Le Règne de mille années du Christ et de l’Eglise (Ap 20)

Ap 20,1-15 : Puis je vis un Ange descendre du ciel, ayant en main la clef de l’Abîme, ainsi qu’une énorme chaîne. (2) Il maîtrisa le Dragon, l’antique Serpent, – c’est le Diable, Satan -, et l’enchaîna pour mille années. (3) Il le jeta dans l’Abîme, tira sur lui les verrous, apposa des scellés, afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années. Après quoi, il doit être relâché pour un peu de temps.

(4)        Puis je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent, et on leur remit le jugement ; et aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. (5) Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années. C’est la première résurrection. (6) Heureux et saint celui qui participe à la première résurrection ! La seconde mort n’a pas pouvoir sur eux, mais ils seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui ils régneront mille années.

(7)        Les mille ans écoulés, Satan, relâché de sa prison, (8) s’en ira séduire les nations des quatre coins de la terre, Gog et Magog, et les rassembler pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer ; (9) ils montèrent sur toute l’étendue du pays, puis ils investirent le camp des saints, la Cité bien-aimée. Mais un feu descendit du ciel et les dévora. (10) Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles.

(11)        Puis je vis un trône blanc, très grand, et Celui qui siège dessus. Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa face sans laisser de traces. (12) Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le trône; on ouvrit des livres, puis un autre livre, celui de la vie ; alors, les morts furent jugés d’après le contenu des livres, chacun selon ses œuvres. (13) Et la mer rendit les morts qu’elle gardait, la Mort et l’Hadès rendirent les morts qu’ils gardaient, et chacun fut jugé selon ses œuvres. (14) Alors la Mort et l’Hadès furent jetés dans l’étang de feu – c’est la seconde mort cet étang de feu – (15) et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on le jeta dans l’étang de feu.

Christ bénissant (Icône copte)

       « Je vis un Ange descendre du ciel »… Nous retrouvons ici l’Ange serviteur, messager, envoyé de Dieu pour introduire dans une révélation plus profonde du Mystère qui s’est révélé en Jésus Christ, « le Verbe fait chair, le Fils Unique-Engendré » (Jn 1,14), «  envoyé dans le monde non pas pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par Lui » (Jn 3,16-18). Cet Ange était déjà intervenu au tout début du Livre : « Révélation de Jésus Christ : Dieu la lui donna pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt ; il envoya son Ange pour la faire connaître à Jean son serviteur » (1,1). Notons que ce terme de « serviteur », sous entendu ‘de Dieu’, employé ici pour St Jean, apparaît aussi en 15,3, pour Moïse, et en 22,9 pour l’Ange (littéralement « serviteur-avec, compagnon de service ») qui déclare à St Jean : « Je suis un serviteur comme toi et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles de ce livre ».

Vézelay, fraternité monastique de Jérusalem en prière       Cet Ange serviteur de Dieu a « en sa main la clef de l’Abîme. » « Avoir la clef » d’une réalité, c’est pouvoir en disposer librement : « Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux », avait dit Jésus à St Pierre : « quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié » (Mt 16,19). Le Royaume des Cieux étant « justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), et donc Mystère de communion dans l’unité d’un même Esprit (2Co 13,13 ; Ph 2,1 ; Jn 10,30 ; 17,20-23 ; 1Co 1,9 ; 1Jn 1,1-4), l’Esprit d’Amour (Jn 4,24 avec 1Jn 4,8.16 ; et donc Rm 5,5 ; Ga 5,22), Pierre, « serviteur et apôtre de Jésus Christ » (2P,1,1), reçoit de Jésus, « le Serviteur » du Père (Ac 3,13.26 ; 4,27), tout pouvoir pour « se mettre au service » de ses frères dans l’ordre de l’Amour : tous les liens d’Amour qu’il aura contribué à tisser sur cette terre le seront encore dans les cieux, et tous les liens du péché et du mal qu’il aura contribué à délier sur cette terre pour une plus grande liberté des personnes concernées, et donc un plus grand amour, seront aussi déliés dans les cieux. En effet, « le Seigneur, c’est l’Esprit, et où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » (2Co 3,17 ; Lc 4,18 ; Ga 5,1). Et « la création en attente aspire à la révélation des fils de Dieu : si elle fut assujettie à la vanité, – non qu’elle l’eût voulu, mais à cause de celui qui l’y a soumise, – c’est avec l’espérance d’être elle aussi libérée de la servitude de la corruption pour entrer dans la liberté de la gloire des enfants de Dieu » (Rm 8,19-21).

 Dieu-lumiere      L’Ange qui a « en main la clef de l’Abîme » a donc pour mission de révéler et de mettre en œuvre la souveraineté de Dieu sur l’Abîme, sur les profondeurs du Royaume des morts et des ténèbres… Sur Lui, « le Prince de ce Monde », le Prince de l’Abîme, « n’a aucun pouvoir » (Jn 14,30) : sa Lumière, par sa simple Présence, triomphe des ténèbres (Jn 1,5), sa Vie triomphe de la mort et cela au bénéfice de tous ceux et celles qui accepteront de lui ouvrir la porte de leur cœur (Ap 3,20), pour leur plus grand bonheur : « Je t’envoie, moi, vers les nations païennes, pour leur ouvrir les yeux, afin qu’elles reviennent des ténèbres à la Lumière et de l’empire de Satan à Dieu, et qu’elles obtiennent, par la foi en moi, la rémission de leurs péchés et une part d’héritage avec les sanctifiés » (Ac 26,17‑18). Et cette « part d’héritage » n’est autre que « le Don du Saint Esprit », cet Esprit promis dans l’Ancienne Alliance (Ez 36,24‑28 ; Joël 3,1-5), répandu en surabondance au jour de la Pentecôte (Ac 2,1‑41), « l’Esprit de la Promesse, l’Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,13-14). Et c’est dans l’accueil de ce Don offert gratuitement aux pécheurs (Lc 5,31-32), dans l’attitude de cœur sans cesse renouvelée d’un repentir sincère (Ac 2,38 ; 5,30-32 ; 1Th 4,8), que nous sommes invités, dès maintenant, dans la foi et par notre foi, à « trouver » notre « Plénitude » :

colombe_677« Et moi, je vous dis : demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit ; qui cherche trouve ; et à qui frappe on ouvrira. Quel est d’entre vous le père auquel son fils demandera un poisson, et qui, à la place du poisson, lui remettra un serpent ? Ou encore s’il demande un œuf, lui remettra-t-il un scorpion ? Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient ! » (Lc 11,9-13). « Cherchez donc dans l’Esprit votre Plénitude » (Ep 5,18). En le recevant du Père, jour après jour, de repentir en repentir, de pardon en pardon, « l’homme intérieur se fortifiera en vous, le Christ habitera en vos cœurs par la foi et vous serez enracinés, fondés dans l’Amour. Vous recevrez ainsi la force de comprendre, avec tous les saints, ce qu’est la Largeur, la Longueur, la Hauteur et la Profondeur, vous connaîtrez l’Amour du Christ qui surpasse toute connaissance, et vous entrerez par votre Plénitude dans toute la Plénitude de Dieu » (Ep 3,14-21).

       A « la clef de l’Abîme » est associée « une énorme chaîne », une image qui renvoie encore à la Maîtrise de Dieu sur toute forme de mal. Si, par cette « chaîne », Dieu « maîtrise le Dragon, l’antique Serpent, le Diable, Satan », s’il « l’enchaîne pour mille années », au même moment « les chaînes tombent des mains » (Ac 12,7) de celles et ceux qui étaient esclaves du mal, opprimés par le mal, prisonniers du mal (Lc 4,18-19 ; Rm 6), et donc finalement ‘mal-heureux’ (Rm 2,9 ; 7,15.19.24-25 ; Ap 3,17 ; Lc 6,24‑26)… « En effet, ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un Esprit de Force, d’Amour et de Maîtrise de soi » (2Tm 1,7). Satan est jugé, « jeté dehors », dans ses ténèbres, tandis que tous les hommes pécheurs (Rm 3,9‑24) qui, d’une manière ou d’une autre, étaient pris dans ses filets par leur connivence avec le mal, sont invités à se laisser attirer vers Dieu : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi » (Jn 12,31-32). Et c’est encore Lui qui, en les rejoignant (Lc 15,4-7) les aidera à se repentir (Ac 5,30), à se tourner vers Lui de tout cœur, tels qu’ils sont, avec « toutes leurs ordures et toutes leurs souillures ». baptemeAlors, dit‑il, « je verserai sur vous une eau pure et vous serez purifiés ; de toutes vos souillures et de toutes vos ordures je vous purifierai » (Ez 36,25). Cela se réalisera, très concrètement, par l’Eau Pure et Vive de l’Esprit Saint qui purifie et vivifie (Jn 4,10-14 ; 7,37-39), sanctifie, justifie (1Co 6,9-11). Et pour Dieu, un homme ‘juste’ est un homme qui correspond à son projet lorsqu’il décida de le créer. Or Dieu nous a tous faits « à son image et ressemblance » (Gn 1,26-27) pour que nous soyons comme Lui en participant à la Plénitude de sa nature divine (2P 1,4), comblé par elle, et donc « remplis » par son Esprit Saint, puisque « Dieu est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu est Saint » (Lv 11,45 ; 19,2 ; Is 6,3 ; 1P 1,16). « Le salaire du péché, c’est la mort », au sens de privation d’une Plénitude de Vie (Rm 6,23) ? La situation d’un tel homme n’est pas « juste ». Aussi, Dieu travaillera-t-il à ce que justice soit faite en mettant tout en œuvre pour que cet état « injuste » cesse enfin : et il lui proposera un pardon surabondant que son repentir sincère ne pourra qu’accueillir… Et avec ce pardon, il sera comblé de cette Vie divine pour laquelle Dieu nous a tous créés. « Prenant la parole, Jésus leur dit : Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir. » « Le voleur ne vient que pour voler, égorger et faire périr. Moi, je suis venu pour qu’on ait la vie et qu’on l’ait surabondante » (Lc 5,31-32 ; Jn 10,10). « Le salaire du péché, c’est la mort ? Le don gratuit de Dieu, c’est la vie éternelle dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 6,23). « Tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu ? » (Rm 3,23). Cette situation n’est pas juste aux yeux de Dieu ! Le Père a donc envoyé son Fils dans le monde « pour accomplir toute justice » (Mt 3,15) en comblant les pécheurs repentant par la surabondance de sa Miséricorde (Rm 5,20), et en leur donnant gratuitement, par amour, tout ce dont ils étaient privés par suite de leur faute : « Père », disait Jésus, « je leur ai donné la gloire que tu m’as donnée » (Jn 17,22), en leur donnant cet Esprit Saint par lequel le Père engendre le Fils de toute éternité… Esprit Saint« Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8), « l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu » (1P 4,14). « Cherchez donc dans l’Esprit votre plénitude » (Ep 5,18). Là Est la Vraie Joie (1Th 1,7). Et Dieu sera le premier à se réjouir (So 3,14-18) en voyant sa Joie régner au cœur de ses créatures (Jn 15,10). Voilà pour Lui ce qui est « juste » ! « Heureux celles et ceux qui croient » (Jn 20,29)…

       Cet Ange, avec lequel et par lequel Dieu agit, « enchaîna le Diable pour mille années (…) afin qu’il cessât de fourvoyer les nations jusqu’à l’achèvement des mille années »… Cette expression « mille années » intervient encore quatre fois par la suite (20,4.5.6.7), soit six fois en tout. Or le chiffre six, sept moins un, sept étant symbole de perfection, renvoie à une réalité imparfaite. Nous avons donc ici un premier élément pour l’interprétation de ces « mille années ».

       Ce chiffre grec « χίλιοι, mille » intervient également en Ap 11,3 et 12,6, où il évoque la durée symbolique de 1260 jours, soit trois années et demi, la moitié de sept années, une durée qui peut certes être longue à l’échelle humaine, mais qui en soit est très limitée. En Ap 14,20 ce sang versé « hors de la ville » de Jérusalem « monta jusqu’au mors des chevaux sur une étendue de mille six cents stades ». Or, écrit Jean-Pierre Prévost, « plutôt que de voir dans cette scène l’effusion du sang des ennemis (cf. Is 63,1‑6), il est plus indiqué d’y voir une Martyr chrétien Mosaïqueréférence au sang versé des martyrs chrétiens (cf. 6,10 ; 16,6 ; 19,2), dont la mise à mort s’est faite, comme celle de Jésus (Hb 13,12) « hors de la ville » (cf. Lc 4,29 ; 23,33 ; Ac 7,58 ; 14,19). Quant à l’ampleur du phénomène, la description de Jean est manifestement hyperbolique : le texte grec parle d’une étendue de « mille six cents stades ». Jouant sur les propriétés du chiffre quatre », symbole d’universalité (les quatre points cardinaux : le nord, le sud, l’est, l’ouest), « et de son multiple quarante (40×40), Jean voudrait ainsi indiquer l’universalité : le sang des martyrs aura une influence décisive sur l’issue du jugement universel » (L’Apocalypse ; Bayard Editions/Centurion ; Paris 1995 ; p. 119).

       Le mot « χιλιάς, millier » apparaît quant à lui en Ap 5,11 ; 7,4-8 ; 11,13 ; 14,1.3 et 21,16. Son usage est à nouveau symbolique pour évoquer une réalité immense et donc en fait innombrable :

  • « La multitude des Anges rassemblés autour du Trône, qui se comptent en myriades de myriades et par milliers de milliers » (Ap 5,11). La myriade, quant à elle, équivaut à « 10 à la puissance de quatre », soit 10.000…

multitude d'anges

  • « Attendez, pour malmener la terre et la mer et les arbres, que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Et j’appris combien furent alors marqués du sceau : cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des fils d’Israël. » Suit alors l’énumération des « douze mille » des douze tribus d’Israël (Ap 7,4-8). Mais puisque la vision concerne le ciel, et donc la fin ultime de l’Histoire humaine, bien après la période historique des douze tribus d’Israël et la mort sur la Croix à Jérusalem du Fils Unique, ce chiffre de 144.000 évoque la foule des hommes de tous les temps qui auront accepté de s’en remettre avec confiance à l’Amour de leur Créateur et Père. Elle est d’ailleurs évoquée juste après, au verset 9, par une expression qui emploie quatre termes pour la décrire, le chiffre 4 étant symbole d’universalité : « Après quoi, voici qu’apparut à mes yeux une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, de toute nation (1), race (2), peuple (3) et langue (4) ; debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, des palmes à la main, ils crient d’une voix puissante : Le salut est donné par notre Dieu, Lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau ! » St Jean évoque ainsi de manière symbolique, l’accomplissement de la volonté de Dieu exprimée si clairement par St Paul : Jésus Eglise« Voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme luimême, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6). « Dieu notre Sauveur veut que tous les hommes soient sauvés », tous, sans aucune exception, et « tout ce que veut le Seigneur, il le fait au ciel et sur la terre, dans les mers et jusqu’au fond des abîmes » (Ps 135(134),6 ; 115(113B),3). Et comment le fait-il ? St Jean a déjà répondu : « Le salut est donné par notre Dieu, Lui qui siège sur le trône, et par l’Agneau ! » (cf. Ep 2,4-10). L’Esprit Saint est donné, gratuitement, par Amour : «  Dieu vous a fait le don de son Esprit Saint » (1Th 4,8). A nous maintenant de consentir à ce que sa volonté soit faite, envers et contre tout… Sa Miséricorde est infinie… Et la première démarche à laquelle Dieu nous invite lorsque nous acceptons de répondre à son appel est celle du baptême où nous recevons « le sceau de l’Esprit Saint ». Or, ce « sceau » est celui-là même que le Fils reçoit du Père de toute éternité, ce Don qui le constitue en Fils « né du Père avant tous les siècles, Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père » (Crédo), et le Père est Esprit, le Père est Saint… « Travaillez donc non pour la nourriture qui se perd, mais pour la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que vous donnera le Fils de l’homme, car c’est lui que le Père, Dieu, a marqué de son sceau » (Jn 6,27). C’est ce que Jean-Baptiste a « vu » au moment du baptême de Jésus, une réalité qui, pour le Fils, est en fait éternelle : « Et Jean rendit témoignage en disant : J’ai vu l’Esprit descendre, tel une colombe venant du ciel », venant du Père, « et demeurer sur lui » (Jn 1,32). Or, tout homme a été créé pour recevoir ce même sceau et devenir ainsi, selon sa condition de créature, comme le Fils, « reproduisant l’image du Fils » en participant à ce que le Fils Est en Lui-même ! Il sera alors « l’aîné d’une multitude de frères ». Voilà ce à quoi tout homme a été « prédestiné ». Et d’une manière ou d’une autre, le Père nous « appelle » tous, ne serait-ce que par notre conscience, à nous tourner de tout cœur vers Lui pour recevoir avec le Fils ce que le Fils reçoit du Père de toute éternité ! Quiconque répond de tout cœur à cet appel, faisant ce qu’il peut pour que toute sa vie réponde à cette exigence de justice et de vérité qu’il porte déjà au plus profond de lui‑même, ne peut donc que recevoir ce Don de l’Esprit Feuille lumière viequi ne cesse de jaillir du Père engendrant son Fils, et cet Esprit va lui donner d’être en cet état « juste » que Dieu veut pour nous tous : comblés par l’Esprit, glorifiés par sa simple Présence en nos cœurs… « Et nous savons qu’avec ceux qui l’aiment, Dieu collabore en tout pour leur bien, avec ceux qu’il a appelés selon son dessein. Car ceux que d’avance il a discernés, il les a aussi prédestinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères ; et ceux qu’il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu’il a appelés, il les a aussi justifiés ; ceux qu’il a justifiés, il les a aussi glorifiés » (Rm 8,28‑30) par le Don de cet « Esprit de Gloire » (1P 4,14). Ce Don résume et englobe en lui-même « toutes les bénédictions spirituelles » dont Dieu veut nous combler, et qu’il destine tout particulièrement aux pécheurs car ce sont eux qui en ont le plus besoin, eux qui sont privés de tous ces Biens par suite de leurs fautes…

       Le Don de cet « Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 2Co 3,6 ; Rm 8,2.11 ; Ga 5,25) sera pleinement manifesté, avec une intensité insoutenable, lorsque le soldat romain transpercera le Cœur du Fils sur la Croix (Jn 19,33-35)… Ce qui remplit son Cœur sera alors totalement répandu, totalement donné… Or les anciens croyaient que « la vie de la chair est dans le sang » (Lv 17,11), « la vie de toute chair, c’est son sang » (Lv 17,14). Ce sang si cruellement versé renvoie donc à la Vie de Jésus, cette Vie qu’il reçoit du Père en Fils (Jn 5,26 ; 6,57) « né du Père avant tous les siècles, engendré non pas créé » (Crédo). Et le Père l’engendre en se donnant totalement à Lui, en lui donnant « l’Esprit qui vivifie », c’est-à-dire tout ce qu’Il Est Lui-même, Lui qui Est Esprit, Lui qui Est Vie. Le Cœur de Jésus est ainsi « rempli par l’Esprit » (Lc 4,1) qui vient du Père, et cela depuis toujours et pour toujours, et cet Esprit est Vie… Son sang qui coule de son Cœur de chair transpercé par le soldat, est donc une Parole silencieuse adressée à tout homme : l’Esprit de Vie qu’il reçoit du Père et qui remplit son Cœur est totalement répandu, totalement donné, gratuitement, par Amour, à quiconque consentira à le recevoir par son repentir sincère… Avec ce Don de l’Esprit librement accueilli source_de_vies’accomplira alors le Mystère de notre Rédemption car c’est « l’Esprit Saint qui sanctifie » (2Th 2,13) les pécheurs, « l’Esprit de Gloire » qui glorifie les pécheurs, « l’Esprit de Justice » (Is 28,6 ; Rm 14,17) qui justifie les pécheurs en leur donnant de retrouver cet état « juste » pour lequel Dieu nous a tous créés : que nous soyons tous « remplis par l’Esprit » (Lc 1,15.41.67 ; Ac 2,4 ; 4,8.31 ; 6,3.5 ; 7,55 ; 9,17 ; 11,24 ; 13,9.52), et donc par le Lumière et la Vie du Dieu Vivant… « Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, qui nous a bénis par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ. C’est ainsi qu’Il nous a élus en lui, dès avant la fondation du monde, pour être saints et immaculés en sa présence, dans l’amour, déterminant d’avance que nous serions pour Lui des fils adoptifs par Jésus Christ. Tel fut le bon plaisir de sa volonté, à la louange de gloire de sa grâce, dont Il nous a gratifiés dans le Bien-aimé. En lui nous trouvons la rédemption, par son sang, la rémission des fautes, selon la richesse de sa grâce, qu’Il nous a prodiguée, en toute sagesse et intelligence : Il nous a fait connaître le mystère de sa volonté, ce dessein bienveillant qu’Il avait formé en lui par avance, pour le réaliser quand les temps seraient accomplis : ramener toutes choses sous un seul Chef, le Christ, les êtres célestes comme les terrestres… C’est en lui que vous aussi », les païens, « après avoir entendu la Parole de vérité, l’Évangile de votre salut, et y avoir cru, vous avez été marqués d’un sceau par l’Esprit de la Promesse, cet Esprit Saint qui constitue les arrhes de notre héritage, et prépare la rédemption du Peuple que Dieu s’est acquis, pour la louange de sa gloire » (Ep 1,3-10).

 foule      Et St Jean rapporte dans le Livre de l’Apocalypse ce qu’il a « vu » de la réalisation de ce projet de Dieu : « Attendez, pour malmener la terre et la mer et les arbres, que nous ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Et j’appris combien furent alors marqués du sceau : cent quarante-quatre mille de toutes les tribus des fils d’Israël », un chiffre qui renvoie, nous l’avons vu, à l’humanité toute entière appelée à consentir à l’œuvre de Dieu, Lui qui se propose de nous marquer d’un sceau et de mettre dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit (2Co 1,22)… Et tout notre « travail » consistera ensuite, jour après jour, soutenus par la Miséricorde de Dieu, à essayer de contrister le moins possible cet Esprit qui habite en nous : « Ne contristez pas l’Esprit Saint de Dieu, qui vous a marqués de son sceau pour le jour de la rédemption » (Ep 4,30).

  • En Ap 11,13, nous lisons : « À cette heure-là, il se fit un violent tremblement de terre, et le dixième de la ville croula, et dans le cataclysme périrent sept mille personnes. Les survivants, saisis d’effroi, rendirent gloire au Dieu du ciel. » Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Chiffre symbolique : des gens de toutes les catégories (7), en grand nombre (1000) ».

  • En Ap 14,1.3, nous retrouvons le chiffre de 144.000 qui renvoie à l’humanité tout entière appelée au salut… Et Jean voit cette multitude innombrable de celles et ceux qui ont ainsi consenti à l’Amour gratuit de Dieu et se sont laissés racheter par Lui en offrant la vérité de leurs misères à la Vérité de sa Miséricorde : « Voici que l’Agneau apparut à mes yeux ; il se tenait sur le mont Sion, avec cent quarante-quatre milliers de gens portant inscrits sur le front son nom et le nom de son Père ». On se souvient que le « nom » dans la Bible renvoie au Mystère de celui qui le porte, et donc ici au Mystère de Dieu Lui-même… Or « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24) et « Dieu Est Saint » (Lv 11,45). Ainsi, « le nom » du Fils et le « nom » du Père sont identiques en tant que le Père est Dieu, et que le Fils « est Dieu né de Dieu, vrai Dieu né du vrai Dieu, de même nature que le Père », c’est-à-dire « Esprit » et « Saint ». ‘Recevoir le sceau de l’Esprit Saint’ ou ‘porter inscrit sur son front le nom du Fils et le nom de son Père’ sont donc deux expressions qui renvoie à une seule et même réalité : participer à ce que Dieu Est, à sa « nature divine » (2P 1,4), celle que le Fils reçoit du Père de toute éternité, et telle est la vocation de tout homme sur cette terre.

 que-joie

      Et puisque « tous ont péché et sont privés de la Gloire de Dieu » (Rm 3,23), rachetés, ils ont ainsi retrouvé avec le Don de ce « Nom » divin, « l’Esprit de Gloire », tout ce qu’ils avaient perdu par suite de leurs fautes… Et « ils chantent un cantique nouveau devant le trône et devant les quatre Vivants et les Vieillards. Et nul ne pouvait apprendre le cantique, hormis les cent quarante-quatre milliers, les rachetés à la terre », eux qui ont accepté, librement, de recevoir le Don de Dieu. Souvenons-nous d’ailleurs de ce « cantique nouveau » chanté par « les rachetés de la terre », tel qu’il a déjà été présenté en Ap 5,9-10 : « Ils chantaient un cantique nouveau : Tu es digne de prendre le livre et d’en ouvrir les sceaux, car tu fus égorgé et tu rachetas pour Dieu, au prix de ton sang, des hommes de toute race, langue, peuple et nation ; tu as fait d’eux pour notre Dieu une Royauté de Prêtres régnant sur la terre ». Et rappelons-nous ce que chantent, en Ap 7,9, ces « cent quarante quatre mille », cette « foule immense de toute nation, race, peuple et langue » : « Le salut est donné par notre Dieu, Lui qui siège sur le Trône, et par l’Agneau ».

Agneau Mystique

  • Enfin, en Ap 21,16, nous découvrons les « mesures » de la Jérusalem, la Cité Sainte : « Celui qui me parlait tenait une mesure, un roseau d’or, pour mesurer la ville, ses portes et son rempart ; cette ville dessine un carré », signe de perfection, précise en note la Bible de Jérusalem : « sa longueur égale sa largeur. Il la mesura donc à l’aide du roseau, soit douze mille stades ; longueur, largeur et hauteur y sont égales ». Et à nouveau, une note précise : « 12 (le nombre de l’Israël nouveau) multiplié par mille (multitude) ».

      En conclusion, nous ne pouvons que constater que le chiffre 1000 ou la notion de milliers ont toujours, dans le Livre de l’Apocalypse, une signification symbolique, comme la plupart des autres chiffres qui y sont employés.

       L’interprétation du règne de « mille années » est donc à rechercher dans ce sens d’une multitude d’années, quasiment innombrables…

       Quel est son contenu, à quelle réalité renvoie-t-il ? Notons ce qui est dit de lui :

  • « Le Dragon, l’antique Serpent, le Diable, Satan » est « maîtrisé », « enchaîné », toujours bien vivant, mais ‘impuissant’ dans le cœur et la vie de celles et ceux qui s’en remettent, instant après instant, au Christ Vainqueur, Celui qui « s’appelle Fidèle et Vrai » (Ap 19,11), et qui ne peut donc que dire la vérité lorsqu’il déclare juste avant sa Passion et sa Résurrection : « C’est maintenant le jugement de ce monde ; maintenant le Prince de ce monde va être jeté bas ; et moi, une fois élevé de terre, j’attirerai tous les hommes à moi ». Et la note de la Bible de Jérusalem précise : « Satan dominait le monde (1Jn 5,19) ; la mort de Jésus affranchit les hommes de sa tyrannie ». Et encore : « En lui », Jésus, le Fils, « était la Vie, et la Vie était la Lumière des hommes, et la Lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie »… Et il déclare : « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde, pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. » « Je Suis la Lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura la Lumière de la Vie » (Jn 1,4-5 ; 12,46 ; 8,12).

 Croix Alain Dumas

      Nous retrouvons ainsi cette Promesse de Jésus faite à Pierre : « Eh bien ! moi je te dis : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16,18).

  • « Puis je vis des trônes sur lesquels ils s’assirent et on leur remit le jugement » ; St Jean ne précise pas de qui il s’agit. On peut penser à cette Parole de Jésus adressée aux Apôtres peu avant sa Passion, et à travers eux à la communauté tout entière des croyants : « Vous êtes, vous, ceux qui sont demeurés constamment avec moi dans mes épreuves ; et moi je dispose pour vous du Royaume, comme mon Père en a disposé pour moi : vous mangerez et boirez à ma table en mon Royaume, et vous siégerez sur des trônes pour juger les douze tribus d’Israël » (Lc 22,28-30). Et en Ap 3,21 le Christ ressuscité, en s’adressant « au vainqueur », c’est-à-dire à celui qui lui a remis sa confiance et sa foi, déclare : « Le vainqueur, je lui donnerai de siéger avec moi sur mon trône, comme moi-même, après ma victoire, j’ai siégé avec mon Père sur son trône » (Ap 3,21). foule 2Nous aurions donc ici « les 144.000 », la multitude des « rachetés », qui œuvrent avec Dieu au salut du monde puisque, pour Dieu, « juger » c’est « sauver » (Jn 3,16-18 ; 5,22-30 ; 8,1-12). « Je veux passer mon Ciel à faire du bien sur la terre » disait Ste Thérèse de Lieux. Et St Jean poursuit : je vis « aussi les âmes de ceux qui furent décapités pour le témoignage de Jésus et la Parole de Dieu, et tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête et son image, de se faire marquer sur le front ou sur la main (remarquer la similitude d’expression avec « le sceau », « le Nom sur le front » du baptême chrétien : dans son désir de prendre sa place, la Bête ‘singe’ Dieu, mais elle, ce n’est pas un ‘plus’ qu’elle propose, même si elle veut, bien sûr, nous faire croire le contraire, mais un ‘moins’, un ‘vide’, un ‘manque’, une ‘privation’ de la seule Plénitude qui peut nous combler, celle qui vient de Dieu, celle pour laquelle nous avons tous été créés) ; ils reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille années. » Et la Bible de Jérusalem d’écrire en note : « Cette « résurrection » des martyrs est symbolique : c’est le renouveau de l’Eglise après la fin de la persécution romaine » qui s’achèvera avec la conversion de l’Empereur Constantin en 312, « renouveau de même durée que la captivité du Dragon. Les martyrs qui attendent sous l’autel (6,9-11) sont dès maintenant heureux avec le Christ (cf. Lc 23,43 ; 1Th 4,14 ; Sg 3,1-9). Le « règne de mille ans » est donc la phase terrestre du Règne de Dieu, de la chute de Rome à la venue du Christ » au dernier jour du monde.

croix dans le ciel

       St Jean vient donc d’évoquer les martyrs et tous ceux qui ont « refusé d’adorer la Bête et son image » : ce sont les chrétiens qui ont répondu, et qui répondent chaque jour, à l’appel de Jésus : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repentez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15). Pécheurs, ils recommencent et recommencent encore à suivre Jésus, jour après jour, de nouveau départ en nouveau départ, en s’appuyant sur la Miséricorde de Dieu qui ne fera jamais défaut… « Si nous sommes infidèles, Dieu, lui reste fidèle, car il ne peut se renier lui-même » (2Tm 2,13). En effet, « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16), Il n’Est qu’Amour, désirant, recherchant, poursuivant instant après instant le seul bien de tous les hommes qu’il aime… En nous créant « esprit » (1Th 5,23) « à son image » (Gn 1,26-27), Lui qui Est « Esprit » (Jn 4,24), il s’est déjà donné Lui-même tout entier pour que nous surgissions dans l’existence, et il ne cesse de le faire pour nous y maintenir : « S’il tournait vers Lui son cœur, s’il concentrait en lui son souffle et son haleine, toute chair expirerait à la fois et l’homme retournerait à la poussière » (Job 34,14-15). De plus, Il est le premier à mettre en pratique pour nous ce qu’il nous invite à faire pour Lui : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force » (Mc 12,30). Et c’est bien ce qu’il déclare en Jérémie. Son peuple l’a abandonné ? Ils sont partis de tous côtés, loin de sa Maison ? « Moi, je vais les rassembler de tous les pays » où ils se sont dispersés par suite de leurs fautes ; « en ce lieu je les ramènerai et les ferai demeurer en sécurité. Alors Visage de Jésusils seront mon peuple et moi, je serai leur Dieu. Je leur donnerai un seul cœur et une seule manière d’agir, de façon qu’ils me craignent toujours, pour leur bien et celui de leurs enfants après eux. Je conclurai avec eux une alliance éternelle : je ne cesserai pas de les suivre pour leur faire du bien et je mettrai ma crainte en leur cœur pour qu’ils ne s’écartent plus de moi. Je trouverai ma joie à leur faire du bien et je les planterai solidement en ce pays, de tout mon cœur et de toute mon âme » (Jr 32,37-42). Or, « aimer, c’est tout donner et se donner soi-même » (Ste Thérèse de Lisieux), une phrase à prendre pour Dieu au pied de la lettre, comme nous le voyons dans le contexte éternel des relations entre le Père et le Fils : « Le Père aime le Fils et il a tout donné dans sa main » (Jn 3,35), tout, tout ce qu’Il Est, tout ce qu’Il a. « Tout ce qu’a le Père est à moi » (Jn 16,15). « Tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17,10). Et cela tout simplement parce que le Père est éternellement Amour, et donc éternellement Don de Lui-même… Or, il en est de même pour nous tous : telle est la Présence qui, instant après instant, s’offre à notre foi, non pas parce que nous le méritons, nous sommes pécheurs, mais parce qu’Il Est ce qu’Il Est : Amour, et donc Don de Lui‑même, de tout ce qu’Il Est… « Dieu Est Esprit » (Jn 4,24), « Dieu Est Lumière » (1Jn 1,5), Dieu Est Vie (Jn 1,4)… Ce Don de l’Esprit qui est Lumière et Vie ne cesse de frapper à la porte de nos cœurs (Ap 3,20), car il ne cesse de rayonner de ce Dieu qui Est « Soleil, qui donne la grâce, qui donne la gloire » (Ps 84(83),12). Tel est le Mystère que le Fils, le Verbe fait chair, est venu révéler aux hommes pécheurs… Qu’ils l’écoutent de tout cœur, qu’ils lui ouvrent leur cœur, et aussitôt cette réalité de Lumière et de Vie éternellement donnée par Dieu triomphera en eux de leurs ténèbres et de leur mort : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’heure vient – et c’est maintenant – où les morts », les morts spirituels, les pécheurs que nous sommes tous, « entendront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui l’auront entendue vivront. Comme le Père en effet a la vie en lui-même, de même a-t-il donné au Fils d’avoir aussi la vie en lui-même et il lui a donné pouvoir d’exercer le jugement parce qu’il est Fils d’homme » (Jn 5,25‑27). Et exercer le jugement, pour Dieu, c’est donner la Vie aux pécheurs qui en étaient privés par suite de leurs fautes (Rm 6,23). Toute la Mission du Fils consiste donc à proposer à notre foi ce qu’il reçoit du Père de toute éternité : cette Plénitude de l’Esprit qui est Vie et qui le constitue en « vrai Dieu né du vrai Dieu »… « Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu » (St Irénée), et cela selon sa condition de créature… Christ souriant« Je suis venu pour qu’on ait la Vie et qu’on l’ait en surabondance… Père, l’heure est venue : glorifie ton Fils, afin que ton Fils te glorifie et que, selon le pouvoir que tu lui as donné sur toute chair, il donne la vie éternelle à tous ceux que tu lui as donnés ! En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 10,10 ; 17,1-2 ; 6,47). Et le Père a donné au Fils le monde entier à sauver (Jn 3,16‑18 ; 4,42)… Quiconque croit, quiconque se repent de tout cœur, quiconque « produit un fruit qui exprime sa conversion » (Mt 3,8), ne peut que recevoir de celui qui est venu « baptiser dans l’Esprit Saint et le Feu » (Mt 3,11), ce Don de l’Esprit qui est Lumière et Vie. Tel est le grand Don qui jaillit éternellement du Dieu Amour et Don de Lui-même, un Don accueilli au Baptême, à la Confirmation, et renouvelé ensuite dans la célébration de tous les sacrements : Réconciliation, Eucharistie, Sacrement des malades, etc…

       Par ce Baptême, le disciple de Jésus devient prêtre, prophète et roi à l’image du Fils Prêtre, Prophète et Roi. En effet, tout ce qu’Est le Fils, il le doit au Don que le Père lui fait de Lui-même, Don de la Lumière qui règne sur les ténèbres (Jn 1,5), Don de l’Amour qui règne sur la haine (Lc 22,34), Don de la Vie qui règne sur la mort (Jn 5,26 ; 6,57 ; Rm 8,11). Autrement dit, le Fils est Roi non pas par Lui-même, mais par le Don qu’il reçoit de son Père de toute éternité (cf. 1Co 15,28). Et il en est de même pour sa dimension de Prêtre et de Prophète… Recevant par sa foi au Fils d’avoir part lui aussi à ce Don que le Fils reçoit du Père de toute éternité, le chrétien devient lui aussi, par ce Don même qu’il reçoit, Prêtre, Prophète et Roi. Il ne le doit pas à lui-même, à ses qualités, à ses mérites… Il le doit au « Don 6de Dieu » (Jn 4,10-14 ; 7,37-39), fruit de son Amour gratuit, cet Esprit qui vient du Père et qui unit dans un même Mystère de Communion la terre et le Ciel, cet Esprit qui inspire des Paroles d’Amour et de Paix, cet Esprit qui règne sur le mal, ce dernier n’ayant sur lui aucun pouvoir (Jn 14,30). C’est ainsi que les chrétiens, jusqu’à la fin des temps, une ‘durée’ évoquée ici avec l’image des « mille années », « seront prêtres de Dieu et du Christ avec qui il règneront mille années », et cela dans « l’unité d’un même Esprit » (Ap 20,6 ; Ep 4,3). Car « Jésus Christ, le témoin fidèle, le Premier-né d’entre les morts, le Prince des rois de la terre, nous aime et nous a lavés de nos péchés par son sang », c’est-à-dire par l’Esprit qui est Vie et Vivifie, par ce même Esprit « Eau Vive », Eau Pure qui purifie… Par ce Don de l’Esprit, « il a fait de nous une Royauté de Prêtres, pour son Dieu et Père : à lui donc la gloire et la puissance pour les siècles des siècles » (Ap 1,5-6).

       Telle est « la première résurrection », accueillie par la foi, où il est déjà donné dès maintenant de vivre « quelque chose » qui est de l’ordre même de « la Vie éternelle » (Jn 6,47), de la Paix éternelle (Jn 14,27), de la Lumière éternelle (Jn 12,46 ; 1Jn 2,8). Cette réalité spirituelle accueillie par la foi et vécue dans la foi constitue dès ici-bas les fondements intérieurs (Mt 7,24‑27) du seul vrai Bonheur… Et ils sont inébranlables car, indépendamment de nous, Dieu Est toujours ce qu’Il Est : Amour, Eternel Don de Lui-même, de sa Paix, de sa Lumière, de sa Vie… Et cette réalité demeure ‘stable’ au plus profond de nous-mêmes, fusse au milieu des pires tempêtes de la vie. « Je m’arrange, même au milieu de la tempête, de Theresefaçon à me conserver bien en paix au dedans… Si mon âme n’était pas toute remplie d’avance par l’abandon à la volonté du bon Dieu, s’il fallait qu’elle se laisse submerger par les sentiments de joie ou de tristesse qui se succèdent si vite sur la terre, ce serait un flot de douleur bien amer, et je ne pourrais le supporter. Mais ces alternatives ne touchent que la surface de mon âme… Ah ! Ce sont pourtant de grandes épreuves… (Mais) mon cœur est plein de la volonté du bon Dieu ; aussi, quand on verse quelque chose par-dessus, cela ne pénètre pas à l’intérieur ; c’est un rien qui glisse facilement, comme l’huile qui ne peut se mélanger avec l’eau. Je reste toujours au fond dans une paix profonde que rien ne peut troubler » (Ste Thérèse de Lisieux).

       « Heureux » donc qui, avec l’aide de Dieu, se détourne de tout cœur de tout ce qui Lui est contraire, pour se laisser combler (Ga 5,22 ; 1Th 1,6) et sanctifier (2Th 2,13) par ce Don de l’Esprit Saint : « il participe à la première résurrection ! La seconde mort, » la mort spirituelle et éternelle, la privation de la Plénitude divine de Lumière et de Vie, « n’a pas de pouvoir sur lui » car il s’est justement ouvert par sa foi à ce cadeau de Lumière et de Vie qui se propose de régner dans nos cœurs et cela dès maintenant sur la terre ! « La Lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas saisie » (Jn 1,5).

Saint Jean

       St Paul évoque aussi dans sa Lettre aux Ephésiens cette « première résurrection » qui renvoie en fait à notre vie de foi ici-bas : « Dieu, qui est riche en miséricorde, à cause du grand amour dont Il nous a aimés, alors que nous étions morts par suite de nos fautes, nous a fait revivre avec le Christ – c’est par grâce que vous êtes sauvés! -, avec lui Il nous a ressuscités et fait asseoir aux cieux, dans le Christ Jésus. Il a voulu par là démontrer dans les siècles à venir l’extraordinaire richesse de sa grâce, par sa bonté pour nous dans le Christ Jésus. Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier. Nous sommes en effet son ouvrage, créés dans le Christ Jésus en vue des bonnes œuvres que Dieu a préparées d’avance pour que nous les pratiquions » (Ep 2,4-10). C’est à ce cadeau de la grâce de l’Esprit qui vivifie que nous acquiesçons par le « Oui ! » de notre foi, ce « Oui ! » qui est par excellence celui donné au jour de notre Baptême, de notre Confirmation, ou de la (re)découverte plus tard de ces trésors offerts à la foi : « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés », une mort qui est « une mort au péché »… Mourir au péché est donc un Don de Dieu… « Nous avons donc été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle… Si donc nous sommes morts » au péché « avec le Christ, nous croyons que nous vivons aussi avec lui » (Noter le présent). « Sa mort fut une mort au péché, une fois pour toutes ; mais sa vie est une vie à Dieu. Considérez que vous êtes morts au péché et vivants à Dieu dans le Christ Jésus » (Rm 6,1-11).

resurrection2

       Cette réalité de foi apparaît aussi dans les Paroles de Jésus à Marthe : « Je Suis la Résurrection et la Vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra. Et quiconque vit et croit en moi ne mourra absolument jamais pour toujours (Triple négation !). Crois-tu cela ? » (Jn 11,26). En effet, « celui qui croit (en moi) a la vie éternelle », dans le présent de sa foi (Jn 6,47)… Comment donc pourrait-il mourir puisqu’il est déjà habité par une réalité éternelle et indestructible ? Ce qu’il a commencé à vivre dès ici‑bas dans la foi ne pourra que s’épanouir en Plénitude par-delà la mort… Ste Thérèse de Lisieux - Lourdes« Je ne meurs pas, j’entre dans la vie » disait Ste Thérèse de Lisieux, elle qui avait reconnu cette Présence spirituelle qui s’offre dès maintenant, jour après jour, à notre foi : « « La vie est bien mystérieuse. Nous ne savons rien, nous ne voyons rien, et pourtant, Jésus a déjà découvert à nos âmes ce que l’œil de l’homme n’a pas vu. Oui, notre cœur pressent ce que le cœur ne saurait comprendre, puisque parfois nous sommes sans pensée pour exprimer un « je ne sais quoi » que nous sentons dans notre âme ». « Après tout, cela m’est égal de vivre ou de mourir. Je ne vois pas bien ce que j’aurais de plus après la mort que je n’aie déjà en cette vie. Je verrai le bon Dieu, c’est vrai ! mais pour être avec lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre ».

Statue de Ste Thérèse de Lisieux, esplanade de Lourdes

       Par contre, celui qui refuse de croire, de consentir à la vérité – vérité de sa misère, vérité de la Miséricorde de Dieu -, celui qui refuse de faire preuve tout simplement de bonne volonté en restant dans l’injustice, le mensonge et l’hypocrisie (Mt 6,2.5.16 ; 15,7 ; 22,18 ; 23,13.15.23.25.27.29 ; 24,51), celui-là ne peut pas recevoir ce « je ne sais quoi » qui vient de Dieu, et qui est déjà, dans la foi, Lumière et Vie… « Les autres morts ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années » (Ap 20,5).

       Mais l’expression « pas… avant l’achèvement des milles années » ouvre un espoir… En effet, que se passera-t-il donc après ? Jésus déclare en St Jean, à propos cette fois des morts à cette vie terrestre : « N’en soyez pas étonnés, car elle vient l’heure où tous ceux qui sont dans les tombeaux entendront la voix du Fils de l’Homme, et sortiront : ceux qui auront fait le bien, pour une résurrection de vie, ceux qui auront fait le mal, pour une résurrection de jugement » (Jn 5,28-29). Nous venons de le voir avec Ep 2,4-10 et l’expression de St Paul, « pratiquer des bonnes œuvres », « faire le bien », comme dit ici St Jean, est un Don de Dieu car « hors de moi, vous ne pouvez rien faire, » nous dit Jésus (Jn 15,5). La bonne volonté demande certes à être éclairée par la foi, mais elle suffit, en s’ouvrant à la justice, à la vérité, au respect de l’autre, dans la recherche de son bien, à s’ouvrir à Dieu qui Est en Plénitude Justice, Vérité, Respect de l’Autre, Recherche du Bien de tous… Cette bonne volonté de cœur – encore mieux si elle s’accompagne d’une démarche de foi consciente – s’ouvre ainsi au Don de Dieu : l’Esprit d’Amour, de Lumière et de Vie, une Force donnée pour aimer et accomplir ainsi des « bonnes œuvres »… Celui qui est dans cette démarche accueille donc déjà en son cœur un Don de l’ordre de la Vie éternelle… Lors du passage par la mort de la terre au ciel, cette dynamique ne pourra que se poursuivre dans « une résurrection de Vie »… C’était « la première résurrection » vue précédemment…

Amour, pardon, réconciliation

       Mais « ceux qui auront fait le mal » sortiront des tombeaux, écrit St Jean, et cela « pour une résurrection de jugement »… La Résurrection est donc pour tous… Or, nous l’avons déjà vu, « juger », pour Dieu, c’est « sauver » (Jn 3,16‑18 ; 5,22-30 ; 8,1-12). Souvenons-nous des Paroles de Jésus à cette femme surprise en flagrant délit d’adultère : « « Femme, où sont-ils ? Personne ne t’a condamnée ? » Elle dit : « Personne, Seigneur. » Alors Jésus dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, désormais, ne pèche plus », car « le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche : repenstoi et croie à la Bonne Nouvelle » (Mc 1,15), Bonne Nouvelle d’un Dieu qui n’est qu’Amour et qui ne cherche, ne poursuis que ton Bien… Bien en accord avec notre expression du Livre de l’Apocalypse, « pas… avant l’achèvement des milles années », qui suggère une possibilité de fin heureuse pour celles et ceux qui ne se seraient pas repentis pendant cette vie sur terre, la notion de « résurrection de jugement » en St Jean la prolonge et la précise en ouvrant une porte d’Espérance. Dieu proposera une nouvelle fois à la liberté de ses enfants la surabondance de son Amour et de sa Miséricorde, pour leur plus grand bien, pour leur Bonheur et leur Plénitude éternelle, pour leur Sainteté qui sera, à nouveau, le Fruit du Don de « l’Esprit qui sanctifie »…

       La suite du Livre de l’Apocalypse évoque un Satan « relâché de sa prison », « séduisant les nations des quatre coins de la terre » par « la séduction du péché » (Hb 3,13). A l’universalité de la perspective, doublement évoqué par le pluriel « les nations » et le chiffre quatre (les quatre points cardinaux), se joint l’énormité de la menace, « rassemblés pour la guerre, aussi nombreux que le sable de la mer », à tel point qu’ils sont capables de monter « sur toute l’étendue du pays » et là « ils investirent le camp des saints, la Cité Bien-aimée », « P1120145figure de toute l’Eglise » comme l’indique en note la Bible de Jérusalem. Humainement parlant, tout semble dit : la victoire de ces forces du mal ne semblent faire aucun doute… Mais la promesse faite autrefois à Pierre demeure jusqu’à la fin des temps :
«  Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle » (Mt 16,18). Alors que tout semble perdu, « un feu descendit du ciel et les dévora »… Ce feu est celui de l’Esprit Saint (Mt 3,12 où la Bible de Jérusalem donne en note : « Le feu, moyen de purification moins matériel et plus efficace que l’eau, symbolise déjà dans l’Ancien Testament (Is 1,25 ; Za 13,9 ; Ml 3,2-3 ; Si 2,5), l’intervention souveraine de Dieu et de son Esprit purifiant les consciences ».

       Et la victoire de Dieu est ici totale : « Alors, le diable, leur séducteur, fut jeté dans l’étang de feu et de soufre, y rejoignant la Bête et le faux prophète, et leur supplice durera jour et nuit, pour les siècles des siècles » et cela aussi longtemps que durera leur « non ! ». La Lumière de l’Esprit est Vie, Douceur et Paix pour quiconque y consent. Et cette même Lumière est « grincement de dents » (Mt 8,12 ; 13,42.50 ; 22,13 ; 24,51 ; 25,30), « charbons ardents » (Rm 12,20) pour quiconque la refuse et demeure ainsi dans les « supplices » intérieurs de la jalousie et de l’orgueil (Rm 2,9)…

       La perspective se termine sur celle du jugement final… Le Trône est « blanc », symbole, dans le Livre de l’Apocalypse, de cette nature divine (Ap 1,14 ; 6,2 ; 19,11.14 ; 14,14) que Dieu veut communiquer à tout homme (Ap  2,17 ; 3,4.5.18 ; 4,4 ; 6,11 ; 2P 1,4). Il est « très grand », à la mesure sans mesure de Dieu Lui-même et de son projet d’y faire « asseoir » la multitude innombrable de ses créatures (Ap 3,21). Comme en Ap 4,2, avec « siégeant sur le Trône, Quelqu’un », St Jean ne le nomme pas directement et l’évoque par l’expression « Celui qui siège dessus »… Et nous avons vu que l’Agneau Immolé est Lui aussi « au milieu de ce trône et des quatre vivants » (Ap 5,6 littéral), à la place centrale de Dieu Lui-même, une nouvelle façon d’affirmer indirectement le Mystère de sa divinité…

jésus enseignant 2

       « Le ciel et la terre s’enfuirent de devant sa face sans laisser de traces ». Nous sommes donc au dernier jour du monde… « Et je vis les morts, grands et petits, debout devant le Trône ». Notons leur position : ils sont « devant » le Trône, et non pas « assis » sur lui. Or cet accueil de Dieu ‘sur son Trône’ commence dès la mort pour les pécheurs qui se confient en sa Miséricorde infinie : « En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis » (Lc 23,43 ; cf. Ap 4,9-10 ; 6,9-11 ; 7,9‑17). « Les morts, grands et petits » qui apparaissent ici, sont donc plutôt ceux évoqués précédemment, « ces autres morts », qui « ne purent reprendre vie avant l’achèvement des mille années », autrement dit les pécheurs qui, sur terre, ont refusé de se repentir… Chacun est alors « jugé selon ses œuvres », évoquées ici par l’expression « on ouvrit des livres », les livres des vies de chacun… « Les premiers livres ouverts contiennent inscrites les actions bonnes ou mauvaises des hommes » (Bible de Jérusalem). « Puis (on ouvrit) un autre livre, celui de la vie » ; « le livre de vie (3,5) contient le nom des prédestinés (3,5 ; 17,8 ; 20,12.15 ; 21,27 ; cf Ph 4,3 ; Ac 13,48) » (Bible de Jérusalem) c’est-à-dire les nomes de tous les hommes de tous les temps puisque « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2,4).

je suis la vraie vigne

       Ces pécheurs qui, sur terre ont refusé de se repentir, sont donc « jugés selon leurs œuvres »… Mais souvenons-nous que Dieu ne juge pas au sens de condamner… Son jugement est certes selon la Vérité, mais il est Celui de la Miséricorde, de l’Amour éternel, de la Bonté, qui ne recherche et ne poursuit que le Bien de ses créatures, et cela inlassablement… Si la bonne volonté est au rendez-vous, alors chacun sera « jugé » en vérité « selon ses œuvres », de telle sorte que « là où le péché a abondé, la grâce a surabondé » (Rm 5,20), triomphant finalement de tout mal et de toutes ses conséquences…

       « Alors, la Mort et l’Hadés », le séjour des morts, « furent jetés dans l’étang de feu »… Eux disparaissent totalement… Il ne reste plus que la Vie, le Triomphe de la Vie, enfin réalisé pour le Bien éternel de celles et ceux qui auront accepté qu’il en soit ainsi…

       « Et celui qui ne se trouva pas inscrit dans le livre de vie, on, le jeta dans l’étang de feu »… Nous avons noté le singulier « celui »… Existe-t-il, puisque Dieu a tout créé pour la vie ? « Ne recherchez pas la mort par les égarements de votre vie et n’attirez pas sur vous la ruine par les œuvres de vos mains. Car Dieu n’a pas fait la mort, il ne prend pas plaisir à la perte des vivants. Il a tout créé pour l’être ; les générations dans le monde sont salutaires, en elles il n’est aucun poison destructeur, et l’Hadès ne règne pas sur la terre ; car la justice est immortelle » (Sg 1,12-15). Et la Bible de Jérusalem donne en note : « Dieu, « Celui qui Est » (Ex 3,14), a créé toutes choses pour qu’elles « soient », pour qu’elles aient une vie réelle, solide, durable ». Toutes ses créatures, sans aucune exception, sont donc « inscrites au livre de vie »… « Oui, Dieu a créé l’homme pour l’incorruptibilité, il en a fait une image de sa propre nature », une expression qui sous-entend une participation à « sa propre nature », et la « nature divine » est éternelle… Nous le retrouvons dans le simple fait que « Dieu qui Est Esprit » (Jn 4,24) a créé l’homme « esprit » (1Th 5,23) en « insufflant » en lui « une haleine de vie » (Gn 2,4b-7), le souffle de Dieu, dans la Bible, renvoyant à l’Esprit Saint : « Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui a créé les cieux et les a déployés, qui a affermi la terre et ce qu’elle produit, qui a donné le Souffle au peuple qui l’habite, et l’Esprit à ceux qui la parcourent » (Is 42,5). « C’est l’Esprit de Dieu qui m’a fait, le Souffle de Shaddaï qui m’anime » (Job 33,4). « Baptême de Jésus (2)Prophétise donc à l’Esprit, prophétise, fils d’homme. Tu diras à l’Esprit : ainsi parle le Seigneur Dieu. Viens des quatre vents, Esprit, souffle sur ces morts, et qu’ils vivent » (Ez 37,9). « Le vent (pneuma, en grec) souffle où il veut et tu entends sa voix, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Ainsi en est-il de quiconque est né de l’Esprit (pneuma) » (Jn 3,8). Tout homme, par le simple fait qu’il existe, qu’il a été créé, participe donc de par sa nature humaine à la nature divine qui est Esprit… Il est donc, par nature, immortel… « L’Église enseigne que chaque âme spirituelle est immédiatement créée par Dieu (cf. Pie XII, enc. ” Humani generis “, 1950 : DS 3896) – elle n’est pas « produite » par les parents – ; elle nous apprend aussi qu’elle est immortelle (cf. Cc. Latran V en 1513 : DS 1440) : elle ne périt pas lors de sa séparation du corps dans la mort, et s’unira de nouveau au corps lors de la résurrection finale » (Catéchisme Eglise Catholique & 366).

       Et maintenant, pour que sa vie soit pleine, heureuse, comblée, Dieu, dans le respect infini de sa liberté, l’appelle inlassablement sa créature faire le choix de l’Amour… « Tu fais Miséricorde à tous, parce que tu peux tout, tu fermes les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se repentent. Tu aimes en effet tout ce qui existe, et tu n’as de dégoût pour rien de ce que tu as fait ; car si tu avais haï quelque chose, tu ne l’aurais pas formé. Et comment une chose aurait-elle subsisté, si tu ne l’avais voulue ? Ou comment ce que tu n’aurais pas appelé aurait-il été conservé ? En réalité, tu épargnes tout, parce que tout est à toi, Maître ami de la vie ! Car ton Esprit incorruptible est en toutes choses ! Aussi est-ce peu à peu que tu reprends ceux qui tombent ; tu les avertis, leur rappelant en quoi ils pèchent, pour que, s’étant débarrassés du mal, ils croient en toi, Seigneur » (Sg 11,23-12,2), et pour qu’en croyant, ils reçoivent de toi de pouvoir participer à la Plénitude de ta Vie éternelle. « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit a la vie éternelle » (Jn 6,47).

la transfiguration 4

       Oui, « voilà ce qui est bon et ce qui plaît à Dieu notre Sauveur, lui qui veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité. Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous » (1Tm 2,3-6)…

                                                                                                                      D. Jacques Fournier

AP – SI – Fiche 34 – Ap 20 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document PDF de cet article, pour lecture ou impression.

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