Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Laodicée (Ap 3,14-22)

À l’Ange de l’Église de Laodicée, écris : Ainsi parle l’Amen, le Témoin fidèle et vrai, le Principe de la création de Dieu. (15) Je connais ta conduite : tu n’es ni froid ni chaud – que n’es-tu l’un ou l’autre ! – (16) Ainsi, puisque te voilà tiède, ni chaud ni froid, je vais te vomir de ma bouche. (17) Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien ; mais tu ne le vois donc pas : c’est toi qui es malheureux, pitoyable, pauvre, aveugle et nu ! (18) Aussi, suis donc mon conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue. (19) Ceux que j’aime, je les semonce et les corrige. Allons ! Un peu d’ardeur, et repens-toi ! (20) Voici, je me tiens à la porte et je frappe; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi. (21) Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône. (22) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises. 

             Après l’adresse habituelle à « l’Ange de l’Eglise de Laodicée », le Christ Ressuscité se présente à nouveau avec un titre qui, comme « le Saint » et « le Véritable », n’était encore jamais apparu jusqu’à présent : « l’Amen ». Ce mot vient de l’hébreu « ‘emûnah, vérité, stabilité, sûreté, constance, loyauté, fidélité, sincérité ». Le Christ est donc « l’Amen », c’est-à-dire « le Véritable », le Loyal, le Fidèle, Celui sur qui on peut compter toujours et partout, il ne décevra jamais (cf. Ps 22(21),4-6 ; Mt 7,24-25). En Is 65,16 le prophète nomme Dieu « le Dieu de l’Amen », une expression traduite par « le Dieu de vérité » (BJ ; TOB). Nommer Jésus du même nom que Dieu dans l’Ancien Testament, c’est encore une fois affirmer indirectement que le Fils partage la même condition divine que Celui qui, dans le Nouveau Testament, se révèlera comme étant aussi « Notre Père »…
            Puis Jésus se présente comme « le Témoin fidèle et vrai ». « Témoin fidèle » était déjà apparu en Ap 1,5 ; « vrai » reprend un des aspects de  « l’Amen », « le Vrai », « le Véritable »…
 amen
            « Le Principe de la création de Dieu » est par contre une expression nouvelle. Le Christ est ainsi Celui « par qui » le Créateur et Père a tout fait et continue de tout faire. St Jean l’avait déjà affirmé au tout début de son Evangile : « Au commencement était le Verbe et le Verbe était auprès de Dieu et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. Tout fut par lui, et sans lui rien ne fut » (Jn 1,1-3). Et si le Père a tout créé par son Fils et par la Puissance de l’Esprit Saint, il va tout sauver par son Fils et par la Puissance de l’Esprit Saint… Le salut que Jésus nous apporte permet donc le plein accomplissement du projet créateur de Dieu : que nous soyons ses enfants « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-27) vivants le plus parfaitement possible du Souffle de son Esprit (Gn 2,7)… St Paul reprendra ce thème du Christ Médiateur dans ses lettres : « Il n’y a pour nous qu’un seul Dieu, le Père, de qui tout vient et vers qui nous allons, et un seul Seigneur Jésus Christ, par qui tout existe et par qui nous sommes » (1Co 8,6). Et la TOB précise en note : « Dans cette phrase, les verbes absents en grec, ont dû être ajoutés pour la bonne compréhension du texte. On peut aussi comprendre ainsi la deuxième phrase : « et un seul Seigneur, Jésus Christ, par qui tout vient à l’existence et par qui nous allons (vers le Père) ». Et telle est la traduction de la Bible de Jérusalem (BJ). Et en Col 1,15-20, Paul écrit :
 
            « Il est l’Image du Dieu invisible, Premier-Né de toute créature,
             car c’est en lui qu’ont été créées toutes choses, dans les cieux et sur la terre,
             les visibles et les invisibles, Trônes, Seigneuries, Principautés, Puissances ;
             tout a été créé par lui et pour lui.
             Il est avant toutes choses et tout subsiste en lui.
            Et il est aussi la Tête du Corps, c’est-à-dire de l’Église :
             Il est le Principe, Premier-Né d’entre les morts,
             il fallait qu’il obtînt en tout la primauté,
             car Dieu s’est plu à faire habiter en lui toute la Plénitude
             et par lui à réconcilier tous les êtres pour lui,
            aussi bien sur la terre que dans les cieux,
                        en faisant la paix par le sang de sa croix ».
             La perspective est universelle. Que l’on en soit conscient ou pas, le Père nous a tous créés par son Fils, et instant après instant, c’est toujours Lui qui nous maintient dans l’existence par ce même Fils et par l’action de l’Esprit Saint. Dieu est ainsi infiniment proche de tout homme, quel qu’il soit, puisque c’est Lui qui est à la racine du mystère de son être, agissant au plus profond de son cœur pour lui donner « vie, souffle et toutes choses », comme l’écrit St Paul en Ac 17,24-28 :
             « Le Dieu qui a fait le monde et tout ce qui s’y trouve, lui, le Seigneur du ciel et de la terre, n’habite pas dans des temples faits de main d’homme. Il n’est pas non plus servi par des mains humaines, comme s’il avait besoin de quoi que ce soit, lui qui donne à tous vie, souffle et toutes choses. Si d’un principe unique[1] il a fait tout le genre humain pour qu’il habite sur toute la face de la terre ; s’il a fixé des temps déterminés et les limites de l’habitat des hommes, c’était afin qu’ils cherchent la divinité pour l’atteindre, si possible, comme à tâtons et la trouver ; aussi bien n’est-elle pas loin de chacun de nous. C’est en elle en effet que nous avons la vie, le mouvement et l’être ».
 main divine
            Aussi, lorsque le Christ nous annonce que « le Royaume des Cieux est tout proche » (Mt 4,17 ; 10,7), il nous permet de prendre conscience, petit à petit, d’une réalité qui existe depuis que les hommes existent… A la lumière de cette révélation, aidés par le soutien de sa grâce, nous pourrons alors mieux diriger notre vie en discernant ce qui va ou non dans le sens de l’accomplissement du projet de Dieu sur chacun d’entre nous. Et ce projet n’est que Vie et Plénitude de Vie pour tous les hommes qu’il aime. Voilà pourquoi il est urgent de toujours mieux connaître le Christ pour découvrir avec Lui « le Chemin qui conduit à la Vie » (Jn 14,6), et vivre ainsi le plus intensément possible, quelles que soient les épreuves que nous pouvons traverser. Et heureusement, le Christ est tout proche de tout homme, même s’il n’en a pas conscience, et il le guide au mieux par sa conscience, s’il lui obéit ! Le mystère de notre conscience s’enracine en effet dans la présence au plus profond de nous-mêmes de l’Esprit Saint, ce Souffle par lequel Dieu nous a créés (Gn 2,4b-7) et par lequel il nous maintient dans l’existence (Job 34,14-15)…  Obéir à sa conscience et aux valeurs de droiture, d’honnêteté, de justice… qui l’habitent, c’est donc obéir aux valeurs de Dieu et aller dans le sens de l’accomplissement de sa volonté, même si cette conscience aurait encore besoin d’être éclairée. Le Christ est justement venu pour cela, pour renouveler notre jugement à la Lumière de l’Esprit Saint et nous permettre le plus librement possible d’engager nos pas, à sa suite, sur des chemins de vie. « Ne vous modelez pas sur le monde présent, mais que le renouvellement de votre jugement vous transforme et vous fasse discerner quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui plaît, ce qui est parfait ». (Rm 12,2 ; Ep 4,17-24). Et ce qui plaît à Dieu, c’est de nous voir les plus « vivants » possible de sa Vie… Et pour ceux et celles qui n’auraient pas eu la chance de découvrir la Lumière de l’Evangile, Dieu, en s’adressant à leur bonne volonté, fera en sorte de les guider le mieux possible vers la Vie. Et comme le dit le Christ : « Le serviteur qui, connaissant la volonté de son maître, n’aura rien préparé ou fait selon sa volonté, recevra un grand nombre de coups », et ils ne seront que la conséquence de ses mauvais choix. « Quant à celui qui, sans la connaître, aura par sa conduite mérité des coups, il n’en recevra qu’un petit nombre » (Lc 12,47-48)…
             Enfin, si le Christ est « le Principe de la création de Dieu », si c’est par Lui que Dieu nous a tous créés et qu’il nous fait vivre en ce moment même, si c’est par Lui qu’il nous a réconciliés avec Lui en mourant sur la Croix, ce sera aussi par Lui qu’il nous ressuscitera et nous introduira pour toujours dans sa Vie… « Le Principe de la création de Dieu » est ainsi « le Premier né d’entre les morts », « car il fallait qu’il obtînt en tout la primauté »… Christ est l’unique Médiateur entre Dieu et les hommes (1Tm 2,5) et nous sommes tous invités à collaborer à son unique médiation en nous faisant ses serviteurs. La Vierge Marie le fit avec une intensité tout exceptionnelle : « Voici la Servante du Seigneur » (Lc 1,38)…
             Comme pour les Eglises d’Ephèse (Ap 2,2), de Thyatire (Ap 2,19), de Sardes (Ap 3,1), de Philadelphie (Ap 3,8), le Christ « connaît la conduite » des chrétiens de Laodicée (Ap 3,15). Dans leur vie de foi, ils ne sont ni chauds, ni froids… Leur amour s’est attiédi. Et Jésus va faire allusion à l’histoire de cette ville pour les inviter à sortir de leur tiédeur. A l’époque, « Laodicée est en effet une ville remarquablement prospère, tellement même qu’elle est une des rares villes asiatiques à avoir pu assurer seule sa reconstruction, aux lendemains du tremblement de terre de l’an 60 de notre ère, sans aucun recours à l’assistance romaine. La ville était renommée pour ses activités commerciales (fabrication de textiles et de vêtements) et bancaires, ainsi que pour son école médicale et les différents onguents pharmaceutiques qu’elle produisait »[2].
            Alors Jésus va leur déclarer : « Tu t’imagines : me voilà riche, je me suis enrichi et je n’ai besoin de rien »… Et tel est le grand danger des richesses matérielles qui peuvent laisser croire que leur seule présence suffit à notre bonheur et à notre bien-être. Mais non… Même si elles sont nécessaires, elles ne peuvent être le but et le centre de notre vie car tout passe : « la mite et le ver les consument », « les voleurs percent et cambriolent » (Mt 6,19), et un jour nous mourrons tous (Lc 12,13-21)… Ainsi, « la vie est plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (Lc 12,23)… Ceux qui ne se préoccupent que de leurs biens matériels sont rongés par le souci de les préserver ou d’en gagner toujours plus… Dans leur cœur, il n’y a ainsi plus de place pour accueillir les vrais biens, les seuls qui demeurent et qui peuvent apporter le vrai Bonheur… En fait, « malheureux sont-ils » (Lc 6,24), et le Christ se désole à leur sujet, Lui qui est venu nous donner d’avoir part à « son insondable richesse » : « Vous connaissez, en effet, la libéralité de notre Seigneur Jésus Christ, qui pour vous s’est fait pauvre, de riche qu’il était, afin de vous enrichir par sa pauvreté » (Ep 3,8 ; 2Co 8,9) . Si « les renards ont des tanières et les oiseaux du ciel ont des nids ; le Fils de l’homme, lui, n’a donc pas où reposer la tête » (Mt 8,21), mais il est riche de « la Plénitude que Dieu s’est plu à faire habiter en Lui » (Col 1,19). Et par la grâce de notre baptême, « nous nous trouvons en lui associés à sa plénitude » (Col 2,9‑10). St Jean dira de Jésus qu’il est ce « Fils Unique plein de grâce et de vérité » (Jn 1,14). Et si la Loi est autrefois venue par Moïse, « la grâce et la vérité sont venus par Jésus Christ » (Jn 1,17). Jésus est donc venu nous offrir ce dont il est rempli, cette Vie qu’il tient du Père de toute éternité et qui lui est communiquée par l’Esprit de grâce et de vérité… Ainsi Jésus « rempli de l’Esprit Saint » (Lc 4,1) veut-il que nous soyons tous « remplis » à notre tour de ce même Esprit Saint (Lc 1,15 ; 1,41 ; 1,67 ; Ac 2,4 ; 4,8 ; 4,31 ; 6,3 ; 6,5 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9 ; 13,52 ; 19,28) qui jaillit du Père et du Fils (Jn 15,26a et 4,10. Puis Jn 15,26b ; 4,13-14 avec 7,37-39)… Et c’est le Père qui donne au Fils « ce pouvoir », cette possibilité, cette faculté, de « donner la vie à toute chair » (Jn 17,3) par « son Esprit qui vivifie » (Jn 6,63)…
 main eau
            Les chrétiens de Laodicée se croient riches ? Ils disent « me voilà riche, je me suis enrichi, je n’ai besoin de rien » ? Mais leurs richesses les empêchent justement de recevoir les seuls vrais biens ! En fait, « ils sont malheureux, pitoyables, pauvres, aveugles et nus » car privés de cette Présence de Dieu qui, seule, peut « rassasier » le cœur de l’homme et le revêtir de sa Majesté, de sa Lumière et de sa Gloire… Ils ne peuvent dire, comme Isaïe : « Je suis plein d’allégresse dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu, car il m’a revêtu de vêtements de salut, il m’a drapé dans un manteau de justice » (cf. Is 61,10-62,5)… Voilà ce que le Christ est venu offrir, gratuitement, par amour, comme l’annonçait encore ce même prophète :
             Is 55,1-3 : « Ah ! vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez, achetez et mangez ; venez, achetez sans argent, sans payer, du vin et du lait. Pourquoi dépenser de l’argent pour autre chose que du pain, et ce que vous avez gagné, pour ce qui ne rassasie pas ? Écoutez, écoutez-moi et mangez ce qui est bon ; vous vous délecterez de mets succulents.  Prêtez l’oreille et venez vers moi, écoutez et vous vivrez ».
             Et Jésus dit ici : « Suis donc mon conseil : achète chez moi de l’or purifié au feu pour t’enrichir ; des habits blancs pour t’en revêtir et cacher la honte de ta nudité ; un collyre enfin pour t’en oindre les yeux et recouvrer la vue » (Ap 3,18). Toutes les spécialités de Laodicée sont ainsi reprises les unes après les autres !
             Nous l’avons vu en Ap 1,12-13 : tout ce qui est en « or » dans le Livre de l’Apocalypse renvoie au Mystère de la Divinité et à tout ce qui est en relation avec lui : la ceinture en or du Christ ressuscité (Ap 1,13), l’autel (Ap 9,13), les coupes (Ap 5,8), la pelle à parfum (Ap 8,3), la Jérusalem céleste en « or pur » (Ap 21,18)… Et l’or dans la Bible est le trésor par excellence des rois. St Jean utilise donc d’autant plus cette image pour présenter le Fils de l’Homme, Lui qui est « le Prince des rois de la terre » (Ap 1,5), et il nous le montre avec « sur la tête une couronne d’or » (Ap 14,14). Et tous les Anciens qui sont au ciel, c’est-à-dire tous ceux et celles qui ont accueilli le Christ et ses dons, ont eux aussi sur la tête « une couronne d’or » : ils participent au Mystère de sa Royauté (Ap 4,4)… « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3,21). C’est ce que Jésus avait déjà déclaré à ses disciples lors de son dernier repas, juste avant la Passion : « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28‑30).           
SAINT ESPRIT 1
Si le Christ invite donc les chrétiens de Laodicée à recevoir dès maintenant, dans la foi et par leur foi, « de l’or purifié au feu », c’est donc que le Royaume des Cieux quelque part est déjà là, déjà présent, déjà offert (Mt 12,28). « Heureux alors les pauvres de cœur, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,1) : dès aujourd’hui, Dieu règne dans leur cœur et dans leur vie, pour les arracher aux ténèbres, les préserver de tout mal, leur donner la force et la persévérance dans l’épreuve, la consolation, le réconfort et la paix dans la souffrance… Et tout ceci se réalise très concrètement par la Présence et l’action de l’Esprit Saint dans leur vie, un Esprit qui leur apporte toutes les richesses d’en haut en leur donnant de participer à « la nature divine » (2P 1,4)…

 

 

         
C’est ce qui est dit de nouveau avec l’image des « habits blancs », le « blanc » renvoyant dans l’Apocalypse au Mystère de ce que Dieu Est en Lui-même, à sa « nature divine ». Ainsi, « le trône » de Dieu est « blanc » (Ap 20,11). « La tête » du Christ Ressuscité est comme celle de « l’Ancien » (Dieu le Père) dans le Livre de Daniel : « avec des cheveux blancs comme de la laine blanche, comme de la neige » (Ap 1,14 ; Dn 7,9). Et le cheval que monte « le Verbe de Dieu », « le Fidèle et Vrai » est encore « blanc » (Ap 19,11-13)… Notons enfin que les Evangélistes ont utilisé cette même couleur symbolique lors de la Transfiguration du Christ, cet instant où le Mystère de sa Divinité apparut en toute clarté aux yeux émerveillés des disciples : « Et il advint, comme il priait, que l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d’une blancheur fulgurante » (Lc 9,29 ; Mt 17,2 ; Mc 9,2-3). Et si les Anciens, au ciel, sont revêtus de blanc, c’est bien parce qu’ « ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau » (Ap 7,14). Ils ont laissé la Miséricorde de Dieu remporter la victoire dans leur vie, ils se sont totalement abandonnés entre ses mains, ils se découvrent eux aussi « vainqueurs » avec le Christ, participant à sa victoire et à sa Vie, « revêtus de blanc », « inscrits au Livre de Vie » (Ap 3,4-5 ; 4,4)… Mais encore une fois, si le Christ propose dès maintenant « ces habits blancs » aux chrétiens de Laodicée, c’est bien parce que ce Mystère commence dès l’aujourd’hui de notre foi, dans la foi. Et il est offert notamment dans le cadre du sacrement de la Réconciliation où par l’Eglise, nous retrouvons, de pardon en pardon, ce « vêtement blanc » reçu au jour de notre baptême, un vêtement qui vient cacher « la honte de notre nudité » (Ap 3,18 ; cf. Gn 3,7) : nos péchés sont effacés, nous retrouvons la pleine dignité et la légitime fierté des enfants de Dieu…
             Ces reproches adressés aux chrétiens de Laodicée n’ont donc d’autre but que de leur permettre de retrouver tout ce dont ils avaient été privés par suite de leur tiédeur. Quel dommage ! Aussi le Christ vient-il les rejoindre par amour, et les secouer un peu pour les aider à retrouver la Plénitude de ces dons qu’il désire leur communiquer : sa Vie, sa Paix, sa Joie… « Ceux que j’aime, je les semonce et les corrige. Allons ! un peu d’ardeur et repens-toi ! » Et n’oublions jamais que lorsque le Seigneur nous demande quelque chose, il nous donne toujours la grâce nécessaire pour l’accomplir. Tous ses appels, toutes ses demandes, sont donc autant de révélations indirectes de la grâce qui nous est offerte. Cette ardeur, ce zèle qu’il attend des chrétiens de Laodicée sont de fait l’expression de leur amour : « Le zèle pour ta maison me dévorera » dit-on du Christ en St Jean (Jn 2,17). Et l’amour est le tout premier fruit de l’Esprit Saint : « l’amour de Dieu », l’amour avec lequel Dieu nous aime, « a été versé dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5 ; cf. Ga 5,22 ; Ep 5,8-9). Et si Jésus leur demande de se repentir, St Pierre nous présente la possibilité de se repentir comme un don de Dieu : « C’est lui », le Christ, « que Dieu a exalté par sa droite, le faisant Chef et Sauveur, afin d’accorder par lui la repentance et la rémission des péchés » (Ac 5,31). Et pour nous permettre de nous repentir, le Christ nous attire à Lui par la douceur de son Esprit (Jn 12,32), il nous révèle et nous fait expérimenter son Amour (Lc 24,32), sa Miséricorde, son Pardon, puis, dans l’Amour, il nous montre tout ce à quoi nous devons renoncer… Et par l’Esprit, il nous donne encore la force de le faire, petit à petit, jour après jour (2Tm 1,7 ; Rm 6,14)… Accepter cette démarche, c’est ouvrir la porte de son cœur à celui qui ne cesse d’y frapper (Ap 3,20). Alors il entrera, Lui près de nous et nous près de Lui (Jn 14,23), pour sa plus grande Joie et pour la nôtre…
                                                                                                             D. Jacques Fournier
[1] Ici, St Paul pense à la figure d’Adam interprétée à la lumière de Gn 3 comme le premier individu… Mais en Gn 1, Adam représente l’humanité tout entière : « Faisons Adam (singulier)… et qu’ils dominent (pluriel) » (Gn 1,26)…
[2] PREVOST JEAN-PIERRE, « L’Apocalypse » (Ed. Bayard / Centurion ; Paris 1995) p. 57.

 

AP – SI – Fiche 12 – Ap 3,14-22 cliquer sur le titre précédent pour ouvrir le document PDF.

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