23ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 18, 15-20) – Francis COUSIN)

 « Si ton frère a commis un péché contre toi … »

 

Dans l’évangile de ce jour, Jésus nous montre, non seulement l’importance du pardon, de la réconciliation, mais aussi une manière de faire pour obtenir cette réconciliation, en trois étapes :

– D’abord seul à seul, discrètement, sans grand bruit. Et si cela fonctionne, « Tu as gagné ton frère ».

– Ensuite, avec « un ou deux témoins » qui pourront certifier que la réconciliation est faite.

– Enfin, devant toute « l’assemblée de l’Église », afin que chacun soit témoin du tort effectué et de la réparation éventuelle. (La plupart des traductions actuelles parle de l’Église, ce qui un peu anachronique, et il semble préférable de traduire par communauté ou assemblée)

Et si aucun accord ne se fait, il faut considérer que la personne s’exclut de la communauté et doit être mise au rang des païens.

L’intérêt de ce passage est de montrer la dimension collective de la faute, qui est pourtant individuelle, et ce de deux manières. Dans la faute, il y a celui qui fait la faute, le pécheur, et celui qui subit la faute, la victime.

La faute établie une injustice entre deux membres de la communauté, ce qui fait que les liens entre tous les membres ne sont plus les mêmes : il y a un dés-accord qui joue sur l’harmonie de la communauté toute entière.

Pour ré-accorder l’harmonie entre les membres, il y a donc nécessité que chacun participe, au final, à la mise en œuvre de la réconciliation à l’intérieur de la communauté.

Pécheurs, nous le sommes tous. C’est pourquoi au début de nos célébrations nous nous reconnaissons pécheurs, en pensée, en paroles, par action et par omission, chacun pour soi, mais nous demandons aussi à la communion des saints et à tous nos frères présents de prier pour [nous] le Seigneur notre Dieu. C’est la dimension collective de la réparation des fautes.

Mais cette dimension collective n’exclut pas la dimension individuelle de prier pour les pécheurs, ainsi que le demandait Notre-Dame à Bernadette, à Lourdes : « Priez pour la conversion des pécheurs ».

Et ce que Dieu dit à Ézéchiel dans la première lecture peut aussi s’appliquer à chacun de nous : « Si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sangAu contraire, si tu avertis le méchant d’abandonner sa conduite, et qu’il ne s’en détourne pas, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. »

Pourtant, cette manière de penser n’est pas vraiment entrée dans les mœurs.

Quand on parle d’un pécheur, la première réaction est bien souvent de l’exclure … et de dire du mal de lui. Et peut-être d’en rajouter … surtout si on n’est pas concerné par la faute …

C’est ce qu’on appelle ici des ladi-lafé, ailleurs des commérages, des cancanages …

Ce à quoi le pape François disait : « Nous sommes habitués aux commérages, aux ragots, et souvent nous transformons nos communautés et même notre famille en un « enfer » où se manifeste cette forme de criminalité qui conduit à « tuer son frère et sa sœur avec sa langue » (Sainte Marthe, 2/9/2013), en s’appuyant sur le texte de saint Jean : « Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier, et vous savez que pas un meurtrier n’a la vie éternelle demeurant en lui. » (1 Jn 3,15).

Peut-être que nous devrions nous poser la question : Est-ce que, dans nos communautés, paroissiales ou de mouvements, nous laissons courir les ragots, voire même nous les alimentons en en rajoutant une couche ? Ou est-ce que nous faisons, avec les autres, tout notre possible pour atténuer au maximum les différents qui peuvent se faire jour parmi nous en essayant de réconcilier les personnes concernées ?

Jésus a dit, en parlant de nos communautés : « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35). Mais on pourrait dire aussi : « Tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous êtes capables de vous pardonner les uns les autres ».

Car c’est dans ces conditions-là, le pardon de tous dans la communauté, que l’amour se fera montrer.

En effet, on pourrait dire :

Le pardon est la condition de la réalisation de l’amour, et

L’amour est la condition de la réalisation du pardon.

Les deux sont indissolublement liés.

Seigneur Jésus,

tu nous invites à aller vers les autres

pour proposer le pardon,

mais tu insistes aussi

sur la responsabilité collective de la communauté

pour que le pardon soit effectif entre tous,

et qu’ainsi l’amour règne entre tous.

Mais on l’oublie souvent.

 

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 23°

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