Quelques clés pour la recherche de la vie intérieure…

La vie contemplative est fondamentalement une vie d’unité. Le contemplatif est un homme qui a dépassé les divisions pour atteindre une unité qui transcende toute division. Il est vrai qu’il doit commencer par se séparer des activités ordinaires des hommes dans une certaine mesure. Il lui faut se recueillir, se tourner vers l’intérieur, de manière à découvrir le centre intime d’activité spirituelle qui lui reste inaccessible tant qu’il est immergé dans le cours extérieur de la vie. Mais aussitôt ce centre découvert, il est de la plus grande importance qu’il prenne conscience de ce qui suit.

Les contemplatifs contrariés[1] sont pour nombre d’entre eux, des gens qui ont réussi à rompre avec les distractions[2] extérieures et se frayer un chemin jusqu’au centre spirituel de leur être. Ils ont perçu par moments la présence de Dieu et les possibilités ouvertes par la vie contemplative. Mais ils se sont imaginé que le moyen de la vivre, c’était de rester assis en silence, recroquevillés sur eux-mêmes, à couver l’expérience intérieure qu’ils ont découverte. C’est une méprise fatale. D’abord, elle entraîne l’isolement du contemplatif à l’intérieur de lui-même, et le coupe de toutes les autres réalités. Mais ce faisant, il ne fait que s’absorber tout entier en lui-même. Son introversion l’amène à une sorte d’emprisonnement torpide en lui-même, ce qui est l’arrêt de mort évidemment de toute vraie contemplation.

Il ne faut pas confondre contemplation et abstraction (au sens étymologique). La vie contemplative ne consiste pas en un retrait permanent à l’intérieur de son esprit. Le fait pour un petit groupe spécialisé et isolé de choisir une existence diminuée et limitée ne suffit pas pour qu’il y ait « contemplation ». Le vrai contemplatif n’est pas moins attentif que les autres à la vie normale, pas moins concerné par ce qui se passe dans le monde, mais au contraire, plus attentif, plus concerné. Et ceci, du fait même qu’il est contemplatif. Puisqu’il est détaché, puisqu’il a reçu le don d’un cœur pur, il n’est pas limité à des vues étroites et provinciales. Il ne se laisse pas facilement entraîner dans l’espèce de confusion superficielle que la plupart des hommes prennent pour la réalité. Et c’est pourquoi il voit plus clairement, et pénètre plus directement, la pure factualité[3] de la vie humaine. Ce qui le distingue des autres hommes, et lui donne sur eux un net avantage, c’est qu’il a une appréhension beaucoup plus spirituelle de ce qui est « réel » et ce qui est « factuel »[4]

Il a le don inestimable d’apprécier à leur vrai prix les valeurs qui sont permanentes, authentiquement profondes, humaines, vraiment spirituelles, et même divines… Sa mission est d’être un homme complet et équilibré, animé du besoin instinctif et généreux d’aider à développer ce même équilibre chez autrui et dans toute l’humanité. Il y arrive cependant non point en vertu de dons supérieurs et de talents particuliers, mais grâce à la simplicité et à la pauvreté qui sont essentielles à son état, parce qu’elles seules lui permettent de poursuivre sur sa voie qui est spirituelle, divine, et passe toute compréhension.

Thomas Merton, “L’expérience intérieure”

[1] En anglais : frustrated.

[2] Toujours au sens pascalien de « divertissement » (N. d. T.).

[3] En anglais : the pure actuality of human life.

[4] En anglais : …he has a much more spirutal grasp of what is « real » and what is « actual ».

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