La naissance du Christ Sauveur (Lc 2,1-20)

 

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            « Or, il advint, en ces jours-là, que parut un édit de César Auguste, ordonnant le recensement de tout le monde habité » (Lc 2,1). Avec ce recensement, St Luc a voulu relier la naissance du Christ à « un événement de portée mondiale… pour démontrer l’importance mondiale de la naissance de Jésus »[1]. En effet, « tout le monde habité » (Lc 2,1) est concerné, à une époque où l’expression renvoyait en fait au vaste territoire occupé par l’empire romain. « Rome » était ainsi considéré comme « la capitale du monde »…

De plus avec ce recensement décidé par un empereur païen non chrétien, Luc veut montrer à quel point Dieu accomplit son projet avec tous les évènements de l’histoire profane. C’est en effet en obéissant à l’autorité de l’époque que Joseph et Marie arriveront à Bethléem, ville où selon le prophète Michée, devait naître celui qui était appelé à régner sur Israël. Ainsi, « l’action divine se sert du décret de César. Dans les Actes, Dieu se servira encore des mêmes lois romaines pour conduire Paul à Rome annoncer l’Evangile »[2].

Par un recensement, « le monarque voulait connaître le nombre de ses sujets pour les plier à ses exigences militaires et fiscales… L’ἀπογραφὴ (apographé) est l’enregistrement de chaque habitant (âge, profession, état civil, enfants) qui permet de déterminer les obligations militaires et l’impôt personnel[3].

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            Les sources profanes rapportent qu’Auguste a voulu plus d’une fois faire recenser certaines provinces ou évaluer ses biens propres. Il semble que ces recensements aient eu lieu à périodes fixes (tous les quatorze ans), du moins en Egypte. Mais il n’y a jamais eu de recensement unique pour tout l’Empire. Luc se trompe sur les faits précis, mais rend bien la tendance historique de l’époque, de l’empereur en particulier et de l’effet sur le peuple ».

            L’empereur romain Jules César était décédé en 48 av JC. Son nom était ensuite devenu un titre. Auguste sera empereur en 27 av JC et il règnera jusqu’au 19 août 14 ap JC, date de sa mort.

            De son côté, Publius Sulpicius Quirinius est bien connu de l’histoire ; il était consul dès 12 av JC, et chargé de la politique romaine dans le Proche Orient. D’après Josèphe, il est légat de Syrie à partir de 6 ap JC. Le premier recensement romain connu en Palestine eut d’ailleurs lieu cette année-là, à l ‘occasion de l’incorporation de la Judée dans la province romaine de Syrie, après la démission d’Archélaüs et son remplacement par un procurateur romain[4]. Ce recensement déclencha l’insurrection de Judas le Galiléen contre ce signe de dépendance des provinces à  l’égard de Rome (cf. Ac 5,37).

          recencement 

        Luc signale donc un recensement qui, en 7-6 av JC, aurait amené Joseph et Marie à Bethléem ; il l’attribue à Quirinius, peut-être parce que l’opération de 6-7 ap. JC était la seule connue, peut-être aussi parce que Quirinius, consul dès 12 av JC, avait reçu de fréquentes missions en Orient et a donc pu être chargé d’un recensement[5].

D’après Tertullien, mort en 220 ap JC à Carthage, ce serait Sentius Saturninus, légat de Syrie de 9 à 6 av JC qui aurait procédé au recensement de la Judée. Quirinius, alors en exercice, a pu lui être lié d’une façon ou d’une autre…         

            Quoiqu’il en soit, lisons cet extrait du prophète Michée. Il était lu à l’époque de Jésus dans le contexte de l’attente du Messie promis.

Mi 5,1 (Littéralement, d’après le texte hébreu) : Et toi, Bethléem Ephrata[6],

                                      (trop) petite pour être parmi les clans de Juda 

                                      de toi pour moi sortira pour être le dirigeant en Israël

                                      et ses origines d’avant des jours d’autrefois.

                        TOB : De toi sortira pour moi celui qui doit gouverner Israël.

                                    Ses origines remontent à l’antiquité, aux jours d’autrefois.

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            Bethléem était la cité de David (voir aussi Jn 7,42), et St Luc insiste sur la parenté de Joseph avec David : « il était de la maison et de la lignée de David » (2,4)…

1S 16,1 : Yahvé dit à Samuel : « Jusques à quand resteras-tu à pleurer Saül,

alors que moi je l’ai rejeté et qu’il n’est plus roi sur Israël ?

Emplis d’huile ta corne et va !

Je t’envoie chez Jessé le Bethléemite, car j’ai vu parmi ses fils le roi que je veux.

1S 17,12-15 : David était le fils d’un Éphratéen, celui de Bethléem de Juda,

qui s’appelait Jessé et qui avait huit fils.

Cet homme, au temps de Saül, était vieux et considéré parmi les hommes.

(13)     Les trois fils aînés de Jessé s’en étaient allés. Ils avaient suivi Saül à la guerre.

Les trois fils qui étaient à la guerre s’appelaient, l’aîné Éliab, le second Abinadab

et le troisième Shamma.

(14)     David était le plus jeune et les trois aînés avaient suivi Saül.

(15)     Mais David allait chez Saül

et en revenait pour faire paître le troupeau de son père à Bethléem.

1S 20,5-6 : David dit à Jonathan :

«C’est demain la nouvelle lune et je devrais m’asseoir avec le roi pour manger,

mais tu me laisseras partir et je me cacherai dans la campagne jusqu’au soir.

(6)       Si ton père remarque mon absence, tu diras :

“David m’a demandé avec instance d’aller à Bethléem, sa ville,

car c’est là qu’a lieu le sacrifice annuel pour tout le clan.”

            Comme l’indique la Bible de Jérusalem en note, « Michée pense aux origines anciennes de la lignée de David (1S 17,12s ; Rt 4,11.17.18-22) » ; tel est ce que l’on pourrait appeler « le sens littéral ». Mais en son « sens spirituel », le Christ accomplit pleinement ces lignes au sens où « fils de David lui-même », ses origines remontent… au-delà de tout commencement (Jn 1,1-5).

Jésus est donc bien ce Messie, mais avec la mention du recensement romain, il n’accomplit pas seulement pour St Luc l’attente des Juifs : il est né pour le monde entier… La perspective universelle est présente dès le début de l’Evangile…

Et de fait Jésus sera appelé par la suite « Sauveur » et « Seigneur », deux titres fréquemment employés par les souverains, et notamment les empereurs romains qui n’hésitaient pas à se faire rendre un culte comme à un Dieu… « La théologie politique d’Auguste, renforcée, surtout en Orient, par la vénération religieuse pour le monarque, est ici démasquée et ravalée par l’affirmation christologique »[7]. Désormais, tous les hommes, « objets de la bienveillance de Dieu » (Lc 2,14) auront un seul Seigneur, un seul Sauveur : le Christ.

jesus-sauve

Marie, enceinte, suit… Le thème du recensement, avec obligation d’inscription des personnes peut avoir donné à Luc la raison de sa présence…

En 2,6, St Luc emploie la notion « d’accomplissement » pour décrire Marie désormais prête à enfanter. Avec ce verbe, St Luc suggère que le projet de Dieu « s’accomplit » dans l’histoire, étape après étape…

            Lc 24,44-48 : (Le Christ ressuscité dit à ses disciples) :

            «Telles sont bien les paroles que je vous ai dites quand j’étais encore avec vous :

il faut que s’accomplisse tout ce qui est écrit de moi,

dans la Loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.»

(45)     Alors il leur ouvrit l’esprit à l’intelligence des Écritures,

(46)     et il leur dit : «Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait

et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour,

(47)     et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés

serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem.

(48)     De cela vous êtes témoins ».

 

Naissance de Jésus - Lourdes - Basilique du Rosaire 2Naissance de Jésus - Lourdes - Basilique du Rosaire

Basilique du Rosaire, Lourdes

La naissance est ensuite décrite avec une grande sobriété, mais attention, tous les mots ici sont importants :

(2,7)    « Et elle enfanta son fils premier né,

et elle l’enveloppa de langes et elle le coucha dans une mangeoire

        car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle. »

          

  En appelant Jésus « premier né », St Luc prépare l’épisode de la présentation de Jésus au Temple :

            Lc 2,22-24 : Et lorsque furent accomplis les jours pour leur purification,

selon la loi de Moïse, ils l’emmenèrent à Jérusalem pour le présenter au Seigneur,

(23)     selon qu’il est écrit dans la Loi du Seigneur :

Tout garçon premier-né sera consacré au Seigneur,

            (Litt. : Tout mâle ouvrant le sein maternel sera appelé saint pour (ou par) le Seigneur)

(24)     et pour offrir en sacrifice, suivant ce qui est dit dans la Loi du Seigneur,

un couple de tourterelles ou deux jeunes colombes.

présentation de jésus au temple

            Telle était en effet la prescription de la Loi citée ici par St Luc :

            Ex 13,2 (LXX) :  Consacre-moi tout premier-né,

                   le premier né (ou « le plus ancien ») ouvrant tout sein maternel parmi les fils d’Israël depuis l’homme jusqu’au bétail ; ils sont à moi.

            Jésus, « premier né de Marie », « mâle ouvrant le sein maternel », sera donc « consacré » au Seigneur, « appelé saint pour (ou par) le Seigneur… De fait, l’Ange avait déclaré à Marie :

Lc 1,35 : L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très Haut te couvrira de son ombre ;

            c’est pourquoi « le étant enfanté (engendré) saint sera appelé fils de Dieu ».

                                   « le saint engendré sera appelé fils de Dieu »[8].

            St Luc, en 2,23, fait très certainement une double allusion : à cette déclaration de l’Ange d’une part, et à la Loi d’autre part… Mais les hommes considéreront comme consacré au Seigneur un être qui l’est de puis toujours et pour toujours : Jésus, le Fils Unique, Celui qui est tout à la fois vrai homme et vrai Dieu, Celui en qui Dieu est Tout…

Crèche Notre Dame de Paris

Crèche, Notre Dame de Paris

Jésus reprendra pour lui-même cette notion de consécration : il est Celui qui se donne totalement à Dieu pour qu’un jour nous soyons tous comme lui, des femmes et des hommes qui auront mis Dieu au cœur de leur vie, et dont le seul souci sera de l’aimer de tout leur cœur, de toute leur âme et de toutes leurs forces en se donnant à Lui ; et cela encore, c’est Dieu qui le fera, par cette grâce baptismale qui nous a unis à son Fils, « configurés à lui »…

Jn 17,17 -19 : Sanctifie-les (consacre-les) dans la vérité, ta parole est vérité.

(18)     Comme tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.

(19)     Pour eux je me sanctifie (consacre) moi-même,   afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.

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Crèche, Notre Dame de Paris

1Th 5,23-24 : Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus Christ.

(24)     Il est fidèle, celui qui vous appelle : c’est encore lui qui fera cela.

            Ga 2,20 : Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi.

Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu

qui m’a aimé et s’est livré pour moi.

            Les expressions suivantes de St Luc en 2,7 annoncent justement la Passion que le Christ vivra par amour à la fin de sa vie terrestre pour que nous puissions tous être des « consacrés à Dieu », des « vivants pour Dieu » (Rm 6,11), arrachés aux ténèbres et transférés dans son Royaume de Lumière (Col 1,13-14), enfin libres (Jn 8,31-32)…

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Crèche, Notre Dame de Paris

            Marie en effet « enveloppa Jésus de langes », comme plus tard il sera enveloppé dans un linceul lorsqu’il sera mis au tombeau…

             Lc 23,50-54 : Et voici un homme nommé Joseph,

                        membre du Conseil, homme droit et juste.

(51)     Celui-là n’avait pas donné son assentiment au dessein ni à l’acte des autres.

Il était d’Arimathie, ville juive, et il attendait le Royaume de Dieu.

(52)     Il alla trouver Pilate et réclama le corps de Jésus.

(53)     Il le descendit,

le roula dans un linceul 

et le mit dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n’avait été placé.

(54)     C’était le jour de la Préparation, et le sabbat commençait à poindre.

 enfant jésus mangeoire          Puis, Marie le coucha dans une mangeoire… Le verbe grec traduit ici par « coucher » n’intervient que trois fois dans l’Evangile de Luc, ici et en Lc 12,37 et 13,29. Le contexte est toujours celui d’un repas, pris « à la romaine », étendu sur un divan ou à terre sur des tapis et des coussins :

            Lc 12,35-38 : «Que vos reins soient ceints et vos lampes allumées.

(36)     Soyez semblables, vous, à des gens qui attendent leur maître à son retour de noces, pour lui ouvrir dès qu’il viendra et frappera.

(37)     Heureux ces serviteurs que le maître en arrivant trouvera en train de veiller !

En vérité, je vous le dis, il se ceindra, les fera mettre à table et, passant de l’un à l’autre, il les servira.

(38)     Qu’il vienne à la deuxième ou à la troisième veille,

s’il trouve les choses ainsi, heureux seront-ils!

            Lc 13,29 : Et l’on viendra du levant et du couchant, du nord et du midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu.

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            Jésus est donc « étendu » dans « la mangeoire » (Lc 2,7.12.16 ; 13,15 : « chacun de vous, le sabbat, ne délie-t-il pas de la crèche son bœuf ou son âne pour le mener boire ? ») comme on est étendu à l’occasion d’un repas… Mais il s’agit moins ici pour lui de manger que de se donner en nourriture… Jésus est ainsi déjà présenté comme le Pain de Vie offert à tous les hommes (Jn 6,35.48), un Pain qui sera sa Chair « donnée pour la vie du monde » (Jn 6,51) lors de son sacrifice librement consenti, par amour, sur la Croix…

            Enfin, St Luc précise qu’il n’y avait pas de place pour eux dans « la salle », un terme qui n’intervient que deux fois dans tout l’Evangile, ici et en Lc 22,11 où ce même mot[9] désigne « la salle, la pièce » où Jésus vivra son dernier repas avec ses disciples, repas où il instituera l’Eucharistie juste avant sa Passion :

jésus pain de vie

            Lc 22,7-20 : Vint le jour des Azymes, où devait être immolée la pâque,

(8)       et il envoya Pierre et Jean en disant :

« Allez nous préparer la pâque, que nous la mangions. »

(9)       Ils lui dirent : «Où veux-tu que nous préparions ? »

(10)     Il leur dit : « Voici qu’en entrant dans la ville, vous rencontrerez un homme

                        portant une cruche d’eau.

Suivez-le dans la maison où il pénétrera,

(11)     et vous direz au propriétaire de la maison :

“ Le Maître te fait dire : Où est la salle

où je pourrai manger la pâque avec mes disciples ? ”

(12)     Et celui-ci vous montrera, à l’étage, une grande pièce garnie de coussins ;

faites-y les préparatifs. »

(13)     S’en étant donc allés, ils trouvèrent comme il leur avait dit,

et ils préparèrent la pâque.

(14)     Lorsque l’heure fut venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui.

(15)     Et il leur dit : « J’ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir ;

(16)     car je vous le dis, jamais plus je ne la mangerai

jusqu’à ce qu’elle s’accomplisse dans le Royaume de Dieu. »

(17)     Puis, ayant reçu une coupe, il rendit grâces

            et dit : «Prenez ceci et partagez entre vous ;

(18)     car, je vous le dis, je ne boirai plus désormais du produit de la vigne

jusqu’à ce que le Royaume de Dieu soit venu. »

(19)     Puis, prenant du pain, il rendit grâces,

le rompit et le leur donna, en disant :

« Ceci est mon corps, donné pour vous ;

faites cela en mémoire de moi. »

(20)     Il fit de même pour la coupe après le repas, disant :

« Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang, versé pour vous ».

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             Notons enfin que Bethléem, en hébreu, signifie « la maison du pain ».

 Ainsi, Jésus, né à Bethléem, enveloppé de langes, couché comme pour un repas dans une mangeoire[10], préfigure-t-il pour St Luc ce Jésus « Pain de Vie », comme l’appellera St Jean, qui s’offrira lui-même en nourriture pour le salut du monde, se laissera coucher sur une croix, mourra, sera enveloppé dans un linceul puis mis au tombeau… Ainsi, cette « salle » où il vient de naître annonce-t-elle déjà cette « salle » où, quelques heures avant de mourir, il instituera l’Eucharistie, nous donnant à manger « son corps et son sang » pour que nous puissions tous vivre de sa vie. A peine né, Jésus apparaît donc déjà comme celui que le Père donne au monde en nourriture (Jn 6,32-33) pour le sauver de la mort et l’introduire, dès maintenant, par la foi, dans sa vie éternelle et bienheureuse…

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Crèche, Notre Dame de Paris

 Les bergers 

            Cette figure des bergers est ambivalente. Aux yeux des Pharisiens, ils appartenaient au groupe des pécheurs. Certains, lorsqu’ils étaient seuls dans les pâturages avec le troupeau qui leur avait été confié, devaient en effet en profiter d’une manière ou d’une autre pour leur propre avantage… Ils avaient donc « une mauvaise réputation en Palestine où on les tenait souvent pour malhonnêtes et voleurs. Le Talmud de Babylone les range dans une catégorie significative : « Il est difficile pour des bergers, des collecteurs d’impôts et des publicains de faire pénitence » », car si quelqu’un voulait se repentir, il se devait de dédommager tous ceux qu’il avait lésés, une mission humainement impossible pour les professions citées précédemment : trop de personnes à retrouver, à indemniser…

            Mais si l’on tient compte de ce contexte général, la manifestation de l’Ange du Seigneur à leur égard n’en est que plus belle. Jésus, en effet, n’est pas venu pour ceux qui se croient justes ou qui sont considérés comme tels dans la société, mais pour les pécheurs comme il le dira souvent lui-même dans l’évangile :

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            Lc 5,8-11 (Jésus se choisit des pécheurs) :

Une fois les filets remplis de poissons, en obéissance à la Parole du Christ,

« Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant :

« Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!»

(9)       La frayeur en effet l’avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui,

à cause du coup de filet qu’ils venaient de faire ;

(10)     pareillement Jacques et Jean, fils de Zébédée, les compagnons de Simon.

Mais Jésus dit à Simon :

« Sois sans crainte ; désormais ce sont des hommes que tu prendras. »

(11)     Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le suivirent.

 Amour, pardon, réconciliation

Lc 5,30-32 : Les Pharisiens et leurs scribes murmuraient et disaient à ses disciples :

« Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? »

(31)     Et, prenant la parole, Jésus leur dit :

« Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades ;

(32)     je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. »

            Lc 7, 33-35 : Jésus disait :

« Jean le Baptiste est venu, ne mangeant pas de pain ni ne buvant de vin,

et vous dites : “ Il est possédé ! ”

(34)     Le Fils de l’homme est venu, mangeant et buvant, et vous dites :

“ Voilà un glouton et un ivrogne, un ami des publicains et des pécheurs ! ”

(35)     Et la Sagesse a été justifiée par tous ses enfants. »

 Dieu-Amour

            Lc 15,1-7: « Tous les publicains et les pécheurs s’approchaient de Jésus pour l’entendre.

(2)       Et les Pharisiens et les scribes de murmurer :

« Cet homme, disaient-ils, fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! »

(3)       Il leur dit alors cette parabole :

(4)       «Lequel d’entre vous, s’il a cent brebis et vient à en perdre une,

n’abandonne les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert

pour s’en aller après celle qui est perdue, jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée?

(5)       Et, quand il l’a retrouvée, il la met, tout joyeux, sur ses épaules

(6)       et, de retour chez lui, il assemble amis et voisins et leur dit :

“Réjouissez-vous avec moi, car je l’ai retrouvée, ma brebis qui était perdue!”

(7)       C’est ainsi, je vous le dis,

qu’il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent

que pour quatre-vingt-dix-neuf justes, qui n’ont pas besoin de repentir ».

 BonPasteur

            Dans un tel contexte, la manifestation de la gloire de Dieu aux bergers apparaît comme un acte révélateur de la Miséricorde de ce Dieu qui a envoyé son Fils dans le monde non pas pour juger le monde mais pour que le monde soit sauvé par lui :

            Jn 3,14-17 : Comme Moïse éleva le serpent dans le désert,

ainsi faut-il que soit élevé le Fils de l’homme,

15 –      afin que quiconque croit ait en lui la vie éternelle.

16 –      Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré,

afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

17 –      Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde,

mais pour que le monde soit sauvé par lui.

18 –      Qui croit en lui n’est pas jugé ;

qui ne croit pas est déjà jugé,

parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique de Dieu ».

Les bergers sont les premiers bénéficiaires de la Révélation de cette Miséricorde de Dieu qui est venu se manifester à nous en Jésus Christ. Oui, Jésus est bien cet Astre d’En Haut qui a visité les hommes « dans les entrailles de miséricorde de notre Dieu » pour leur donner de « connaître le salut par la rémission de leurs péchés » (Lc 1,76-79)… D’ailleurs, le premier mot qui apparaîtra dans la bouche de l’Ange pour qualifier Jésus sera celui de « Sauveur »… Alors quelle joie pour ceux et celles qui reconnaîtront leur besoin d’être sauvés : ils sont fait pour « le Sauveur du monde » (Jn 4,42)… Avec Lui et par Lui, Dieu le Père vient sauver tous les hommes (cf. Lc 1,47) en leur offrant le pardon de toutes leurs fautes.

 st jean

Ac 5,30-31 (Pierre à ceux qui avaient contribué à la mort de Jésus en le livrant aux Romains) :

           « Le Dieu de nos pères a ressuscité ce Jésus

que vous, vous aviez fait mourir en le suspendant au gibet.

31 –      C’est lui que Dieu a exalté par sa droite,

le faisant Chef et Sauveur,

afin d’accorder par lui à Israël la repentance et la rémission des péchés ».

Avec ce dernier texte, « se repentir » apparaît même comme un Don de Dieu et de sa Grâce. En effet, lui « qui veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3-6) ne cesse, avec son Fils et par Lui, de frapper à la porte de tous les cœurs :

Ap 3,20 : « Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi ».

 misericordia

Et le premier cadeau que Dieu offre, un cadeau renouvelé jour après jour, instant après instant, avec une infinie patience, est le pardon de toutes nos fautes, et la possibilité de retrouver le chemin d’une communion vraie et profonde avec Lui… Aussi, disait St Paul, « nous vous en supplions, laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2Co 5,20), acceptez de recevoir son Pardon, et de repartir avec Lui sur des routes nouvelles : celles de sa Vie, de sa Plénitude et de sa Paix… « Heureux l’homme dont la faute est enlevée, et le péché remis, heureux l’homme dont le Seigneur ne retient pas l’offense, et dont l’esprit est sans fraude » (Ps 32(31),1-2). Alors, il bénira le Seigneur pour la Paix du Cœur, et la Plénitude de Vie qui lui est à nouveau offerte…

1 –                   Bénis le Seigneur, ô mon âme,                                       

bénis son nom très saint, tout mon être !

2 –                   Bénis le Seigneur, ô mon âme,

n’oublie aucun de ses bienfaits !

3 –                   Car il pardonne toutes tes offenses    

et te guérit de toute maladie ;                        

4 –                   il réclame ta vie à la tombe

et te couronne d’amour et de tendresse »…

Ainsi, grâce à Dieu, de pardon en pardon, nous pourrons arriver là où il nous attend tous : en sa Maison, auprès de Lui, dans sa Lumière et son Amour… Prions les uns pour les autres pour qu’il en soit effectivement ainsi…

            Avec le Christ et par le Christ, Dieu est donc le « Pasteur d’Israël »(Ps 80,2). Cette notion de « pasteur » étant ambivalente, comme nous l’avons vu, il est cependant intéressant de noter que ce titre intervient explicitement quatre fois pour Dieu dans tout l’Ancien Testament (Gn 48,15 ; 49,24 ; Ps 23,1 ; 80,2). « Quatre » étant un symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest), nous avons peut-être ici un clin d’œil de l’Esprit Saint pour suggérer que le Dieu qui commence à se révéler dans l’Ancien Testament est bien le Créateur de tous les hommes (Gn 1-2) qui désire que tous soient comblés de sa bénédiction (Gn 12,3), de sa Lumière et de sa Vie…

pasteur et ses brebisCette image du Pasteur est très vivante dans l’expérience et la piété d’Israël. Elle est souvent reprise pour décrire le soin attentif de Dieu, « gardien d’Israël » (Ps 121,4), vis à vis de son peuple, « troupeau de son bercail » (Ps 79,13; 95,7; 100,3): il marche devant lui (Ps 68,8), le conduit (Ps 28,9) par la main de Moïse et d’Aaron (Ps 77,21), l’amène vers son saint territoire (Ps 78,52s), se met en colère contre lui quand il est infidèle et rebelle (Ps 74,1).

            Le mouvement prophétique reprendra ce thème en des textes où transparaît toute la tendresse de Dieu :

            Is 40,10-11 : Voici le Seigneur, il vient avec puissance…

(11)                 Comme un pasteur, il paîtra son troupeau ; par son bras, il rassemblera les agneaux et réconfortera les brebis qui doivent mettre bas.

            Le prophète Jérémie avait déjà employé cette image (23,3 ; cf 31,10) et dénoncé les pasteurs qui avaient reçu comme vocation de paître le peuple d’Israël. Hélas, ils ne se sont pas occupés du troupeau qui leur avait été confié ; pire, ils ont chassé les brebis et les ont dispersées (Jr 23,2) ; Ezéchiel reprendra et développera cette critique sévère et annoncera que le Seigneur va leur reprendre son troupeau : il va arracher ses brebis de leur bouche afin qu’elles ne soient plus pour eux une proie (34,7-10). Désormais, déclare le Seigneur (34,11-16) :

brebis retrouvéEz 34,11-16 : Voici que je rechercherai moi-même mes brebis et je leur porterai secours.

(12)     Comme un pasteur cherche son troupeau dans le désert,

alors que les ténèbres et la nuée étaient au milieu des brebis dispersées,

ainsi, je rechercherai mes brebis et je les pousserai hors de tous les lieux

où elles furent dispersées au jour de nuée et de ténèbres.

(13)     Je les ferai sortir des peuples où ils sont, je les rassemblerai des pays étrangers

et je les conduirai dans leur terre ; je les ferai paître sur les montagnes d’Israël,

dans les ravins et dans tous les lieux habités du pays;

(14)     dans un bon pâturage, je les ferai paître et leurs étables seront sur la plus haute des montagnes d’Israël ; là, ils se reposeront, là ils se coucheront dans un bien-être total

et, sur les montagnes d’Israël, ils se repaîtront dans un gras pâturage.

(15)     C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer,

et elles connaîtront que je suis le Seigneur, oracle du Seigneur Dieu.

(16)     Je chercherai celle qui est perdue, je ramènerai celle qui est égarée,

je banderai celle qui est blessée, je fortifierai celle qui défaille,

je veillerai sur celle qui est forte (ou bien portante),

je les ferai paître avec justice.

            Ainsi, « les textes rabbiniques, critiques à l’égard des bergers, n’ont pas assez de poids pour compenser le rôle positif que les écrits bibliques leur accordent. D’une part, Israël se comprend comme un peuple de bergers, en opposition à ses voisins citadins ou paysans sédentaires. Comme les grands peuples voisins, il s’est d’autre part servi du titre de berger aussi bien pour désigner son Dieu que son roi ou son Messie ». Et François Bovon cite en note Philon d’Alexandrie, juif contemporain du Christ, qui écrit : « En vérité, la tâche du berger est si haute que l’on attribue justement non seulement aux rois, aux sages, aux âmes d’une pureté parfaite, mais encore au Dieu souverain ». « Et Philon » ajoute-t-il « trouve dans le Ps 22(23),1 la preuve scripturaire de son affirmation »[11].

Marie - Musée de Sens

            Notons néanmoins avec le prophète Ezéchiel que Dieu parle de « ces ténèbres » où se retrouvent les brebis dispersées… Et dans St Luc, les bergers étaient en train de garder les brebis « dans les veilles de la nuit », dans les ténèbres… Et c’est au cœur de ces ténèbres qu’ils vont voir jaillir la beauté et la lumière de la gloire de Dieu, une situation qui peut rappeler ces paroles d’Isaïe, chantées par l’église à Noël :

            Is 9,1-6 : Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière,

sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi.

(2)       Tu as multiplié la nation, tu as fait croître sa joie ; ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit à la moisson, comme on exulte au partage du butin.

(3)       Car le joug qui pesait sur elle, la barre posée sur ses épaules, le bâton de son oppresseur,  tu les as brisés comme au jour de Madiân. 

(4)       Car toute chaussure qui résonne sur le sol, tout manteau roulé dans le sang,

seront mis à brûler, dévorés par le feu.

(5)       Car un enfant nous est né, un fils nous a été donné, il a reçu le pouvoir sur ses épaules et on lui a donné ce nom : Conseiller-merveilleux, Dieu-fort, Père-éternel, Prince-de-paix,

(6)       pour que s’étende le pouvoir dans une paix sans fin sur le trône de David et sur son royaume, pour l’établir et pour l’affermir dans le droit et la justice.

Dès maintenant et à jamais, l’amour jaloux de Yahvé Sabaot fera cela.

  Annonciation2            Telle est bien « la Bonne Nouvelle » annoncée par les Anges :

            « N’ayez pas peur, car voici que je vous annonce la Bonne Nouvelle d’une grande joie  qui sera pour tout le peuple…

             Ce verbe « annoncer une Bonne Nouvelle » intervient dix fois en St Luc : 1,19 (l’Ange à Zacharie) ; 2,10 ; 3,18 (Jean-Baptiste) ; 4,18 (Jésus citant Isaïe) ; 4,43 (Jésus envoyé pour annoncer la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux) ; 7,22 (Jésus aux disciples de Jean-Baptiste : la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres) ; 8,1 (Jésus annonce la Bonne Nouvelle du Royaume des Cieux) ; 9,6 (Les Douze envoyés annoncer la Bonne Nouvelle)  ; 16,16 ; 20,1 (Jésus annonce la Bonne Nouvelle dans le Temple).

            La Bonne Nouvelle est directement ici celle d’une grande joie qui sera offerte, destinée à tous, et elle commence dès « aujourd’hui » :

             Lc 2,11 : « Aujourd’hui a été enfanté pour vous dans la cité de David

un Sauveur qui est le Christ Seigneur »…

(c) Edith GUEYNE

           « Khristos » intervient ici pour la première fois dans l’Evangile de Luc. On le retrouvera en 2,26 ; 3,15 ; 4,41 ; 9,20 ; 20,41 ; 22,67 ; 23,2 ; 23,35 ; 23,39 ; 24,26 ; 24,46 (12 fois en tout). Jésus est ainsi clairement désigné par Dieu lui-même, à travers ses anges, comme étant le Messie promis, celui sur qui reposera la Plénitude de l’Onction de Dieu (« Khriô, oindre) qui lui donnera, comme nul autre ne l’a fait et ne le fera, d’annoncer en paroles et en actes la Bonne Nouvelle du salut aux pauvres (Lc 4,18-19).

« Iésous » est d’ailleurs l’équivalent grec de l’hébreu Yeshua, forme plus courte de Yehôsua, ou Josué (Jos 1,1), nom pris par le successeur de Moïse, et qui veut dire originellement “Le Seigneur (Yahvé) aide” ou “Seigneur, au secours” ; mais une étymologie populaire a relié, par assonance, la forme courte au verbe “sauver”, et au nom “salut”, d’où le sens de “Le Seigneur sauve”. Si Luc n’y fait pas allusion, Matthieu ne manque pas de le souligner :

            Lc 1,31 : « Et voici que tu concevras en (ton) sein et tu enfanteras un fils

                                   et tu l’appelleras du nom de Jésus ».

            Mt 1,21: « Elle enfantera un fils, et tu l’appelleras du nom de Jésus

                                   Car (c’est) lui (qui) sauvera son peuple de ses péchés. »

   

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          “Loin d’être une désignation conventionnelle, le nom exprime pour les anciens le rôle d’un être dans l’univers.” Pour les hommes, “le nom donné à la naissance exprime ordinairement l’activité ou la destinée de celui qui le porte”[12].

 

            La mission de Jésus consiste donc à “sauver”… et, pour reprendre l’expression de Matthieu, à “sauver” son peuple de ses péchés, une conviction qui habite constamment St Luc comme en témoigne le vocabulaire même qu’il emploie :

Mt

Mc

Lc

Jn

Ac

“Sauver”

15

15

17

6

13

“Sauver (à travers)”

1

1

5

“Sauveur”

2

1

2

“Salut”

4

1

6

“Salut” (synonyme)

2

1

Total pour le vocabulaire du salut

16

15

26

8

27

Regardons rapidement la notion de salut en St Luc.

  – Sens profane

            Il s’agit alors d’évoquer un salut opéré par des hommes ou, dans une forme impersonnelle, de décrire l’action d’échapper à un danger, quel qu’il soit (maladie, naufrage, combat…). Ainsi en Lc 9,24a: « Qui veut sauver sa vie la perdra ».

             “Vouloir sauver sa vie” ici, c’est vouloir la préserver, c’est refuser de la risquer, plus encore de la donner : c’est vouloir la garder pour soi…

            De même en 23,35 (cf 23,39), dans les railleries des chefs du peuple, à l’heure où Jésus est sur la croix : “Il (en) a sauvé d’autres, qu’il se sauve lui-même, si celui-là est le Christ de Dieu, l’Elu!”

            Pour eux, si Jésus était vraiment le Messie attendu, il aurait la puissance d’échapper, par ses propres forces, au danger suprême d’une mort prochaine…

 

   – Sens “eschatologique”, tourné vers ce salut futur encore à venir. Ainsi en Lc 9,24b (cf Lc 13,23; 18,26; 21,19.22-23) : … « mais celui qui perdra sa vie à cause de moi, celui-là la sauvera ».

            Le futur du verbe, le caractère radical et universel de l’affirmation, le contexte du doublet de ce verset en 17,33, qui évoque le retour du Fils de l’Homme au dernier Jour (17,30), tous ces éléments tournent le regard vers le monde à venir…

 ta foi t'a sauvé

                        – Dans les récits de guérison

            Luc emploie aussi le verbe “sauver”:

               – En accord avec Marc et/ou Matthieu pour l’hémorroïsse guérie (8,48 : “Femme, ta foi t’a sauvée” ; Mt 9,22; Mc 5,34) et l’aveugle de Jéricho (18,42 : “Vois de nouveau! Ta foi t’a sauvé”), la petite fille de Jaïre (8,50 : “N’aie pas peur, crois seulement et elle sera sauvée” ; Mc 5,23), la question sur la légitimité de Jésus à “sauver” ou non un jour de Sabbat (6,9 : “Je vous le demande: “Est-il permis le jour du Sabbat de faire du bien ou de faire du mal, de sauver une vie ou de la perdre?”” ; Mc 3,4).

                                   – Dans des passages propres (7,3 ; 8,36 ; Ac 4,9 : « Comment celui-çi – le mendiant de la Belle Porte – a été sauvé; 14,9).

            En Ac 4,12, Luc lui‑même explique comment interpréter ce « salut ». Dans ce passage, Pierre explique comment le mendiant de la Belle Porte a été guéri/sauvé : “par le Nom de Jésus Christ le Nazôréen”, et, en conclusion de son discours, il déclare solennellement :

            « Et le salut n’est en aucun autre,    car il n’y a pas d’autre nom sous le ciel donné aux hommes  par qui nous devons être sauvés ».

            Les Juifs considérant la personne comme un tout indissociable, la “guérison” du corps ne pouvait qu’être un aspect de la guérison totale : “Aux yeux de Luc, le salut ne se ramène pas à une guérison ou à un rétablissement physiques. Même s’il exprime de tels secours par le verbe sauver, Luc entend témoigner dans son oeuvre d’un salut aux dimensions d’une tout autre ampleur. Les cas de salut physique ont une fonction symbolique : ils illustrent le salut éternel…”[13], ils en sont les signes visibles…

 jésus enseignant 2

                        – Le salut “déjà là”

            St Luc emploie alors le vocabulaire du salut, non pas dans le cadre d’une guérison physique, mais dans celui d’une intervention de Dieu qui atteint le cœur de la personne croyante et la sauve. Jésus déclare ainsi à la pécheresse pardonnée et aimante :

            Lc 7,48 : “Tes péchés sont pardonnés”.

            Lc 7,50 : “Ta foi t’a sauvée ; va en paix”.

             Le salut est donc d’abord ici le pardon des péchés, accueilli dans la foi et qui permet à cette femme d’accéder à une vie nouvelle, dans l’amour et la paix.

            Notons que le Christ emploie pour elle une formule identique à celle rencontrée dans les guérisons de l’hémorroïsse et de l’aveugle de Jéricho : “Ta foi t’a sauvé”. Nous retrouvons par ce parallèle l’unicité de ce salut offert, un salut qui devient efficace au moment de l’acte de foi… Dieu n’attend que le “oui” de notre foi pour agir et déployer en nous, comme pour Marie, toute la puissance de son amour. Cet acte de foi devient aussi l’instant où toute notre vie bascule pour devenir une vie de “sauvés”, c’est à dire une vie en communion avec Dieu, dans la paix… Cette union à Dieu peut dorénavant durer toujours car elle est toujours offerte, instant après instant…

Tel est le sens du temps employé ici en grec, un « parfait » qui décrit une action passée dont les répercussions se font encore sentir dans le présent du texte : “Ta foi t’a sauvée (dans le passé, à l’instant où tu n’as pas refusé de me donner ta confiance) – et cet état de “sauvé” demeure maintenant, à l’instant où je te parle”…

 Croix Alain Dumas
            Notons que la guérison physique seule n’est pas “automatiquement” un signe de salut : il faut la foi qui reconnaît en Jésus la présence agissante de Dieu. Tel est le sens de Lc 17,11-19 où nous voyons Jésus guérir dix lépreux qui l’avaient supplié… Le texte nous dit alors qu’ils furent tous purifiés, mais un seul revint à Jésus :

            Lc 17,15-16 : « Un d’entre eux, voyant qu’il était guéri,   retourna en glorifiant Dieu d’une voix forte

(16)     et il tomba sur la face à ses pieds en lui rendant grâces ;   et lui était Samaritain. »

             On pourrait penser que ce lépreux chante la puissance de Jésus pour sa guérison, mais non… Il a reconnu en elle une œuvre de Dieu, et c’est Lui qu’il glorifie d’une voix forte… Va-t-il alors se diriger vers le Temple de Jérusalem, ou pour les Samaritains vers celui du Mont Garizim, pour se prosterner devant le Saint des Saints, là où Dieu habitait, pour lui rendre grâces ? Non… Il se dirige vers Jésus, et c’est devant lui qu’il tombe sur la face à ses pieds, en signe d’humilité et de profond respect[14] et c’est à lui qu’il rend grâces. Nous avons ici le seul exemple de tout le Nouveau Testament où le verbe “rendre grâces”, est appliqué à Jésus… En effet, sur les 38 cas où il intervient, à l’exception de la finale aux Romains (16,4) où Paul  “est reconnaissant à” Prisca et Aquilas d’avoir risquer leur tête pour lui sauver la vie, il est toujours appliqué à Dieu (36 fois)… La conjonction des deux expressions, “tomber la face contre terre” et “rendre grâces”, appliquées à Jésus pointe donc très fortement ici vers le mystère du Christ, vrai Dieu et vrai homme[15]

     louer dieu                          Enfin, c’est à ce lépreux revenu à lui en louant Dieu et à lui seul que Jésus va déclarer : “Ta foi t’a sauvé” (Lc 17,19). Le “salut” ne consiste donc pas simplement en une guérison physique, puisque celle-ci a été accordée aussi aux neuf autres. Seul est dit “sauvé” celui qui a su lire, avec les yeux de la foi, le signe de sa guérison, pour reconnaître en elle le salut de Dieu offert par le Christ…

            Enfin, lorsque Zachée, après avoir accueilli Jésus avec joie dans sa maison, décide de renoncer à tout ce qu’il aurait pu faire de mal dans sa vie, réparant au quadruple les torts commis et partageant ses biens avec les pauvres, Jésus lui déclare qu’aujourd’hui le salut est arrivé pour lui :

Lc 19,9-10 :    Jésus lui dit: “Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison                                    parce que lui aussi est un fils d’Abraham.

(10)                 Le Fils de l’Homme est en effet venu chercher et sauver ce qui était perdu”.

            Le terme « perdu », n’intervient en St Luc qu’ici et dans la parabole de la brebis perdue (Lc 15,4.6) et du Fils prodigue (Lc 15,24.34)…

“Ce salut présent est la tâche de Jésus. Il s’opère par la conversion de celui qui “était perdu” et suscite en lui la justice et la charité”[16]. On retrouve ce salut “déjà donné”, “déjà présent”, dans le Livre des Actes des Apôtres, et notamment en 2,47b :

 christ-cefalu1

            Le Seigneur ajoutait les “étant sauvés” chaque jour à la communauté.

            Ce participe présent passif, indique une action en train de se réaliser. Il a pour sujet sous entendu “Dieu” (passif “théologique”) qui sauve par le don de l’Esprit, accomplissant ainsi les prophéties et inaugurant “les derniers jours”.

            Remarquons avec F. Bovon[17] qu’en Ac 2,14-21, St Luc poursuit la citation du prophète Joël évoquant la venue du Jour du Seigneur, avec tous les bouleversements cosmiques qui devaient l’accompagner, uniquement pour arriver à la première partie du verset 5 de Jl 3, ce qui lui permet d’ouvrir la perspective du salut universel :

                « Et il sera tout (homme) qui invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ».

            Cette citation partielle de Jl 3,5 révèle bien le souci de St Luc de montrer que le salut de Dieu en et par Jésus Christ est offert à l’humanité tout entière, car la suite de Jl 3,5 ne mentionne que les habitants de Jérusalem:

Jl 3,5 (LXX) :  Et il sera tout (homme) qui invoquera le nom du Seigneur sera sauvé.

                        car sur le mont Sion et à Jérusalem il y aura un salut[18] (il sera “étant sauvé”)…

 crucifix Dali

            Mais c’est justement cette mention de Jérusalem, restrictive maintenant à ses yeux, que St Luc ne cite pas… Jésus est vraiment le Sauveur de tous les hommes, sans exception…

St Luc agit exactement de la même façon au début de son Evangile en 3,4-6 : comme Marc et Matthieu, il cite Is 40 pour éclairer la mission de Jean‑Baptiste, mais lui seul va jusqu’à Is 40,5 qui évoque un salut universel :

Mt 3,3b

Mc 1,3

Lc 3,4-6

Voix du criant dans le désert

Préparez le chemin du Seigneur

Rendez droits

             ses sentiers.

Voix du criant dans le désert

 Préparez le chemin du Seigneur

Rendez droits

             ses sentiers.

Voix du criant dans le désert

Préparez le chemin du Seigneur

Rendez droits

            ses sentiers.

(5) (…)

(6) Et toute chair verra

                  le salut de Dieu.

j Dieu Sauveur en Lc 1-2

            Jésus, pour St Luc, est donc “le Sauveur”, “venu chercher et sauver ce qui était perdu” (Lc 19,10), en Israël et dans toutes les nations (24,47)… Cette présentation de Jésus comme Sauveur d’Israël et du monde entier est particulièrement présente dans les deux premiers chapitres de l’Evangile :

                        1 – En Lc 1,47, Marie, la première, chante Dieu comme “son Sauveur”:

            Mon âme célèbre (glorifie; magnifie; exalte) le Seigneur  et mon esprit jubile (est rempli d’allégresse) à cause de Dieu mon Sauveur…

            Le verbe employé exprime une réaction face à l’action de quelqu’un qui de son côté a “rendu grand” quelque chose… Ce même verbe apparaît à nouveau en 1,58 pour exprimer que Dieu a “rendu grand” sa miséricorde à l’égard d’Elisabeth en lui permettant d’avoir un enfant… il disparaît ensuite de l’Evangile pour réapparaître seulement dans les Actes des Apôtres[19]

            Notons bien qu’ici c’est Dieu qui est “Seigneur” et “Sauveur”…

 christ-souriant-04

                        2 – En Lc 1,69.71.77, c’est au tour de Zacharie de bénir le Seigneur, le Dieu d’Israël, qui “a délivré son peuple et lui a suscité une puissance de salut” (faire se lever, ériger, dresser une corne de salut) “le sauvant de ses ennemis”, (un salut de nos ennemis) “pour donner à son peuple la connaissance du salut par le pardon de ses péchés”.

                        3 – En Lc 2,11, l’Ange du Seigneur annonce aux bergers une grande joie, qui sera aussi celle de tout le peuple: “Aujourd’hui vous est né, dans la cité de David, un Sauveur, qui est le Christ Seigneur…”

            En 1,47, Marie chantait Dieu comme son Seigneur et son Sauveur… Ici, c’est Jésus qui est appelé “Seigneur” et “Sauveur”… Quelque chose de Jn 10,30, “Moi et le Père nous sommes un[20] » se laisse ici pressentir… tout comme dans le nom donné à Jésus lors de l’Annonciation à Joseph en Mt 1,23 : “Dieu avec nous…”.

                        4 – Enfin, en Lc 2,28-32 Syméon loue à son tour le Seigneur Dieu, son Maître Souverain, car ses yeux “ont vu son salut”, c’est à dire Jésus, “préparé à la face de tous les peuples”, “lumière pour une révélation aux nations”, “et gloire de ton peuple Israël”… Nous retrouvons ici, indirectement, l’étymologie populaire du nom de Jésus, “Dieu sauve” : Jésus est “le salut de Dieu”… en tant que Dieu sauve par Lui, à travers Lui, en Lui “tous les hommes”: la mission universelle de Jésus est ici fortement soulignée: Israël et “les nations”, “tous les peuples”…

 Jésus christ

            Ce salut offert par Dieu en et par Jésus Christ n’a d’autre source que sa miséricorde, c’est-à-dire son amour têtu, fidèle, obstiné, inébranlable pour tous les hommes… Tout jaillit de cette miséricorde, de cet amour indéfectible qui constitue notre seule vraie joie… Et Luc, toujours dans ces deux premiers chapitres de son Evangile, en parallèle avec la présentation de Jésus comme Sauveur, va employer 5 fois sur un total de 6 ce terme de “miséricorde” :

                        1 – En 1,50, Marie, la première, “tressaille de joie” (1,47) en constatant que “la miséricorde de Dieu” s’étend vraiment de génération en génération sur tous ceux qui le craignent ». Noter à nouveau l’ouverture “sous entendue” de ce texte, après le v.48 où Marie disait que “désormais, toutes les générations” la diront bienheureuse…

                        2 – En 1,54, dans ce même contexte de joie qui éclaire toute sa louange, Marie chante à nouveau “la miséricorde de Dieu” en précisant cette fois le bénéficiaire : Israël, son serviteur… « Il a secouru Israël son serviteur, en souvenir de (sa) miséricorde »…

                        3 – En 1,58, Elisabeth la stérile est devenue féconde par la miséricorde de Dieu, et tous ses voisins et tous les membres de sa famille se réjouissaient avec elle…

                     4 – En 1,72, c’est au tour de Zacharie de bénir Dieu pour sa miséricorde   envers les Pères du peuple d’Israël…

                    5 – Enfin, en 1,78, Zacharie à nouveau affirme haut et fort que la connaissance du salut jaillit de l’expérience du pardon de Dieu rendue possible “grâce aux entrailles de miséricorde de notre Dieu”, qui nous a fait passer des ténèbres de la mort à la Lumière et à la Paix d’une Vie en sa présence…

 dieu miséricorde

            Il faudra ensuite attendre le chapitre 10 de l’Evangile pour retrouver pour la dernière fois ce terme de « miséricorde », en un texte où Jésus nous invite à être le prochain de tout homme, fût-il notre pire ennemi, en exerçant la miséricorde à son égard :

            Lc 10:37 : Et lui dit: “Celui qui “a fait miséricorde” à son égard”.

                        Jésus lui dit alors: “Va, et toi, fais de même”.

            Cette invitation est une illustration de Lc 6,36 où Luc invite de façon générale à la miséricorde avec un synonyme de la notion de « miséricorde », synonyme qui n’intervient qu’ici dans toute son œuvre :

            Lc 6,36 : Soyez (devenez) miséricordieux comme votre Père est miséricordieux…

 pardonner            Dieu Sauveur et Miséricordieux : telle est la source de la Paix offerte à tous les hommes « qui ont sa faveur » (de Dieu ; Osty), « aux hommes objets de sa complaisance » (BJ)… Notons que ce texte grec peut se traduire par « les hommes de bonne volonté », « les hommes bienveillants »… Tel fut le choix de St Jérôme (Vulgate) : « gloria in altissimis Deo et in terra pax in hominibus bonae voluntatis, gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté ».

            Mais la grande majorité de nos traductions ont :

            BJ : Paix aux hommes objets de sa complaisance.    

            TOB : paix pour ses bien-aimés.

            CNPL : Paix sur la terre aux hommes qu’il aime.

 paix

            Et en Lc 2,12, « le signe » qui sera donné aux hommes de cette action miséricordieuse décisive de Dieu à leur égard sera le Christ lui-même en son humanité, ici celle d’un petit bébé couché dans une mangeoire, qui, plus tard, sera « un signe en butte à la contradiction » (Lc 2,34). On mesure à la lecture de ces quelques versets l’aveuglement spirituel de certains scribes et pharisiens qui, face à Jésus, lui demandait un signe :

            Lc 11,16 : D’autres, pour le mettre à l’épreuve, réclamaient de lui un signe venant du ciel.

             Lc 11,29-32  Comme les foules se pressaient en masse, il se mit à dire :

«Cette génération est une génération mauvaise;

elle demande un signe, et de signe, il ne lui sera donné que le signe de Jonas.

(30)     Car, tout comme Jonas devint un signe pour les Ninivites,

de même le Fils de l’homme en sera un pour cette génération.

(31)     La reine du Midi se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération

et elle les condamnera,

car elle vint des extrémités de la terre pour écouter la sagesse de Salomon,

et il y a ici plus que Salomon!

(32)     Les hommes de Ninive se dresseront lors du Jugement avec cette génération

et ils la condamneront,

car ils se repentirent à la proclamation de Jonas, et il y a ici plus que Jonas!

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            « Contrairement à la lecture qu’en fait Mt 12,40[21], le signe de Jonas n’a rien à voir ici avec la Résurrection du Fils de l’Homme au matin de Pâques. Dans l’explication donnée (v. 30), ce signe n’est rien d’autre que l’appel à la conversion lancé par Jonas aux Ninivites – une des populations païennes les plus cruelles de l’Antiquité – ; il déboucha sur une réussite totale : le roi, les hommes et même les bêtes firent pénitence en jeûnant et en se couvrant de sacs. De même cette génération n’aura pas d’autre signe que le Fils de l’Homme et sa prédication ; le seul signe, c’est l’invitation à la conversion. N’allons pas trop vite juger que Dieu et son Christ ont été avares de signes. La parabole du riche et de Lazare soulignera justement que celui qui ne se convertit pas en écoutant la Parole de Dieu ne le ferait pas plus en voyant un mort ressusciter »[22]

            Enfin, notons combien la fin du texte insiste sur la réalisation de la Parole de Dieu, conformément à tout ce qu’avaient dit les Anges… Tout ce que dit le Seigneur, il le fait.

 Jacques Fournier

 

 

[1] SCHÜRMANN H., Luca (Vol. I ; Brescia 1983) p. 212-213.

[2] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », dans Les Evangiles, textes et commentaires (Bayard Compact ; Paris 2001) p. 570.

[3] BOVON F., L’Evangile selon St Luc 1-9 (Genève 1991) p. 117-118.

[4] GÉRARD A.-M., Dictionnaire de la Bible (Paris 1989) p. 1167.

[5] LÉON-DUFOUR X., Dictionnaire du Nouveau Testament (Manchecourt 2001) p. 465-466.

[6] La Bible de Jérusalem écrit en note : « Ephrata (auquel Michée semble attacher le sens étymologique de “ féconde ” en rapport avec la naissance du Messie) a désigné d’abord un clan allié à Caleb, (1Ch 2,19.24.50), et installé dans la région de Bethléem, (1S 17,12 ; Rt 1,2). Le nom est passé ensuite à la cité, (Gn 35,19 ; 48,7 ; Jos 15,59 ; Rt 4,11), d’où la glose du texte ».

[7] BOVON F., L’Evangile selon St Luc 1-9 p. 117.

[8] Cette formule pourrait également s’appliquer à l’engendrement éternel du Fils par le Père, dans l’action de l’Esprit Saint. Le mystère de l’Incarnation, dans lequel Marie est intimement associée, s’inscrit dans ce même mouvement…

[9]              Le Bailly donne pour « kataluma » « 1 – endroit où l’on délie son attelage ou ses bagages, c’est à dire hôtellerie, auberge ; 2 – séjour, résidence ».

                Le BAGD précise que ce sens est ici possible. Mais en Lc 10,34, St Luc utilise le terme plus spécifique de « pandokhéion »pour désigner l’auberge où le bon Samaritain mène l’homme blessé par les brigands. Aussi propose-t-il ici « lodging, logement » ou « guest-room, chambre d’ami ».

                La traduction « salle » ou « pièce » reprend en fait le sens donné par ce même mot en Lc 22,11.

[10] Ce mot apparaît trois fois en ce récit, et « trois » est souvent dans la Bible le chiffre qui renvoie à Dieu en tant qu’il agit. Avons-nous ici un clin d’œil vers ce Jésus, « pain de Dieu » offert au monde en nourriture, « agir » par excellence de Dieu pour le monde et pour notre salut ?

COUSIN H., « L’Evangile de Luc », LES EVANGILES, textes et commentaires (Paris 2001) p. 570 : « Le nouveau-né va être couché dans une mangeoire ; l’expression sera utilisée trois fois (v. 7,12 et 16) et cela indique que c’est là le fruit de l’initiative divine ».

[11] BOVON F., L’Evangile selon St Luc 1-9 p. 122, avec la note 49.

[12] CAZELLES H., “Nom”, Vocabulaire de Théologie Biblique (Paris 1995) col. 827.

[13] BOVON F., L’œuvre de Luc (Lectio Divina 130, Paris 1987) p. 173-174. Voir aussi:

GEORGE A., “Le vocabulaire de salut”, Etudes sur l’œuvre de Luc (Paris 1978) p. 307-320.

[14] Si l’Ancien Testament emploie l’expression “tomber face contre terre devant quelqu’un” en signe de respect, de soumission… (1R1,31: Bethsabée devant le roi David; 18,7: Obadyahu, maître du palais d’Achab, devant Elie; 1Sm 24,9: David devant le roi Saül; 25,23: Abigayil devant David, son futur mari; 28,14: Saül devant Samuel…) et bien sûr d’adoration (1Ch 21,16; 1R 18,39; 1M 4,40.55; 1Sm 5,34…), le Nouveau Testament, à l’exception d’une expression évoquant “la face de la terre” (Lc 21,35) ne l’applique qu’à Dieu (Mt 17,6; 26,39; 1Co 14,25) et au Christ (Lc 5,12; 17,16).

[15] Ap 11,16-17: les 24 vieillards assis devant Dieu se prosternent devant Lui et Lui rendent grâces…

[16] GEORGE A., “Le vocabulaire de salut”, Etudes sur l’œuvre de Luc p. 313.

[17] BOVON F., L’œuvre de Luc p. 168-169: “Pierre cite Joël pour expliquer la diffusion d’Esprit Saint sur les disciples réunis. Il poursuit pourtant la citation de Joël au-delà de ce qui est nécessaire: la mention de phénomènes apocalyptiques (soleil transformé en ténèbres et lune en sang) ne contient pas à la situation. Il accepte cette incohérence pour parvenir au verset 5a de Joël 3: “Et quiconque invoquera le Nom du Seigneur sera sauvé”. Il s’arrête alors à cette phrase qui lui tient à cœur en excluant le verset 5b de Joël 3 dont la résonance est trop particulariste.

[18] Les notes de la Bible de Jérusalem aident à comprendre quel est le salut visé ici par le prophète Joël: il s’agit de la restauration définitive du peuple d’Israël trop souvent malmené par les nations voisines. Ce salut implique donc un jugement des peuples environnants (note g), qui “ont dispersé Israël parmi les nations et partagé mon pays” (4,2). Joël fait ici allusion à l’exil de 597 et de 586 (note k)…

[19] Ac 5,13: De nombreux signes et prodiges se faisaient par les mains des Apôtres… aussi le peuple “célèbre-t-il leurs louanges” (BJ), “fait leur éloge” (TOB).

Ac 10,46: L’Esprit Saint tombe sur Corneille, le centurion romain de la cohorte Italique (10,1), et sur tous ceux qui, avec lui, écoutaient la parole de Pierre. Ils se mettent alors à “magnifier” (BJ), à “célébrer la grandeur de” Dieu…

Ac 19,17: Dieu opérait par les mains de Paul des miracles peu banals… et quelques exorcistes juifs se mettent eux aussi à prononcer le Nom de Jésus de façon “magique” sur des possédés qui… en retour… se mettent à les rouer de coups… Tous les habitants d’Ephèse surent la chose, la crainte s’empara de tous et le Nom du Seigneur Jésus “fut glorifié” (BJ; TOB: “on célébrait la grandeur ” du Nom du Seigneur Jésus”).

[20] “Un, én », est ici, non au masculin, qui désignerait alors une personne, mais au neutre : il s’agit non pas d’une unité-identité de personne entre Jésus et son Père, mais d’une unité de nature entre les deux : Jésus est Dieu en tant qu’il possède la nature divine, tout comme son Père…

[21] Cf Mt 12,38-42 ; Mt 12,40 : « De même, en effet, que Jonas fut dans le ventre du monstre marin durant trois jours et trois nuits, de même le Fils de l’homme sera dans le sein de la terre durant trois jours et trois nuits ».

[22] COUSIN H., « L’Evangile de Luc », LES EVANGILES, testes et commentaires (Paris 2001) p. 694.

           

Fiche 2M n°8 – Lc 2,1-20 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.

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