« Les brebis écoutent sa voix… » (Jn 10,1-10 ; 4° Dimanche de Pâques – Francis COUSIN)

À l’époque de Jésus, chaque berger possédait un certain nombre de brebis qu’il confiait pour la nuit à un gardien qui les rassemblait dans un enclos pouvant contenir plusieurs troupeaux. Le matin, le berger se faisait reconnaître par un mot de passe, et le gardien lui ouvrait la porte de l’enclos. A la voix du berger, les brebis se rapprochaient de la porte, sachant que c’est leur maître qui est là.

Quand j’étais jeune, je me souviens de la fermière qui disait : « Ah, René arrive. », « comment le savez-vous ? », « Le chien s’excite, jappe et tire sur sa laisse ». Le chien était capable de reconnaître le bruit de la voiture ou du tracteur alors qu’il était à plus de cinq cents mètres, même s’il y avait plusieurs voitures ou tracteurs identiques dans le village, alors que nous, humains, nous n’entendions rien.

Les brebis écoutent et reconnaissent sa voix. Et elles ne se trompent pas !

Et le berger appelle chacune par son nom. Les troupeaux qu’on peut encore voir en ce moment en Palestine, souvent des chèvres, ont en général entre vingt et trente animaux. Rarement plus ; cela devait être la même chose au temps de Jésus. Et donner un nom n’est pas surprenant : à la ferme, chaque vache avait son nom commençant par la lettre de son année de naissance … maintenant elles ont un numéro matricule sur l’oreille … C’est le progrès, dit-on … mais ça montre surtout un changement dans les rapports entre l’humain et les animaux … et ce n’est pas un progrès ! L’animal devient une bête, réduit à un capital !

Être appelé par son nom montre une certaine familiarité, une connivence entre les concernés. Que chaque brebis soit appelée par son nom lui donne le sentiment d’être la préférée du berger du troupeau. Il en est de même pour nous : nous sommes tous les préférés de Jésus !

Cela peut paraître paradoxal, mais Dieu ne fait pas de différence entre les siens. Même le dernier des mécréants est considéré au même niveau que le saint par Dieu. Et encore : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus quepour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de conversion. » (Lc 15,7). Et même si parfois on a l’impression que Dieu nous a oublié, c’est faux « car je t’ai gravé sur les paumes de mes mains » (Is 49,16).

La connaissance et la reconnaissance des brebis par le berger et du berger par les brebis montre l’amour qu’il y a entre eux. Mais un amour bien plus fort pour le berger, puisque c’est lui qui vient chaque matin chercher ses brebis, et surtout qui est prêt à donner sa vie pour elles.

« Je suis la porte des brebis. ». La porte a deux fonctions : garantir la sécurité des personnes dans la maison ou des brebis dans l’enclos : fonction passive ; permettre de sortir et de rentrer : fonction dynamique. Mais Jésus ne parle que de la fonction dynamique pour les brebis. Pour être sauvé, il faut passer par Jésus, et aller vers les pâturages, c’est-à-dire vers le paradis, vers le Père. « Personne ne va vers le Père sans passer par moi. » (Jn 14,6). Et Jésus est aussi le chemin où il précède ses brebis qui le suivent, partout où il ira, … et Jésus est passé par la croix… Il nous faut donc aussi passer par la croix, ou par une croix… : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croixet qu’il me suive. » (Mt 16,24). Parce que les brebis, c’est nous …

Ainsi, chaque matin, comme les brebis, Jésus vient vers nous, et nous devons l’écouter, et le reconnaître … et passer par la porte de Jésus …

Mais parfois, il nous arrive de trouver cette porte un peu basse pour nous, parce qu’il nous faut nous abaisser pour être serviteur, ou trop étroite … et si on nous propose une porte bien large, haute, qui ouvre sur un chemin qui nous semble bien plus agréable et aisée à suivre … on peut être tenté, et même succomber à la tentation … et au bout d’un moment, on se rend compte qu’on ne va nulle part … sinon à la perdition …

Parce qu’on n’a pas écouté la voix de Jésus, … entendu peut-être, mais pas écouté … et cette voix, on la trouve dans les évangiles …

C’est dans ces moments-là que l’on s’aperçoit de l’amour de Dieu pour les siens, qui va « aller chercher [la brebis] qui est perdue, jusqu’à ce qu’il la retrouve. » (Lc 15,4).

Dieu ne nous oblige pas ; il nous laisse libre … mais il est toujours à côté de nous, prêt à nous aider, si nous le voulons. Parce qu’il veut « que les brebis aient la vie, la vie en abondance. »

Dans ce passage de l’évangile, on voit que les brebis sortent de l’enclos, pour suivre Jésus … partir sur les chemins … vers les pâturages, … vers le Père …

C’est la dynamique du chrétien. Il ne doit pas rester dans son enclos, sans bouger, … sans rien faire (peut-être un peu prier dans sa chambre ?!) … en restant confiné chez lui … comme nous le sommes en ce moment, physiquement, mais pas intellectuellement ou spirituellement …

Le chrétien doit sortir de chez lui, … sortir de son soi … passer par la porte qu’est Jésus … le suivre, lui, le Bon Berger, …pour aller vers Dieu en allant vers les autres …

Le chrétien doit être un nomade dans sa tête …

Comme le disait le pape François aux jeunes des JMJ de Cracovie (mais c’est valable aussi pour les plus âgés) : « Chers amis, Jésus est le Seigneur du risque, il est le Seigneur du toujours ‘‘plus loin’’. Jésus n’est pas le Seigneur du confort, de la sécurité et de la commodité. Pour suivre Jésus, il faut avoir une dose de courage, il faut se décider à changer le divan contre une paire de chaussures qui t’aideront à marcher, sur des routes jamais rêvées et même pas imaginées, sur des routes qui peuvent ouvrir de nouveaux horizons, capables de propager la joie, cette joie qui naît de l’amour de Dieu, la joie que laissent dans ton cœur chaque geste, chaque attitude de miséricorde.  ( … ) Dieu attend quelque chose de toi, Dieu veut quelque chose de toi, Dieu t’attend. Dieu vient rompre nos fermetures, il vient ouvrir les portes de nos vies, de nos visions, de nos regards. Dieu vient ouvrir tout ce qui t’enferme. Il t’invite à rêver, il veut te faire voir qu’avec toi le monde peut être différent. »

Seigneur Jésus,

tu ne veux pas que nous restions

enfermés chez nous.

Tu nous veux mobiles,

allant vers les autres,

mettant en pratique la Parole de Jésus.

 En faisant ainsi,

nous nous approchons de ton Père

qui nous attend, dans son paradis,

avec Toi.

 

                                                                                       Francis Cousin

Pour accéder à la prière illustrée, cliquer sur le titre suivant :

Prière dim Pâques A 4°

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