La maladie de Papa…

 Un jour, en juin 2009, tout a basculé pour mon père. Mon père est un homme simple. Orphelin  à douze ans il a été élevé par ses frères et sœurs. Il a été servant de messe toute sa jeunesse et plus tard il a accompagné plusieurs curés surtout le père Chevalier et le père Bail lors de leur déplacement. C’était le chauffeur du quartier,  l’ami de tout le monde. Ces dernières années il se réveillait tôt le matin pour le nettoyage de l’Eglise et était quêteur lors des célébrations. Ce n’était pas un Saint mais quelqu’un de bien toujours disponible.

 Au mois de mai 2009, grâce à la campagne de dépistage du cancer colorectal mis en place par le Conseil Général,  il apprend, après avoir réalisé un test Hémoccult, que le résultat  est positif. Des examens complémentaires sont nécessaires. Il ne se sentait pas malade, avait certes perdu un peu de poids ces derniers temps mais était suivi régulièrement par son médecin pour sa tension et pas d’inquiétude de la part de celui-ci, pour nous tout allait bien et il était en forme.

Papa prend donc contact  avec son médecin traitant afin de décider de la conduite à tenir. Celui-ci l’envoi chez un spécialiste et une coloscopie est programmée à la clinique du Tampon. Suite à cet examen le médecin lui annonce qu’il a pu enlever quelques polypes mais qu’il faut prendre rendez vous à l’hôpital de Saint-Pierre avec un chirurgien parce qu’il n’a pas pu intervenir sur un polype. Le chirurgien lui  programme un scanner.

L’annonce : Juillet 2009, j’accompagne mon père pour cet examen. Après consultation et lecture de l’image du scanner le chirurgien remplaçant dit à mon père qu’il faut l’opérer d’urgence car il risque de faire une occlusion intestinale s’il n’intervenait pas rapidement et une opération est programmée dans la semaine qui suit.  Le chirurgien explique  le déroulement de l’opération. Mon père est serein, il plaisante avec le chirurgien et pour bien faire comprendre qu’il avait bien compris ce qu’il allait faire avec lui il dit : «C’est comme si on avait un morceau de tuyau abimé, on coupe le morceau pourri, on le jette et on recolle les deux bouts sains». Le chirurgien un peu troublé répond positivement à sa traduction de la situation. Alors mon père lui donne le feu vert.

 Moi silencieuse jusqu’à présent, toute renversée et surprise du diagnostic,  demande au chirurgien en toute confiance : docteur nous ne parlons pas encore de cancer ! L’annonce est brutale : cancer du colon. Il faut faire vite.  Sa réponse reste bloquée dans ma gorge. Je restais là assise en face du chirurgien et c’est mon père qui brisa le silence en continuant à converser avec le chirurgien comme si rien ne venait de se dire.

 Nous prenons congé et je pris rendez vous avec l’anesthésiste dans la foulée. Je ne pouvais parler à personne tellement j’avais la gorge nouée et mon père était là assis à coté de moi et faisait comme si rien ne venait de se passer et comme à son habitude continuait à discuter dans la salle d’attente avec les autres patients.

Nous arrivons à la maison et maman voit très bien que la situation est grave mais je laisse mon père annoncer la nouvelle à sa façon. Il ne parle pas de cancer, il parle de l’intervention qui va avoir lieu dans les prochains jours et de la  guérison possible. Je suis anéantie, je n’interviens pas, je rentre chez moi le cœur lourd mais les larmes n’arrivent pas, je ne me donne pas le droit de pleurer car j’admire le courage de mon père pour accepter aussi facilement son opération et je suis très embêtée d’apprendre à ma famille ce que je venais d’entendre.

Plus tard ma  mère et mon frère viennent me voir et c’est à ce moment là que je leur apprends la nouvelle  et je leur demande de ne rien dire à papa car  je ne savais pas à ce moment là s’il avait connaissance de ce qu’il avait en réalité. Il fallait  être fort car les nouvelles n’étaient pas bonnes du tout. Après avoir digéré plus au moins la nouvelle je fais des recherches sur le net et là je découvre beaucoup de choses.  Je prends donc avec ma mère la décision d’écrire toutes les questions qui nous intéressaient et d’aller toutes les deux voir le spécialiste qui nous a reçu sur le champ, entre deux consultations,  pour pouvoir avoir des réponses plus claires afin d’aider au mieux mon père. Le diagnostic  est le même,  et c’est à ce moment que le médecin nous dit également qu’il a des lésions hépatiques et pulmonaires. Nous prenons alors conscience que son cancer est très avancé (classement  T3 N1 M1) mais qu’il a une petite chance de gagner deux ans si on intervient.

L’abandon : Nous proposons, à partir de  ce moment là, à papa de prier avec des amis qui viendraient à la maison et à notre étonnement, il accepte. La veille de sa consultation d’anesthésie, nous demandons à notre petite famille et à nos amis de venir prier avec nous. Fort a été ce moment de prière quand papa s’est mis à genou et a dit : Jésus tu as porté ta croix et bien je vais porter la mienne aussi, mais aide moi. A partir de là il nous annonce qu’il a un cancer et qu’il le savait depuis le début. En plus des messes dominicales nous nous rendons aussi aux messes en semaine et à la messe des malades tous les premiers vendredi du mois. Le lendemain j’accompagne mon père chez l’anesthésiste et je profite d’un moment de libre que j’ai (au moment de sa consultation),  à son insu, mais avec la complicité de ma mère de revoir le chirurgien avec une tante qui travaille dans le milieu hospitalier. Nous avons de la chance, il n’est pas en salle d’opération et sa secrétaire lui demande s’il peut nous recevoir. Réponse positive nous lui posons toutes les questions qui nous tracassent et il nous répond avec beaucoup de gentillesse. Au moment de partir nous lui demandons une dernière chose : docteur si vous savez qu’il n’y a plus rien à faire, s’il vous plaît laisse le, ne faite pas l’opération car nous préférons le voir un mois mais debout que deux ans et  dans un lit. Il nous répond :  je viens de perdre mon père suite à une occlusion intestinale et je vous assure que c’est une mort atroce. Votre père a toutes ses chances ; si mon père était encore là je l’aurais fait. Nous répondons : nous vous faisons confiance.

L’onction des malades : Papa nous soumet l’idée de voir un prêtre pour se confesser et recevoir l’onction des malades. Nous l’accompagnons dans cette démarche. La rencontre dure un bon moment et papa ressort de cet entretien avec une force nouvelle qui nous pousse à vivre cette aventure avec lui et  cela nous donne aussi le courage qui nous manquait pour continuer.

La confiance : L’opération devait se faire le lundi 3 Août 2009 et il devait être hospitalisé la veille. Nous devions nous rendre au  mariage de sa petite nièce le samedi 1er Août 2009. Aussi papa avait pris la décision, pendant toute cette période, de ne  rien dire à qui que ce soit de son état de santé pour ne pas contrarier cette fête. Il annoncerait lui-même la nouvelle au rogaton qui aurait lieu le jour de son hospitalisation. Nous nous préparons pour cette fête avec un cœur lourd. Le vendredi ma mère et moi nous étions en ville pour les derniers préparatifs et papa nous appelle pour nous dire que l’hôpital a appelé et que tout est annulé. Je dis à ma mère : il faut qu’on rentre à la maison, les nouvelles ne sont pas bonnes, papa ne sera plus opéré et nous avons dit à ce moment : merci Seigneur car le chirurgien nous a écoutés, il s’est rendu compte qu’il valait mieux le laisser, que c’était la meilleure solution. Nous avons tout remis dans les mains du Seigneur. Nous arrivons à la maison et nous essayons d’éclaircir les choses avec mon père qui à son habitude continue de plaisanter et de nous faire rire. J’essaie donc de téléphoner à l’hôpital malgré l’heure tardive et la secrétaire nous annonce que l’opération est reportée car le chirurgien préfère lui faire un examen complémentaire, un pep scan à l’hôpital de Bellepierre pour pouvoir mieux voir l’étendue de son cancer.

La charité : Sur le chemin de retour nous nous arrêtons à une air de pique nique pour déjeuner. Nous sommes interpellés au milieu de notre repas par un sans abri qui nous demande à manger. Il ne nous restait pas grand-chose. Papa lui propose sa bière qu’il n’avait pas encore bu et celui-ci lui répond qu’il ne boit pas d’alcool mais qu’il a faim. Nous sommes très mal à l’aise face à cet inconnu. Il nous restait quelques restes mais n’osions pas le  lui donner.   Alors mon père décide de lui laisser les paquets de gâteaux qu’on avait achetés et les boissons non alcoolisées qui nous restait.  L’inconnu nous remercie et s’éloigne pour savourer le peu de chose que nous lui avons donné. Nous lui demandons s’il est du coin et nous nous renseignons auprès de lui pour savoir s’il n’y a pas trop loin un petit bar pour lui acheter à manger. Il répond que non. Mon père n’oubliera pas cette rencontre, quand  nous étions à table et qu’il voyait les restes du repas il ne cessait de faire allusion à cette scène. La promesse qu’il se fait à lui-même est que  si un jour il rencontre à nouveau cet homme il irait même  faire un peu de route lui chercher à manger. Il n’a jamais eu  l’occasion de le faire.

La déception : Nous nous rendons au mariage de la petite nièce de mon père et tout se passe bien. Le lendemain nous allons aussi au rogaton et à la fin du repas, papa nous demande de dire à la famille son état de santé. Il est contrarié de voir comment certaines personnes reçoivent la nouvelle. Nous rentrons à la maison et il nous confie sa déception. Il dit : pourquoi ils pleurent, je ne suis pas encore mort. C’est ma croix que je porte. Il attendait quoi, je ne sais pas, mais c’était très douloureux de le voir ainsi. Il voulait bien parler de sa maladie même de sa mort mais il ne voulait surtout pas être pris en pitié encore moins qu’on se mette à sa place. Chacun son histoire il disait.

L’attente : Les jours qui suivirent furent longs car nous attendions le rendez vous sur St Denis pour le pep scan et papa angoissait un peu à l’idée de faire une occlusion intestinale. Il fait très attention à ce qu’il mange de manière à aller à la selle tous les jours.  Le jour du rendez-vous du pep scan arrive enfin mais il faut attendre encore une semaine pour avoir le résultat. Après une longue attente, le temps vous paraît interminable dans ces moments là, la consultation avec le chirurgien, le titulaire cette fois ci, arrive enfin et celui ci nous annonce  qu’une partie du foie devra être enlevée également et il demande à papa s’il veut que l ‘intervention se fasse en deux temps : à savoir l’intervention sur le côlon puis plus tard sur le foie.  Papa n’est pas abattu par le diagnostic, il écoute et demande même au chirurgien de ne pas hésiter d’enlever d’autres morceaux si cela s’avérait nécessaire. Il décide de la faire en une seule fois. Comme d’habitude nous le suivons et l’accompagnons. Le jour de l’opération arrive, une journée très longue pour nous, nous sommes le 21 aout. Le soir sa belle sœur qui travaille à l’hôpital nous appelle pour nous dire que papa va sortir du bloc opératoire et qu’il sera mis en réanimation. Nous avons voulu voir le chirurgien pour qu’il nous renseigne sur l’opération et là  désappointé il nous dit qu’il n’a pas pu tout enlever au niveau du foie. Déception totale car nous ne savons pas comment annoncer cela à papa car pour lui grâce à l’opération il serait totalement guéri.  Ma mère et moi nous nous sommes rendus à la chapelle de l’hôpital et on s’est totalement remis au Seigneur. Nous sommes vraiment trop petits face à ces situations, le mur est tellement épais qu’on a envie de partir alors nous nous agenouillions et nous faisons silence car rien ne sort de notre bouche et notre esprit est complètement déconnecté, le vide, le brouillard, pas d’issue possible. Il est resté trois jours dans ce service pour ensuite être transféré en chirurgie où ma mère a pu rester avec lui la nuit. Nous décidons de ne rien lui dire de ce que nous avons appris du chirurgien et c’est lui qui nous donne encore la force d’avancer et tout se remet en route. Il récupère  assez vite et bien de son opération et sort de l’hôpital au bout de six jours. Pendant son séjour à l’hôpital nous avions décidé de ne pas autoriser les visites mais donnions à la famille et aux amis, qui priaient aussi avec nous, des nouvelles régulièrement.

L’accueil : Papa est rentré à la maison et il fallait mettre beaucoup de choses en place pour son confort  et là encore son médecin traitant était disponible et avenant. Toutes les personnes qui venaient le voir étaient, malgré ses douleurs et sa fatigue, accueillies avec beaucoup d’humour et d’amour. Pas une plainte, pas un reproche, au contraire tous disaient qu’il leur remontait  le moral. Il disait à ses copains quêteurs : dès que j’irais mieux je reviendrais vous aider. Effectivement  dés qu’il le pouvait il se rendait à l’église  pour servir. Tous les premiers vendredi du mois il recevait la communion à la maison car il ne pouvait pas encore se déplacer pour aller à la messe. Toutes les semaines nous imprimons la lecture et l’homélie des lectures pour lui. Il a pu petit à petit reprendre une vie normale.

L’espoir : Vient la visite avec le chirurgien au mois de septembre 2009 et il annonce à papa la nécessité de faire une chimiothérapie pour venir à bout des nodules qui restaient. C’est à ce moment là qu’il apprend que, lors de l’opération, le chirurgien n’a pas pu tout enlever. Il accueille la nouvelle avec beaucoup de résignation et de force.  Revient une batterie d’examen qui montre bien des nodules au foie et aux poumons. Beaucoup de choses lui sont proposées à ce moment là mais lui préfère  faire la chimiothérapie. Le protocole de la chimiothérapie est mis en place, les séances de chimiothérapies commencent en octobre 2009 pour se terminer en mars 2010. Il se rendait à l’hôpital le jeudi matin et rentrait à la maison l’après midi avec sa petite gourde autour de sa hanche et l’infirmière qui avait l’habilité à le faire (encore un clin d’œil du ciel car si elle ne pouvait pas le faire il était obligé de rester à l’hôpital) venait le lui enlever en fin de matinée le samedi.  Il pouvait se rendre à la messe en toute tranquillité. Pendant trois mois tout se passe bien, il n’eut aucun effet secondaire. Il était pour ainsi dire en forme.  

Le courage : Nous sommes au mois de janvier 2010 et mon père n’est pas en forme. Il ne nous met pas au courant de son état tout de suite. Nous voyons qu’il souffre mais lui nous répond qu’il est ballonné  et que  ça va passer. Mais samedi les douleurs se font plus fortes et il doit se rendre à l’évidence que, malgré les médicaments qu’il prend, son état ne s’améliore pas. Nous l’emmenons en début d’après midi au groupe médical et le médecin après consultation lui prescrit  une radio à faire dès le lundi matin si son état restait stable, sinon il fallait se rendre aux urgences à Saint-Pierre dans les plus brefs délais. Ce week-end fut long. Lundi, dés l’ouverture de la radiologie, nous prenons rendez vous et nous nous rendons à Terre Sainte qui nous propose le rendez vous le plus rapide. Il souffrait et ne pouvait pas mettre la ceinture de sécurité alors nous avons mis un oreiller pour atténuer sa douleur, pour que celle-ci n’est pas de contact avec son ventre. Les résultats ne sont pas bons la secrétaire nous les donne en nous ordonnant d’aller en urgence chez notre médecin traitant. La voiture était garée un peu loin de la radiologie alors nous demandons à papa de nous attendre. Arrivés dans la voiture nous prenons connaissance des résultats : occlusion du grêle. Notre cœur bat à cent  à l’heure, papa fait une rechute. Pas trop le temps de réfléchir, sur le moment il faut faire vite. Papa nous attend et il ne faut surtout pas lui dire quoi que ce soit et faire bonne figure. Alors nous prions le Seigneur de venir à notre aide et de nous éclairer.

La confiance : Nous récupérons papa et il nous demande si nous allons tout de suite voir son médecin traitant. Alors à ce moment là avec le sourire et confiance je lui propose de faire voir ses analyses aux chirurgiens vu que nous ne sommes pas très loin et il accepte,  à mon grand soulagement. Arrivés devant l’hôpital nous ne trouvons pas de place pour nous garer alors papa nous propose de rester dans la voiture et de nous attendre et qu’il déplacerait la voiture en cas de besoin. Nous acceptons mais avec beaucoup de crainte car il n’était vraiment pas bien. Arrivés devant le bâtiment nous appelons sa belle sœur qui y travaille et nous lui demandons de venir nous voir afin de montrer les analyses au chirurgien et avoir son avis. Nous ne sommes pas tranquilles, papa souffre énormément et nous sommes sur le coup un peu en colère car nous ne pouvons rien faire pour lui. Nous nous remettons dans les bras du Seigneur. Nous récupérons la voiture et annonçons à papa que nous irons voir son médecin traitant car le chirurgien est en salle d’opération mais que j’ai remis un exemplaire du résultat de la radio à tatie qui la remettra au chirurgien. Arrivés face à la mairie de Grand Bois tatie nous appelle pour nous demander de ramener papa aux urgences. La seule chose que nous avons dite à papa à ce moment là : «Tu es béni de Dieu ». Il est resté trois jours à l’hôpital. C’était une inflammation et il fallait lui donner des antibiotiques par intraveineuse.  Par la suite les séances de chimiothérapies se poursuivent et tout se passe bien.

La conversion : Nous avions des voisins que nous ne fréquentions pas spécialement.  Un soir la voisine se rend à la messe et papa lui propose de la ramener chez elle. Puis il lui propose de l’emmener à la messe les autres samedis. Elle alla donc avec nous à la neuvaine de Saint-Joseph et à la veille de la fête de Saint-Joseph, lors de la  communion, elle se mit à pleurer. Nous lui demandions la cause de ses pleurs. Le prêtre, ce soir là, avait proposé aux personnes le désirant et qui ne pouvaient  pas recevoir Jésus de venir embrasser le calice et elle a été touchée par cette parole. Elle nous dit : j’aimerais moi aussi aller mais je ne peux pas parce que je ne suis pas mariée à l’Eglise. Alors nous lui proposons d’aller embrasser le calice et de donner cette peine à Jésus. Elle y  alla et qu’elle fut notre joie de la voir comblée, joyeuse. Dans la voiture, en rentrant à la maison, elle nous a raconté son histoire, elle était mariée à la mairie mais pas à l’Eglise parce que son mari n’était pas pratiquant. Nous lui proposons donc de parler à son mari et qu’on s’occuperait de les emmener recevoir ce sacrement s’il acceptait notre aide. C’est ce qu’elle fait. Et il répond positivement à son invitation. Merci Seigneur. La semaine suivante nous les emmenons voir le curé de leur choix et celui-ci les accueille d’une telle façon que notre voisin est prêt à poursuivre le cheminement. Tout va très vite,  il a soixante dix ans et elle soixante. Arrive le jour où nous les emmenons  pour leur confession et nous expliquons à notre voisin que maintenant il serait bien qu’il se rende à la messe. Au moins une fois avant son mariage, et il accepte mais à condition de ne pas aller en ville. Papa a partir de là prit la décision d’aller à la messe à la Passerelle ou à Grand Coude. Des voisins de toujours que nous ne fréquentions pas et qui aujourd’hui font partie de la famille.

 La joie : Au mois d’avril 2010 nous nous rendons à son deuxième rendez-vous chez l’oncologue et les résultats sont plutôt bons. Le foie a bien repoussé, mais il y a apparition de deux nouveaux nodules aux poumons. Un pep scan confirme bien le diagnostic. Mais le médecin reste confiant car l’état général  de papa est plus que satisfaisant. Le médecin lui propose de continuer une nouvelle séance de chimiothérapie, il accepte, un nouveau protocole est mis en place.  Les séances reprennent donc en juin 2010 pour se terminer en décembre 2010 tout se passe bien plutôt bien, même si l’analyse sanguine montre à chaque fois une baisse des plaquettes.

L’abandon : Papa est fatigué par les séances de chimiothérapie et lors de la messe des malades du mois de décembre 2010, il demande à Jésus lors du passage du Saint Sacrement de faire quelque chose pour lui, de l’aider et Jésus lui répond : « Je ne peux plus rien pour toi». Etonnante réponse. Arrivé dans la voiture papa nous dit qu’il allait pleurer ce soir à la messe mais qu’il n’a pas pu. Il nous raconte sa rencontre avec Jésus.  Alors je lui propose d’aller témoigner mais il ne veut pas, pas pour le moment.

Le bonheur : en janvier 2011, nous avons rendez vous avec l’oncologue suite à une batterie d’examens faits au mois de décembre. Les examens ne sont pas bons, les plaquettes ne cessent de chuter, apparition de localisations hépatiques secondaires mais régression des deux nodules du poumon. Un pep scan confirmera ce résultat au mois de mars 2011. Le chirurgien décide d’arrêter la chimiothérapie et demande à mon père de sortir de la salle pour discuter avec la famille. Il nous annonce que papa n’en a plus pour très longtemps, trois voire quatre mois tout  au plus. Maman, timide d’habitude, dit à l’oncologue : « Je ne vous crois pas docteur» car papa était en forme si bien qu’elle pensait  qu’il était guéri.  Il avait repris ses activités comme auparavant. Le médecin lui répond : «Madame !  je n’ai pas fait plus de dix ans d’études pour vous annoncer une telle nouvelle si ce n’était pas le cas». Elle reste sur sa position. Nous rentrons à la maison le cœur lourd et papa qui ne cessait de nous poser des questions sur ce qui venait de se passer dans la salle avec le médecin.  Nous inventons n’importe quoi mais lui ce qu’il avait retenu de ses résultats : régression des nodules aux poumons donc tout va bien et en plus le médecin arrête la chimio donc super nouvelle. Il pense tout de suite à la messe des malades où il avait fait sa demande au Seigneur : que le docteur le laisse tranquille, qu’on arrête les séances de  chimiothérapie. Sa prière est exaucée et que ce qu’il avait demandé venait de se réaliser, merci Seigneur. Il était content. Il annonce à tout le monde qui vient lui rendre visite que tout va pour le mieux.

Le mensonge : Nous ne pouvions plus entendre papa dire qu’il allait bien suite à la conversation que nous avons eu avec l’oncologue. Nous décidons donc de le mettre au courant car nous nous sommes jurés de ne jamais nous mentir. Nous étions très mal à l’aise et nous décidons de lui dire la vérité. La tache n’est pas facile mais il faut le faire. Papa prit la nouvelle avec beaucoup de légèreté et nous dit que le médecin ne sait pas tout, et que lui s’est remis au Seigneur et c’est lui qui sait. ll continua à bien prendre soin de lui, bonne alimentation, sport etc.… nous étions très soulagés de lui  avoir avouer  l’exactitude de sa maladie et nous pouvions le regarder en face et avancer avec lui.

La force : Papa se remit  à aller nettoyer l’église tôt le samedi matin. Il s’occupe de son jardin, et aide ma mère à faire le ménage. Il reprend sa voiture. Les mois passent et  nous restons vigilants mais je sens très bien la présence de Jésus à nos cotés. Ma mère disait même que mon père était guéri et qu’il devait y avoir erreur avec  les analyses. C’est vrai que son médecin traitant ne comprenait pas toujours  les choses car il y avait discordance  entre la clinique et les résultats des examens. Papa avait un moral  formidable. Nous n’osions plus nous plaindre, faire des prévisions, nous vivions le temps présent. A partir de là, la vie nous a paru beaucoup  plus simple et nous avons pris la décision de ne plus nous prendre la tête mais de l’accompagner au jour le jour.

Pressentiment : Août 2012 les analyses montrent un taux de diabète très élevé. Papa avait beaucoup maigri. Le médecin le met donc sous insuline. Il dort beaucoup dans la journée et ne peut plus, depuis quelque mois, vaquer à ses occupations. Le mois précédent cette nouvelle il s’était rendu à Saint-Leu pour aller à la Salette avec des amis puis nous sommes venues le rejoindre à la plage, pour pouvoir le reconduire à la maison en cas de besoin car nous le sentions très fatigué. Son médecin nous avait déjà demandé de ne plus le laisser conduire mais il ne voulait rien entendre. Comme nous nous y attendions il refusa et il prit la voiture. Et ce jour là, un grand miracle s’est produit encore. Mon père a fait Saint-Leu Saint-Joseph sans se rendre compte du chemin qu’il venait de prendre. Arrivé à la maison il nous raconta son trajet et l’angoisse qu’il avait eu à un certain moment car il se demandait où il était. Ce fut la dernière fois qu’il prit le volant. Il ne souhaite plus de se faire soigner. Il nous demande de le laisser mourir en paix et il nous prescrit toutes les choses qu’il souhaite et celles qu’il ne veut plus.  Son plus grand désir : plus d’hospitalisation et pas d’acharnement thérapeutique.

La grâce : Papa n’avait plus  confiance en son médecin traitant. Plus tard, après son décès, nous avons su par ce médecin qu’il n’avait jamais vu papa aussi déterminé. Nous sommes inquiets, son état se dégrade à vue d’œil et  nous avons l’impression qu’il se laisse mourir. Il mange peu, et dort beaucoup. Nous décidons donc de faire appel à sa nièce qui est médecin pour qu’elle le prenne en charge, ce qu’il accepte, même si pour cette nièce, ce fût une décision très difficile à prendre.

Le détachement : Papa ne manquait jamais de faire un cadeau à maman quand c’était son anniversaire, mais en ce mois de juillet 2012, il ne vient pas me voir pour me demander de choisir quelque chose pour elle. Silence complet. Maman vient me voir un jour et me dit l’indifférence de papa envers elle. Je la rassure en lui disant qu’il n’est pas indifférent mais il te prépare à vivre sans lui. Rien n’avait plus aucune  importance pour lui, il savait qu’il n’en avait plus pour longtemps et nous préparait à sa mort prochaine. Un jour il dit à maman et à moi qu’il a beaucoup de chance d’être gâté par les siens. Il n’avait pas l’habitude de nous dire ce genre de chose et à ce moment là nous l’avons regardé et lui avons dit qu’on était content qu’il nous le dise.

Le combat : Novembre 2012 l’état de papa se dégrade de plus en plus. Il a une ascite, son ventre est gonflé, il mange mal, il a du mal à respirer. Sa nièce qui s’occupe de lui à ce moment là me demande de prendre rendez-vous à l’hôpital pour une ponction. Je leur faxe le bilan, on est vendredi, il me donne rendez-vous le jeudi de la semaine suivante. Nous ne sommes pas tranquilles, nous restons vigilants tout le week-end  toujours avec la grâce de Dieu. Le lundi, la secrétaire nous appelle. Une place s’est libérée pour le lendemain. Nous sommes soulagés, merci Seigneur. Trois litres d’ascite seront prélevés ce jour là.

L’amour : Je dois partir rendre visite à ma fille qui est en métropole au mois de décembre 2012. Le billet est pris depuis le mois juillet 2012. Malgré l’état de papa qui continue à se dégrader, et après beaucoup d’hésitation et de discussion avec ma mère et le médecin, je prends la décision de partir et de ne pas écourter mon séjour même si mon père décède, car nul ne pouvait savoir le temps qui lui restait pour vivre. Il n’en a plus pour beaucoup de temps certes mais nous ne pouvons en dire davantage. Nous parlions souvent de la mort avec papa ( la veillée, l’enterrement etc. …)  et souvent je lui disais que je ne voyais pas les choses comme tous les autres membres de la famille et lui me disait de ne pas m’en faire. Il savait aussi que je l’aimais et que je voulais garder de lui que le meilleur. Il me connaissait bien, et savait de quoi j’étais capable et  ce qui m’était insupportable. De plus il y  a un conflit qui nous divise ma belle sœur, ma nièce filleule et moi même. Mon père savait le mal être que nous avons à être ensemble. Ses derniers temps, il passait ses journées à dormir tellement il était fatigué. Il ne sortait plus. Le dimanche, avant mon départ, il est allé  fêter l’anniversaire de  son ami et il est resté éveillé toute la journée, au grand étonnement de tous, car de plus en plus il avait ce besoin de se reposer pendant la journée.  Le lundi, je commençais à préparer mes valises et il m’a aidé à les faire et même m’a accompagné pour aller chercher une petite que je garde, à son école, en plein midi. Pendant le trajet il me dit qu’il va mieux, qu’il va reprendre du safran le matin, etc. Il me rassure mais je comprends bien qu’il est entrain de me faire ses adieux après la conversation qu’on venait d’avoir. Le lendemain matin, le mardi très tôt, je pars. Et il est là avec son regard que je n’oublierai jamais et je sais que je ne le verrai plus.

 Le mercredi en fin de matinée j’appelle maman  et papa pour leur dire que nous avons bien voyagé et maman me passe papa car pour lui le temps avait paru bien long et qu’il avait besoin d’être rassuré, que nous étions bien arrivés chez sa petite fille. Nous le rassurons et lui disons qu’on le rappellera dès le vendredi. Ce soir je n’ai pas très bien dormi. J’ai eu la présence de petits enfants en blanc  qui dansaient devant mon lit. J’ai eu peur au départ puis après avoir fais une prière en disant  que cette maison appartient au Christ, la peur s’en est allée. J’ai été envahie par un sentiment de paix, j’ai pris mon chapelet et j’ai commencé à prier. A ce moment j’ai pensé à papa et je me suis endormie.

Jeudi il est midi chez nous en métropole, avant de quitter la maison je dis à mon époux qu’il faut que j’appelle maman car j’ai le pressentiment qu’il se passe quelque chose là bas. J’ai maman au téléphone, papa  n’est pas bien. Après avoir été déjeuné chez des amis le midi, il est entré à la maison, il commençait à vomir du sang,  elle a fait appel au médecin (sa nièce) qui n’allait pas tarder à arriver. Dans la soirée j’appelle mon frère et lui demande de me passer papa. Comme d’habitude il me rassure et me dis de ne pas m’inquiéter.

La grâce : Pendant toute sa maladie papa avait comme prière à Dieu de ne pas rester sur un lit, ne pas souffrir, pas d’acharnement thérapeutique, pas d’hospitalisation. Il a été béni, car toutes ses prières ont été exaucées. Il a accueilli sa maladie, il a demandé au Seigneur de l’aider à porter sa croix et tout s’est bien passé tant pour lui et pour toute la famille. Il a eu confiance jusqu’au bout.

Le passage : Après ce repas chez ses amis, maman le rejoint et le voit assis sur le bord du canapé, en souffrance. Elle lui propose quelque chose pour ses problèmes digestifs mais rien n’y fait.  Vers 16H30, papa se trouve dans la salle de bain, en proie à des vomissements de sang, il ne veut que personne ne le voit dans cet état. Il refuse même l’aide de maman, il se sent encore capable de faire les choses.  Malgré tout, elle le rejoint et l’enjoint de la laisser faire. Bon gré, mal gré, il accepte son aide.  Après avoir pris une douche, il accepte de se mettre au lit, il va de plus en plus mal. Maman appelle le médecin, sa nièce, qui arrive quelque temps après avec des médicaments. Il confirme à nouveau son désir de rester à la maison. A l’arrivée du médecin, son état s’est de nouveau dégradé, il est toujours conscient, sa tension est basse. Son ami se trouve près de lui, il continue à lui parler, demande à boire de l’eau puis son ami s’en va. Reste près de lui, maman, mon frère, ma belle sœur et ma tante. A tour de rôle, ils font des tournées auprès de lui. Il se dit fatigué, a besoin de dormir. Il se lève une dernière fois  pour aller aux toilettes, puis revient sur son lit. Il va de plus en plus mal. Vers 4H00 du matin, maman le rejoint, comme poussée par quelque chose, elle s’assoie au bord du lit, et là dans un dernier sursaut, il la prend dans ses bras, la regarde, lui donne toute sa force, tout le courage nécessaire pour qu’elle puisse à son tour avancer dans la vie avec tout ce qui l’attend, les bons comme les mauvais moments. Une chose est sûre, c’est que maman vit aujourd’hui dans la paix, dans la sérénité.

 Après lui : Nous ne pouvons pas être tristes. Nous avons vécu ces trois années et demi dans l’amour avec un grand A. Nous  avons donné à papa  tout ce que nous pouvions lui offrir : notre attention, notre présence. Il nous manquera encore beaucoup mais grâce à cette maladie nous avons appris à reconnaître la présence du Christ en toute chose. Nous nous sommes rendus compte que rien n’est impossible  avec Lui, qu’il suffit de mettre toute notre confiance en Lui seul.  Nous nous sommes vraiment laisser guider par Lui et même dans les moments les plus douloureux nous nous abandonnions encore davantage entre ses mains. Il était là nous consolant, nous donnant une force incroyable et  rien ne nous semblait impossible car  à chaque fois nous étions poussés  là où il fallait être comme si tout était prévu. Nous avons fait l’expérience de la présence du Christ et nous savons aujourd’hui que quelque soit l’épreuve qui nous attend Il est là présent et Il nous aime énormément plus que nous ne pouvons nous aimer nous mêmes.

 

                                                                                                                                                             Raymonde.

 

 

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