Le don de l’Esprit Saint et le combat spirituel (Luc 11,5-36)

Alors que Jésus est en marche vers Jérusalem (Luc 9,51), St Luc ouvre au début de ce chapitre 11 une nouvelle section consacrée à la prière.

Elle est structurée en trois points :

             1 – Lc 11,1-4 : Jésus donne à ses disciples la prière du « Notre Père ».

             2 – Lc 11,5-13 : Puis il les invite, avec beaucoup d’insistance, à demander au Père

                                                    le don de l’Esprit Saint ; et il les assure qu’ils seront exaucés.

             3 – Luc 11,14-26 : Jésus est vainqueur de Satan par l’Esprit Saint ;

                                                                                              à nous maintenant d’être vigilants…

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Cette section est encadrée par deux invitations à écouter la Parole de Dieu et à la mettre en pratique (Luc 10,38-42 ; 11,27-28) : « Heureux ceux qui écoutent la Parole de Dieu et qui l’observent ». Marie, la sœur de Marthe, en est un bel exemple : « assise aux pieds du Seigneur, elle écoutait sa Parole ». Et Jésus dira à son sujet : « Elle a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ».

L’écoute de la Parole de Dieu et la prière sont en effet indissociables, car dans les deux cas, il s’agit avant tout d’ouvrir son cœur à Dieu, une attitude intérieure qui engage toute la vie. Et c’est l’Esprit Saint, l’Enseignant par excellence, qui sera toujours au cœur de l’action :

                      1 – C’est Lui en effet qui nous ouvre aux mystères évoqués par la Parole de Dieu et qui nous permet d’en comprendre le véritable sens (Jean 14,26[1]). Grâce à Lui et à sa Présence vivifiante (Jean 6,63 ; Galates 5,25), nous découvrons, en le vivant, le projet de Dieu tel qu’il nous est décrit par sa Parole : devenir pleinement ses enfants vivants de sa Vie (Jean 1,12-13)…

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                      2 – C’est Lui qui est notre Maître de prière. Il nous donne de pouvoir dire le « Notre Père », de tout cœur, en enfants du Père vivants de sa Vie. Et il nous inspire des désirs conformes à la volonté de Dieu (Romains 8,14-17 ; 8,26-27)…

 

                           3 – Enfin, c’est toujours Lui qui est le Maître d’œuvre de notre combat spirituel (Ephésiens 6,10-17). La Vie reçue de Lui sera en effet Lumière brillant au cœur de nos ténèbres, une Lumière sur laquelle les ténèbres n’ont aucune emprise (Jean 1,4-5). Et petit à petit, de miséricorde en miséricorde, elle purifiera nos désirs et les unifiera en Elle (Romains 8,13)…

La parabole de l’ami importun (Luc 11,5-8)

Avec cette parabole, Jésus agit comme un artiste devant sa toile : il commence par mettre la couleur de fond sur laquelle il peindra ensuite son sujet principal. Et ici, cette couleur est volontairement sombre pour que la Lumière éblouissante du Mystère de Dieu ressorte mieux juste après…

Remarquons également que Jésus n’arrêtera pas de prendre pour exemples nos relations humaines afin de nous aider à vivre le mieux possible, et le plus simplement possible, notre relation avec « Notre Père » du ciel :

Luc 11,1-4 : Notre Père.                               Ciel

Luc 11,5-8 : L’ami importun.                                   Terre

Luc 11,9-10 : Principe général sur la prière.                       Ciel

Luc 11,11-13a : Tout père donne de bonnes choses à son fils.       Terre

Luc 11,13b : Le Père donne l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent.       Ciel

Toute notre vie devrait donc se déployer sous le regard de notre « Papa du ciel » comme nous pourrions le faire envers le meilleur des papas de cette terre… « Regardez les oiseaux du ciel: ils ne sèment ni ne moissonnent ni ne recueillent en des greniers, et votre Père céleste les nourrit ! Ne valez-vous pas plus qu’eux ? » (Matthieu 6,26).

Avec « la Parabole de l’ami importun », Jésus nous entraîne donc avec lui sur les chaudes routes de Palestine, où il vaut mieux marcher le matin de très bonne heure ou en fin de journée, jusqu’à la tombée de la nuit… Ici, la marche s’est prolongée jusque fort tard puisque ce voyageur n’hésite pas à réveiller l’un de ses amis « au milieu de la nuit » (Luc 11,5) pour lui demander l’hospitalité… Mais ce dernier n’a rien à lui offrir. Il aurait pu attendre le lever du jour… Mais non, il va agir à son tour avec une certaine « impudence » (Luc 11,8 Bible de Jérusalem) pour aller demander « sans vergogne » (Luc 11,8 TOB) du pain à quelqu’un qu’il considère à son tour comme « un ami » (Luc 11,5). Certes, il a des circonstances atténuantes, mais St Luc veut insister ici sur le manque de qualité, parfois, de nos relations humaines, et il emploie volontairement un terme assez péjoratif. Les dictionnaires donnent en effet pour éna€deia (‘anaïdéia’) : « absence de retenue ; insistance déplacée » ; « impudence, manque de pitié, ressentiment implacable »…

Diapositive12Son voisin et ami est donc dans un profond sommeil. Or, à l’époque, dans les familles pauvres, tous dormaient dans une seule et même pièce. Le soir, on déroulait les nattes et chacun s’étendait à côté de son voisin. Pour aller chercher du pain et ouvrir la porte, cet homme devait donc réveiller tous les siens : « mes enfants et moi sommes au lit, je ne puis me lever pour t’en donner ». Même s’il a lui aussi des circonstances atténuantes, son refus d’être dérangé manifeste son égoïsme et le peu de cas qu’il fait de la gêne de celui qui l’appelle « mon ami ». Il dit en effet : « Je ne puis me lever »… C’est faux, et la suite montrera le contraire : il se lèvera pour lui donner tout ce dont il a besoin. Notons bien que lui n’emploie pas le mot ‘ami’ : l’égoïsme (penser à soi : « Ne me cause pas de tracas ») est bien le contraire de l’amour qui pense avant tout à l’autre…

St Luc veut donc nous présenter ici une circonstance peu favorable à l’exaucement d’une demande, et pourtant, un égoïste donnera tout ce dont il a besoin à un « impudent»… Le décor est posé… L’ambiance est sombre, mais la demande, elle, est exaucée… Alors combien plus celui qui demande l’Esprit Saint au Père du Ciel sera-t-il exaucé, lui qui s’adresse alors à « l’Ami des hommes » par excellence (Sagesse 1,6-7 ; 7,22-23), Celui qui est Amour en tout son Etre (1Jean 4,8.16), Celui qui s’est révélé en son Fils comme étant « Notre Père » (Jean 20,17) infiniment proche de chacun d’entre nous (Matthieu 4,17)… Et ce Père qui pense avant tout à nous et à notre salut donnera ce qu’Il a de plus cher, son Fils, qui mourra sur la croix pour que nous ayons part à sa Vie par le don de l’Esprit qui vivifie (Jean 6,32-33.51.63)…

La demande de l’Esprit Saint (Luc 11,9-13)

Ce paragraphe est directement relié au précédent, sans aucune transition : « Et moi je vous dis »… Nous l’avons dit : le contraste est posé… Jésus a pris l’exemple d’une relation humaine entre un impudent et un égoïste : le premier demande quelque chose au second et il est malgré tout exaucé … Jésus aborde maintenant la relation entre l’homme et son Père du Ciel sur le même registre : « Demandez et l’on vous donnera »…

L’insistance est ici très forte car en deux versets, Jésus va nous inviter par six fois à « demander », « chercher », « frapper à la porte »… Et à chaque invitation, il va nous assurer du bon aboutissement de la démarche, en se répétant et en insistant à nouveau… En effet, « demandez et l’on vous donnera » est repris peu après sous une autre forme, mais cette fois le deuxième verbe est au présent pour bien souligner l’actualité du don de Dieu dans l’aujourd’hui de notre foi : « Car quiconque demande reçoit ». Le « cherchez et vous trouverez » sera lui aussi repris de la même façon : « qui cherche trouve », tout comme, « frappez, la porte vous sera ouverte » : « et pour celui qui frappe, la porte s’ouvre » (traduction liturgique)[2]

Dieu Père (Giovanni Battista Cima)

En effet, une démarche de tout cœur ne peut qu’aboutir, car :

           1 – Avant même que nous demandions à Dieu quoique ce soit, Lui, déjà, nous donne, et notamment la vie, instant après instant… « Si Dieu tournait vers Lui son cœur, s’il concentrait en Lui son souffle (symbole de l’Esprit Saint) et son haleine, toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière » (Job 34,14-15 ; cf. Genèse 2,4b-7). Et cette vie que nous recevons de Lui est appelée à s’ouvrir librement et toujours davantage à la Vie qui jaillit sans cesse de Celui qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16) et Don (Siracide 11,17)[3], Soleil (Psaume 84(83),12), Source d’Eau Vive (Jérémie 2,13 ; Jean 4,10-14 ; Romains 6,23)…

     2 – Avant même que nous nous mettions à chercher Dieu, Lui nous cherche inlassablement jusqu’à ce qu’Il nous ait trouvés (Luc 15,4-10 ; Jean 4,23)… Et heureusement qu’il en est ainsi, car la conséquence la plus grave du péché est « l’oubli de Dieu » (Isaïe 17,10 ; Jérémie 2,32 ; 3,21 ; 13,25 ; 18,15 ; 23,27 ; Ezéchiel 22,12 ; 23,35 ; Osée 2,15 ; 13,6 ; Psaume 106(105),21) et donc « la non recherche de Dieu » (Romains 3,9-10) : « Juifs et Grecs, tous sont soumis au péché, comme il est écrit : Il n’est pas de juste, pas un seul, il n’en est pas de sensé, pas un qui recherche Dieu ». Mais Dieu, Lui, ne nous oublie jamais (Isaïe 49,13-16). Il se souvient toujours de l’Alliance qu’il a conclue avec toute chair, c’est-à-dire avec tout homme quel qu’il soit, cette Alliance qu’il a voulu mettre en œuvre avec et par Israël (Genèse 9,12-17 ; Lévitique 26,45 ; 2Maccabées 1,1-2 ; Ezéchiel 16,60 ; Psaume 111(110),5 ; Luc 1,72). Et il est parti à notre recherche par ses prophètes puis par son Fils qu’il a envoyé dans le monde pour que nous soyons tous rassemblés auprès de Lui dans l’Amour (Jean 12,51-52) : Jésus bon berger« Le Fils de l’Homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). Et puisque « Jésus‑Christ est le même hier et aujourd’hui, comme il le sera à jamais » (Hébreux 13,8), Ressuscité, il continue de chercher et de chercher encore, d’une manière ou d’une autre, tous les hommes qui, tous, sans exception, sont appelés à vivre éternellement de la Vie de Dieu, en sa Présence… Et ce mystère commence dès aujourd’hui pour les cœurs de bonne volonté qui s’ouvrent à cette Lumière qui, de toute façon, nous éclaire tous (Jean 1,1-5.9), et qui s’est tout spécialement manifestée en Jésus Christ, « le Sauveur du monde » (Jean 4,42 ; 8,12). Ainsi, celui qui cherche Dieu de tout son cœur ne pourra que le trouver, car il est déjà là, illuminant sa vie. « Cherchez le Royaume des cieux et sa justice », nous dit Jésus, pour ajouter juste après : « Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,31‑32)…

           3 – Enfin, avant même que nous nous mettions à frapper à la Porte du Royaume, Dieu depuis longtemps frappait à la porte de nos cœurs : « Je me tiens à la porte et je frappe. Si tu m’ouvres ton cœur, je ferai chez toi ma demeure » (Apocalypse 3,20 ; Luc 19,5 avec Zachée qui nous représente tous). Celui qui répondra et ouvrira la porte, ne pourra donc que rencontrer le Seigneur, comme nous pouvons le lire dans le Livre de la Sagesse, où la figure de la Sagesse renvoie à Dieu Lui-même (Sagesse 6,12-16) :

    Esprit Saint « La Sagesse est brillante,

                               elle ne se flétrit pas.

   Elle se laisse facilement contempler

                               par ceux qui l’aiment,

     elle se laisse trouver

                              par ceux qui la cherchent.

     Elle prévient ceux qui la désirent en se faisant connaître la première.

     Qui se lève tôt pour la chercher n’aura pas à peiner : il la trouvera assise à sa porte.

     La prendre à cœur est en effet la perfection de l’intelligence,

     et qui veille à cause d’elle sera vite exempt de soucis.

     Car ceux qui sont dignes d’elle, elle-même va partout les chercher

     et sur les sentiers elle leur apparaît avec bienveillance,

     à chaque pensée elle va au-devant d’eux ».

Mais avec le Christ, « ceux qui sont dignes d’elle » sont avant tout « les publicains et les pécheurs » (Luc 15,1 ; 5,8) qui, de par leur misère, sont « dignes » de se laisser combler par la Miséricorde de Celui qui leur fera toujours bon accueil (Luc 15,2). A Sr Faustine, Jésus disait : « Ecris : Plus grande est la misère, plus grand est le droit à ma Miséricorde. Appelle toutes les âmes à la confiance en l’incroyable abîme de ma Miséricorde, car je désire les sauver toutes. La Source de ma Miséricorde a été grande ouverte par la lance quand j’étais sur la Croix. C’était pour toutes les âmes, je n’ai exclu personne ». Ainsi, le Christ ne condamne pas, il offre à chaque fois son pardon et nous invite à ne plus pécher mais plutôt à vivre selon sa Parole (Jean 8,10-11.51 ; 12,47 ; 14,15). Alors, heureux ceux et celles qui l’écouteront, « car celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui-là qui m’aime ; et celui qui m’aime sera aimé de mon Père ; et je l’aimerai et je me manifesterai à lui… Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui, et nous nous ferons une demeure auprès de lui » (Jean 14,21-23). Tel est « le ciel », ou encore « le Royaume des Cieux », une réalité déjà offerte dès ici-bas à notre foi…

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Ainsi, quoique nous fassions, Dieu, dans nos vies, nous devance toujours : « Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous as aimés le premier et qui a envoyé son Fils en victime offerte pour nos péchés » (1Jean 4,10)… Et grâce à ce pardon offert, il nous a été donné de connaître Celui qui, de son côté, nous connaît depuis toujours (Jérémie 31,34 ; Galates 4,8-9).

« Celui qui demande » ne pourra donc que recevoir tout ce qui nous est déjà donné en Jésus-Christ, et ce n’est rien de moins que Dieu Lui-même ! Le Père en effet nous a donné son Fils (Jean 6,32-33) « plein de grâce et de vérité » (Jean 1,14) pour qu’en recevant de Lui par la foi cette grâce et cette vérité qui l’habitent en plénitude (Jean 1,17), nous devenions à notre tour des fils et des filles de Dieu (Jean 1,12-13 ; 1Jean 3,1 ; Romains 8,14-17), à l’image et ressemblance du Fils Unique (Romains 8,29), vivants comme Lui de l’Esprit qui vient du Père…

prodigue« Celui qui cherche » ne pourra que trouver ce Fils que le Père a envoyé dans le monde pour « chercher et sauver ce qui était perdu »… Ainsi, ce n’est pas nous qui allons à Lui, mais c’est Lui qui vient à nous et nous devrions toujours être prêts, de cœur, à l’accueillir… « Quand je serai allé et que je vous aurai préparé une place, à nouveau je viendrai et je vous prendrai près de moi afin que là où Je Suis vous Soyez vous aussi »… Et Jésus est auprès du Père, uni au Père dans la communion d’un même Esprit, d’une même Paix, d’un même Amour… « Je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai vers vous »… « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui » (Jean 14,3.18.23)… Puisque Jésus est toujours Celui qui d’une manière ou d’une autre vient à nous, nous ne pourrons que le trouver si nous le cherchons de tout cœur et si nous acceptons de le recevoir non pas tel que nous voudrions qu’il soit mais tel qu’il veut se donner à nous dans l’instant présent de notre foi… De temps en temps, nous pourrons le sentir ou le pressentir, le plus souvent il échappera à notre emprise, mais toujours, il nous comblera de sa Paix qui est calme et silence au fond du cœur…

Feuille lumière vieEt Dieu réalise très concrètement tout ceci par le don de l’Esprit Saint qui récapitule et résume tous les dons qu’il veut nous communiquer (Galates 4,6 ; 5,22-23). En effet, Dieu qui, de toute façon, est à la source de tout ce qui existe, ne peut pas nous donner plus en nous donnant l’Esprit Saint car, en agissant ainsi, Il se donne Lui-même ! En effet, « Dieu est Esprit » (Jean 4,24) et « Il est Saint » (Psaume 99(98)). En nous offrant la grâce de l’Esprit Saint, Il nous donne de participer par grâce à ce qu’il est par nature (2Pierre 1,4)… Et c’est ainsi que les pécheurs sont « lavés, sanctifiés, justifiés, par le nom du Seigneur Jésus-Christ et par l’Esprit de notre Dieu » (1Corinthiens 6,11). « Les plus grands pécheurs pourraient devenir de très grands saints s’ils se fiaient à ma Miséricorde », a dit Jésus à Sr Faustine. « Mon cœur déborde d’amour pour tout ce que j’ai créé. Je trouve mes délices à justifier les âmes. Mon Royaume ici-bas, c’est ma Vie dans les âmes », une Vie qui nous est transmise par « l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63)…

Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde pour lui communiquer toutes les richesses de son Esprit. Dieu veut donc, de toute la force de son cœur, que nous, pécheurs, nous devenions petit à petit, grâce à sa Patience et à son inépuisable Bonté, des femmes et des hommes « remplis » de son Esprit (cf. Luc 1,15.41.67 ; 2,40 avec Ephésiens 1,17 ; 4,1 ; Actes 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5.8 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52). C’est pour cela que Jésus insiste autant ici pour que nous demandions l’Esprit à notre Père du ciel. « Demander l’Esprit » sera en fait répondre à l’attente de Dieu et lui manifester notre désir libre et conscient de recevoir ce que Lui-même, en premier, veut nous donner. Voilà pourquoi cette prière ne peut qu’être exaucée, et l’Esprit se fera Présence humble, discrète mais souveraine et toute puissante de Celui qui est tout à la fois « doux et humble de cœur » mais aussi « miséricorde toute puissante » (Matthieu 11,29; Luc 1,49-50). Après avoir lu ce passage de St Luc, Ste Thérèse de Lisieux entra dans le bureau de sa Supérieure, et s’exclama : « Ma Mère ! Ma Mère ! Pour recevoir l’Esprit Saint, il suffit de le demander »…

Paris Surréalistes+annexesEt pour nous aider à grandir encore dans la confiance en l’exaucement d’une telle demande, Jésus prendra l’exemple très concret et très humain d’un père et de son fils. Certes, nous n’avons peut-être pas tous eu la chance d’avoir un bon « papa », mais lorsque tout se passe bien, nous savons qu’un père n’a qu’un seul désir : l’épanouissement de son fils. Et il fera tout pour qu’il en soit effectivement ainsi. Si, par exemple, ce dernier a faim et lui demande un poisson ou un œuf pour nourrir sa vie, son père lui donnera-t-il ce qui le conduirait à la mort : un scorpion ou un serpent venimeux ? Certainement pas ! Si donc « vous qui êtes mauvais », impudents ou égoïstes comme les deux hommes de la Parabole, « vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux en donnera-t-il de bonnes à ceux qui l’en prient », écrit St Matthieu (7,11), « car sa bonté est sans commune mesure avec celle des parents terrestres » (Hugues Cousin). Et en comparant ce dernier verset avec Luc 11,13, nous constatons à nouveau que « la bonne chose » par excellence que le Père du Ciel désire offrir à tous les hommes, ses enfants, est le don de l’Esprit Saint…

colombe_677Ainsi, au jour de notre baptême, nous avons tous été abreuvés par cet Unique Esprit (1Corinthiens 12,9.13 ; Ephésiens 4,1-6) déjà présent à notre cœur et à notre vie puisque c’est lui qui nous fait vivre (Genèse 2,4b-7) ! Mais cet Esprit, reçu librement, est appelé à s’épanouir dans toutes les dimensions de notre être pour devenir la Vie de notre vie, la Paix de nos cœurs, la Lumière de notre esprit, la force de notre faiblesse… Cet Esprit remplit les cœurs du Père, du Fils et du Saint Esprit[4]… Si, par notre « oui » tout simple à Dieu, il remplit aussi le nôtre, nous serons alors en communion avec le Père, le Fils et le Saint Esprit, et avec tous ceux et celles qui, d’une manière ou d’une autre, auront ouvert leur cœur à Dieu… Cet Esprit nous invitera tous à développer et à mettre en œuvre les dons que nous avons reçus pour le bien de tous ceux et celles qui nous entourent. Il pourra aussi nous communiquer tel ou tel « charisme » particulier pour le service de nos frères (1Corinthiens 12,4‑11). Ainsi, d’une manière ou d’une autre, chacun manifestera un aspect de l’insondable richesse de l’Esprit qui est tout à la fois celle du Père (Ephésiens 2,4‑10 ; 3,14-21 ; Philippiens 4,19 ; Romains 2,3-4 ; 11,33), du Fils (Ephésiens 3,8 ; 2Corinthiens 8,9) et du Saint Esprit… Et cette richesse est abondamment versée dans nos cœurs de pécheurs, ces vases qui, abandonnés à eux-mêmes, étaient voués à la perdition… Mais avec le Christ, l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, « ces vases dignes de perdition » deviennent des « vases de miséricorde » remplis gratuitement et par amour des trésors de sa gloire (Romains 9,20-24 ; Ephésiens 1,7-8 ; 2Corinthiens 4,5-7 ; Matthieu 13,44-46)…

Jésus est vainqueur de Satan par l’Esprit Saint (Luc 11,14-26)

Ombre et lumièreJésus parle ? Ses auditeurs sont dans l’admiration (Luc 4,22 ; Jean 7,46)… Jésus agit ? Les foules sont dans l’admiration (Luc 11,14) et dans la joie (Luc 13,17) car partout où il passait, « il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient tombés au pouvoir du diable ; car Dieu était avec lui » (Actes 10,38). Mais face à cette Lumière de Dieu qui se révélait et agissait avec lui et par lui (Jean 3,2 ; Actes 2,22-24), si beaucoup l’acceptaient, certains lui résistaient comme c’est le cas ici… Et tel est le jugement : ce n’est pas Dieu qui juge (Jean 5,22), mais ce sont les hommes qui, par leur « oui » ou leur « non », se jugent eux-mêmes en sa Présence (Jean 3,16-21). Et puisque les ténèbres ne sont qu’un refus de la Lumière de Dieu qui éclaire tout l’univers visible et invisible, face au Christ Lumière du monde, elles ne peuvent que se manifester (Marc 1,21-24 ; Luc 8,26-28) et le refuser, le rejeter…

Et c’est bien ce qui se passe ici… Elles réagissent face au signe accompli par le Christ et jouent leur jeu habituel en accusant la vérité de mensonge, « en appelant le mal bien et le bien mal, en faisant des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, de l’amer le doux et du doux l’amer » (Jean 8,42-47 ; Isaïe 5,20). Elles jettent ainsi la confusion, la suspicion et le doute dans les esprits…

Tentation-de-Jésus-3Aussi Jésus qui chasse les démons grâce à l’action de Dieu son Père est-il accusé injustement de les chasser non pas par la Lumière mais par les ténèbres : « C’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons » (Luc 11,15)… Notons aussi tout de suite que le fait de « réclamer à Jésus un signe venant du ciel » est apparenté à la même attitude de refus de la Lumière, un refus qui entraîne l’aveuglement des cœurs (2Corinthiens 4,3-4). En effet, ils demandent « un signe venant du ciel » et ils ont sous leurs yeux le plus beau signe qui soit : Jésus, le Verbe fait chair, le Fils de l’Homme, celui qui est « descendu du ciel pour donner la Vie au monde » (Jean 1,14 ; 3,13.31-32 ; 6,32-33.38-40.50-51.58). Mais Jésus répondra plus tard à cette demande de signe (Luc 11,29-32)…Remarquons malgré tout que là encore se vérifie à la fois l’invitation de Jésus, « demandez et l’on vous donnera », et le fait que Dieu nous précède toujours car au moment même où ils demandent « un signe venant du ciel » ils ont sous les yeux « le signe venant du ciel » que Dieu a voulu leur donner, Jésus de Nazareth, le fils de Marie… Mais ils l’attendaient autrement, ils se l’imaginaient autrement, et ils n’arrivent pas à reconnaître ce que Dieu leur donne… Puissions-nous donc accueillir et reconnaître la Présence de Dieu dans nos vies, non pas telle que nous voudrions qu’elle soit, mais telle qu’elle est déjà effectivement, dans la foi…

tentation jésus au désertEn parlant ainsi, « c’est par Béelzéboul, le prince des démons, qu’il expulse les démons », les sceptiques accusent Jésus d’être un faux prophète qui accomplit des signes non pas pour ramener les cœurs à Dieu mais au contraire pour les tromper et les détourner de Lui. « Si quelque prophète ou faiseur de songes surgit au milieu de toi, s’il te propose un signe ou un prodige et qu’ensuite ce signe ou ce prodige annoncé arrive, s’il te dit alors : « Allons à la suite d’autres dieux (que tu n’as pas connus) et servons-les », tu n’écouteras pas les paroles de ce prophète ni les songes de ce songeur… Ce prophète a prêché l’apostasie (« la révolte » (TOB), le reniement) envers Le Seigneur ton Dieu… et il t’aurait égaré loin de la voie où le Seigneur ton Dieu t’a ordonné de marcher » (Deutéronome 13,2-6). « Ainsi donc le critère ultime pour juger d’un prophète n’est pas la grandeur des miracles qu’il accomplit », aussi beaux soient-ils, « c’est la fidélité de son enseignement à la foi au Dieu unique ; un exorcisme qui détournerait le peuple de cette foi ne peut en aucun cas provenir de Dieu » (Hugues Cousin). Et on peut se souvenir par exemple des magiciens de Pharaon qui accomplissaient des signes semblables à ceux que Dieu faisait par Moïse, ou encore, dans les Actes des Apôtres, de « Simon, qui exerçait la magie et jetait le peuple de Samarie dans l’émerveillement. Il se disait quelqu’un de grand, et tous, du plus petit au plus grand, s’attachaient à lui. « Cet homme, disait-on, est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande. » Ils s’attachaient donc à lui, parce qu’il y avait longtemps qu’il les tenait émerveillés par ses sortilèges » (Exode 7,11-12.22; 8,3 ; Matthieu 24,23-25, Actes 8,9-11).

Face à ces attaques, Jésus va tout d’abord faire appel au bon sens : si c’est par le Prince des démons qu’il chasse les démons, ce dernier va vite se retrouver tout seul et son royaume devenir une peau de chagrin… Et pourquoi acceptent-ils d’un côté les exorcismes pratiqués par leurs fils, tout en refusant de l’autre ceux accomplis par Jésus, le fils de Marie dont peut-être certains connaissent ses cousins, « Jacques, Joseph, Simon et Jude » (Matthieu 13,53-58) ? Cette agressivité vis-à-vis de Jésus ne manifeste-t-elle pas indirectement la vérité de son Mystère ? S’attaque-t-on à ce qui n’en vaut pas la peine ? Cherche-t-on à démolir ce qui est sans importance ? Aujourd’hui encore l’Eglise « Corps du Christ » est attaquée, méprisée… Et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps… « Du moment qu’ils ont traité de Béelzéboul le maître de maison, que ne diront-ils pas de sa maisonnée ! » (Matthieu 10,25 ; 24,9-13 ; Luc 21,12‑19 ; Jean 15,18-16,4.33). Et ceci est d’autant plus vrai que l’Eglise est une communauté de pécheurs avançant difficilement sur les chemins de la conversion… Si certaines fautes sont inacceptables et exigent d’être corrigées le plus rapidement possible, il n’en demeure pas moins que l’Eglise sera marquée jusqu’à la fin des temps par les limites et les faiblesses de ses membres, c’est-à-dire de nous tous… Mais elles sont autant Dieu-Amourd’occasions de témoigner de la Miséricorde et de la Patience infinie de notre Dieu qui révèle toute sa Tendresse au cœur de nos difficultés et toute sa force dans notre faiblesse (2Corinthiens 12,7-10). Bénéficiaires de cette Miséricorde qui nous permet, envers et contre tout, de poursuivre notre chemin à la suite du Christ, nous deviendrons à notre tour de plus en plus miséricordieux pour tous ceux et celles qui nous entourent (Luc 6,36 ; Matthieu 5,7 ; 18,21-22). Car il s’agit d’être « parfait » non pas d’une perfection humaine qui serait exempte de toute forme de limite ou de faiblesse, mais « comme Dieu est parfait ». Or la perfection de Dieu est celle de l’Amour et de la Miséricorde (Comparer Luc 6,36 et Matthieu 5,48 précédé par une invitation à l’amour des ennemis !). La mort du Christ en croix en fut la plus belle démonstration (Luc 23,33-34 ; Romains 5,6-8 ; Actes 3,13-16.25-26)…

Non, Jésus ne cherche pas à détourner de Dieu, bien au contraire. Toute sa prédication est centrée sur la Présence actuelle, mais offerte à la foi, du Royaume des Cieux: « Le Règne, l’action agissante de Dieu n’est plus seulement à venir pour ceux qui entourent Jésus, elle œuvre parmi eux ». Et les signes que Jésus accomplit en sont une démonstration éclatante pour les hommes et les femmes de bonne volonté : « Si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le Royaume de Dieu est arrivé jusqu’à vous » (Luc 11,20). Et tel est le grand cadeau que le Christ est venu nous révéler. Il est en effet le Fils Unique et Eternel de Dieu venu en ce monde pour que nos yeux s’ouvrent à cette Lumière (Jean 9,39 ; 12,46 ; 8,12) qui de toute façon nous éclairait déjà puisqu’elle éclaire tout homme venant en ce monde (Jean 1,9). Il est donc venu nous révéler une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours, mais à laquelle nous étions devenus aveugles par suite du péché (Jean 12,40 qui cite Isaïe 6,9-10 ; cf. Jérémie 5,21). Et cette réalité apparaît dans toute sa pain de vivantsplendeur en sa personne puisqu’elle concerne avant tout cette relation de cœur que Dieu veut vivre avec chacun d’entre nous. En Jésus-Christ, en effet, elle est parfaite, car avec elle et par elle, le Fils reçoit tout de son Père, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’Il vit (Jean 3,35 ; 5,26 ; 6,57) dans l’Amour de l’Esprit Saint. Reconnaissons donc cette Lumière qui jaillit du cœur du Christ, car il désire nous la communiquer à nous aussi. Alors, en relation avec Lui et par Lui avec le Père, nous vivrons comme Lui les mystères du Royaume : une relation de cœur avec Dieu notre Père par laquelle nous recevrons le don de sa Vie dans l’Amour de l’Esprit Saint. Et dans la foi, l’Esprit se fera la Lumière de nos cœurs pour que nous puissions « voir » et reconnaître ce que l’œil seul ne peut voir (Ephésiens 1,17-20). « En toi est la Source de Vie ; par ta Lumière, nous voyons la Lumière » dit le Psalmiste (Psaume 36(35),10 ; cf. Jean 1,4-5 ; 8,12 ; 6,63) et la Bible de Jérusalem donne en note : « A la “ lumière de la face ” de Dieu (Psaume 27(26),1 ; 89 16 ; Job 29, 2), expression de sa bienveillance (cf. Psaume 4,7), l’homme trouve la lumière du bonheur ». Or cette Lumière s’est pleinement manifestée en Jésus-Christ… C’est pourquoi il disait à ses disciples : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez. Bien des prophètes et des rois ont voulu le voir et ne l’ont pas vu » (Matthieu 13,16-17)…

Bandeau-st-Esprit
Et nous pouvons noter que L’Esprit Saint apparaît à nouveau ici comme le Maître d’œuvre par lequel la volonté de Dieu s’accomplit. En St Luc, nous lisons en effet que « c’est par le doigt de Dieu » que Jésus expulse les démons (Luc 11,20). En St Matthieu, il le fait « par l’Esprit de Dieu » (Matthieu 12,28). Le parallèle entre les deux invite à appeler L’Esprit Saint « le doigt de Dieu », une expression qui renvoie au Livre de l’Exode où Dieu écrit sa Loi sur les deux tables de pierre avec « son doigt » (Exode 31,18). St Paul reprendra cette image en disant que la Loi Nouvelle de l’Amour, dans le cadre de la Nouvelle Alliance, n’est plus écrite par Dieu sur des tables de pierre, mais par le Christ, « sur des tables de chair, sur les cœurs », « non pas avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant » (2Corinthiens 3,3). C’est donc toujours par « son doigt », par « l’Esprit » que Dieu accomplit cette œuvre, comme toutes les autres œuvres d’ailleurs. Ainsi, lorsque les magiciens de Pharaon voient les moustiques s’abattrent sur le pays d’Egypte, une plaie contre laquelle ils ne peuvent rien faire, ils reconnaissent que tout se passe comme Moïse l’avait annoncé (cf. Exode 7,14-18.26-29 ; 8,16-19…) et ils disent à Pharaon : « C’est le doigt de Dieu » (Exode 8,15), ou encore, cette action porte la signature de Dieu… « Cette expression de l’Ancien Testament désigne l’intervention concrète et directe de Dieu dans le monde »[5]. Ainsi, quelque soit « l’intervention concrète et directe de Dieu dans le monde », elle sera toujours mise en œuvre par l’Esprit Saint…

Ce principe général s’applique au combat spirituel. Ainsi, lorsque Jésus était avec ses disciples, il veillait sur eux et les gardait du Mauvais (Jean 17,12.15). Ressuscité, il continue de le faire par l’Esprit Saint, cette Troisième Personne de la Trinité que le Père nous envoie à la prière de son Fils pour qu’il soit pour toujours avec nous. Le Fils défendait ses disciples ? Dorénavant, l’Esprit Saint fera de même (Matthieu 10,17-20). Mais l’influence bienfaisante de cette Présence ne peut que s’accueillir dans l’amour, c’est-à-dire dans le désir sincère de vivre le mieux possible selon la Parole du Christ. C’est pour cela qu’avant de parler à ses disciples de la venue « d’un autre Défenseur », qui le remplacera auprès d’eux après sa mort, sa Résurrection et son Ascension auprès du Père, Jésus met en premier le fait de « garder ses commandements » (Jean 14,15-17) :

     « Si vous m’aimez, vous garderez mes commandements ;

     et je prierai le Père

     et il vous donnera un autre Paraclet[6], pour qu’il soit avec vous à jamais,

     l’Esprit de Vérité, que le monde ne peut pas recevoir,

     parce qu’il ne le voit pas ni ne le reconnaît.

     Vous, vous le connaissez, parce qu’il demeure auprès de vous ; et en vous il sera ».

Et c’est cet Esprit Saint qui se battra avec nous et pour nous contre tout ce qui s’oppose à ce que nous vivions le mieux possible en relation de cœur avec Dieu. Ainsi « les armes de notre combat ne sont pas charnelles » (2Corinthiens 10,4), mais spirituelles : ce sont « les armes de Lumière » que nous communique, par l’Esprit Saint, Celui-là seul qui est Lumière (1Jean 1,5). Et il s’agit de les « revêtir » (Romains 13,12) comme on revêt une armure pour tenir bon face aux attaques de l’adversaire (Ephésiens 6,10-17 ; 1Thessaloniciens 5,8). Mais cette armure est en fait le Christ Lui-même, Celui que nous avons « revêtu » au jour de notre bapteme - remise du vetement blanc-2baptême et que le vêtement blanc des nouveaux baptisés symbolise (Galates 3,26-28). C’est vers Lui désormais qu’il faut se tourner de tout cœur en se détournant du mal (Romains 13,14 ; Ephésiens 4,17-24) et en lui demandant qu’il vienne à notre aide par la force de l’Esprit (2Timothée 1,7 ; 1Corinthiens 10,13). Alors le Christ règnera dans nos cœurs et dans nos vie par son Esprit. Unis à Lui dans la communion de cet Esprit, si le Prince de ce monde n’a aucun pouvoir sur le Christ, il n’aura aussi aucun pouvoir sur nous (Jean 14,30). Si la Lumière du Christ brille dans les ténèbres sans que celles-ci puissent la retenir (Jean 1,4-5), elle brillera aussi en nos cœurs et remportera la victoire sur tout ce qui s’oppose à elle (Colossiens 1,13-14). Notre première préoccupation devrait donc être notre relation au Christ. C’est vers Lui qu’il s’agit de tourner toute notre attention, et c’est Lui qui nous protègera de toutes les influences mauvaises et nous gardera dans sa Paix (Philippiens 4,4-7). En nous abandonnant entre ses mains et en le laissant agir, plus rien ne nous troublera, ou du moins à tous nos troubles offerts au Christ dans le combat de la foi succèdera la Paix, sa Paix (Jean 14,1.27). Mais il nous faut pour cela grandir dans la confiance en luttant contre la peur, car c’est par elle que le Prince de ce monde a prise sur nous. Mais nous la vaincrons par la prière en acceptant le plus possible de lâcher prise pour laisser le Christ agir en nous selon sa Parole (Matthieu 8,23-27 ; 14,22-33 ; Jean 6,16-21)… Cette attitude devrait être pour nous continuelle (Ephésiens 6,18-20), comme une « manière de vivre », car « le démon comme un lion rugissant va et vient à la recherche de sa proie » (1Pierre 5,8). Il s’agit donc de veiller et de lui résister avec le Christ, « fermes dans la foi »… Car il nous prévient : lorsque notre maison intérieure est balayée et bien en ordre, l’esprit mauvais qu’il a chassé peut prendre avec lui sept autres esprits plus mauvais que lui, entrer de nouveau si l’on y prend garde, et l’état final serait pire qu’au début (Luc 11,24-26), un état pitoyable car le mal ne peut pas apporter la vraie joie ni le vrai bonheur… Mais une telle perspective ne doit pas nous effrayer par avance : elle n’échapperait pas au pouvoir de Jésus. Il suffit de se rappeler le cas de Marie Madeleine qui avait été libérée de « sept démons » (Luc 8,1-2)…

marie-madeleine

Le signe de Jonas (Luc 11,29-32)

Jésus répond maintenant à ceux qui, dans leur aveuglement, lui demandaient un signe alors qu’ils avaient sous les yeux le Fils Unique de Dieu en son humanité, le plus beau signe qui soit de la Présence vivante et agissante de Dieu… Mais à la Lumière du Fils Unique de Dieu, le jugement se fait aussitôt : ceux qui croyaient voir et se flattaient de voir restent dans les ténèbres de leur cœur aveuglé par l’orgueil. Tandis que ceux qui, pleins de bonne volonté, acceptaient humblement de faire la vérité en disant simplement les choses telles qu’elles étaient, passaient aussitôt des ténèbres à la Lumière (Jean 9,39-41). Mais remarquons que ceux qui acceptaient ainsi de suivre leur conscience étaient déjà sans le savoir « en Dieu » (cf. Jean 3,21). C’est Lui en effet qui a donné à l’homme une conscience, ce foyer de lumière qui participe déjà quelque part à sa Lumière. En étant docile à leur conscience, ils étaient dociles à la Lumière de la Vérité, et donc déjà à Celui qui se présentait à eux comme « le Chemin, la Vérité et la Vie », « la Lumière du monde », cette même « Lumière qui éclaire tout homme venant en ce monde » (Jean 14,6 ; 8,12 ; 1,9) au plus profond de son cœur…

 Coeur de Jésus- Paray le Monial

En St Matthieu (Matthieu 12,38-42), « le signe de Jonas » renvoie à cet épisode où le prophète « fut dans le monstre marin durant trois jours et trois nuits. De même, le Fils de l’Homme sera dans le sein de la terre trois jours et trois nuits ». Le parallèle avec la Passion, la mort, la mise au tombeau et la Résurrection de Jésus est alors claire… Et Dieu ne laissera alors aux incrédules que le signe du tombeau vide… Mais St Luc ne fait pas du tout allusion à cet épisode. « Le signe de Jonas » peut alors être interprété différemment comme renvoyant à l’activité du prophète qui appela Ninive à la conversion. Et la réussite, une surprise pour lui, fut totale (Jonas 3) : « le roi, les hommes et même les bêtes firent pénitence en jeûnant et en se couvrant de sacs. De même cette génération n’aura pas d’autre signe que le Fils de l’Homme et sa prédication : le seul signe, c’est l’invitation à la conversion. N’allons pas trop vite juger que Dieu et son Christ ont été avares de signes. La parabole du riche et de Lazare soulignera justement que celui qui ne se convertit pas en écoutant la Parole de Dieu ne le ferait pas plus en voyant un mort ressusciter (Luc 16,31) »[7].

Lumière dans les coeursJésus prend ensuite comme exemple « la Reine du Midi », la « Reine de Saba » qui avait entendu parler de la Sagesse de Salomon, une Sagesse qui est toujours présentée dans la Bible comme étant un don de Dieu (1Rois 3,4-15 ; 5,9-14 ; Sagesse 9,1-18). Mais elle n’avait pas « voulu croire ce qu’on disait avant de venir et de voir de ses yeux ». Elle vint donc « éprouver Salomon par des énigmes » et « Salomon l’éclaira sur toutes ces questions : aucune ne fut pour le roi un secret qu’il ne put élucider ». Et la Reine de Saba sut reconnaître humblement la vérité : « Vraiment, on ne m’en avait pas appris la moitié : tu surpasses en sagesse et en prospérité la renommée dont j’ai eu l’écho » (1Rois 10,1-13). En reconnaissant la vérité de la sagesse de Salomon, elle reconnaissait, sans le savoir, la vérité de la Sagesse de Dieu : son cœur était ouvert à la vérité, et donc à Dieu Lui-même qui Est Vérité… Sans en avoir explicitement conscience, elle disait « Oui ! » à Dieu en disant « Oui ! » à la vérité présente en Salomon… Aussi, dit Jésus, « elle se lèvera lors du Jugement avec les hommes de cette génération et elle les condamnera[8] » en continuant de faire la vérité avec Celui qui n’est que Vérité… Et « les hommes de Ninive » feront de même car en croyant à ce que disait le prophète Jonas, et ils avaient reconnu humblement que leur conduite était mauvaise… Et là encore, croire en Jonas c’était croire en Dieu qui mettait sa Parole dans la bouche de son prophète. Le texte dit d’ailleurs, juste après la proclamation de Jonas : « Ils crurent en Dieu ». Et le roi de Ninive écrira : « On se couvrira de sacs, on criera vers Dieu avec force, et chacun se détournera de sa mauvaise conduite et de l’iniquité que commettent ses mains » (Jonas 3,5.8). Ainsi, bien avant la venue du Verbe fait chair, des femmes et des hommes païens qui vivaient dans un contexte religieux tout autre que celui d’Israël, étaient-ils déjà du côté de Dieu en étant de tout cœur ouverts à la vérité… Et Jésus nous les présente toujours ainsi au ciel, parmi les « sauvés »… La perspective est universelle, dépassant non seulement les frontières géographiques, mais encore celles du temps…

Visage de JésusNotons enfin que ceux qui se croyaient « sauvés » de par leur seule appartenance religieuse se retrouvent en fait parmi « les condamnés » : « Il ne suffit pas de me dire « Seigneur ! Seigneur ! pour entrer dans le Royaume des Cieux, mais il faut faire la volonté de mon Père qui est dans les cieux ! » (Matthieu 7,21-23). Et aujourd’hui encore, tant d’hommes et de femmes, sans appartenance religieuse ou d’une autre appartenance religieuse que la nôtre, l’accomplissent en étant fidèles à ce qu’ils ont perçu de la vérité !

Jésus conclut enfin par deux images qui se rejoignent (Luc 11,33-36) : il est cette Lumière que Dieu a envoyée au milieu des hommes pour qu’ils puissent en percevoir la clarté. Mais seul le cœur de bonne volonté, ouvert à la vérité, saura la reconnaître et l’accueillir. Heureux alors sera-t-il car toute sa vie en sera illuminée, et lui-même sera lumineux tout entier (Ephésiens 5,8-9)…

                                                                                                                D. Jacques Fournier

 

[1] La Bible de Jérusalem donne en note pour ce verset : « Après le départ du Christ, c’est l’Esprit qui le remplace auprès des fidèles (Jean 14,16-17 ; 16,7). Il est le “ Paraclet ”, l’avocat qui intercède auprès du Père (1 Jean 2,1), ou qui plaide devant les tribunaux humains (Jean 15,26-27 ; cf. Luc 12,11-12 ; Matthieu 10,19-20 ; Actes 5,32) ; il est l’Esprit de vérité (Jean 8,32) qui mène à la vérité tout entière (Jean 16,13), faisant comprendre la personnalité mystérieuse du Christ : comment il accomplit les Ecritures (Jean 5,39), quel était le sens de ses paroles (Jean 2,19), de ses actes, de ses “ signes ” (Jean 14,16 ; 16,13 ; 1 Jean 2,20s ; 2,27 ; Romains 8,16), toutes choses que les disciples n’avaient pas comprises auparavant (Jean 2,22 ; 12,16 ; 13,7 ; 20,9). Par là, l’Esprit rendra témoignage au Christ (Jean 15,26 ; 1 Jean 5,6-7), et confondra l’incrédulité du monde (Jean 16,8-11 ; Luc 24,49 ; Romains 5, 5) ».

[2] Le texte grec officiel du Nouveau Testament a un futur, repris par la TOB et la Bible de Jérusalem (« et à qui frappe on ouvrira »). Mais il signale qu’il existe « un considérable degré de doute » car beaucoup de manuscrits anciens, dont R75, un papyrus du début du troisième siècle après Jésus-Christ, ont bien un présent…

[3] La traduction grecque de l’Ancien Testament (la Septante) pourrait être traduite ainsi : « le fait que le Seigneur donne demeure pour les (hommes) pieux », c’est-à-dire ceux qui de leur côté demeurent tournés de cœur vers Celui qui n’est que Don…

[4] Attention à la difficulté de notre vocabulaire : « Père », « Fils » et « Saint Esprit » sont ici des noms propres employés pour désigner les Trois Personnes divines. Mais le mot « Esprit » est aussi utilisé pour décrire la nature divine : dans un tel cas, nous dirons que le Père est Esprit, le Fils est Esprit et l’Esprit Saint est Esprit. Cette nature divine « Esprit » correspond alors à ce que nous appelons aussi « la grâce » que Dieu communique à notre esprit… Chaque fois que nous rencontrons l’expression « Esprit Saint », nous devons donc nous demander si nous parlons de « l’Esprit Saint » Troisième Personne de la Trinité (Jean 14,15-17) ou de « l’Esprit Saint » nature divine (Matthieu 3,11)… Mais le plus souvent, les deux sens se rejoignent car c’est « l’Esprit Saint Personne divine » qui vient nous communiquer « l’Esprit Saint nature divine » et nous donner de participer ainsi à ce qu’Il Est selon notre condition de créature… Comme l’écrit le P. Congar : « L’Esprit Saint se cache derrière ses dons »…

[5] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 692.

[6] « Paraclet » du grec paravklhto” « celui qui est appelé auprès de », comme peut l’être un avocat, un défenseur, un consolateur, un intercesseur, un conseiller…

[7] COUSIN Hugues, « LES EVANGILES, textes et commentaires » (Bayard Compact, 2001) p. 694.

[8] Ceci n’est qu’une manière de parler, car Dieu ne condamne personne (Jean 3,16-18 ; 5,22 ; 8,10-11), tout comme ceux et celles qui se sont ouverts en vérité à la Lumière de sa Miséricorde et vivent en communion avec Lui (Colossiens 3,13 ; Philippiens 2,1-5 ; Luc 6,36-38 ; Matthieu 5,7). Mais face à Dieu, c’est-à-dire face à la Vérité, ce sont les hommes qui se jugeront eux-mêmes. En l’acceptant, ils s’ouvriront du même coup à la Miséricorde et au Pardon, car la Vérité de Dieu en est indissociable. Alors, tout ce qui n’a pas été accompli dans la Vérité de l’Amour disparaîtra, et eux seront sauvés « comme à travers le feu » (cf. 1Corinthiens 3,10-15). Mais s’ils refusent cette Vérité, ils se condamneront eux-mêmes…

 

Fiche n°14 – Lc 11,5-36 : cliquez sur le titre précédent pour accéder au document PDF pour lecture ou éventuelle impression.

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