La Bible interdit-elle de donner son sang ?

Les anciens croyaient que « la vie de la chair est dans le sang » (Lv 17,11), et même que « la vie de toute chair, c’est son sang » (Lv 17,14). Cette constatation venait tout simplement de l’observation : qu’un homme reçoive un coup d’épée, son sang coule, il meurt… Conclusion : sa vie est dans son sang… La médecine n’avait pas fait les progrès que nous connaissons actuellement. Nous savons maintenant que « la vie de l’homme » n’est pas exclusivement liée à « son sang »… Il peut même vivre avec un seul poumon, un seul rein, avec un cœur artificiel, etc…

Ce principe exposé en Lv 17,11.14 étant posé, puisque la vie vient de Dieu et qu’elle appartient à Dieu et à Dieu seul, il était interdit de consommer le sang au nom du respect à avoir pour la vie… Lorsqu’on voulait manger de la viande, on tuait donc l’animal, on recueillait son sang et on le versait dans un trou à terre, comme si on « enterrait » l’animal… Et lors des sacrifices faits au Temple de Jérusalem, on versait ce sang sur l’autel, rendant ainsi à Dieu ce qui appartient à Dieu seul…

On voit bien que ce précepte dépend du contexte de l’époque, et on retrouve ainsi ce principe si bien exposé par le Concile Vatican II (Dei Verbum): les auteurs de la Bible ont écrit en « vrais auteurs », avec leur éducation, leur culture, leurs convictions, pas toujours exactes, etc… Et c’est dans ce contexte qu’ils ont tenté d’exprimer au mieux ce qu’ils percevaient de Dieu…

Ce qui est important derrière cette question du sang, c’est le respect pour la vie. Ce principe demeure aujourd’hui, et il est très important… Mais comme nos connaissances ont changé, maintenant, au nom de la valeur sacrée de la vie humaine, pour la sauver, il est possible et même nécessaire de verser son sang, de donner son sang pour que quelqu’un d’autre puisse continuer à vivre… Littéralement, nous faisons donc le contraire de ce qui est écrit dans l’Ancien Testament, car le contexte général a changé… Mais au niveau du principe, c’est en donnant son sang que l’on met maintenant en pratique la volonté de Dieu sur la vie…

Hélas, certains font une lecture que l’on appelle « fondamentaliste » de la Bible : c’est écrit, c’est comme cela… Oui, mais les mots que nous employons aujourd’hui, les mêmes mots, n’ont pas forcément le même sens… La culture a changé, le contexte social, historique a changé… et l’exemple du sang est très beau : en appliquant littéralement le précepte aujourd’hui, on en arrive à faire le contraire de la volonté de Dieu, ce Dieu de la vie, qui aime la vie, bénit la vie, et pour qui toute vie humaine est infiniment précieuse… Donner un peu de son sang pour sauver une vie est alors un des plus beaux gestes de partage qui soient…

D. Jacques Fournier