Le Message du Christ Ressuscité à l’Eglise de Philadelphie (Ap 3,7-13)

            PhildelphieÀ l’Ange de l’Église de Philadelphie, écris : Ainsi parle le Saint, le Vrai, celui qui détient la clef de David : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira. (8) Je connais ta conduite : voici, j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer, et, disposant pourtant de peu de puissance, tu as gardé ma parole sans renier mon nom. (9) Voici, je forcerai ceux de la synagogue de Satan – ils usurpent la qualité de Juifs, les menteurs -, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé. (10) Puisque tu as gardé ma consigne de constance, à mon tour je te garderai de l’heure de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier pour éprouver les habitants de la terre. (11) Mon retour est proche : tiens ferme ce que tu as, pour que nul ne ravisse ta couronne. (12) Le vainqueur, je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu ; il n’en sortira plus jamais et je graverai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la Cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du Ciel, de chez mon Dieu, et le nom nouveau que je porte. (13) Celui qui a des oreilles, qu’il entende ce que l’Esprit dit aux Églises.

Comme pour les cinq messages précédents, St Jean s’adresse à « l’Ange de l’Eglise de Philadelphie », et l’on se souvient que le mot « ange », « angélos » en grec, signifie « messager ». Il devra donc transmettre ce qu’il aura lui-même reçu et se faire ainsi le Serviteur de cette Parole que Dieu lui communique par l’intermédiaire de St Jean.  Nous retrouvons ainsi celui qui a la charge de « veiller » sur sa communauté chrétienne (« épiskopéô » en grec, qui donnera notre « épiscopal » en français) : aujourd’hui, nos Evêques…
jésus enseignant 2
« Celui qui parle », c’est toujours le Christ Ressuscité s’adressant à St Jean « le Jour du Seigneur » (Ap 1,10), le Dimanche, jour privilégié de la rencontre avec Lui. Or, avec son Fils et par son Fils, c’est Dieu le Père qui nous adresse en fait la Parole (cf. Jn 8,28-29 ; 12,49-50 ; 17,8), une Parole qui n’a d’autre but que notre Vie (cf. Jn 6,47.63.68). A nous maintenant de l’écouter et de la faire passer le plus concrètement possible dans notre existence quotidienne par les choix que nous faisons, instant après instant, et nous découvrirons alors qu’avec elle, nous suivons « le Christ », Lui qui est « la Vérité et la Vie » (Jn 14,6), Plénitude de Vie (Col 2,9). Et il ne désire qu’une seule chose : que nous partagions avec Lui cette Plénitude qu’il tient de son Père (Jn 10,10 ; 5,26 ; 6,57). Et si Lui-même la reçoit par un cœur grand ouvert et toujours tourné vers le Père (Jn 1,18), nous ne pourrons la recevoir à notre tour que par un cœur grand ouvert et tourné le plus possible vers le Christ. Or, nos cœurs sont blessés par le mal que nous avons pu commettre, trop souvent fermés, repliés sur eux-mêmes, remplis de ténèbres et donc aveugles (Jn 12,40). Aussi, la grande mission de Jésus sera de nous offrir ce « pardon des péchés » (Lc 1,76‑79 ; 24,46-48 ; Ac 2,38-39) qui, petit à petit, jour après jour, de repentir en repentir, nous donnera la force de nous détourner du mal pour nous tourner vers Dieu et nous ouvrir à Lui. Alors, puisque Dieu est Lumière et qu’il n’est que Lumière (1Jn 1,5), sa Lumière ne pourra que commencer à remplir nos cœurs. Et avec elle, nous découvrirons la vraie Vie (Jn 1,4 ; 8,12), dans la Paix…
eucharistie1Ce cadeau, nous le devrons à la seule Miséricorde de ce Dieu qui, inlassablement, ne poursuit que notre Bien. Et il sait, puisque c’est Lui qui nous a créés, que nous ne pourrons trouver notre Bonheur qu’en partageant sa Lumière et sa Vie. Aussi, quel que soit l’obstacle qui pourrait nous empêcher de l’accueillir, son seul souci sera de l’enlever, de le faire disparaître. « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29)… Et c’est toujours Lui le premier qui viendra à nous (Ap 3,20) pour nous demander de lui offrir tout ce mal qui peut encore nous habiter. Si nous osons cette démarche de tout cœur, jour après jour, encore et encore, alors nous ne pourrons que constater qu’une réalité nouvelle commence à naître au plus profond de nous-mêmes: sa Vie, sa Force, que nous ne devrons qu’à sa seule Miséricorde…
Ainsi, « Dieu Est Amour » (1Jn 4,8.16) et Amour toujours… Sa seule réponse à toute action, quelle qu’elle soit, est toujours de l’ordre de l’Amour, c’est-à-dire de la recherche du Bien de l’autre… Si le pécheur se détruit, se blesse et donc se plonge lui‑même dans la souffrance en commettant le mal, Dieu ne pourra que l’inviter à se convertir, à renoncer à ce mal qui le tue pour recevoir, grâce au pardon de toutes ses fautes, la vraie Vie et la Paix… Cette attitude foncièrement et éternellement bienveillante de Dieu constitue le Mystère de sa Sainteté, car cette notion de Sainteté renvoie à ce que Dieu Est en Lui-même… Très souvent, le prophète Isaïe appelle Dieu « le Saint d’Israël » (Is 1,4 ; 5,19.24 ; 10,20 ; 12,6 ; 17,7 ; 29,19 ; 30,11-12…), « le Dieu Saint » (Is 5,16) et même tout simplement « le Saint » (Is 40,25), car Il est le seul Saint, le Seul à Etre ce qu’Il est… Et c’est bien parce qu’il en est ainsi, nous dit le prophète Osée, que Dieu ne répond pas au mal par le mal : il ne se met pas en colère, il ne punit pas, il ne châtie pas, il n’en rajoute pas : « Je ne donnerai pas cours à l’ardeur de ma colère… car je suis Dieu et non pas homme, au milieu de toi je suis le Saint, et je ne viendrai pas avec fureur » (Os 11,9).

Dieu-Amour

Aussi, « tournez-vous vers moi et vous serez sauvés, tous les confins de la terre, car je suis Dieu, il n’y en a pas d’autre ; il n’y a pas d’autre dieu que moi. Un dieu juste et sauveur, il n’y en a pas excepté moi » (Is 45,21-22). Dieu est le seul à Etre ce qu’Il Est, il est le seul Saint… Aussi, lorsque St Jean appelle Jésus « le Saint », nous avons ici une belle confession du Mystère de sa Divinité… Comme son Père, il est vrai Dieu tout en étant vrai homme. Et toute sa vie d’homme manifestera « Qui » est Dieu…
 Jésus christ           Jésus est aussi « le Vrai », « le Véridique », « le Véritable », un seul mot en grec, « aléthinos ». Or, pour St Jean, la notion de « véritable » renvoie à Dieu Lui‑même ou à tout ce qui gravite autour de Lui. « Celui qui m’a envoyé est véridique », dit Jésus (Jn 7,28), il est « le seul vrai Dieu » (Jn 17,3), « le Véritable » (1Jn 5,20 ; 1Th 1,9), et « ses Paroles sont vraies » (Ap 19,9 ; 21,5 ; 22,6) tout comme « ses jugements » (Ap 19,2). Et bien sûr, son Fils, « engendré non pas créé, de même nature que le Père » (Crédo) peut aussi être appelé ainsi : « Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu’il nous a donné l’intelligence afin que nous connaissions le Véritable. Nous sommes dans le Véritable, dans son Fils Jésus Christ. Celui-ci est le Dieu véritable et la Vie éternelle » (1Jn 5,20). Et la TOB explique en note à propos de la fin de ce verset : « Cette affirmation ne semble plus s’appliquer à Dieu, comme dans la première partie, mais au Christ, en qui Dieu se révèle », et elle choisit de traduire par : « Et nous sommes dans le Véritable, en son Fils Jésus Christ. Lui est le Véritable, il est Dieu et la vie éternelle ». Nous voyons donc que l’emploi de ce mot « véritable » en Ap 3,7 revient, dans un tel contexte, à affirmer à nouveau le Mystère de la Divinité du Christ, tout comme St Jean venait de le faire avec le mot Saint. Jésus est ainsi « le Véritable, il est Dieu et la vie éternelle », « la Lumière Véritable qui éclaire tout homme » (Jn 1,9), « le Pain Véritable » (Jn 6,32) que le Père donne au monde pour lui communiquer sa Vie. Or cette Vie est celle de l’Esprit (Jn 6,63 ; Ga 5,25) que les Trois Personnes de la Trinité possèdent chacune en Plénitude. En donnant l’Esprit aux hommes (1Th 4,8), le Fils leur permet d’entrer à leur tour dans ce Mystère de communion qu’il vit de toute éternité avec le Père et l’Esprit Saint. Tous sont ainsi appelés à « être dans le Véritable », c’est-à-dire à être unis au Père, au Fils et au Saint Esprit dans la Communion d’un même Esprit… Pour décrire ce Mystère de Communion, les expressions sont nombreuses : être « en son Fils Jésus Christ » (Ap 5,20), « dans le Christ » (Rm 6,11.23 ; 8,1-2 ; 12,5…), « dans le Seigneur » (Rm 16,8-13 ; Ga 5,10), « demeurer dans le Fils et dans le Père » (1Jn 2,24), « en Dieu le Père et dans le Seigneur Jésus Christ » (1Th 1,1) « dans l’Esprit » (Ep 2,22 ; 6,18 ; Ph 2,1 ; Col 1,8), « en Dieu » (Col 2,19)… Et « en Dieu », unis au Fils en un seul Esprit (1Co 6,17), nous sommes aussi avec Lui, « avec le Christ » : « Votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3,3)… Il en est de même pour Jésus : il est « dans le Père » et « avec Lui » (Jn 14,10-11 ; 8,29).

 

Ainsi, la Vie donnée transforme la qualité de notre vie et nous ouvre à la relation avec tous ceux et celles qui la partagent : le Père, le Fils et l’Esprit Saint qui possèdent cette Vie en Plénitude et qui veulent nous la communiquer, mais aussi tous nos frères et sœurs dans la foi, qu’ils soient ici-bas sur cette terre où déjà au Ciel…
christ-souriant-04            Puis, après avoir présenté Jésus comme « le Saint », « le Véritable », St Jean écrit qu’il est également « Celui qui détient la clef de David : s’il ouvre, nul ne fermera, et s’il ferme, nul n’ouvrira ».  David est ce grand roi d’Israël qui régna de 1010 à 970 av. JC et le prophète Natân lui avait annoncé au Nom du Seigneur que « sa maison et sa royauté subsisteraient à jamais devant lui » (2Sm 7,12-16). « Avoir la clef de David », c’est donc « avoir la clef de sa Maison et de son Royaume », c’est en être l’héritier légitime. Jésus est donc bien ce « fils de David » (Mt 1,1 ; 21,9) promis par les Ecritures, ce « Roi d’Israël » tant attendu (Jn 12,13). Mais son Royaume n’est pas de ce monde (Jn 18,36) : il est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), Mystère de Communion dans l’unité d’un même Esprit (Ep 4,3). Puisque Jésus vit pleinement ce Mystère de Communion avec le Père et l’Esprit Saint, il s’est fait chair pour nous le révéler et nous donner d’y entrer à notre tour (Ep 2,18). Il est ainsi « le Chemin » qui y mène (Jn 14,6), « le Bon Pasteur » qui nous y conduit (Jn 10,11.14), « la Porte » qui nous permet d’y accéder (Jn 10,7)… Et l’entrée nous est gratuitement offerte si nous acceptons de nous confier en toute vérité entre ses mains. Nous lui offrirons alors tous nos péchés, toutes nos misères, et pas une ne pourra résister à la Toute Puissance de sa Miséricorde. Nous nous abandonnerons entre ses mains, et le Prince de ce Monde ne pourra l’empêcher de faire ce qu’Il veut, et Il veut que nous soyons tous « ses fils et ses filles », « par Jésus Christ », « saints et immaculés en sa Présence dans l’Amour » (Ep 1,4-5). S’il verse sur nous cette eau pure qui nous purifie de toute souillure (Ez 36,24-28), s’il nous ouvre la porte du Royaume par le Pardon de toutes nos fautes (Ep 1,7 ; 5,25-27 ; Col 1,12-14), « nul ne fermera », nul ne pourra l’empêcher d’accomplir sa volonté, car « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4), et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait » (Ps 115(113B),3 ; 135(134),6)… A nous maintenant de le laisser faire et son Esprit nous arrachera à nos chemins d’impiété pour nous enraciner dès maintenant dans sa Vie… Si nous acceptons de nous laisser reprendre par ce Bon Pasteur qui cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il la retrouve, il nous prendra sur ses épaules, il nous portera par son Esprit  il nous ramènera là où le Père veut que nous soyons : dans sa Maison, dans son Mystère de Communion, unis à Lui dans la communion d’un même Esprit, « en Dieu » (Lc 15,4-7 ; Jn 14,1-3 ; 17,24 lu avec 17,21). Alors rien, absolument rien ne pourra nous arracher à Lui (Rm 8,35-39) si nous nous abandonnons encore une fois avec confiance entre ses mains. « Nul en effet ne peut rien arracher de la main du Père » et « dès maintenant, le Prince de ce monde va être jeté dehors » (Jn 10,29 ; 12,31). Alors, si le Fils lui ferme la porte, « nul n’ouvrira »…

croix glorieuse

            Et c’est bien ce que le Christ déclare juste après : « j’ai ouvert devant toi une porte que nul ne peut fermer » (Ap 3,8). La Bible de Jérusalem précise en note : « J’ai donné le champ libre à ton apostolat » et elle cite Ac 14, 27 où Paul et Barnabé racontent « tout ce que Dieu avait fait avec eux, et comment il avait ouvert aux païens la porte de la foi ». Rien ni personne ne peut empêcher en effet la Lumière de briller dans les ténèbres (Jn 1,5), la Vérité de triompher du mensonge, la Justice de l’injustice. Voilà pourquoi Jésus déclare à propos de certains menteurs parmi la communauté juive de Philadelphie : « Voici, je forcerai ceux de la synagogue de Satan – ils usurpent la qualité de Juifs, les menteurs –, oui, je les forcerai à venir se prosterner devant tes pieds, à reconnaître que je t’ai aimé » (Ap 3,9). Et ce sera le plus beau cadeau qui pourra leur arriver. Car s’ils reconnaissent à quel point Dieu a aimé et continue d’aimer ces chrétiens de Philadelphie, ils prendront conscience que Dieu est Amour et qu’ils sont aimés eux-aussi du même Amour… La logique est identique à la fin de la grande prière de Jésus à son Père juste avant sa Passion. Il demande en effet que tous ceux qui ont cru en Lui « soient un comme nous sommes un », rassemblés dans la Communion d’un même Amour par cet Amour qui n’est que Miséricorde. Alors, tous ceux et celles qui n’auront pas encore été les heureux bénéficiaires de cette Miséricorde sans limites pourront « reconnaître que tu m’as envoyé et que tu les as aimés comme tu m’as aimé » (Jn 17,22‑23 ; cf. 1Tm 1,12-17)… Nous sommes ainsi tous invités à bénéficier de l’Amour du Père dont le Fils est comblé de toute éternité, un Amour qui est Don de soi et qui, par ce Don, engendre à la Vie tous ceux et celles qui acceptent de se laisser aimer, tels qu’ils sont… Et si nos cœurs doivent encore être guéris, purifiés, sanctifiés, l’Amour y travaillera inlassablement jusqu’à ce que Son Œuvre soit parfaite (1Th 5,23-24)…
 Christ souriant           Pour bénéficier de cet Amour, il suffit simplement de consentir à son action. Mais c’est justement la victoire sur toutes nos résistances qui prend du temps… Pourtant, petit à petit, c’est bien le fruit de l’œuvre de Dieu qui, de miséricorde en miséricorde, permet aux pécheurs aveuglés que nous sommes de pressentir quelque chose de la vraie Vie et de la vraie Lumière… Et ce « quelque chose » vécu et reconnu nous permet de dire de tout cœur : « Oui, je crois », dans l’attente de contempler enfin cette Plénitude que nous n’aurons fait que deviner sur cette terre… « Car nous voyons, à présent, dans un miroir, en énigme, mais alors ce sera face à face. À présent, je connais d’une manière partielle ; mais alors je connaîtrai comme je suis connu » (1Co 13,12).
Et de fait, le Christ déclare ici : « Je connais ta conduite » (Ap 3,8)… En effet, puisqu’il est vrai Dieu tout en étant vrai homme, il connaît ce que Dieu seul connaît, et Dieu est le seul à « sonder les cœurs et les reins » (Ps 7,10). Et St Jean nous raconte (Jn 2,23-25) : « Comme Jésus était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom, à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme ». Il en avait déjà donné un bel exemple en déclarant à Nathanaël qui le rencontrait pour la première fois : « Voici vraiment un Israélite sans détour »… Surprise pour Nathanaël : « D’où me connais-tu ? » (Jn 1,47‑48 ; cf. Jn 4,15-19 ; Lc 5,22).
Dans l’amour, le Christ connaît donc la conduite des chrétiens de Philadelphie. Il sait qu’ils ont gardé, grâce au secours de l’Esprit Saint accueilli fidèlement jour après jour (2Tm 1,12-14), « sa consigne de constance ». Ils participent ainsi par cet Esprit reçu du Christ à « la constance du Christ » (2Th 3,5) : « l’activité de votre foi, le labeur de votre charité, la constance de votre espérance sont dus à notre Seigneur Jésus Christ » (1Th 1,3). Le Christ sait donc bien que grâce à Lui ils ont pu « garder sa consigne de constance »… Il est heureux qu’ils aient été fidèles à sa grâce, une grâce qui n’a d’autre but que de les réconforter, les soutenir, les combler de sa Paix…

Pape François

Le Christ se réjouit donc de leur vraie Joie car c’est bien pour nous donner d’avoir part à sa Joie qu’il est venu nous rejoindre en notre humanité : « Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite » (Jn 15,11)… « Je trouverai ma joie à leur faire du bien », avait déjà dit le Seigneur par son prophète Jérémie (Jr 32,41). Un pécheur accueille ainsi sa Parole de Salut, sa Miséricorde, le Pardon de toutes ses fautes ? Dieu est le premier à se réjouir du vrai Bonheur qu’il aura ainsi retrouvé : « Il y a plus de joie au ciel pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion » (Lc 15,7). Il aura accueilli ce Dieu tout proche révélé par le Christ, un Dieu Source de Vie, Donateur de Vie, heureux de voir sa Vie régner dans nos cœurs : « Le Seigneur ton Dieu est au milieu de toi, héros sauveur ! Il exultera pour toi de joie, il tressaillira dans son amour ; il dansera pour toi avec des cris de joie, comme aux jours de fête » (So 3,17-18 ; Is 62,5).
Alors, si l’épreuve survient, le Seigneur sera fidèle : « je te garderai de l’épreuve qui va fondre sur le monde entier » (Ap 3,10). A l’époque, cette épreuve était surtout celle des persécutions provoquées par les Romains. Mais le principe est toujours valable pour toutes les épreuves que les hommes de tous les temps auront à traverser : « Lorsque vous entendrez parler de guerres et de désordres, ne vous effrayez pas » disait Jésus à ses disciples ; « car il faut que cela arrive d’abord, mais ce ne sera pas de sitôt la fin… On se dressera nation contre nation et royaume contre royaume. Il y aura de grands tremblements de terre et, par endroits, des pestes et des famines ; il y aura aussi des phénomènes terribles et, venant du ciel, de grands signes… On portera la main sur vous, on vous persécutera… mais c’est par votre constance que vous sauverez vos vies » (Lc 21,9-19). On retrouve « la constance », fruit de la grâce, qui permet au chrétien de tenir dans l’épreuve : « Je vous ai dit ces choses, pour que vous ayez la paix en moi. Dans le monde vous aurez à souffrir. Mais gardez courage ! Moi, j’ai vaincu le monde et je continue de le vaincre instant après instant » (Jn 16,33) par l’envoi de l’Esprit Saint, cet Esprit qui vient du Père, et qui est source de consolation, de réconfort et de force au cœur de l’épreuve. C’est ainsi que St Paul écrivait : « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit. De même en effet que les souffrances du Christ abondent pour nous, ainsi, par le Christ, abonde aussi notre consolation. Sommes-nous dans la tribulation ? c’est pour votre consolation et salut. Sommes-nous consolés ? c’est pour votre consolation, qui vous donne de supporter avec constance les mêmes souffrances que nous endurons, nous aussi. Et notre espoir à votre égard est ferme : nous savons que, partageant nos souffrances, vous partagerez aussi notre consolation » (2Co 1,3-7). Et un peu plus loin, St Paul écrit : « Je surabonde de joie dans toute notre tribulation » (2Co 7,4). Il vivait la Béatitude de l’Evangile : « Heureux les affligés, ils seront consolés » (Mt 5,5).

prodigue

Et nous sommes bien ici au cœur de l’Evangile. Le chrétien, comme tout homme, connaîtra les épreuves de la vie, les maladies, la souffrance de perdre ses proches, les difficultés professionnelles… Mais, et c’est l’énorme cadeau de la foi, il aura conscience de ne pas être tout seul pour les affronter et il pourra compter sur le Seigneur et sur sa grâce pour traverser ces moments difficiles…
Il pourra tenir jusqu’à la venue du Christ dans sa gloire, et « mon retour est proche », dit-il (Ap 3,11). Il se produira certainement, soit au dernier jour de la vie de chacun d’entre nous, soit en ce dernier Jour du monde où il viendra sur les nuées du ciel (Mt 24,30-31 ; 26,64). Mais pour l’instant, « tiens ferme ce que tu as pour que nul ne ravisse ta couronne » (Ap 3,11). Et « ce que tu as », c’est notamment cette Parole du Seigneur, qui, par l’action de l’Esprit qui lui rend témoignage en nos cœurs (Jn 15,26), est Lumière dans notre nuit (2P 1,19). Elle est « vivante et permanente » (1P 1,23), car, avec elle et par elle, « l’Esprit » nous « vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Avec St Pierre, nous pourrions la comparer à un « biberon » qui transmet aux « enfants nouveaux nés » que nous sommes ce « lait non frelaté » de l’Esprit qui nous fait « grandir pour le salut ». Et nous « goûterons » alors, en la gardant jour après jour dans nos vies, à quel point « le Seigneur est excellent » (1P 2,2-3). Comme le disait déjà le Psalmiste : « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ; heureux qui s’abrite en lui » (Ps 34(33),9). Et souvenons-nous, « en lui » renvoie à ce Mystère de Communion dans l’unique Esprit où il désire nous introduire dès maintenant dans la foi et par notre foi… La lecture assidue de la Parole de Dieu, qui est tout simplement une manière de nous mettre à l’écoute du Christ Ressuscité, « Verbe fait chair » (Jn 1,14), est le Chemin par excellence qui nous y conduit : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma Parole, et mon Père l’aimera et nous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui » (Jn 14,23). Cette Présence de Dieu en nous, et de nous en Lui, sera le fruit de l’action de l’Esprit Saint dont la mission première est de « nous introduire dans la vérité tout entière » (Jn 16,13), « dans le Véritable » (1Jn 5,20), « en Dieu » (Col 3,3)…

Esprit Saint

            Et telle est « la couronne » du chrétien : cette Présence de Dieu en Lui qui désire régner sur tout ce qui s’oppose à notre vie, sur tout ce qui pourrait la blesser : les ténèbres, le mal, l’injustice, l’épreuve, la souffrance, la maladie… Dieu et Dieu seul a vaincu le mal, le péché et la mort en son Fils Jésus Christ. Et il nous invite à nous laisser unir à Lui dans la communion d’un même Esprit (1Th 5,10) pour que nous puissions bénéficier nous aussi de sa Victoire… Le Psalmiste avait déjà fait l’expérience de la victoire de la Miséricorde de Dieu sur son péché (Ps 51(50)). C’est pourquoi, en regardant tout d’abord l’Amour de Dieu pour lui, il osait ensuite lui offrir toutes ses misères et le laisser remporter la victoire sur elles. Dans la traduction grecque du texte hébreu des Psaumes réalisée au 2° siècle avant JC par la communauté juive d’Alexandrie, nous avons : « Fais moi miséricorde, Dieu, selon ta grande miséricorde, et selon la multitude de tes gestes de compassion efface mes fautes. Lave-moi tout entier de mon mal et de mon péché, purifie moi ». « Oui, je connais mon péché, ma faute est toujours devant moi. Contre toi et toi seul, j’ai péché, ce qui est mal à tes yeux, je l’ai fait. Ainsi, tu peux parler et montrer ta justice » qui ne condamne pas le pécheur, mais bien au contraire « le justifie » (Rm 8,33 ; 3,21-26), « être juge et montrer ta victoire » sur le mal par ton Pardon et la surabondance de tes Miséricordes…
            « Le vainqueur », celui qui aura ainsi laissé la Miséricorde de Dieu remporter la victoire dans sa vie en l’arrachant à ses chemins d’injustices pour le lancer sur la voie de la vérité, de la droiture et de la justice, « je le ferai colonne dans le temple de mon Dieu : il n’en sortira plus jamais ». Petit à petit, jour après jour, il sera ainsi affermi dans ce Mystère de Communion qu’est Dieu, uni à Lui dans l’unité d’un même Esprit, et rien ni personne ne pourra ne pourra l’arracher de la main de Dieu (Jn 10,29), « il n’en sortira plus jamais », dès maintenant et pour toujours… « Vous qui jadis étiez loin », écrit St Paul, « vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ… Par lui, nous avons tous en effet libre accès auprès du Père en un seul Esprit. Ainsi donc, vous n’êtes plus des étrangers ni des hôtes ; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la maison de Dieu. Car la construction que vous êtes a pour fondations les apôtres et prophètes, et pour pierre d’angle le Christ Jésus lui-même. En lui toute construction s’ajuste et grandit en un temple saint, dans le Seigneur ; en lui, vous aussi, vous êtes intégrés à la construction pour devenir une demeure de Dieu, dans l’Esprit » (Ep 2,13.18-22).
         baptême   Ce Mystère de Communion avec Dieu, dans l’Esprit, est pleinement mis en œuvre par le sacrement du baptême. Initialement, il était la réponse à la proclamation de la Bonne Nouvelle du Salut en Jésus Christ. Par un « oui » donné en toute conscience, le nouveau converti s’offrait à la Miséricorde de Dieu, recevait l’eau pure de l’Esprit qui le lavait de toute souillure et lui donnait tout en même temps de participer à la Vie même de Dieu. St Paul écrit ainsi : « C’est en lui que vous aussi, (les païens), après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). Et il rappellera souvent les fruits de ce baptême : « Ne savez-vous pas que votre corps est un temple du Saint Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu ? Et que vous ne vous appartenez pas ? Vous avez été bel et bien achetés ! Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1Co 6,19-20).  Dans un langage imagé, St Paul déclare ainsi que le Christ a payé notre rachat au prix de son sang « versé pour la multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28)… « Tu fus égorgé », écrit St Jean, « et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation » (Ap 5,9). Dès lors, si nous acceptons de bénéficier de tout ce qu’il a déjà fait pour nous, nous n’appartenons plus aux ténèbres mais à la Lumière. « Dans la vie comme dans la mort, nous appartenons au Seigneur » (Rm 14,8) qui, au jour de notre baptême, a apposé sur chacun de nous son sceau, le sceau de l’Esprit Saint. Et par le don de cet Esprit Saint, nous participons selon notre condition de créature à ce que Dieu est en Lui-même… En effet, « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et « Dieu est Saint »… Et comme le nom dans la Bible renvoie au Mystère de la personne qui le porte, recevoir l’Esprit Saint c’est avoir « gravé sur soi le nom de Dieu »…
  Communion des saints          Mais « être gravé du Nom de Dieu » en recevant de pouvoir participer à la Plénitude de son Esprit, c’est aussi « être gravé du nom de la cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem qui descend du ciel, de chez mon Dieu » (Ap 3,12). En effet, le Mystère de Dieu est un Mystère de Communion de Trois Personnes divines distinctes qui possèdent chacune la Plénitude de cette nature divine qui est tout à la fois « Esprit » (Jn 4,24), « Amour » (1Jn 4,8.16), « Lumière » (1Jn 1,5), et l’on pourrait rajouter Vérité, Vie, Joie, Paix… « La cité de Dieu », tout comme « la Maison du Père » ou « le Royaume des Cieux » sont autant d’expressions différentes qui renvoient à ce Mystère de Communion dans lequel Dieu veut que nous entrions tous pleinement à notre tour. C’est pour cela qu’il est venu nous rejoindre avec et par son Fils Unique, « le Verbe fait chair », pour nous supplier de nous laisser réconcilier avec Lui (2Co 5,20‑21). Et cette réconciliation s’opère très concrètement par le don de l’Esprit Saint qui « descend du ciel » pour nous offrir le pardon des péchés, et au même moment cette Vie de Dieu qui nous introduit toujours plus profondément dans ce Mystère de Communion avec Dieu et donc entre nous. Avec l’Esprit, « nous entrons ainsi dans la vie » (Mc 9,43.45), c’est-à-dire « dans le Royaume de Dieu » (Mc 9,47)…

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Cette Vie est celle-là même qui a triomphé de la mort en ressuscitant le Christ et en l’arrachant aux ténèbres de son tombeau. Elle agira de même dans notre vie, en nous arrachant encore et encore à toutes les ténèbres de nos misères, et en nous redonnant inlassablement tout ce que nous avions perdu par suite de nos fautes : la Plénitude de la Vie, la Joie, la Paix… Alors, si le Christ porte désormais comme « Nom nouveau » celui de « ressuscité », tous ceux et celles qui par leur foi auront accepter de recevoir l’Esprit et la Vie du Ressuscité porteront eux aussi « le nom nouveau que je porte »…
« Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Eglises », hier comme aujourd’hui…
                                                                                                                        D. Jacques Fournier

 

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