L’Agneau brise les six premiers sceaux (Ap 6)…

(1)       Et ma vision se poursuivit. Lorsque l’Agneau ouvrit le premier des sept sceaux, j’entendis le premier des quatre Vivants crier comme d’une voix de tonnerre : Viens ! (2) Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval blanc ; celui qui le montait tenait un arc; on lui donna une couronne et il partit en vainqueur, et pour vaincre encore.

(3)       Lorsqu’il ouvrit le deuxième sceau, j’entendis le deuxième Vivant crier : Viens ! (4) Alors surgit un autre cheval, rouge-feu ; celui qui le montait, on lui donna de bannir la paix hors de la terre, et de faire que l’on s’entr’égorgeât ; on lui donna une grande épée.

(5)       Lorsqu’il ouvrit le troisième sceau, j’entendis le troisième Vivant crier : Viens !  Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval noir ; celui qui le montait tenait à la main une balance, (6) et j’entendis comme une voix, du milieu des quatre Vivants, qui disait :  Un litre de blé pour un denier, trois litres d’orge pour un denier ! Quant à l’huile et au vin, ne les gâche pas !

(7)       Lorsqu’il ouvrit le quatrième sceau, j’entendis le cri du quatrième Vivant : Viens ! (8) Et voici qu’apparut à mes yeux un cheval verdâtre ; celui qui le montait, on le nomme : la Mort ; et l’Hadès le suivait. Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée, par la faim, par la peste, et par les fauves de la terre.

(9)       Lorsqu’il ouvrit le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui furent égorgés pour la Parole de Dieu et le témoignage qu’ils avaient rendu. (10) Ils crièrent d’une voix puissante : Jusques à quand, Maître saint et vrai, tarderas-tu à faire justice, à tirer vengeance de notre sang sur les habitants de la terre ?  (11) Alors on leur donna à chacun une robe blanche en leur disant de patienter encore un peu, le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux.

(12)    Et ma vision se poursuivit. Lorsqu’il ouvrit le sixième sceau, alors il se fit un violent tremblement de terre, et le soleil devint noir comme une étoffe de crin, et la lune devint tout entière comme du sang, (13) et les astres du ciel s’abattirent sur la terre comme les figues avortées que projette un figuier tordu par la tempête, (14) et le ciel disparut comme un livre qu’on roule, et les monts et les îles s’arrachèrent de leur place ; (15) et les rois de la terre, et les hauts personnages, et les grands capitaines, et les gens enrichis, et les gens influents, et tous enfin, esclaves ou libres, ils allèrent se terrer dans les cavernes et parmi les rochers des montagnes, (16) disant aux montagnes et aux rochers :  Croulez sur nous et cachez-nous loin de Celui qui siège sur le trône et loin de la colère de l’Agneau. (17) Car il est arrivé, le grand Jour de sa colère, et qui donc peut tenir ?

            La vision de St Jean se poursuit. Rappelons-nous… Il avait vu « dans la main droite de Celui qui siège sur le trône un livre roulé, écrit au recto et au verso, et scellé de sept sceaux ». Et seul le Christ, Lui qui a « remporté la victoire » sur le mal, le péché et la mort, « le Lion de la tribu de Juda, le Rejeton de David », « l’Agneau comme immolé » fut « trouvé digne d’ouvrir le livre aux sept sceaux » (Ap 5,1-5). 

            L’Agneau ouvre donc le premier des sept sceaux. Alors, dit St Jean, « j’entendis le premier des quatre vivants crier comme d’une voix de tonnerre : « Viens ! » ».

D’après Ap 4,7, « le premier vivant est comme un lion », et nous venons de voir que le Christ en Ap 5,5 est appelé « le Lion de la tribu de Juda »… Notre regard commence donc à se tourner vers le Christ.

orageDe plus ce « premier des quatre vivants » parle « comme d’une voix de tonnerre ». Or l’image du tonnerre apparaît très souvent dans l’Ancien Testament pour introduire une manifestation de Dieu. Ainsi par exemple, lorsque Moïse fut invité à le rencontrer sur la montagne du Sinaï « dès le matin, il y eut des coups de tonnerre, des éclairs et une épaisse nuée sur la montagne, ainsi qu’un très puissant son de trompe et, dans le camp, tout le peuple trembla. Moïse fit sortir le peuple du camp, à la rencontre de Dieu, et ils se tinrent au bas de la montagne. Or la montagne du Sinaï était toute fumante, parce que Yahvé y était descendu dans le feu ; la fumée s’en élevait comme d’une fournaise et toute la montagne tremblait violemment. Le son de trompe allait en s’amplifiant ; Moïse parlait et Dieu lui répondait dans le tonnerre » (Ex 19,16-19 ; cf. 20,18). Et dans le Livre de l’Apocalypse, on lit en 11,19 : « Alors s’ouvrit le temple de Dieu, dans le ciel, et son arche d’alliance apparut, dans le temple ; puis ce furent des éclairs et des voix et des tonnerres et un tremblement de terre »… L’image du tonnerre introduit donc très souvent une manifestation de Dieu … Avec ce « premier des quatre Vivants », c’est donc Dieu Lui-même qui va intervenir… Et souvenons‑nous : l’expression « les quatre Vivants » renvoie à Dieu, le Vivant par excellence, en tant qu’il est Présent à tout l’univers… Le chiffre quatre est en effet un symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest). Et de fait, tout l’univers sera ici concerné…

            Si nous rassemblons les éléments précédents, le Christ « comme un lion », « le premier des quatre vivants » qui « crie comme d’une voix de tonnerre » et montre ainsi que Dieu Lui-même intervient, nous constatons que l’auteur tourne notre regard vers le Christ, vrai Dieu et vrai homme… C’est Lui ici qui est évoqué…

            D’autres éléments renforcent cette interprétation. En effet, que dit-il ? « Viens ! ». Or cet impératif intervient sept fois dans l’ensemble du Livre de l’Apocalypse, en signe de perfection, de plénitude. Regardons où il apparaît. Nous le trouvons ici quatre fois pour les « quatre » premiers sceaux (Ap 6,1.3.5.7), un nouveau clin d’œil vers une perspective universelle. Pas de doute, dans notre passage, toute la terre est bien concernée. Puis « Viens ! » réapparaît en Ap 22,17.20 : « Moi, Jésus, j’ai envoyé mon Ange publier chez vous ces révélations concernant les Églises. Je suis le rejeton de la race de David, l’Étoile radieuse du matin. L’Esprit et l’Épouse disent : « Viens ! » Que celui qui entend dise : « Viens ! » Et que l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement… Le garant de ces révélations l’affirme : « Oui, mon retour est proche ! » Amen, viens, Seigneur Jésus ! » Ainsi, Celui qui « vient » dans l’Apocalypse, c’est le Christ Jésus, d’où ces sept « Viens ! », en signe de Plénitude. En effet, avec Lui, c’est toute la Plénitude de Dieu, « Lumière du monde » (Jn 8,12 ; 1Jn 1,5), Vie et Plénitude de Vie qui vient et qui permet ainsi au projet créateur de Dieu de s’accomplir pleinement… 

avec-nous-mathieu-28_20-ellecroit_com_Or le Christ reviendra au dernier Jour du monde, « sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire » (Mt 24,29-31), nous le reverrons par la suite.  Et ce sera le jugement dernier (Mt 24,31-46)… Mais, Ressuscité, Il est déjà présent à notre vie, offert à notre foi dans la communion d’un même Esprit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde ». Oui, nous a-t-il promis, après ma mort et ma résurrection, « je ne vous laisserai pas orphelins, je reviendrai vers vous », en Esprit et par l’Esprit (Mt 28,20 ; Jn 14,18)… Or, lorsque Dieu est Présent, le Jugement aussi est présent. En effet, qu’est-ce que « le Jugement » ? Ce n’est pas Dieu qui juge ou qui condamne le pécheur, même s’il le mériterait… En effet, Jésus nous dit : « Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, l’Unique-Engendré, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle.

Car Dieu n’a pas envoyé le Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui ». Ainsi, Dieu ne condamne jamais. Son seul désir, sa seule volonté est que « tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,3), tous, sans exception. Mais cet Amour, cette Miséricorde, ce Pardon sans limites, cette Plénitude de Vie déjà donnée en espérance, tout cela est proposé à la liberté de l’homme qui peut ou non refuser le cadeau qui lui est fait. Nous constatons alors que c’est l’homme qui se jugera lui-même par l’acceptation de cet Amour de Dieu ou son refus… L’accepter, se laisser aimer, recevoir le pardon dans un acte de repentir sincère et avec lui la Vie et la Paix de Dieu, telle est l’attitude que les Evangiles résument en un mot : « croire ». Ainsi, « qui croit en lui n’est pas jugé » poursuit St Jean, car il accepte d’accueillir Celui qui n’est qu’Amour et Pardon, Celui qui ne condamne jamais, Celui qui ne cherche toujours que le meilleur pour tous ceux et celles qu’il aime. Mais celui qui refuse l’Amour, « celui qui ne croit pas » en ce Dieu qui ne juge jamais « est déjà jugé, parce qu’il n’a pas cru au nom du Fils Unique-Engendré de Dieu ». En fait, il se condamne lui-même… Car « tel est le jugement : la Lumière est venue dans le monde et les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la Lumière, car leurs œuvres étaient mauvaises » (Jn 3,17-19). Dès que l’on parle de jugement, c’est donc l’homme qui se juge lui-même par son acceptation ou son refus de Dieu, qui est tout en même temps décision libre, profonde et responsable de se détourner du mal pour se tourner vers le bien, et donc vers la Source de Tout Bien : Dieu… Choisir Dieu ou le refuser, croire en lui ou refuser de croire : tel est le jugement… Il s’agit donc pour l’homme de se déterminer vis-à-vis de Dieu. C’est pour cela que si Dieu est là, le jugement aussi est là. En Jésus Christ, la Lumière nous a rejoints dans nos ténèbres. Et maintenant, dans la foi en attendant la pleine vision, que ferons-nous ? Irons-nous vers elle, ou au contraire, partirons-nous loin d’elle, dans les ténèbres ? Tel est le jugement, et il commence dès maintenant, dans la foi, car le Christ Ressuscité, Lumière du Monde, est présent à notre cœur, à notre vie… « Je me tiens à la porte et je frappe… Si tu m’ouvres ton cœur », et tel est le jugement, « je ferai chez toi ma demeure », pour ta Plénitude et ton Bonheur (Ap 3,20)…

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Ajoutons que nous n’avons rien à craindre de cette Lumière, de cette Présence, de cet Amour car Dieu ne désire qu’une seule chose, notre Salut, notre Vie, notre Joie… Pour Lui, « juger » c’est « sauver » (Jn 3,17‑18), c’est-à-dire « enlever le péché du monde » (Jn 1,29), « donner dès maintenant la vie éternelle » (Jn 20,30-31 ; 6,47.54.57) et introduire ainsi le croyant dans un Mystère de Communion avec son Dieu (1Jn 1,1-4). Alors, rien, absolument rien ne pourra l’arracher de sa main. Le Prince de ce monde quant à lui sera « jeté dehors » : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté dehors ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi… Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent ; je leur donne la vie éternelle ; elles ne périront jamais et nul ne les arrachera de ma main. » Car « Je Suis la Lumière du monde », et « la Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie ». Et « moi, Lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres » mais « ait la Lumière de la Vie » (Jn 12,31-32 ; 10,27-28 ; 8,12a ; 1,4-5 ; 12,46 ; 8,12b).

            Ce jugement est donc déjà à l’œuvre dès ici-bas par la Puissance de l’Esprit et il apparaît encore en Ap 6,2 avec l’image de l’arc : « L’arc qu’on remet au cavalier évoque le thème fréquent dans l’Ancien Testament, de l’arc et des flèches de Dieu, c’est-à-dire ses jugements et ses châtiments (Dt 32,41-42 ; Hb 3,8-9 ; Lm 2,4) »[1].

            Notons aussi que le cheval de ce « premier des quatre vivants » est « blanc » et l’on se souvient que le blanc dans le Livre de l’Apocalypse évoque « la nature divine », c’est-à-dire ce que Dieu est en Lui-même (En Ap 20,11, le trône de Dieu est « blanc » ; en 1,14, ce sont les cheveux de la tête du Christ qui sont blancs comme ceux de Dieu le Père (l’Ancien) dans le Livre de Daniel (Dn 7,9) ; et la nuée sur laquelle le Christ est assis en Ap 14,14 est elle aussi blanche…).

Blanc ChristOr toute l’œuvre du Christ est de nous rendre participants de sa nature divine (2P 1,3‑4), d’où le « caillou blanc » donné au vainqueur (Ap 2,17), et « les vêtements blancs » qui seront les siens après s’être purifié dans le Sang de l’Agneau (Ap 3,4-5.18 ; 4,4 ; 6,11 ; 7,9.13-14 ; 19,8). Le « cheval blanc » souligne donc ici une nouvelle fois la divinité de Celui qui le monte. Nous le retrouvons en Ap 19,11-16 : « Alors je vis le ciel ouvert, et voici un cheval blanc ; celui qui le monte s’appelle « Fidèle » (Ap 1,5) et « Vrai » (Ap 3,7.14), il juge (Jn 5,22.26-27) et fait la guerre avec justice. Ses yeux ? Une flamme ardente (Ap 1,14) ; sur sa tête, plusieurs diadèmes ; inscrit sur lui, un nom qu’il est seul à connaître ; le manteau qui l’enveloppe est trempé de sang ; et son nom ? Le Verbe de Dieu. Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtues de lin d’une blancheur parfaite. De sa bouche sort une épée acérée (Hb 4,12 ; Ep 6,17) pour en frapper les païens… Un nom est inscrit sur son manteau et sur sa cuisse : Roi des rois et Seigneur des seigneurs. » 

            Nous le voyons bien : toutes ces constatations rejoignent ce que nous disions au tout début avec ce « premier des quatre vivants », « comme un lion », « qui crie d’une voix de tonnerre : Viens ! » (Ap 6,1 ; 4,7). « Celui qui monte ce cheval blanc », c’est le Christ, « le Verbe de Dieu », celui qui est tout à la fois vrai Dieu et vrai homme. Il possède la Plénitude de la nature divine (« blanc ») et Dieu lui a donné d’exercer le jugement (« l’arc » ; cf. Jn 5,27), c’est-à-dire de sauver le monde en lui offrant le pardon de toutes ses fautes et la vie éternelle (Jn 3,14-18 ; 17,1-3). Il porte « une couronne, et il partit en vainqueur et pour vaincre encore ». La couronne étant un symbole de royauté, c’est le Père qui donne à son Fils d’être Roi… Lorsque St Paul évoque la fin du monde, il écrit en effet : « Ce sera la fin, lorsque le Christ remettra la royauté à Dieu le Père, après avoir détruit toute Principauté, Domination et Puissance. Car il faut qu’il règne jusqu’à ce qu’il ait placé tous ses ennemis sous ses pieds. Le dernier ennemi détruit, c’est la Mort ; car il a tout mis sous ses pieds. Mais lorsqu’il dira : « Tout est soumis désormais », c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui a soumis toutes choses. Et lorsque toutes choses lui auront été soumises, alors le Fils lui-même se soumettra à Celui qui lui a tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous » (1Co 15,24-28).

           Cette Royauté est celle de l’Amour : « Son Amour envers nous s’est montré le plus fort » (Ps 117(116)). Rien, absolument rien n’a pu l’empêcher de nous aimer. Bien au contraire, nos misères qui nous détruisent, blessent la vie de Dieu en nous et nous plongent dans le mal-être, la tristesse, l’absence de paix, sont autant d’appels lancés à l’Amour de venir à notre aide. Et c’est bien ce qu’il a fait en Jésus Christ : de pardon en pardon, « Il nous a arrachés à l’empire des ténèbres », à tout ce qui était plus fort que nous, « pour nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé » (Col 1,13-14), en qui nous trouvons enfin la Plénitude de Vie, de Paix et de Lumière…

           dieu viensAlors, si Dieu « Amour, Lumière, Paix, Vie » doit être « tout en tous », nous serons donc nous aussi des « rois » comme Lui‑même est Roi, à « son image et ressemblance » (Gn 1,26-27)…Et de fait, la mission du Christ est de nous associer au Mystère de sa Royauté en nous donnant d’avoir part, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, à cette Plénitude de l’Esprit qu’il reçoit lui‑même de son Père de toute éternité. « En lui habite corporellement toute la Plénitude de la Divinité, et vous vous trouvez en lui associés à sa Plénitude », écrit St Paul (Col 2,9-10). « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude » (Ep 5,12). Or, « le Règne de Dieu est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). Si Dieu nous « a donc fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8), là où est l’Esprit, là est le Royaume, là est la Royauté de la Lumière sur les ténèbres (Jn 1,5), de la Vie sur la mort… Rien ne peut alors « nous séparer de l’amour de Dieu manifesté dans le Christ Jésus, notre Seigneur » (Rm 8,39). C’est donc bien en « baptisant dans l’Esprit et le feu » (Mt 3,11) que Jésus « dispose pour nous du Royaume comme son Père en a disposé pour lui » (Lc 22,29). C’est ainsi que le Christ Roi (cf. la « couronne » d’Ap 6,2 ; 14,14) donne à tous ceux et celles qui accepteront qu’Il règne dans leur vie des « couronnes » (Ap 2,10 ; 3,11 ; 4,4.10). Car, c’est dans la mesure où Il règnera en eux, dans leur cœur et dans leur vie, qu’ils seront eux aussi des rois, comme le Christ. Sa Lumière règnera dans leurs ténèbres, sa Vie règnera dans leur mort, sa Paix règnera dans leur cœur… Ils seront « rois » grâce au Christ roi et par lui. Ils participeront au Mystère de sa Royauté, vainqueurs eux aussi du mal et de la mort grâce à cet Esprit qu’ils auront reçu du Christ. En remportant la victoire sur le mal et la mort, Christ aura ainsi fait de chacun de ceux et celles qui auront accepté de le recevoir des vainqueurs… Et ressuscité, le Christ part chaque jour, à toute heure, à tout instant « en vainqueur et pour vaincre encore ». Et toute l’Eglise est au service de Sa Mission. Et il attend, il espère, pour « vaincre encore », ce « oui » de la foi qui saura lui donner ce qui, dans nos existences, n’a pas encore été vaincu…

            Si le Christ combattant et vainqueur apparaît ici en premier sur son cheval « blanc », c’est déjà pour dire sa victoire sur tous les malheurs qui seront évoqués par la suite… « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai bel et bien vaincu le monde » (Jn 16,33). Nous sommes ici au cœur de l’Evangile : Présence du Ressuscité qui s’unit au croyant dans la communion d’un même Esprit, pour lui donner de remporter la victoire sur tout ce qui blesse, altère, détruit la vie… Et même si les épreuves sont toujours là, elles n’auront pas le dernier mot. Avec le Christ et grâce à Lui, la maison construite sur le Roc tiendra bon (Mt 7,24-25)… Souvenons-nous d’Ap 1,9 : « Moi, Jean, votre frère et votre compagnon dans l’épreuve, la royauté et la constance, en Jésus »… Dans « l’épreuve », « la royauté » du Christ mise en œuvre par le Don de l’Esprit au cœur de celui ou celle qui acceptera de l’accueillir lui donnera « la constance », la grâce de tenir bon… 

            Les malheurs de la vie vont maintenant défiler, symbolisés par les différents chevaux qui vont suivre. Avec eux, nous allons retrouver tous ces fléaux qui, hélas, bouleversent encore trop souvent la vie des hommes sur cette terre… Le Christ ne dit pas autre chose dans les Evangiles : « Vous aurez à entendre parler de guerres et de rumeurs de guerres ; voyez, ne vous alarmez pas : car il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas encore la fin. On se dressera, en effet, nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura par endroits des famines et des tremblements de terre. Et tout cela ne fera que commencer les douleurs de l’enfantement » (Mt 24,6-8)… 

            Au deuxième sceau, le cheval « rouge feu » représente la guerre… Si l’amour ne règne pas dans les cœurs, la haine destructrice pousse alors à « s’entr’égorger »…

dieu vous aime

            Au troisième sceau, le cheval « noir » comme peuvent l’être des vêtements de deuil, est monté par quelqu’un qui tient à la main « une balance » : les denrées sont pesées, rationnées. Les aliments de base sont hors de prix… « Un denier » était en effet le salaire d’une journée de travail (cf. Mt 20,2). Or, « le litre de blé » coûte ici « un denier ». Et un litre de blé était la ration journalière pour une personne… Avec de tels prix, un père de famille ne peut donc plus nourrir les siens par son travail… Nous sommes alors en pleine famine… 

            Au quatrième sceau, le cheval est « verdâtre » comme la mort qu’il symbolise, suivie de près par « l’Hadès », ce séjour des morts prêt à engloutir les défunts… 

            Nous le voyons bien ; tous ces fléaux, sur lesquels nous ne nous attardons pas, appartiennent bien à l’histoire des hommes sur cette terre. Cette première partie, avec les quatre sceaux (quatre, symbole d’universalité), est d’ailleurs comme indépendante par rapport au reste. En effet, dans une conclusion saisissante, l’auteur va reprendre un à un ces fléaux : « Alors, on leur donna pouvoir sur le quart de la terre, pour exterminer par l’épée (2° cheval, rouge feu), par la faim (3° cheval noir), par la peste (4° cheval verdâtre), et par les fauves de la terre » (précision qui prépare le passage suivant consacré aux martyrs). Nous l’avons remarqué : l’auteur ne parle pas du premier cheval blanc qui a décidément une place à part. Il ne devra en effet jamais être oublié car celui qui le monte, c’est « le Verbe de Dieu », le Christ Ressuscité, Présent à la vie des hommes pour leur donner de « vaincre et vaincre encore » toutes ces épreuves qu’ils doivent traverser. Mais sa victoire est celle de la croix : échec apparent lorsque le Christ meurt de la pire mort qui pouvait exister à l’époque, mais triomphe total avec sa Résurrection qui ne laissera en tout et pour tout qu’un tombeau vide… Et « le disciple n’est pas au‑dessus du maître ; tout disciple accompli sera comme son maître » (Lc 6,40). Tel fut le chemin du Christ, tel sera aussi le nôtre, d’une manière ou d’une autre, avec la Puissance de l’Esprit Saint qui viendra à notre secours et qui, nous l’espérons, nous donnera de « tenir bon »…

Croix Alain Dumas

            Avec le cinquième sceau, St Jean va évoquer tous les martyrs qui sont déjà morts « pour la Parole de Dieu et leur témoignage ». Jean-Baptiste fut assassiné par Hérode en vrai précurseur de Jésus (Mt 14,3-12), Etienne fut lapidé (Ac 7,55-60), Jacques, frère de Jean, périt par le glaive sur ordre d’Hérode (Ac 12,3)… Et dans les années 64-67, à Rome, Pierre sera crucifié dans le cirque de Néron, tandis que Paul, lui, sera décapité… Et beaucoup d’autres encore, comme Antipas (Ap 2,14), connurent le même sort…

             Où sont-ils ? Que sont-ils devenus ? Ils ne sont pas descendus, comme beaucoup le croyaient à l’époque, sous la terre, au Shéol ou dans l’Hadès, le lugubre royaume des morts. Ils sont « sous l’autel ». Or l’autel renvoie, dans la Bible, à la Présence de Dieu. Ils sont donc sous son ombre (Lc 1,35), sous sa protection, sous sa garde, et rien ni personne ne pourra les arracher de sa main (Jn 10,27-30). « Les âmes des justes sont dans la main de Dieu. Et nul tourment ne les atteindra. Aux yeux des insensés, ils ont paru bien morts, leur départ a été tenu pour un malheur et leur voyage loin de nous pour un anéantissement, mais eux sont en paix.  S’ils ont, aux yeux des hommes, subi des châtiments, leur espérance était pleine d’immortalité ; pour une légère correction, ils recevront de grands bienfaits. Dieu en effet les a mis à l’épreuve et il les a trouvés dignes de lui ; comme l’or au creuset, il les a éprouvés, comme un parfait holocauste, il les a agréés. Au temps de leur visite, ils resplendiront, et comme des étincelles à travers le chaume, ils courront. Ils jugeront les nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux à jamais. Ceux qui mettent en lui leur confiance comprendront la vérité et ceux qui sont fidèles demeureront auprès de lui dans l’amour, car la grâce et la miséricorde sont pour ses saints et sa visite est pour ses élus » (Sg 3,1‑9). 

Agneau Mystique

            « Egorgés » (Ap 6,8) comme « l’agneau » (Ap 5,6), ils partagent aussi maintenant sa vie de Ressuscité en attendant le plein accomplissement du projet de Dieu sur nous tous : « J’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir » (Crédo)… Car « Celui qui a ressuscité le Seigneur Jésus nous ressuscitera nous aussi avec Jésus, et nous placera près de lui » (2Co 4,14). Oui, « nous croyons que Jésus est mort et qu’il est ressuscité ; et de même, ceux qui se sont endormis en Jésus, Dieu les emmènera avec lui » (1Th 4,14). Ils participeront alors à la nature divine de Celui qui n’est que Lumière et Vie, car elle leur sera « donnée » comme « une robe blanche »…

Puis ils patienteront « un peu, le temps que fussent au complet leurs compagnons de service et leurs frères qui doivent être mis à mort comme eux ». Le chapitre suivant, en un passage qui est un vrai petit évangile en miniature (Ap 7,9‑17) nous apportera quelques précisions à leur sujet…

             Le sixième sceau évoque la fin du monde, en des termes très proches de ceux de l’Evangile de Matthieu (24,29-31) : « Aussitôt après la tribulation de ces jours-là, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa lumière, les étoiles tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors apparaîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme ; et alors toutes les races de la terre se frapperont la poitrine ; et l’on verra le Fils de l’homme venant sur les nuées du ciel avec puissance et grande gloire. Et il enverra ses anges avec une trompette sonore, pour rassembler ses élus des quatre vents, des extrémités des cieux à leurs extrémités. »

            Ici, « trompettes », précédemment « voix de tonnerre » (Ap 6,1) : nous retrouvons ces images qui accompagnent habituellement une manifestation de Dieu. Ici, nous sommes à la fin du monde, précédemment, nous étions dans le cours de l’histoire avec toutes les épreuves et les souffrances que l’on peut connaître sur cette terre. Mais dans les deux cas, Dieu est présent, Dieu se manifeste, avec une intensité toute particulière bien sûr à la fin du monde. Or, nous l’avons vu, dès que Dieu est présent, le jugement est là lui aussi, et notre passage va évoquer le jugement dernier avec la réaction qu’auront face à Dieu tous ceux qui l’avaient mis à la porte de leur vie. Plongés dans les ténèbres par suite de leurs fautes, ils étaient sous l’emprise du Prince des Ténèbres qui ne cesse de pervertir l’image de Dieu en le présentant comme un Dictateur Tout Puissant qui punit et châtie dans sa justice implacable tous ceux qui ont osé lui désobéir… Face à une telle perception, on comprend la réaction de ceux et celles qui se retrouvent brusquement dans l’éclat de sa Présence : « Ils allèrent se terrer dans les cavernes et parmi les rochers des montagnes, disant aux montagnes et aux rochers : « Croulez sur nous et cachez-nous loin de Celui qui siège sur le Trône et loin de la colère de l’Agneau » (Ap 6,15-16). Ils ont exactement la même réaction qu’Adam et Eve qui, après leur désobéissance, coururent « se cacher parmi les arbres du jardin » quand « ils entendirent le pas du Seigneur Dieu »… Tous les éléments du « jugement » que nous avons vu précédemment sont là : Présence de Dieu, absence de foi, de confiance, d’obéissance filiale, fuite loin de la lumière par peur du châtiment, car ils se savent bien coupables… Mais Dieu n’est pas ainsi. Lui les désire, Lui les recherche, Lui les veut à ses côtés, en sa Présence, dans son Jardin, en sa Maison… Il va les chercher, « Où es-tu ? », et puisqu’ils ont honte par suite de leurs fautes, un sentiment décrit par l’intermédiaire de l’image de la nudité, l’innocence perdue, « le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau et les en vêtit » (Gn 3,21), pour cacher la honte de leur nudité… « Tu as aimé, Seigneur, cette terre, tu as fait revenir les déportés de Jacob ; tu as ôté le péché de ton peuple, tu as couvert toute sa faute » (Ps 85(84),2-3)… prodigueEncore faut-il accepter ce pardon offert, d’où l’urgence d’annoncer le plus largement possible l’Amour de ce Père Miséricordieux et rempli de Tendresse qui s’est révélé en Plénitude en Jésus Christ son Fils… Car au dernier jour du monde, il sera « arrivé, le grand jour de sa Colère »… Or le thème de « la Colère de Dieu » renvoie toujours dans la Bible aux conséquences du péché… Alors, quand les ténèbres seront pleinement manifestées « ténèbres » dans la Lumière du Seigneur, tous ceux et celles qui n’auront pas reconnu que « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16) et qu’Il n’est qu’Amour, s’enfuiront loin de Celui dont ils auront peur alors qu’Il les attend et les désire ! « Qui tiendra donc devant ta face ? », c’est-à-dire en ta Présence ? « Mes ennemis, eux, retournent en arrière, ils fléchissent, ils périssent devant ta face », écrivait le Psalmiste, tandis que moi, « que tu soutiens » dans ta Tendresse et ta Bonté, « je resterai indemne, car tu m’auras à jamais établi devant ta face » grâce à ton Pardon et à ta Miséricorde. En effet, le Seigneur « pardonne toutes tes offenses et te guérit de toute maladie ; il réclame ta vie à la tombe » où nos fautes nous entraînaient, « et te couronne d’amour et de tendresse… Car le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour ; il n’agit pas envers nous selon nos fautes, ne nous rend pas selon nos offenses. Comme le ciel domine la terre, fort est son amour pour qui le craint ; aussi loin qu’est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés ; comme la tendresse du père pour ses fils, la tendresse du Seigneur pour qui le craint ! ». Alors, j’en suis sûr, « tu m’apprendras le chemin de vie, devant ta face, plénitude de joie, en ta droite, délices éternelles » (Ps 76(75),8 ; 9,4 ; 41(40),13 ; 103(102),1-13 ; 16(15),11).           

D. Jacques Fournier

[1] PRIGENT P., « L’Apocalypse de Saint Jean » (Aux éditions Delachaux et Niestlé, Paris 1981) p. 109. Sans oublier que la notion de « châtiment » dans la Bible renvoie aux conséquences du péché. Dieu ne châtie jamais, il ne punit jamais… C’est l’homme qui, par ses fautes et son manque de foi, se retrouve dans des conditions de vie difficiles, sinon désastreuses. Et Dieu n’en rajoute pas ; bien au contraire, son seul désir est de les soulager par sa Présence et son action. C’est ainsi que le Christ, lui qui n’avait jamais commis de faute, « se fera péché pour nous » (2Co 5,21 ; Mt 8,17 ; 1P 2,21-25) en prenant sur lui toutes les conséquences de nos péchés. Et c’est comme cela qu’il nous soulage, en se proposant de porter avec nous tout le poids de nos misères. Mais pour l’accueillir, il faut se tourner vers Lui de tout cœur et donc au même moment, se détourner du mal…

AP – SI – Fiche 15 – Ap 6 : cliquer sur le titre précédent pour avoir accès au document PDF de cet article.

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