Le Baptême de Jésus (Lc 3,21-22)

BaptèmeJésus

 

Lc 3,21-22 : Comme tout le peuple se faisait baptiser
et que Jésus priait, après avoir été baptisé lui aussi,
alors le ciel s’ouvrit.
(22) L’Esprit Saint descendit sur Jésus,
sous une apparence corporelle, comme une colombe.
Du ciel une voix se fit entendre :
« C’est toi mon Fils : moi, aujourd’hui, je t’ai engendré. »

 

 

 

Jean-Baptiste invitait à « un baptême de conversion en vue du pardon des péchés » (Luc 3,3). Pour ceux et celles qui acceptaient d’entrer avec lui dans les eaux du Jourdain, ce baptême n’était qu’un geste concret qui manifestait leur réel désir de changer de vie. Les foules commençaient donc par se reconnaître « pécheurs », puis Jean-Baptiste les exhortait « à produire des fruits qui témoignent de leur conversion » (Luc 3,8) : partager avec ceux qui n’ont pas de quoi se vêtir ou se nourrir, pratiquer la justice, s’interdire toute violence (Luc 3,10-14)…

Ce baptême dans l’eau ne faisait qu’annoncer le baptême dans l’Esprit Saint et le feu (Luc 3,16) qu’apporterait le Christ Sauveur à tous ceux et celles qui viendraient à lui en acceptant le plus simplement possible de se reconnaître « pécheurs ». En invitant les foules au repentir, Jean Baptiste « préparait donc les chemins du Seigneur » (Luc 3,4-6).

Une fois cette mission accomplie, Jésus entre en scène : nous sommes au tout début de sa vie publique. Une vingtaine d’années se sont écoulées depuis le dernier épisode où St Luc nous l’avait présenté parmi les Docteurs de la Loi, dans le Temple de Jérusalem, alors qu’il n’avait que douze ans (Luc 2,41-52). Les circonstances de son retour dans l’Evangile sont donc tout spécialement importantes. Et que constatons-nous ?

Jésus baptême st esprit

– 1 – Jésus intervient « une fois que tout le Peuple eut été baptisé ». Il a donc laissé passer devant lui tous ceux et celles qui étaient là, et il a pris la dernière place… Nous constatons déjà combien Jésus n’est pas de ceux qui se mettent en avant… « Doux et humble de cœur » (Matthieu 11,28-30), il se ceindra du tablier de serviteur, comme celui qui sert à table (Luc 22,24 27), comme l’esclave au pied de ses maîtres (Jean 13,1-5). Telle est l’attitude de Celui qui, « de riche qu’il était, s’est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté » (2Corinthiens 8,9). Ainsi, « lui qui était de condition divine », lui qui, pourrait-on dire, était à la première place, « a pris la condition d’esclave », c’est-à-dire la dernière place, pour que nous puissions tous être au ciel, avec Lui, à la première place (Philippiens 2,6-11; Jean 17,24 ; Matthieu 19,28 ; Luc 22,28-30).

– 2 – De plus, ce baptême de repentir était destiné aux pécheurs. Quiconque regardait Jésus, à la dernière place, pouvait penser qu’il était comme tous les autres, un pécheur… Mais Jésus n’a jamais rien fait (Luc 23,41) ou dit (Jean 18,23 ; 1Pierre 2,21-25) de mal, il n’a jamais connu le péché (2Corinthiens 5,21 ; cf Jean 8,29 ; 8,46). Mais il a voulu, par amour, rejoindre les pécheurs que nous sommes, là où notre péché nous avait conduits, pour nous offrir le pardon de toutes nos fautes (Luc 5,20), s’unir à nous (1Corinthiens 6,17) et nous transformer en lui…

agneau de dieuEn agissant ainsi, l’agneau sans tache (1Pierre 1,19) nous montre le chemin. Il nous invite à l’humilité, à la vérité et à la confiance en son amour inébranlable. Jésus veut, de toute la force de son Cœur, nous rejoindre et nous prendre auprès de Lui (Luc 15,4-7 ; Voir le texte de Ste Thérèse de Lisieux en fin de fiche). Il veut que nous soyons avec Lui et que nous vivions de sa Vie (Jean 10,10), « saints et immaculés en sa présence dans l’amour » (Ephésiens 1,3-8). Pour atteindre ce but, il n’a pas hésité à offrir sa propre vie (Jean 15,13 ; 10,11-15 ; 1Jean 3,16) en se livrant entre les mains des pécheurs (Ephésiens 5,25-27) pour le salut de tous les pécheurs (1Timothée 2,3-5; Jean 3,14 17 ; Matthieu 20,28)… Et maintenant, ressuscité, Il est toujours avec nous pour nous inviter et nous inviter encore à vivre en sa Présence (Matthieu 28,20). En sa chair glorifiée, Il est dorénavant cet « Esprit Vivifiant » (1Corinthiens 15,45) qui ne cesse de proposer sa Vie au monde (Apocalypse 22,17 ; 21,5-6 ; 22,1 ; Jean 7,37-39 ; 4,10 ; 3,36 ; 5,24 ; 6,32-33 ; 6,35 ; 6,47 ; 6,51; 6,54; 8,12; 10,27-28 ; 17,1-3 ; 20,31 ; 1Jean 5,11 13 ; Galates 5,25). Tel est ce formidable cadeau que nous sommes invités à recevoir sans cesse de sa Miséricorde (Actes 11,18 ; Romains 6,23 ; Jude 1,21). Et si vraiment nous avons découvert cette Paix, cette Joie simple et discrète, cette Nouveauté de Vie (2Corinthiens 5,17), alors nous ferons tout notre possible pour que le maximum de personnes autour de nous puissent aussi en bénéficier : « Allez annoncer hardiment au Peuple tout ce qui concerne cette Vie-là », dit l’Ange du Seigneur aux apôtres (Actes 5,20). Oui, « la Vie s’est manifestée, nous l’avons expérimentée, dira St Jean, et maintenant nous en rendons témoignage ; nous vous annonçons cette Vie éternelle pour que vous aussi vous soyez en communion avec nous » (1Jean 1,1-4 ; 2Timothée 1,1).

Dans l’épisode du baptême de Jésus, St Luc est le seul à nous le présenter en prière (Comparer avec Matthieu 3,13-17 ; Marc 1,9-11). Et il continuera par la suite à être le seul à insister sur la prière de Jésus, nous l’offrant ainsi en exemple (Luc 5,15-16 ; 6,12-16 ; 9,18-21 ; 9,28-29 ; 11,1-4 ; 22,39-46). Regardons maintenant la chronologie des faits :

Jésus en prière11 – Jésus est en prière, tourné de cœur vers le Père (Jean 1,18: Il est toujours ainsi), attentif à lui et à lui seul…

2 – Le Père intervient, prenant l’initiative « d’ouvrir le ciel », cette voûte céleste qui, pensait-on, recouvrait, comme une grande coupole, une terre que l’on croyait plate … Au dessus, se trouvaient les eaux d’en haut et au delà encore, la demeure de Dieu. A l’époque de Jésus, le ciel passait pour être « fermé », car le mouvement prophétique s’était éteint depuis plusieurs siècles. Aussi, une grande plainte s’élevait vers Dieu : « Ah ! Si tu déchirais les cieux et descendais » (Isaïe 63,19). Avec le Christ, cette prière est exaucée : Dieu a déchiré les cieux, détruisant tout ce qui pouvait le séparer du monde des hommes. La communication est rétablie, le ciel s’est ouvert, et personne ne dira par la suite qu’il s’est refermé : il demeure ouvert, jusqu’à la fin des temps… Grâce au Christ qui est tout à la fois le Chemin et la Porte (Jean 14,6 ; 10,7-9), le ciel et la terre sont désormais tout proches l’un de l’autre (Matthieu 3,1-2; 4,17 ; 10,7 ; Marc 1,14-15 ; Luc 10,8 11), unis dans l’Esprit en un mystère de communion que la foi seule peut percevoir (Ephésiens 1,9-10 ; Colossiens 1,15-20 ; Jean 11,49-52 ; 14,19-20).

3 – Puis le Père envoie l’Esprit et St Luc insiste sur la réalité « concrète » de ce don spirituel en utilisant l’expression « sous une forme corporelle » : l’Esprit s’est mystérieusement et bien réellement manifesté, mais « ce qui est de la chair est chair, et ce qui est de l’Esprit est esprit » (cf Jean 3,6). Aussi, pour bien marquer cette différence, St Luc rajoutera « comme une colombe » : ce n’était pas une colombe, mais cette manifestation faisait penser à la beauté, à la douceur, à la délicatesse du vol d’une colombe…

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4 – Grâce à cette manifestation du ciel, toute la foule a pris conscience d’une réalité qui, pour Jésus, existe depuis toujours: l’Esprit du Père repose sur Lui en Plénitude, de telle sorte que tout ce qu’a le Père est aussi en Jésus (Jean 16,15 ; Colossiens 2,9). Cet Esprit de Dieu est donc tout en même temps en ces deux personnes distinctes que sont le Père et le Fils. Le Père en effet se donne continuellement au Fils ; et le Fils de son côté est toujours accueillant et ouvert au don du Père. Donné sans cesse par le Père, l’Esprit du Père est donc dans le Fils, et en tant que tel, nous pouvons l’appeler « l’Esprit du Fils » ou « l’Esprit du Christ » (Romains 8,9). Et bien sûr, au même instant, cet Esprit est aussi dans le Père… C’est ainsi que le Père et le Fils, tout en étant bien différents l’un de l’autre, sont UN par ce même Esprit d’Amour qui les habite et les unit (Jean 10,30). L’Esprit est donc la réalité spirituelle à la base du mystère de communion qui unit entre elles les différentes Personnes divines… Nous avons parlé du Père et du Fils, mais il en existe une Troisième, l’Esprit Saint (Jean 14,15-17 : Jésus était un défenseur pour ses disciples ; à sa prière, le Père en donnera « un autre »…). Il est Celui qui reçoit du Père pour donner au Fils. Ici, notre vocabulaire ne nous aide pas beaucoup car les mots « Esprit Saint » peuvent désigner soit la Troisième Personne de la Trinité, soit la nature divine qui est commune à ces Trois Personnes, une nature divine qui est Esprit (Jean 4,24) et qui, bien sûr, est Sainte (Psaume 99(98),5 ; Isaïe 1,4 ; 10,20 ; 12,6…). L’Esprit Saint Troisième Personne de la Trinité est donc Celui qui reçoit du Père la grâce spirituelle de l’Esprit pour la donner en Plénitude au Fils qui, à son tour, dans l’Amour, vit en se donnant au Père (Jean 14,31 ; Romains 6,10). Tel est le mouvement dans lequel le Christ veut à son tour nous entraîner : recevoir de Lui son Esprit (Jean 7,37-39), cet Esprit d’Amour (Romains 5,5) qu’il reçoit lui-même du Père, pour que nous vivions ensuite dans l’Amour (2Jean 1,6 ; Ephésiens 3,14-17 ; 1Thessaloniciens 3,12) en nous donnant au Christ (2Corinthiens 5,14-15) et à nos frères (Jean 15,12.17). Par le Fils, il nous est donc donné d’avoir part à l’Esprit du Fils, et c’est ainsi que nous sommes appelés à devenir des fils et des filles de Dieu (Jean 1,11-13 ; 3,3-8 ; Romains 8,14-17) à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,28-30).

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De toute éternité, le Père engendre donc le Fils en se donnant totalement à Lui par l’Esprit Saint Personne divine … Tel est le mystère qui se laisse percevoir au baptême de Jésus : après la manifestation du don de l’Esprit qui vient reposer sur lui, le Père déclare : « Tu es mon Fils ; moi, aujourd’hui, je t’ai engendré », et ceci, en Dieu, dure depuis toujours et pour toujours…
L’Esprit Saint Personne divine est donc le premier artisan de la communion qui unit le Père et le Fils. « Il est Celui qui fait que la rencontre s’accomplit » (Jacques Guillet), une rencontre qui est Vie. Et c’est bien ce que Dieu veut nous faire comprendre au baptême de Jésus : ce n’est qu’après la venue de l’Esprit sur le Fils que la voix du Père se fait entendre…

5 – Nous venons de voir quel sens a, dans le contexte des relations Père – Fils l’expression : « Tu es mon Fils, moi, aujourd’hui, je t’ai engendré ». Mais en parlant ainsi, Dieu cite le Psaume 2,7, un Psaume qui était chanté au cours des cérémonies d’intronisation d’un nouveau roi, présidées dans les temps anciens par un prophète (1Samuel 16,1-13). Le baptême de Jésus par le prophète Jean-Baptiste est donc en fait, dans l’Evangile, la cérémonie officielle au cours de laquelle Jésus est présenté comme le nouveau Roi d’Israël, le Messie promis, ce Fils de David sur qui repose en plénitude l’Onction de l’Esprit Saint. Et c’est grâce à elle qu’il pourra accomplir sa mission (Luc 4,16-22).

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Enfin, Jésus dans les eaux du Jourdain représente l’humanité tout entière appelée elle aussi à recevoir la Plénitude des dons de l’Esprit (Luc 15,31 à comparer avec Jean 17,10 ; 3,35), cet Esprit qui lave, purifie (Ezechiel 36,24-28), vivifie (2Corinthiens 3,6 ; Galates 5,25) et fait de chacun d’entre nous des fils et des filles de Dieu. Et c’est toujours grâce à ce don de l’Esprit que nous sommes introduits, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, dans ce mystère de communion qui unit entre elles les Trois Personnes divines (2Corinthiens 13,13 ; Philippiens 2,1-2 ; Ephésiens 2,17-18 ; 1Jean 1,2-3 ; 1Corinthiens 1,9 ; Jean 17,20-23) ; c’est « là » que nous trouvons la Paix, en surabondance (1Pierre 1,1-2 ; 2Pierre 1,1-2 ; Jude 1,2), gratuitement (Romains 5,20 ; 15,13), par amour (Romains 8,31-39)…

D. Jacques Fournier

 

Fiche 2M n°10 – Lc 3,21-22 : Cliquer sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.