Fiche N° 30 : La Passion de Jésus (Jn 19,16-42)…

Le crucifiement (Jn 19,16-22)…

            « Alors, il (Pilate) le leur livra pour être crucifié »… Mais ce n’est pas Pilate qui « livre » Jésus… Plus profondément, c’est le Père qui le livre, au sens où il le donne aux pécheurs, par amour des pécheurs et pour leur salut, « Lui qui n’a pas épargné son propre Fils mais l’a livré pour nous tous » (Rm 8,32). Nous l’avons vu précédemment : « Un glaive te transpercera le cœur » (Lc 2,35). Combien cette parole, adressée par Syméon à Marie, la mère de Jésus, est-elle valable elle aussi pour son Père, à un degré dont nous n’avons pas conscience puisque nous parlons ici d’une Personne divine dont l’Amour Eternel est infini… Le Père « donne » ainsi son Fils : « Le Pain qui vient du ciel, le Vrai, c’est mon Père qui vous le donne… Je Suis le Pain de Vie » (Jn 6,32-35). C’est donc le Père qui donne son Fils aux hommes, pour leur salut, et en le donnant, il lui donne de pouvoir se donner… Souvenons-nous : « Ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » et si Jésus la donne, c’est qu’il a « pouvoir de la donner » (Jn 10,18), un pouvoir qu’il a reçu de son Père… « Père, glorifie ton Fils afin que ton Fils te glorifie » (Jn 17,1)… Et Jésus, de son côté, adhère totalement et de tout cœur à ce désir du Père de « sauver le monde » (Jn 3,16-17)… Le Père se donnera ainsi tout entier au Fils, pour lui donner de pouvoir se donner, et le Fils, porté par le Père, se donnera tout entier aux hommes, pour leur salut… Il va accepter de mourir de leurs mains, dans des souffrances atroces… Et alors même qu’il y sera plongé, il ne cessera de dire à ceux-là mêmes qui le tuent : « Je vous aime… Ce que vous me faîtes ne m’empêche pas de vous aimer… Si vous agissez ainsi, vous qui avez été créés « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,27-27), un Dieu qui n’Est qu’Amour (1Jn 4,8.16), c’est que vous êtes profondément, spirituellement, malades… Et je ne cesserai pas de désirer votre guérison, de m’offrir pour elle, en un mot, de vous aimer. » Car, habités pour l’instant par la haine, ils ne peuvent participer à cette Plénitude de l’Amour qui est tout en même temps Paix, Vie, Joie et donc Bonheur indescriptible… Qu’ils puissent passer de la haine à l’Amour, de la mort, au sens de privation de la Plénitude de Vie, à cette Plénitude, de la tristesse à la Joie, la Joie même de Dieu (Jn 15,11), tel est tout le sens de l’offrande du Christ sur la Croix… Accepter de telles souffrances, indescriptibles, pour le bien même de ceux qui vous les affligent, et cela jusqu’à en mourir… Existe-t-il une révélation de l’Amour qui pourrait être plus forte ? « Nul n’a plus grand amour que celui-ci : déposer sa vie pour ses amis » (Jn 15,11). Et Dieu appelle tout homme « son ami », jusqu’à Judas (Mt 26,50)… « Une femme oublie-t-elle l’enfant qu’elle nourrit ? Cesse-t-elle de montrer sa tendresse au fils de ses entrailles ? Même si celles-là oubliaient, moi je ne t’oublierai pas ! Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains » (Is 49,15-16), une prophétie qui prendra tout son sens avec le Christ crucifié… Ses poignets transpercés l’ont été pour nous… Il a vécu tout cela pour nous, et Il Est Dieu ! Peut-il exister une offrande plus grande ?

            Par amour des hommes, « le Père a donc livré son propre Fils pour nous tous » (Rm 8,32), et par amour du Père et des hommes, le Fils « s’est livré lui-même pour nos péchés afin de nous arracher à ce monde actuel et mauvais, selon la volonté de Dieu notre Père » (Ga 1,4)… Il s’est ainsi « livré en rançon pour tous » (1Tm 2,6)… Oui, « le Christ vous a aimés, et il s’est livré pour nous, s’offrant à Dieu en sacrifice d’agréable odeur » (Ep 5,2)… Et St Paul acceptera, avec joie, d’être l’heureux bénéficiaire de cette offrande. Il l’accueillera avec reconnaissance, et nous invitera tous à faire de même… Pardonnés de peu ou de beaucoup, nous avons tous besoin de ce pardon sans lequel nous ne pouvons atteindre cette Plénitude que Dieu veut nous communiquer, que nous soyons retenus par le fil le plus mince ou par les chaines les plus lourdes… Dorénavant, écrit St Paul, « ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2,20). « Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Tm 1,16). Et toute l’humanité est appelée à cette Plénitude de Vie, sans aucune exception…

            Le Père « livre » donc son Fils pour le salut du monde, par amour, et le Fils se « livre » lui aussi, gratuitement, par amour, pour que cette volonté de salut du Père s’accomplisse. Tous les hommes sont pécheurs (Rm 3,9), une vérité que chacun est appelé à reconnaître pour lui-même… Si nous l’acceptons de tout cœur, autant qu’il nous est possible, nous ne pourrons que découvrir, en le vivant, que Jésus Christ est vraiment « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) par « la rémission des péchés » qu’il est venu nous offrir au Nom de son Père (Lc 1,76-79 ; 5,20)… Et avec ce pardon, nous retrouverons aussitôt le Trésor que nous avions perdu par suite de nos fautes : cette Plénitude de Vie qui est en même temps Lumière, Paix et Joie… « Bienheureux alors ceux qui auront cru » (Jn 20,29)…

            « Alors, il (Pilate) le leur livra pour être crucifié »… Ce verbe « livrer » se dit, dans le grec des Evangiles, « parad…dwmi, paradidômi ». Or la préposition « para, para » signifie « auprès de, contre », et le verbe « d…dwmi, didômi » se traduit par « donner ». Etymologiquement, « livrer » signifie donc « donner auprès de, contre »… Et Jésus s’est tellement « donné » aux pécheurs, tout « contre » eux, qu’il s’est « uni » à eux, partageant pleinement leur condition de fils blessés alors que lui-même n’avait jamais commis de faute… Il a ainsi vécu par amour nos ténèbres, conséquences de nos fautes, cet état où nous pensons que Dieu nous a abandonnés, alors qu’il n’a jamais cessé d’être tout proche… « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné » (Mc 15,34)… Et il a expérimenté ce qu’est la mort « spirituelle » (cf. Rm 6,23) dans le seul but de nous en délivrer ! « Sur le bois, dans son corps, il a porté lui-même nos fautes », c’est-à-dire toutes leurs conséquences, « afin que morts à nos fautes, nous vivions pour la justice » (1P 2,24). « Celui qui n’avait pas connu le péché », celui qui n’avait jamais fait l’expérience du mal (cf. 1P 2,22), « Il l’a fait péché pour nous », au sens où il a vécu en son cœur toutes les conséquences de nos fautes, « afin qu’en lui nous devenions justice de Dieu », des femmes et des hommes tels que Dieu les veut, remplis en leur cœur par sa Plénitude de Lumière et de Vie (2Co 5,21)…

            Relire Jn 19,16-18 à la lumière de Ph 2,8 ; Hb 5,8 ; quelle valeur essentielle Jésus a-t-il vécue une nouvelle fois en cet instant ? La retrouver avec Jn 14,31 ; et d’après ce dernier verset, quelle est la réalité ultime qui la motive (1) ? En la vivant, quel but poursuit-il (cf. Rm 5,19) ? De fait, d’après Jn 13,1, quelle est ici la réalité ultime qui la motive, en donnant à l’expression « les siens » une valeur universelle (2) ? En comparant les réponses (1) et (2), quelle équivalence retrouvons-nous (cf. Mt 22,34-40) ? Mais pour que l’offrande de Jésus puisse pleinement porter ses fruits, que nous demande-t-il à notre tour (cf. Hb 5,9 ; Rm 1,5 ; 6,16-17 ; 16,26 ; 2Co 10,5-6) ? Et « obéir » au Christ sera très concrètement lui offrir jour après jour nos misères (Jn 1,29), écouter sa voix, le suivre sur le Chemin de la Vie, accueillir ce Don de la Vie éternelle qu’il ne cesse de nous faire (Jn 6,47 ; 10,10 ; 10,27-28 ; 17,2 ; 20,31 ; 1Jn 5,13) par le Don de l’Esprit Saint (1Th 4,8) « Eau vive » (Jn 7,37-39) qui, jour après jour, nous lave (Hb 10,22 ; Ap 7,14 avec Jn 6,63) et nous communique la Vie……

            Que demande Jésus à ses disciples en Mt 10,38 et 16,24 ? Bien comprendre cette dernière invitation et la préciser à la lumière de Rm 6,13 ; 6,19 ; 12,1 ; 1Co 10,24 ; 10,33 ; 13,5. Et que fait-il ici en Jn 19,17 et d’après Ep 5,2 ? Conclusion : que fait toujours Jésus avant de nous demander quoique ce soit ? Nous retrouvons ce principe dans l’ordre des verbes employés en Mt 5,19 : conclusions pour chacun d’entre nous ? De plus, quand Jésus nous invite à « porter notre croix », qu’a-t-il déjà fait d’après Mt 8,17 ? Cette seule réponse pourrait être un résumé de tout l’Evangile (cf. Is 53,4‑5.8.11-12 ; 1P 2,24 ; 2Co 5,21 ; 1,3-7)…

            Souvenons-nous d’Is 53,12 : qui entoure Jésus sur la croix ? Quel sens cela prend‑il en cet événement central pour notre foi (cf. Lc 5,29-32 ; 15,1-7) ?

            Au cœur de cette scène du crucifiement, culmine l’écriteau : « Jésus le Nazôréen, le Roi des Juifs ». Compter le nombre de fois où apparaît ce mot « roi », ainsi que le nombre de langues mentionnées : le chiffre « trois » renvoyant à Dieu en tant qu’il agit, quelle interprétation Jean donne-t-il ainsi à cette scène ? Et, répétons-nous, quelle royauté Jésus manifeste-t-il sur la Croix (cf. Ps 117 ; 145,13) ? Notre salut en sera le fruit, si nous acceptons que Dieu ait toujours le dernier mot dans nos cœurs et dans nos vies… Et quel est-il (Is 43,3 ; voir aussi Os 3,1 ; Ps 18,20 ; Jn 3,16-17 ; Rm 5,8 ; Ga 2,20 ; 1Jn 4,10 ; Ap 1,5) ?

 

Le partage des vêtements (Lc 19,23-24)

            Ce passage évoque les vêtements de Jésus… Avant d’aller plus loin, rappelons-nous que dans la Bible, le vêtement dit quelque chose du mystère de la personne qui le porte. « Je suis plein d’allégresse en Yahvé, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice » (Is 61,10), autrement dit, il m’a sauvé, il m’a justifié… « La tunique sans couture, tissée d’une pièce à partir du haut » renvoie donc symboliquement au Mystère de Jésus Lui-même, à ce qu’Il Est… « Tissée d’un pièce » évoque l’idée d’unité, centrale en St Jean : « Moi et le Père, nous sommes un » nous dit Jésus, c’est-à-dire unis l’un à l’autre dans la communion d’un même Esprit (Jn 4,24) qui est tout à la fois Amour (1Jn 4,8.16), Lumière (1Jn 1,5) et Vie (Jn 1,4 ; 8,12). Par cet Esprit commun, « je suis dans le Père et le Père est en moi » (Jn 14,10-11 ; 17,20-23), nous dit-il, alors même que le Fils n’est pas le Père et réciproquement… Mais la Plénitude de la nature divine qui les constitue tous les deux est la même… Le Fils est « Dieu » « de même nature que le Père » (Crédo)… Si « Dieu est Lumière », toute la Lumière du Père est dans le Fils et toute la Lumière du Fils est dans le Père. Autrement dit, le Fils Est Lumière tout comme le Père Est Lumière.

            Cette tunique du Fils est tissée « à partir du haut » car le Fils se reçoit entièrement du « Très Haut », le Père, qui, pour Jésus, dans l’Amour, « est plus grand que lui » (Jn 14,28). Le Père a en effet la primauté dans la vie du Fils car c’est de Lui que le Fils se reçoit de toute éternité en « Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Cette primauté d’amour n’enlève rien au fait que le Fils est pleinement « Dieu » comme le Père est « Dieu » car il est « de même nature que le Père » (Crédo). Mais le Fils reçoit éternellement cette nature divine du Père qui, dans son Amour, lui donne tout ce qu’Il Est, et Il Est Esprit (Jn 4,24), « un Esprit qui vivifie » (Jn 6,63). Et c’est en recevant du Père cette Plénitude de l’Esprit qui vivifie, que le Fils a la Vie en lui-même comme le Père a la vie en lui-même (Jn 5,26)…

            « La tunique sans couture du Fils, tissée d’une pièce à partir du haut » évoque donc cette Plénitude d’Être et de Vie que le Fils reçoit du Père depuis toujours et pour toujours, une Plénitude qui Est au même moment Mystère de Communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit (Jn 4,24), d’un même Amour (1Jn 4,8.16), d’une même Lumière (1Jn 1,5), d’une même Vie… Et cette tunique, indivisible en elle-même, est donnée aux hommes… A travers ce geste si concret, nous retrouvons ainsi, avec le symbolisme propre au vêtement dans la Bible, le grand Don que le Fils est venu faire à tout homme au Nom de son Père : l’Esprit Saint « nature divine » (2P 1,4), « l’Esprit qui vivifie » et qui nous établit avec le Père dans un Mystère de Communion semblable à Celui que le Fils vit avec Lui de toute éternité. « Il est fidèle, le Dieu par qui vous avez été appelés à la communion de son Fils, Jésus Christ notre Seigneur » (1Co 1,9), la communion que le Fils vit avec le Père et qu’il est venu nous partager par le Don de l’Esprit. « Ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie – car la Vie s’est manifestée : nous l’avons vue, nous en rendons témoignage et nous vous annonçons cette Vie éternelle, qui était tournée vers le Père et qui nous est apparue – ce que nous avons vu et entendu, nous vous l’annonçons, afin que vous aussi soyez en communion avec nous. Quant à notre communion, elle est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ » (1Jn 1,3).

            Mais la tunique de Jésus n’était pas son seul vêtement… Il avait assez de linges sur lui pour que les soldats en fassent « quatre parts »… Or le chiffre « quatre » dans la Bible est symbole d’universalité… Tout homme est donc appelé à avoir part au vêtement de Jésus, c’est-à-dire à son Mystère de Communion avec le Père dans l’unité d’un même Esprit. Tel est par excellence le fruit du baptême, un Mystère dont St Paul rendra compte en reprenant cette image du vêtement : « Vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ : il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme ; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus » (Ga 3,26-28). La même idée est évoquée dans le Livre de l’Apocalypse par l’image de la couleur blanche qui, dans cet ouvrage, renvoie à « la nature divine ». « Le vainqueur sera revêtu de blanc ; et son nom, je ne l’effacerai pas du livre de vie, mais j’en répondrai devant mon Père et devant ses Anges »… « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils et d’où viennent-ils ? (…) Ce sont ceux qui viennent de la grande épreuve », cette vie sur la terre : « ils ont lavé leurs robes », c’est-à-dire leur cœur, leur vie, « et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. C’est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu, le servant jour et nuit dans son temple ; et Celui qui siège sur le trône étendra sur eux sa tente. Jamais plus ils ne souffriront de la faim ni de la soif; jamais plus ils ne seront accablés ni par le soleil, ni par aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui se tient au milieu du trône sera leur pasteur et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux » (Ap 3,5 ; 7,13-17).

            Notons aussi que, dans ce partage des vêtements de Jésus, St Jean y a vu l’accomplissement littéral du Ps 22(21),19… Que tout se passe selon les Ecritures est important pour lui : cf. Jn 19,28 avec Ps 69(68),22 et Jn 19,36-37 avec Ps 34(33),21 + Ex 12,46 et Za 12,10. Pourquoi, à votre avis, St Jean insiste-t-il autant sur l’accomplissement des Ecritures ? on peut lire à ce sujet : Mt 21,42 ; 26,54.56 ; Mc 14,49 ; Lc 24,27 ; 24,44-49 ; Ac 17,11-12 ; 18,28 ; Rm 1,1-4 ; 16,25-27 ; 1Co 15,3‑4 ; 1P 1,10-12 ; Ep 1,3-14 (selon le plan préétabli), d’où 1Co 1,17-25

 

Jésus et sa mère (Jn 19,25-27)

             Littéralement, en tenant compte de la présence ou non des pronoms possessifs grecs auprès du mot « mère », le texte peut se traduire ainsi :

(25)                            D’autre part, se tenaient auprès de la croix de Jésus

                                               sa mère

                                               et la sœur de sa mère, Marie, (femme) de Clopas

                                               et Marie de Magdala.

(26)                            Jésus donc, voyant la mère

                                                et se tenant auprès (d’elle), le disciple qu’il aimait,

                                               dit à la mère:

                                                           « Femme, voici ton fils ».

(27)                            Puis il dit au disciple : « Voici ta mère ».

                                   Et à partir de cette heure-là, le disciple la reçut chez lui.

            Noter, dans l’ordre d’apparition, les pronoms possessifs ou les articles définis employés devant ce mot « mère » : cette succession a du sens, lequel ?

            On se souvient que Nicodème représentait le Peuple Juif (Jn 3), la Samaritaine les Samaritains (Jn 4,1-42), le fonctionnaire royal les païens (Jn 4,46-54). Les personnages en St Jean ont donc souvent une portée représentative. Si « le disciple bien-aimé » renvoie très certainement à St Jean lui-même, quel ensemble plus vaste évoque-t-il ici ? Et dans cet ensemble, quelle caractéristique prend alors une valeur universelle (cf. Jn 15,9) ? Quelle vocation Marie reçoit-elle donc de son Fils ? Après avoir été « la mère de Jésus, le Fils Unique », assiste-t-on ici à un rétrécissement ou à un élargissement de la perspective ? Et à la lumière de Ga 4,19, peut-on parler de rupture ou de continuité ? Marie est ainsi « la Nouvelle Eve », Eve en hébreu signifiant « mère de tout vivant »… Jésus veut qu’il en soit ainsi : « Voici ta mère » ; mais pour que ce désir s’incarne dans notre vie, quelle valeur première de la vie chrétienne retrouvons-nous ici (cf. cf. Hb 5,9 ; Rm 1,5 ; 6,16-17…) ? Et de fait, quelle est la réaction du disciple en Jn 19,27 ? Nous retrouvons, dans la traduction de la Bible de Jérusalem, le même verbe qu’en Jn 1,12 ; conclusion : « croire » en ce Dieu qui est Soleil (Ps 84(83),12) et qui donne la Lumière, en ce Dieu qui est « Source d’Eau Vive » (Jr 2,13 ; 17,13) et qui donne l’Eau Vive de l’Esprit Saint, c’est avant tout ……… ?

La vocation première d’une femme est de donner la vie, d’être mère… Marie est donc pleinement « femme » : elle a donné au monde « le Prince de la vie » (Ac 3,15), celui qui dira de lui-même « Je Suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6), « Je Suis la résurrection et la vie » (Jn 11,25)… Et il dira aussi, « Je Suis le pain de vie », « le pain vivant descendu du ciel… pour la vie du monde » (Jn 6,35.48.51). Or il appartient à la mère de nourrir ses enfants : quelle « nourriture » ne cesse donc de nous proposer Marie, notre Mère ? Dès que nous mettons Marie au cœur de notre vie que recevons-nous donc aussitôt d’elle ? Et en agissant ainsi, à quel accomplissement, en chacun d’entre nous, Marie ne cesse-t-elle de travailler, avec toute la tendresse, l’amour et l’affection d’une mère (cf. Jn 1,12 ; Jn 10,10b ; 6,47 ; 6,57 ; 10,28…) ?

 

La mort de Jésus (Jn 19,28-30)

En lisant les Ecritures d’Israël, notre Ancien Testament, de quoi Jésus a-t-il petit à petit pris conscience, qu’a-t-il découvert (cf. Hb 10,7 ; Rm 2,17-18 ; Sg 6,4) ? Préciser le contenu de cette réponse avec 1Tm 2,3-6 ; Jn 3,16-17 ; 6,39-40 (∆). Or, d’après Jn 19,28, pourquoi Jésus dit-il « J’ai soif » ? D’après les notes de nos Bibles, à quel texte de l’Ancien Testament fait-il ici allusion ?

En disant ce « J’ai soif », quel ardent désir Jésus manifeste-t-il (cf. Jn 4,34 ; 5,30 ; 6,38-40) ? Un désir inséparable d’un autre désir, lequel : cf. le point précédent (∆) ; Jn 17,24 ; 12,47… Nous retrouvons l’équivalence exprimée en Mt 22,34-40

Lire Ps 115(113b),3 et 135(134),6 ; puis 1Tm 2,3-6 ; puis Jn 14,1-3 ; qui est donc, très concrètement, le premier à agir pour que tout l’humanité se retrouve un jour « au ciel », « sainte et immaculée en Présence de Dieu dans l’amour » (cf. Ep 1,3-14) ? Qu’est-ce que Dieu attend donc, une fois de plus, de l’homme (cf. Rm 1,5 ; 6,16-17) ? Ce qui se traduit par quelle attitude d’après l’agir du Christ évoqué en Jn 14,3 ?

En Jn 19,30, St Jean emploie le même verbe étudié précédemment qu’en 19,16 : « parad…dwmi, paradidômi » : « Et inclinant la tête, il livra l’esprit ». Comment peut-on l’interpréter à la lumière de Lc 23,46. Mais dans le grec des Evangiles, aucune majuscule n’est employée… Il serait donc aussi possible de comprendre ce verset en lisant : « Et inclinant la tête, il livra l’Esprit »… Par amour, le Fils s’est « livré » entre les mains des pécheurs pour leur « livrer » l’Esprit d’Amour qu’il reçoit du Père de toute éternité… La Bible de Jérusalem fait allusion à cette double possibilité de comprendre ce texte : « Le dernier soupir de Jésus prélude à l’effusion de l’Esprit ».

 

Le coup de lance (Jn 19,31-37)

             D’après les notes de nos Bibles, qu’est-ce que « la Préparation » : que préparait-on et que faisait-on de particulier en ce jour ? Pourquoi les responsables religieux du Peuple d’Israël demandent-ils à Pilate d’enlever les corps des croix (cf. Dt 21,22-23) ?

            St Paul fait allusion à ces circonstances dans sa Lettre aux Galates : quel texte cite-t-il en Ga 3,13, et à qui est-il appliqué ? Mais en Ga 3,10, il cite un autre passage : lequel et à qui s’applique-t-il ? Un homme pécheur, et nous sommes tous pécheurs, laissé à ses seules forces d’homme, peut-il appliquer toujours et partout tous les préceptes de la Loi et faire toujours ce qui est bien (cf. Rm 7,14-23 ; 2,17-24 ; Mt 23,1-4 ; 23,25-28) ? Conclusion : qu’est-il d’après Ga 3,10 ? Et le Christ, lui, a-t-il toujours fait ce qui plaît au Père (cf. Jn 8,29 ; 8,46 ; Ac 3,14 ; 1P 1,19 ; 2,22) ? Conclusion : qu’a-t-il pris sur lui en se laissant clouer sur la croix ? Et dans quel but (cf. Ga 3,14) ? Quel sera le premier effet de ce Don pour celui qui acceptera de le recevoir (cf. 1Co 6,11 ; Ez 36,25) ? Que pourra-t-on dire alors de lui (cf. Col 1,21-22 ; Ep 5,25-27 ; 2P 3,14 avec Ep 4,30) ?

Nous allons conclure avec Rm 2,9, « souffrance et angoisse pour toute âme humaine qui s’adonne au mal », et Rm 8,35 : « Qui nous séparera de l’amour du Christ ? La souffrance, l’angoisse… ? Mais en tout cela, nous sommes les grands vainqueurs par celui qui nous a aimés ». En effet, « il a pris sur lui nos faiblesses (même terme en 2Co 12,7-10) et s’est chargé de nos maladies », du corps comme de l’âme (Mt 8,17)… Conclusion : les conséquences mêmes de nos misères peuvent-elles encore nous séparer de l’amour du Christ ? Et pourquoi ? Quel devrait donc être notre réflexe chaque fois que nous constatons qu’il existe encore des zones d’ombre dans notre vie ?

Nous allons redire autrement ce que nous venons de voir avec les circonstances mêmes de la mort de Jésus. Pour bien célébrer la fête de Pâque, que devait-on faire d’après la Loi de Moïse (cf. Ex 12,3-6), et où (cf. Dt 16,2) ? Et c’est ce que l’on faisait le jour de la Préparation… Dans quel but accomplissait-on ces offrandes d’après Ez 45,21-23 ? Or que dit Jean-Baptiste de Jésus à deux de ses disciples en Jn 1,36 ? Et quel en sera le fruit d’après Jn 1,29 ? Conclusion : quel sacrifice unique s’est-il accompli sur la Croix et pourquoi (cf. Hb 9,26 ; 10,12 ; 1Jn 3,5 ; Hb 9,14) ? Cela correspond-il bien à l’annonce qu’en fit le prophète Isaïe des siècles avant le Christ (cf. Is 53,7 puis 53,10 puis 53,4-6 et 53,11-12) ? Alors, si nous constatons que le péché habite encore notre vie, quel devrait être notre réflexe encore et toujours (cf. 2P 3,9 pour Lc 1,77) ? Relire 2Co 5,19-21 ; d’après ce dernier texte, qu’est-ce que le Christ a pris sur lui en cette circonstance, et que nous donne-t-il en retour ? Nous retrouvons, avec un autre vocabulaire, ce que le Christ, librement, par amour, a voulu vivre (Ga 3,13), alors que cette situation est en fait la nôtre (Ga 3,10) ! Mais c’était pour que nous recevions de lui Ga 3,14, ce Don de Dieu qui fait « toutes choses nouvelles » (Is 43,19 ; 2Co 5,17 ; Jn 3,1‑8 ; Tt 3,4-7) et « prépare la Rédemption du peuple que Dieu s’est acquis pour la louange de sa Gloire » (Ep 1,13‑14 ; Ap 21,1-7) !

Tout ceci est encore dit et redit avec les symboles bibliques inhérents au sang et à l’eau. « L’un des soldats, de sa lance, lui perça le côté et il sortit aussitôt du sang et de l’eau. » En effet, qu’est-ce que le sang pour un Juif (cf. le début de Lv 17,11 et 17,14) ? Que signifie donc ce sang qui s’écoule du côté ouvert de Jésus (cf. Jn 10,11 ; 10,27-28 ; 10,10b ; 6,47 ; 6,51-58…) ? Et comment ceci se réalise-t-il très concrètement dans nos vies d’après Jn 6,63 (cf. Ga 5,25) ? Et que représente « l’eau » en St Jean (cf. Jn 7,37-39) ? Quel en sera donc à nouveau « l’effet » au cœur de celui ou celle qui acceptera de la recevoir ((1) Ez 36,25 ; (2) Ez 37,14) ? Or quelle est la conséquence du péché d’après Rm 5,12 ? Voilà ce que le Christ a pris sur lui, voilà ce qu’il a vécu, et que nous donne-t-il en retour ?

St Jean regarde le Christ transpercé avec un regard de foi, comme Jean-Baptiste au tout début de l’Evangile (Cf. Jn 1,29). Ce sang et cette eau qui coulent de son cœur ouvert lui semblent tellement importants qu’il scelle solennellement son témoignage en Jn 19,35. A nous maintenant d’accueillir jour après jour ce « merveilleux échange » où le Christ, par amour, prend toutes nos misères pour nous donner en retour ce dont nous aurions dû être privés à cause d’elles : sa Sainteté, sa Lumière, sa Vie, sa Paix, sa Joie…

 

L’ensevelissement (Jn 19,38-42)

             Nicodème, « un notable des Juifs », « un maître », était intervenu en Jn 3,1-9. Jésus lui avait parlé du « Royaume de Dieu », un thème très important pour les Juifs (Les expressions « royaume des cieux » et « royaume de Dieu » apparaissent respectivement 32 fois et 5 fois en St Matthieu, ce scribe juif qui écrit pour des Juifs…) et qui n’interviendra d’ailleurs qu’en ce passage dans tout l’Evangile de Jean. Mais noter la dernière parole de Nicodème en Jn 3,9 lors de cette entrevue : est-ce une déclaration de foi ? Puis Nicodème réapparaît en Jn 7,50-52 : se déclare-t-il explicitement en faveur de Jésus ? Même si ensevelir un mort était considéré comme une œuvre bonne (Tb 12,12‑13 ; 2M 5,10), Jésus avait été condamné pour blasphème (Mt 26,65 ; Mc 14,64 ; Jn 10,36), et on le regardait comme un « maudit ». Or, que fait ici Nicodème en faveur de Jésus : est-ce une démarche « en secret » ou publique ? De plus, quelle fête très importante devait-on célébrer le lendemain ? Souvenons-nous de la demande des responsables Juifs à Pilate (cf. Jn 19,31) : à quoi s’expose donc Nicodème en « enlevant le corps de Jésus » (cf. Nb 9,16 ; 9,6) ? Enfin, il apporte avec lui une quantité énorme d’aromates : « environ 100 livres », soit presque 33 kilos ! A quoi fait penser cette surabondance, ainsi que le tombeau neuf utilisé pour Jésus (cf. 2Ch 16,13-14) ? La mention du « jardin » peut aller dans le même sens (cf. 2R 21,18.26)… En rassemblant tous les éléments abordés précédemment, que suggère donc maintenant cette démarche de Nicodème (Se souvenir de la déclaration de Nathanaël, au tout début de l’Evangile : Jn 1,49) ?

            « C’est là qu’ils déposèrent Jésus » (Jn 19,42)… En grec, le même verbe intervient en Jn 10,11 ; 10,15 ; 10,17-18 ; 15,13

Jacques Fournier

 

Corriger de la fiche 30 :

 

 

 

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