… Aussi, écrit St Paul, « priez sans cesse » pour accueillir cette Lumière de l’Esprit qui ne cesse de jaillir de Dieu, et n’éteignez pas cette Lumière par des actions qui lui seraient contraire : « N’éteignez pas l’Esprit… mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » (1Th 5,19-22).

6 – « Les brebis qui appartiennent » à Jésus, sont donc celles qui ont accueilli de tout cœur sa Parole, et avec elle l’action vivifiante de l’Esprit. Comme démarche concrète attestant leur foi, elles ont reçu le baptême : elles ont été marquées d’un sceau par l’Esprit Saint (cf. Ep 1,13 ; 4,30 ; 2Co 1,22). Et ce sceau, dans le contexte de l’époque, évoque la marque que les propriétaires de troupeaux mettaient sur chacune de leurs brebis. Par ce « Oui ! » donné librement au Christ lors du sacrement du baptême, ces brebis ont reçu le sceau de l’Esprit du Christ, elles lui « appartiennent » désormais comme l’écrit St Paul : « Qui a l’Esprit du Christ lui appartient » (Contraire de Rm 8,9). Ainsi, nous qui croyons au Seigneur, « nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,8) car « l’Esprit » nature divine que nous avons reçu au jour de notre baptême est le même qui remplit son Cœur en Plénitude. Jésus, en regardant ses disciples, reconnaît en eux la Présence de cette Lumière et de cette Vie qu’il reçoit lui aussi de toute éternité du Père. Enfants du même Père, ils sont, selon leur statut de créature, comme d’autres lui‑même sur lesquels il veillera (Jn 17,12), pour lesquels il priera (Jn 17,9 ; 14,16 ; Lc 22,31-32 ; 1Jn 2,1-2)…

7 – Le Christ Pasteur « appelle » ensuite chacune de ses brebis « par son nom », prenant soin de chacune d’entre elles en particulier… Puis « ils les emmène dehors », ce qui suppose un « dedans » de ténèbres pour passer ensuite « dehors », dans la Lumière. Nous sommes ici au cœur de l’Evangile : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur » (Lc 4,18-19). Ce programme de Jésus, St Jean l’exprime avec les notions de « ténèbres » (conséquences du péché, fermeture, repli sur soi) et celles de « Lumière » (retour à Dieu, ouverture de cœur à sa Présence et donc aux autres)… « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » (Jn 12,46). « Qui me suit ne marchera donc pas dans les ténèbres, mais il aura la Lumière de la Vie » (Jn 8,12).

Le discours du Christ Bon Pasteur (Jn 10,7-18)

Jn 10,7-18 (BJ) : Alors Jésus dit à nouveau :

« En vérité, en vérité, je vous le dis, Je Suis la porte des brebis.

(8)       Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des brigands ;

mais les brebis ne les ont pas écoutés.

(9)       Je Suis la porte.

Si quelqu’un entre par moi, il sera sauvé ;

il entrera et sortira, et trouvera un pâturage.

(10)    Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr.

Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante.

(11)    Je Suis le bon pasteur ;

le bon pasteur dépose sa vie pour ses brebis.

(12)    Le mercenaire, qui n’est pas le pasteur et à qui n’appartiennent pas les brebis,

voit-il venir le loup, il laisse les brebis et s’enfuit,

et le loup s’en empare et les disperse.

(13)    C’est qu’il est mercenaire et ne se soucie pas des brebis.

(14)    Je Suis le bon pasteur ;

je connais mes brebis et mes brebis me connaissent,

(15)    comme le Père me connaît et que je connais le Père,

et je dépose ma vie pour mes brebis.

(16)    J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ;

celles-là aussi, il faut que je les mène ;

elles écouteront ma voix ;

et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur ;

(17)    c’est pour cela que le Père m’aime,

parce que je dépose ma vie, pour la reprendre.

(18)    Personne ne me l’enlève; mais je la dépose de moi-même.

J’ai pouvoir de la déposer et j’ai pouvoir de la reprendre ;

tel est le commandement que j’ai reçu de mon Père.

            Comment Jésus se présente-t-il en Jn 10,7 et 10,9 ; puis en 10,11 et 10,14 ? Noter à chaque fois le singulier ; de quoi ce singulier est-il synonyme d’après Jn 10,16 ? Retrouver la réponse en ce qui concerne Jésus en 1Tm 2,5 et noter le terme nouveau qui le désigne en ce verset, un terme que l’on retrouve en Hb 8,6 ; 9,15 ; 12,24…

            Nous remarquons à nouveau que l’expression « Je Suis », écrite ainsi, en majuscules, intervient dans notre passage. Cette expression renvoie à Ex 3,14 où Dieu révèle son Nom à Moïse. Nous l’avons déjà souvent rencontrée. Dans la traduction grecque, ce « Je Suis » s’écrit de façon particulière, « Égô éimi », une particularité que reprend ici St Jean. C’est pour lui une façon d’évoquer indirectement le Mystère de la divinité de Jésus. « Le Verbe fait chair » (Jn 1,14) « est Dieu », de toute éternité (Jn 1,1), ce que confessera Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu » (Jn 20,28). Alors, en tant que « Dieu », Jésus peut dire de Lui-même, comme le Père et l’Esprit Saint : « Je Suis »… Noter combien de fois cette expression intervient dans notre passage (Jn 10,7-18). Quatre étant un symbole d’universalité, que retrouve-t-on ainsi indirectement ? Cette réponse transparaît encore en Jn 10,16, éclairé par l’expression employée en Jn 4,42 pour décrire la mission de Jésus déjà évoquée en Jn 3,16-17.

            Ainsi, dans son Mystère de vrai Dieu et de vrai homme, Jésus est la Porte et il n’y en a pas d’autre… Et cette Porte est celle que le Père ouvre pour que tous les hommes puissent entrer dans sa Maison. Bien plus, cette Porte est toujours ouverte au sens où le Christ lui-même ouvre les bras à tout homme pour l’accueillir dans sa Lumière et dans sa Vie. Et c’est le Père qui, par l’action de l’Esprit Saint, nous pousse vers Lui (Lc 2,27), nous attire à Lui (Jn 6,44 ; 6,65). Et Jésus fera bon accueil à tous les pécheurs qui se seront laissés attirer vers Lui : « Tout ce que me donne le Père viendra à moi, et celui qui vient à moi, je ne le jetterai pas dehors ; car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de celui qui m’a envoyé. Or c’est la volonté de celui qui m’a envoyé que je ne perde rien de tout ce qu’il m’a donné, mais que je le ressuscite au dernier jour » (Jn 6,37-40).

            Dans ce même Mystère, il est le Bon Pasteur, et là encore, il n’y en a pas d’autre… Et toute la mission du Bon Pasteur est de conduire les brebis dont il a reçu la charge à bon port. Et quel est-il ? Une fois de plus, la Maison du Père, « chez lui » comme l’écrit St Luc dans la Parabole de la brebis perdue déjà citée précédemment… Nous retrouvons d’ailleurs en Jn 14,1-3 ce travail du Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve. Puis, il la prend, la charge sur ses épaules et la ramène « chez lui », dans « la Maison de son Père » : « Que votre cœur cesse de se troubler ! Croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Dans la maison de mon Père, il y a de nombreuses demeures ; sinon, je vous l’aurais dit ; je vais vous préparer une place. Et quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi, afin que, là où je suis, vous aussi, vous soyez ».

            Et dans les versets suivants, Jésus se présentera comme étant « le Chemin », et à nouveau, comme pour l’image de « la Porte » et du « Bon Pasteur », il n’y en a qu’un seul : « Et du lieu où je vais, vous savez le chemin. Thomas lui dit : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin ? » Jésus lui dit : « Je Suis le Chemin, la Vérité et la Vie. Nul ne vient au Père sinon par moi » » (Jn 14,4‑6). Et c’est toujours dans son Mystère de vrai Dieu et de vrai homme qu’il est le Chemin. Nous sommes tous invités en effet à devenir par grâce ce qu’il est par nature. Certes, nous sommes des créatures. Lui existe depuis toujours et pour toujours. Mais par‑delà notre mort, nous sommes tous appelés, grâce à son Amour et à sa Miséricorde infinie, à devenir comme Lui en participant nous aussi à sa nature divine… Lui-même est donc la Porte qui nous introduit dans ce Mystère car toute sa mission consiste à nous communiquer ce qu’il reçoit de son Père de toute éternité : la Plénitude de l’Esprit qui est tout en même temps Paix, Amour, Lumière et Vie… Il est « le Bon Pasteur » qui nous conduit pas à pas, de pardon en pardon, de chute en relèvement, à ce mystère de Communion avec le Père, dans l’unité d’un même Esprit… Et il est aussi lui-même « le Chemin » qui nous y conduit, si nous marchons à sa suite, si nous le prenons comme exemple, si nous essayons, par sa grâce, de vivre comme il vit… Nous n’y arriverons jamais vraiment, mais il nous appartient par contre de recommencer sans cesse…

            Voilà donc le but que nous présente le Christ en St Jean : « à ceux qui croient en son nom, il leur a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » (Jn 1,12), fils comme Lui est Fils… « Va trouver mes frères et dis-leur : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » », dira-t-il à Marie de Magadala juste avant de disparaître à l’immédiateté de son regard (Jn 20,17)… Et ces Paroles, en considération de sa Fidélité et de la Toute Puissance de sa Miséricorde, nous ouvrent cette espérance :

            1Jn 3,1-2 : « Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée

pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! (…)

Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu,

et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté.

Nous savons que lors de cette manifestation nous lui serons semblables,

                        parce que nous le verrons tel qu’il est ».

            « En toi est la Source de Vie. Par ta Lumière nous voyons la Lumière » (Ps 36,10). « Je Suis la Lumière du monde », disait Jésus (Jn 8,12)… Il faut donc être « Lumière » pour le voir, c’est-à-dire participer à sa Lumière grâce au Don qu’il nous en fait, gratuitement, par Amour, et avec d’autant plus d’intensité que nous pouvions en être privés par suite de nos fautes… Telle est la logique de la Miséricorde… « Là où le péché a abondé, la grâce a surabondée » (Rm 5,20). Si nous l’acceptons humblement, si nous y consentons, ce sera toujours la Miséricorde qui aura le dernier mot… Et cette espérance, « nous lui serons semblables » devient alors possible…

            Nous pouvons reprendre ici la définition du Concile de Chalcédoine, qui date du 22 octobre 451, pour percevoir grâce à cette présentation du Mystère du Christ vrai Dieu et vrai homme, ce à quoi nous sommes tous appelés selon notre statut de créatures :

            « Suivant les Saints Pères, nous enseignons tous d’une seule voix un seul et même Fils, Notre Seigneur Jésus Christ, le même parfait en divinité, le même parfait en humanité, le même Dieu vraiment et homme vraiment, (fait) d’une âme raisonnable et d’un corps, consubstantiel au Père selon la divinité (C’est-à-dire : « de même nature que le Père selon la divinité »), consubstantiel à nous selon l’humanité, semblable à nous en tout hors le péché, engendré du Père avant tous les siècles quant à sa divinité, mais aux derniers jours, pour nous et pour notre salut, (engendré) de Marie la Vierge la Theotokos (Mère de Dieu) quant à son humanité, un seul et même Christ, Fils, Seigneur, Fils unique, que nous reconnaissons être en deux natures, sans confusion ni changement, sans division ni séparation ; la différence des natures n’est nullement supprimée par l’union, mais au contraire les propriétés de chacune des deux natures restent sauves, et se rencontrent en une seule personne ou hypostase ; (nous confessons) non pas (un fils) partagé ou divisé en deux personnes, mais un seul et même Fils, Fils unique, Dieu, Verbe, Seigneur, Jésus Christ, comme autrefois les prophètes l’ont dit de lui, comme le Seigneur Jésus Christ lui-même nous en a instruits, et comme le Symbole des Pères nous l’a transmis ».

            Le Pape Paul VI et le patriarche orthodoxe Shenouda III s’inspireront de la formulation de ce Concile de Chalcédoine dans leur déclaration commune de foi signée le 10 mai 1973 :

            « En accord avec nos traditions apostoliques transmises à nos Eglises et conservées en elles, et en conformité avec les trois premiers Conciles œucuméniques, nous confessons une seule foi en l’unique Dieu un en trois Personnes, la divinité du Fils unique incarné de Dieu, deuxième Personne de la Sainte Trinité, Verbe de Dieu, splendeur de sa gloire et image fidèle de sa substance, qui s’est incarné pour nous en prenant pour Lui-même un corps réel avec une âme raisonnable, et qui avec nous a partagé notre humanité, à l’exclusion du péché. Nous confessons que notre Seigneur et Dieu, Sauveur et Roi de nous tous, Jésus Christ, est Dieu parfait pour ce qui est de sa divinité, et homme parfait pour ce qui est de son humanité. En Lui sa divinité est unie à son humanité ; cette union est réelle, parfaite, sans mélange, sans commixtion, sans confusion, sans altération, sans division, sans séparation. Sa divinité n’a été séparée de son humanité à aucun instant, pas même pendant un clin d’œil. Lui, qui est Dieu éternel et invisible, est devenu visible dans la chair et a pris la forme de serviteur. En Lui sont conservées toutes les propriétés de la divinité et toutes les propriétés de l’humanité, unies d’une façon réelle, parfaite, indivisible et inséparable.

            La vie divine nous est donnée et est alimentée en nous par les sept sacrements du Christ dans son Eglise »

            Concluons… Avec le Christ et par le Christ que reçoit-on, dans quelle mesure et par quel moyen (cf. Jn 10,10 ; 7,37-39) ? « Il entrera et sortira »… De quoi cette formule est-elle synonyme (cf. Jn 8,32) ? Que peut-on dire de la notion de « pâturage » en Jn 10,9 à la lumière du Psaume 23(22) cité au tout début… Quelle attitude de cœur fondamentale Jésus attend-il de chacun d’entre nous (cf. ¬ Jn 20,30-31 ; 6,47 ; 5,24 ; ­ Mt 9,2 ; 9,22 ; Mt 14,27 ; Mc 10,49 ; 2Co 1,9 ; Ep 3,11-12) ? Et jusqu’où ira Jésus pour que nous puissions vivre tout cela (cf. Jn 10,11 ; 10,15 ; 10,17-18 ; 15,13 ; 13,1 ; 1Jn 3,16 ; Rm 5,6-8 ; 1Tm 2,6) ? De plus, que nous apprennent, en contraste, les verset 12 et 13 sur l’attitude de Jésus lorsque ses disciples connaissent l’épreuve ? Et si c’est effectivement Jésus qui agit, quel sera le résultat (cf. Jn 1,5 ; 12,31 ; 16,33 ; 10,28-29 ; 1Jn 2,13-14 ; 4,4 ; Ap 12,10-11 ; 1Co 15,24-28) ? Et par quel moyen agit-il (cf. Mt 12,28) ? Quel appel ne cesse-t-il donc de nous lancer (cf. Mt 26,41 ; Ep 6,18 ; Lc 21,36 ; 1P 5,6-9) ? Et de fait, que recevra-t-on alors (cf. Lc 11,13 ; Jn 4,10 avec le symbolisme expliqué en Jn 7,37-39) ?

Le verbe « connaître » intervient quatre fois en Jn 10,14-15. Nous l’avons déjà rencontré : « connaître », dans la Bible, c’est avant tout « vivre » quelque chose, « faire l’expérience » de quelque chose… L’aspect « vie » est premier ; la nuance de « connaissance » par l’intelligence n’intervient que comme une des conséquences de ce qui est vécu… La Bible de Jérusalem donne en note pour Jn 10,14 : « Dans la Bible, « la connaissance » procède, non d’une démarche purement intellectuelle, mais d’une « expérience » d’une présence ; elle s’épanouit nécessairement en amour ». Et la TOB : « Dans la tradition biblique, la connaissance entre personnes implique l’amour : la connaissance qui lie Jésus et les siens trouve sa source et sa plénitude dans l’amour qui lie le Fils et le Père. » Or, nous l’avons déjà vu, l’amour qui lie le Fils et le Père est Mystère de communion dans l’unité d’un même Esprit, un lien vital qui unit ces deux Personnes divines… En effet, le Fils vit du Père (Jn 6,57) car il reçoit de Lui, de toute éternité, son Être et sa Vie (Jn 5,26). La « connaissance » que le Fils a de son Père est la conséquence de ce Mystère de Communion qui l’unit à son Père, un Mystère vital car l’Esprit « nature divine » qu’il ne cesse de recevoir de Lui est Vie… « Dieu est Esprit » et « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 4,24 ; 6,63)… Et cette Vie du cœur, accueillie et reconnue avec attention par l’intelligence, devient « connaissance »… Ainsi, « connaître » c’est avant tout « vivre » de cet « Esprit qui vivifie », l’Esprit qui jaillit du Père et que le Fils reçoit de toute éternité, un Esprit qui l’engendre en Fils et qu’il est venu nous communiquer pour que nous soyons des fils à son image (Rm 8,29)… « L’Esprit vivifie », et c’est cette « vie » qui est source de « connaissance » pour l’intelligence attentive : « La vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi le seul véritable Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17,3). En effet, celui ou celle qui « connaît » « Dieu » le Père par cette vie de l’Esprit ne peut que « connaître » au même moment « Jésus Christ » puisque celui-ci est comblé par le Père de toute éternité de ce même Esprit ! C’est pourquoi Jésus disait à ses adversaires : « Vous ne connaissez ni moi ni mon Père ; si vous me connaissiez, vous connaîtriez aussi mon Père », il ne peut en être autrement (Jn 8,19). En effet, lorsque Jésus dit « Je Suis la Lumière du monde » (Jn 8,12), c’est en Fils qu’il parle, « engendré non pas créé, de même nature que le Père » car il est « Dieu né de Dieu, Lumière né de la Lumière » (Crédo) et cela de toute éternité. « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5) : sa nature est Esprit et Lumière. Le Père est Esprit et Lumière, et Jésus est « de même nature » que le Père : il est Esprit et Lumière, le même Esprit, la même Lumière, alors que Lui est Fils et non pas Père… Alors quiconque voit « la Lumière » du Fils, ne peut que voir, au même moment, « la Lumière » du Père, car cette Lumière est celle de l’Esprit que le Père et le Fils possèdent en commun, le Fils pour le recevoir du Père de toute éternité…

Et pour nous, voir « la Lumière » n’est possible qu’en accueillant de tout cœur cette même Lumière : « En toi est la Source de Vie, par ta Lumière, nous voyons la Lumière » (Ps 36(35),10). Or cette Lumière est celle de l’Esprit, l’Esprit qui vivifie, l’Esprit qui est Vie… Autrement dit, voir « la Lumière » c’est vivre de l’Esprit. Alors, l’intelligence attentive saura reconnaître cette Vie nouvelle. Telle est la connaissance évoquée par St Jean… Elle ne peut être vécue que dans le cadre d’une relation à Dieu, une relation de cœur, tourné vers Lui pour recevoir de Lui le Don de l’Esprit… Mais se tourner vers Dieu, Lumière et Vérité, c’est au même moment se détourner du mal, des ténèbres, du mensonge… C’est se convertir et accepter de faire la vérité dans sa vie, vérité de notre misère, de nos faiblesses, de nos limites dans la Lumière de la Miséricorde de Dieu qui veut inlassablement notre vrai bien plus que nous-mêmes… Alors, grâce à Lui, cette vérité devient possible, acceptable, car elle se fait dans sa Tendresse… Notre péché reconnu et offert sera enlevé par « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) et qui, au même moment, nous remplit de tout ce dont nous étions privés par suite de nos fautes : son Esprit qui est Lumière et Vie… Alors, « ce jour-là, vous connaîtrez que je suis en mon Père et vous en moi et moi en vous » (Jn 14,20), unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit… Mais ici‑bas, cette « connaissance » sera toujours de foi, bien réelle mais insaisissable, « en énigme » (1Co 13,12), le « je ne sais quoi » de Ste Thérèse de Lisieux…

Notons qu’en Jn 10,14, le premier à « connaître » entre Jésus et ses brebis, c’est Jésus… Il nous « connaît » tous à fond… « Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme » (Jn 2,23-25). Et si nous acceptons de nous laisser connaître tels que nous sommes, si nous ouvrons nos cœurs au Christ Miséricordieux qui nous connaît mieux que nous‑mêmes, alors il agira en nous par son Esprit et, petit à petit, il nous purifiera, il nous transformera, il nous vivifiera. Et nous ne pourrons que constater les conséquences de son action par cette dimension nouvelle, discrète, paisible mais irrésistible, qui commencera à régner dans nos vies… « Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent » grâce à l’Esprit « Eau Vive » que je leur donne : « Si tu savais le Don de Dieu et qui est celui qui te dit : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié et il t’aurait donné de l’Eau vive » (Jn 4,10). Et les brebis connaissent Jésus « comme le Père me connaît et que je connais le Père ». Remarquons que si Jésus est pour nous à la première place, « je connais mes brebis et mes brebis me connaissent », pour lui, c’est le Père qui est à la première place, « le Père me connaît et je connais le Père »… Si la connaissance que les disciples ont de Jésus vient de Jésus et du Don que leur fait Jésus de l’Esprit, la connaissance que le Fils a du Père vient du Père et du Don de l’Esprit que le Père lui fait de toute éternité…

Et Jésus, le Fils, cette Personne divine par qui l’univers fut créé (Jn 1,3) et qui, à un instant du temps s’est fait chair (Jn 1,14) pour nous rejoindre, va donner sa vie pour que nous puissions vivre grâce à Lui ce qu’il vit grâce à son Père ! « Le poids » de ce don n’est en rien comparable au « poids » de celui ou celle qui le reçoit… Folie de Dieu qui veut de tout son Être, infini, notre salut et notre vie. Et ceci est valable pour tout être humain qui a vécu, qui vit et qui vivra sur cette terre… « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » par le Don de « l’Esprit de Vérité » (Jn 16,13), « l’Esprit qui vivifie » et qui sauve en donnant la vie, l’Esprit qui permet de « connaître la vérité » du « Dieu véritable » (Jn 17,3) en communiquant cette Vie même de Dieu… Et Jésus est « l’unique médiateur entre Dieu et les hommes » ; « il s’est livré en rançon pour tous », afin que la volonté du Père s’accomplisse : « que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6)… C’est pourquoi il déclare ici : « J’ai encore d’autres brebis qui ne sont pas de cet enclos ; celles-là aussi, il faut que je les mène ; elles écouteront ma voix ; et il y aura un seul troupeau, un seul pasteur » (Jn 10,16)…

Enfin, Jésus affirme pour la troisième fois « je donne ma vie » en précisant : « J’ai pouvoir de la donner et j’ai pouvoir de la reprendre ». Or, en St Jean, tout pouvoir du Fils vient du Père : « le pouvoir d’exercer le jugement » (Jn 5,27), « le pouvoir sur toute chair de donner la vie éternelle » (Jn 17,1-2)… Ici, Jésus va donner sa vie et c’est le Père qui va lui donner de se donner… C’est ainsi que le Père nous donne son Fils : « Le Pain qui vient du ciel, le vrai, c’est mon Père qui vous le donne… Je Suis le Pain de Vie » (Jn 6,32-35). Et Jésus dit un « Oui ! » de tout cœur à son Père, pour la vie du monde, pour notre vie à tous… Il participe pleinement, en toute liberté, à ce don : « Je Suis le pain vivant, descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra pour toujours. Et le pain que je donnerai, c’est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6,51). Le Père lui donnera de se donner, il accepte et il mourra sur la Croix pour notre salut. « Je donne ma vie pour mes brebis… Personne ne me l’enlève ; mais je la donne de moi‑même. J’ai pouvoir de la donner », un pouvoir reçu du Père, « et j’ai pouvoir de la reprendre », là encore un pouvoir reçu du Père car c’est le Père qui va ressusciter son Fils d’entre les morts, par la puissance de l’Esprit Saint (cf. Ac 2,24 ; 2,32 ; 3,15 ; 3,26 ; 4,10 ; 5,30 ; 13,30-37; Rm 6,4 ; 8,11 ; 10,9 ; 1Co 6,14 ; 15,15 ; Ga 1,1 ; Col 2,12 ; 1Th 1,9-10). Puis il lui donnera encore de pouvoir se montrer à ses disciples (Ac 10,40) et c’est toujours le Père qui « emportera » son Fils au jour de son Ascension (Lc 24,51). « Dieu l’a souverainement élevé et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9-11). Le Nom, dans la Bible, renvoie au Mystère de celui qui le porte… Nous retrouvons ici que tout ce qu’est Jésus, tout ce qu’il vit, tout ce qu’il fait, il le reçoit de son Père…

Jésus vient de se présenter comme « le seul » « Bon Pasteur » qui, bientôt, donnera sa vie pour le salut du monde… Certains accepteront de le croire, secoués notamment par les signes magnifiques qui s’opéraient par ces mains, mais d’autres resteront dans les ténèbres de leur péché, avec cette terrible logique du démon qui accuse l’autre de ce qui, en fait, le concerne en premier… « Il a un démon », disent-ils du Fils Unique Lumière du monde ! Mais non, ce sont eux qui sont dans les ténèbres et qui se révèlent, par leur attitude, des « fils du diable » : « Si ton œil est malade, ton corps tout entier sera ténébreux. Si donc la lumière qui est en toi est ténèbres, quelles ténèbres ! » (Mt 6,23) En effet, pour eux, même le Christ Lumière du monde est ténèbres ! « Vous êtes du diable, votre père, et ce sont les désirs de votre père que vous voulez accomplir » (Jn 8,44)…

Ainsi, certains croient dans le Christ, d’autres refusent. « Il y eut de nouveau une scission »… Et tel est, en St Jean, le jugement… Ce n’est pas Dieu qui condamne, c’est l’homme qui se condamne lui-même en refusant de croire en Jésus, l’unique Sauveur du monde… Rappelons-nous Jn 3,16-18 :

« Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré,

afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par son entremise.

Qui croit en lui n’est pas jugé ;

qui ne croit pas est déjà jugé,

parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu ».

« Qui me rejette et n’accueille pas mes paroles a son juge :

la parole que j’ai fait entendre, c’est elle qui le jugera au dernier jour » (Jn 12,48).

Et la Parole que Jésus a fait entendre et continue de faire entendre à tous les pécheurs que nous sommes est :

« Je ne te condamne pas ; va, désormais ne pêche plus » (Jn 8,11)…

Puissions-nous, jour après jour, « ne jamais désespérer de sa Miséricorde » (St Benoît)…

Jacques Fournier

Correction de la fiche N° 18 :

CV – 18 – Jn 10,1-21 corrige

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