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P. Louis Dattin : 60 ans d’ordination sacerdotale. Homélie de Mg Gilbert Aubry

Ouverture

Aujourd’hui, en ce jour de la Transfiguration, nous voici rassemblés pour célébrer la résurrection du Seigneur, pour prier aussi pour l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Nous rendons grâce à Dieu pour notre baptême, pour le mystère de la Foi qui est la source de notre espérance et de notre amour pour que le Seigneur, à travers nous, transfigure déjà notre vie de tous les jours.

Dans notre action de grâce, nous prions plus spécialement pour le Père Louis Dattin, jésuite, qui, cette année, célèbre des anniversaires importants : 92 ans de naissance, 72 ans de cheminement avec ses compagnons jésuites, 60 ans d’ordination sacerdotale, 33 ans de vie apostolique à La Réunion, 20 ans de paroisse de Notre Dame de la Délivrance. Au total, cela fait 205 ans en valeur apostolique, vie bien remplie et belle à la suite du Christ. Evidemment, cela ne s’additionne pas, tranche de vie après tranche de vie. Les différentes périodes chevauchent sur la durée de sa vie, de son engagement avec ses compagnons jésuites, avec le déploiement de son ministère presbytéral. L’ensemble fait un beau bouquet de fleurs spirituelles variées. Si quelques fleurs, comme les roses, ont des épines, c’est pour rendre les fleurs plus belles et éloigner les chenilles. Ensemble rendons grâce pour la vie et les ministères accomplis par le Père Louis Dattin.

 

Homélie

 

Nous avons écouté l’Evangile de la Transfiguration. Il est plus facile pour nous d’approfondir le sens de cet événement que pour les gens et tous les disciples qui ont vécu immédiatement après l’événement. Pourquoi ? Parce que nous avons plus de recul, parce qu’après la Transfiguration, il y a eu la Résurrection, la Pentecôte, le développement missionnaire de l’Eglise et la vie dans l’Esprit Saint, avec notre vie de tous les jours.

 

Reprenons le passage de l’Evangile de Matthieu et resituons le contexte des relations des disciples de Jésus avec leur maître. Jésus enseigne ses disciples sur les « signes des temps » après avoir nourri sept mille hommes avec sept pains et quelques petits poissons. Evidemment, les gens sont épatés par les miracles de Jésus. Tout juste s’ils ne lui réclament pas encore plus du pain, des sous, des jeux. Du football plein la vue. Des joueurs à deux-cent-vingt-deux millions d’euros. Ça c’est pour aujourd’hui. Mais toutes les foules de tous les temps se ressemblent. Centrées sur leurs désirs et la satisfaction immédiate de leurs besoins et de leur curiosité, ils réclament plus, encore plus. « Donnez-nous du merveilleux quitte à nous éloigner de l’essentiel ». La Parole de Jésus tombe : « Génération mauvaise et adultère qui réclame un signe ! En fait de signe, il ne lui sera pas donné d’autre signe que Jonas ». Jésus les plante là et il part. Jonas ! C’est une vieille histoire que celle de cette baleine avec un bonhomme qui passe trois jours dans son ventre et qui revient à la vie. Mais Jésus, lui, y voit l’annonce de sa propre passion, de sa mort et de sa résurrection. Les gens ne comprennent pas. Ils ne peuvent pas encore comprendre.

 

Ensuite Jésus interroge ses disciples par la question : « Au dire des hommes, qui est le Fils de l’Homme », c’est-à-dire qu’est-ce qu’on dit de moi ? Réponse, ils disent que tu es « Jean-Baptiste, Jérémie, Elie ou un prophète ». Et il y a la question de Jésus qui veut dire « ce n’est pas ce que disent les autres qui m’intéressent. Vous là, qui dites-vous que je suis ? » Alors Simon Pierre de dire « Tu es le Christ, le Fils du Dieu Vivant ». Simon est changé, métamorphosé « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise et la puissance de la Mort ne pourra rien contre elle ». L’Eglise est fondée. Pierre a une mission. Il devra tenir tête au Malin et à ses œuvres. Et voilà déjà que le Malin est à l’œuvre. Jésus annonce sa passion et sa résurrection, qu’il doit beaucoup souffrir et être mis à mort et ressusciter. Pierre ne comprend pas. Il réprimande Jésus. « Non ce n’est pas possible. Dieu t’en préserve, Seigneur, cela ne t’arrivera pas ». « Retire-toi derrière moi Satan » lui dit Jésus. Jésus traite son apôtre de Satan ! La réprimande est sévère. Les gens ne comprennent pas. Pierre n’a pas encore compris. Alors Jésus va plus loin et plus profond dans son enseignement : « Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il se renie lui-même et prenne sa croix et qu’il me suive » (Mth 16,24).

Et voilà. Jésus qui sait tout veut préparer quelques disciplines à comprendre qu’il lui faut passer par la croix pour ressusciter. Il veut que Pierre, Jacques et Jean comprennent déjà par avance, par anticipation, le chemin, le chemin de croix, la crucifixion, la mort, la mise au tombeau, la descente aux enfers qu’il va vivre. Tout cela pour entrer dans la gloire de la Résurrection. Alors, Jésus, avant de prendre le chemin de Jérusalem, prend l’initiative d’appeler Pierre, Jacques et Jean, de les prendre avec lui. Où est-ce qu’ils vont ? Sur une haute montagne, une montagne élevée. Souvenez-vous des trois tentations au désert. Souvenez-vous de la montagne de l’Ascension. Donc il faut marcher. Donc il faut progresser. Donc il faut se laisser élever par la marche, quitter les remue-ménages, les papotages, les da-dit-la-fait de ce qui croient savoir. Se mettre à l’écart, aller en profondeur pour prendre de la hauteur. Ils suivent Jésus par amour puisqu’ils sont choisis spécialement par amour – Pierre, Jacques et Jean – pour être avec Jésus et ensuite accomplir une mission particulière : « Etre les témoins oculaires de l’événement ». C’est Jésus le guide « Il les emmène ». Il connaît le chemin puisque c’est lui-même « le Chemin, la Vérité et la Vie ». Il connaît le but, la transformation de ses disciples, la transfiguration de ses disciples par sa transfiguration à Lui, par sa métamorphose.

Alors, qu’est-ce qui se passe ? « Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements devinrent blancs comme la lumière » (Mth 17, 2). Cela ne suffit pas. Voilà que Jésus métamorphosé, transfiguré est entouré par Moïse et Elie. Il y a là avec Jésus, en Jésus, le sommet de l’élévation spirituelle en Dieu, tout se condense en Jésus : la Loi et les prophètes. Pierre, toujours actif, manifeste la joie et l’attention, la sienne et celle de Jacques et de Jean. C’est formidable ce moment de plénitude. « Si tu le veux, je vais dresser trois tentes. On est bien ici. Il y aura une tente pour toi, une pour Elie, une pour Moïse ».

Et puis l’événement se déploie encore plus : « Une nuée lumineuse les recouvre ». Il n’y a plus besoin de tente, plus besoin d’abri. Ils sont tous ensemble : Jésus, Moïse, Elie, Pierre, Jacques et Jean. Ils sont dans la lumière. Rappelez-vous le peuple de Dieu guidé par la nuée et ce peuple s’avance dans un immense désert. Une voix se fait entendre « Celui-ci est mon Fils bien aimé, Celui qu’il m’a plus de choisir, écoutez-le ». Si la voix dit « C’est mon Fils », cela veut dire que c’est le Père qui parle. Dieu parle aux hommes et leur donne son Fils qui est « La Lumière née de la Lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu ». Dieu parle en présence de Celui qui a dit « Je suis la Lumière du Monde », en présence du Verbe fait chair et qui sera crucifié, Dieu crucifié dans la chair de son Fils. Alors Pierre, Jacques et Jean sont comme écrasés par le poids du mystère, « saisis de crainte, ils tombèrent la face contre terre ». Il y a de quoi. Jésus, le Messie, le grand Prophète, l’Unique, Celui qui doit être écouté, le Prince de la Paix, s’approche, les touche et leur dit « Relevez-vous, soyez sans crainte ». Alors ils osent lever les yeux et « ils ne virent plus personne, sinon, lui, Jésus, seul ». Jésus qui sera crucifié et ressuscité devient leur boussole, leur guide, leur Maître. Dieu né de Dieu dans la chair humaine de la chair de Marie. La transfiguration est l’annonciation de la résurrection, elle est la manifestation anticipée de la résurrection pour aider les disciples à comprendre la puissance de la croix glorieuse de Jésus.

Chers frères et sœurs en Jésus-Christ, nous avons tous nos épreuves, nos drames, nos chemins de croix. Aujourd’hui Jésus ressuscité nous dit d’une manière ou d’une autre dans notre cœur : « En tant que Verbe fait chair et avec ma chair de ressuscité, dans le souffle de l’Esprit recréateur, je ne vous laisse pas seuls. Je suis avec vous tous les jours. Vos souffrances sont mes souffrances. Je suis passé par la souffrance et moi, Dieu fait homme, j’ai perdu toute apparence humaine. Que d’humiliations, d’ignominies, de coups n’ai-je pas subi. Je connais tes souffrances mais je veux que tu connaisses la lumière de ma résurrection. Je t’offre ta transfiguration intérieure, le souffle de l’Esprit pour que tu aies la force de lutter, d’avancer, de progresser, de t’élever, en aidant les autres à lutter contre la souffrance, à ne pas désespérer. Toi-même écoute-moi. Médite mes paroles. Laisse-moi m’approcher de toi. Parle-moi. Dis-moi tout. Tu trouveras toujours telle ou telle croix. Mais avec moi qui porte ta croix avec toi, ta croix deviendra glorieuse. Laisse-moi te toucher. Relève-toi et sois sans crainte. Je veux te transfigurer par la puissance de ma résurrection et par toi, je veux transfigurer les autres et préparer l’Humanité à l’avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle. Toi, sois prêt. Vous, soyez prêts car vous ne savez ni le jour ni l’heure. Gardez ma Parole. Avec saint Pierre « (fixez) votre attention sur elle, comme une lampe brillant dans un lieu obscur, jusqu’à ce que paraisse le jour et que l’étoile du matin se lève dans vos cœurs ».

Oui, Seigneur Jésus, nous croyons en Toi, nous avons confiance en toi. Viens Seigneur Jésus, viens nous t’attendons. Viens changer nos cœurs, viens changer nos vies. Viens nous transfigurer. Viens faire les cieux nouveaux et la terre nouvelle. Maranatha, viens Seigneur Jésus !

 

                                                                            Monseigneur Gilbert AUBRY

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P. Louis Dattin – Août 2017