Fiche n°14 : Le Christ, Source d’Eau Vive (Jn 7)

1 – La Fête des Tentes était l’une des trois grandes fêtes de pèlerinage où les Israélites étaient invités à monter à Jérusalem (Dt 16,16). « Ces temps forts marquaient la vie du Peuple et donnaient toute son importance au Temple »[1]. D’après Lv 23,33-36 et 23,39-43, de quoi se souvenait-on lors de la fête des Tentes et combien de temps durait-elle ? Quels en étaient les jours chômés ? Tel est donc le contexte religieux du chapitre 7 sur lequel nous reviendrons au verset 37… De plus quel est le climat général qui régnait en Judée, et donc à Jérusalem sa capitale, vis-à-vis de Jésus (Jn 7,1) ?

2 – Préciser le sens du mot « frère » en :

– En Mc 1,16.19.

2 – En Mc 6,17, on apprend qu’Hérode Antipas, fils d’Hérode le Grand et de Malthace, avait épousé Hérodiade, la femme de Philippe « son frère ». Or Philippe était l’enfant d’Hérode le Grand et d’une certaine Cléopâtre. Quel sens précis a donc ici le mot « frère » ?

3 – D’après Mc 15,40.47, la mère de Joset est-elle aussi la Mère de Jésus ? Conclusion : quel sens donner au mot « frère » en 6,3 ?

4 – En Mc 3,34-35.

Conclusion : qui sont « les frères » de Jésus en Jn 7,3 ? Croyaient-ils en lui ? Quelle critique lui font-ils ? En Jn 7,4, ils lui disent : « Manifeste-toi au monde ». Mais Jésus peut-il faire quelque chose de lui-même pour lui‑même (cf. Jn 5,19-20.30) ? Quelle est son unique préoccupation (cf. Jn 4,34 ; 8,49 ; 14,13.31 ; 17,4) ? Et de fait, qui « manifestera-t-il » (cf. Jn 17,6 ; 1,18) ? En se manifestant lui-même, Jésus se glorifierait lui-même ; mais qui en fait le « glorifie » (cf. (1) Jn 8,54 ; 12,28 ; 17,1.5 ; et tout ceci s’accomplit par (2) : Jn 16,13-14), ou lui « rend témoignage » (cf. (1) Jn 5,37 ; par (2) Jn 15,26) ? A quel langage s’apparente donc celui des « frères de Jésus » (cf. Jn 7,18a ; Rm 8,19-21 ; 1Tm 3,6 ; Lc 4,1-4) ? Or, d’après Jn 18,37, pourquoi Jésus est-il venu dans le monde ? Face à quelqu’un qui fait le mal, que lui dira-t-il donc (Jn 8,45) et dans quel but (8,31-36 ; 12,46) ? Mais reconnaître ses erreurs demande de l’humilité, alors que le péché qui blesse le monde est justement l’orgueil… Et quelle est la première réaction de l’orgueil vis-à-vis de celui qui « témoigne que ses œuvres sont mauvaises » (Jn 7,7 ; 15,18-27) ? Quelle est donc l’attitude fondamentale que Jésus attend de nous tous (Jn 3,21 ; exemple en 4,16-18) ? Que fera-t-il alors (Jn 1,29 ; Lc 5,20) et où nous entraînera-t-il (Jn 14,1-6 ; Ep 2,18) ?

 

3 – Ce but, nous le retrouvons de manière sous-entendue en 7,11, avec cette question si importante en St Jean : « Où est-il ? », une question que ses deux premiers disciples lui avaient tout de suite posée en 1,38 : « Où demeures-tu ? ». Y répondre à nouveau en reprenant les expressions employées en Jn 10,38 ; 14,10-11 ; 17,21. Mais n’oublions jamais qu’elles renvoient en St Jean à un Mystère de Communion que le Fils vit de toute éternité avec le Père. Le Fils est le Fils, et il est le seul à être le Fils. De même, le Père est le Père, et il est le seul à être le Père. Mais le cœur du Fils est rempli par le même Esprit que celui qui remplit le cœur du Père. Car de toute éternité, écrit littéralement St Jean, « le Père aime le Fils et il a tout donné en sa main » (Jn 3,35). Le temps particulier employé en grec (le parfait) suggère que les conséquences de cette action demeurent dans le présent du texte. Le Père « a tout donné » au Fils, de telle sorte que le Fils a « tout » dans sa main… Et cette action est éternelle… Depuis toujours et pour toujours, le Père aime le Fils. Or, « aimer, c’est tout donner et se donner soi‑même », un principe de Ste Thérèse de Lisieux à appliquer littéralement au Père. « Le Père aime le Fils »… Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même… Le Père se donne donc tout entier au Fils. Par amour, il lui donne tout, tout ce qu’il est… Le Père est Esprit (Jn 4,24) ? Tel est le don qu’il fait au Fils : ce qu’il est, l’Esprit qui remplit son cœur… Et voilà que le Fils, en se laissant aimer par le Père, se trouve à son tour rempli par le même Esprit qui remplit le cœur du Père… Et cet amour entre le Père et le Fils est vécu de toute éternité… Depuis toujours et pour toujours, Le Père est donc face au Fils, et il se donne au Fils, il lui donne tout, tout ce qu’il est… Le Fils, lui, est face au Père, et il se reçoit entièrement du Père en tout ce qu’il est… C’est ainsi que l’Esprit qui remplit le cœur du Fils est le même que celui qui remplit le cœur du Père… Le Père et le Fils vivent ainsi en face à face et au même moment en communion l’un avec l’autre, unis l’un à l’autre dans l’amour et la communion d’un même Esprit. Et cet Esprit est « tout » en Dieu : il est Amour (1Jn 4,8.16), Lumière (1Jn 1,5), Vérité (Jn 16,13), Vie (Jn 6,63 ; 2Co 3,6 ; Ga 5,25), Paix (Ga 5,22), Joie (1Th 1,6)… C’est pour cela que celui qui « a vu le Fils », c’est-à-dire sa Lumière, « a vu » au même moment « le Père » (Jn 14,9). Car cette Lumière du Fils est celle de l’Esprit du Fils qu’il reçoit de toute éternité de son Père. Ce même Esprit remplit donc le cœur du Père qui rayonne donc de la même Lumière… C’est ainsi que depuis toujours et pour toujours, le Fils est « Lumière née de la Lumière » (Crédo)… Et c’est ce Mystère de Communion que le Fils vit avec son Père qu’il est venu nous partager… Par notre foi au Fils, nous sommes tous invités à recevoir l’Esprit du Fils, cet Esprit que lui-même reçoit de son Père… Et c’est par cet Esprit reçu du Fils que notre vocation commune s’accomplira : devenir des enfants de Dieu (Jn 1,12), à l’image du Fils (Rm 8,28-30), vivants de la Vie même du Père et du Fils…

Alors, précisons-le à nouveau : quel est, pour nous, le Chemin qui conduit à cette vie de communion (cf. Jn 14,6) et la Porte qui nous permet d’y entrer (cf. Jn 10,7.9) ? Mais que faut-il « faire » pour entrer par cette « porte » et s’engager sur « le chemin » (Jn 9,38 ; 11,27 ; 6,29 ; Lc 8,50) ? De quelle autre démarche cette dernière est-elle inséparable (cf. Mc 1,15 ; Lc 5,32) ? A quelle sphère d’influence s’ouvre-t-on alors aussitôt (cf. Lc 1,78 ; Mc 5,19 ; 2Co 1,3 ; Ep 2,4 ; Tt 3,4-7) ? Et que reçoit-on tout de suite (cf. Rm 5,5 ; 1Th 4,8) de Celui qui est Soleil, Don de Soi (Ps 84(83),12-13), Amour ? Et c’est ce Don qui accomplira tout en nous : le pardon de toutes nos fautes, la guérison progressive de nos blessures intérieures, la communication de la vie éternelle… Mais dans quelle logique tombe, par contre, celui qui refuse de faire humblement la vérité dans sa vie (cf. Jn 15,22‑25 ; 7,7 ; 3,20 ; 15,18-19 ; 17,14) ? Quelle est la racine d’une telle attitude (cf. Si 10,12-13.21 ; Os 7,10 ; Jr 13,17) ?

Certains acceptent ainsi l’Amour, la Miséricorde et sa Vérité qui ne désire que le Bien de ceux qu’Il aime, et d’autres refusent… En quels termes St Jean parle-t-il de cette séparation qui s’opère alors parmi les hommes en Présence du Christ Lumière (cf. Jn 3,18‑19) ? Apparaît-elle en Jn 7,12 ? Et la retrouvera-t-on plus tard en 7,40-43 ?

4 – Quelle mission première du Christ retrouve-t-on en Jn 7,14 (cf. Lc 4,15.31.43‑44 ; 5,3 ; 6,6 ; 13,10 ; 20,1…) ? Et quelle mission première donnera-t-il à l’Eglise tout entière (cf. Mt 28,16-20 ; Mc 16,14-20) ? Où s’enracine le message reçu et transmis (cf. Jn 7,16 ; 3,34 ; 8,28 ; 12,49-50 ; 14,10 ; 14,24 ; 17,7-8) ? Que faut-il faire, d’après Jn 7,17 pour vérifier par soi-même la véracité de ces Paroles (7,19 y fait aussi allusion puisque le rôle premier de la Loi était d’indiquer la volonté de Dieu) ?

5 – En Jn 7,21-24, Jésus fait allusion à Jn 5,1-18 ; comme le fait remarquer une note de la Bible de Jérusalem, il emploie pour la septième fois (signe de perfection !) le mot grec « hugiès, sain » renforcé par l’expression « tout entier », un mot qui n’apparaît en St Jean que dans l’épisode de la guérison de cet infirme qui nous représente tous (cf. Jn 5,4.6.9.11.14.15)… Ses interlocuteurs lui reprochent de « travailler » le jour du Sabbat en guérissant les malades (cf. Lc 13,14) ? Jésus va leur répondre en s’adaptant une fois de plus à leur manière de penser. En effet, ils trouvaient normal que les prêtres « travaillent » ce jour-là en pratiquant la circoncision qui était considérée comme la guérison d’un membre particulier. Alors, pourquoi trouvent-ils anormal que lui guérisse « un homme tout entier le jour du Sabbat » ? Et n’oublions jamais que les guérisons physiques accomplies par Jésus n’étaient que des signes visibles de cette guérison profonde qu’il est venu offrir à tout homme « créé à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,16-27), un « Dieu qui n’est qu’Amour » (1Jn 4,8.16). Il s’agit donc de guérir de l’orgueil, de l’égoïsme, du repli sur soi qui empêche de s’ouvrir à Dieu et donc de recevoir gratuitement de l’Amour d’avoir part à la Plénitude de sa Vie… Les maladies étant perçues à l’époque comme les conséquences du péché, « guérir » révélait, en actes, le grand cadeau que le Christ est venu nous offrir : le pardon inconditionnel de toutes nos fautes… Car Dieu, qui nous a créés et donné la vie, ne désire qu’une seule chose pour chacun d’entre nous : que nous vivions pleinement… Notre vie fera sa joie…

6 – Quelle est la grande question que beaucoup se posent sur Jésus (cf. Jn 7,25-27 ; 7,31-32 ; 7,41-42) ? Une deuxième apparaît également, laquelle (cf. Jn 7,40.52 ; accomplissement de Dt 18,15.18) ? Retrouver ces deux points dans les questions adressées à Jean-Baptiste en 1,19-21.

Or, à l’époque, le Peuple d’Israël savait, grâce aux Ecritures, que le Messie devait naître à Bethléem (cf. Jn 7,42 ; Mt 2,4-6 qui cite Mi 5,1) « mais la croyance commune », précise en note la Bible de Jérusalem, « était qu’il devait demeurer caché en un lieu inconnu (cf. Mt 24,26) jusqu’au jour de son avènement. Par son origine céleste, Jésus répond à cette croyance, mais à l’insu de ses interlocuteurs  (cf. Jn 8,14.23 ; 1,26 ; 3,13…)…

7 – Comme tout homme sur cette terre, que peut-on dire de ceux qui s’opposent à Jésus en Jn 7 (cf. Is 1,2 ; 1,4 ; Rm 3,23) ? Mais pour qui le Fils de Dieu est-il venu avant tout en ce monde (cf. Lc 5,31-32) ?  Va-t-il les condamner (cf. Jn 8,11) ? Que va-t-il essayer de faire au contraire (cf. Jn 3,16-17) ? Et pour cela, que leur offrira-t-il en premier (cf. Lc 5,20 ; Ep 4,32 ; Col 3,13 ; 1Jn 1,9) ? Et quel don de Dieu mettra tout cela très concrètement en œuvre dans leur cœur (cf. 1Co 6,9-11 ; Jn 20,22-23) ? Et que recevront-ils aussitôt avec ce don (cf. Jn 6,63 (TOB) ; Gal 5,25 ; Rm 8,10-11) ? Dans l’Ancien Testament, quelle image était déjà utilisée pour évoquer ce don de Dieu (cf. Is 44,3 ; Ez 36,25-27) ? Aussi, quel appel Jésus lance-t-il à tous ceux et celles qui l’écoutent, notamment à ceux qui ne croient pas encore en lui (cf. Jn 7,37-39 ? Remarquez à quel point Jésus s’adapte à nouveau à son auditoire, car pendant la fête des Tentes, on allait chaque matin en grande procession à la fontaine de Gihon, au sud-est de la montagne du Temple de Jérusalem, cette fontaine qui alimente les eaux de la piscine de Siloé (cf. Jn 9,1-7). On remplissait alors un flacon d’or et, de retour au Temple, on versait solennellement cette eau sur l’autel des holocaustes, juste devant le bâtiment abritant le Saint des Saints, ce lieu où, croyait-on, Dieu avait fixé sa demeure (cf. Jn 4,21-24). En accomplissant ce rite, tout le Peuple priait pour demander à Dieu de faire tomber la pluie (cf. Zac 14,16-17). Septembre-Octobre correspond en effet en Israël à la fin de la saison sèche, le moment où, la pluie revenue, le Seigneur redonnait la vie au pays assoiffé… Mais ce rite ne se limitait pas seulement à demander la pluie pour l’année à venir ; on implorait aussi ce renouvellement spirituel qu’Ezéchiel avait annoncé avec le symbole de l’eau jaillissant du Temple et fécondant la terre entière sur son passage (Ez 47,1-12). Et d’après Raymond Brown, le flacon d’or utilisé pour ce rite de l’eau était rempli au chant d’Is 12,3 : « Ivres de joie, vous puiserez de l’eau aux sources du salut »…

Or en St Jean, quel est le Temple Nouveau (cf. Jn 2,21) ? Et qu’est ce qui jaillira de ce Temple en Plénitude et pour tous (cf. Jn 7,37-39) ? Cette promesse est accomplie, en actes, en Jn 19,33-34. Le cœur de chair de Jésus était rempli de sang. De plus, d’après les spécialistes, lorsque que quelqu’un vit une souffrance très forte, la membrane qui entoure le cœur, le péricarde, peut se décoller du muscle cardiaque. L’espace se remplit alors de sérum… Aussi, lorsque le soldat perce le côté de Jésus, sa lance va d’abord percer le péricarde… Le sérum va s’écouler… Puis, elle arrivera au muscle lui-même qui, transpercé, se videra de son sang… St Jean qui était présent au pied de la croix verra alors « du sang et de l’eau » sortir su côté ouvert de Jésus. Le sang symbolise la vie, car, à l’époque, on croyait que « la vie de la chair est dans le sang » (Lv 17,11), « la vie de toute chair, c’est son sang » (Lv 17,14). Jésus reprendra ce symbolisme dans le sacrement de l’Eucharistie en nous invitant à « boire son sang », c’est-à-dire, dans la foi, à recevoir sa vie : «  En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l’homme et ne buvez son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,53-54). Et, nous l’avons vu au chapitre 6, c’est l’Esprit Saint qui accomplira ces Paroles au cœur de celui ou celle qui acceptera d’obéir avec confiance à son invitation. Accepter de manger ce pain et ce vin consacrés par l’Esprit manifestera sa foi. Et c’est par ce « oui » libre et confiant que son cœur pourra recevoir le Don de « l’Esprit qui vivifie » : « C’est l’Esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien. Les paroles que je vous ai dites sont esprit et elles sont vie » (Jn 6,63).

Ainsi, sur la Croix, de « l’eau » sort du cœur transpercé de Jésus, l’eau qui lave, qui purifie, qui vivifie… Et son cœur se vide de tout son sang… Jésus répand sur l’humanité tout ce dont il était rempli… Il se donne entièrement… Signe visible de la réalité invisible qui s’accomplit… L’Esprit qui remplit son cœur est répandu en surabondance, l’Esprit qui lave, qui purifie, qui vivifie… Voilà donc ce qu’annonce ici Jésus en cette circonstance particulière de la Fête des Tentes…

« Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive, celui qui croit en moi »… Le thème de la soif renvoie en St Jean à celui du désir… Ici, cette soif exprime le désir premier qui habite le cœur de tout être humain : désir de vivre pleinement, d’être heureux… Or, dit St Augustin, « tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos, tant qu’il ne demeure en toi ». Dieu nous a créés pour que nous vivions de sa vie… Nous ne serons pleinement heureux que lorsque nous accepterons de nous tourner vers lui et de nous laisser aimer par lui en acceptant le plus simplement possible ce qu’il désire nous donner… « Je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait en surabondance… Heureux ceux qui croient »… Car « celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 10,10 ; 20,29 ; 6,47).

Se souvenir du parallèle de Jn 6,35 et retrouver avec lui le deuxième sens du verbe « venir à » en St Jean. L’appliquer à Jn 7,37. Ce sens n’apparaît-il pas alors de nouveau au début du v. 38 ? Une telle insistance de la part de Jésus manifeste son désir : il veut que nous croyons en lui, que nous lui fassions confiance, que nous nous abandonnions à son amour… Car il veut par dessus tout nous combler de sa vie, comme lui-même est comblé par le Père de cette même vie… Alors, nous vivrons nous aussi ce qu’il vit : un Mystère de Communion avec le Père, dans l’unité d’un même Esprit, « l’Esprit qui vivifie » et donne, au même moment, la vraie joie… « Père, je veux que là où je suis », uni à toi dans la communion d’un même Esprit, « eux aussi soient avec moi » (Jn 17,24). Alors, si vous l’acceptez, une fois mort et ressuscité, « je viendrai à nouveau et je vous prendrai près de moi afin que là où je suis, vous aussi vous soyez » (Jn 14,3). « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11). Voilà quelle est la volonté de Dieu ! Voilà pourquoi Jésus nous supplie de « croire en Dieu » et de « croire en lui » (Jn 14,1).

La grande promesse de l’Ancien Testament va donc s’accomplir avec le Christ et par le Christ. La retrouver en Is 44,3 ; Jl 3,1-5 ; Ez 36,25-27… Littéralement, Jean parle ici d’une « eau vivante » (participe présent grec du verbe vivre), une expression qui apparaît trois fois dans son Evangile pour décrire « l’eau vivante de l’Esprit » (Deux fois en Jn 4,10-11 et une fois en Jn 7,38). Ce participe « vivant » intervient encore trois fois ; préciser à chaque fois la personne concernée (1- Jn 6,57 ; 2 – Jn 6,51 ; 3 – Jn 11,26 où l’on a littéralement : « Tout (homme) vivant et croyant en moi »…). Nous retrouvons à quel point Dieu veut que nous soyons comme lui, à « son image et ressemblance » : des vivants du Souffle de sa vie (Gn 2,4b-7), c’est-à-dire de son Esprit. Et cela se fera si nous croyons en lui, si nous lui faisons confiance, si nous nous laissons aimer par lui jour après jour, tels que nous sommes…

Qui en Jr 2,13 ; 17,13 ; Ps 42,2-3, est « Source d’Eau Vive » ? Même question avec Jn 4,10.13 et 7,37-39. Mais n’oublions pas : tout ce qu’est le Fils, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il peut faire, il le reçoit de son Père… En effet, « comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même » (Jn 5,26). Et si le Fils peut donner la vie, il le doit encore au Père : « Ainsi parla Jésus, et levant les yeux au ciel, il dit : Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés » (Jn 17,1-2). Et « donner la vie éternelle », c’est donner « l’Esprit » car « c’est l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)… Nous retrouvons ici « quelque chose » de notre Crédo lorsque nous disons que nous croyons « en l’Esprit Saint qui procède du Père et du Fils »… En effet, « s’il procède » également « du Fils », c’est que le Père a donné au Fils « le pouvoir » de faire en sorte qu’il en soit ainsi…

Que se passe-t-il d’après Ez 47,8-12 pour ceux et celles qui acceptent de recevoir par leur foi au Fils cette « Eau Vivante » de l’Esprit ? Bien relever, avec les expressions employées par Ezéchiel, à quel point tout va dans le sens de la vie : guérison de la vie, croissance et développement de la vie, pour ensuite nourrir la vie des autres par les fruits rendus possibles par la vie reçue, et aussi les guérir par les feuilles… Jésus adressera plus tard un message semblable par l’image de la vigne (Jn 15,1-17)…

Enfin, il existe une deuxième possibilité de comprendre Jn 7,37-39, car dans les manuscrits grecs les plus anciens, il n’y a pas de ponctuation.

1 – Nous avons lu jusqu’à présent : « Le dernier jour de la fête, le grand jour, Jésus, debout, s’écria : “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive,

celui qui croit en moi!” selon le mot de l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive »… Il s’agit alors du sein de Jésus…

2 – Mais on peut aussi lire, comme le fait le Texte Grec officiel du Nouveau Testament : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et qu’il boive. Celui qui croit en moi, comme a dit l’Ecriture, de son sein couleront des fleuves d’eau vive »… La traduction anglaise officielle a adopté cette possibilité : « If any one thirst, let him come to me and drink. He who believes in me, as the scripture has said, « Out of his heart shall flow rivers of living water. » »

De quel « sein » parle-t-on alors ? Cette perspective rejoint-elle Jn 4,13-14 ? Que dit-elle alors de la vocation de chaque croyant en ce monde ? La retrouve-t-on, avec un autre symbole, en Mt 5,14-16 ? Mais cette seconde possibilité a du mal à s’imposer, car la référence aux Ecritures est alors difficile à trouver. Seule Is 58,9-11 s’en approche, tandis qu’elles abondent dans le premier cas…

Is 58,9-11 (BJ) : « Alors tu crieras et le Seigneur répondra,

            tu appelleras, il dira : Me voici !

            Si tu bannis de chez toi le joug, le geste menaçant et les paroles méchantes,

(10)    si tu te prives pour l’affamé et si tu rassasies l’opprimé,

            ta lumière se lèvera dans les ténèbres,

            et l’obscurité sera pour toi comme le milieu du jour.

(11)    Le Seigneur sans cesse te conduira,

            il te rassasiera dans les lieux arides

            il donnera la vigueur à tes os,

            et tu seras comme un jardin arrosé,

            comme une source jaillissante dont les eaux ne tarissent pas. »

Jacques Fournier

Correction de la fiche 14 :

CV – 14 – Jn 7 correction

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[1] « Le monde où vivait Jésus », H. Cousin ; J.-P. Lémonon ; J. Massonet (Ed. Cerf 2004) p. 339.

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