L’ultime ministère de Jésus avant son entrée à Jérusalem (Luc 17,1-18,34)

Veiller à donner le bon exemple, plutôt que le mauvais, en devant des artisans de Miséricorde (Luc 17,1-10)…

Tout homme est pécheur, c’est-à-dire incapable d’accomplir toujours et partout le bien même s’il le veut de toutes ses forces… Il est en effet un être blessé au plus profond de son cœur, au niveau de sa volonté même, puisque malgré toutes ses résolutions et tous ses efforts, il veut parfois ce mal que justement il s’était juré de ne plus jamais commettre : « Vraiment, ce que je fais, je ne le comprends pas : car je ne fais pas ce que je veux, mais je fais ce que je hais »… Trop souvent, « vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l’accomplir puisque je ne fais pas le bien que je veux et commets le mal que je ne veux pas » (Romains 7,14-25)…

Telle est la vérité de l’humanité blessée et donc souffrante, car écrit encore St Paul, « souffrance et angoisse à toute âme humaine qui s’adonne au mal » (Romains 2,9)…

4ième dimanche de paques1

Le Christ ne se fait donc pas d’illusion, lui qui connaît parfaitement le cœur de l’homme (Jean 2,23-25). Il est venu dans le monde non pas pour juger, pour condamner mais pour sauver (Jean 3,16‑18) ; et lorsque quelqu’un fait le mal, il mettra tout en œuvre pour l’arracher à ses griffes, intercédant pour lui auprès de son Père (1Jean 2,1-2 ; Romains 8,31-39). Inlassablement, il viendra frapper à la porte de son cœur (Apocalypse 3,20) pour le supplier de lui offrir tout ce mal qui, malgré les apparences ou l’illusion d’un certain bien-être passager, nous fait profondément souffrir… Il est en effet « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jean 1,29), Celui qui par amour a voulu prendre sur lui toutes les conséquences de nos fautes pour que nous puissions en être délivrées (1Pierre 2,24), Celui qui est venu nous révéler à quel point Dieu nous aime et ne désire que notre Bien. Sa miséricorde est infinie. En effet, « si notre cœur venait à nous condamner, Dieu est bien plus grand que notre cœur, et il connaît tout » (1Jean 3,19-20), nous invitant à tout lui offrir pour qu’il puisse remporter la victoire sur tout ce qui, en fait, nous opprime. Et nous recevrons de sa Tendresse « le pardon de toutes nos fautes » et le don de son Esprit qui jour après jour nous aidera à nous détourner du mal pour choisir le bien (Actes 2,38-39 ; 3,19-20 ; 3,26[1] ; 5,30-31).

Logo année de la MiséricordeC’est pourquoi St Paul, après avoir décrit ce sombre tableau du pécheur laissé à ses seules forces humaines peut écrire : « Malheureux homme que je suis ! » Mais juste après, à la lumière de cette Miséricorde dont il a été l’heureux bénéficiaire, il s’écrira : « Grâces soient à Dieu par Jésus Christ notre Seigneur » (Romains 7,24-25 ; 1Timothée 1,12-17) !

En effet, par son Fils, Dieu est venu nous rejoindre pour « nous arracher à l’emprise des ténèbres et nous transférer dans le Royaume de son Fils Bien-Aimé » (Colossiens 1,13-14), nous réconciliant ainsi avec Lui par « la foi en Jésus Christ et la rémission de nos péchés » (Actes 26,15-18). Tel est son projet, sa volonté, ce qu’il ne cesse de désirer pour chacun d’entre nous. Heureux alors ceux et celles qui osent l’accueillir en se laissant aimer tels qu’ils sont, jusqu’au plus profond de leur misère. Ils permettront ainsi à Dieu de mettre en œuvre la Toute Puissance de son Amour, de révéler « l’insondable richesse » de sa Miséricorde, et ils pourront alors, dès maintenant, « faire l’expérience de son salut par ce pardon des péchés » (Luc 1,76-79) qu’ils auront accueilli par leur foi et dans la foi …

Dans un tel contexte d’humanité malade, blessée, meurtrie, en marche vers la pleine guérison mais toujours en butte à toutes sortes de tentations, « il est impossible que les scandales n’arrivent pas »… Mais un tel cas réclame de nous tous deux attitudes :

– Rappelons-nous tout d’abord, à l’exemple de St Paul, que nous sommes des êtres marqués par toutes sortes de limites et de faiblesses : « Qui est faible, que je ne sois faible ? Qui vient à tomber, qu’un feu ne me brûle ? S’il faut se glorifier, c’est de mes faiblesses que je me glorifierai » (2Corinthiens 11,29-30). Ainsi, lorsque le Christ annoncera à ses douze apôtres que l’un d’entre eux était sur le point de le trahir, tous, l’un après l’autre, poseront cette question : « Serait-ce moi, Seigneur ? », car ils se sentaient tous, quelque part, capables de la faire (Matthieu 26,20-25)… Aussi, dira St Paul, « dans le cas où quelqu’un serait pris en faute, rétablissez-le en esprit de douceur, te surveillant toi-même, car tu pourrais bien toi aussi être tenté. Portez les fardeaux les uns des autres et accomplissez ainsi la Loi du Christ » (Galates 6,1-2), Lui qui ne désire qu’une seule chose : que nous nous aimions les uns les autres « comme » Lui nous a aimés, c’est-à-dire d’un amour de miséricorde (Jean 15,12). « C’est la Miséricorde que je désire, et non les sacrifices » (Matthieu 9,13 ; 12,7 ; 23,23 ; Luc 10,37)… Aussi, « si quelqu’un vient à tomber » et donc à se faire mal en commettant le mal, Lionello Spada (1576-1622), le retour de l'enfant prodiguenous viendrons à son aide et nous essaierons de nous faire proche de lui comme le Christ s’est fait proche de chacun d’entre nous en venant « chercher et sauver ce qui était perdu » (Luc 19,10). Puis nous l’aiderons à se relever en lui faisant peut-être prendre conscience du mal qu’il a pu commettre, en « le réprimandant » (Luc 17,3) « en esprit de douceur », dans le seul but de le voir se relever et retrouver ainsi le chemin de la Vie, de la Paix, du Bien-Etre profond…Et puisque c’est avant tout son bien qui est recherché, alors nous serons heureux s’il se repent et décide de changer de tout cœur… Qu’importe alors qu’il ait pu tomber « sept fois le jour », ou « soixante dix fois sept fois » (Matthieu 18,21-22) : « Si ton frère vient à pécher, réprimande-le et, s’il se repent, remets-lui. Et si sept fois le jour il pèche contre toi et que sept fois il revienne à toi, en disant : “Je me repens”, tu lui remettras » (Luc 17,3-4). Aussi, lorsque Pierre demandera à Jésus : « Seigneur, combien de fois mon frère pourra-t-il pécher contre moi et devrai-je lui pardonner ? Irai-je jusqu’à sept fois ? » Ce dernier répondra : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois » (Matthieu 18,21-22)…

Mais cela semble humainement impossible… Et les Apôtres réagissent aussitôt : « Seigneur, augmente en nous la foi », c’est-à-dire la confiance en toi et dans ce don de grâce que tu es venu nous communiquer. En effet, si « nous croyons en toi », si vraiment nous croyons que tu fais ce que tu dis, c’est-à-dire que tu nous communiques une grâce, une force qui est de l’ordre de l’Amour, alors nous pourrons nous appuyer sur elle pour essayer de faire ce que nous n’aurions jamais pu faire par nous-mêmes : « pardonner jusqu’à soixante-dix fois sept fois », « aimer nos ennemis », « bénir ceux qui nous maudissent », « prier pour ceux qui nous Dieu-Amourpersécutent » (Luc 6,33-35 ; Matthieu 5,43-48)… Aussi, lorsque St Paul nous dit : « l’Amour de Dieu », c’est-à-dire l’Amour avec lequel Dieu nous aime, un Amour de Miséricorde, « a été versé dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné » (Romains 5,5), le croyons-nous vraiment ? Est-ce que nous comptons sur cette grâce pour poser des actes de miséricorde, de bienveillance et de patience que nous n’aurions jamais pu poser par nous-mêmes ? Et qu’importe si nous ne réussissons pas toujours à le faire, pourvu que nous essayions vraiment de progresser en demandant au Seigneur le secours de sa grâce…

2 – Enfin, face à cette Parole de Jésus, « il est impossible que les scandales n’arrivent pas », notre deuxième attitude devrait être de « veiller », d’être prudents, tout à la fois conscients de notre faiblesse et comptant sur le Seigneur pour rester debout au milieu des tentations de ce monde. Jésus lui-même nous a dit : « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation : l’esprit est ardent, mais la chair est faible » (Matthieu 26,41). C’est en effet la prière qui accueille le don de l’Esprit, un Esprit qui est Lumière et qui nous permet de reconnaître ce qui est bon de ce qui ne l’est pas, un Esprit qui est aussi Force pour nous soutenir dans les bons choix que nous avons à poser jour après jour… Aussi, disait St Paul, « vivez dans la prière,… priez en saint-esprittout temps, dans l’Esprit ; apportez-y une vigilance inlassable ». « N’éteignez pas l’Esprit,… mais vérifiez tout : ce qui est bon, retenez-le ; gardez-vous de toute espèce de mal » « grâce au secours de l’Esprit de Jésus Christ qui vous sera fourni ». « Nous n’avons pas reçu en effet un Esprit de crainte, mais un Esprit de Force, d’Amour et de maîtrise de soi ». Ainsi, « c’est lorsque nous sommes faibles », c’est-à-dire conscients de notre faiblesse mais comptant sur le secours de l’Esprit, « c’est alors que nous sommes forts » car « la puissance de l’Esprit se déploie dans la faiblesse » (Ephésiens 6,18 ; 1Thessaloniciens 5,19-22 ; Philippiens 1,19 ; 2Timothée 1,7 ; 1Corinthiens 12,7-10 ; cf. 1Jean 2,12-14)…

PrierChaque disciple de Jésus est ainsi invité à « veiller et prier » pour ne pas succomber à la tentation grâce à la force de Dieu reçue par la prière (1Corinthiens 10,13). En effet, tomber, succomber, c’est toujours malgré les apparences se faire mal, se blesser, donner prise à la mort et aux ténèbres (cf. Jacques 1,13-15 ; Romains 2,9 ; 5,12 ; 6,23 ; Galates 6,7-10)… De plus, c’est aussi offrir un mauvais exemple à ceux et celles qui nous entourent et peut-être devenir ainsi pour eux un « scandale », « une pierre qui fait tomber » (sens premier du mot grec skandalon)… Que de malheurs alors en perspective pour les uns et pour les autres (Luc 17,1-2).

Paul, au contraire, n’aura de cesse d’essayer d’être un bon exemple pour ses compagnons, lui-même suivant l’exemple du Christ : « Montrez-vous mes imitateurs, comme je le suis moi‑même du Christ » (1Corinthiens 11,1 ; Romains 15,5-6 ; Ephésiens 5,1-2). Et il avait bien conscience d’être avant tout un pécheur pardonné, comme nous sommes tous appelés à l’être : « Elle est sûre cette parole et digne d’une entière créance : le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis, moi, le premier. Et s’il m’a été fait miséricorde, c’est pour qu’en moi, le premier, Jésus Christ manifestât toute sa patience, faisant de moi un exemple pour ceux qui doivent croire en lui en vue de la vie éternelle » (1Timothée 1,15-16). Mais cette grâce de miséricorde qu’il avait reçue, en lui apportant le pardon de toutes ses fautes, l’invitait et l’aidait à se détourner jour après jour de tout mal[2] en lui donnant la force d’accomplir le bien… Ainsi, tout dans sa vie était « grâce », à laquelle il essayait de collaborer le mieux possible. C’est pourquoi il n’hésitait pas à écrire : « Tous ensemble, imitez-moi, frères » (Philippiens 3,13 ; cf. 1Corinthiens 4,16 ; 2Thessaloniciens 3,7-9). Et la TOB précise en note pour ce verset : « Les Philippiens doivent imiter la manière dont Paul vit du Christ » et de son Amour de Miséricorde « et lutte pour lui » grâce au secours de sa force (cf. 1Corinthiens 15,10). Et s’ils répondent à son invitation, ils deviendront à leur tour des exemples pour tous ceux et celles qui l’entourent, le Christ appelant tous les hommes, sans exception, à recevoir la grâce de son salut : « Et vous vous êtes mis à nous imiter, nous et le Seigneur, en accueillant la Parole, parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint : vous êtes ainsi devenus un modèle pour tous les croyants de Macédoine et d’Achaïe » (1Thessaloniciens 1,6-7 ; cf. 2,14). Et le Christ Jésus Lui-jésus enseignant 2même dit dans l’Evangile : « Vous êtes la lumière du monde », grâce à cette Lumière de Miséricorde qui a brillé, brille et brillera toujours, nous l’espérons, au cœur de nos ténèbres pour nous délivrer de son emprise. Elle s’est ensuite donnée à chacun d’entre nous au jour de notre baptême : « jadis, vous étiez ténèbres », écrit St Paul, « maintenant, vous êtes lumière dans le Seigneur. Conduisez-vous donc en enfants de Lumière. Et le fruit de la Lumière consiste en toute bonté, justice et vérité » (Ephésiens 5,8-9). « Ainsi, votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Matthieu 5,14-16), car tout vient de Lui, « le Père des Miséricordes » (2Corinthiens 1,3)… C’est la raison pour laquelle le Christ invite ses disciples à l’humilité. S’ils ont pu collaborer à son œuvre (1Corinthiens 3,5-9 ; 2Corinthiens 5,20-6,1), et Dieu sait s’il a besoin d’eux pour porter au monde entier la Bonne Nouvelle de son Salut, une fois tel ou tel service accompli, qu’ils prennent garde à ne pas tomber dans le piège de l’orgueil. « Hors de moi », disait Jésus, « vous ne pouvez rien faire » (Jean 15,5)… Alors, si cette tentation survient, pour lutter contre elle, nous nous dirons que « nous sommes des serviteurs inutiles ; nous avons fait ce que nous devions faire » (Luc 17,10)…

Confiance et détachement pour accueillir le Royaume (Luc 17,11-18,34)

Le voyage de Jésus vers Jérusalem, commencé en Luc 9,51, se poursuit et donne à toutes ces paroles la valeur d’un testament… Jésus sait que « le Fils de l’homme doit souffrir beaucoup, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, le troisième jour, ressusciter » (Luc 9,22 ; 9,44 ; 12,50 ; 17,25 ; 18,31-33). Mais avant de mourir, de ressusciter et « d’être emporté au ciel » (Luc 24,51), il continue d’enseigner ses disciples sur le Royaume des Cieux, « car c’est pour cela qu’il a été envoyé » (Luc 4,42-44)…

Crucifix séminaire de Rennes

Jésus a presque fini de traverser la Galilée. Il arrive à la frontière de la Samarie, puis il descendra dans la vallée du Jourdain qu’il quittera pour passer par Jéricho (Luc 18,35 ; 19,1) et de là il remontera vers Jérusalem (cf. Luc 10,30). Hélas, à l’époque de Jésus, les Samaritains et les Juifs étaient comme des frères ennemis (cf. Jean 4,9 ; Luc 9,52-53). En allant vers eux (Jean 4,4-5), en les accueillant à bras ouverts, en leur offrant à eux aussi le salut (Jean 4,39-42), en les donnant comme ici en exemple aux Juifs eux-mêmes (cf. Luc 10,29-37), Jésus indiquera à ses disciples la route à suivre. Et le jour de la Pentecôte, ils recevront la force de l’Esprit Saint pour « être ses témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre » (Actes 1,8)…

Codex Aureus - Guérison des dix lépreux

Codex Aureus Epternacensis (1030 – 1050 Ap JC)

Dix lépreux s’approchent donc ici de Jésus, et ils restent à distance comme l’ordonnait la Loi (Lévitique 13,45-46), mais au lieu de crier « Impur ! Impur ! », ils implorent la Miséricorde du Maître, sans rien lui demander de précis, ce qui est déjà une belle marque de confiance. « Éléêson (prononcé aujourd’hui Éléïson) êmas ! », un verbe qui vient de « Éléos, miséricorde, compassion ». Nos Bibles traduisent souvent par « Prends pitié de nous ! », mais on pourrait aussi dire « Fais-nous miséricorde ! », « Aie compassion de nous ! ». Et puisque c’est le prêtre qui devait constater officiellement la guérison d’une telle maladie et permettre ainsi à l’ancien lépreux de pouvoir réintégrer la communauté des hommes (Lévitique 14,2s), Jésus les invite à aller se montrer au prêtre, comme s’ils étaient guéris ! Et pourtant, il ne s’est encore rien passé ! Mais malgré les apparences contraires, ils vont lui faire confiance et lui obéir, en ne s’appuyant que sur sa Parole, première grande leçon de notre texte… Le général syrien Naaman n’avait pas su, dans un premier temps, obéir aussi simplement à la parole du prophète Elisée qui l’avait invité à se baigner sept fois dans les eaux du Jourdain (2Rois 5,1-19)… Mais près quelques réticences, il finira lui aussi par obéir, et ce ne sera pas l’eau du Jourdain, qui n’est ni meilleure ni pire que celle « des fleuves de Damas, l’Abana et le Parpar », qui le guérira mais sa confiance manifestée par son obéissance, une obéissance que St Paul appellera plus tard « l’obéissance de la foi » (Romains 1,1-7 ; 15,18-19 ; 16,19-20 ; 16,25-27 ; 2Corinthiens 7,13-16 ; 9,13 ; 10,6 ; Philippiens 2,12 ; St Jean emploie de son côté l’expression « garder la Parole » ou « les commandements » Jean 8,51 ; 12,47 ; 14,15-17 ; 14,21-24 ; 15,10-11 ; 15,20 ; 17,6).

Codex Aureus Epternacensis

Codex Aureus Epternacensis

Les dix lépreux font donc confiance au « Maître Jésus » et partent se montrer aux prêtres. « Et il advint, comme ils y allaient, qu’ils furent purifiés ». Mais sur les dix, un seul reviendra vers Jésus pour rendre gloire à Dieu. Les neuf autres n’ont pas, semble-t-il, reconnu la Présence et l’Œuvre de Dieu dans leur guérison… Peut-être Jésus est-il pour eux un « Maître » doué de pouvoirs exceptionnels, mais ils en sont restés là… Et si tel était le cas, ils se tromperaient encore sur son compte, car Jésus « ne peut rien faire de lui-même » (Jean 5,19-20 ; 5,30). Toutes ses œuvres sont en fait celles du Père (Jean 14,10-11), un mystère que seul un regard de foi peut discerner, ce que fera un Samaritain (cf. Jean 3,1-2). « Il reviendra sur ses pas en glorifiant Dieu à pleine voix et tombera sur la face aux pieds de Jésus, en le remerciant (eukharistéô, en grec, « rendre grâce », qui donnera notre mot « eucharistie »). Et c’est ce regard de foi que Jésus retiendra, sans revenir sur ce « merci » qui a dû pourtant toucher son cœur : « Il ne s’est trouvé, pour revenir rendre gloire à Dieu, que cet étranger ». Une fois de plus, Jésus ne regarde que le bien de celui qui lui fait face, et la plus grande qualité qu’il souligne est ce « rendre gloire à Dieu » qui manifeste sa foi. Alors il sait que cet homme pourra vraiment accueillir ce qu’il est venu nous offrir à tous : le Salut, par le Pardon de toutes nos fautes (Luc 1,76-79)… Et seul cet homme entendra Jésus lui dire : « Relève-toi, va ; ta foi t’a sauvé. » Une guérison physique n’est donc pas un point d’arrivée, un but en soi ; elle est au contraire un point de départ pour une aventure, celle de la foi… Comme tous les autres signes visibles, elle est nous donnée pour nous aider à reconnaître l’invisible : la Présence toujours Bienveillante et agissante de Dieu dans nos vies. Tel est le grand cadeau que Jésus est venu révéler à toute l’humanité, aux Juifs d’abord, puis aux païens… L’épisode de ce Samaritain, « cet étranger », est comme le prélude de la mission future de l’Eglise « jusqu’aux extrémités de la terre » (Marc 16,15 ; Matthieu 28,18-20 ; Luc 24,46-48)… Mais notons-bien que cette Présence de Dieu n’a jamais cessé d’accompagner les hommes depuis qu’ils existent… « Dieu est le Roi de toute la terre », elle lui appartient (Psaume 47(46) ; 89(88),12 ; Exode 19,5 ; Josué 3,11.13 ; Isaïe 54,5). Aussi est-elle « remplie de sa Gloire » (Nombres 14,21 ; Isaïe 6,3) et de son Amour. Dès le commencement, Il a fait alliance avec tout homme quel qu’il soit (Genèse 9,8-17)[3]. Il lui est donc tout proche, il veille sur lui et le conduit de son mieux, selon les circonstances concrètes de sa vie, jusqu’en sa Gloire…

bon pasteur6

Ainsi, « la miséricorde du Seigneur est pour toute chair : il reprend, il corrige, il ramène[4], tel le berger son troupeau » (Siracide (Ecclésiastique) 18,13). Et Jésus est venu nous révéler en toute clarté, par sa Parole et par ses actes, cette Présence Miséricordieuse de Dieu qui remplit l’univers… Et comme « Dieu est Esprit » (Jean 4,24), c’est-à-dire invisible par nature à nos yeux de chair, « la venue du Royaume de Dieu » ne pourra jamais « se laisser observer » comme on observe les astres dans le ciel ou les phénomènes naturels sur la terre… On ne dira pas « Voici, il est ici ! ou bien : il est là ! » (Luc 17,21). La Présence de Dieu ne peut en effet être limitée à des lieux précis comme le Temple de Jérusalem ou le sommet du Mont Garizim (cf. Jean 4,20-24), car Il est partout, invisible mais présent et agissant toujours pour le bien de tous les hommes… Jésus n’aura de cesse de nous révéler cette Présence : « le Royaume de Dieu est au milieu de vous », nous dit-il (Luc 17,21) une réalité qui existe depuis toujours et pour toujours… Aussi, « Gloire à Dieu », au seul et unique vrai Dieu, « au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes qu’il aime » (Luc 2,14). Où qu’ils soient, quels qu’ils soient, heureux sont-ils, tous ces hommes et toutes ces femmes de bonne volonté qui savent accueillir dans la Paix cette Présence de Dieu avec une conscience droite et un cœur pur. Car non seulement ce « Royaume de Dieu est au milieu de nous », mais, « votre Père s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32), un Royaume qui est mystère de communion dans l’Unique Esprit donné à tous, l’Esprit de Dieu, l’Esprit d’Amour, l’Esprit de Paix, l’Esprit de Vie…

Je suis avec vous tous les jours

Ressuscité, sa chair totalement glorifiée et assumée par l’Esprit, le Christ est devenu invisible à ses disciples (Luc 24,30-31). Mais « un avec le Père », il est désormais Présent à tout et Vivant pour tous : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Jean 10,30; Matthieu 28,20). Et sa Présence, comme celle de Dieu – et il est Dieu ! – ne se limite pas à un lieu précis. C’est pourquoi le Christ dira encore à ses disciples : « Si quelqu’un vous dit : “ Voici : le Christ est ici ! ” ou bien : “ Il est là ! ”, n’en croyez rien. Il surgira, en effet, des faux Christs et des faux prophètes, qui produiront de grands signes et des prodiges, au point d’abuser, s’il était possible, même les élus. Voici que je vous ai prévenus » (Matthieu 24,23-25 ; Luc 17,23). Puissions-nous donc accueillir le Christ par notre foi et dans la foi comme Lui veut se donner et non pas comme nous, nous voudrions qu’il se donne ! Puissions-nous le recevoir comme Lui veut être pour chacun d’entre nous, et non pas comme nous, nous voudrions qu’il soit. Demandons-lui la grâce de faire grandir notre foi pour qu’à l’exemple de Ste Thérèse de Lisieux nous parvenions à le reconnaître à l’œuvre toujours et partout : « Plus que jamais je comprends que les plus petits évènements de notre vie sont conduits par Dieu. C’est la main de Jésus qui conduit tout. Il ne faut voir que Lui en tout »… Et si l’épreuve nous atteint, il sera là pour nous soutenir, nous encourager, nous consoler et nous permettre de la surmonter…

foulePuis, en cette fin du chapitre 17 de l’Evangile selon St Luc, Jésus évoquera le Jour de son Retour Glorieux, à la fin des temps… Sa venue sera imprévisible… Elle surprendra les hommes occupés à leurs activités habituelles. Aussi, « tenez-vous prêts, car c’est à l’heure que vous ne pensez pas que le Fils de l’homme va venir » (Luc 12,40). Ce Jour-là, « le Seigneur lui‑même, au signal donné par la voix de l’archange et la trompette de Dieu, descendra du ciel, et les morts qui sont dans le Christ ressusciteront en premier lieu ; après quoi nous, les vivants, nous qui serons encore là, nous serons réunis à eux et emportés sur des nuées pour rencontrer le Seigneur dans les airs. Ainsi nous serons avec le Seigneur toujours » (1Thessaloniciens 4,16‑17)… Il faudra alors être prêt à se laisser « emporter » et donc à tout quitter ici-bas sans chercher à vouloir emporter « ses affaires », sans se préoccuper de ce que pourront devenir « champs », maisons et biens de toutes sortes. Comme il l’avait déjà fait en Luc 14,15-20, le Seigneur nous invite ici au détachement vis-à-vis des biens matériels, c’est-à-dire à la liberté de cœur à leur égard, afin que ces derniers ne nous empêchent pas d’accueillir la Plénitude que Dieu veut nous offrir (cf. Matthieu 13,22)… Alors, celui qui acceptera ce détachement total, celui qui détournera son cœur des réalités d’ici-bas ne pourra que se retrouver aussitôt comblé par les réalités du ciel qui, seules, peuvent vraiment nous nous combler (cf. Colossiens 3,1-4 ; Philippiens 3,7-8 ; Jean 4,13-14). Et c’est dès aujourd’hui, dans la foi, que nous sommes invités à une telle démarche pour trouver avec le Christ la source de cette Joie. « Je ne vois pas bien ce que j’aurai de plus après la mort que je Therese novicen’aie déjà en cette vie », disait Ste Thérèse de Lisieux. « Je verrai le bon Dieu, c’est vrai, mais pour ce qui est d’être avec Lui, j’y suis déjà tout à fait sur la terre ». Ainsi, celui « qui cherchera à épargner sa vie » en mettant son espérance et son cœur dans les seules réalités d’ici-bas, en pensant trouver en elles le bonheur, « la perdra ». Il fera l’expérience non pas de la Plénitude escomptée mais justement de l’absence de Plénitude, de Bonheur parfait… Au lieu de la vraie Vie, qui ne peut venir que de Dieu « Source d’Eau Vive » (Jérémie 2,13 ; 17,13), il ne pourra que faire l’expérience de son absence. Pour le décrire, le Livre de la Genèse prendra l’image du sel qui, pur, interdit toute vie et symbolise alors la mort. Ainsi, « la femme de Lot », en se détournant de Dieu, en « regardant en arrière », devint aussitôt « une colonne de sel » (Genèse 19,26). Mais celui qui, par contre, « perdra sa vie » en se détournant des seuls biens de ce monde pour chercher dans le Christ la clé de la vraie Vie « sauvegardera sa vie »… En effet, « qui cherche trouve » (Luc 11,9-13), car il cherche Celui qui, le premier, est venu à notre rencontre pour nous donner d’avoir part à sa Vie, une Vie synonyme de Plénitude qu’il désire nous communiquer « en surabondance » (Jean 10,10)…

Mais pour l’accueillir, il faut « prier sans cesse » (Luc 18,1 ; 21,36 ; Ephésiens 6,18), c’est-à-dire vivre le cœur tourné vers Dieu… Et si nous constatons que nous avons toujours autant de mal à le faire, ne nous « décourageons pas » (Luc 18,1), ne désespérons jamais de la Miséricorde de Dieu car c’est Lui qui est le premier artisan de notre conversion. C’est Lui qui sans cesse, « en Esprit de douceur », nous détourne de ce qui n’est pas bon pour nous tourner vers Lui et nous permettre ainsi de recevoir de Lui ces Biens Véritables qu’il veut nous donner…

Visage de Jésus

Pour nous inviter à la patience, à la confiance et à la persévérance, Jésus va mettre en scène « un juge qui ne craignait pas Dieu » et qui va donc se montrer inhumain avec ses semblables : « il n’avait de considération pour personne » et ne se préoccupait pas de « rendre la justice » , même pour « une veuve » qui, de par sa fragilité et sa précarité, devait pourtant bénéficier, d’après la Loi de Moïse, d’une attention toute particulière (Exode 22,21-23 ; Deutéronome 10,16-18 ; 14,28-29 avec 26,12-13 ; 24,17-22 ; 27,19). Dans le passé, les prophètes avaient largement dénoncé une telle attitude (Isaïe 1,17.23 ; 10,1-2 ; Jérémie 7,5-7 ; 22,3 ; Ezéchiel 22,7 ; Zacharie 7,10 ; Malachie 3,5). Le tableau qui nous dépeint ce juge est donc extrêmement sombre. Pire, ce ne sera finalement pas sa conscience qui le poussera à intervenir, mais son égoïsme. Comme cette veuve n’arrêtait pas en effet de le solliciter, il finira par lui « rendre justice » « pour qu’elle ne vienne pas sans fin lui casser la tête ». Si, dans un tel contexte, la justice a enfin été rendue, combien plus « Dieu », le Juste Juge, « l’Ami des hommes » et de la vie (Sagesse 1,7 ; 7,23 ; 11,26), Celui qui n’est qu’Amour (1Jean 4,8.16) et qui désire notre bien plus que nous‑mêmes, « ne fera-t-il pas justice à ses élus qui crient vers lui jour et nuit » !

Christ Rédempteur-Rio-de-JaneiroOr, nous avons vu précédemment que Dieu se révèle dans le Livre de la Genèse comme celui qui vit en alliance avec « toute chair » (Genèse 9,8-17). Chaque homme, quel qu’il soit, est donc pour Lui un « élu », c’est-à-dire un enfant infiniment aimé de ce Père du ciel qui veut lui communiquer la Plénitude de sa Vie. Ainsi, malgré peut-être toutes les apparences contraires qui ont pu assombrir le ciel de notre vie, Dieu dit à chacun d’entre nous : « tu comptes beaucoup à mes yeux, tu as du prix et je t’aime » (Isaïe 43,4). Cet amour, il l’a pleinement manifesté en son Fils Jésus-Christ qui s’est livré entre les mains des pécheurs pour accomplir le salut de tous les pécheurs : « La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous » (Romains 5,8). Et en agissant ainsi, il a accompli toute justice…

En effet, le projet de Dieu était que nous soyons « à son image et ressemblance », « vivant du Souffle de sa Vie », partageant « sa nature divine » et sa Plénitude (Genèse 1,26-28 ; 2,4b-7 ; 2Pierre 1,3-4 ; Colossiens 2,9-10)… Mais le mystère de la désobéissance de l’homme s’est opposé à la réalisation de ce projet… Chassé du jardin d’Eden par sa faute, l’homme n’a pu libre accès à l’Arbre de Vie… Mais Dieu est « juste », c’est-à-dire fidèle à Lui-même. Il est prodigueAmour, Il n’Est qu’Amour. Aussi va-t-il continuer, envers et contre tout, d’accomplir son projet pour chacun d’entre nous, un projet de Plénitude, de Vie, de Paix et de Bonheur profond. C’est ainsi qu’il va « rendre justice » à l’homme en se proposant de faire disparaître tous les obstacles qui nous empêchent de recevoir la Plénitude de ses dons, c’est-à-dire nos péchés, si, de tout cœur, nous le laissons faire ! La première Parole que nous entendrons donc toujours de sa Miséricorde sera : « Tes péchés sont pardonnés » (Luc 5,20)… C’est comme cela que Dieu accomplit toute justice, en pardonnant nos fautes, jour après jour, et en nous redonnant ce dont elles nous avaient privé : sa Vie, sa Lumière et sa Paix… Alors, de pardon reçu en pardon reçu, l’homme devient « juste » devant Dieu, c’est-à-dire conforme au projet de Bonheur, de Plénitude et de Vie qu’il avait pour lui de toute éternité…

Ainsi, pour Dieu, « être juste » ce n’est pas faire la vérité et condamner celui qui mériterait de l’être. C’est au contraire faire la vérité avec celui ou celle qui accepte de la faire, pour ensuite lui pardonner et lui permettre ainsi de devenir vraiment lui-même petit à petit. Cette personne sera alors « justifiée » par sa foi au Christ Sauveur du Monde, c’est-à-dire « ajustée » au projet de Dieu sur elle (Romains 3,26 ; 5,1), et donc remplie par la Plénitude de son Esprit… C’est ce qui commence à se réaliser dès ici-bas par la foi et les sacrements de l’Eglise, en attendant ce Jour où nous connaîtrons enfin parfaitement cette Plénitude (Apocalypse 21,1-7 ; Romains 8,18-25)…

Un aspect de cette « justice de Dieu » est la patience qu’il manifeste envers les pécheurs. Il ne poursuit en effet à leur égard qu’un seul but : les conduire tous en cette Plénitude dont le péché les a privés (Romains 3,23 avec Jean 17,22-23). Et cette patience est un reflet de sa compassion pour les pécheurs qui ne peuvent que souffrir à cause de ce péché qui les divise intérieurement et les détruit. Cette Patience et cette Compassion s’expriment alors en un appel continuellement lancé, d’une manière ou d’une autre, à se repentir pour pouvoir enfin sortir de ces ténèbres et recevoir de sa Miséricorde le Pardon, la Lumière et la Vie. St Paul Logo année de la Miséricordeécrit ainsi : vas-tu « mépriser ses richesses de bonté, de patience et de longanimité, sans reconnaître que cette bonté de Dieu te pousse au repentir » (Romains 2,4) ? Et St Pierre déclare de son côté, à propos de la venue du Jour du Seigneur, une venue qui tardait pour certains : « Le Seigneur ne retarde pas l’accomplissement de ce qu’il a promis, comme certains l’accusent de retard, mais il use de patience envers vous, voulant que personne ne périsse, mais que tous arrivent au repentir » (2Pierre 3,9). C’est ce même St Pierre qui avait en effet entendu le Christ ressuscité lui dire : « Ainsi est-il écrit que le Christ souffrirait et ressusciterait d’entre les morts le troisième jour, et qu’en son Nom le repentir en vue de la rémission des péchés serait proclamé à toutes les nations, à commencer par Jérusalem. De cela vous êtes témoins » (Luc 24,46-48). Et soutenu par l’Esprit reçu au jour de la Pentecôte, il ne cessera, tout au long de sa vie, d’inviter au repentir pour recevoir la Vie de l’Esprit : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint Esprit. Car c’est pour vous qu’est la promesse, ainsi que pour vos enfants et pour tous ceux qui sont au loin, en aussi grand nombre que le Seigneur notre Dieu les appellera» (Actes 2,38-39). Et nous savons que Dieu appelle tous les hommes au Salut par son Fils qui « a répandu son sang pour la multitude, en rémission des péchés » (Matthieu 26,28 ; cf. Jean, 3,14-18)…

Nous retrouvons cette Patience de Dieu « qui veut que tous les hommes soient sauvés » Logo année de la Miséricorde - détail(1Timothée 2,4) dans notre passage de l’Evangile de Luc où il est dit que Dieu « patiente au sujet de ses élus » (Bible de Jérusalem). En effet, ce n’est pas Dieu qui est « en retard pour accomplir ses promesses », mais l’homme qui tarde à répondre à son appel . « On les appelle en haut, pas un qui se relève ! » (Osée 11,7). Et pourtant, jour après jour, le Christ Ressuscité « attire à lui tous les hommes » (Jean 12,32) et frappe à la porte de leur cœur, en attendant patiemment qu’ils lui ouvre (Apocalypse 3,20). Alors il pourra tout leur pardonner, les purifier, les vivifier…

Si Dieu est donc le premier à vouloir nous « rendre justice », c’est-à-dire à vouloir nous donner ce pour quoi nous avons été créés, tout ce dont le péché nous avait privés, dès que quelqu’un se tournera vers Lui de tout cœur, il ne pourra que lui « faire prompte justice » en déployant toutes les richesses de sa Miséricorde. Et il sera le premier à se réjouir en voyant son enfant retrouver avec Lui le chemin de la Paix et de la Joie (Luc 15,7.10 ; Sophonie 3,16-18 ; Luc 1,76-79 ; Jean 14,27 ; 15,11) !

Cette invitation à la prière persévérante lancée en Luc 18,1 sera renouvelée avec la parabole du Pharisien et du Publicain (Luc 18,9-14) où retentira à nouveau un appel à l’humilité et à la vérité (Luc 17,7-10). St Luc en profitera également pour illustrer tout ce que nous venons de voir. Un publicain, c’est-à-dire un collecteur d’impôts considéré autrefois comme un voleur et un traître à la solde des Romains, accepte de regarder sa vie en vérité. Son indignité et son péché lui sautent aux yeux. Aussi, « il se tenait à distance, n’osant même pas lever les yeux au ciel, et il se frappait la poitrine en disant : « Mon Dieu, aie pitié du pécheur que je suis ! » Miséricorde de Dieu(Littéralement : « Sois favorable », « fais miséricorde »). Sa supplication rejoint tout à fait le désir de Dieu qui aussitôt va lui « rendre justice » en lui donnant, par le pardon de ses péchés, de devenir un homme « juste », c’est-à-dire conforme à son projet sur chacun d’entre nous. Et de fait, « ce dernier descendit chez lui justifié », c’est-à-dire pardonné, réconcilié avec son Dieu et Père Source de Vie et donc remplie, dans la foi et par sa foi, de sa Vie… C’est ce que vivra aussi Zachée, « un chef de publicains », qui accueillera le Christ Sauveur dans sa maison, et surtout dans son cœur… Or, nul ne peut dire « j’aime ce Dieu que je ne vois pas » sans aimer ses frères qu’il voit (1Jean 4,20). Car Dieu est Amour, Source d’Amour. L’accueillir, c’est s’ouvrir à l’Amour et accepter de se laisser entraîner par l’Amour sur les chemins de l’amour et de la justice. Et Zachée va manifester à Jésus la réalité de sa conversion et de son ouverture à Dieu en lui disant : « Voici, Seigneur, je vais donner la moitié de mes biens aux pauvres, et si j’ai extorqué quelque chose à quelqu’un, je lui rends le quadruple. » Aussi Jésus ne pourra que constater : « Aujourd’hui le salut est arrivé pour cette maison » (Luc 19,8-9). Par sa foi en l’Amour et en la Miséricorde de Dieu, Zachée est devenu « un homme juste »…

Par contre, il n’en est pas de même pour le Pharisien de la parabole. Il était pourtant considéré à l’époque comme « un homme religieux », et rien ne dit dans le texte qu’il ment lorsqu’il déclare certainement en toute sincérité qu’il n’est ni « rapace, ni injuste, ni adultère », « jeûnant deux fois la semaine et donnant la dîme de tout ce qu’il acquiert ». Mais il était Pharisien-Publicaintouché par la pire des lèpres, celle de l’orgueil qui lui faisait croire qu’il est quelqu’un de bien, quelqu’un qui agit bien… Et il n’a besoin de personne, pas même de Dieu, pour être et pour vivre ainsi. Dieu, dans un tel schéma, ne peut alors que reconnaître « son excellence » et lui donner en retour tout ce qu’il mérite… Et puisqu’il porte un tel regard sur sa personne, il aura tendance à mépriser ceux et celles qui, manifestement, n’ont pas encore atteint son degré de perfection… Heureusement, pense-t-il, il n’est pas « comme ce publicain »… Et pourtant, s’il pouvait être comme ce publicain ! Il aurait reconnu en vérité ses faiblesses, son égoïsme, sa cupidité, ses manques d’amour, et il aurait été aussitôt consolé, encouragé, pardonné, relevé et comblé par la Paix et la Force de Dieu… Il aurait alors constaté par lui-même que « le salut est donné par Dieu ». « Car c’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi. Ce salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ; il ne vient pas des œuvres, car nul ne doit pouvoir se glorifier » (Apocalypse 7,9-10 ; 2,10.17 ; 3,21 ; 21,6 ; Ephésiens 2,4-10). Mais non ! Ce Pharisien est riche de lui-même et donc pauvre de l’Autre et de tous ses dons… Il est aveuglé par son péché (Jean 9,39-41). Il se croit heureux, alors que privé de la Présence de Dieu et de sa grâce, il lui manque l’essentiel… « Malheureux, vous, les riches, car vous avez votre consolation » (Luc 6,24), cette richesse qui est incapable de vous procurer les vraies joies… Mais « heureux, vous les pauvres de cœur » qui mettez en Dieu votre espérance, car « le Royaume des cieux est à vous » (Matthieu 5,3). « Votre Père en effet s’est complu à vous donner le Royaume » (Luc 12,32)…

Enfant souriantJésus invitera ensuite les « petits enfants à venir à lui » (Luc 18,15-17), ces êtres qui ne pouvaient pratiquer la Loi avant l’âge de treize ans et que l’on considérait très souvent avec mépris. L’enfant n’a rien à faire valoir pour recevoir une quelconque récompense, sinon le fait qu’il est là. S’il a la chance d’avoir une famille, il attend tout de ses parents, il peut compter sur eux et « n’entretient aucun souci » puisqu’il en est sûr, « en tout besoin », ils s’occupent de lui (Philippiens 4,4-7 ; Luc 12,22-31). Cette famille, indépendamment de toutes les souffrances qui ont pu être les nôtres en ce domaine, nous l’avons avec ce Dieu qui, par son Fils, s’est révélé être « Notre Père » à tous : « Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu » disait à ses disciples Celui qui « n’a pas rougi de nous appeler ses frères » (Jean 20,17 ; Hébreux 2,11). Il nous faut donc développer cette confiance envers Dieu Notre Père et retrouver avec Lui un cœur de « petit enfant, car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume de Dieu » (Luc 18,16). Le Royaume de Dieu doit être accueilli en effet avec la même simplicité qu’un petit enfant lorsqu’il accueille avec confiance ce que ses parents lui donnent, dans cette certitude qu’ils ne cherchent et ne désirent que le meilleur pour lui…

Puis un notable s’approche de Jésus (Luc 18,18-23), avec le même état d’esprit que le Pharisien de la Parabole : pour eux, il faut « faire » quelque chose pour recevoir en récompense « la vie éternelle ». Jésus a déjà répondu à cette question puisque justement « le Royaume de Dieu » est cette « vie éternelle » que Dieu veut nous donner et qui nous permettra d’être en communion avec Lui et avec tous nos frères[5]… Pour « avoir en héritage la vie éternelle », il suffit donc de devenir semblable à « un petit enfant » en présence de Celui qui est « venu pour que nous ayons la Vie, et que nous l’ayons en surabondance ». Alors, « Christ Miséricordieuxque l’homme assoiffé s’approche, que l’homme de désir reçoive l’eau de la vie, gratuitement » (Jean 10,10 ; Apocalypse 21,6 ; 22,17 ; Jean 4,10-14 ; 7,37-39 ; 5,24.40 ; 6,33.35.40.47.48.53-58…). Mais ici, Jésus va accueillir cette personne telle qu’elle est, et il va entrer dans son schéma de pensée en lui rappelant ces commandements centraux de la Loi de Moïse qu’il connaît par cœur (Exode 20,1-17 et tout spécialement 20,12-16 ; Deutéronome 5,6-21 et tout spécialement 5,16-20)… Il devait donc bien s’attendre à une réaction de sa part, réaction qui lui donnera l’occasion d’aller plus loin. Et de fait, elle ne manque pas : « Tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse » (cf. Philippiens 3,5-6). Jésus lui demande alors ce détachement vis-à-vis des biens matériels si souvent abordé précédemment : « Une chose encore te fait défaut : Tout ce que tu as, vends-le et distribue-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux ; puis viens, suis-moi ». C’est ce « viens et suis-moi » qui permet à Jésus de lui faire cette demande apparemment si exorbitante. En effet, s’il accepte, il ne sera plus jamais seul. Jésus sera avec lui « tous les jours », à toute heure (Matthieu 28,20 ; Marc 3,14). Il veillera sur lui, il s’occupera de lui jusque dans les moindres petits détails de sa vie de telle sorte que non seulement il ne manquera de rien (Luc 22,35), mais il recevra encore « dès ce temps-ci bien davantage » que tout ce qu’il a pu « laisser à cause du Royaume de Dieu ». « Et dans le monde à venir », il sera comblé de la « vie éternelle », ce « trésor » déjà présent dès ici-bas dans le secret de la foi et des cœurs (Luc 18,24-27 ; 2Corinthiens 4,6-7)… Ce que Jésus demande en fin de compte à ce notable de bonne volonté, c’est la confiance, la foi en lui…

Mais hélas, il était « fort riche » et mettait son cœur dans ses richesses. Il attendait d’elles sa consolation, son bonheur et peut-être une gloire tout humaine (Jean 5,44), et il refusera de perdre tout cela… Il a voulu sauvegarder sa vie, mais pour l’instant, il l’a perdue (Luc 17,33). Il n’a pas accueilli le Christ et sa Parole dans « la Joie de l’Esprit » (1Thessaloniciens 1,6), et « il devint tout triste »…

« Comme il est difficile à ceux qui ont des richesses », dit alors Jésus, « de pénétrer dans le Royaume de Dieu ! Oui, il est plus facile à un chameau de passer par un trou d’aiguille qu’à un riche d’entrer dans le Royaume de Dieu » (Luc 18,24-25). Tous les disciples qui l’entourent savent bien qu’ils sont tous riches d’une manière ou d’une autre, et ils se sentent concernés par cette Parole de Jésus tout comme plus tard, lorsqu’il leur dira : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous livrera ». Et chacun alors posera la question : « Serait-ce moi ? », car ils se sentaient tous capables, quelque part, de le faire (Marc 14,17-21)… D’où ici leur désarroi : « Mais alors », puisqu’il est impossible « à un chameau de passer par un trou d’aiguille… qui peut être sauvé ? » La voie semble sans issue, mais pour la Miséricorde infinie et Toute Christ Bon Pasteur - vitrailPuissante de Dieu (cf. Luc 1,49-50), elle ne l’est pas. Lui est « capable » par « sa puissance agissant en nous, de faire bien au-delà, infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir » de telle sorte que « ce qui est impossible pour les hommes est toujours possible pour Dieu » (Ephésiens 3,20 ; Luc 18,27. Jésus nous invite ainsi à la patience, à la persévérance, à la confiance et à l’espérance envers Celui qui « cherche sa brebis perdue jusqu’à ce qu’il l’ait retrouvée » … Et il est hors de question pour lui d’abandonner sa recherche tant qu’il ne l’a pas retrouvée (Luc 15,4-5)… Cet homme a dit « non » aujourd’hui ? Dieu, par son Esprit, continuera de venir à sa rencontre et de l’appeler à sa Vie… Et un jour, espérons qu’il dira « Oui ! ».

Cette patience, cette fidélité, cette persévérance de Dieu n’enlèvent rien à l’urgence de se convertir, car le péché amène toujours avec lui son escorte de souffrances et parfois de malheurs… C’est ainsi que Jésus pleurera sur Jérusalem, car « elle n’a pas compris le message qui pouvait lui apporter la paix, il est demeuré caché à ses yeux ». Aussi, et hélas pour elle, toutes sortes de catastrophes dûes à la violence des hommes s’abattront sur elle « parce qu’elle n’as pas reconnu le temps où elle fut visitée » (Luc 19,41-44). Puissions-nous donc reconnaître aujourd’hui les « visites » de Dieu dans notre vie, Lui qui ne cesse de venir à nous, de nous appeler au repentir et de s’offrir à notre foi pour que nous puissions connaître avec lui le Repos et la Paix (Matthieu 11,28-30 ; Psaume 81(80),7-8)…

Christ, chapelle Ste Bernadette, Cité St Pierre, LourdesEt Jésus poursuit résolument son voyage vers Jérusalem pour que s’accomplisse « tout ce qui a été écrit par les Prophètes pour le Fils de l’homme. Il sera en effet livré aux païens, bafoué, outragé, couvert de crachats ; après l’avoir flagellé, ils le tueront et, le troisième jour, il ressuscitera » (Luc 18,31-33). C’est ainsi que devait s’accomplir le Salut du monde, le mystère de notre Rédemption et Jésus s’avance à la fois avec ardeur, par amour pour chacun d’entre nous, mais aussi avec angoisse face à toutes les souffrances qui l’attendent… Pour l’instant, les disciples sont toujours en marche vers la Lumière. Certes, ils ont commencé à la percevoir en Jésus, mais ils sont loin de s’imaginer qu’ils ont en face d’eux « le Fils Unique de Dieu » uni à son Père dans la communion d’un même Esprit, Dieu Lui-même… Et ils ne peuvent pas encore comprendre ce que veut dire « ressusciter d’entre les morts »… Il leur faudra attendre la Résurrection du Christ, ses nombreuses apparitions et le don de l’Esprit Saint pour entrer plus avant dansRésurrection - Lourdes Basilique du Rosaire son Mystère… Le Christ ressuscité « leur ouvrira alors l’esprit à l’intelligence des Ecritures » (Luc 24,45), et leur révèlera toute chose par cet Esprit qui « sonde tout, jusqu’aux profondeurs de Dieu. Qui donc entre les hommes sait ce qui concerne l’homme, sinon l’esprit de l’homme qui est en lui ? De même, nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l’Esprit de Dieu. Or, nous n’avons pas reçu, nous, l’esprit du monde, mais l’Esprit qui vient de Dieu, pour connaître les dons de grâce que Dieu nous a faits » (1Corinthiens 2,10-12). Commencera alors pour eux l’aventure de la suite du Christ Ressuscité, invisible à leurs yeux de chair, mais présent par l’Esprit à la vie de l’Eglise et du monde pour inviter tout homme à la conversion et lui permettre ainsi d’accueillir dès maintenant, par sa foi et dans la foi, la Vie du Christ Ressuscité Lui-même… « Moi, Lumière, je suis venu dans le monde pour que quiconque croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres mais ait la lumière de la vie » (Jean 12,46 ; 8,12)…

                                                                                                               D. Jacques Fournier

[1] Alors que Pierre est en train de parler à ceux-là mêmes qui ont contribué à crucifier le Christ en criant devant Pilate « Crucifie-le ! Crucifie-le ! »

[2] Actes 3,26 (Traduction liturgique ; Pierre parle à ceux-là mêmes qui ont contribué à crucifier le Christ) :

« C’est pour vous d’abord que Dieu a fait se lever (ressusciter) son Serviteur, et il l’a envoyé vous bénir, en détournant chacun de vous de ses actions mauvaises ». Dans cette traduction, le Christ apparaît comme le premier acteur de notre conversion : c’est Lui qui nous détourne de nos actions mauvaises… Et nous avons simplement à consentir à son œuvre en lui opposant le moins de résistance possible… La TOB a une traduction semblable : « C’est pour vous que Dieu a d’abord suscité puis envoyé son Serviteur pour vous bénir en détournant chacun de vous de ses méfaits ». Et en note, elle précise : « La conversion serait ainsi un don de Dieu (cf. 5,31 ; 10,36 ; 11,18…) et de son Serviteur. Mais on pourrait traduire aussi : … « pour bénir chacun d’entre vous s’il se détourne de ses méfaits » », comme l’a fait la Bible de Jérusalem : « … du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités ». Cette deuxième possibilité est tout aussi vraie que la première. Elle est complémentaire et présente le second volet indispensable à toute conversion réelle et profonde : nous avons nous aussi à prendre la décision, en toute liberté et responsabilité, de nous convertir… Mais à la lumière de la première traduction possible, cette décision revient, comme nous l’avons déjà dit, à être le plus souple, le plus docile possible entre les mains de Celui qui, le premier, est à l’œuvre pour nous convertir, en nous indiquant le bon chemin et en nous donnant la force de nous y engager… Ainsi, vraiment, « tout est grâce » (Ste Thérèse de Lisieux)…

[3] Noter en ce dernier texte l’expression « toute chair » qui intervient quatre fois en signe d’universalité (le chiffre 4 renvoie en effet aux quatre points cardinaux). On retrouve cette expression à portée universelle en Psaume 65(64),1-4 ; 136(135),25-26 ; 145(144),21 ; Jérémie 32,27 ; Joël 3,1 (cf. l’explication par Pierre de la Pentecôte en Actes 2,16-18) ; Proverbes 4,20-24 ; Job 12,7-10 ; 34,14-15 à la lumière de Genèse 2,4b-7 ; Siracide (Ecclésiastique) 1,1-10 ; Luc 3,6 (citation d’Isaïe 40,5) ; Jean 17,1-3.

[4] Le texte emploie ici le verbe grec « épistréphô, ramener ; revenir » employé dans le Nouveau Testament pour évoquer l’idée de « conversion » (Luc 17,4 : « s’il revient à toi » ; Actes 3,19 ; 9,35 ; 14,15 ; 26,18.20). Nous retrouvons ainsi avec ce verset que le premier acteur de notre conversion est Dieu lui-même. Et voilà bien ce qu’il fera avec son Fils, le Christ Jésus, « le Bon Pasteur », qui part à la recherche de sa brebis perdue « jusqu’à ce qu’il la retrouve. Et quand il l’a retrouvée, il la met tout joyeux sur ses épaules, et la ramène à la maison » (Luc 15,4-7), la Maison du Père (Jean 14,1-3)… Puissions-nous tous nous laisser faire, jour après jour !

[5] Comparer Marc 9,43 et 9,45 avec 9,47 ; dans les deux premiers cas, Jésus parle de « vie », tandis que dans le dernier, il emploie une expression semblable avec la notion de « Royaume »… De plus Romains 14,17 dit : « Le Royaume de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » ; or, « l’Esprit vivifie » (2Corinthiens 3,6 ; Jean 6,63 TOB ; Romains 8,11 ; Galates 5,25).

Fiche n°18 – Lc 17-18,34 : en cliquant sur le titre précédent, vous accédez au document en format PDF pour lecture ou éventuelle impression.

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