Mc 1,1 : « La Bonne Nouvelle de Jésus Christ, Fils de Dieu ».

« Commencement »… Nous avons vu qu’en reprenant le premier mot du Livre de la Genèse, St Marc nous entraîne tout de suite dans un contexte de création. Le Christ qu’il va nous présenter est venu accomplir le projet créateur de Dieu sur tous les hommes. Il veut permettre à l’humanité d’atteindre le but que Dieu désirait pour elle depuis toujours. En accueillant le Christ et son témoignage sur sa vie de communion avec le Père, chaque homme, chaque femme pourra devenir le plus pleinement possible un fils, une fille « à l’image et ressemblance » du Fils Unique (Gn 1,26‑28; Rm 8,28‑30). Tout comme le Fils se reçoit du Père de toute éternité par « l’Esprit qui vivifie » (Jn 6,63 ; 5,26), chaque être humain est en effet invité à se tourner librement et de tout cœur vers son Dieu et Père pour se recevoir à son tour de lui… Mais pour qu’il en soit ainsi, Dieu doit d’abord être connu, révélé, manifesté tel qu’il est… Ce sera la mission première du Fils : « faire connaître le Père » (Jn 1,18), manifester « ses entrailles de Miséricorde » (Lc 1,76-78), Lui qui est bouleversé (Os 11,7-9 ; Jr 2,17 ; 4,18-21) devant les multiples souffrances occasionnées par le péché, aussi bien en ceux qui le commettent (Rm 2,9 ; 6,23 ; Lc 15,11-20) qu’en ceux qui le subissent. Aussi, pour nous réconcilier avec le Père et nous donner de retrouver le chemin de la Paix, de la Vie, de la Joie (Jn 15,11) :

  • Il viendra à notre rencontre pour nous rappeler que Dieu est tout proche. En fait, il est déjà là, invisible à nos yeux de chair mais présent au monde et à l’Histoire. « Dieu est Esprit » (Jn 4,24), et l’Esprit par nature échappe à notre regard… Et pourtant, « toute la terre, Seigneur, est remplie de ton amour »… Seul notre cœur peut percevoir cette Présence. Telle est l’aventure à laquelle le Christ est venu nous initier, dans la foi, et c’est lui-même qui, petit à petit, nous apprendra à le reconnaître. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde », dit-il, ressuscité, à ses disciples (Mt 28,20). Mais il sait bien que cette démarche n’est pas facile pour nous : « Ô cœurs sans intelligence, lents à croire à tout ce qu’ont annoncé les Prophètes !», dit-il aux deux disciples d’Emmaüs (Lc 24,25). Mais il nous aime. Il veut nous sauver, il veut notre bien plus que nous-mêmes. Sa patience est infinie. Accepterons-nous de le laisser faire, c’est‑à-dire de le laisser agir et régner dans nos cœurs et dans nos vies (Marc 1,15) ?

  • Il nous invitera et nous aidera à revenir à Dieu et à nous tourner vers Lui de tout notre cœur : c’est la conversion (Marc 1,15), un immense bonheur pour tous ceux et celles qui acceptent cette démarche.

  • Il nous offrira de balayer tous les obstacles qui pourraient exister entre nous et Dieu. Il suffira de tout lui offrir. Envoyé par « le Père des miséricordes» (2Co 1,3), il est « l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (Jn 1,29). Il effacera toutes nos misères passées par « le pardon des péchés » qu’il est venu nous proposer au Nom de son Père. Toute sa mission est là : « Donner » à tous les hommes de « faire l’expérience du salut » par « le pardon des péchés » (Lc 1,77). Dieu, le premier, veut en effet tout nous pardonner car sa seule préoccupation est que nous « soyons » le mieux possible, au sens fort du terme. C’est pourquoi il fera tout pour que nous puissions retrouver, avec son Fils et par lui, ce dont nous étions privés par suite de nos fautes. Mais pour cela, il faut que nous acceptions de notre côté nos imperfections, nos faiblesses et nos misères… Nous sommes tous ainsi (Rm 3,9) ! Et si nous les lui offrons de tout cœur, en les regrettant bien sûr, Dieu sera le premier à s’en réjouir : « Il y a plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n’ont pas besoin de repentir» (Lc 15,7). Jésus est mort sur la croix pour cela, pour que, de son cœur transpercé, la surabondance de sa Miséricorde coule sur nous en « fleuves d’Eau Vive » (Jn 7,37-39 avec 19,33). Alors, si nous acceptons de la recevoir, nous expérimenterons avec elle, jour après jour, « le pardon » et la paix : « Ceci est mon sang, le sang de l’alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés » (Mt 26,28). « Il n’y a qu’un mouvement au cœur du Christ : effacer le péché et emmener l’âme à Dieu », écrivait Elisabeth de la Trinité. Aussi, « qu’il est bon, au jour où l’on ne sent que sa misère, d’aller se faire sauver par lui ». « Nous sommes bien faibles, je dirais même que nous ne sommes que misère, mais Il le sait bien, Il aime tant nous pardonner, nous relever, puis nous emporter en Lui, en sa pureté, en sa sainteté infinie. C’est comme cela qu’Il nous purifiera, par son contact continuel »… Si nous consentons à ce « contact continuel » toujours offert (Mt 28,20), si nous acceptons de tout lui offrir jour après jour avec confiance, alors il agira en nous et petit à petit nous transformera : « Avec joie, vous remercierez le Père qui vous a mis en mesure de partager le sort des saints dans la lumière. Il nous a en effet arrachés à l’empire des ténèbres et nous a transférés dans le Royaume de son Fils bien‑aimé, en qui nous avons la rédemption, la rémission des péchés » (Col 1,12-14)… En effet, « voici qu’à présent », ce Fils « vous a réconciliés dans son corps de chair, le livrant à la mort pour vous faire paraître devant Lui saints, sans tache et sans reproche » (Col 1,22). Pouvait-il faire plus pour nous réconcilier à Dieu et nous permettre ainsi d’être avec lui dans sa Lumière et dans sa Vie ?

Jean-Baptiste préparera les foules à le recevoir (Marc 1,4) en les apprenant à se reconnaître pécheurs… S’ils l’acceptent, ils n’auront plus qu’à accomplir la même démarche avec le Christ Sauveur. Alors, ils recevront aussitôt de lui le Pardon (Mc 2,5) et la Paix du cœur, prémices de ce vrai bonheur que Dieu veut offrir à tous les hommes, par-delà notre mort…

  • Puis le Christ nous invitera, jour après jour, à marcher à sa suite en demeurant dans son amour, comme lui-même demeure dans l’amour du Père (Jn 15,10). Et rappelons-nous ce principe de Ste Thérèse de Lisieux. Pour Dieu, il est à prendre au pied de la lettre : « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». Or « Dieu est Amour » (1Jn 4,8.16). Dans son Amour éternel, il ne cesse de se donner Lui-même, tout ce qu’il est, et c’est ainsi qu’il engendre le Fils de toute éternité. Se laisser aimer par le Père, c’est donc accepter, à la suite et à l’exemple du Fils, de recevoir ce Don que le Père ne cesse de faire de lui‑même. Et il est « Esprit» (Jn 4,24). Et c’est dans l’accueil de ce Don de l’Esprit (1Th 4,8) que nous trouverons avec lui la Plénitude de la Vie… Car « l’Esprit vivifie » (Jn 6,63 ; Ga 5,25). Et comme « Dieu est aussi Lumière » (1Jn 1,5), accueillir l’Esprit de Lumière suppose que nous nous détournions, avec son aide, de toute forme de ténèbres… Heureusement, de pardon en pardon, Dieu nous permet, avec une infinie patience, de lui redire notre « oui ! »…

« L’Evangile »

Le deuxième mot employé par St Marc au tout début de son récit est « Evangile ». Le Nouveau Testament nous est parvenu en grec. Le mot « Evangile » vient directement du grec « eÙagg™lion » ; il signifie « Bonne Nouvelle ». En parlant ainsi, le Christ reprenait les termes du prophète Isaïe où le verbe correspondant, « annoncer une Bonne Nouvelle à… , porter une Bonne Nouvelle à», apparaît en :

  • Isaïe 40,1-5.9-11 : « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu,

(2) parlez au cœur de Jérusalem

et criez-lui que son service est accompli, que sa faute est expiée,

qu’elle a reçu de la main du Seigneur deux fois le prix pour toutes ses fautes.

(3) Une voix crie : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur ;

dans la steppe, aplanissez une route pour notre Dieu.

(4) Que toute vallée soit comblée, toute montagne et toute colline abaissées,

que les lieux accidentés se changent en plaine et les escarpements en large vallée;

(5) alors la gloire du Seigneur se révélera

et toute chair, d’un coup, la verra, car la bouche du Seigneur a parlé.

(9) Monte sur une haute montagne, toi qui portes la Bonne Nouvelle à Sion ;

élève et force la voix, toi qui portes la Bonne Nouvelle à Jérusalem ;

élève la voix, ne crains pas, dis aux villes de Juda : « Voici votre Dieu ! »

(10) Voici le Seigneur Dieu qui vient avec puissance, son bras assure son autorité ;

voici qu’il porte avec lui sa récompense, et son salaire devant lui.

(11) Tel un berger il fait paître son troupeau,

de son bras, il rassemble les agneaux, il les porte sur son sein,

il conduit doucement les brebis mères.

Les rois d’Israël n’ont pas écouté les prophètes qui, au nom de Dieu, les exhortaient à ne pas résister aux Babyloniens. Ils ont désobéi, ils ont péché, ils ont été vaincus et déportés à Babylone. Leur souffrance est grande, ils sont tentés par le désespoir : s’ils avaient écouté, ils n’en seraient pas là… Mais Dieu, dans sa miséricorde et sa tendresse, va les rejoindre là où leur désobéissance les a conduits, et il va les consoler des conséquences douloureuses de leurs péchés ! Or, dans le contexte de l’époque, pour recevoir le pardon de ses péchés, il fallait offrir un sacrifice de « réparation » (un taureau, un bouc…) au Temple de Jérusalem. Mais comment le faire désormais : déportés, ils sont loin de leur pays et en plus, le Temple est détruit ! Alors, avec une infinie délicatesse, Dieu va leur dire par son prophète Isaïe qu’ils n’ont pas besoin de revenir à Jérusalem. Et si le Temple est détruit, qu’ils ne s’en fassent pas : Lui‑même a déjà offert « deux fois le prix de toutes leurs fautes » (TOB) ! Tout est abondamment pardonné et « réparé »… Qu’ils se réjouissent donc : un avenir nouveau s’ouvre devant eux. Dieu ne les a pas abandonnés : Il vient les rejoindre ! Aussi, qu’ils se préparent à l’accueillir, « qu’ils dégagent un chemin pour le Seigneur » car « voici votre Dieu, voici le Seigneur Dieu ! ». « Il vient avec puissance » pour sauver et rassembler son troupeau dispersé. Lui-même d’ailleurs « portera ses agneaux sur son cœur », et les ramènera tous dans sa Maison (Jean 14,1-3). Les voir sauvés sera alors pour lui « son salaire, sa récompense », sa joie (So 3,14-18).

  • Isaïe 52,7-10 : Comme il est beau de voir courir sur les montagnes

celui qui porte la Bonne Nouvelle de la paix,

celui qui porte la Bonne Nouvelle du salut,

celui qui vient dire à la cité sainte : « Ton Dieu règne ! »

8 – Écoutez la voix des guetteurs, leur appel retentit, c’est un seul cri de joie ;

ils voient de leurs yeux le Seigneur qui revient à Sion.

9 – Éclatez en cris de joie, ruines de Jérusalem,

car le Seigneur a consolé son peuple,

il rachète Jérusalem !

10 – Le Seigneur a montré la force divine de son bras aux yeux de toutes les nations.

Et, d’un bout à l’autre de la terre, elles verront le salut de notre Dieu.

 

Là encore, la Bonne Nouvelle annoncée est celle du salut que Dieu offre gratuitement, par amour. « Le Seigneur revient à Sion[1] », c’est-à-dire Jérusalem. Sa venue est donc certaine. Et que fera-t-il ? Il va « déployer la force de son bras » pour « consoler » son Peuple des conséquences douloureuses de ses infidélités évoquées ici par « les ruines de Jérusalem ». L’ennemi s’était emparé de la ville, la déclarant sienne ? Ne tenant pas compte de ses fautes passées, Dieu la « rachète », la reprend, car en fait elle a toujours été sienne… La Bonne Nouvelle qu’il s’agit d’annoncer est donc : « Ton Dieu règne ». Sa miséricorde règne sur notre misère, son pardon efface toutes nos fautes. Libéré du poids du remords et de la culpabilité, le Peuple de Dieu peut regarder l’avenir en poussant des cris de joie. Ils vont enfin connaître « la paix », une paix inespérée, fruit du salut que Dieu vient leur offrir. Et dans la Bible, « la paix » est synonyme de « plénitude » et donc de « bonheur »… « Toutes les nations » verront ce « salut de Dieu » pour son Peuple, un salut que le Christ invitera à annoncer « d’un bout à l’autre de la terre »… « Allez dans le monde entier » (Mt 28,19)…

  • Isaïe 61,1-3 : L’Esprit du Seigneur Dieu est sur moi,

car le Seigneur m’a donné l’onction ;

il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres,

panser les cœurs meurtris,

annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers la délivrance,

(2) proclamer une année de grâce de la part du Seigneur

et un jour de vengeance pour notre Dieu,

pour consoler tous les affligés,

(3) pour leur donner un diadème au lieu de cendre,

de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil,

un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ;

       et on les appellera térébinthes de justice, plantation du Seigneur pour se glorifier.

« La Bonne Nouvelle » sera portée ici par le Messie, c’est-à-dire celui qui a reçu « l’onction ». Dans l’Evangile selon St Luc (Lc 4,16‑22), Jésus lit ce texte dans la synagogue de Nazareth au moment où il commence sa mission publique… « La délivrance », « la libération » qu’il apporte est avant tout celle offerte dans « le pardon des péchés ». Dans le grec des Evangiles, c’est le même mot qui est employé pour parler de « pardon », de « délivrance », de « liberté » ou de « libération » (Lc 3,3 ; 24,47)… Et Jésus arrête sa lecture au début du verset 2, laissant de côté une des nombreuses imperfections de l’Ancien Testament[2] : « un jour de vengeance pour notre Dieu ». Non, Dieu n’est pas ainsi… Son seul souci est que tous ses enfants de par le monde soient les plus heureux possible, de cette « huile de joie » que lui seul peut communiquer : « l’onction » de « l’Esprit du Seigneur »…

Tous ces textes qui annonçaient « prophétiquement » une action libératrice de Dieu peuvent maintenant être lus « au présent » avec le Christ. Avec Lui et par Lui, Dieu réalise très concrètement dans nos cœurs et dans nos vies, toutes ses promesses. C’est pour cela que le Christ insiste si souvent sur « l’accomplissement » de ces paroles :

  • Marc 1,15 : « Le temps est accompli et le Royaume de Dieu est tout proche :

convertissez-vous et croyez à l’Evangile ».

  • Luc 4,21 (après avoir lu Isaïe 61,1-2, le Christ leur dit) :

« Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture ».

Ce point est très important : maintenant, par notre foi au Christ Jésus, Dieu se propose d’agir pour nous selon sa Parole. Ste Thérèse de Lisieux, en lisant certains textes ne pouvait que s’écrier : « Oui ! C’est çà ! C’est vraiment cela que je vis, c’est cela que Dieu fait pour moi ». Après avoir lu par exemple Ezéchiel 16,1-14, elle écrira : « Le bon Dieu a fait pour moi ce que rapporte Ezéchiel dans ses prophéties : « Passant auprès de moi, Jésus a vu que le temps était venu pour moi d’être aimée, Il a fait alliance avec moi et je suis devenue sienne… Il a étendu sur moi son manteau, il m’a lavée dans les parfums précieux, m’a revêtue de robes brodées, me donnant des colliers et des parures sans prix… Il m’a nourrie de la plus pure farine, de miel et d’huile en abondance… alors je suis devenue belle à ses yeux et Il a fait de moi une puissante reine !… »

Oui Jésus a fait tout cela pour moi, je pourrais reprendre chaque mot que je viens d’écrire et prouver qu’il s’est réalisé en ma faveur »…

Dans un autre passage, en évoquant sa vie de foi, elle se rappellera une phrase de l’Evangile selon St Luc (17,21) : « Le Royaume de Dieu est au-dedans de nous »[3]. Et elle écrira : « Je comprends et je sais par expérience “Que le royaume de Dieu est au-dedans de nous.” Jésus n’a point besoin de livres ni de docteurs pour instruire les âmes ; Lui, le Docteur des docteurs, il enseigne sans bruit de paroles… Jamais je ne l’ai entendu parler, mais je sens qu’Il est en moi ; à chaque instant, Il me guide et m’inspire ce que je dois dire ou faire. Je découvre juste au moment où j’en ai besoin des lumières que je n’avais pas encore vues ; ce n’est pas le plus souvent pendant mes oraisons qu’elles sont le plus abondantes, c’est plutôt au milieu des occupations de ma journée ».

L’Evangile est donc avant tout cette « Bonne Nouvelle » que Dieu est là, tout proche de chacun d’entre nous et il se propose de « régner » dans nos cœurs et dans nos vies si nous acceptons de le laisser faire. A nous de tout lui offrir, de tout lui donner, de nous laisser aimer et de le laisser régner en nous… Alors, sa Lumière brillera dans nos ténèbres sans que celles-ci ne puissent la saisir (Jn 1,5). Sa Miséricorde règnera sur notre misère pour nous rétablir et nous rétablir encore en cette condition d’enfants de Dieu vivants de sa vie et comblés de sa paix.

A sa sœur Pauline, devenue Mère Agnès, Ste Thérèse de Lisieux écrivait : « Ma Mère chérie, vous qui m’avez permis de m’offrir ainsi au Bon Dieu, vous savez les fleuves ou plutôt les océans de grâces qui sont venus inonder mon âme… Ah ! depuis cet heureux jour, il me semble que l’Amour me pénètre et m’environne, il me semble qu’à chaque instant cet Amour Miséricordieux me renouvelle, purifie mon âme et n’y laisse aucune trace de péché »…

« Jésus »

Lorsque l’Ange Gabriel annonça à Marie qu’elle allait « être enceinte et enfanter un fils », il lui indiqua le nom qu’il fallait lui donner : « tu l’appelleras du nom de Jésus » (Luc 1,26-33).

Dans notre Crédo, nous disons à propos du Fils Unique de Dieu qu’il est « né du Père avant tous les siècles ». Il existe donc depuis toujours d’une existence qu’il reçoit sans cesse de son Père. « Aimer, c’est tout donner et se donner soi-même ». C’est ce que le Père fait de toute éternité pour le Fils. Il l’aime, il se donne à lui, tout entier, tout ce qu’il est, et en se donnant, il « l’engendre ». Nous proclamons alors notre foi en disant : « Il est Dieu né de Dieu, Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. Engendré, non pas créé »… Tel est le Mystère du Fils, qui se reçoit du Père de toute éternité, et qui nous invite à faire de même pour que nous aussi, nous accomplissions pleinement notre vocation : devenir des enfants de Dieu vivants comme lui de la vie du Père (Jn 6,57), la vie éternelle (Jn 1,12).

Envoyé par le Père, ce Fils Unique est venu dans le monde et « par l’Esprit Saint, il a pris chair de la Vierge Marie et s’est fait homme ». Plus tard, lorsque les hommes le rencontreront sur les routes de Palestine, ils l’appelleront du nom de « Jésus ».

« Jésus » désigne donc « le Fils Unique de Dieu fait homme », vrai Dieu et aussi vrai homme. St Jean l’appelle aussi « le Verbe ». « Le Verbe était Dieu… et le Verbe s’est fait chair, … nous avons contemplé sa gloire, gloire qu’il tient de son Père comme Unique-Engendré » (Jn 1,1 ; 1,14). Et dans sa chair, tout le monde l’appelait « Jésus »…

De plus ce nom exprime sa Mission. « Jésus » (Yéhoshua ou Yeshua en hébreu) signifie « Yahvé sauve ». Or « Yahvé », dans l’Ancien Testament, est le Nom du Dieu de l’Alliance (Exode 3,13-15, traduction Bible de Jérusalem), Celui qui dans le Nouveau Testament s’est révélé comme étant « Notre Père » (Mt 6,9 ; Jn 20,17). Le nom de « Jésus » renvoie donc au Père en tant qu’Il nous sauve. Avec son Fils et par Lui, Dieu le Père en personne vient sauver tous les hommes, ses enfants…

« Christ »

« Christ » est encore un nom qui se rapporte à la mission de Jésus. Il vient du verbe grec « kriô » qui signifie « oindre, enduire » ; « kristos » sera donc « celui qui a reçu l’onction ».

Le mot « Messie » a exactement la même signification, mais lui vient de l’hébreu, la langue de l’Ancien Testament. « Massah » signifie « asperger, oindre », et « massiah » ou « messiah », « celui qui a reçu l’onction ».

Dans l’Ancien Testament, le roi était « l’Oint du Seigneur » par excellence, celui que Dieu avait « élu » pour gouverner son Peuple. L’onction d’huile lui était appliquée par un homme de Dieu, prophète ou prêtre.

Le roi David, par exemple, fut oint par le prophète Samuel (1 Samuel 16,1-13) : Samuel prit une corne remplie d’huile et la versa sur la tête du jeune David. Dès lors, « l’Esprit du Seigneur fondit sur David ». L’huile en elle-même n’a aucune importance : elle est le signe visible de l’Esprit invisible de Dieu qui vient pénétrer le cœur du jeune David comme l’huile pénètre dans la peau. Par le don de cet Esprit, Dieu communiquait au roi toutes les grâces nécessaires pour le bon accomplissement de sa mission. En effet, le roi n’était que l’instrument par lequel Dieu régnait sur son Peuple.

La royauté disparut en Israël lorsque Nabuchodonosor, roi de Babylone, envahit la Palestine en 587 avant Jésus-Christ. Les Israélites espèreront toujours avoir un nouveau roi car Dieu avait promis à David : « Ta maison et ta royauté subsisteront à jamais devant moi » (2 Samuel 7,12-17). Les siècles passèrent… A l’époque de Jésus, Israël attendait encore la réalisation de cette promesse, et ils lisaient un certain nombre de textes prophétiques en pensant à ce Roi, descendant de David, qui devait venir : le Messie (Psaumes 2,2 ; 20(19),7 ; 132(131),17 ; Isaïe 9,1-6 ; Isaïe 11,1-9…). Beaucoup croyaient qu’il libèrerait son Peuple de ses ennemis, les Romains, pour lui redonner enfin son indépendance, sa liberté, sa splendeur d’autrefois. Mais la royauté de Jésus (Jn 18,33-37) n’est pas d’ordre national ou politique (Jn 6,15) : elle est proposition à tout homme d’un Amour qui sauve et ne décevra jamais.

Le titre de Roi est d’ailleurs le plus souvent appliqué à Jésus pendant sa Passion[4], car c’est là qu’il manifeste avec le plus de clarté « comment » il est le Messie, « comment » il est le Roi promis. En cet instant, Jésus offre sa vie et les souffrances que lui infligent les hommes… pour les hommes eux-mêmes ! Bref, Jésus continue d’aimer « jusqu’à l’extrême de l’amour » (Jean 13,1). Sa croix est comme une déclaration d’amour lancée à toutes les générations : « Vous pouvez me faire cela, je vous aimerai toujours ; bien plus, j’offre cette souffrance que vous m’infligez pour votre salut. Vous me faites du mal, je ne cesse de penser à votre bien. Vous voulez ma mort, je veux votre vie, je souffre pour vous, je meurs pour vous et je ressuscite pour vous »… Celui qui fait le mal manifeste en effet, par ce mal qu’il commet, qu’il n’est pas « à l’image et ressemblance de Dieu » (Gn 1,26-28) puisque « Dieu est Amour » et qu’il n’est qu’Amour (1Jn 4,8.16)… « Il fait lever son soleil sur les bons et les méchants et tomber la pluie sur les justes et les injustes » (Mt 5,45). Celui qui fait le mal est donc spirituellement malade… Or, nous dit Jésus, « ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades ; je ne suis pas venu appeler les justes, mais les pécheurs, au repentir » (Lc 5,31-32). Et il offrira sa vie pour la guérison de tous ces malades de cœur qui font le mal, qui le tuent… Et ressuscité, il viendra vers eux pour les appeler à se repentir, à recevoir son pardon et trouver avec lui la Plénitude de la Vie. C’est ainsi que Pierre dira à ceux qui avaient crié « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » : « C’est pour vous d’abord que Dieu a ressuscité son Serviteur et l’a envoyé vous bénir, du moment que chacun de vous se détourne de ses perversités » (Ac 3,26).

Dieu, en effet, ne cesse de « bénir » tous les hommes, où qu’ils soient, quoi qu’ils fassent… Se convertir, c’est, avec son aide, se détourner du mal de tout cœur pour se découvrir aussitôt comblé par « toutes sortes de bénédictions spirituelles » (Ep 1,3).

« O Jésus ! laisse-moi dans l’excès de ma reconnaissance, laisse-moi te dire que ton amour va jusqu’à la folie… Comment veux-tu devant cette Folie, que mon cœur ne s’élance pas vers toi ? Comment ma confiance aurait-elle des bornes ? » (Ste Thérèse de Lisieux)…

 

« Fils de Dieu »

Dans l’Ancien Testament, le titre de « fils de Dieu » est donné :

1 –  Aux anges : ces créatures participent à la vie éternelle de Dieu.

2 – A Israël (Exode 4,22 ; Osée 11,1) tout entier ; Dieu apparaît alors déjà comme un Père pour son Peuple avec tout l’amour et la tendresse que cela suppose (Jérémie 3,4 ; 3,19 ; 31,9 ; 31,20). Et Jésus nous révèlera que Dieu est avant tout pour chacun d’entre nous un Père très aimant.

3 – Au roi d’Israël (2 Samuel 7,14 ; Psaume 2,7 et 89 (88), 27-28). Mais ce titre ne fait que décrire la relation toute spéciale qui unit Dieu à son roi. Ce dernier reste un homme invité, comme tout le monde, à aimer Dieu de tout son cœur et de toute sa force (Deutéronome 6,4-5), dans la fidélité à la Loi donnée à Moïse au sommet du Mont Sinaï… En Egypte, le Pharaon était considéré comme un Dieu ; en Israël, il n’en sera jamais ainsi.

Avec Jésus, vrai homme, vrai fils d’Israël et vrai roi, les deux derniers sens (2 et 3) restent valables. Mais il est aussi une Personne divine qui existe de toute éternité. Il est le Fils qui, depuis toujours et pour toujours, se reçoit entièrement de son Père. « Engendré, non pas créé, de même nature que le Père », il est le « Fils de Dieu » au sens fort, à un titre unique. Son Père possède toutes les richesses de la « nature » divine, et en se donnant totalement à lui, il lui communique tout ce qu’Il a (Jean 16,15), tout ce qu’Il est, de telle sorte que le Fils est de même « nature » que le Père… L’Esprit Saint, quant à Lui, est cette Personne divine qui fait le lien entre le Père et le Fils. Il est au cœur de leur relation : le Fils reçoit tout du Père par l’Esprit Saint et il rend grâces au Père par ce même Esprit Saint.

Et nous, créatures humaines, Dieu nous appelle nous aussi à devenir ses fils et ses filles en participant, par notre foi au Fils, au don que le Père fait à son Fils par l’Esprit Saint… En effet, nous sommes tous invités à recevoir par le Fils ce que le Fils Lui-même reçoit de son Père. Le don du Père fait de lui le Fils Unique ; ce même don, reçu avec le Fils et par notre foi au Fils, accomplira pour chacun d’entre nous notre vocation à « devenir enfants de Dieu » (Jean 1,12) par l’accueil de « l’Esprit qui vivifie » (Jean 6,63 ; Galates 5,25 ; 2P 1,3-4)…

 

 Conclusion

« Commencement de l’Evangile de Jésus Christ Fils de Dieu ». En ce premier verset de son ouvrage, St Marc donne donc le ton en utilisant les mots clés qui structureront toute la suite.

« L’Evangile, la Bonne Nouvelle » dont il est question sera centrée sur Jésus. Elle sera tout aussi bien « la Bonne Nouvelle annoncée par Jésus » que « la Bonne Nouvelle qu’est Jésus Lui-même, mort et ressuscité pour chacun d’entre nous ». En effet, Jésus est venu nous partager ce qu’il vit avec son Père. Lorsqu’il nous parle du « Royaume des Cieux », il le vit, car « le Règne de Dieu n’est pas une affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17). « Dans l’Esprit Saint » : voilà ce qui résume le trésor de Jésus. Il vit uni à son Père dans la communion d’un même Esprit. C’est cela « le Royaume des Cieux »… Voilà la réalité spirituelle dont il ne cesse de nous parler, notamment avec les nombreuses images des paraboles. Et quand nous le regardons, nous voyons « quelqu’un » qui vit parfaitement ce qu’il dit… C’est pourquoi Jésus lui-même est « le chemin » qui nous conduit vers le Père (Jn 14,6) : il est l’exemple parfait, le modèle de ce que le Père nous invite tous à vivre… Et l’aventure est possible car elle sera avant tout le fruit de sa Miséricorde sans mesure. Il nous suffit, instant après instant, de nous offrir à elle de tout cœur… « Le Seigneur fait tout pour moi… Seigneur, éternel est ton amour, n’arrête pas l’œuvre de tes mains » (Ps 138(137),8)…

De plus, l’Evangile de Marc compte 16 chapitres qui se divisent à peu près en deux parties égales :

1 – Dans la première moitié, nous cheminerons avec les disciples de Jésus, et nous reconnaîtrons avec eux, grâce à sa Parole et aux nombreux signes qu’il accomplit, qu’Il est bien « le Christ » (Mc 8,27-30).

2 – Dans la deuxième moitié, nous verrons comment Jésus est le Christ, le Messie promis. Et en le regardant mourir sur une croix par amour pour chacun d’entre nous, nous dirons avec le centurion romain : « Vraiment, cet homme était le Fils de Dieu » (Mc 15,39).

Puis, témoins de sa Résurrection (chapitre 16), nous serons tous invités à « aller dans le monde entier pour proclamer l’Evangile à toute la création » (Mc 16,15‑18). La perspective de St Marc est en effet missionnaire car lui-même est un missionnaire qui désire faire de chacun d’entre nous des témoins de l’Evangile (Lc 24,48). Si vraiment, en effet, nous avons rencontré le Christ, si nous avons goûté à sa Miséricorde, à sa Douceur et à sa Paix, nous ne pourrons que reconnaître que nous avons trouvé avec lui « le trésor » de la vie :

Mt 13,44 : « Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor qui était caché dans un champ et qu’un homme vient à trouver : il le recache, s’en va ravi de joie vendre tout ce qu’il possède, et achète ce champ ».

Or, nous l’avons vu, « le Royaume des Cieux est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint » (Rm 14,17), et « votre Père », nous dit Jésus, « a trouvé bon de vous donner le Royaume » (Lc 12,32) en vous « donnant l’Esprit Saint » (1Th 4,8). Tel est « le trésor » que nous portons dès maintenant dans « le vase d’argile » de notre condition humaine blessée et si souvent souffrante (2Co 4,5-12)… Et même si notre vie est parsemée d’épreuves de toutes sortes, la vraie vie et la vraie joie sont «  », offertes mystérieusement à notre foi : « Vous avez accueilli la Parole parmi bien des souffrances, avec la joie de l’Esprit Saint », écrit St Paul aux Thessaloniciens (1Th 1,6)… Et aux Corinthiens : « Je surabonde de joie dans toutes nos épreuves », dit-il aux Corinthiens (2Co 7,4). Il expérimentait, en effet, la Présence Fidèle de Dieu au cœur de toutes ses difficultés, une Présence qui le consolait, le réconfortait, l’encourageait et lui permettait de tenir bon… La Parole du Christ s’accomplissait :

Mt 11,28-30 : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau,

et moi, je vous procurerai le repos.

(29)              Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples,

car je suis doux et humble de cœur,

et vous trouverez le repos.

(30)              Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »

Telle est « la Bonne Nouvelle, L’Evangile ». Le mot apparaît 8 fois en tout en St Marc, et le chiffre 8 est symbole « d’infinie perfection » (7 est symbole de perfection) : avec les trois premières (Mc 1,1 ; 1,14 et 15), il nous présente son contenu. Puis il nous exposera ses exigences pour que nous puissions être vraiment des disciples de Jésus annonçant l’Evangile (Mc 8,35 ; 10,29). Enfin il nous dira à qui cet Evangile doit être annoncé : aux nations (13,10), au monde entier (14,9), à toute la création (16,15)…

                                                                                                             D. Jacques Fournier

 

[1] Sion est le nom de la colline de Jérusalem sur laquelle le Temple était construit.
[2] Concile Vatican II, « Dei Verbum » &15 : « L’économie de l’Ancien Testament était organisée par-dessus tout pour préparer la venue du Christ Rédempteur de tous et du Règne messianique, pour l’annoncer prophétiquement et la présager par diverses figures. Les livres de l’Ancien Testament présentent à tous, selon la situation du genre humain avant le salut apporté par le Christ, une connaissance de Dieu et de l’homme et des méthodes dont Dieu, qui est juste et miséricordieux, agit avec les hommes.
Ces livres, bien qu’ils contiennent des choses imparfaites et provisoires, montrent pourtant la vraie pédagogie divine. Aussi ces mêmes livres, qui expriment un sens vivant de Dieu, dans lesquels sont dissimulés des enseignements élevés sur Dieu, une sagesse profitable sur la vie des hommes et de magnifiques trésors de prières, dans lesquels enfin est caché le mystère de notre salut, doivent être reçus avec piété par les chrétiens. »
[3] On peut aussi traduire comme la Bible de Jérusalem : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous » ; ou comme la TOB : « Le Règne de Dieu est parmi vous ». Mais la Bible de Jérusalem et la TOB indiquent en notes que l’on peut aussi traduire « en vous », une traduction habituelle à l’époque de Ste Thérèse…
[4] Le titre de « Roi » apparaît en St Jean en : 1,49 (présentation de Jésus « Roi d’Israël » au tout début de l’Evangile) ; 6,15 (il n’est pas un roi « terrestre ») ; 12,13 et 12,15 (entrée de Jésus à Jérusalem, juste avant sa Passion) ; puis vient la Passion : 18,33 ; 18,37 ; 18,39 ; 19,3 ; 19,12 ; 19,14 ; 19,15 ; 19,19 ; 19,21.

Fiche n°2 (Mc 1,1) – Fichier PDF pour une éventuelle impression

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