Joseph assume la paternité légale de Jésus (Mt 1,18-25)

Le texte (traduction liturgique officielle – cf. aelf.org)

 

(18) « Or, voici comment fut engendré Jésus Christ :

Marie, sa mère, avait été accordée en mariage à Joseph ;

avant qu’ils aient habité ensemble, elle fut enceinte par l’action de l’Esprit Saint.

(19) Joseph, son époux,

qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement,

décida de la renvoyer en secret.

(20) Comme il avait formé ce projet,

voici que l’ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit :

« Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse,

puisque l’enfant qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ;

(21) elle enfantera un fils,

et tu lui donneras le nom de Jésus (c’est-à-dire : Le-Seigneur-sauve),

car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

(22) Tout cela est arrivé

pour que soit accomplie la parole du Seigneur prononcée par le prophète :

(23) Voici que la Vierge concevra, et elle enfantera un fils ;

on lui donnera le nom d’Emmanuel, qui se traduit : « Dieu-avec-nous ».

(24) Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit :

il prit chez lui son épouse,

(25) mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils,

auquel il donna le nom de Jésus. »

 

Commentaire

 

Juste avant notre passage, St Matthieu s’était attaché à nous présenter les racines juives de Joseph, l’époux de Marie. Après être parti d’Abraham, le Père fondateur d’Israël (vers 1850 av JC), il avait mentionné le roi David (1010 – 970 av JC), qui avait reçu du Seigneur la promesse que sa royauté durerait pour toujours… Puis, rompant avec la formule habituelle « untel engendra untel », arrivé à Josias, il avait écrit : « Josias engendra Jéchonias et ses frères ; ce fut alors la déportation à Babylone. Après la déportation à Babylone, Jéchonias engendra Salathiel »… Pourquoi une telle insistance sur cette déportation à Babylone provoquée par le roi Nabuchodonosor en 587 av JC ? Israël, en fait, ne s’en remettra jamais… A l’exception de quelques années chaotiques, il n’y aura plus de rois en Israël… Qu’en était-il alors de la promesse faite à David ? Etait-il possible que la promesse de Dieu ne s’accomplisse pas ? Non… « En toi ils espéraient et n’étaient pas déçus » (Ps 22(21),5-6). Aussi, attendaient-ils le moment où elle se réaliserait, le moment où un envoyé de Dieu donnerait l’onction au nouveau roi, le « Messie » (de l’hébreu « Mashach, oindre »), le Christ (du grec « khriô, oindre »), « l’Oint » du Seigneur.

La porte est maintenant ouverte : en conclusion de sa généalogie, St Matthieu présentera Jésus, ce Messie tant attendu, qui recevra l’onction de Jean Baptiste dans les eaux du Jourdain (Mt 3,13-17)… Mais avec lui, il n’écrira plus « un tel engendra untel », mais avec « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ. » Que se cache-t-il donc derrière cette soudaine forme passive du verbe « engendrer » ? Qui en est le sujet ‘actif’ ? St Matthieu nous donne la réponse dans notre passage…

C’est pourquoi, après avoir commencé par…

       Βίβλος γενέσεως Ἰησοῦ Χριστοῦ υἱοῦ Δαυὶδ υἱοῦ Ἀβραάμ.

       Biblos   genéseôs   Iêsou Khristou uiou David uiou Abraam

       Livre de la genèse de Jésus Christ, fils de David, fils d’Abraham. 

… il repart ici avec :

       Τοῦ δὲ Ἰησοῦ χριστοῦ ἡ γένεσις οὕτως ἦν.

       Tou dé   Iêsou Khristou ê génesis outôs   ên.

Litt. :         La   et   de Jésus Christ     genèse celle-ci était.

       « Or telle fut la genèse de Jésus Christ ».

Nous avons vu que parler de « genèse » renvoie au premier chapitre de la Bible, avec le récit de la création du monde où « L’Esprit » (« le souffle, ruah, j’Wr’ en hébreu, un mot qui renvoie toujours au « souffle de Dieu ») « planait sur les eaux » (Gn 1,2).

Ainsi parler de « la genèse de Jésus Christ » laisse donc entendre un nouvel acte créateur à son égard, avec encore et toujours la Présence de l’Esprit Saint, l’Esprit de Dieu, le Souffle de Dieu (cf. Ps 33,6 ; 104,30)… Et c’est bien ce qui arrivera : « l’Esprit Saint », « Puissance du Très Haut », viendra, non pas « sur les eaux », mais sur Marie et créera en elle, avec sa collaboration, l’humanité de Jésus, le Fils éternel du Père (cf. Lc 1,35)… Et Matthieu écrit : « Marie, sa mère, était fiancée à Joseph : or, avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit Saint. » Mais contrairement à St Luc, un homme de culture grecque qui écrit pour des païens, St Matthieu, Juif, va tout raconter du point de vue de Joseph qui sera le père légal de l’enfant, car dans la société juive, c’est l’homme qui était au centre de tout… Et pour un fils premier né, il était de tradition que celui-ci porte le prénom de son père et qu’ainsi la lignée se poursuive de génération en génération… Mais ce ne sera pas le cas ici. Néanmoins, la décision viendra de Joseph, qui obéira à l’invitation de l’Ange…

« Avant qu’ils eussent mené vie commune »… Marie habitait à l’époque à Nazareth, dans la maison de ses parents, Anne et Joachim, selon la tradition… Elle était toute jeune : douze, treize ans…. Un jour, un homme du nom de Joseph, de la maison de David, était venu demander la main de Marie à ses parents, et tous avaient accepté… Une petite fête avait suivi, celle des fiançailles, et depuis, tous les proches de Marie, ses amis, ses voisins, l’appelaient déjà « la femme de Joseph », même si la grande cérémonie du mariage n’avait pas encore eu lieu… La Bible de Jérusalem précise ainsi en note : « Les fiançailles juives étaient un engagement si réel que le fiancé était déjà appelé “mari” et ne pouvait se dégager que par une “répudiation” (v. 19). » En général, le mariage avait lieu un an après ! Pendant tout ce temps, la jeune fiancée demeurait avec ses parents, et ce n’est qu’au jour de son mariage que son mari l’emportait dans ce qui allait être désormais leur maison…

Pour l’instant, Marie n’habite donc pas encore avec Joseph… Elle vit chez elle, et comme elle le dira elle-même, « elle ne connaît pas d’homme » (Lc 1,34), c’est à dire, elle est toujours vierge…

Mais, « elle se trouva enceinte »… Comment Joseph l’apprit-il ? Le texte ne le précise pas. Seule sa réaction nous est racontée : «  Joseph, son époux, qui était un homme juste, et ne voulait pas la dénoncer publiquement, décida de la renvoyer en secret. » Au fil des siècles, plusieurs possibilités d’interprétation sont apparues…

St Justin († 165 ap JC), St Ambroise († 397 ap JC), St Jean Chrysostome († 407 ap JC) et St Augustin († 430 ap JC) ont compris que « Joseph est juste » en tant que fidèle à la Loi. Mais si Marie avait commis un adultère, même s’il aurait aimé continuer avec elle, il se devait de rompre en obéissance à la Loi. Cette hypothèse suppose « la suspicion », c’est-à-dire le « fait de supposer, à partir de quelques indices, l’existence d’un délit » (Dictionnaire Larousse). Joseph aurait donc perdu confiance en Marie…

Clément d’Alexandrie († 215 ap JC) interprétera de son côté le fait que Joseph était « juste » en termes de « bonté », sa « justice » se manifestant dans son désir que Marie ne connaisse pas la peine prévue par la Loi en cas d’adultère : la lapidation (Lv 20,10 ; Dt 22,22-24). Mais cette hypothèse suppose aussi « la suspicion », la perte de confiance…

St Eusèbe de Césarée († 339 ap JC), Saint Ephrem († 373 ap JC), Saint Théophylacte († 1107 ap JC) pensaient de leur côté que St Joseph savait que cet enfant venait de Dieu. Il décida alors de se retirer, laissant ainsi Dieu accomplir son œuvre avec et par Marie. Mais l’Ange lui apparut alors en songe pour lui révéler que Dieu comptait aussi sur lui : son mariage avec Marie appartient bien à son projet car c’est par lui que l’enfant sera « fils de David ». Et l’Ange l’indique de suite au tout début de la Parole qu’il lui transmet de la part de Dieu : « Alors qu’il avait formé ce dessein, voici que l’Ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit : Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ta femme : car ce qui a été engendré en elle vient de l’Esprit Saint ; elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »

Comme souvent dans la culture biblique, le nom dit quelque chose du Mystère et donc de la mission de celui qui le porte. Le prénom « Jésus », « Ἰησοῦς, Iêsous, en grec », vient en effet de l’hébreu Yeshoua (יֵשׁוּעַ, yēšūă‘) qui lui-même est une contraction de Yehoshuah (יְהוֹשֻׁעַ, d’où vient aussi « Josué »). L’hébreu se lit de droite à gauche : le son « ă‘» final pour nous, qui sera donc le premier en hébreu, renvoie à la première syllabe de « Yahvé », יהוח, le tétragramme (YHWH) révélé à Moïse lors de l’épisode du buisson ardent (Ex 3,13-15), et ce qui, pour nous, précède ce « ah » vient quant à lui du verbe « עשי, yaša, sauver ». « Yeshoua » signifie donc « Yahvé sauve », « le Seigneur sauve », « Dieu sauve ». Et telle sera bien sa mission première : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29) dira Jean Baptiste. Et il l’enlève en le prenant sur lui : « C’étaient nos péchés qu’en son propre corps, il portait sur le bois, afin que morts à nos péchés, nous vivions pour la justice » (1P 2,24). En effet, « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique‑Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par son entremise » (Jn 3,16-17). « Ce n’est plus sur tes dires que nous croyons », diront à la Samaritaine ses amis et ses voisins ; « nous l’avons nous-mêmes entendu et nous savons que c’est vraiment lui le sauveur du monde » (Jn 4,42).

Jésus, d’après le grec, Josué d’après l’hébreu, était donc un prénom courant à l’époque. Pensons ainsi à « Josué fils de Noun » (Nb 11,28 ; 13,16 ; 14,6.30.38… ; Si 1,2 ; 50,27 ; 51,30)… Tous étaient des hommes, bien sûr, et Jésus, fils de Marie, est homme lui aussi. Mais la citation que St Matthieu va ensuite lui appliquer ouvre la porte à la compréhension d’un Mystère plus profond :

Mt 1,22-23 : « Tout ceci advint pour que s’accomplît cet oracle prophétique du Seigneur : Voici que la vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous. »

Matthieu cite alors Is 7,14 (Is 7,10-14) : « Yahvé parla à Achaz en disant : Demande un signe à Yahvé ton Dieu, au fond, dans le shéol, ou vers les hauteurs, au‑dessus. Et Achaz dit : Je ne demanderai rien, je ne tenterai pas Yahvé. Il dit alors : Écoutez donc, maison de David ! Est-ce trop peu pour vous de lasser les hommes, que vous lassiez aussi mon Dieu ? C’est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe : Voici, la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d’Emmanuel. »

Dans le contexte du prophète Isaïe, cette parole s’adresse au roi Achaz (736 – 716 av JC). Le fils en question, « en dépit des incertitudes de la chronologie », précise en note la Bible de Jérusalem, est « probablement » Ezéchias (716 – 687 av JC). Mais il sera décevant… Les générations suivantes reprendront donc cette prophétie d’Isaïe et l’appliqueront au Messie à venir. Et c’est bien le Christ qui accomplira cette parole…

En hébreu, « la jeune femme » se dit « hm;l][‘, ‘almâh ». Elle peut ou non être vierge, bien que selon les coutumes et les lois juives, la grande majorité des femmes appelées ainsi étaient de fait vierges. Or, à partir du troisième siècle avant Jésus Christ, la communauté juive d’Alexandrie, qui, dans sa vie de tous les jours, parlait grec, traduisit en grec tous les textes hébreux de l’Ancien Testament (la Septante), ce qui donna pour Is 7,14 :

« ἰδοὺ ἡ παρθένος ἐν γαστρὶ ἕξει καὶ τέξεται υἱόν,

   idou ê parthénos en   gastri   exei kai texetai uion,

   Voici    la vierge en (son) sein aura et elle enfantera un fils,

καὶ καλέσεις τὸ ὄνομα αὐτοῦ Εμμανουηλ· »

kai   kaleseis   to onoma autou   Emmanouêl ; »

et tu appeleras     son nom           Emmanuel. »

« hm;l][‘, ‘almâh, jeune femme » aurait du se traduire en grec par « neçniw, néanis ». Mais le traducteur a choisi « pary°now, parthénos, vierge » qui, en hébreu, traduirait plutôt « betûlâ, hl;WtB] ». On le comprend : toutes les « jeunes femmes » fiancées se devaient d’être vierges. Il ne faisait qu’exprimer ainsi un état de fait pour l’époque. Il n’empêche : ce glissement de « jeune femme » à cette précision « vierge » était en lui-même prophétique, inspiré par l’Esprit Saint. Et de fait, dans le grec des Evangiles, il exprimera parfaitement le Mystère qui s’est mis en œuvre en Marie : une jeune fille explicitement « vierge » (voir aussi Lc 1,27) mettra au monde un Fils sans « connaître d’homme » (cf. Lc 1,34)…

Et si le nom d’ « Emmanuel », qui, en hébreu, signifie « Dieu avec nous » pouvait être appliqué au Fils d’Achaz pour dire que « Dieu allait protéger et bénir Juda » (cf. la note de la Bible de Jérusalem), il prend avec Jésus un tout autre sens : Jésus est en effet « le Verbe fait chair » (Jn 1,14), ce Verbe qui, de toute éternité, avant tout commencement « θεὸς ἦν, théos ên, était Dieu ». Il est en effet « μονογενὴς θεός, monogevês théos, Dieu Unique Engendré » (Jn 1,18), « Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père » (Crédo). A ce titre, il est Dieu au sens où, « né du Père avant tous les siècles », ce dernier « l’engendre » en lui donnant de toute éternité d’être ce qu’il est : « de condition divine » (Ph 2,6). Alors, si « Dieu est Lumière » (1Jn 1,5), « le Père des lumières » (Jc 1,17), « le Père de la Gloire » (Ep 1,17), par le Don de l’Esprit de Lumière (Jn 4,24 et 1Jn 1,5), « l’Esprit de Gloire » (1P 4,14), l’Esprit Saint, lui donne d’être « Lumière née de la Lumière », « Lumière du monde » (Jn 8,12 ; 12,46) et « Seigneur de la Gloire » (1Co 2,8). Et c’est par ce même Don de l’Esprit Saint, agissant avec Puissance en Marie avec son consentement (Lc 1,35-38), qu’il recevra aussi du Père sa nature humaine… Nous constatons ainsi à quel point ce Fils éternel du Père se reçoit du Père en tout ce qu’il est, vrai Dieu et vrai homme, et cela par cet unique Don de l’Esprit Saint que le Père ne cesse de lui faire en Plénitude…

Et c’est toujours en déployant en lui la Puissance de ce même Esprit qu’il le ressuscitera d’entre les morts et lui donnera, en sa chair glorifiée, ce Nom qui est au dessus de tout nom, et qui donc ne peut qu’être que « le Nom de Dieu », expression qui renvoie dans ce contexte à tout ce que Dieu est en lui-même, à la Plénitude de sa nature divine : « Jésus Christ notre Seigneur », « issu de la lignée de David selon la chair, établi Fils de Dieu avec puissance selon l’Esprit de sainteté, par sa résurrection des morts » (Rm 1,3-4). « Dieu l’a alors exalté, et il lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux sur la terre et sous la terre et que toute langue proclame que le Seigneur c’est Jésus Christ à la gloire de Dieu le Père » (Ph 2,9-11). Or, toute l’œuvre du Christ consiste à faire en sorte que nous puissions nous aussi être capables d’accueillir ce même Don qu’il reçoit du Père de toute éternité, le Don de l’Esprit Saint par lequel le Père l’engendre en Fils, Don par lequel Dieu veut nous aussi nous engendrer à la même Plénitude… « Recevez l’Esprit Saint » (Jn 20,22). « En lui », le Christ, « habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude » (Col 2,9-10). « Cherchez donc dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18). En effet, « si l’Esprit de Celui qui a ressuscité Jésus d’entre les morts habite en vous, Celui qui a ressuscité le Christ Jésus d’entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous » (Rm 8,11). « Vous entrerez alors par votre plénitude dans toute la Plénitude de Dieu. À Celui dont la puissance agissant en nous est capable de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir, à Lui la gloire, dans l’Église et le Christ Jésus, pour tous les âges et tous les siècles ! Amen » (Ep 3,19-21).

Tel est l’Amour (1Jn 4,8.16) qui ne poursuite que la Plénitude, le vrai Bonheur de tous les hommes qu’il aime (Lc 2,14 ; 1Tm 2,3-6). Lui obéir, c’est trouver avec lui le chemin de la vie. C’est ce que va faire ici Joseph, et cela parfaitement… « Quand Joseph se réveilla, il fit ce que l’ange du Seigneur lui avait prescrit : il prit chez lui son épouse, mais il ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus. » « Et en nommant l’enfant, rôle réservé au père, il l’adoptera. Dans ce monde ancien, toute paternité est un acte d’adoption et toute adoption confère les pleins droits de fils à celui qui la reçoit. Ainsi, l’authentique filiation davidique de l’enfant dépend de l’obéissance de Joseph » (P. Claude Tassin)…

« Le texte confirme donc simplement la conception virginale de l’enfant ; il ne dit rien des relations ultérieures de Marie te de Joseph, ni dans un sens ni dans l’autre. La mention des « frères de Jésus » (Mc 6,3) peut, dans le contexte sémitique, évoquer de vrais frères ou de simples cousins (cf. en fin de document). Lorsqu’on examine l’ensemble du dossier, on aboutit à ceci que la virginité perpétuelle de Marie relève de la tradition des Eglises : les textes évangéliques ne la contredisent pas mais n’apportent pas de preuves » (Claude Tassin).

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Les différents sens possibles de l’expression : « Les frères de Jésus ».

 

Jésus, n’est-il pas « le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Et ses sœurs, ne sont-elles pas ici chez nous ? » (Mc 6,3).

Le mot « frère, ἀδελφός » peut avoir de multiples sens selon le contexte :

1 – Frères de sang comme Simon et André, Jacques et Jean (Mc 1,16.19) : « Comme (Jésus) passait sur le bord de la mer de Galilée, il vit Simon et André, le frère de Simon, qui jetaient l’épervier dans la mer ; car c’étaient des pêcheurs… Et avançant un peu, il vit Jacques, fils de Zébédée, et Jean son frère, eux aussi dans leur barque en train d’arranger les filets »

2 – Demi-frères comme Philippe et Hérode Antipas, avec un même père, le roi Hérode le Grand, mais avec deux mères différentes, Cléopâtre et Malthacé (Mc 6,17) : « C’était lui, Hérode, qui avait envoyé arrêter Jean et l’enchaîner en prison, à cause d’Hérodiade, la femme de Philippe son frère qu’il avait épousée ».

3 – Cousins, parents éloignés comme « Joset et Jacques » (Mc 6,3) qui sont les fils d’une autre Marie qui sera présente elle aussi lors des évènements tragiques de la Passion (Mc 15,40.47) : « Il y avait aussi des femmes qui regardaient à distance, entre autres Marie de Magdala, Marie mère de Jacques le petit et de Joset, et Salomé… Or, Marie de Magdala et Marie, mère de Joset, regardaient où on l’avait mis…

4 – Disciples de Jésus, recevant par leur foi la même Vie éternelle que celle que le Fils Unique reçoit du Père de toute éternité. « «  Qui est ma mère ? Et mes frères ? » Et, promenant son regard sur ceux qui étaient assis en rond autour de lui, il dit : « Voici ma mère et mes frères. Quiconque fait la volonté de Dieu, celui-là m’est un frère et une sœur et une mère » » (Mc 3,31‑35). Et une fois ressuscité d’entre les morts, il dira à Marie de Magdala : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » (Jn 20,17). Cette parole, adressée aux disciples, est valable à travers eux pour tous les hommes de tous les temps…

                                                                                                         D. Jacques Fournier

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Fiche SI – 2 – Mt 1,18-25