2ième Dimanche de Pâques – Homélie du Père Louis DATTIN

Thomas

Jn 20, 19-31

Un apôtre incroyant ! Telle est l’histoire de Thomas que nous venons d’écouter à l’instant ! Il ne voulait pas croire ! Il refuse la Résurrection, alors que tous les autres lui assurent le contraire.

Il s’appelait Thomas, ce qui veut dire “Jumeau” !

Ne nous ressemblerait-il pas, ce Thomas, comme un jumeau ?

Oh !  Ce n’est pas le courage qui lui manque : quand Jésus veut monter à Jérusalem pour le sacrifice final, au risque d’être lapidé, c’est Thomas, généreux, qui a entraîné les autres apôtres qui hésitaient :

« Allons-y, nous aussi et nous mourrons avec lui ».

Thomas, prêt à mourir martyr (et de fait, il mourra martyr) mais Thomas qui refuse de croire, qui veut des preuves matérielles, Thomas, l’esprit fort, à qui on ne la fait pas !

Thomas qui refuse de se laisser prendre dans un engouement, dans une psychose collective !

Et notre sympathie va immédiatement à lui. Ne sommes-nous pas, à notre époque, terriblement rationnels, refusant, à priori, tout ce qui est impossible de démontrer et de démonter soit avec nos mains ou  notre  esprit,  fils  du  philosophe  français “Descartes” ? Nous refusons tout ce qui ne s’enchaîne pas de façon rigoureuse, tout ce qui aurait une origine dont nous ne contrôlons pas la véracité, comme si nous étions déjà dans un monde de connaissance désormais établi et clos. Alors que chaque jour, de nouvelles théories se lancent, de nouvelles hypothèses s’établissent, de nouveaux mondes mentaux s’échafaudent : Thomas, lui, a besoin pour croire qu’on lui explique et c’est son côté sympathique.

Est-ce-que nous ne sommes pas de son côté ? “Expliquer”, en latin, cela veut dire “Déplier”. Déplier ce qui est caché et  c’est vrai que les mystères de la foi doivent être expliqués, déployés et maintenant, à notre époque, plus que jamais.

La Foi ne fera jamais l’économie de la réflexion, de la critique, de l’examen. La foi du charbonnier, à notre époque, est périmée : elle doit déplier “les mystères”, car ne l’oublions pas, un mystère n’est pas un mur au pied duquel on s’assoit parce qu’il est trop haut pour le franchir ; c’est plutôt une forêt immense qu’on n’a jamais fini d’explorer, un grand pays que l’on découvre tous les jours un peu plus.

Comment l’homme pourrait-il faire autrement en face de la grandeur et de la réalité divine !

Le mystère, c’est ce qu’on n’a jamais fini de comprendre, tellement c’est riche ! Ou si vous voulez, que l’on comprend toujours un peu mieux.

Que diriez-vous d’un laboratoire où, un jour, les ingénieurs iraient à la pêche à la ligne, en déclarant :

« Maintenant, on a tout compris, nous avons fait le tour de la question ; ce n’est pas la peine de chercher, il n’y a plus rien à trouver ? »

Même le monde naturel est tellement plein de mystères que les laboratoires de l’infiniment grand ou de l’infiniment petit seront éternellement en chantier pour de nouvelles recherches de l’homme ! Que dire alors du monde surnaturel qui nous échappe encore bien plus et dont nous ne savons pas grand-chose, sinon par ce que nous en a dit Jésus-Christ dans l’Evangile !

En ce sens, croyants et savants ne sont pas opposables, mais bien plutôt comparables parce que ce sont des chercheurs qui ne se contentent pas des découvertes acquises, mais qui, sans cesse, continuent leur recherche pour saisir et appréhender des réalités nouvelles, qu’elles soient naturelles ou surnaturelles. C’est bien pour cette raison que Thomas nous est sympathique.

Thomas donc questionne, tout comme chaque chrétien doit questionner souvent sa foi. Ainsi, la veille de mourir, Jésus dit :

« Du lieu où je vais, vous connaissez le chemin ».

Thomas proteste :

« Seigneur, nous ne savons pas où tu vas, comment pourrions-nous connaître le chemin ? » Enfin, voilà un réaliste ! Et du coup, Philippe ose dire tout haut ce que les autres pensent tout bas :

« Montre-nous le Père, et cela nous suffit! »

Thomas avait aussi besoin de toucher pour croire, et Jésus, à cause de cela, s’est volontiers laissé toucher :

« Avance ton doigt ; mets ta main ici, là, dans mon côté, ne sois pas incrédule, mais croyant ».

Aujourd‘hui encore, parce que nous sommes crédules, parce que nous ne nous fions qu’à notre sensibilité, aux choses concrètes, aux formes visibles, Jésus donne le signe du pain, nous donne son corps à toucher, l’eau du Baptême, l’huile du Sacrement des Malades, l’Onction de la Confirmation et de l’Ordination et nous réentendons ses paroles par la bouche du prêtre :

« Ceci est mon Corps – ceci est mon Sang, faites ceci en mémoire de moi ».

Chaque fois que nous adorons ou communions, de huit jours en huit jours, selon le rythme des apparitions de Jésus, nous aussi, comme  Thomas, nous touchons  réellement  le Corps crucifié et glorieux de Jésus et à ce moment-là, Dieu et notre communauté ne forment plus qu’un seul Corps : « Ils ne seront plus deux, mais une seule chair » ; unité de Dieu et des hommes qu’il fait vivre : ce qu’on appelle “l’Eglise”.

C’est alors qu’un second signe est donné après celui de l’Eucharistie : le signe de l’Eglise. L’Eglise, Corps mystique du Christ est aussi, aujourd’hui, offerte aux hommes pour qu’ils touchent Jésus, voient son œuvre et reçoivent sa foi, par nous des chrétiens qui devenons, à notre tour, les signes de Dieu.

« De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie ».

C’est aussi par nous et à cause de nous, en nous voyant vivre, en constatant et comprenant notre foi, que des milliers de Thomas, autour de nous, qui nous entourent, pourront, eux aussi, accéder à la foi.

Les autres disciples disaient: « Nous avons vu le Seigneur ». En plus de l’action du Seigneur sur le cœur de Thomas, il faut nous aussi, le témoignage de l’Eglise, cette Eglise qu’on peut voir, toucher, voir vivre et témoigner.

Nous sommes, à notre époque, les signes, les témoins, le Corps du Christ à voir et à toucher pour les centaines de Thomas qui nous entourent et qui, en fin de compte, ne demandent qu’à croire, lorsqu’ils auront vu vivre une Famille faite d’enfants de Dieu, fraternelle et vivante, selon l’Evangile.

Beaucoup d’incroyants, surtout parmi les jeunes, disent :

« Je crois en Jésus-Christ, mais pas en l’Eglise », parce qu’ils ne se sont pas rendus compte que l’Eglise c’était justement le Corps de Jésus maintenant et que ce Corps ne correspondait pas assez  à son esprit, à celui de son Evangile : que par l’Eglise, ils puissent, eux aussi, voir et toucher le Christ à travers nous, à travers nos assemblées dominicales.

C’est l’honneur et la raison d’être de nos églises locales que de pouvoir dire aux autres, à notre tour : «  Viens, avance et vois ». Parce que s’ils ont quelques chances de rencontrer Jésus, c’est, comme pour les apôtres, au milieu de nous :

« Et il était là, au milieu d’eux ».

Voilà pourquoi il faut absolument se rassembler le dimanche :

« Comme ils étaient réunis, Jésus était là au milieu d’eux. Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient réunis de nouveau dans la maison, Thomas en plus : Jésus vient alors que les portes étaient fermées et il était là au milieu d’eux ».

Chaque dimanche, c’est l’Evangile d’aujourd’hui qui se répète : Jésus se tient au milieu de nous :

– il nous donne et redonne sa paix,

– il nous remplit de joie,

 – il souffle sur nous comme lors de la première création,

– il nous donne son Esprit Saint et Thomas est là aussi, qui se met à croire, pas seulement à cause de Jésus seul, mais à cause de toute la communauté des apôtres réunis autour de lui.

Alors, notre foi ne devient plus une confiance aveugle,

elle nous situe au niveau de la plénitude de la communication et de l’amour. AMEN