La Bonne Nouvelle du Royaume proclamée en Parole et en actes (Luc 8,1-56).

Les compagnons de Jésus (Luc 8,1-3)

Nous retrouvons ici Jésus dans son activité principale : « proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu », c’est-à-dire la Présence offerte à notre foi de ce Dieu qui est tout proche de chacun d’entre nous (Luc 10,8-11 ; Matthieu 3,2; 4,17 ; 10,7) et qui désire régner dans nos cœurs et dans nos vies pour nous donner de trouver avec Lui une Paix profonde synonyme de Plénitude et de vrai bonheur…

TRANFIGURATION1

« Les Douze étaient avec Lui »… Dans un premier temps, Jésus ne leur demande que de le suivre, d’ouvrir leurs yeux, leurs oreilles et surtout leur cœur. Ils écouteront sa Parole, ils verront les signes qu’il accomplit, et ils reconnaîtront petit à petit cette Présence de Dieu qui, en Jésus, se manifeste à eux pour les inviter à la foi, à la confiance, et à une vie de cœur à cœur avec Lui (Jean 14,18-23). Plus tard, ils témoigneront de ce qu’ils ont vu et entendu (Luc 7,22 ; Actes 4,20 ; Jean 1,6-8; 1,32-34; 3,11 ; 15,26-27 ; 19,35), et ils annonceront ce mystère de communion, invisible à nos yeux de chair, que Dieu désire construire avec chacun d’entre nous (lJean 1,1-4) en nous donnant d’avoir part à ce même Esprit qui remplit son cœur. « Croire qu’un Etre qui s’appelle l’Amour habite en nous à tout instant du jour et de la nuit, et qu’il nous demande de vivre avec Lui, cela élève l’âme au-dessus de ce qui se passe, et la fait reposer dans la paix. Ah ! Je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix, et aussi de bonheur, elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité. Seulement, elles ne savent pas attendre. Si Dieu ne se donne pas d’une façon sensible, elles quittent sa sainte Présence, et quand il vient à elles, armé de tous ses dons, il ne trouve personne. L’âme est au‑dehors, dans les choses extérieures. Elle n’habite pas au fond d’elle même » (Ste Elisabeth de la Trinité).

P1010619  Basilique de Vézelay : reliques de Ste Marie Madeleine

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Avec les Douze, de nombreux disciples suivaient Jésus (Luc 6,17), et parmi eux, St Luc cite trois femmes, « Marie, appelée Madeleine » (ou Marie de Magdala), « Jeanne », « Suzanne », et il précise qu’il y en avait« beaucoup d’autres ». A une époque où la femme n’avait aucun droit, où elle était considérée comme la propriété de son mari, « la présence de ces femmes autour de Jésus, confirmée par Matthieu 27,55-56 et Marc 15,40-41 est un fait exceptionnel dans le monde palestinien » (Note TOB). Il leur était interdit de témoigner en justice ? Jésus fera d’elles les premiers témoins de sa résurrection (Matthieu 28,1-10 ; Marc 16,1-8). Il commencera d’ailleurs par se manifester à Marie Madeleine (Marc 16,9 ; Jean 20,11-18), celle que St Luc nous présente comme ayant connu les pires difficultés : elle avait été « libérée de sept démons ». Sept étant dans la Bible un symbole de Plénitude, l’emprise du Prince de ce monde était donc, d’une manière ou d’une autre, très forte sur elle.

Mais c’est justement à de telles personnes que le Christ se manifeste avec le plus de prédilection, car il est venu avant tout pour « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10): « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, pour qu’ils se convertissent» (Luc 5,31-32). Ainsi, Marie Madeleine, Pierre (Luc 5,8 ; Matthieu 26,34.75), Paul (lTimothée 1,12-17), la femme pécheresse (Luc 7,36-50), tous ont fait l’expérience de la Miséricorde du Seigneur. « Qu’il est bon aux jours où l’on ne sent que sa misère d’aller se faire sauver par Lui » (Ste Elisabeth de la Trinité). Ils se découvraient aimés au cœur même de leur misère par ce Dieu qui n’a d’autre désir que de nous libérer de tout ce qui nous entrave, nous opprime et nous fait souffrir (Luc 4,18-19 ; Romains 2,9). Et ce qu’ils ont vécu grâce au Christ, ils l’annonceront avec reconnaissance pour que le plus grand nombre possible de personnes puissent faire, elles aussi, la même expérience. ..

Accueillir la Parole avec un cœur bon et généreux (Luc 8,4-21)

« Le semeur est sorti pour semer la semence »… Le semeur est le Fils Unique du Père, celui qui vit depuis toujours et pour toujours uni à son Père dans la communion d’un même Amour (Jean 1,1-2; 10,30). Envoyé par le Père (Jean 3,17 ; 3,34; 4,34; 5,23-24), il est « sorti du Père » (Jean 8,42; 13,3; 16,27-30; 17,8), il est « descendu du ciel » (Jean 3,13; 6,33; 6,38; 6,41-42 ; 6,50 ; 6,51; 6,58), il est « venu dans le monde » (Jean 1,9 ; 3,17-19; 6,14 ; 9,39 ; 11,27) et il « s’est fait chair » (Jean 1,14) dans le sein de la Vierge Marie grâce à l’action du Père et à la Toute Puissance de l’Esprit Saint (Luc 1,30-35). C’est ainsi que le Fils Unique, vrai Dieu (Jean 1,1 ; 1,18; 20,26-28; Tite 2,11-14) est né aussi vrai homme de la Vierge Marie, et l’Ange a demandé à ce qu’il soit appelé « Jésus » (Luc 1,31), un nom qui dans la langue maternelle du Christ signifie « Dieu sauve ». Avec Lui (Matthieu 1,23 ; Jean 8,28-29) et par Lui (Jean 14,8‑11 ; 2Corinthiens 5,19), Dieu le Père est intervenu dans le monde pour le sauver (Jean 3,17-18 ; 4,42)… Et cette oeuvre du Père (Jean 4,34) s’accomplira tout spécialement lorsque Jésus communiquera aux hommes les Paroles du Père (Jean 17,7-8 ; 12,49-50), cette bonne semence répandue dans le monde pour le faire renaître à la Vie de Dieu. En effet, l’Esprit Saint, l’Esprit de Vérité (Jean 14,15-17) se joint toujours à la Parole de Vérité (Jean 18,37) que Jésus proclame (Jean 15,26). Ainsi, Celui qui ouvre son cœur à cette Parole l’ouvre en même temps à l’Esprit Saint (lThessaloniciens 1,6) dont l’action première est de communiquer la Vie de Dieu (Jean 6,63 (TOB) ; 2Corinthiens 3,6). Ainsi, accueillir de tout cœur la Parole de Jésus, c’est aussi accueillir « l’Eau Vive » de l’Esprit (Jean 7,37-39), et donc passer de la mort à la Vie, des ténèbres à la Lumière, de la peur et de l’angoisse à la Paix (Jean 14,27).

saint-esprit

L’important est donc d’ouvrir son cœur à Jésus, de l’accueillir, de le laisser agir en nous par l’Esprit Saint, de s’abandonner avec confiance entre ses mains, en un mot, de croire en Lui… Aussi Jésus va-t-il insister très fortement, dans cette Parabole du Semeur, sur l’accueil que les hommes réservent à la Parole de Dieu.

La première impression laissée par les versets suivants est celle d’une incroyable générosité : la Parole est semée partout, à profusion. Le semeur ne semble pas se préoccuper de la qualité du sol sur lequel il envoie ses semences. Il donne, donne et donne encore, de telle sorte qu’aucune partie de l’espace ne semble privée de ses dons… Et Dieu est bien ainsi. Lui qui a tout créé par amour (Sagesse 11,24 ; Genèse 1,31), il prend plaisir à combler tous les vivants de ses biens (Psaume 65(64),10-14 ; 104(103),24.27-28 ; 127(126),2 ; 145(144),15-16 ; 146(145),7; Siracide ( ouEcclésiastique) 32,13; Luc 1,28; 1,53; Actes 9,31; 1Corinthiens 1,4‑5; 2Corinthiens 9,8 ; Philippiens 4,19) qu’ils soient bons ou méchants, justes ou injustes (Matthieu 5,43-45), car « éternel est son amour » (Psaume 136(135) et spécialement le v. 25). Il est en effet comme un Soleil qui brille sans jamais aucune interruption (Psaume 84(83),12 ; Isaïe 60,19-20; 1Jean 1,5), comme une Source d’Eau Vive continuellement jaillissante (Isaïe 66,12-13; Jérémie 2,13), de telle sorte que celui qui a ne pourra que recevoir encore et il sera comblé (Luc 8,18 ; 6,38 ; Jean 10,10) de toutes ses bénédictions (Ephésiens 1,3; Romains 15,29 ; Hébreux 6,14 avec Galates 3,8.13-14 et Actes 3,24-26 adressé à ceux qui venaient de crucifier Jésus ; Luc 24,51[1]). Et pour celui qui, par malheur, vit dans les ténèbres du péché, privé de la Paix et de la Tendresse du Père, sa Lumière toujours offerte sera comme un appel continuel lancé à la porte fermée de son cœur pour qu’il lui ouvre enfin. « Je me tiens à la porte et je frappe, si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Apocalypse 3,20). Et si la porte s’ouvre, chacun se réjouira de la présence de l’autre, à commencer par Dieu lui-même (Luc 15 ; Sophonie 3,14-18 ; Jérémie 32,40-41 ; Isaïe 62,5 ; 65,19). Heureux en tout cas celui qui, dès à présent, se confie en Lui et compte sur son Amour : il ne sera jamais déçu (Psaume 84(83),13 ; 22(21),4-6 ; 70(69),5 ; 84(83),13 ; 52(51),10)…

 Dieu-Amour

Mais pour que tous ces dons de Dieu puissent atteindre leur but, il ne suffit pas que Dieu donne, il faut encore que nous les recevions en nous tournant vers Lui, le plus simplement possible, en lui offrant notre pauvreté. Jésus va alors présenter, en image, plusieurs cas de figures :

                 – 1 – Du grain tombe au bord du chemin, il est foulé aux pieds, écrasé, détruit, ou bien les oiseaux du ciel viennent tout manger. Quoi qu’il en soit, l’important est que ce grain semé ne pénètre même pas la terre ; comment pourrait-il donc porter du fruit ? « Ma Parole ne pénètre pas en vous », disait Jésus à ses adversaires (Jean 8,37 ; cf 5,38). ..Jésus nous invite donc ici à ne pas avoir peur, et à accepter de nous laisser toucher intérieurement par sa Parole (cf. Hébreux 4,12). Petit à petit, elle nous purifiera (Jean 15,3 ; Psaume 119(118),9.107), elle nous éclairera (2Pierre 1,19; Psaume 119(118),130), elle guidera nos choix (Psaume 119(118),101), et elle nous conduira vers la vraie Vie (Psaume 119(118),25.28.37; Jean 5,24 ; 6,63; 6,68). Qu’elle puisse vraiment atteindre le plus profond de nous-mêmes, dans la certitude que Dieu ne désire que notre bien : tout ce qu’il fera ou nous demandera n’aura comme objectif que notre salut (Luc 8,12).

Et tout de suite, Jésus nous met en garde indirectement contre le Prince de ce monde qui, d’une manière ou d’une autre, essaiera « d’enlever cette Parole de nos cœurs » et de nous entraîner sur les chemins de l’oubli ( cf Isaïe 17,10 ; Jérémie 2,32-33 ; 3,21 ; 18,15 ; 23,27 ; Ezéchiel 22,12; 23,35)[2]. Le meilleur moyen de revenir à Lui sera donc de lire souvent sa Parole[3] et de travailler à se souvenir de tous ses bienfaits (cf Luc 2,19). Alors, heureux sera celui qui gardera cette Parole (Luc 11,28 ; 10,38-42), car avec elle, il aura dans son cœur la Source de tous les biens (Jean 14,21-23; 15,10-11).

 Dieu-lumiere

                – 2 – Mais accueillir la Parole en un instant de joie et d’exaltation ne suffit pas… Jésus sait que marcher à sa suite en essayant de faire avec lui les bons choix, est un chemin rempli d’obstacles et d’épreuves (Actes 14,21-22 ; Matthieu 7,13-14; Luc 9,23; 14,27). Et lorsque la marche est trop dure, il est facile de lâcher pied… St Pierre en a fait la douloureuse expérience : à l’heure de la Passion, « il fera défection » (Luc 8,13) par trois fois (Luc 22,31-34; 22,54-62). Mais lorsque nous sommes infidèles, Dieu, Lui, reste à jamais fidèle (2Timothée 2,13). Jésus priera pour que la foi de Pierre tienne bon (Luc 22,32) et tout en lui rappelant cet instant de faiblesse, il le confirmera dans sa vocation (Jean 21,15-17). Et plus tard, lorsque St Pierre verra quelqu’un tomber, il se rappellera ce qu’il a lui-même vécu, et il fera tout pour le relever, l’encourager, le réconforter, et l’inviter à repartir (Même attitude pour St Paul : 2Corinthiens 11,29-30). Jésus, ici, nous prévient donc : les souffrances et les épreuves sont inévitables en cette vie[4]. Lorsqu’elles surgissent, puissions-nous rester fidèles à Celui qui est notre meilleur allié dans les difficultés : il sera toujours là avec nous, pour nous aider et nous donner de surmonter l’épreuve (Jean 16,33 ; 2Corinthiens 1,3- 7 ; 4,5-11 ; 11,23-29)…

 jésus enseignant 2

              – 3 – Jésus nous invite ensuite à une réelle conversion, ce qui, là encore, n’est pas facile pour les pécheurs que nous sommes, et Jésus le sait bien (Matthieu 26,41). Mais s’il est impossible d’éviter complètement ici-bas toute erreur ou toute faiblesse, Jésus nous presse de ne pas accepter de façon durable dans notre vie des situations qui seraient contraires à ses attentes. La lumière ne peut s’allier avec les ténèbres: il y a incompatibilité entre elles. De même, il n’est pas possible de vouloir vivre une relation avec le Christ tout en commettant volontairement et durablement le mal. La relation avec le Christ est en effet de l’ordre de la communion : une même Vie unit de cœur le disciple à son Seigneur (Jean 6,57). Or cette Vie Bienheureuse, qui est appelée à prendre toute la place en nous (lCorinthiens 15,28; Galates 2,20), est tout en même temps Lumière, Amour, Vérité, Paix… Elle ne peut donc que nous pousser à vivre dans la vérité, la justice, l’amour et la paix (Ephésiens 5,1-11)…

Le Christ évoque à cette occasion trois situations susceptibles de mettre la foi en péril. La première consisterait à se laisser envahir par « les soucis de la vie » au risque d’oublier que nous ne sommes pas seuls pour les affronter: le Christ Sauveur est là, avec nous (Matthieu 28,20), et il s’occupe très concrètement de chacun d’entre nous (Luc 12,22-32 ; Actes 27,9-26 ; 2Timothée 3,10-11; 4,14-18). St Paul nous exhorte d’ailleurs à « n’entretenir aucun souci » (Philippiens 4,4-7), dans la certitude que Dieu ne saurait abandonner celui qui compte sur lui (Psaume 37(36),3-6). L’épisode où le Christ invite St Pierre à marcher avec lui sur les eaux en est un exemple. Après avoir répondu à son invitation à venir auprès de Lui sur la mer, Pierre détourna les yeux du Christ pour ne plus regarder que le vent et les vagues. Il prit peur et commença à couler. Mais à son appel, le Seigneur le sauva aussitôt… Que les soucis ou la peur ne prennent donc jamais la première place en nos cœurs, et si un jour le combat se fait trop fort, crions comme St Pierre vers le Seigneur, et faisons-lui confiance, il agira…

st jean

Après les « soucis de la vie », le Christ évoque le danger des richesses qui risquent elles aussi d’accaparer le cœur de l’homme par de multiples soucis. De plus, celui qui rentre dans leur logique qui consiste à vouloir accumuler toujours plus, risque de perdre la notion de partage pour s’enfermer dans l’égoïsme (Luc 16,19-31), et « ce que vous n’avez pas fait au plus petit de mes frères, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait » (Matthieu 25,41-45). Enfin, l’apparente sécurité qu’elles proposent est illusoire : tant d’aléas de la vie peuvent les anéantir (Matthieu 6,19-21), et quelle sera leur utilité au moment de la mort (Luc 12,13-21) ? Jésus nous invite donc à ne pas faire de la richesse notre première préoccupation : « Cherchez d’abord le Royaume des Cieux et sa justice et tout le reste vous sera donné par surcroît » (Matthieu 6,33 ; Luc 12,22-32 ; cf Colossiens 3,1-4). Cette recommandation, Jésus l’a vécue avec la plus grande radicalité, lui qui n’avait rien où reposer la tête (Luc 9,58), tout comme la pauvre veuve qui donna un jour au Temple tout ce qu’elle avait pour vivre (Luc 21,1-4). Mais Dieu s’occupera d’elle et saura lui donner son pain quotidien (Luc 11,3). Les femmes qui le suivaient ont su, elles aussi, mettre Dieu à la première place dans leur vie : elles assistaient le Christ et ses disciples de leurs biens (Luc 8,3 ; cf Matthieu 10,42)… Mais comme il est difficile à un riche d’entrer dans cette logique de l’amour (Luc 18,24-27 ; mais pas impossible : Matthieu 27,57 ; Luc 19,1-2) où tout est accueil (Luc 12,32 ; Matthieu 7,11 ; 10,8), don (Luc 6,38) et joie (Luc 19,1-10 où Zachée accueille Jésus avec joie et décide de donner la moitié de ses biens aux pauvres. Exemple du contraire en Luc 18,18-23)…

Enfin, la dernière mise en garde concerne « les plaisirs de la vie », dans la mesure où, comme précédemment, leur recherche occuperait la première place. Là encore, l’égoïsme risquerait de l’emporter sur le don de soi, à Dieu et aux autres. Mais Jésus n’interdit pas toute joie humaine ou tout plaisir humain, bien au contraire ! N’a-t-il pas donné plus de 700 litres de vin pour une noce à Cana (Jean 2,1-12), nourri à satiété les foules (Luc 9,17) ? N’a-t-il pas été traité lui-même de glouton et d’ivrogne parce qu’il mangeait et buvait comme tout le monde (Luc 7,34) ? Le Christ nous invite à la même simplicité: accueillir, à son exemple et dans l’action de grâces, les joies de la vie, mais aussi savoir prendre notre croix lorsque les circonstances l’exigent. ..

                 – 4 – Enfin, le Christ évoque « la bonne terre » de ceux qui accueillent la Parole « avec un cœur noble et généreux », « loyal et bon » (Luc 8,15) : ils la retiennent, ils la gardent fidèlement, avec persévérance, et d’elle même cette Parole produira du fruit (Marc 4,26-29). En effet, l’Esprit ,Saint se joint toujours à elle : qui l’accueille accueille en même temps l’Esprit dans son cœur, un Esprit qui est Amour (Romains 5,5), Joie, Paix. ..Et cet Esprit nous invitera sans cesse à aimer, à chercher le bien de ceux et celles qui nous entourent, à être des artisans de paix (Galates 5,22-23)… Si quelqu’un aime ainsi, écrit St Jean, alors « l’amour de Dieu est accompli » (1Jean 2,5) au sens où l’Amour qu’il a reçu de Dieu est passé en actes dans sa vie…

 Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, Lourdes

Accueillir avec la Parole de Jésus la Vie et la Lumière de Dieu (Luc 8,16-21)

Dans la parabole suivante (Luc 8,16), nous constatons que si la Parole est Vie, la vie de celui ou celle qui l’accueille devient aussi Parole pour tous ceux et celles qui l’entourent. Et le plus bel exemple que nous pouvons avoir est celui du Christ Lui-même : tous ses actes étaient autant de Paroles nous révélant la Compassion, la Tendresse, la Miséricorde du Père. ..Lui seul a vraiment été « la Lumière des nations » (Isaïe 42,6- 7), « la Lumière du monde » (Jean 8,12). Il était « Feu », « le Feu de l’Amour », un Feu qu’il est venu jeter sur la terre (Luc 12,49) en baptisant ceux et celles qui l’accueilleront « dans l’Esprit Saint et le feu » (Matthieu 3,11). Il est donc Feu venu nous communiquer ce Feu et nous inviter à aimer comme Lui a aimé (Jean 15,12), Il est Lumière venu nous communiquer cette Lumière (Jean 8,12 ; 12,46) et nous inviter à nous comporter en enfants de lumière (Ephésiens 5,8-9). La communauté chrétienne, renouvelée par les eaux du baptême, est donc appelée à vivre de la Vie même de Dieu, une Vie qui est Lumière (Jean 1,4), la Lumière d’un Feu, le Feu de l’Amour… Et si tel est vraiment le cas, elle sera alors dans le monde comme un foyer de lumière (Philippiens 2,14-16) qui rendra témoignage à la Lumière par l’amour mutuel, source d’unité (Jean 17,22-23) :

« Je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée,

pour qu’ils soient un comme nous sommes un :

moi en eux et toi en moi, afin qu’ils soient parfaits dans l’unité,

et que le monde reconnaisse que tu m’as envoyé

et que tu les as aimés comme tu m’as aimé ».

 shining dove with rays on a darkDans la Bible, « la gloire de Dieu » renvoie à Dieu Lui-même en tant qu’il se manifeste. La gloire de Dieu n’est donc que la manifestation de la nature divine : pas de gloire sans nature divine. Lorsque le Christ déclare à ses disciples qu’il leur a donné la gloire qu’il a reçue du Père, il affirme leur avoir donné d’avoir part à sa propre nature divine par le don de l’Esprit Saint (2Pierre 1,3-4 ; cf Jean 4,24 ; Psaume 99(98),5). Comme cet Esprit est Amour (1Jean 4,8.16), c’est Lui qui, présent en tous, sera le fondement de leur unité. Mais cet Esprit d’Amour est aussi Lumière (1Jean 1,5) : sa Présence au sein de la communauté ne pourra que briller et attirer à Lui tous ceux et celles qui sont encore dans les ténèbres (Luc 8,16). Elle rendra témoignage au Christ Lumière du monde, mort et ressuscité pour notre salut, et toujours présent au milieu de ses disciples dès que deux ou trois sont réunis en son Nom (Matthieu 18,20). C’est Lui, en effet, que le Père a envoyé dans le monde pour que tous les hommes puissent avoir « la Lumière de la Vie » (Jean 8,12). Le rayonnement de cette Lumière manifestera donc à quel point le Père aime les pécheurs que nous sommes, nous accueillant sans cesse dans son Amour de Miséricorde, et nous donnant toujours gratuitement la possibilité de nous convertir et de vivre de sa Vie…

L’union du Christ avec son Eglise est donc si étroite que St Paul l’appellera « le Corps du Christ » : « Aussi bien est-ce en un seul Esprit que tous nous avons été baptisés pour former un seul Corps, Juifs ou Grecs, esclaves ou hommes libres ; tous nous avons été abreuvés d’un seul Esprit… Vous êtes donc, vous, le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part » (lCorinthiens 12,13.27; cf 12,12-27). Or, le corps est l’élément de notre être par lequel nous entrons en relation les uns avec les autres. Si l’Eglise est « le Corps du Christ », elle est donc un des moyens privilégiés par lesquels le Christ ressuscité vient encore aujourd’hui à la rencontre des hommes pour leur révéler et leur donner sa Lumière et sa Vie (2Corinthiens 2,14‑17; 3,3 ; 5,17-21 ; 13,3; Jean 12,46 ; 8,12; 10,10).

christ-souriant-04En Luc 8,17, le Christ affirme que « rien n’est caché qui ne deviendra manifeste, rien non plus n’est secret qui ne doive être connu et venir au grand jour ». Dieu Lui-même est par excellence celui qui nous apparaît comme « caché » : « Vraiment, tu es un Dieu qui se cache, Dieu d’Israël Sauveur! » (Isaïe 45,15 ; 8,17). Mais est-ce Dieu qui se cache ? Celui qui est Lumière et qui n’est que Lumière (1Jean 1,5) peut-il se cacher ? Ne serait-ce pas plutôt l’homme qui se cache, à l’exemple d’ Adam et Eve qui, après leur faute, « se cachèrent devant le Seigneur Dieu au milieu des arbres du jardin » (Genèse 3,8-10) ? En fait, que Dieu nous apparaisse comme caché, est une conséquence de nos fautes: nos péchés ont blessés nos cœurs qui sont devenus aveugles et sourds aux réalités spirituelles (Isaïe 6,9-10; 5,21; Marc 8,17-18; Jean 12,39-40). Dieu est-il caché ? Non, nous sommes aveugles… Dieu ne parle pas ? Non, nous sommes sourds (Isaïe 59,2 ; Ezéchiel 39,23-24[5]). Aussi Dieu a-t-il envoyé son Fils dans le monde pour enlever notre péché (Jean 1,29), guérir nos cœurs aveugles et sourds (Luc 5,31‑32 ; Actes 26,12-18). Enfermés dans leur orgueil, ceux qui se croient « sages et intelligents » resteront dans les ténèbres de leur aveuglement (Jean 9,40-41). « Les tout-petits », par contre, offriront avec simplicité leurs misères au Sauveur du Monde, et ils découvriront avec Lui les Trésors de l’Amour et de la Miséricorde infinie de Dieu qu’il est venu nous révéler (Luc 10,21-24 ; Jean 1,18 ; 17,6 ; Romains 16,25-27; Colossiens 1,25-28; Ephésiens 1,17-22; 3,2-12). Aussi, le Christ nous invite en St Luc à bien écouter sa Parole, d’un cœur simple et ouvert. Si tel est le cas, nous accueillerons avec elle le don de Dieu, cet Esprit Saint qui nous établira en communion avec Celui qui n’est que Don. Alors, si quelqu’un a quelque chose pour l’avoir reçu de Dieu, il ne pourra que recevoir et recevoir encore, en surabondance (Luc 8,18 ; Jean 1,16) et il entrera par sa Plénitude dans toute la Plénitude de Dieu (Ephésiens 3,14-21 ; 5,18). Alors, « heureux le pauvre de cœur, car le Royaume des Cieux est à lui » (Matthieu 5,3), un Royaume qui n’est que Vie[6], Paix et Joie profonde dans l’Esprit Saint (Romains 14,17).

Enfin, avant d’aborder la série des quatre signes qui suivent, St Luc nous rapporte la Parole que Jésus adressa à ceux qui venaient l’informer que « sa mère et ses frères voulaient le voir » : « Ma mère et mes frères, ce sont ceux qui écoutent la parole de Dieu et la mettent en pratique. »

De fait, Marie en est un parfait exemple, mais Jésus élargit ici les frontières de sa famille aux dimensions de l’humanité tout entière: quiconque accueille sa Parole et la fait vraiment passer dans sa vie, accueille en même temps sa propre Vie, la Vie de l’Esprit Saint. Il existe alors entre le Christ et son disciple comme « un lien du sang »[7]: une même Vie les unit. Et cette Vie est en fait celle du Père: le Fils vit par Lui (Jean 6,57a), il a reçu du Père d’avoir la Vie en Lui-même (Jean 5,26), et il a encore reçu du Père le pouvoir de la communiquer à toute chair (Jean 17,1-2). Un lien vital unit alors le Père, le Fils et celui qui ouvre son cœur au Fils : une famille nouvelle se construit (Jean 20,17 ; Hébreux 2,11-12)… Le projet du Père sur toute l’humanité s’accomplit : que nous soyons tous vraiment ses enfants, vivants de sa Vie…

 Croix Alain Dumas

La Parole de Jésus en actes : la Vie de Dieu remporte la victoire sur toute forme de mort

              1 – La tempête apaisée (Luc 8,22-25).

Jésus a, une fois de plus, l’initiative : il invite ses disciples à monter dans la barque et à passer sur l’autre rive. La mer était comprise autrefois comme le lieu d’habitation des forces du mal (Isaïe 27,1 ; 51,9-10 ; Psaume 74(73),12-14)… Ici, elles se déchaînent et mettent la barque et ses occupants en péril : « ils faisaient eau »… Et Jésus est endormi… II se taît, il n’intervient pas, il ne semble pas se préoccuper de leur sort. Alors, les disciples crient et le réveillent. Jésus agira aussitôt, en écartant le danger, mais sa première parole à leur égard sera un reproche pour leur manque de foi : « Où est votre foi ? ». Celle de Jésus s’est manifestée dans son sommeil au cœur de la tempête, abandon total et confiant entre les mains de son Père : il sait qu’il est toujours avec lui (Jean 8,29) et qu’il s’occupe de Lui. Les disciples auraient dû avoir la même attitude à son égard: il était là avec eux, endormi certes, silencieux, mais tant qu’il était là, avec eux, ils n’avaient rien à craindre (Jean 17,12)…

jésus dans la barque

Cet épisode est aussi l’occasion de manifester l’autorité su Christ sur la création : il fait ce que, seul, le Dieu Créateur peut faire (Psaume 107,23-30). Qui est-il donc ?

En deuxième lecture, ce texte est aussi une invitation à la confiance pour nous aujourd’hui. L’Eglise, notre famille, ou nous-mêmes, nous pouvons connaître à certains jours de grandes épreuves, et le Christ ne semble pas réagir… Il est comme endormi, silencieux, apparemment absent et indifférent… Mais nous sommes invités à un regard de foi pour aller au-delà des apparences : le Christ n’est pas indifférent à tout ce que nous pouvons vivre. Il est toujours avec nous, c’est lui qui nous l’a promis (Matthieu 28,20), et grâce à Lui, les puissances du mal et de la mort n’auront jamais le dernier mot (Matthieu 16,15-19; Jean 16,33). Il nous aime (Jean 15,9), Il désire toujours notre bien, et il agit mystérieusement pour chacun d’entre nous. Saurons-nous nous abandonner avec confiance entre ses mains ? Avec Lui, tout est toujours possible (Marc 9,23 ; 10,27).

          2 – La libération d’un homme de l’influence du démon (Luc 8,26-39).  

Après avoir apaisé la tempête, Jésus et ses disciples arrivent de l’autre côté du lac de Tibériade, dans la région des Géraséniens. Jésus est donc en pays païen, ce que confirmera la présence des porcs. Les Juifs considéraient en effet que cet animal était impur, notamment « parce qu’il était associé au culte d’Adonis à qui on le sacrifiait pour activer les forces vitales souterraines. Il était donc banni de la terre d’Israël »[8]. En terre impure, cet homme est habité par « un esprit de démon impur » (Luc 4,33; Marc 5,1-2), et il vit en un lieu impur, au milieu des morts (cf Nombres 19,11). Avec lui, Jésus est ici en plein cœur de « l’impureté », un mot qui, dans la mentalité juive, renvoie à tout ce qui s’oppose au Dieu Saint.

 

Démoniaque 4

Mais telle est justement la dynamique de la Miséricorde : aller jusqu’au plus profond des ténèbres pour y faire briller la Lumière de l’Amour et du Pardon (Matthieu 4,16 citant Isaïe 9,1‑6 ; Luc 1,76-79), descendre au cœur de « l’impureté » pour sanctifier les pécheurs (1Corinthiens 6,9-11; Ezéchiel 36,22-28), s’unir à ceux qui sont pris dans les griffes du mal et de la mort pour les arracher à leur emprise (1Pierre 3,18-20 ; « Allusion probable à la descente du Christ aux enfers entre sa mort et sa résurrection » (Note Bible de Jérusalem) ; 2,9 ; Jean 1,5; 12,46; Actes 26,17-18; Colossiens 1,13). La libération de cet homme Gérasénien en sera le plus bel exemple…

Sous l’influence du mal, sa situation n’avait plus rien d’humaine : Satan, l’adversaire de Dieu, est bien l’adversaire de l’homme créé « à l’image et ressemblance de Dieu » (Genèse 1,26-27). S’attaquer à la créature est un moyen pour lui de toucher le créateur. Aussi, en usant de toute son influence sur les hommes qui accepteront de l’écouter (Jean 13,27), il se déchaînera contre Jésus, vrai homme parfaitement réussi (2Corinthiens 4,3-4 ; Colossiens 1,15) et vrai Dieu. Frappé, fouetté, torturé, il n’aura plus figure humaine (Isaïe 52,14), mais le troisième jour, il ressuscitera dans toute son intégrité et dans toute sa beauté. ..

Ici aussi, cet homme n’avait plus figure humaine : exclu du monde des vivants, il habitait parmi les morts, sans vêtement ni maison, hors de sens (cf Luc 8,35), « poussant des cris et se tailladant avec des pierres » ajoute St Marc (Marc 5,5)… Telle est bien l’œuvre du démon sur l’humanité: la séduire, lui faire suggérer un bonheur dans l’abandon et la désobéissance à son Créateur, pour finalement la conduire à la déception, au malheur et à l’autodestruction…

Toutes les tentatives des hommes pour maîtriser ce possédé ont été vaines : « l’esprit impur » s’est révélé le plus fort… Mais face à ce Jésus qu’il connaît bien (Luc 8,28), il sait qu’il n’est rien devant Lui : il apparaît aussitôt comme anéanti, le suppliant de ne pas le tourmenter et de ne pas le faire retourner dans l’abîme, répondant à ses questions, lui demandant la permission de quitter cet homme pour aller dans un troupeau de porcs voisin. Et Jésus accèdera à sa demande. Mais les porcs iront de suite se jeter dans l’abîme, précisément là où ces démons ne voulaient pas retourner. ..

Feuille lumière vieLe résultat est immédiat : libéré par le Christ, cet homme est rendu à sa dignité d’homme, ce que symbolise le vêtement qui, de nouveau, le recouvre. Il est « dans son bon sens », à nouveau maître de lui-même : plus personne ne lui impose sa loi. Et il est assis aux pieds de Jésus, dans la position du disciple qui écoute les Paroles de son Maître (Luc 10,38-39). Il a découvert en lui la Présence de Celui qui ne désire que son bien : il l’aime et veut rester avec lui. Mais il est païen, et l’heure n’est pas encore venue pour Jésus d’appeler des païens à sa suite. Il doit pour l’instant s’occuper avant tout des brebis perdues de la Maison d’Israël. Mais déjà, comme en précurseur, Jésus l’invite à rentrer chez lui et à témoigner de ce qu’il a vécu avec lui : « Retourne chez toi, et raconte tout ce que Dieu[9] a fait pour toi » (Luc 8,39) « dans sa miséricorde » (Marc 5,19)… Dans leur peur, les Géraséniens prient Jésus de partir ; il leur obéit aussitôt, mais il laisse sur place un témoin de l’Amour et de la Miséricorde de Dieu qui proclamera en son Nom la Bonne Nouvelle « dans la ville entière » (Luc 8,39) …

3 – Guérison d’une hémoroïsse et résurrection de la fille de Jaïre (Luc 8,40-56)

Jaïre, chef de la synagogue, prie Jésus de venir guérir sa petite fille de douze ans qui se meurt : Jésus obéit aussitôt. ..Dans la foule, une femme avait des pertes de sang depuis douze ans. Elle était donc impure (Lévitique 15,25-27), et n’avait pas le droit de toucher qui que ce soit. Mais elle était sûre que si elle touchait Jésus, un geste qui exprimait la prière de son cœur, elle serait guérie. Aussi s’approche-t-elle par derrière, en secret… Mais Jésus sent ce cœur à cœur qui vient de s’établir dans la prière : une force est sortie de lui… « Qui m’a touché ? » demande‑t‑il ? Se sachant découverte, toute tremblante, elle se jette aux pieds de Jésus et avoue sa transgression de la Loi. Mais tous ces préceptes n’étaient que « préceptes humains » (Marc 7,7) : Jésus la rassure… Qu’il soit devenu soi disant « impur » à son contact est le dernier de ses soucis. Il la conforte dans sa démarche, reconnaît et loue sa foi, sa confiance, puis l’invite à repartir dans la paix. Notons que le verbe qu’emploie Jésus va bien plus loin que la simple constatation d’une guérison physique: « Ma fille, ta foi t’a sauvée; va en paix. » Cette guérison est avant tout le signe que cette femme a su ouvrir son cœur à l’action du Seigneur qui apporte toujours avec Lui le pardon de toutes nos fautes, un pardon qui nous réintroduit dans le mystère de sa communion qui n’est que Vie et Paix. Dans l’Ancien Testament, le sang, c’est la vie (Lévitique 17,11.14 ; Deutéronome 12,23). Cette femme perdant son sang était donc blessée jusqu’au cœur de sa vie même, une blessure qui pouvait l’entraîner jusqu’à la mort. Mais elle a su ouvrir son cœur à Dieu qui aussitôt est venu lui communiquer la Plénitude de sa Vie. Sa guérison physique est devenue le signe visible de sa guérison spirituelle : la Vie de Dieu a fait irruption dans sa vie, la sauvant du péché et de la mort (cf Luc 7,50), et lui donnant de vivre désormais dans la Paix de sa Présence (2Corinthiens 13,11 ; Philippiens 4,9 ; Colossiens 3,12‑15 ; 2Thessaloniciens 3,16)…

jésus guérit 4

Tel sera aussi le message central de l’épisode suivant. Alors que Jésus parlait encore à la femme, quelqu’un arrive de chez Jaïre pour le prévenir: « Ta fille est morte à présent ; ne dérange plus le maître ». Mais Jésus, qui a entendu, se souvient de la prière pressante de Jaïre, et il l’invite à la foi, envers et contre tout : « Sois sans crainte, crois seulement, et elle sera sauvée »… Seule la foi jusqu ‘à l’audace peut accueillir la folie de l’Amour de Dieu pour qui tout est toujours possible… Jaïre ne dit plus rien : il laisse Jésus agir… « Enfant, lève-toi ! » A sa Parole, dans la puissance de l’Esprit Saint qui se joint toujours à elle, l’enfant se lève. St Luc emploie ici le même verbe qui, plus tard, servira à proclamer la Bonne Nouvelle : « Il est ressuscité ! » (Luc 24,34). Une fois de plus, la Vie du Christ a remporté la victoire sur tout ce qui s’oppose à la vie,et Jésus, très humain, ordonnera tout de suite à ses parents de donner à manger à leur enfant… Puissions-nous aujourd’hui encore, laisser la Vie de Jésus remporter la victoire sur tout ce qui, en nous, s’oppose à la vie, cette vie humaine que Dieu désire la meilleure possible pour chacun d’entre nous, une vie où nous serons toujours plus « humains » les uns envers les autres…

D. Jacques Fournier

[1] Jésus, au moment de son Ascension, passe de la terre au ciel, du temps à l’éternité, en bénissant : il est celui qui nous bénit toujours ; se tourner vers Lui de tout cœur, c’est donc aussitôt recevoir sa bénédiction.

[2] Dieu, Lui, de son côté, ne nous oublie jamais (Isaïe 44,21 ; 49,13-15)…

[3] Et tout spécialement les Evangiles, et les autres écrits du Nouveau Testament.

[4] « Ne croyez pas que lorsque je serai au Ciel je vous ferai tomber des alouettes rôties dans le bec. .. Ce n’est pas ce que j’ai eu ni ce que j’ai désiré avoir. Vous aurez peut-être de grandes épreuves, mais je vous enverrai des lumières qui vous les feront apprécier et aimer. Vous serez obligés de dire comme moi : « Seigneur, vous nous comblez de joie par tout ce que vous faites » (Ste Thérèse de Lisieux).

[5] Dans l’Ancien Testament, Dieu est souvent présenté, à tort, comme étant la cause de tout. Un homme désobéit et se blesse par suite de sa désobéissance. l’Ancien Testament dira que c’est Dieu qui l’a blessé. Dans ce texte d’Ezéchiel, comme dans beaucoup d’autres, ce n’est pas Dieu qui cache sa face, ou livre Israël à ses ennemis, ou les traite comme le méritaient leurs transgressions… Toutes ces conséquences malheureuses ne sont que le résultat de la désobéissance d’Israël qui a refusé d’écouter son Seigneur.

[6] En Jean3,3, Jésus dit à Nicodème : « En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu ». La Bible de Jérusalem précise en note : « Seul exemple en St Jean avec le verset 5 de cette expression « Royaume de Dieu », fréquente dans les autres évangiles. Au Royaume correspond chez St Jean « la Vie » ou « la Vie éternelle » »…

[7] Le sang est dans la Bible un symbole de la vie ; et nous pouvons penser au Christ donnant à boire à ses disciples son sang, symbole du don de sa vie (Jean 6,53-58).

[8] PELLETIER A.-M., Lectures bibliques (Editions Nathan/Cerf, 1996) p. 282-283.

[9] Remarquons que Jésus attribue à Dieu son Père sa libération : c’est en effet le Père qui agit avec et par Jésus (Jean 14,10-11)…

 

Fiche n°10 – Lc 8,1-56 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au fichier PDF pour lecture ou éventuelle impression.