Le prologue du Livre de l’Apocalypse (Ap 1,1-3)

    « Révélation de Jésus Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt; Il envoya son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur, lequel a attesté la Parole de Dieu et le témoignage de Jésus Christ : toutes ses visions. Heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques s’ils en retiennent le contenu, car le Temps est proche ! »

 Dieu-est-capable-680x365

            Dès le premier verset, Dieu le Père apparaît comme celui qui révèle son Fils en lui donnant de se manifester aux « serviteurs » qu’il a choisis. La « révélation de Jésus Christ » est donc toute à la fois une Révélation qui vient par le Christ et qui porte sur son Mystère. Les « serviteurs » seront ainsi avant tout « les témoins » de ce qu’ils auront perçu du Mystère du Christ (Lc 24,44-48 ; Ac 1,21‑22 ; 26,12-18 ; 22,12-15).

            L’expression grecque « en takhei » traduite par « bientôt » dans nos Bibles n’apparaît que deux fois dans le Livre de l’Apocalypse : ici, au tout début (1,1), et à la fin en 22,6. Comparons ces deux passages :

 

Ap 1,1-3 : Révélation de Jésus Christ :

            Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt.

            Il la fit connaître

                        en envoyant son ange à Jean son serviteur,

                        lequel a attesté comme Parole de Dieu et témoignage de Jésus Christ

                                   tout ce qu’il a vu.

            Heureux celui qui lit, et ceux qui écoutent les paroles de la prophétie

                        et gardent ce qui s’y trouve écrit,

            car le temps est proche.

 

Ap 22,6-8a.10 : Ces paroles sont certaines et véridiques ;

            le Seigneur, le Dieu des esprits des prophètes, a envoyé son ange,

            pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. 

            Voici, je viens bientôt.

            Heureux celui qui garde les paroles prophétiques de ce livre. 

            Moi, Jean, j’ai entendu et j’ai vu cela…

            Ne garde pas secrètes les paroles prophétiques de ce livre,

                        car le temps est proche.

 

            Les ressemblances sont donc nombreuses. Nous avons là ce que l’on appelle « une inclusion » au sens où tout le Livre de l’Apocalypse est « inclus » entre ces deux passages quasiment identiques. Cette simple remarque permet déjà de répondre à la question : mais qu’est-ce qui doit arriver bientôt ? Tout simplement ce qui se trouve entre ces deux passages, c’est-à-dire Celui qui est au centre de la Révélation transmise par le Livre de l’Apocalypse, « Jésus Christ et son Mystère ». Et de fait, le verset 22,7 donne une réponse semblable : « Je viens bientôt », une affirmation reprise par trois fois en cette fin de l’ouvrage (Ap 22,12 ; 22,20 ; cf. 3,11 ; 2,25). Le retour du Christ est donc tout proche, voilà ce qui doit arriver bientôt… « Bientôt », au Jour que Dieu seul connaît en ce qui concerne la fin du monde (Ac 1,7 ; Mt 24,36), « bientôt », au jour de la mort de chacun d’entre nous, et nul ne sait ni le jour ni l’heure, demain peut-être ?

 IlEsprit Saint y a donc urgence à se convertir, c’est-à-dire à se tourner de tout cœur vers le Christ, ce Christ qui est notre à-venir à tous par-delà notre mort. Mais sa rencontre n’est pas réservée au seul « au-delà ». Bien que nous ne puissions le voir avec nos yeux de chair, Il est là, Présent à notre vie (Mt 28,20), frappant à la porte de notre cœur (Ap 3,20) par sa Parole que l’Esprit Saint ne cesse de nous dire et de nous redire à sa façon à Lui (Jn 15,26 ; 3,8)… Telle est aujourd’hui encore « la voix du Christ » (Jn 5,25), mystérieuse, insaisissable, indescriptible mais synonyme pour celui qui l’accueille de Vie, de Lumière, de Bonheur et de Paix… Alors, « heureux es-tu Simon, fils de Jonas, car cette révélation t’est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux » (Mt 16,17), par l’action de l’Esprit Saint, source de joie (1Th 1,5-6). « Puis, se tournant vers ses disciples, il leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car je vous dis que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous voyez et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez et ne l’ont pas entendu ! » (Mt 16,17 ; Lc 10,23-24). Et « heureux le lecteur et les auditeurs de ces paroles prophétiques s’ils en retiennent le contenu, car le Temps est proche ! »… Il vient bientôt, Celui qui est déjà là, offert en Mystère de Communion par le don de sa Vie (1Jn 1,1-4 ; 1Co 6,17 ; 1Th 5,9-10). Tel est ce Royaume « tout proche » (Mt 3,2 ; 4,17 ; 10,7) qui se propose à notre foi, un Royaume qui est « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), Mystère de Communion (2Co 13,13) et de Vie (Ga 5,25 ; Jn 6,63 (TOB)) qui vient soutenir notre espérance (Rm 15,13). « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour ce qui est d’être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur cette terre » (Ste Thérèse de Lisieux). « C’est si bon cette Présence de Dieu ! C’est là, tout au fond, dans le Ciel de mon âme que j’aime le trouver puisqu’il ne me quitte jamais… Et vous êtes vous-mêmes la retraite où il s’abrite, la demeure où il se cache… Pensez à ce Dieu qui habite en vous, dont vous êtes le Temple (1Co 3,16-17 ; 6,19 ; Jn 14,23). C’est Saint Paul qui parle ainsi, nous pouvons le croire. Petit à petit, l’âme s’habitue à vivre en sa douce compagnie, elle comprend qu’elle porte en elle un petit ciel où le Dieu d’Amour a fixé son séjour. Alors, c’est comme une atmosphère divine en laquelle elle respire… Ah ! Je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix et aussi de bonheur, elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité  » (Ste Elisabeth de la Trinité)…Tel est ce « trésor » caché au plus profond de nos cœurs et qui n’est comparable à aucune richesse de cette terre (Mt 13,44-46 ; Sg 7,7-14). Celui ou celle qui le découvre ne peut qu’être profondément « heureux »… Ce mot revient sept fois dans le Livre de l’Apocalypse en signe de Plénitude (Ap 1,3 ; 14,13 ; 16,15 ; 19,9 ; 20,6; 22,7 ; 22,14). Et pourtant, il a été écrit dans un contexte de persécutions et donc de souffrances ! Mais telle est « la Bonne Nouvelle » par excellence : le Christ vient régner au cœur de nos épreuves. Nos croix sont habitées par sa Lumière. « Heureux ceux qui pleurent »… « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le Royaume des Cieux est à eux » (Mt 5,2-12). La persécution ne peut que faire souffrir, pleurer… Mais le soutien réconfortant du Christ ressuscité est source de Consolations… Par amour, Il vient porter avec nous ces fardeaux qui, sans Lui, nous écraseraient (Mt 11,28-30). Et alors même que nous peinons sur les chemins de la vie, Christ est envers et contre tout joie pour celui qui l’accueille. « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos détresses » (2Co 1,3)… Et la Bible de Jérusalem écrit en note : « Cette consolation consiste essentiellement dans la fin de l’épreuve et dans le début d’une ère de paix et de joie » (cf. 1Jn 2,8). « Mais, dans le Nouveau Testament, le monde nouveau est présent au sein du monde ancien et le chrétien uni au Christ est consolé au sein même de sa souffrance »… Et  « Paul insiste constamment sur la présence de réalités antagonistes, voire contradictoires, dans le Christ, l’apôtre et le chrétien : souffrance et consolation, mort et vie, pauvreté et richesse, faiblesse et force. C’est le mystère pascal, la présence du Christ ressuscité au milieu du monde ancien de péché et de mort ».

             Le Père a ainsi envoyé son Fils dans le monde pour nous annoncer cette Bonne Nouvelle de sa Présence inconditionnelle à nos côtés, continuellement offerte pour notre seul bien… A ce titre, le Fils a été « le messager » du Père, Celui qui nous a transmis « les Paroles » de son Père (Jn 17,8 ; 12,50 ; 8,26 ; 15,15). Or, le mot « angélos, ange » signifie en grec « messager ». C’est pour cela que la Bible de Jérusalem écrit en note pour Ap 1,1 : « L’Ange représente probablement le Christ Lui‑même ». Envoyé par le Père, il est venu révéler à « Jean son serviteur » « qui » Il Est grâce à son Père qui l’engendre de toute éternité, et « quelle » est cette œuvre du Père qu’il est venu accomplir dans le cœur et la vie de ceux et celles qui accepteront de l’accueillir. Le Père veut en effet de tout son Etre que tous les hommes soient sauvés (1Tm 2,3-7) et reçoivent par son Fils et par l’action de l’Esprit Saint, le don de sa Vie éternelle (Jn 17,1-3)…

             Jean témoignera alors tout simplement de ce qu’il a vu et entendu, et notamment que « le témoignage de Jésus Christ » est « Parole de Dieu ». La Parole du Christ naît en effet de l’action de Dieu dans sa vie. Elle est témoignage rendu à cette action du Père de qui il reçoit tout, son être et sa vie (Jn 5,26), et sans qui il ne peut rien (Jn 5,19-20.30). Aussi, Jésus ne cesse-t-il de se tourner de tout cœur vers le Père (Jn 1,18) qui est toujours avec Lui (Jn 8,29), uni à Lui dans la communion d’un même Esprit (Jn 10,30), et le Père Lui montre tout ce qu’il fait. « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu » (Mt 5,8). Le Fils, vrai Dieu et vrai homme, a un cœur parfaitement pur, et c’est par ce regard du cœur, dans la foi, qu’il voit (Jn 5,19-20 ; 3,31‑32 ; 6,46 ; 8,38) et entend le Père (Jn 5,30 avec note BJ ; 8,26 ; 15,15). Ensuite, il ne fait que témoigner de ce qu’il a vécu, vu et entendu auprès de son Père (Jn 3,31-36 ; 8,14.18 ; 18,37). Et c’est par ce témoignage que le Fils désire nous entraîner dans le mystère de sa relation avec son Père : que nous puissions nous aussi recevoir du Père ce que lui‑même reçoit, que nous puissions vivre nous aussi par Lui, avec Lui et comme Lui en communion avec le Père (Jean 6,57 ; 15,9-11 ; 17,20‑23)… Le Christ était ainsi le premier à vivre le Mystère de ce Royaume des Cieux qu’il n’a cessé d’annoncer. Il fut le « témoin fidèle » (Ap 1,5 ; 3,14) de la Présence du Père au cœur de sa Vie dans un Mystère de Communion qui est justement le Mystère du Royaume…

                                                                                                               D. Jacques Fournier

     

 

 

 

  

 

image_pdfimage_print

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Question antispam * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.

Top