L’Eucharistie au quotidien

Permettez-moi de commencer cet entretien par quelques versets de la première épître aux Corinthiens de saint Paul (11, 23-32) :

« Pour moi, en effet, j’ai reçu du Seigneur ce qu’à mon tour je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, la nuit où il était livré, prit du pain et, après avoir rendu grâce, le rompit et dit : ‘Ceci est mon corps, qui est pour vous ; faites ceci en mémoire de moi.’ De même, après le repas, il prit la coupe, en disant : ‘Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; chaque fois que vous en boirez, faites-le en mémoire de moi.’ Chaque fois en effet que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu’à ce qu’il vienne. Ainsi donc, quiconque mange le pain ou boit la coupe du Seigneur indignement aura à répondre du corps et du sang du Seigneur. Que chacun donc s’éprouve soi-même, et qu’ainsi il mange de ce pain et boive de cette coupe ; car celui qui mange et boit, mange et boit sa propre condamnation, s’il ne discerne le Corps. Voilà pourquoi il y a parmi vous beaucoup de malades et d’infirmes, et que bon nombre sont morts. Si nous nous examinions nous-mêmes, nous ne serions pas jugés. Mais par ses jugements le Seigneur nous corrige, pour que nous ne soyons point condamnés avec le monde. »

La méditation des sacrements, et plus particulièrement sur l’eucharistie, nous permet de mieux comprendre ce qu’est la vie chrétienne. Le Concile Vatican II déclare que l’eucharistie est « source et sommet de toute la vie chrétienne » (LG 11). « Les autres sacrements ainsi que tous les ministères ecclésiaux et les tâches apostoliques sont tous liés à l’eucharistie et ordonnés à elle. Car la sainte Eucharistie contient tout le trésor spirituel de l’Église, c’est-à-dire le Christ lui-même, notre Pâque » (PO 5). L’eucharistie doit donc être la source, le centre et le sommet de toute vie chrétienne, parce que ce sacrement est le don parfait de l’amour de Dieu pour nous. Tous les sacrements conduisent à l’eucharistie et n’ont de raison que pour l’eucharistie. Le baptême permet à Dieu de régénérer notre âme pour nous permettre de recevoir Jésus dans l’eucharistie. La confirmation nous confère les dons du Saint Esprit pour avoir la force et le courage de vivre en conformité avec l’eucharistie et d’annoncer au monde entier l’amour de Dieu présent dans le sacrement des sacrements. Le sacrement de l’ordre permet de célébrer l’eucharistie pour donner Jésus vrai Dieu et vrai homme à tout le Peuple de Dieu. Le sacrement de réconciliation permet de recevoir la miséricorde de Dieu pour s’approcher de la sainte table de communion après avoir commis un péché grave. Le sacrement de mariage permet à Jésus d’entrer en procession dans le nouveau foyer pour que par l’eucharistie les époux vivent toujours plus chrétiennement selon le projet de Dieu sur leur famille. Enfin, le sacrement des malades permet d’être soutenu dans l’épreuve de la maladie d’une façon toute particulière et de recevoir l’eucharistie pour bien vivre la pâque de notre vie.

On appelle ce sacrement Eucharistie, mais il faut savoir qu’on lui donne aussi d’autres noms signifiant chacun un aspect du sacrement (CEC 1328-1332) :

  • « 1328 Eucharistie parce qu’il est action de grâces à Dieu. Les mots eucharistein (Lc 22, 19 ; 1 Co 11, 24) et eulogein (Mt 26, 26 ; Mc 14, 22) rappellent les bénédictions juives qui proclament – surtout pendant le repas – les œuvres de Dieu : la création, la rédemption et la sanctification. »

  • « 1329 Repas du Seigneur (cf. 1 Co 11, 20) parce qu’il s’agit de la Cène que le Seigneur a pris avec ses disciples la veille de sa passion et de l’anticipation du repas des noces de l’Agneau (cf. Ap 19, 9) dans la Jérusalem céleste.

  • « Fraction du Pain parce que ce rite, propre au repas juif, a été utilisé par Jésus lorsqu’il bénissait et distribuait le pain en maître de table (cf. Mt 14, 19 ; 15, 36 ; Mc 8, 6. 19), surtout lors de la dernière Cène (cf. Mt 26, 26 ; 1 Co 11, 24). C’est à ce geste que les disciples le reconnaîtront après sa résurrection (cf. Lc 24, 13-35), et c’est de cette expression que les premiers chrétiens désigneront leurs assemblées eucharistiques (cf. Ac 2, 42. 46 ; 20, 7. 11). Ils signifient par là que tous ceux qui mangent à l’unique pain rompu, le Christ, entrent en communion avec Lui et ne forment plus qu’un seul corps en Lui (cf. 1 Co 10, 16-17).

  • « Assemblée eucharistique (synaxis) parce que l’Eucharistie est célébrée en l’assemblée des fidèles, expression visible de l’Église (cf. 1 Co 11, 17-34).

  • « 1330 Mémorial de la passion et de la résurrection du Seigneur.

  • « Saint Sacrifice, parce qu’il actualise l’unique sacrifice du Christ Sauveur et qu’il inclut l’offrande de l’Église ; ou encore saint sacrifice de la messe, « sacrifice de louange » (He 13, 15 ; cf. Ps 116, 13. 17), sacrifice spirituel (cf. 1 P 2, 5), sacrifice pur (cf. Ml 1, 11) et saint, puisqu’il achève et dépasse tous les sacrifices de l’Ancienne Alliance.

  • « Sainte et divine Liturgie, parce que toute la liturgie de l’Église trouve son centre et son expression la plus dense dans la célébration de ce sacrement ; c’est dans le même sens qu’on l’appelle aussi célébration des Saints Mystères. On parle aussi du Très Saint Sacrement parce qu’il est le sacrement des sacrements. On désigne de ce nom les espèces eucharistiques gardées dans le tabernacle.

  • « 1331 Communion, parce que c’est par ce sacrement que nous nous unissons au Christ qui nous rend participants de son Corps et de son Sang pour former un seul corps (cf. 1 Co 10, 16-17) ; on l’appelle encore les choses saintes : ta hagia ; sancta (Const. Ap. 8, 13, 12 ; Didaché 9, 5 ; 10, 6) – c’est le sens premier de la « communion des saints » dont parle le Symbole des Apôtres -, pain des anges, pain du ciel, médicament d’immortalité (S. Ignace d’Antioche, Eph. 20, 2), viatique

  • « 1332 Sainte Messe parce que la liturgie dans laquelle s’est accompli le mystère du salut, se termine par l’envoi des fidèles (« missio ») afin qu’ils accomplissent la volonté de Dieu dans leur vie quotidienne. »

Jésus parle de l’eucharistie

Pour bien comprendre l’intention de notre Seigneur dans l’institution de l’eucharistie, il est indispensable de nous replonger dans l’évangile de saint Jean. Dans les chapitres 6 à 12, on trouve 7 grandes affirmations de Jésus : Je suis le pain de vie, je suis la lumière du monde, je suis, je suis la porte, je suis le bon pasteur, je suis le Fils de Dieu, je suis la résurrection. Ces affirmations de Jésus manifestent comment il se donne à nous. On retrouve la logique de l’Agneau (pain de vie, je suis la porte), de l’Époux (lumière du monde, bon pasteur) et du Fils de Dieu (je suis, je suis le Fils de Dieu, je suis la résurrection). Comprenons bien que la misère humaine fondamentale c’est de ne pas avoir de pain ni de toit. L’Agneau de Dieu se présente comme notre abri et notre pain. Jésus se fait le pain des pauvres et leur abri.

Entrons dans la logique du chapitre 6 où Jésus nous révèle qu’il est le pain de vie. Une foule innombrable suit Jésus sans savoir où elle va, sans se soucier de la nourriture. La foule lui fait confiance et accepte le jeûne. Les apôtres ont tendance à critiquer car ils ont faim ; ils ne comprennent pas. De là Jésus peut faire son geste prophétique, car ceux qui sont là ont faim et connaissent la valeur du pain. Jésus redonne la signification du pain au peuple, nourriture fondamentale de l’homme. De plus, il demande au petit enfant de lui offrir ces pains et ces poissons. Jésus se sert de l’offrande d’un enfant pour faire l’eucharistie (c’est la logique du don et de l’offrande). Jésus multiplie en abondance (quantité et qualité). Il est important de revenir à la préparation de cette journée avant d’aborder l’eucharistie (marche au désert, jeûne, offrande et confiance en Jésus). Une fois bien nourrie, la foule veut proclamer Jésus roi, mais d’une royauté temporelle. Jésus refuse cette royauté et part au désert. Pendant ce temps, les apôtres repartent à Capharnaüm. Jésus les rattrape en marchant sur l’eau. Par ce second miracle, Jésus manifeste qu’il est maître de la loi naturelle physique qu’il peut changer. Pendant ce temps-là la foule qui s’était endormie (superbe action de grâce !), cherche Jésus et le trouve près de la synagogue. Jésus leur reproche de le chercher pour des avantages matériels et non pour lui-même. Travaillez non pour la nourriture périssable mais pour la nourriture impérissable, le pain de vie. La fin du travail n’est pas, en fait, la nourriture terrestre, mais l’eucharistie. C’est pour cela que l’on offre le pain et le vin à la messe. L’offertoire permet de transformer le travail de chaque jour qui permet de gagner le pain et le vin, en offrande pour entrer dans l’eucharistie. C’est l’image de Jésus prenant toutes les peines du monde (fruit de la terre et du travail des hommes) sur lui pour les offrir au Père sur l’autel de la Croix.

Dans le discours qui suit (discours sur le pain de vie), en reprenant l’image de la manne, notre Seigneur dit que le Père est celui qui donne le pain, qui donne Jésus au monde. Cette manne donnée gratuitement préfigure le don de l’eucharistie. Il faut vivre divinement de la manne. Le miracle de la manne ne se reproduira pas matériellement, car il faut travailler pour vivre. Jésus se présente comme la nouvelle manne, le pain de vie. Cette manne était donnée chaque jour pour nourrir le peuple. Ici Jésus, à l’image de la manne, se présente comme le pain descendu du ciel pour qu’on ne meurt pas. Ce pain que Jésus veut nous donner c’est sa chair et son sang. Cette affirmation est grandiose. Nous sommes trop souvent blasés d’entendre ces paroles et nous n’y prêtons plus attention, alors que Jésus nous apporte une véritable révolution dans notre vie. Si on accepte de manger cette nourriture, elle nous rassasiera et Dieu sera en nous pour la vie éternelle.

Au lieu de recevoir ces paroles, la foule se met à discuter et refuse de croire. Par le pain de vie Jésus déclare qu’il est le Fils de Dieu et les grandes luttes commencent contre lui. Ces paroles sont trop dures et beaucoup de disciples le quittent. Jésus se tourne vers les apôtres et les interroge. Voulez-vous me quitter ou rester ? Pierre, au nom des autres apôtres, affirme sa fidélité à Jésus même s’il ne comprend pas le sens des paroles. Néanmoins, Jésus parle déjà d’un d’entre eux qui ne croit pas au pain de vie : c’est Judas. Intérieurement il ne croit pas, il refuse de croire au mystère du pain de vie, au mystère de l’eucharistie.

L’institution de l’eucharistie en saint Luc 22 et saint Jean 13.

Saint Luc nous montre que Jésus a institué l’eucharistie à la fin du repas pascal commémorant la libération des hébreux d’Égypte, du peuple d’Israël. Il anticipe la croix au cours de ce dernier repas familial. Il renouvelle l’Alliance comme législateur. Pour cela, il commence par commémorer la pâque ancienne, le passage de l’ange exterminateur dans les maisons non marquées par le sang de l’Agneau. Il résume en lui l’ancienne alliance, l’assume et l’achève pour lui donner un sens nouveau.

L’institution de l’eucharistie est d’une extrême simplicité après la célébration de l’ancienne pâque. Jésus se sert de ce qui a de plus simple, du pain azyme. Il fait cela sur les restes de l’ancienne alliance, qu’il mène à sa perfection par le pain et le vin qu’il transforme en son corps et son sang. L’ancienne pâque était un passage terrifiant de Dieu, mais libérateur ; la nouvelle pâque est le don de la personne même du Christ qui est la vraie libération. On passe d’une mémoire à une présence nouvelle.

Saint Jean. Pour faire comprendre ce qu’il va faire, il fait le geste du lavement des pieds. Les apôtres ne comprennent pas la signification. Jésus répond à Pierre qu’il n’aura pas part avec lui s’il n’accepte pas. Ne pas avoir part signifie ne pas suivre Jésus partout y compris sur la croix. Ne pas le suivre sur la croix signifie ne pas avoir part à la vie éternelle. Pierre, en tant que personne généreuse, donne une réponse excessive. Jésus, dans son amour pour Judas veut une dernière fois lui tendre la main en s’humiliant devant lui, en lui lavant les pieds alors qu’il avait déjà décidé de le livrer. Ainsi Jésus montre ce qu’est l’amour et le pardon. Le drame est que Judas n’a pas reçu le pardon de Jésus et est parti à sa perdition.

Il fallait qu’avant l’institution de la Cène que Jésus pardonne et que les apôtres reçoivent ce pardon. Ainsi le sacrement de réconciliation est intimement lié à l’eucharistie. Pour recevoir le pain de vie, il faut accepter d’être réconcilié avec le Père par le Fils qui nous lave les pieds. Ce dernier repas est enveloppé du pardon. En montrant cet exemple de pardon, il veut que tous les apôtres pardonnent aussi à ceux qui ont péché (cf. le Notre Père). Le pardon est la chose la plus difficile, le sommet de la miséricorde ; c’est pour cela que le pardon est lié et inséré dans l’eucharistie. L’eucharistie étant l’actualisation de la croix, est l’actualisation du pardon de Dieu pour chacun d’entre nous.

En faisant ce geste du lavement des pieds, Jésus ne renonce pas à son autorité en faisant le geste de l’esclave, mais montre l’exemple. À ce moment solennel où Jésus agit en tant que législateur, il fait ce geste. La portée de ce geste est capitale. Aujourd’hui on oppose le maître et l’esclave (dialectique de Marx et Hegel), alors que Jésus indique la bonne mesure de la pratique de l’autorité, la charité. Il nous explique ce qu’est l’autorité, un service qui relève de l’ordre de la charité. En dehors de cela, l’autorité est toujours exercée de façon tyrannique.

Jésus fait ce geste comme législateur (Jn : le Père lui a tout remis entre les mains) dans un repas familial, c’est-à-dire dans la charité fraternelle. De fait, on ne peut pas comprendre l’eucharistie si on ne regarde pas le lavement des pieds et l’ordonnancement de la charité avec le pardon. Ce sommet de la charité lui permet de devancer l’heure.

Jésus institue l’eucharistie au cours d’un repas. Regardons rapidement la signification des repas dans l’évangile de saint Jean. Nous en trouvons cinq : Cana, la multiplication des pains, Béthanie (le parfum symbolise l’action de grâce gratuite – on ne récupère pas le parfum versé), lavement des pieds (symbolise le pardon et le service), repas après la résurrection (l’eucharistie est la nourriture que Dieu veut nous donner pour refaire nos forces chaque jour). Cana permet de comprendre le symbolisme du vin. Dans l’A.T. le pain est lié au travail pénible (Genèse) au symbolisme de la nécessité vital (la manne). Le vin est la surabondance, la joie (Jésus commence par Cana pour montrer que la nouvelle alliance est du domaine de la surabondance de l’amour de Dieu).

De fait, on voit bien les différentes significations de l’eucharistie préfigurées et annoncées tout au long de l’évangile de saint Jean : le don de la surabondance de la grâce qui réjouit le cœur de l’homme ; ce don surabondant inclut la quantité et la qualité, le pardon et la gratuité ; ce don est institué pour refaire nos forces.

L’eucharistie est donc un repas car il a été institué au cours d’un repas pour montrer la dimension de la charité, mais c’est avant tout le sacrifice de la croix. L’amour de Dieu manifesté sur la croix veut venir en nous. La croix n’est pas seulement la rédemption, la purification, mais le don de Dieu lui-même, c’est-à-dire l’amour. Dieu ne fait pas qu’une action extérieure, mais se donne lui-même. Le don se réalise par la croix ; c’est pour cela que l’on ne peut pas séparer l’eucharistie-banquet (céleste) de l’eucharistie-sacrifice. L’eucharistie permet de comprendre la croix et la croix renvoie à l’eucharistie. L’un sans l’autre n’a pas de sens car on quitterait la logique de l’amour. La double consécration manifeste bien la réalité du sacrifice par la séparation du corps et du sang.

La présence réelle

Par les paroles que le prêtre prononce à la consécration, le Christ réactualise le Saint Sacrifice de la Croix et se rend présent sous l’apparence d’un peu de pain et d’un peu de vin. Et lorsque nous recevons, ce n’est-ce qu’un petit fragment d’une hostie consacrée, nous recevons la plénitude de l’humanité et de la divinité du Christ, mais les fruits de la communion dépendent en grande partie de nos dispositions suivant les avertissements de saint Paul dans la 1ère épître aux Corinthiens.

L’hostie consacrée reste du pain en apparence, mais la substance du pain a disparu au profit du Corps du Christ. Le Christ nous est donné de façon invisible ; seule la foi nous permet de voir cela et de venir au secours de l’intelligence qui ne peut comprendre un tel mystère. C’est le mystère de la transsubstantiation. Les apparences demeurent, mais la substance change. Jésus se sert du travail humain et non de simples grains de blé et de grains de raison. Seul Dieu peut opérer la transsubstantiation. L’homme peut transformer la matière, mais pas en changer sa nature tout en laissant les apparences.

Comprenons bien que le pain symbolise le réalisme de l’amour. Dieu se fait notre aliment et meurt sur la croix. Deux gestes forts qui montrent la réalité de l’amour de Dieu pour nous. Dieu veut aimer chacun d’entre nous comme si nous étions uniques et qu’il n’y a pas d’autres créatures. Dans l’eucharistie, on reçoit la totalité du sacrifice de la croix et de la résurrection comme si nous étions seuls au monde.

De même que la nourriture est individuelle et personnelle (on ne peut pas manger pour un autre !), l’eucharistie est le don personnel de Dieu pour chacun d’entre nous. Le pain nous nourrit, on l’assimile et devient notre substance. Le pain est le serviteur de l’homme par excellence. Contrairement au pain, l’eucharistie nous transforme et nous divinise de l’intérieur. Le symbole du pain permet de comprendre que Dieu va jusqu’au bout du don. Contrairement au pain terrestre qui devient nous, le pain du ciel nous fait devenir fils de Dieu. C’est un don substantiel que seul Dieu pouvait inventer. Jésus se sert de tout le travail des hommes pour se donner à chacun tous les jours.

L’eucharistie est un moyen divin, un sacrement, un signe qui nous conduit à vivre avec Jésus présent en nous. Le pain nous permet de comprendre que Jésus nous est tout entier donné pour nous, mieux qu’un ami ou qu’un conjoint présent. Dieu veut ainsi nous montrer combien il nous aime en se donnant à chacun, comme si nous étions unique. Il ne se contente pas de se donner en commun à tout le monde, car l’amour est personnel. Dans l’ordre du don, on ne peut pas aller plus loin que le pain de vie.

Mais pour recevoir ce don, il faut entièrement se donner à Dieu : c’est l’offrande du petit enfant (5 pains et 2 poissons). Pourquoi beaucoup ont trouvé les paroles de Jésus dures ? C’est parce qu’ils refusent de se donner à Dieu et de l’aimer jusqu’au bout à l’image de l’amour de Jésus pour nous. En fait, refuser le mystère eucharistique c’est refuser d’entrer dans la logique de l’amour de Dieu et comprendre que cela ne fait qu’un avec l’amour du prochain. Plus on aime Dieu, plus on rentre dans la logique de l’amour du Christ et de lui ressembler dans son don. Nous sommes appelés à nous donner comme pain des autres à l’image du Christ et par amour de Dieu.

De fait, recevoir l’eucharistie, c’est accepter de recevoir l’amour de Dieu et ainsi de pratiquer la charité et de vivre en chrétien à la suite du Christ.

            Les fruits de l’eucharistie

Le fruit de l’eucharistie est que Jésus demeure en nous et nous en lui, c’est le début de la vie éternelle. Il y a une unité substantielle de vie entre Dieu et nous. Mais cette union transformante ne remplace pas notre nature et ainsi on garde nos lenteurs (péchés, etc.). Ce sera petit à petit avec le temps que l’on change. La conversion s’opère dans le temps avec notre coopération à son œuvre. On peut dire alors les paroles du saint Paul, c’est plus moi qui vit mais le c’est le Christ qui vit en moi.

En résumé, la communion augmente en nous l’union à Jésus et est gage de la gloire future. Elle nous sépare du péché, efface les péchés véniels et préserve des péchés mortels. De plus l’eucharistie opère l’unité du Corps mystique du Christ. N’oubliez jamais que l’Église se réalise et opère son unité lorsque le « Peuple de Dieu » est réuni et uni autour de l’évêque dans l’eucharistie. Être nourri de l’eucharistie fait donc entrer dans la logique du don et est source d’engagement envers le pauvre pour la plus grande gloire de Dieu.

Les miracles eucharistiques au secours de notre foi

De plus en plus, j’entends des personnes qui considèrent que l’eucharistie est un symbole, un signe, etc., et qui ne croient plus en la présence réelle. Notre Seigneur, connaissant notre incrédulité a donné des preuves réelles de sa présence dans l’eucharistie, ce sont les miracles eucharistiques. Le premier eut lieu à Rome en 600 à la prière de saint Grégoire le Grand face à l’incrédulité d’une princesse. Le pain se changea en chair. Le second plus ancien miracle est celui de Lanciano en Italie où un moine douta de la présence réelle et vit les espèces consacrées se changer en chair et en sang.

            En 1970 puis en 1974 (OMS) après accord de Rome, on procéda à des examens scientifiques. Pour résumer plus brièvement ces conclusions scientifiques, voici ce qu’elles disent :    1. Les matières du miracle de Lanciano sont véritablement de la chair et du sang. 2. Cette chair et ce sang sont d’origine humaine. 3. La chair est constituée de tissu musculaire du cœur (myo­carde). 4. La chair et le sang sont du même groupe sanguin AB. 5. Le diagramme de ce sang correspond à celui d’un sang humain qui aurait été prélevé sur un corps humain dans la même journée. 6. La chair et le sang sont exactement semblables à ceux d’une personne humaine ayant réellement existé. 7. Nulle part on n’a trouvé de restes d’une imprégnation du tissu par une quelconque substance destinée à le conserver par momification. 8. La manière dont cette tranche de chair a été obtenue par dis­section dans le myocarde suppose une habileté exceptionnelle de la part du «praticien». 9. Aucune trace de corruption, ne fût-ce qu’un début, n’a été observée, alors que les reliques ont été exposées pendant des siècles à l’action d’agents physiques atmosphériques et biologiques. Ce miracle eucharistique permet d’avoir la confirmation que l’eucharistie est le sacrement de l’amour (le cœur) et que Jésus se donne à nous (vivant).

            Ces miracles ne sont pas que des évènements du moyen âge, mais toujours d’actualité. À Naju en Corée du Sud en 1995, une hostie s’est transformée en chair et a pris la forme d’un cœur. Au cours de la messe deux personnes ont aussi été miraculeusement guéries.

Conclusion

La plus grande chose est de pouvoir célébrer la messe (cf. Jean-Paul II, DC 1788, p. 599 : « Je dirai donc d’abord : il y a deux ans que je suis Pape ; plus de vingt ans que je suis évêque, et cependant le plus important pour moi demeure toujours le fait d’être prêtre. Le fait de pouvoir chaque jour célébrer l’Eucharistie.De pouvoir renouveler le propre sacrifice du Christ, en rendant en lui toutes choses au Père : le monde, l’humanité, et moi-même. C’est en cela, en effet, que consiste une juste dimension de l’Eucharistie. ») et d’y assister. Le prêtre agit in personna Christi. Le prêtre n’agit pas seulement au nom du Christ, mais c’est le Christ qui actualise la Cène et actualise la Croix par le prêtre. Le Christ se sert des paroles du prêtre pour continuer son mystère d’amour et nous le montrer à chacun d’entre nous.

Si on était vraiment chrétien, toute notre vie serait orientée autour de l’eucharistie. Si on ne peut pas être présent tous les jours à la messe, on peut toujours spirituellement en vivre. Il ne faut jamais s’habituer à l’eucharistie mais chercher à la vivre de façon nouvelle à chaque fois, comme si c’était la première fois, comme si nous étions présents à la Sainte Cène.

La liturgie, si belle qu’elle soit, n’est rien par rapport au mystère. Il faut dépasser la sensibilité pour aller à l’essentiel. La grandeur de l’eucharistie et de la croix c’est le cœur de Jésus et non les accidents extérieurs. Sur la croix ce qui compte ce n’est pas tant les clous, que l’offrande intérieure du Christ pour nous. Ce qui compte à la messe c’est l’offertoire, la consécration et la communion. Le reste est uniquement là pour nous aider à comprendre la réalité du mystère. Mais le mystère étant tellement grand qu’on n’y entre pas avec l’intelligence, mais avec le cœur.

Benoît XVI aux prêtres de Rome (13 mai 2005) : « Dans le mystère eucharistique le Christ se redonne constamment et, précisément dans l’Eucharistie, nous apprenons l’amour du Christ et donc l’amour pour l’Église. Je répète donc avec vous, chers frères dans le sacerdoce, les inoubliables paroles de Jean-Paul II : « La Messe est de façon absolue le centre de ma vie et de chacune de mes journées » (Discours du 27 octobre 1995, à l’occasion du 30e anniversaire du Décret Presbyterorum ordinis ; cf. ORLF n. 46 du 14 novembre 1995). Cela devrait être une parole dont chacun de nous peut dire qu’elle est sienne : la Messe est de façon absolue le centre de ma vie et de chacune de mes journées. »