20ième Dimanche du Temps Ordinaire (Matth 15, 21-28) – Francis COUSIN)

« Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! »

 Cette phrase de l’évangile de ce jour nous fait immédiatement penser à un autre passage où la même phrase est dite par l’aveugle Bartimée à la sortie de Jéricho. Mais les lieux et les circonstances sont différentes.

Bartimée est un aveugle, mendiant, et dans la mentalité de l’époque, c’est à cause de son péché qu’il est aveugle, donc impur. C’est un juif, et quand Jésus passe sur le chemin, il l’appelle Jésus de son titre messianique ’’fils de David’’ ; la foule (dont les apôtres) veut le faire taire, mais il crie de plus belle, alors Jésus l’appelle puis lui dit : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? » (Mc 10,51), puis le guérit : « Ta foi t’as sauvé ».

Dans le passage de ce jour, Jésus se trouve dans la région de Tyr et de Sidon, en territoire non-juif. La femme est une cananéenne habitant la région, non juive, donc païenne. C’est elle qui vient à la rencontre de Jésus, sans doute parce qu’elle avait entendu parler de lui comme quelqu’un qui guérit ; c’est elle qui fait la démarche de quitter sa région, et d’apostropher Jésus de son titre messianique, elle qui est non-juive, et elle annonce d’emblée la couleur : « Ma fille est tourmentée par un démon. ». Ce n’est pas pour être guérie elle-même, mais pour sa fille.

Comment une non-juive peut-elle appeler Jésus par ses deux titres : Seigneur, qui est un signe de respect en même temps que d’humilité, et Fils de David, qui n’est même pas utilisé par les apôtres ? Sans doute cette personne était en recherche spirituelle …

Ici, ce n’est pas la foule, mais les apôtres qui interviennent, non pas directement avec la femme, mais auprès de Jésus : « Renvoie-la ! ». Ils veulent être bien avec le ’’maître’’, et n’aiment pas qu’on l’importune, mais ils ne veulent pas parler à une païenne, une impure, de peur de devenir ainsi impurs eux-mêmes. Alors ils se défaussent sur Jésus dont ils savent qu’il parle à tout le monde.

Mais la réponse de Jésus est sans équivoque : « Je suis juif, je suis venu uniquement pour les juifs ! »

Mais comme Bartimée, elle insiste, arrivée auprès de Jésus : « Seigneur, viens à mon secours ! »

La réponse de Jésus est surprenante. Sans doute était-il agacé par les cris, l’attitude de rejet des apôtres, et en même temps son désir de venir au secours des autres, et peut-être des interrogations sur l’étendue de sa mission. Toujours est-il que sa réponse est humiliante pour la femme : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » et l’adjectif petits vient renforcer cette humiliation.

On ne voit nulle part dans les évangiles d’autres paroles de Jésus aussi vexantes, voire racistes et haineuses que celles-là ! Pour nous, chrétiens du XXI° siècle, on le prendrait pour une insulte, et nul doute que cela ferait le ‘buzz’ sur les réseaux dits sociaux !

Il n’en est rien pour la femme qui commence par dire : « Oui, Seigneur, tu as raison » mais elle profite de la phrase de Jésus pour rebondir « mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »

Elle accepte d’être mise en dessous des autres, sous la table des juifs, pour y grappiller les miettes des dons de Jésus.

Par sa réplique opportune, elle bouleverse le cœur de Jésus, et elle obtient sa miséricorde … Et peut-être a-t-elle ouvert les yeux de Jésus à l’universalité du salut pour toutes les nations …

On peut en être surpris, car Jésus ne pouvait pas ignorer les textes de l’ancien testament qui ouvraient le salut au monde entier, notamment : « Les étrangers qui se sont attachés au Seigneur pour l’honorer, pour aimer son nom … et tiennent ferme à mon alliance, je les conduirai à ma montagne sainte, je les comblerai de joie dans ma maison de prière, leurs holocaustes et leurs sacrifices seront agréés sur mon autel, car ma maison s’appellera ’’Maison de prière pour tous les peuples’’. » (première lecture). Le psaume aussi le dit : « Que Dieu nous bénisse, et que la terre toute entière l’adore ! », c’est-à-dire croit en lui, le bénisse et lui rende grâce … et finalement soit sauvée au même titre que les juifs … mais en se convertissant au judaïsme.

Cependant la guérison de la fille de la cananéenne n’avait pas fait évoluer la pensée des juifs, et il faudra attendre le concile de Jérusalem pour que soit actée la non-obligation des rites juifs pour les païens convertis au christianisme (cf Ac 15,5-29).

Que retenir pour nous ? Deux choses :

 – Nous obtiendrons la miséricorde de Dieu à la fin des temps si nous acceptons de nous considérer comme des ’’petits chiens’’, des serviteurs inutiles, qui par humilité (et non par humiliation) se reconnaissent petits devant Dieu. Il ne faut pas en rester au bon coup que la femme cananéenne a joué à Jésus, mais en prendre acte pour notre propre façon de vivre, en n‘oubliant pas ce que disait Jésus : « Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. » (Mt 20,26-27)

– Le miracle obtenu vient de la foi de la femme, montrée après le refus de Jésus. Il ne faut jamais se décourager si Dieu ne réalise pas ou semble retarder la réalisation de nos désirs ou demandes, si ils ont un intérêt véritable pour l’Église. « Moi, je vous dis : Demandez et l’on vous donnera ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » (Lc 11,9)

Seigneur Jésus,

quelle belle leçon nous donne cette femme !

Fallait-il qu’elle aime sa fille pour accepter

l’humiliation de la réponse de Jésus !

Mais elle a transformé l’humiliation en humilité,

et obtenu gain de cause.

Donne-nous la force

de réagir comme elle l’a fait.

 

Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre ci-après:

Prière dim ordinaire A 20°

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